^ m?} .r^ -'■M.^.jmk. LY OE DEV ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE FRANÇAISE ET ÉTRANGÈRE Comité de rédaction des Annales. Rédacteur en chef : L. GRANOEâU, directeur de la Station agronomique de l'Est. Secrétaire de la rédaction : H. GRANDEAU, soas-directeur de la Station agronomique de l'Est. U. Gayon , directeur de la Station agronomique de Bordeaux. Guinon, directeur de lu Station agro- nomique de Gliâteauroux. Margottet, recteur de TAcadémie de Ghambéry. Th. Schlœsing, de l'Institut, professeur à l'Institut national agronomique. E. Risler, directeur de l'Institut na- tional agronomique. A. Girard, de l'Institut, professeur au Conservatoire des arts et métiers. A. Mûntz, professeur à l'Institut na- tional agronomique. A. Ronna, membre du Conseil supé- rieur de l'agriculture. Ed. Henry, professeur à l'École na- tionale forestière. E. Reuss, inspecteur des forêts à Alger. Correspondants des Annales pour l'étranger. ALLEMAGNE. L. Ebermayer, professeur à i'Univei-- sité de Munich. J. Eônig, directeur de la Station agro- nomique de Munster. Fr. Nobbe, directi^ur de la Station agronomique de Tharand. Tollens, professeur à l'Université de Gôttingen. ANGLETERRE. R. Warington, chimiste du laboratoire de Ruthamsted. Ed. Kinch, professeur de cliimie agri- cole au collège royal d'agriculture de Cirencesler. BELGIQUE. A. Petermann, directeur de la Station agronomique de Gembloux. CANADA. Dr 0. Trudel, à Ottava. ECOSSE. T. Jamieson, direi'ti'ur de la Station ETATS-UNIS D AMERIQUE. E. W. Hilgard, professeur à l'Univer- sité de Berkeley (Californie). HOLLANDE. A. Mayer, directeur de la Station agro- nomique de Wageningen. ITALIE. A. Cessa, professeur de chimie à l'E- cole d'application des ingénieurs, à Turin. NORWÈGE ET SUÈDE. Zetterlund, directeur de ia Station agron()mi(jue d'Orebro. Df Al. Atterberg, directeur de la Sta- tion ;igronomi(]ue et d'essais de se- mences de Kalmar. SUISSE. E. Schultze, directeur du laboratoire iigronnuiique de l'École polytech- nique de Zurich. RUSSIE. Thoms, directeur de la Station agro- nomiqui' de lîiga. agronomique d'Aberdeen. KSl'AGNV; ET PORTUGAL. Joâo Motta dâ Prego, à Lisbonne. Nota. — Tous les ouvrages adressés franco h la Rédaction seront annoncés dans le premier fascicule qui paraîtra après leur arrivée. Il sera, en outre, publié s'il y a lieu, une unalysc des ouvrages dont la sprrinlifé rentre dans le cadre des Annales {chimie, physique, géologie, minéralogie , physiologie végétale et animale , agriculture, sylviculture, technologie, etc i. Tout ce qui concerne la rédaction des Annales d.' la Scii'uee agronomique française et étrangère {manuscrits, épreuves, correspondance, etc.) devra élre adressé franco à M. Henry Grandeau, docteur es sciences, .secrétaire de la Rédaction, 3, quai Voltaire, à Paris. ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE FRANÇAISE ET ÉTRANGÈRE ORGANE DES STATIONS AGRONOMIQUES ET DES LABORATOIRES AGRICOLES PUBLIÉES Sous les auspices du Ministère de l'Agriculture PAK Louis ORANDEAU DIRECTEUR DE LA STATION AGRONOMiaUE TiE l'eST PROFESSEUR AU CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET MÉTIERS INSPECTEUR GENERAL DES STATIONS AG RON O M laU ES VICE-PRÉSinENT DE I.A SOCIETE NATIONALE D ENCOUR AG KM ENT A l' AGRICULTU H E MEMBRE DU CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'AGRICULTURE DIXIÈME année: — -1893 Tome I Avec figures dans le texte et deux planches PARIS BERGLR-LEVRAULT ET 0% LIBRAIRES -ÉDITEURS ô, rue des Beaux-Ans MÊME M.4IS0N A NANCY 1894 X/' ETUDES EXPERIMENTALES SUR L'ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT PAR L. GRANDEAU et H. BALLACEY SIXIÈME PARTIE EXPÉRIENCES d'aLIMENTATION AVEC UN MÉLANGE DE FÉVEROLE ET DE PAILLE d'aVOINE Les expériences qui font l'objet de ce mémoire ont eu pour but l'étude de la valeur alimentaire de la féverole. Elles continuent la série des essais exécutés antérieurement et qui ont porté d'abord sur la ration « mélange » de la Compagnie, puis sur le foin seul, sur l'avoine seule, sur un mélange d'avoine et de paille d'avoine, enfin sur le mais consommé d'abord avec de la paille d'avoine, puis avec de la paille de blé *. On a vu précédemment^ que, pour entreprendre avec succès l'étude d'un aliment concentré (grain, tourteau), il est nécessaire de lui adjoindre un fourrage fibreux destiné à éviter la trop grande vacuité de l'intestin. La paille d'avoine a été l'adjuvant de la féverole dans les expériences présentes. 1. Voir Eludes expérimentales sur l'alimentation du cheval de irait, 1'% 2*, 3", 4* fl 6* mémoires. (Annales de la Science agron. franc, et élrang., passim.) ^ 2. Voir Études expérimentales sur l'atimenf.aUon du cheval de t?'ait, A" mé- moire. ANN. SCIENCE AGRON. — 1893. — I, 1 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Chevaux d'expérience. Les trois chevaux qui ont servi à ces essais sont entrés au labora- toire le 12 novembre 1889. Ce sont : Cheval n" 1. Age: 10 ans. N" matricule : 34 61i, du dépôt Saint-Martin. — n" 2. — Sans. — 314G4, — Ségur. — n° 3. — 7 ans. — 37 999, — Arago. La santé des chevaux a été bonne pendant tout le cours des re- cherches, qui ont pu être ainsi exécutées sans interruption. Toutefois le cheval n° 3 a été atteint de diarrhée persistante pen- dant plusieurs mois. Cet état, dont il ne paraissait nullement souffrir, n'a, d'ailleurs, entravé en rien les essais. En Portugal, où les chevaux sont alimentés presque exclusivement avec de la féverole pendant six mois par an, les excréments correspondant à cette alimentation sont semi-liquides. La persistance de l'état du cheval n° 3 n'a donc rien qui doive étonner. Régime de transition. Les chevaux ont reçu, à leur entrée au laboratoire, une ration composée de 9 kilogr. du mélange distribué quotidiennement dans les dépôts. Le temps qui s'est écoulé du 13 novembre au l*' décembre a été employé à les faire passer de cette alimentation à celle qu'il s'agissait d'expérimenter. Voici comment s'est effectuée cette transition : MOIS DE NOVEMBRE' MÉtiANOE. FÈVES. P.VILLE. Kilogi'. Kilogr. Kilogr. 13. 14, 15 9 » . IG, 17, 18 . 9 0,500 » 19, 20 6 1,000 2 21, 22 3 2,000 4 23, 24, 25, 26 3 3,000 4 27, 28, 29, 30 » 4,500 G Bien que cette période ait été assez courte, aucun des chevaux ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 3 n'eut à en soufTiir; tous trois, au contraire, augmentèrent de poids sous l'influence d'une ration trop forte pour le simple entrelien. Leurs poids respectifs étaient, le 1" décembre 1889, premier jour des expériences : cheval n" 1, 476''^,8 ; cheval n° :2, 475 kilogr. ; cheval n" 3, 461 kilogr. Programme des expériences. Les expériences ont été conduites d'après la marche déjà adoptée pour les recherches antérieures. Elles ont comporté trois séries ainsi réparties : l'* série. — Expériences au manège, a-iipas. — Chaque cheval passe successivement, et pendant un mois, par les alternatives de repos, marche au pas, travail au manège au pas. Cette série a occupé les mois de décembre 1889, janvier et février 1890. 2" série. — Expériences au manège, au trot. — Les chevaux se retrouvent, pendant les mois de mars, avril et mai 1890, dans les mêmes situations (jue dans la 1'^ série; la marche et le travail ont lieu à l'allure au trot. 3" série. — Expériences à la voiture. — Les six derniers mois, de juin à novembre 1890 inclusivement, ont été consacrés aux essais à la voiture. Les chevaux y sont au repos, à l'entraînement ou au travail à la voiture. Voici d'ailleurs le détail des situations de chaque cheval pendant toute la durée des expériences : Cheval n" 1 . . Cheval n» 2 . . Cheval n° 3 . . MANKGE AU PAS MANÈGE AU TROT. DÉCEMBRE 1889. JANVIER 1890. FÉVKIER 1890. MARS 1890. AVRIL. 1890. MAI 1890. Repos. Maiche. Travail. Marche. Travail. Repos. Travail. Repos. Marche. Travail. Repos. Minche. Repos. Marche. Travail. • Marche. Travail. Repos. ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Cheval ii" 1 . . Cheval n» 2 . . Cheval n" 3 . . VOITURE. JUIN- 1890. ,7UILl.F,T 1890. aoTt 1.S9U. SErTEMBUr-, 1890. OCTOBRE 1890. NOVEMBRE 1890. Eatraincnient. Repos. Repos. Travail. Repus. Repos. Repos, lU'pos. Entrainement. Repos. Repos. Travail. Repos. Entramcmenl. Repos. Repos. Travail. Repos. Fixation des rations. En se basant sur les données résultant des expériences précédentes, les rations furent fixées ainsi qu'il suit : i Repos . . iMai'che. . Travail. . FÈVES. l'AJIiLK d'avoine Kilogr. Kilogr. Ration (le ntretien. 4,500 f) , 000 4 Ration transport au pas . i Ration de travail au pas . . 6,000 4 Les résultats de ces trois mois ayant montré que la ration d'en- tretien était sensiblûiTient trop foi1e, elle fut réduite; la ration de transport au pas était aussi un peu trop élevée ; elle fut conservée pour le transport au trot, et les trois rations devinrent : 2^ série. FÈVES. iMILLE d'avoine Kilogr. Kilogr. Repos . . . . Ration d'e . Ration de nirotien. 4 5 4 Marche. . . tiansport .lU trot . 4 Travail. , Ration de travail au trot . . 7 4 Pendant la dernière période les cliovaux reçurent 3* série. Repos . . . Entrainement Tiavail. . . Ration d'entretien. Ration de (ravail . PKVES. Kilogr. 4 PAILLK rt'uvoiuo. Kilogr. 4 l Ces quantiiés ne furent pas toujours intégralement consommées et ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. O quelquefois, pour permettre la consommation des restes des jours précédents, les chevaux ne recevaient qu'une partie de leur ration, mais dans tous les cas on tint rigoureusement compte des quan- tités supprimées, et on trouvera plus loin, au chapitre des rations consommées, les quantités exactes de féveroles et de paille in- gérées par chacun des chevaux dans les diverses conditions. Résiliais généraux. Sans entrer dans le détail des opérations, rappelons que tous les malins à la même heure on prend les poids et les températures des chevaux, en même temps qu'on détermine les quantités exactes de fèces et d'urine émises pendant 24 heures. Chaque cheval reçoit, une heure après les repas, de l'eau en quantité suffisante pour qu'il hoive à son gré, mais les quantités d'eau bue sont exactement déterminées. On trouvera dans les tableaux qui suivent les données relatives à l'eau consommée et aux fèces émises par les chevaux. Leurs poids et leurs températures de chaque matin y figurent également. On trouvera dans un autre chapitre les données relatives à l'urine. Tabi.kaix. ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ETIIDFIS EXPERIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHKVAIj N° 1. (Numéro matrimle 34 614.) REPOS. DATK3. EAU BUE EAU EAU totale PO!DS M A T I É U E BèL-lie POIDS du TEÏPÉ- RniilIR du elieval â 7 11. Décembre à 6 h. ■^ du fuiir- eon- somméo d( s , V 1 clii'val à 7 11. à 7 II. ù p. ICO totale t88ï>. du matin. midi. d.i soir. totale. ragp. par jour. fuc s. des fecos. dos IVces. du matin. du malin. Cr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degrés 1 " 5 250 7 760 13 010 1 159,2 If 12 230 29.17 3 507 476,8 38 9 " 5 150 6 720 11 870 II " 10 870 26.70 2 902 463,5 37 8 3 " 1 1 900 7 ;o is 9.;o " . 10 260 28.32 2 906 465,3 37 8 4 " 13 060 6 820 19 890 " .. 11920 27.50 3 278 467,5 37 8 5 " 1 1 050 7 820 18 870 .. .. 9510 24.92 2 370 468,7 38 6 1 400 9 650 9 870 20 920 If Il 10920 25.95 2 834 472,0 37 9 7 " 8 260 5 910 14 170 fl " 10 470 25.95 2 717 473,3 37 9 8 3 050 8 580 7 080 18 710 .. tt 10710 25.87 2 771 472,6 37 8 9 " 10 050 4 900 15 550 M n 11270 25.77 2 904 470,2 37 9 11) ■' G 600 y 990 16 590 " n 10610 28.50 3 024 466,4 37 8 11 ■2 iSO 1 1 650 4 740 18 620 .' II 11440 27.45 3 140 470,0 37 9 \î " 11 liO 7 890 19 030 Il •1 9 690 27.35 2 650 " 37 9 13 1 770 6 160 10 020 17 950 « If 10 880 26.07 2 836 472,5 37 9 14 " 7 930 S 960 16 890 " 1/ 10 930 26. 25 2 869 471,7 33 1 15 " 10910 7 090 18 000 .. If 1 1 .120 27.70 3 163 471,6 33 16 " 10 830 7S90 18 220 n II 10 500 27.75 2 914 472,1 37 9 17 " 9 100 8 490 17 590 n '> 10 310 28.20 2 907 474,2 38 18 ■2 800 5 890 10 150 18 840 " II 1 1 450 28.85 3 303 476,0 33 19 " 11 160 5 450 16 610 .. M 11070 28.35 3 138 469,1 37 9 20 1 51'0 9 230 5 130 15 850 ■( 1/ 10 820 27.45 2 970 474,0 37 9 21 " 8 450 8 720 17 170 " ■' 10 090 28.45 3 0vl 473,0 33 1 22 'JSO H 600 8 010 20 590 '/ .- 8 690 26.67 2318 472,8 37 9 23 " 8 470 8 330 16 800 " " 10 200 27.30 2 785 476,0 33 24 If 10 590 4 700 15 200 II " 9 690 27.30 2 6t5 476,4 37 9 2S " 12450 3 840 10 290 .' If H 720 27.00 3 164 472,1 37 9 26 ■' 7 6',0 7 790 15 430 " .. 7 770 27.55 2 141 475,0 37 9 27 930 8 740 7 280 16 950 .' If 9 590 27.42 2 630 477,8 33 28 " 8 640 7 060 15 700 " .. 8 300 27.37 2 2-38 478,5 33 29 " 5 6;o 5 140 10 780 ■' 1» 9 700 27.35 2 653 477,4 38 30 OiO 9 870 5 280 15 770 ■• (r 9 360 28.30 2 6i7 473,8 33 1 31 " 6 700 10 360 17 060 ■• « 10 030 29.07 3 090 477,0 33 HoteDDfs . " " ■' 20 162,9 1 159,2 21322,1 10 4;l " 2856,9 472,7 37 93 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. ETUDES EXPERIMENTALES SUR L ALIMENTATION Dl' CHEVAL DE TRAIT CHEVAL IjO i. (NiiiiiiTo matricule 34 464.) MARCHE AU PA.S. DATES. E AC i;UE B A u EAU lolalc POIDS M A T I k I£ E SCcllC POIDS du TEMI'É- j RATliRI! t Décemhi'i; ^^__ du four- con- sommée dl s |.. 100 tolale cheval à 7 h. du cheval à 7 h. à 7 h. à à 6 h. 1S89. du malin. midi. du soir. tolalp. rage. par jour. feccs. drs leci S. des feees. du matin. du malin. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degrés 1 " b4S0 G 890 12 370 I2i::.,7 Il 12 780 29.65 3 789 475,0 38 1 2 " 8810 7 0S0 15 890 " II M 020 20.12 3 035 468,6 37 8 î 3 " 5 280 7 480 12 760 " '■ 1 1 480 27.02 3 102 467,8 37 9 4 '• U 9E0 6o:o 17950 " ■■ 11 180 2S.05 3 IsO 404,0 37 9 5 ■■ 8 560 9 330 17S90 " II 10 060 27.52 2 934 400,0 37 9 6 " 5 940 6 900 12 900 ■• •• 11 510 27.35 3 148 469,5 37 5 i " 1 1 .'550 7 820 19 370 " ■■ 10 190 27.. 32 2 7^4 400,0 37 9 8 ■' 11450 3 040 14 490 " ■• 10 440 25.90 2 704 468,4 37 9 9 II 13 230 7 340 20 570 " ■' Il 660 27.02 3 151 407,1 33 10 ■' 4 180 7 320 1 1 500 " •' 10 890 27.70 3 017 471,0 37 9 H " iO 990 4 000 14990 ■' •• 11 390 28.90 3 292 460,6 37 8 a " 8 150 7 050 15 800 " - 10 940 27.90 3 052 " 37 8 13 " 7 950 6 830 14 780 " N 10 530 28.52 3 003 460,5 37 9 14 " 9 230 5 830 15 060 " " 10910 27.47 2 997 406,2 37 9 i;3 " 9 150 3 950 13 100 " •' 10 090 29.25 3127 465,6 38 16 " 8 990 10 120 19110 ■• ■' 10 900 28.12 3 082 404,3 38 1 *' '• 8 2ïiO 8 270 10 520 " 10 990 28.02 3 145 408, 37 9 18 " 8 190 9 500 17 090 " .. 10 980 27.05 2 970 469,8 38 1 19 " 5 590 9 5G0 15170 '■ .. 10910 28.15 3071 475,9 37 9 ÏO II 8 180 7 0S0 15210 •■ •' 1 1 480 27.6.5 3 174 469,0 37 9 21 " lOSSO U 030 21 910 1' ff 10 170 20.60 2 705 469,1 37 9 îi ir 5 430 9 780 15210 " " 1 1 430 27.35 3 126 475,2 37 9 2:i " 4 610 12 970 17 580 " " U 440 28.30 3 238 474,1 33 2i " 6 860 8 740 15 600 - •' U 190 28.65 3 206 475,0 37 8 1 25 II 8 520 6 340 14 870 ■' " U390 27.80 3 100 473,3 38 î(> '■ 1 0.0 14 4S0 15 570 " " 10 200 27.87 2 843 472,5 37 9 27 " 1S50 8 300 9 050 " " 9 650 29.25 2 823 •174,6 37 8 ii " •■ 8 040 8 040 II .. 10280 27.90 2 808 470,1 38 1 29 II 14 700 720 21 420 ■■ " 9 310 27. tO 2 597 404,8 38 1 1 ;jO " 4 2S0 9 090 13 370 II " 9 640 28.92 2 788 472,4 37 8 ;il ■• 3 240 S 420 11 600 " ■■ 9 030 28.92 2 785 473,3 38 ; lloynnes . " 16SS0 13.55 2 287 461,3 37 8 12 " 11010 13 i)00 24910 II " 13 880 15.80 2 193 463,2 38 13 ■' 12 820 10 110 22 930 " .. 16 930 14.60 2 472 467,6 38 2 14 II 12 490 14 110 26 600 " " 15 510 15.30 2 373 464,3 38 2 15 " 12 850 9 960 22 310 " II 15 240 15.15 2 309 404,6 38 1 16 II 8 490 14 680 23 170 II 1' 17 730 13.65 2 420 465,0 38 1 17 " 13 350 14 170 27 520 u .. 17 500 14.37 2 515 460,2 38 2 18 '• 14 220 14 110 28 330 u ■■ 18 350 12.77 2 341 462,4 33 1 19 '• 9 060 14 270 23 330 •i '■ 16 380 13.92 2 280 403,7 38 4 20 " 15 450 14 430 29 880 n " 10 290 14.67 2 3'jO 463,6 38 2 21 ir 11 790 14 270 26 060 t! " 20 530 13.60 2 792 465,5 38 2 22 " 15 070 14 650 29 720 " " 18 970 13.12 2 489 460,7 38 4 23 " 13120 8 780 21 900 H II 10 340 13.90 2 271 462,8 38 2 24 ■' 14 5i0 14 670 29 210 " rr 16 290 13.30 2 167 457,2 38 2 25 " 15 420 10 250 25 670 II II 17 000 12.67 2 154 462,2 38 26 " 14 370 15 440 29 810 II " 17 400 12.87 2 239 461,5 38 1 27 If 15 400 15 460 30 860 " " 21 260 12.80 2 566 407,2 33 1 23 " 15 410 15 210 S0 620 " " 19 910 13.32 2 582 464,6 38 2 Hojennes . ri 25 566 1 303,2 26 869,2 16 442 2 451 462,0 30 09 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 15 ÉTUDES P:XPERI.VIE.NTALKS sur L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHEVAL NO 1. (.Numéro malricule 31 (ili.) TRAVAIL AU TROT. DATRS. p, .V u n 'J K EAU EAU totale POIDS M A T I È U E set-lift POIDS du TRMPÉ- RAIUIU; Mars du four- con- sommée des ilicval à 7 h. du cheval à 7 U. à 7 h. à à 1) h p. 100 totale 1890. du malin. midi Gr. du soir. Gr. totale. rage. par jour. feccs. des leces. dr. fL'ces. du matin. du inatm. Or. G.-. Gr. Gr. Gr. Gr. K.l. Degr.'s 1 " 13 530 10 550 24 OSO 1474,6 " 13 080 25.27 3 457 471,9 38 2 3 710 11210 15 720 30 460 rf ■■ 13 250 24.70 3 273 472,4 38 3 1 100 10 250 12 560 23910 " " 13 000 24.25 3 1.53 472,5 37 9 i 2 270 11310 8 520 22 100 II II U250 29.67 3 338 470,5 38 1 y 720 6S00 13 500 21 020 II If 12 440 26.70 3 321 469,5 38 u 3 650 U 1.50 12 210 27 010 II " 13 230 25.57 3 390 471,3 37 9 i 2 790 13 670 14 2Q0 30 720 " II 16 330 29.47 4812 469,9 37 9 8 " 14 330 9 130 23 460 " « 13 380 24.85 3 325 465,6 38 2 9 5 620 12 300 14 290 32 210 " II 11450 23.12 2 647 466,9 37 7 10 S90 13 280 11410 25 530 " " 12 420 24.17 3 002 467,0 38 1 11 " 13 020 10 760 23 780 rr II 13 220 24.20 3 199 466,3 38 1 12 1530 14 130 9 280 24 970 II " 13710 20.82 2 854 404,0 38 13 1690 13 670 13 960 29 320 II " 11010 24.00 2 786 401,7 38 2 14 13 770 11 160 24 930 " ■' 13 050 23.30 3 041 466,3 38 1 15 2 040 14 090 12 150 28 SSO II " 12 860 19.25 2 476 462,3 33 3 10 4 7j0 11 970 10 600 27 o90 " II 10 670 24.27 2 590 462,2 38 2 17 3 070 11360 13 410 27 840 " " 10 860 24.17 2 625 461,4 38 1 IS 1 ICO 10 770 11030 23 530 " " USSO 24.35 2 893 461,0 38 19 14S0 12 700 12 290 26 470 " " 11760 25.37 2 806 459,4 S8 1 20 3 070 10 590 9 840 23 500 " " 11780 24.32 2 865 462,3 sa 1 21 680 13 490 1 1 090 25 260 M " 11510 24.25 2 791 458,5 SS 22 ri 13 640 12 280 25 920 " " 13 740 23.07 3 170 401,2 S7 9 23 ■' 11020 13 880 24 900 " " 12 760 23.55 3 005 402,3 37 9 24 1 650 13 420 13 250 28 320 ri <' 12 010 25.17 3 174 461,3 33 1 25 It 10 600 13470 24 070 II II 13 160 22.75 2 994 458,8 38 20 3 770 12 090 13 220 29 030 •1 n 13 200 23.97 3 104 461,8 37 9 27 1 970 13 350 U 730 27 050 " ■' 13 530 21.05 2 848 459,4 33 1 28 3 310 USSO 14 180 29 370 " " 11590 23.75 2 753 400,5 33 1 29 2 000 15 160 14 560 31780 " " 13 420 24.02 3 2'Î3 460,5 37 9 JO 3G40 12010 14 5S0 30180 " " 12 120 23.37 2 832 461,3 33 31 2 470 9 730 14 750 20 950 f» '■ 13 000 24.12 3 136 458,3 38 MojénDos . " " " 20 587,7 1474,6 28 062,3 12 002 " 3 004,8 464,1 33 02 16 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ETUDES EXPERIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CUliVAL N° 2. (Numéro matricule 34 464.) REPOS. DATES. Mars E A L BUE à h. 1— EAU du four- EAU totale ciin- somméc POIDS d S M A T I È f{ E sèche POIDS du . hcval à 7 h, TEMPK- RiTUllE du cheval à 7 h. à 7 h. à p. 100 totale 1890. du malui, Gr. midi. du soir. Gr. totale. rage. par jour. fèces. des fèces. lies fèces, du matin. du malin. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degrés 1 ■' 3 000 1 1 930 15 530 1 220,0 " 10 550 26.92 2 840 480,7 38 3 2 " 7 580 3 170 10 750 II - 10 0>0 27.17 2 739 484,0 37 9 3 5 500 l'.OO 12 560 20 020 If M 11570 25.92 2 999 480,8 37 5 4 1330 II 13 330 14 000 11 II U 780 26.62 3 136 491,2 37 6 b 1420 2 770 14 400 18 050 1/ II 13 500 25.62 3 474 492,6 37 S 6 " 5 050 3 4.;o 14 0>,0 fl II 12 6-;0 25.29 3 197 494,5 38 i 7 " II 14 140 14 140 If II 9 410 35.57 3 347 490,2 38 1 8 " 4 770 9 020 13 790 " If H 540 26.37 3 043 492,0 37 9 9 1/ 9 3-:o 3 280 12 020 If If 13 010 20.70 3 474 492,8 38 10 " 9 iOO U9S0 21 380 If If 12 850 25.22 3 241 491,4 38 U " 2010 8 890 U 500 r' " 12 010 20.20 3 147 496,2 37 9 12 r» 4'jOO 6 880 1 1 840 " ■• lOOJO 26.00 2616 494,1 38 1 13 " " 13G90 13 090 If " 10 400 26.40 2 746 492,3 38 14 " 1 770 4 030 5 800 II " 9 370 26. 87 2 518 493,4 38 1 15 " 11810 7 330 19 190 II " 11 670 25.90 3 023 486,4 38 1 ■ 16 " " 14bo0 14 500 If " 11 740 24.87 2 920 492,5 38 3 17 i( 3 280 12 770 10 050 « i. 10170 25.12 2 555 493,5 38 18 " 7 5SJ0 U 7 51,0 n " 10 870 25.75 2 799 495,8 38 19 " 7 liOO 9 700 17 360 II " 11920 26.25 3 129 490,3 37 9 20 II S'j20 0310 15 230 II " 11310 22.85 2 584 493,5 33 21 " 9 o-:o 5 7.0 15 330 ■• tl 15 350 17.37 2 066 495,4 38 22 n 7100 14 7.'0 22 6 II If 12 370 19.65 2 431 494,3 38 1 23 " ;-oo 11720 18 020 " " 14 060 23.02 3 237 493,9 38 24 " 3 0"O 7 5-iO 1 1 490 r- " 13 560 23. 50 3187 502,4 38 1 25 " 4-270 6 040 10 310 If <' 11 130 22. 12 2 462 493,1 38 i 20 If 3 5L(I 13 130 10 720 If " 10 990 24.62 2 700 494,8 38 1 27 " 2 070 7 410 9 500 II <• 9 220 24.15 2 227 497,7 38 1 28 " n 13 9SjO 13 990 " '• 10 270 24.50 2516 496,1 38 1 20 1 OU) 1 1 330 7310 20 250 If U 9 890 25.27 2 499 497,0 37 9 SO II 3 430 13 150 16 580 1/ II 11310 25.25 2 8 b') 490,3 38 1 31 " 4 090 U 490 ib5.;o " " 9 030 27.27 2 626 501,8 38 1 llovcnnes . n " II 14 805,2 i 220,0 16 125,2 11428,7 " 2 860 493,1 38 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT, 17 ÉTUDES EXPÉRIMENTALES SUR l'aLIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHEVAL RO 3. (Numéro matricule 37 999.) MARCHE AU TROT. DATES. Mars EAU BUE à 6 h. ••— ^- EAU du four- EAU totale con- sommée POID.S des MA T se p. 100 lÈKB chc totale POIDS du cheval à 7 h. TBMPË- ItiTURK du cheval à 7 h. à 7 h. à IS90. du malin. midi. du soir. totale. rage. par jour. fèces. des feees. des fèces. du matin. du matin. Gi-. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degrés 1 M 12 180 13 930 26 110 1317,0 " 18 840 13.42 2 528 465,8 38 2 2 ., 15 100 14 780 29 880 M rt 17 540 10.45 1 833 401,7 38 i 3 " 12 950 14 010 27 500 " ti 17 480 12.25 2 141 402,3 38 4 ir 13 720 15 270 28 990 II " 17 560 11.87 2 084 463,9 38 5 .- 12 5S0 14 280 20 860 " " 17 280 12.37 2138 465,8 38 l 6 „ 15 290 13970 29 260 " II 20 690 12.37 2 559 463,4 38 2 7 " 14 650 14 700 29 350 ri u 19 950 12.00 2 394 461,3 38 8 1. 10 580 15 100 25 680 " II 17 100 12.05 2 061 457,9 38 1 9 9 b 10 15 220 10 640 35 400 .' " 20 790 12.00 2 495 468,7 37 8 10 13 430 8 900 14 520 36 910 (f ri 20 660 10.97 2 200 477,7 38 1 11 8 690 14 500 14 580 37 770 If 1/ 21810 12.65 2 759 472,0 38 1 12 10 120 14 400 14 620 39 140 " " 20 420 13.17 2 689 473,0 38 13 S 560 15 030 14 820 35 410 II II 21300 13.60 2 897 409,1 37 3 14 10 490 15010 14410 39 910 " II 21930 12.77 2 800 473,0 37 9 la 7 670 14 160 15 280 37 110 " II 21 620 12.70 2 74Ô 472,0 37 8 10 5 730 15 0S0 14 640 35 450 1» II 20 160 11.50 231S 470,9 37 7 17 3 570 14 220 14 980 32 770 it II 17 850 12.60 2 249 405,6 37 9 18 9 280 12 740 14 480 36 500 - " 19 980 12.47 2 492 471,0 37 9 19 6 490 12 060 15 390 34 540 ir « 19 360 11.82 2 888 471,0 37 6 20 5 570 14 500 10 780 30 850 '• " 20 440 12.35 2 524 470,0 37 8 21 5 610 14 840 15 220 35 670 " " 18 790 13.00 2 443 469,5 37 6 22 3 150 14 240 15 020 32 410 " " 21 620 12.72 2 750 466,7 38 23 10 750 14 810 9 240 34 800 " " 20 140 12.73 2 564 471,8 37 8 24 2 860 11710 14 7S0 29 300 " " 19 180 12.42 2 382 468,0 38 25 5 350 10 190 14 540 30 080 '• " 18 890 13.07 2 469 465,9 37 8 26 9 770 11720 15 060 36 550 II " 19 050 12.75 2 430 471,0 37 S 27 2 500 12 IGO 11 510 26 170 '• " 17 160 12.60 2 162 465,0 38 28 11910 15020 13 770 40 700 " .. 12 280 25.70 3 156 468,1 38 8 600 9 190 13710 23 500 ■■ •< 11 860 25.72 3 050 469,0 38 9 " 7 780 14 330 22 110 " " 14 290 23.52 3 361 473,1 37 9 10 i. 9 110 9 980 19 090 .. .. 12 930 24.05 3 187 469,2 38 11 930 13 440 12 890 27 260 Il " 12 090 24.00 2 902 468,0 37 9 12 If 9 390 13 250 22 640 " If 15 170 22.95 3 482 470,5 33 13 tl 12910 6 330 19 240 " " 11 180 23.35 2611 466,4 38 14 tl 13 580 8 640 22 220 r. " 11350 27.45 3 114 468,5 38 15 n 7 390 15 040 22 430 II .' 12 180 25.60 3 118 469,5 37 9 IG " 11 390 14 240 25 630 " 11 910 26.75 3 180 468,4 37 9 17 „ 9 870 9 120 18 990 " .. 12 770 26.35 3 365 465,5 38 18 4 080 9 190 15 180 28 450 " If 13 640 26.37 3 597 463,8 38 19 1 200 14 500 12 140 27 840 " II 13410 26.47 3 550 466,1 37 9 20 If 11360 13 160 24 520 .. - H 880 26.30 3 124 467,9 38 1 21 ri 9 460 14 920 24 380 •r " 12810 27.10 3 472 467,5 38 22 If 14 5Û0 12 310 26 870 " " 13 330 27.25 3 632 467,8 38 23 15:0 1 4 400 12 640 28 580 " •< 12 880 27.20 3 503 469,9 38 1 24 " 12 950 14 020 26 970 r- " 12 820 26.50 3 397 467,4 38 25 1430 7 570 13 140 22 140 ■■ If 11220 27.70 3 108 466,0 38 3 26 . 1 soo 11 940 10910 24 710 " " 11 090 27.42 3 041 468,7 37 9 27 u y 890 8 940 18 830 II ■r 13 750 27.07 3 722 469,0 38 28 " 13 500 8 470 21970 " ■■ 12 150 27.50 3 341 468,2 38 29 ri S 530 13 3G0 21 890 " " 13 270 27.30 3 623 469,8 38 50 ■' 10 270 12 560 22 830 " " 13 590 24.62 3 346 471,2 38 SI " 9 350 12 870 22 220 " II 11740 28.87 3 389 469,0 37 9 Moyennes . " " " 23 103,5 1 115,7 24 219,2 12938,7 " 3 314 469,1 37 98 22 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ETUDES EXPERIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHEVAL N» 2. (Numéro matricule 34 464.1 TRAVAIL AU TROT. DATES. Mai 1890. 1 2 3 4 b 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 Sojeimu K A i: B U B à 7 11. du malin. Gr. rr 9 720 2 280 2 800 1240 7 300 4 800 19S0 2 8S0 3 710 5310 b5b0 7 6b0 930 740 3 640 8 450 4 420 14 050 a midi II 10 370 7 990 820 6 880 5 770 7 250 II II 4 420 2 280 4 230 " Gr. 7 6S0 13130 14 730 14 340 121'J0 14 160 13 630 15 310 14710 12S80 10610 14 950 12 420 14 790 13 240 13710 12910 5 780 13 170 10 440 10170 14 400 14 720 15 130 8 390 13 750 15 150 13 720 12 250 13 990 12 080 à 6 h. du soir. Gr. 14 490 14 490 14 260 14 560 14 670 15 240 15 350 15 620 15 370 11610 14 710 13 950 14 790 15 300 14 630 14 760 13 970 14 170 14 660 15 380 14 250 14 750 14 990 15 120 12 400 14 480 15160 9 940 10 550 14 230 14 220 totale. Gr. 22 120 37 340 31270 31700 28 100 36 700 33 780 32 880 32 960 27 900 30 6S0 34 450 34 860 31020 28 610 32 110 35 330 24 370 41880 25 820 34 790 37 140 30 530 37 130 26 560 35 480 30 310 23 660 27 220 30 500 30 530 31538 K A u du four- rage. Gr, 1318,5 EAi; totale con- sommée par jour. Gr. POIDS des fèces. 1318,5 32 856,5 MATIERE sèflie p. 100 des fèces. Gr. 11980 13 670 14 550 13810 13 210 15 600 14 030 12 9S0 15 760 15 030 13910 14 220 15 5S0 14710 14 420 13 050 14 490 12210 14 790 13110 12 110 13 470 12 260 13810 9170 15 160 12 500 10 990 13 320 13 980 14 680 13630,9 totale des fèces. 27.00 27.67 25.92 28.62 31.10 24.02 24.50 25.42 25.50 26.42 24.67 25.25 24.20 26.07 25.25 29.32 25.87 26.62 24.87 26.12 25.27 23.20 23.70 24.82 28.22 25.60 27.17 25.70 26.80 25.42 26.47 POIDS du cheval à 7 h. du malin. Gr. 3 235 3 782 3 771 3 952 4 108 3 747 3 437 3 300 4 019 3 984 3 432 3 591 3 758 3 835 3 641 3 826 3 749 3 250 3 678 3 424 3 060 3 125 2 906 3 428 2 588 3 881 3 396 2 824 3 570 3 554 3 886 3 539,9 Kil. 479,1 479,5 480,0 478,9 474,6 478,1 473,0 472,5 477,1 478,0 477,5 474,8 479,9 475,2 473,6 472,5 475,4 470,4 474,0 468,0 472,2 471,2 466,5 463,3 461,8 470,5 466,4 464,7 466,7 471,1 473,7 472,8 IBMPE- ItiTURB du cheval à 7 h. du matin. Degrés 38 38 37 8 37 9 38 37 8 37 9 37 9 38 1 38 3 38 38 37 9 38 1 38 1 37 9 38 2 38 1 37 8 38 2 37 8 38 38 37 9 33 1 38 38 1 38 1 38 1 38 1 38 2 3S ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 23 ETUDES EXPERIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHBVAL N* 3. (Numéro matricule 37 999.) REPOS. D&TBS. BAU BUE EAU EAU totale POIDS M A T I È K E sèche POIDS du lEMPÉ- ItiTURE Mat du four- con- sommée des cheval à 7 h. du clii'val à 7 h. k7h. il à 6 h. p. 100 totale 1890. du matia. midi. du soir. totale. rage. par jour. fèces. des feues. des fèces. du matin. du mutin. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degrés 1 1210 10 730 11010 22 950 » If 6 370 21.82 1390 460,5 38 2 2 2 150 13 550 14 510 30 210 " M H 130 22.27 2 479 464,6 38 1 3 6 390 14 430 14 460 35 280 If " 12110 18.10 2 192 469,3 38 4 3 230 10 330 12 640 26 200 » If 13 000 14.62 1901 472,4 38 1 5 1350 14 070 12210 27 630 It If 13 500 15.57 2102 474,0 38 1 6 3 060 10 470 14 470 28 000 « II 15 030 15.62 2 348 476,9 37 7 7 1870 7 000 14710 24 210 " " 18 130 13.65 2 475 475,0 38 3 8 6 520 9 780 11650 27 950 n " 19 740 13.02 2 570 476,9 37 8 9 3 740 11780 13 100 28 680 tt If 17 580 14.92 2 623 473,4 38 2 10 1930 11850 10 5:10 24 300 » II 13 750 15.07 2 072 472,6 33 2 11 1270 14 880 7 890 24 040 If " 14 880 16.35 2 433 473,2 38 3 12 920 10 5(10 12 000 24 020 If ri 14 360 14.32 2 056 474,8 38 1 13 790 14 260 11710 26 760 If if 12980 18.70 2 427 474,5 38 2 14 980 13810 10010 24 800 " 12 8£0 16.23 2 095 477,0 38 2 15 2 840 8 190 14 360 25 390 M " U 540 18.15 2 095 479,8 33 4 16 » 10 490 11310 21800 U .' 13 920 16.35 2 276 479,6 38 1 17 1610 12 800 5 830 20 240 It rf 14 090 15.00 2114 477,5 J8 2 'is 3US0 6 480 430 10 890 If If 7 870 13.85 1090 472,7 38 2 19 1$ 8 800 14210 23 010 ft 1/ 8 650 14.50 1254 456,7 38 3 20 5 910 4 290 9 140 19 340 tt " 10 3-20 13.75 1419 465,2 38 1 21 3 510 8 690 13 340 25 540 « If 10 840 19.80 2 146 464,3 38 22 4 930 7 760 14 320 27 010 « II 15 050 19.85 2 987 471,5 38 2 23 7 960 10 980 13 130 32 070 ri " 13 150 14.85 1953 472,6 38 24 8 070 9 860 14 190 32 120 H " 139S0 14.17 1981 472,2 37 9 25 1550 15 480 5 760 22 790 » .. 13310 15.95 2 123 468,2 38 2 26 5910 11800 13 060 30 770 H ti 11 110 15.95 1772 467,2 38 1 27 2 400 13 760 9 3-20 25 480 M ri 13 680 18.17 2 486 469,8 33 1 28 1360 9 130 7 530 18 020 If " 10 980 19.67 2 160 468,5 38 1 29 2 620 7 470 10 350 20 440 fl " 10 460 20.25 2 118 470,2 38 1 30 610 7 130 12 400 20 140 tt II 11560 18.55 2 144 467,4 38 2 31 410 9 050 10910 20 370 U II 10 560 19.52 2 061 467,9 38 1 Uojennes . ti tr II 24 853,2 877,4 25 370,6 12790,9 K 2107,8 471,2 38 12 24 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ÉTUDES EXPERIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT CHIÎVAI, nO 1. (Numéro malriiule 34 014. VOITURE. 1 DATES. K A U BUE EAU EAU totale POIDS M A T I È K E sèche POIDS du TEMI'IÎ- aiTURB Juin à h. m— du four- con- sommée des cheval à 7 h. du cheval à 7 h. à 7 il. à p. 100 totale du du lolalo. par feccs. des des du du 1890. riia[iu. luidi. soir. rage. juur. fèces. fèces. matin. malin. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. (;r. Gr. Gr. Kil. Degrés 1 " 7 470 I13S0 18 800 ■' ■• 14 410 27.30 4 005 463,5 38 7 610 10 250 14 950 S2S10 " ■' 13 500 25.92 3 447 478,0 38 3 4 750 7 330 U 750 23 830 " ■■ 1 1 720 25.40 2 977 476,4 38 1 4 bOSO 13 460 13110 31 650 •' •• 11400 26.35 3 020 480,7 38 2 5 6 070 6710 9 060 21 S:0 tl " U 390 25.40 2 893 474,4 38 1 6 5 020 13 200 14 830 33 650 " " 13 ISO 25.05 3 302 478,7 38 2 7 14 860 3 970 1 1 430 30 260 " " 10 490 26.30 2811 47G,6 S8 2 S 5 900 14 820 15 180 35 900 " " 12 280 27.00 3 316 478,7 38 1 9 11890 11970 7 620 31 480 " ■• 13 660 23.80 3 251 476,4 38 10 4 450 14 870 15 730 35 050 .1 " 9 420 25.82 2 432 475,5 SS 2 H 13 000 8 970 5 890 27 860 .' " 12110 24.35 2 949 474,6 38 2 12 7510 14 440 15 900 37 850 " " 10 060 25.42 2 710 474,5 3S 2 13 SS40 8010 1 4 680 SI 530 .' " 14 290 27.12 3 875 472,4 38 1 14 2 540 15 160 15 020 32 720 .. .. 12 770 26.60 3 397 474,1 38 2 15 1 1 S90 S 140 14 520 29 550 .. M 14 130 25.87 3 655 474,0 38 1 IG 2 150 15 230 15 4-0 32 830 .. " 9 200 27.72 2 550 470,9 37 8 17 12 220 10 530 12 920 35 070 ■' " 15 230 23.90 3 640 469,1 37 9 18 4S30 15 3S0 15 380 35 590 .. .. 11 710 24.70 2 892 473,0 38 I 10 li 520 10 570 13 230 38 320 " " 14 070 24.52 3 450 468,5 38 2 20 5 410 1 5 340 14 660 35410 " ■• 13 830 25.05 3 464 474,8 38 1 21 1 «70 1-2 000 10 050 24 380 '• " 13 290 24.15 3 210 468,4 38 1 22 G 320 12210 10 750 29 280 .. " 12 470 25. 45 3 174 474,0 38 2 2a .. 13 840 15 090 28 930 " " 10S70 24.45 2 600 474,5 38 1 24 14 140 6210 7 380 27 730 .r " 1 1 730 20.70 2 428 473,7 37 8 25 11370 15 GOO 16 180 43150 " " U HO 23.87 2 059 479,1 38 2 26 14 70O S6I0 13910 37 2l;0 " " 12 130 23.67 2 871 470,9 38 27 5 410 15310 15 780 30 500 " " 10 100 26.80 2 707 472,2 38 1 28 5 870 8 000 11 790 25 600 i. ■■ 11 550 24.15 2 789 460,7 38 1 29 3 560 14 60O 15 310 33 500 " ■■ U 110 31.00 3 444 470,1 38 1 SO 14 r>20 13 000 8 750 30 070 n n 10 780 25.00 2 760 467,8 38 2 Mojeniics . 31 838 1 310,5 33 154,5 12149,7 3 091,3 473,5 38 i ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 25 ÉTUDES EXPÉRIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHEVAL. N° 2. (Numéro nia:ricule 34 161.) REPOS. DA TES. E A U HUE EAU EAU totale POIDS M A T I i: K E seclie POIDS du TKMPÉ- lUTlIlK Juin du four- con- sommée des cheval à 7 h. du cheval à 7 h. il 7 11. à a 6 h. p 100 totale 1890. du iiKUiu. iiiiili. du soir. totale. rage. par jour. fèces. lies fèces. des fèces. Gr. dn iiiatiii. ilu nuitiii. Gi-. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degrés 1 8 «20 o'JO 10 9:0 25 650 " " 12 910 27.75 3 583 472,5 38 1 ri 13 700 1 1 980 25 680 1/ ■■ U 030 27.07 3 162 471.4 37 9 3 .. 7 730 9 460 17 190 >' " 11750 27.45 3 225 478,5 37 7 4 .. 9 5 40 12 430 21870 " " 9 800 27.12 2 674 477,5 37 9 5 •' 8OS0 10 40 18510 " " 1 1 270 27.55 3 105 480,9 33 1 6 " 12 210 5 190 17 400 " II 10 360 28.42 2 944 431,0 38 3 7 " 9 300 7 330 16 690 " " 10 130 29.17 2 955 480,0 38 3 S " 13 480 7 230 20 710 II ■■ 14 120 27.30 3 855 .^80,8 37 9 9 " 10 420 7 350 17 770 II " U 110 28.72 3 191 481,8 38 10 12 280 8 080 20 360 n " 10 960 26.95 2 955 482,9 38 3 11 .. 5 0.10 9 l'JO 14 820 II •' 12 820 26.40 3 384 485,1 38 3 12 .. ■' 8 050 8 050 .. " 10 960 25.12 2 753 478,5 38 4 13 " 12 820 2 SOO 15710 " 9 310 28.00 2 607 473,0 38 4 14 13 590 5 020 18 610 " " 10 240 26.75 2 739 475,6 38 2 Ib " 10G90 1 1 0-:0 21 770 ■' 1 1 720 27.4 7 3 219 480,5 33 2 16 " 10 400 10 300 20 7C0 " " H 050 27.47 3 035 485,7 38 2 17 " 4 310 620 13 930 •• ,, 8 600 26.00 2 232 489,1 38 1 18 ■■ 3 120 13 6S0 16 800 II " 1 1 490 27.90 3 206 486,2 38 2 19 ■' 4 120 12 430 16 550 '■ ■• 10 280 23.20 2 899 484,3 38 2 iO " 3 640 13 430 17 070 " .. 1 1 230 28.. i 5 3 195 487,1 38 2 21 " 10 340 •' 103:0 " " 11 420 27.30 3 118 485,4 38 2'2 " 13 750 13 080 26 830 II '■ 12 000 26.75 3 220 478,5 38 1 2:j " " 1.: 950 14 950 " ■' 10 950 27.17 2 975 489,0 38 2 24 " 3 670 1 1 580 20 250 II ' 11060 26.55 2 936 488,5 38 2 25 " " 15 480 15 480 n •■ 10 590 07 0;) 2 883 490,8 38 1 26 " 13 840 8 300 22 1:0 " " 11 790 "-. LI54 489,8 38 2 27 '■ 13 650 13 050 " " : 7 2 41' 2 869 489,5 38 3 28 , 10 960 3 410 14 370 " " 10 200 29.20 2 978 488,2 38 2 29 " 1 2 4:i0 8 520 20 970 " ■■ 10 560 29.40 3 105 486,2 38 2 ro ■■ 7 920 9 4r,0 17 380 l( " U 170 29.85 3 334 489,9 38 1 SI(i)oiiii(-s . 18 093,3 937,2 19 030,5 11 049 If 3 050,5 482,9 38 15 26 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ÉTUDES EXPERIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHRVAl, ti" 3. (Numéro matricule 37 999.) REPOS. DATES. EAU BUE EAU EAD totale POIDS MAT] È K E sèche POIDS du TE\IPé- RATl'RI! Juin à 6 h. du four- con- sommée de8 p. 100 totale cheval à 7 h. du cheval à 7 h. à 7 h. à 1890. du matin. midi. Gr. du soir. totale. rage. par jour. fèces. des fèces. des fèces. du malin. du matin. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degrés 1 2 210 7 640 13610 23 460 tt If 13140 19.07 2 506 471,7 38 1 2 4 120 8 070 12 930 25120 ti (f 15 240 16.62 2 533 473,4 38 1 3 5 950 10 430 12 540 28 920 n fl 16 100 18.07 2 909 478,7 38 4 If 14 470 11580 26 050 tt " 15 300 20.52 3 140 473,4 38 1 b 3 900 6 730 IbblO 26 140 i; II 15 390 16.55 2 547 475,3 33 2 6 2 850 8 590 9 300 20 740 If If 14 920 18.65 2 783 474,4 38 1 7 8 190 7 450 13 380 29 020 » If 13 950 17.22 2 402 476,3 38 I 8 600 10 270 14 620 25 550 »f II 13 450 16.17 2175 472,5 38 1 9 3 330 10 860 12 390 26 630 " If 17 320 15.75 2 728 475,5 38 2 10 3 330 13 250 11370 27 950 .' " 17 510 16.10 2 819 474,9 38 1 II 3 260 10 080 15 170 28 510 If II 17 620 15.60 2 749 474,1 33 1 12 4 010 5 760 15 610 25 380 " If 18 680 15.60 2 914 475,6 38 1 13 5310 11850 5 320 22 480 .. If 19 690 15.15 2 983 475,2 38 1 14 2 120 15180 9 070 26 370 .. ■' 17 140 15.25 2 614 473,5 38 15 3 780 11990 12 480 28 250 tt If 18 380 14.00 2 573 477,7 38 1 16 4 830 14 520 12 930 32 330 t( " 20 510 14.12 2 896 475,0 38 1 17 8 090 6 3S0 15 040' 29 460 .. " 18 060 14.87 2 686 479,5 38 18 3 960 8 000 15 390 27 350 (f If 15 800 13.60 2 149 476,1 38 2 19 2 930 11 110 12310 26 350 " W 14 690 Ib. 37 2 258 474,4 38 3 20 tl 12 100 15 000 27 100 fl If 13 600 15.25 2 074 471,1 38 3 21 1510 11 660 13 960 27130 " " 14 620 16.65 2 434 474,2 38 2 22 2 550 11 660 15 440 29 650 M If 17 9.S0 16.20 2 905 478,0 38 3 2o M 1/ 15010 15010 rf " 13 240 16.02 2 121 472,7 33 5 24 14510 14 280 3 100 31 890' " II 15 730 16.05 2 525 481,0 37 7 2b 10 480 9 770 15 360 35 610 " « 19 950 14.35 2 863 481,0 38 26 4 400 6 490 14 340 25 230 M ■' 14 240 15.75 2 243 477,2 33 1 27 9 390 12 000 15210 36G00 II •• 20 150 15.50 3 123 480,0 38 28 14 530 10 580 12 210 37 370 u If 21 190 14.65 3 10i 47^5 485,5 38 29 9 820 9 770 14 300 33 890 •■ " 20 590 15.92 3 278 38 30 7 960 7 200 4 040 19 200 If If 15 490 15.55 2 409 481,9 38 2 UojciiDes . M (' 27 491,3 882,8 28 374,1 16 654 II 2 648,1 475,6 38 11 ALIMENTATION DU CHliVAL DE TUAIT. 27 ÉTUDES EXPERIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHEVAL N» 1. (Numéro matricule 34 614.) VOITURE. DATES. BAO BUE EAU EAU totale POIDS M ATI ÈRE sèclio l'OIUS du TEMPH- ItATURE Juillet 1890. à 6 11. du soir. tutalc. du four- rage. con- sommée par jour. des feccs. p. 100 des feccs. totale des fèces. cheval à 7 h. du matin. du cheval à 7 h. du matin. à 7 h. du matin. à midi. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degrés 1 4 190 14 730 15 480 34 400 Il Il 10 800 23.50 2 538 472,0 38 1 2 15 060 8 670 10 920 34 650 II II 13 180 21.55 2 840 470,8 38 1 3 4 570 14 590 15160 34 320 II II 7 170 26.87 1927 472,8 38 1 4 13910 3 860 15 170 32 940 II II 12 420 26.50 3 291 470,4 38 2 5 2910 14 840 15 940 33 690 U II 13 240 22.50 2 979 472,8 38 1 6 13 560 6 460 13 150 33 170 It II 12 100 25.25 3 055 472,8 38 2 7 3 5S0 9 150 15 240 27 970 II II 15110 26.47 4 000 473,9 38 1 8 12 530 10 770 12 140 35 440 II II 12 330 25.37 3128 467,8 38 2 9 4 670 15 200 15 090 34 960 II II 16 420 25.75 4 228 473,9 33 1 10 M 180 8 850 10 160 33 190 II II 12 030 26.02 3 130 470,4 38 H 3 970 14 870 15 120 33 960 II II 10 060 26.50 2 666 472,4 38 1 12 13 850 12 370 10 020 37 140 n 11 13 570 26.20 3 555 462,7 38 2 13 6 940 15 130 15 730 37 800 tl II 13 500 25.85 3 490 472,0 38 2 14 15 160 12 280 12 540 S9 980 II II 12 7S0 27.17 3 472 465,8 38 1 IS 5 660 15 290 15 930 36 880 n II 9 020 27 22 2 455 471,6 38 1 16 14810 15190 12 750 42 750 M II 12 450 25.52 3177 456,3 38 2 17 5 270 15 570 15 690 36 530 .' 11 8 270 27 22 2 251 465,2 38 1 18 15 480 10 680 13 3.50 39 510 Il II 11 510 25.07 2 886 459,4 37 9 19 7 480 15 640 15 690 38 810 tl II 10 250 27.83 2 855 465,0 33 20 14 920 10 700 11210 36 830 M II 12 950 21.62 2 800 460,5 38 21 4 560 15 370 15 670 35 600 II 9 000 23.75 2 280 462,3 33 1 2î 1S350 15 190 8 6S0 39 220 " " 11 690 23.50 2 747 453,0 37 9 2;i 8 200 15 910 15 760 39 870 n II 9 960 25.62 2 552 462,0 3S 24 15170 14 320 13 870 43 360 II II 12 180 26.25 3 197 453,5 37 8 25 3 540 15 770 15 240 34 550 II II 1 1 720 26.92 3 155 460,7 38 26 15 700 10 140 11870 37 710 II If 16010 22.47 3 597 452,1 37 9 27 6 6 iO 16 £00 15 120 38 060 II II 8 070 27.10 2 187 453,6 38 1 28 15 570 15 690 14 060 4b 320 " II 14 780 23.25 3 436 445,6 38 29 12 720 15 610 15 530 43 890 II II 15 800 22.80 3 602 461,7 38 1 30 15 420 15 250 9 190 39 860 II If H 600 26.72 3 124 447,0 38 1 ;m 8 980 16 060 15 820 40 860 " 11 8 170 25.97 2 122 457,4 38 SlojeDDcs . " II If 37 200,6 i 403,4 38 604,0 11897,7 ff 2 991 463,9 33 07 28 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. KTUDKS EXPERIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHEVAIi SO 2. (.Vuiiiéi'o matricule 31404.) IlEPOS. DATES. E A II BUE EAU EAU totale POIDS M A T I È i: K sèclie POIDS du lEMI'i:- iMTiiim Juiilet i. 6 h. — du four- cnn- sommée dos clieval à 7 11. dn elieval à 7 1). a 7 11. il p. lOO totale l,SïtO. du malin. midi. Gr. du soir. Gr. IDlalc. rage. Gr. par jour. fèces. des fèces. des fèces. Gr. du malin. du malin. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degré» 1 " " 14 930 14 930 ^^ 9 910 28 .22 2 797 492,9 38 2 2 " 1» 14 010 14 010 " 9 700 29.57 2 868 491,3 38 3 3 " 2 070 14 800 16 870 " 9 500 29.75 3316 490,7 38 1 4 " 'f 6 970 6 970 11 11 820 28.53 3 375 494,1 38 2 5 " S 170 10 220 18 390 n 10 550 20.32 2 777 485,0 38 2 6 ■' 4 440 12 040 10 480 " II 10 760 31.57 3 397 488,4 38 i " 14 950 14 950 ir H 840 23.62 3389 490,9 38 2 8 " " 8 000 8 060 " ■■ 9 260 28.50 2 639 490,0 37 9 il 3 440 9 :3C0 13 190 26 190 " 1 1 420 27.37 3 1.18 487,3 38 1 10 " " 14 0C0 14 090 " " 8 380 30.22 2 593 496,1 38 2 11 " " 13 bOO 13 500 ir 9 170 29.90 2 742 493,9 37 8 12 7 010 7 900 13 570 II 8 980 29.07 2 664 493,8 37 9 13 3 7S0 14 140 17 890 ■• 9 930 29.00 2 886 493,5 38 14 " 4 200 13 280 17 540 " .. 10 430 28.57 2 980 496,0 38 2 lo '■ 7 230 9 670 16 920 " 10 360 27.70 2 870 499,1 38 2 ir. ■■ a 000 6 SSO 15 180 II 10 210 26.47 2 703 497,0 38 2 17 " 13 130 10 330 23 660 r( 10 820 27.60 2 986 494,6 38 1 IS .. 2 140 12910 15 050 .. 9 080 28.67 2 603 499,1 38 2 19 " 5 040 3 830 10 870 ■■ 10 830 28.07 3 040 498,3 38 1 20 '■ " 14 010 14 010 " 8 940 29.90 2 673 492,2 38 3 21 " 14 070 9 300 23 370 1. 10 220 29.15 2 979 489,0 37 3 22 2 410 9 810 12 220 n 11800 28.12 3 333 497,2 37 9 23 10 3b lOSlO 21 160 " 11380 26.02 3 013 493,9 38 1 24 " 7 470 9 710 17 180 " 9 830 28.10 2 762 498,0 37 9 25 " H SSO 4 700 16 580 " 9 080 27.00 2 072 490,5 38 1 26 " " 11 400 11460 " 10 620 27.12 2 880 493,4 38 1 27 " " 1 1 400 1 1 460 " 9 130 28.77 2 627 495,4 38 1 28 li'JO 9 j'JO 9 300 19 580 " •' 11 340 28.60 3 300 491,5 33 2 29 ■' 14 240 H OCO 25 330 " " 10810 28.30 3 059 490,2 3S 1 30 " 2 190 12 890 15 080 " " 10 190 27.80 2 833 497,9 3S 1 31 ■■ 14 :.;90 12 810 27 400 " 12 100 23.67 2 878 494,2 38 .Movonnes . " " ,. 10 314,3 1 002,0 17 510,3 10315,8 " 2 933,9 493,0 3S (IX ALIMENTATION DU CHEVAL UE TRAIT. 29 ÉTUDES EXPÉRIMENTALES SUR L'ALIMEiNTATION DU CHEVAL DK TRAIT. CHEVAL. N" 3. (Numéro raairicule 37 999.) REPOS. DATKS. Juillet 1«90._ EAU BUE ix 6 h. du soir. Gr. lolale. EAU du four- rage. EAU lotalc con- sommé(< par jour. POIDS des fece-s. MAT se p. 100 des foc es. I È K E che totale des foces. POIDS du cheval à 7 h. du malin. TKMPÉ- RITIIIE du cheval à 7 h. du malin. à 7 h. du matin. Gr. midi. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degrés i Î5 20O 7 060 7 080 20 540 Il 'î 13 880 15.35 2131 474,9 38 2 2 8 400 6 850 8 850 24 100 II ^ 11010 18.77 2179 476,0 38 2 3 5-SOO 7 660 10 160 23 120 II 15 890 16.02 2 546 479,9 38 4 360 9 560 7 750 23 670 '< 17 090 14.82 2 533 481,5 38 1 S 5010 6 870 5o;o 16 920 II ■' 16 750 14.67 .2 457 479,5 38 2 8 310 .1510 12 760 25 580 II II 14 450 15.05 2 175 477,0 38 1 1 U430 15 430 9 220 36 080 II '• 18 940 14.52 2 750 484,5 38 2 b 5 330 5 140 6 530 17 030 ■• " 14 400 16.25 2 340 482,3 38 1 9 7 380 5 990 8 130 21550 II 1» 13 500 19.15 2 535 481,2 38 2 10 G 540 6 480 5 290 18 310 II '■ 13 080 24.37 3 188 482,0 38 1 11 8 440 6 750 8 960 24 150 II .. 12110 23.45 2 840 432,9 33 2 12 7 140 7 700 7 120 21960 II " 10 820 23.15 2 505 437,6 38 1 Ui 670 7 100 7 720 15 580 II •' 13 160 23.35 3 073 483,0 38 1 14 6 110 10 210 8 590 24 910 II " 10 190 21.47 3 476 485,0 33 Ij 9 740 8 160 5 870 23 770 " " 12 820 22.95 2 942 489,5 33 2 16 10 730 7 030 6 620 24 380 " .1 9 430 24 . 05 2 268 489,8 38 2 17 1 6yo 8 520 5 270 15 480 .' II 8 940 20.10 1797 484,9 38 2 IS 8 160 6 060 9 450 23 670 " II 11 280 22.97 2 591 487,0 38 1 19 7 27U 6 400 9 420 23 090 " ■ „ 13 650 17.77 2 420 489,6 37 9 20 4 500 ■i 720 10 290 19510 (; II 16 760 16.97 2 844 487,4 38 1 21 8 120 8 570 5 800 22 490 SI II 16 520 17.95 2 905 480,6 38 1 22 850 3 900 6 350 20 100 II •< 15 000 19.55 2 933 480,8 38 23 5 3^30 7 040 4 750 17 170 " " 10 620 20.85 2 214 483,4 38 1 24 6 820 5 900 5 890 18 010 II " 1 1 520 20.80 2 396 482,0 38 1 25 4 880 7 360 7 660 19 900 " " 9 910 26.80 2 65o 480,5 38 1 20 soin 4 910 4 320 15 140 II " 10 930 20.70 2 918 482,7 38 1 27 5 910 4 910 4 320 15140 " H 11 110» 25.52 2 835 482,7 38 1 2S 600 .5 920 6 320 18 840 II " 10 540 24.80 2 614 485,4 38 1 29 5 380 7 040 4 750 17 170 " - 10 680 24.52 2619 485,5 38 30 6 310 8 900 6 930 22 200 ■' •< H 000 26.57 2 923 484,0 37 9 31 6 4S0 8 450 8 420 23 350 '• II 10 340 28.37 2 933 484,2 38 1 .flovCDDCS . 1 1 " " II 21 081,6 945,4 22 027,0 12997,4 u 2 633,9 480,7 38 1 30 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ÉTUDES EXPÉRIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHEVAL «O 1. (Numéro matricule 34 614.) REPOS. DATES. KAU BU B KAU EAU totale POIDS M A r I B K E sèche POIDS du lEMPB- RiTUIIB Août du four- con- sommée des p. 100 totale cheval à 7 h. du cheval à 7 h. à 7 h. à à 6 h. du du totale. par fèces. des des du du 1S90. matin. midi. Gr. soir. rage. jour. fèces. fèces. Gr. maun. malin. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degré» 1 13 600 13 100 13 180 45 880 » ff 10 130 26.04 2 643 442,2 38 5 2 6 760 6 790 13 470 27 020 II " 10 700 26.92 2 880 433,8 38 1 3 2 070 13 460 12 380 27 910 II " 14 420 24.55 3 540 456,6 38 1 4 780 11 SCO 10 630 23 230 II II 13 200 26.92 3 570 455,2 38 5 960 12 280 7910 21 130 It " 13 000 25.62 3 331 437,5 33 1 6 .. 10 830 14 890 25 720 •> .' 11350 23.62 2 681 452,6 38 1 7 870 9 180 14 420 24 470 II Il 12 520 26.30 3 293 454,5 38 8 .. 7 450 13 020 20 470 M M 11490 28.15 3 234 453,2 38 9 ■. 11470 11 360 22 830 H II 12 570 27.87 3 503 433,0 33 iO If 6 370 14 640 21010 " If 10 600 27.50 2 915 454,2 38 11 1 890 11710 7 340 20 940 II ■' 11 340 26.72 3 030 460,0 38 12 " 1 1 030 11070 22 720 II H 12 330 27.22 3 336 435,0 38 1 13 " 8 460 10G50 19110 « ' 12 500 25 22 3 168 457,2 33 14 .. G 370 14 310 20 830 H " 1IS60 27.22 3 228 453,8 33 1 13 ■■ 14 180 12 280 26 460 « ■• 11820 25.37 2 999 457,0 38 15 " 9 820 11250 21 070 II II 11800 24.62 2 903 402,0 38 1 17 l( 8 360 12 420 20 780 •• M 11060 23.25 2 793 460,3 38 18 .. 5 920 15 020 20 940 II .' 1 1 920 23.42 3 030 460,3 38 l'J " 9 840 9 340 19 380 '• " 10 110 27.70 2 800 402,6 33 20 " 9 350 12 3S0 21730 " -' 12 050 23.47 3 072 461,1 38 21 " 11000 11490 22 490 II " 10 030 26.00 2 764 460.2 3S 22 r. 4 300 15160 19 460 " ■' 10 620 27.27 2 896 464,3 38 23 " 8 930 6 380 13 330 U >l 11 620 24.43 2 841 463,2 38 24 If 6 070 13 840 19910 " II 10 980 26.00 2 921 460,1 S8 1 25 " 8 220 9 090 17310 It " 12 080 27.42 3 312 432,8 38 20 ■' 3 200 12 620 17 820 " M 10 390 28.47 2 938 462,3 33 27 II 8 100 9 1300 9 460 " " It 110 26.37 2 930 463,9 33 28 " 7 230 14010 21240 If " 11 810 27.57 3 256 459,2 38 1 29 1» 5 920 12 140 18 060 " tt 10 580 26.37 2811 402,0 38 1 :;o " 4 840 10 280 15 120 II If 10 750 29.25 3 144 400,0 38 SI " 6 100 12810 18910 11 " lOSf.O 31.37 3419 438,9 38 Jlojennes . " tr If 22 190,8 982,8 23 179,6 11553,7 " 3 071,7 458,2 38,05 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 31 ETUDES EXPERIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHEVAL, N° 2. (Numéro matricule 34 464.) REPOS. DATES. EAU BUE EAU EAU totale PO 1 1)3 M A ' ' I Ù u B eche POIDS du TKÏP8- RATCRJ Août 1S90. du four- rage. con- sommée par jour. des fèces. p. 100 des feci s. totale Je» fèces. cheval à 7 h. du matin. du cheval i7h. du matm. à 7 h. matin. û midi. à 6 h. du soir. totale. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kd. Degrés 1 " 9 040 730 13 770 ir " 10 130 27.57 2 807 499,4 33 2 2 " 6 970 6 320 13 490 ir ■• J 2 940 27.32 3361 494,0 38 1 3 t« 8 120 13 860 21980 ir tt U 110 29.95 3 327 480,3 38 4 " 6 370 9 130 13 720 u " 10810 29.57 3 197 493,5 33 1 b ■• 6 170 3 300 11470 >' " 10 320 29.27 3021 493,0 38 1 6 ■' 8 640 12 530 21 190 " " 10 680 29.27 3 126 489,6 38 7 II 14 870 13 390 28 460 " ■■ 12 960 27.45 3 538 494,2 38 S " 3 830 1 4 080 17 930 II " 12 230 28.63 3 504 501,7 33 1 9 tl 8 530 11350 19 900 " - 9 390 29.67 2 843 501,3 38 i 10 " 1 4?0 13 380 14 810 " " 8 560 32.23 2 701 501,5 33 1 11 " 6 290 7 140 13 430 ■■ ■• 10 170 29. 20 2 970 498,4 38 12 4 400 11 610 11 890 27 900 " It U 7f.O 28. 93 3 405 498,9 33 i 13 - - 10 290 10 290 " " 10 790 28.50 3 075 504,2 38 1 14 " 3 970 14 620 20 390 ■• '• 9 480 31.75 3 010 493,6 38 13 ■■ 2 260 14 120 1G3S0 " ■' 12 290 27.67 3 401 499,0 33 16 , 4 890 14 350 19 240 " " 10 0.30 28.37 2 866 497,8 38 17 " 3 330 9 800 13 330 ir ■' 10 310 28.17 2 904 501,8 38 is n 2 740 13 730 16 470 " ■• 10 960 28.43 3 lis 502,1 38 19 " 10 070 12 140 22 210 " ■' 13 100 27.07 3 546 501,2 38 2 ::o ■• 3 310 1 IGO 4 670 M ■■ 11220 29.07 3 262 505,8 38 1 i{ 3 890 3 430 14 520 21 860 n '• 11520 29.00 3 341 496,0 38 1 a " 10010 12 300 22 310 - V ■■ 1 1 300 30.17 3 409 498,0 38 1 23 " 4 340 8 370 12 910 " '• 1 1 000 27.93 3 073 503,." 38 •24 " 6 320 13 350 20 070 ir ■■ 9 380 30.03 2819 499,3 37 9 2S " 3 090 12 200 13890 " " 10 240 31.00 3 174 302, i 38 26 " II 11880 11 880 If ■' 10 410 30. 45 3 170 503,4 38 27 " " 1» ir " " 10 090 30.37 3 064 500,0 38 1 28 " 5 670 12 990 18 600 " ■' 11 190 29.03 3 251 498,0 33 29 " 3 830 10 300 14 330 II " lOS-îO 28.73 3 036 502,0 37 9 30 " " 13 980 13 9dO " •• 10 560 29.70 3 136 311 1,6 38 31 " " 13 120 13 120 If " 10 790 31 87 3 439 499,9 37 9 Jloveniios . " ' 16400,3 982,8 17 449,3 10855,8 " 3 167 498,8 38 04 32 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ÉTUDES EXPERIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHEVAL N" 3. (Numéro matricule 37 999.) VOITURE. DATKS. K A V BUE EAU EAU totale POIDS M A T I K R F. sèche POIDS du UViU Aoi'u du four- con- sommée des p. 100 totale cheval à 7 h. du cheval à7h. a 7 !.. a à 6 h. l8P(t. du malin. ir.idi. du soir. totale. rage. par jour. fèces. des fèces. des fèces. du malin. du matin. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degrés 1 8 740 630 9 080 24 450 It Il 12 630 24.90 3 143 488,3 38 1 2 8 490 lOGOO 8 280. 27 370 n If 8 880 27.55 2 446 487,3 38 2 3 9 220 10 540 8 580 28 340 II " 11 350 22.40 2 542 480,2 38 2 4 9 4S0 4 770 3 440 17 690 II •< 7 780 23.70 1 844 485,1 38 1 5 10 700 7 490 11 200 29 390 « " 9 580 20.47 1 961 479,8 33 2 6 4 590 12 200 14 820 31670 ■• If 7 140 24.20 1 723 477,5 33 1 7 12 670 7 200 11920 31790 ■< " 8 330 26.02 2 167 477,4 38 1 8 7 230 12 700 14 670 34 600 II „ 10 280 25.40 2611 477,5 38 1 9 7 500 10 570 10 490 28 560 " " 9 300 23.85 2218 475,1 37 1 10 1 1 420 14 760 15 940 42 120 rf " 8 830 28.37 2 505 483,0 38 1 a 9 S40 9 000 1 1 420 30 260 II H 8 800 20.82 2 376 476,1 37 9 il 5 390 14 040 14 980 34 410 n If 11330 26.47 3 052 476,5 38 2 13 12 780 2 940 15 240 30 960 If " 8 840 26.95 2 382 473,8 38 14 4 270 15 390 13 290 34 950 " ■' 10 790 25.47 2 743 478,3 38 1 15 14 770 2 780 15 120 32 670 .. " 9 320 24.87 2 313 481,5 38 1 16 2 420 15 550 15 690 33 660 .. rr 10 910 25.65 2 798 477,2 38 2 17 13 920 2 640 13 000 31560 " " 8 390 23.90 2 005 478,0 38 1 18 1 7S0 15 380 15 810 32 970 II " 8 590 23.00 2 14S 470,0 33 2 19 15 260 7 360 10 860 33 480 " (/ 7 030 24.22 1 848 474,6 38 1 20 7 610 14 810 15 350 37 770 " " 9 7S0 26.47 2 589 473,5 38 1 21 11 110 9 030 14 150 34 290 " " 10 230 22.02 2 314 475,9 38 1 22 6 320 15 490 15 930 37 740 If If 7 960 26.37 2 099 480,0 38 1 23 12 120 2 760 14 730 29 610 " " 9 750 23.37 2 279 476,6 38 1 24 4 3'iO 15110 15 030 34 480 If " 9 850 28.70 2 827 471,2 38 2 23 10 140 10 850 14 150 35 140 If ir 9 320 24.42 2 276 465,5 38 1 26 5 920 14 900 15 700 36 320 1» ■' 10 830 25.95 2 810 475,5 38 1 27 15 590 3 050 10 650 31290 M ■• 9 440 22.00 2 133 474,0 37 9. 28 7 270 13 110 15420 35 800 (f II 9 830 25.27 2 484 474,0 38 2 29 15 440 11530 5 000 32 930 " " 10 880 24.27 2 641 467,8 38 1 30 10 520 12 110 15 020 33 250 H " 8 130 27.27 2 217 473,2 38 1 31 13 030 5 040 14 OSO 34 150 " If 9 730 23.97 2 332 470,7 33 Hojeaacs . " " t( 32 544,2 1 143,9 33 688,1 9 506,1 rf 2 382 477,1 38 1 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 33 ÉTUDES EXPÉRIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHI'IVAL DE TRAIT. CHEVAL N° 1. (Numéro matricule 34 614.) REPOS. Septembre 1890. I 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 13 19 20 21 22 23 24 25 26 27 2S 29 30 Hojeuiies à 7 h. du matin. Gr. 8 730 2 790 EAU BUE mili. Gr. 5 840 5 570 7 270 9 550 5 990 5 040 2 890 13 140 10 330 8510 6 050 8 270 1410 3 890 5 720 10 570 7 180 10 350 8 260 10 480 7 840 8 0S0 6 340 6 050 9 380 10 220 9 910 6 990 9 440 6910 à 6 h. du soir. Gr. 13420 9 400 7 330 9 970 11 700 12 170 14 180 2 810 11430 H 620 15 370 15 300 13 940 11 860 13 070 14 640 14 650 7 000 8 910 6 550 10 980 9 700 1 1 240 7 420 7 180 14 150 10 950 8 580 8 840 12 090 totale. Gr. 19 260 14 970 14 600 19 520 17 690 17 210 17 070 15 950 21 760 20 ISO 21430 23 570 15 330 13 750 18 790 25 210 30 560 17 350 17 170 17 030 18 820 17 780 17 580 13 470 16 560 24 370 23 650 15 570 18 280 19 000 18 848,3 B AU du four- rapfe. Gr. 1010,6 1010,6 EAU totale con- sommée par jour. Gr. 19 858,9 POIDS des feee.s. Gr. 10710 12 ISO 11 510 11660 12 730 12 080 12 400 10 720 11 100 11 130 io.:so 10 680 10 970 8 770 10 230 12 180 13 320 10 410 11230 9 200 12 350 1 1 720 11 ISO 9 750 10 300 U960 10 720 9 260 10 150 11 110 11071,3 il A T I E K E sèi'lie p. 100 di'8 fèces. 31,95 32.45 28.07 24.70 24.95 23.32 24.93 28.12 24.80 26.62 28.00 27.65 28.27 26.00 27.50 26.00 24.87 26.57 26.50 25.95 24.50 26.40 25.62 29.07 30.40 28.40 29.47 27.02 28.65 27.20 totale des fèces. Gr. 3 422 3 936 3 231 2 880 3 181 2 812 3 094 3 014 2 753 2 963 2 934 2 953 3 101 2 333 2813 3 228 3 313 2 766 2 976 2 387 3 026 3 094 2 864 2 834 3 131 3 397 3159 2 503 2 908 3 022 3 000,9 POIDS du ilieval à 7 1j. du maliu. Kil. 461,8 465,2 466,6 466,0 470,1 470,4 469,0 464,8 464,2 466,0 462,2 467,0 468,3 467,4 467,4 471,0 468, y 467,8 469,5 468,3 467,9 469,9 469,2 471,5 469,7 469,4 466,5 468,3 469,6 470,5 467,8 TP.HPE- lUriIlH du cheval à 7 h. lu matin. à midi. p. 100 des fèces. totale des fèces. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degrés I " 2 770 12 860 15 630 993,6 If 9 680 30.95 2 996 499,5 37 9 2 .1 4 420 10 040 14 460 " II 10 880 28.90 3 144 502,4 37 9 3 \l 760 6 140 6 900 " tl 8 920 30.62 2 731 503,8 38 4 M 11390 8 850 20 240 ■' II 9 460 29.12 2 755 499,1 38 5 If ri 14 990 14 990 II « 10 910 31.20 3 404 506,0 38 1 6 rr 2810 13 170 15 980 M " 10 510 26.57 2 793 506,0 38 7 " 2 180 13 680 15 860 " .. 1 1 220 30.87 3 464 504,9 38 8 ■' 13 270 II 13 270 " ■' 10010 28.80 2 883 507,5 37 9 9 M 9 330 9 260 18 590 M If 9 460 28.92 2 736 505,5 37 9 10 M 4 110 13 710 17 820 If II 12 300 29.00 3 567 509,0 37 9 il " II 14 440 14 440 " II 7 670 27.90 2 140 508,5 38 12 ri If 13 830 13 830 If " 8 790 28.12 2 472 507,3 37 9 13 II 4810 11500 16310 If » 9 580 28.87 2 766 508,4 38 14 II 7 980 5 750 13 730 If II 10 480 29.57 3 099 508,0 33 IS " 9 490 11660 21 150 If " 11060 27.82 3 077 507,1 38 1 16 » ir 13 110 13 110 II II 9 990 28.50 2 847 511,4 38 1 17 II II 13 020 là 020 " ir 9 250 27.92 2 583 509,6 37 9 18 II 11 310 4 390 15 900 II fi 10 160 27.75 2S19 507,0 38 1 19 " 9 970 8 750 18 720 If II 10 780 28.82 3 107 508, 5 38 20 .. 8 030 7 440 15 470 " If 9 360 27.40 2 563 510,0 38 1 21 .. " 13 460 13 460 " n 11020 28.27 3115 510,8 38 00 Il 4 000 12 270 1G270 If If 9510 27.60 2 628 509,4 37 9 23 " S 370 4 930 8 300 II II 10 440 27.32 2 852 509,8 38 1 24 If 3 480 13 040 16 520 " » 9 520 27.77 2 044 503,8 37 9 25 " 9 000 6710 15710 " II 10 960 28.85 3 162 506,4 3S 26 .. 4 300 11380 15 6S0 If II 10 160 23.80 2 926 508,0 37 9 27 If lObSO 9 360 19910 " II 8 230 29.37 2 418 508,6 37 9 28 " 5 830 5 590 11 140 If •' 10 520 29.07 3 053 513,8 37 9 29 II 10 250 10 5U0 20 840 •f " 115S0 2S.40 3 289 510,2 38 30 " 2 320 12 090 14 410 If If 7 900 27.30 2 157 514,0 38 1 llojcnncs . II II 15388,7 993,6 16 382,3 10016,3 II 2880,1 507,5 37 98 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 35 ÉTUDES EXPERIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHEVAL N° 3. (.Numéro matricule /37 999.) VOITURE. DATES. Septembre 1800, 6 7 S 9 10 11 12 13 14 IS 16 17 18 19 20 21 22 23 24 2'o 26 27 2S 29 K AU BUE 30 llojeanes à 7 h. du matin. Gr. Il 15 490 4 780 1S190 5 420 1S390 1 140 14 930 1 890 14 970 1 370 13 210 5 490 11490 2 680 la 600 2 600 15 100 5 200 14 360 6 420 15 830 6 170 15 170 1 800 14010 2 210 15 120 1430 14 980 à midi. Gr. 14 850 12810 15 690 8 940 15 090 8 790 14 850 10 130 15 100 10 160 15 620 4 980 16 220 3 890 16 100 13 250 13 850 15 860 15 550 7 830 15 480 9 770 8 620 13 690 15 140 9 750 13 660 13 400 15 420 12 650 à 6 h. du soir. Gr. 15 920 5 270 15 540 9 550 5 760 14 770 15 520 7 650 15 630 11530 15 990 15 430 15 650 10 990 15 660 10 300 15 110 5 380 13 420 8 760 14 990 8 920 15 410 9 330 15 480 12 520 15 360 12 160 15 960 1 1 530 totale. K AD du four- rage. Gr. 30 770 33 570 36 010 33 680 26 270 38 950 31510 32 710 32 620 36 660 32 980 33 620 37 360 26 370 34 440 39 150 31560 36 340 36 170 30 950 36 890 34 520 30 200 38 190 32 420 36 280 31 230 40 680 32 810 39 160 34 202,3 Gr. 1 184 EAU totale con- sommée par jour. 1184 Gr. POIDS des fèces. 35 386,3 Gr. 7 150 10 700 9 890 10 860 9 270 10 730 8 520 8 030 11 550 9 890 6 190 10 320 10 140 8 500 10 530 11 350 5 950 8 950 6 930 10 710 6 800 9 590 3 280 U 530 7 980 10 000 9 190 9 740 8 630 9 810 9 257 MATIERE ièche totale des fèces. 23.40 21.02 22.22 21.57 18.62 18.90 21.50 24.70 21.15 22.57 20.87 19.50 21.67 24.30 22.10 20.72 22.62 20.92 24.72 19.32 19.25 23.15 21.87 19.13 22.35 20.00 21.97 19.50 22.30 21.07 Gr. 1 673 2 249 2 198 2 343 1726 2 028 1832 1983 2 443 2 232 1292 2012 2 502 2 066 2 327 2 352 1346 1872 1713 2 089 1309 2 220 1811 2 208 1 784 2 000 2 019 1899 1924 2 067 1983,3 POIDS du cheval à 7 h. du matin. Kil. 465,3 467,0 470,5 471,7 471,4 470,6 469,0 467,0 470,0 468,0 460,0 458,2 463,4 460.7 461 459,7 460.1 458,5 463,0 465,4 463,7 463,5 463,0 457,5 458,6 458,9 459,8 456,0 457,3 457,5 463,2 lEMPE- R1TDR8 du cheval à 7 h. du matin. Degrés 38 1 38 1 38 1 38 1 38 2 38 1 38 3 37 9 38 1 38 1 38 2 38 38 1 37 9 38 1 38 1 38 2 38 1 38 2 38 1 38 2 38 38 1 38 2 38 4 38 1 38 1 38 2 38 3 38 38 12 36 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ÉTUDES EXPÉRIMENTALES SUR l'aLIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHEVAL N° 1. Numéro matricule 34 614.) REPOS. DATES. EAU BUE EAU EAU totale POIDS MATIÈRE secbe POIUB du IKUPÉ- RITCRB Octobre 1890. du four- rage. con- sommée par jour. dis fèces. cheval à 7 b. du matin. du ebeval à 7 b. du matin. à 7 h. du matin. à midi. â 6 b. du soir. totale. p. 100 des feies. totale des fèces. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degrés 1 Il b210 9 820 15 030 1078 Il 11480 28.57 3 280 471,5 38 2 II 5 710 7 270 12 980 II U 10 550 27.62 2 914 471,4 38 3 II 6 260 10 040 16 300 « » 10 520 29.27 3 079 470,5 38 1 4 If 6 200 6 940 13 140 II II 9 650 27. 60 2 633 470,9 37 9 5 tl 3 950 H 900 15 850 tl II 9 860 25.80 2 544 467,1 38 6 U 8 440 10 150 13 590 îl II 11760 25.62 3 013 468,9 38 7 II 7 470 12 280 19 750 tl II il 020 25.32 2 942 469,6 38 8 tl 9 440 8 340 17 780 tl II 12 530 26.37 3 304 470,9 38 9 II 14 610 10 110 24 720 tl II 1 1 840 24.87 2 945 468,7 38 1 10 II 11490 5 6f!0 17 110 II tl 13 910 27.15 3 777 475,9 37 8 11 •• 8 790 13 340 22 130 tl II 13 950 27.92 3 895 476,2 37 9 12 If 10 250 10 770 21020 II II 11520 28.27 3 2.57 477,6 37 9 13 ir 6 600 11220 17 820 II II 10 610 29.32 3111 478,8 38 14 tt 7 490 7 580 15 070 II II 12 090 29.95 3 621 476,8 37 9 15 » 10 440 8 160 18 000 U II 12 760 27.. 57 3513 476,4 37 8 16 it 9 930 S 520 18 450 II tl 12 000 26.40 3 168 476,1 37 8 17 n 11040 10 850 21890 II II 14 530 28.05 4 076 478,4 37 8 18 II 8 010 9 280 17-290 II II 12 250 26.40 3 234 480,4 37 7 19 (1 4 250 8 080 1 2 330 II tl H 170 27.57 3 080 477,0 38 20 tl 11450 7 050 19 400 II II 9 350 23.57 2 671 472,5 38 1 21 tl 6 430 9 440 15 870 II II U 110 29.87 3 319 473,1 37 9 22 II 8 790 8 370 17 160 tl II 12 870 30.72 3 954 473,3 38 23 II 4 800 8 070 12 930 tl II 10 900 31.27 3 408 470,7 38 24 II 8 870 7 610 16 480 II II 11280 20.67 3 008 469,1 37 8 25 » 6 540 7 020 13 560 II » 10 820 29.90 3 235 469,4 37 9 26 II 9 760 7 870 17 630 •1 If 10 960 28.00 3 069 468,9 37 9 27 II 6 390 9 380 15 770 II If 12 170 30.52 3 714 473,5 37 9 28 II 2 680 7 180 9 860 II If 10 770 33.00 3 554 474,4 37 7 29 II 6 090 8 520 14 610 II If 11400 29.55 3 369 468,3 37 6 30 rf 11 160 U 150 22 310 II If 13 510 29.97 4 049 471,0 37 8 31 II 6 680 11 140 17 820 II If 10 960 30.95 3 392 478,3 37,9 Hojcnnes . " « II 17072,6 1078 18 150,6 11635,5 " 3 295,6 473,1 37 9 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 37 ÉTUDES EXPÉRLMENTALES SUR l'aLIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHEVAI, N» 2. (iViitnéro matricule 34 464.) VOITURE. EAU M A T I È R h; POIDS IBMPÉ- DATES. EAU B0B EAO toialn POIDS sèche du RiTCtt8 du con- ^ ^ cheval du Octobre à 7 h. à à 6 h. four- •ommée des p. 100 totale à 7 h. du cheval à 7 h. du du totale. par fèces. des des du 1890. malin. raidi. soir. rage. jour. fèces. fèces. malin. matin. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degrés 1 Il 2 790 14 630 17 420 1364,0 If 1 1 470 29.10 3 338 514,2 37 9 2 S 190 6 640 2 500 17 330 II II 12 850 29.80 3 829 505,2 38 3 10 890 9 900 13 850 34 640 If II U 7S0 29.42 3 466 508,2 38 4 2170 1 1 500 8 240 21 910 If li 11410 27.65 3 155 496,5 38 1 5 1450 6 970 13 570 21990 i; If 9 300 26.85 2 497 497,2 38 1 6 880 4 930 10 960 16 770 If II 7 470 27.17 2 030 491,8 38 7 „ 14 560 14 150 28 710 ri II 8 570 32.02 2 744 489,2 38 1 8 13 690 5150 8 4-10 27 280 n II 8 700 30.30 2 636 493,0 38 3 9 2 390 13 540 15 000 30 990 II tf 9 520 30.02 2 858 491,0 37 9 10 4 770 12 200 7 050 24 020 » M 9 020 28.27 2 550 480,2 37 9 u tr 11 800 14 720 26 520 II M 9 660 23.95 2 797 489,0 38 12 9 710 3 620 11820 25150 If II 9 700 30.42 2 951 4Sd,2 37 8 13 3 290 13 500 14 550 31340 II tt U 660 28.70 3 346 492,4 37 9 14 3 730 II 13 710 17 440 n H 9 010 29.30 2 640 483,3 37 8 ib 10 650 12 970 13 030 36 650 II If 10 520 29 . 92 3 148 493,2 37 9 16 6 550 8 970 8 700 24 220 II m 9 360 29.12 2 726 485,0 37 9 17 II 13510 13 980 27 490 II u 12 470 29.00 3616 488,0 38 1 18 11300 9 900 9 780 30 980 rr II 10 920 27.30 2 981 485,5 37 9 19 tr 10 170 15 060 25 230 » II 7 860 23.40 2 232 488,6 37 9 20 13 000 9 360 11190 33 550 II u 11540 29.42 3 395 486,4 37 9 21 ir 10 700 14 870 25 570 II II 10 160 30.55 3104 488,2 33 22 12 150 10 760 6 430 29 340 II II 11 150 32.62 3 637 482,3 37 9 23 u 15 360 14 690 30 050 II II 8 320 33.27 2 768 483,0 38 24 7 270 10 290 10 850 28410 ir ti 11390 30.42 3 465 478,3 38 25 1 680 10 240 14 980 26 900 If n 10 460 31.65 3311 485,2 38 26 12 300 9 750 10 220 32 270 II II 12 710 30.87 3 924 478,0 37 9 27 n 11800 14 590 26 390 II II 8 180 30.17 2 471 479,9 33 28 8 090 8 720 8 750 25 560 If II 9 440 27.85 2 629 475,4 37 8 29 .. 12 660 13 830 26 490' II II 10 480 30.15 3160 478,5 37 9 30 10 300 8 480 9 010 27 790 II n 12 180 30.82 3 754 475,5 37 9 31 it 10 290 15140 25 430 II II 9 190 30.42 2 796 477,5 37 8 Mojennes . II II II 26 575,1 1364,0 27 939,1 10 208 II 3030,8 488,2 37 95 38 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ETUDES EXPERIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CUBVAI^ nO 3. (Numéro matricule 37 999.) REPuS. DATBS. EAU BUB EAU EAU totale POIDS M A T I fc R E sèche POIDS du IBUPÉ- RAIURE Oclobre — ~ du four- con- sommée des p. 100 totale cheval à 7 h. du elieval a 7 h. à 7 h. à à 11. 1890. du malin. midi. du soir. totale. rage. par jour. fc( ei. des feees. des feee». (lu matin. du malin. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. (ir. Gr. Or. Kil. Degrés i 3 100 8 670 11 710 23 540 1006,9 9 110 21.45 1954 458,2 38 3 2 ISIO 8 250 4 330 14 090 " u 6 250 21.12 1320 457,0 38 1 3 310 7010 13 600 20 920 If 8 380 22.00 1888 437,0 38 3 4 1420 6410 1 1 090 18 920 ■' 8 840 23.20 2 051 461,8 38 2 5 " 3 390 12 020 13410 tJ 9 840 25.72 2 531 461,0 38 2 6 rr S 380 9 180 17 560 " 9 960 25.42 2 532 460,3 38 1 7 820 8 140 U 470 20 430 II 10 610 22.00 2 398 463,0 38 3 8 - 8 880 6G70 15 550 " 11 290 24.85 2 806 464,0 38 2 9 3 300 9S0 13 280 17 530 n 8 160 26.30 2 146 466,0 38 1 10 If 7 330 9 300 16 630 " 9 320 23.05 2 335 468,0 38 1 li " 9 470 6 570 16 040 If 10 800 23.12 2 497 466,3 38 1 12 " 9 140 7 570 16710 ■' 11210 20.62 2 984 464,4 38 1 13 2 150 8 590 5 590 16 330 r' 10 250 23.80 2 440 464,3 38 2 14 ■ 1 13 020 2 830 16 450 ■■ 9 100 23.47 2 136 462,0 38 1 (S " 12 030 6 180 18210 " 10 210 24.30 2 481 460,5 38 1 16 " 10 920 9 900 20 820 " 12 190 19.10 2 328 463,7 88 1 17 ri 8 620 10 860 19 480 " 13 580 19.87 2 69S 464,9 38 1 18 If 8 150 12 610 20 760 " 13 880 12.97 1800 466,0 38 19 " 4 920 U 380 16 500 " 11080 19.32 2 141 465,3 38 1 20 If 8 300 2 700 U060 " 10 300 24.37 2 510 466,0 3S 21 If 10 330 7 370 17 920 " 10 320 26.73 2 761 461,7 38 1 22 .. 9 410 S 750 18 160 " 12 130 25.40 3 0SI 463,3 3 S 23 If 8 340 11920 20 260 " 12 7S0 24.97 3 191 466,1 38 1 24 11 3 160 13 720 16 880 II 10 730 26.50 2 843 470,0 38 1 as If 3 890 9 160 13 050 il 14 070 19.73 2 779 409,7 38 1 20 ir 9 590 8 330 17 920 II 1 1 940 21.77 2 599 465,3 38 27 " 7 090 5 940 13 030 " Il 280 23.02 2 597 466,9 38 1 2H 1 880 7 410 7 080 16 370 " 12 640 21.00 2 654 470,0 37 9 29 •' 8 780 6 980 13 760 If 12 160 22.00 2 673 468,4 38 30 .' 9 350 7 340 16 690 " 13 980 22.45 3139 469,5 38 31 " 12 870 8 230 21 120 II 14 230 22.47 3 197 468,6 37 9 MoveBDes . " II II 17 422,5 1006,9 18429,4 10994,2 ti 2 499,7 461,0 38 1 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 39 ETUDES EXPERIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHBVAIi N* 1. (Numéro matricule 34 404.) REPOS. DATES. Novembre 1890. S 'J 10 u 12 13 14 15 16 17 18 19 '20 21 22 23 24 25 20 28 29 30 UovCDDCS à 7 h. du matin. Gr. EAU B K midi. Gr. 7 5S0 13 180 8 8S0 9 440 U 200 8 080 12 270 9 950 300 12 440 4 310 6 790 6 970 11650 7 650 9 010 12 500 12 460 10 070 il 550 11780 10 190 5 890 12 200 7 120 7 220 9 120 7 850 5 540 6 520 i 6 h. du soir. Gr. U 190 8 080 9S50 5 900 3 760 9 420 9 190 5 450 U 680 H 530 9 590 7 930 9 300 7 760 8 970 13 570 10 430 4 710 6 300 7 130 9 460 8 820 12 410 8 050 8 280 7 350 8 380 3 390 U 910 9 360 totale. Gr. 18 720 21 200 18 080 15 340 12 960 17 500 21 460 15 400 17 9S0 23 970 13 900 14 720 16 270 19 410 16 620 22 580 22 930 17 170 16 430 18 080 21 240 19010 18 300 20 250 15 400 14 570 17 500 11 2.iO 17 450 15 880 17 760,7 SAU du foiir- lago. Gr. i 153,2 BAU totale con- sommée par jour. Gr. 1 153,2 IS 913,9 POIDS dos fèces. Gr. 10 270 U 110 9 520 10 520 10 130 11850 11270 11 970 13 250 15 170 12 150 13 710 13 320 H 900 13 730 il 180 10 950 10 210 10 890 9910 9 920 10 770 12 450 12 150 10 110 8 370 9 950 8 950 9 910 10 970 11218,7 M AT I I^KE sèche p. 100 di'S fèces, ?.0.67 31.05 31.00 29.12 31.02 28.20 31.85 29. S2 30.97 26.07 26.95 28.05 25.82 26.27 26.00 29.00 29.97 30.35 .30. 02 31.07 30.52 31.80 31.27 29.95 28.12 28.92 30.57 30. 87 30. 87 29.93 totale des fèces. Gr. 3 150 3 450 2 951 3 063 3 142 3 342 3 389 3 569 4 104 3 955 3 274 3 846 3 439 3 120 3 570 3 242 3 282 3 099 3 269 3 079 3 028 3 425 3 893 3 639 2 843 2 421 3 042 2 763 3 059 3 283 3 297 , 9 POIDS du clieval à 7 h. du matin. Kil. 476,5 471,3 478,0 478,8 476,5 475,5 473,7 479,8 480,0 478,5 485,5 481,?- 472,0 470,0 471,1 471,9 477,0 478,9 477,6 475,6 474,0 477,9 476,5 479,9 477,6 473,2 475,1 475,8 474,0 476,4 476,3 TRSIPE- RiTURB du clicval à 7 h. du matin. Degrés 37 9 37 9 37 9 37 8 37 9 38 37 6 37 7 37 6 37 5 37 9 37 5 37 6 37 8 37 6 37 6* 37 5 37 6 37 7 37 8 37 5 38 G 37 5 37 7 37 6 37 7 37 4 37 6 37 7 40 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ETUDES EXPERIMENTALES SUR L ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CHEVAL N» 2. (Numéro matricule 34 404.) VOITURE. DATES. EAU BUE EAU EAU totale POIDS MATIÈRE sèf'he POIDS du lEMPÉ- RITDRE Novembre — du four- con- sommée des p. 100 totale cheval à 7 h. du cheval à 7 h. à 7 h. à à 6 h. 1S90. du matin. midi. du soir. totale. rage. par jour. fèces. des fèces. des fèces. du matin. du matin. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Kil. Degrés 1 1 1 S90 10 260 9 740 31890 Ibb2,9 Il 11730 29.45 3 434 474, b 37 9 2 rr 13bb0 12 730 26 280 If If 7 960 29.32 2 334 47b, 2 If 3 10 090 9 100 9 970 29 160 %\ ff U910 30.00 3b73 477,1 If 4 \t 13 090 14 400 27 490 If II 11410 27.77 3 169 476,6 38 b 11340 10 IbO 9 320 30 810 If If 10 380 28.37 3 023 472,6 38 6 bb60 12 HO 13 360 31030 " If 11370 29.05 3 361 479,6 38 i 13 3S0 10 320 10 130 33 800 " (f 12 030 28.47 3 42b 474,1 38 8 3 460 11 990 IbbbO 33 000 .1 If H 160 28.37 3188 478,5 38 9 12 680 7 860 12 470 33 010 If 5.31 46.30 4.62 1 . 30 26.08 6.24 5.. 52 43.53 4.90 1.56 26.65 6.52 4.91 45.40 4.73 1.51 26.76 5.46 5.51 45.74 5.14 1.66 27.70 5.67 6.06 45.12 4.17 1.57 26.23 6.01 7.00 44.22 4.95 1.72 27.59 22.50 12.65 33.50 4.76 1.65 10.80 14.66 7.83 3.12 2.42 3.44 15.95 7.71 4.35 2.24 4.17 17.23 1.15 4.09 2.08 4.53 16.30 8.50 1.9'-!! 2.12 3.52 15.51 6.54 2.15 2.66 4.22 19.00 5.39 1.71 2.32 4.26 14.76 6.61 2.11 2.27 3.89 16.00 6.40 1.83 2.56 3.91 15.45 8.00 2.86 2.31 4.13 14.00 4.78 2.82 2.28 4.71 18.17 2.66 2.60 2.15 3.68 20.46 5.49 2.78 2.32 4.62 0.11 1.46 1.32 1.11 4.06 4.33 5.89 5.85 6.15 4 . 89 6.42 3.23 6.79 31.29 29.68 31.66 26.43 31.45 28.08 32.54 30.00 29.26 35.59 88.99 25.64 1. L'amidon a été dosé parle procédé au chlorure de ziuc, imagiué par A. Leclerc. (V. Annaha de ta Science agronomique, t. I, 1889.) Celle mélliodi', applicable sans inconvénients aux grains, donne, dans les fourrages libreux, des chiffres trop forts par suite de l'attaque, par le chlorure de zinc, di'S parties les plus solubles de la cellulose. Ce fait, qui explique lis chiffres élevés d'amidon dosés dans la paille et dans les fèces, a eu pour conséquence que les nombres obtenus pour les coetlicients de digestibilité de l'amidon I sont un peu trop faibles. COMPOSITION CENTÉSIMALE DE LA MATIÈRE SÈCHE DES FECES. Clia(|ue jour, une partie des fèces émises était séchée à 108 degrés dans le vide; on i)iélevail, sur la matière sèche ainsi obtenue, une 44 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. fraction constante de la matière sèche totale rendue, et ces prélève- ments servaient à composer les échantillons moyens mensuels dont la composition suit : Décembre 1S89 . Janvier 1890 . . Février 1890 . . Mars 1890. . . . Avril 1890 . . . Mai 1890 . . . . Juin 1890. . . . Juillet 1890. . . Août 1890. . . . Septembre 1890 Octobre 1890 . . Novembre 1890 to CELLULOSE S5 H B —^—1 - — ^"— O w TJl A c H a CQ a saccha- o < O ■A brute. s « Ci O rifiable. < a. ■ Décembre 1839 . Janvier 1800 . . Février 1890 . . Mars 1890. . . . Avril 1890 . . . Mai 1890 . . . • Juin 1890 . . . . Juillet 1890. . . Août ls90. . . . Septembre 1890. Octobre 1890 . . Novembre 1890 . Décembre 1889 . Janvier 1890 . . Février 1890 . . Mars 1890. . . '. Avril 1890 . . . Mai 1890 . . . . Juin 1890. . . . Juillet 1890. . . Août 1890. . . . Septembre 1890. Octobre 1890 . . Novembre 1890 . 15.20 12.16 13.87 10.70 1.3.76 y. 36 9.47 10.66 12.20 13.64 11.34 10. Ib Cheval 11° 1. Cheval n» 2. Cheval n° 3. 29. 27 26, 29. 26, 29, 30, 29, 23, 22, 28, 29. 11.44 10.31 16.37 12. 7S 15.25 13.73 14.54 13.02 16.02 10.03 15.66 15.28 S. 87 5.68 5.44 4 . 55 4.98 3.78 4.26 3.41 3.82 3.S5 4.47 4.70 5.08 4.53 4.76 4.09 6.1s 4.57 4.26 4.16 5.52 4.28 5.22 4.98 10.30 9.37 11.48 9.86 14.00 11.04 9.67 11.10 15.04 19.61 10.92 10.64 12.00 27.56 13.00 4.00 .. 4.80 11.51 10.95 2S.66 11.00 3.53 M 0.19 13.20 11.86 26.27 13.26 4.82 II 5.19 14.34 11.24 24.81 12.98 7.00 " 4.08 15.44 10.28 26.38 15.63 5.67 II 5.40 11.90 8.85 27.60 14.34 3.33 If 4.43 12.70 8.73 26.74 11.95 4.36 II 4.42 16.56 10.30 28.38 U.86 3.85 ir 4.70 15.05 10.42 20.02 13 97 4.92 II 4.65 12.24 9.78 25.69 12.50 2.54 " 4.60 12.47 9.95 27.36 17.79 4.84 H 4.95 12.40 9.38 27.83 15.86 4.20 II 5.18 13.07 26.23 27.38 24.26 23.53 24.74 28.66 27.24 24.96 24.78 32.42 22.71 24.48 12.63 30.04 12.33 5.46 (1 4.94 9.93 11,60 30.00 11.78 4.00 II 5.15 10.67 10.31 28.72 14.90 4.51 ir 5.32 11.17 10.83 31.94 14.17 6.31 " 4.63 8.94 11.05 20.57 14.32 4.40 If 5.08 10.62 9.23 29.62 15.02 3.61 n 4.67 14.09 7.76 31.28 14.40 3. 83 n 4.25 9.20 S. 50 32.09 13.92 4.30 " 4.36 8.82 0.71 31.40 17.85 3.73 II 4.32 10.30 9.24 28.08 11.20 2.32 II 4.12 9.05 9.96 29.05 16.72 3.41 II 5.07 13.33 9.89 28.53 15.29 3.42 II 5.30 14.00 ^/6.80 25.07 23.18 24.06 23.76 29.28 28.01 22.69 35.09 22.48 23.55 22.65 30.71 21.16 28.08 19.83 27.78 27.08 27.27 19.33 26.19 23.57 24.59 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 45 COMPOSITION DES RATIONS INGEREES ET DES FECES RENDUES. — QUANTITÉS DE PRINCIPES IMMÉDIATS DIGÉRÉES. — COEFFICIENTS DE DIGESTIBILITÉ. On trouvera, dans la série des tableaux qui suivent, la composition des rations ingérées par les chevaux dans chacune des sitiiati(3ns qu'ils ont occupées, ainsi que la composition des fèces correspondant à ces rations, et, par soustraction, les quantités de principes (juiont été digérées. Avec ces données, il a été facile de déterminer les coefficients de digestibilité des différents principes, coefficients qui figurent également dans ces tableaux. Comme dans les recherches précédentes, nous avons négligé les données relatives aux matières minérales, données que les condi- tions des expériences ne nous permettent pas de recueilUr exacte- ment. On remarquera aussi que, dans presque tous les cas, les quantités de matières grasses rendues dans les fèces sont supérieures à celles qui ont été ingérées. Les coefficients de digestibilité de la graisse n'ont, pour celte raison, pas pu être déterminés; ils eussent presque toujours été négatifs. Cette anomalie s'explique aisément si on con- sidère, d'une part, que la féverole et la paille contenant très peu de matières grasses, la ration en était presque dépourvue, et que, d'autre part, les sucs intestinaux, la bile notamment, apportent aux résidus de la digestion des quantités non négligeables de graisses qui se sont trouvées, pour le cas présent, supérieures à celles que les chevaux ont digérées. Ceci constaté, voici les coefficients de digestibihté des autres principes. Tableacx. 46 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Coef(icients de digeslibUilé. MOIS de décembre 1889. 05 M Q s MATIÈRE oiganiqiie. C E l. I. n L, s K a M Cl OQ M ■< O ■M O as a. i 55 M a Pi -a a Sa brute. saecha- rifiatile. Cheval n" i. — Repos. Fèves 3 992,0 235,5 3 756,5 269,5 223,9 1 846,3 162,9 49,9 1 199,6 4,4 Paille A inséré 3S-i8,8 18G,b 3 162,;î 1 060,6 490,0 262 2 104,5 81,1 115,2 1047,8 7 340,8 422,0 6 918,8 1330,1 714,8 2 108,5 267,4 131,0 1314,8 1052,2 A rendu A digéré 2 8b6,9 342,8 2514,1 787,.'. 397,1 114,3 " 137,1 328,8 749,4 4 483,9 ,. 4 404,7 5-i2,7 317,7 1 994,2 267,4 » 986,0 302,8 Coefficients de di- gestibilité . . . 61.08 " 63.66 40.80 44.44 94.58 100.00 " 75.00 28.78 Che val n° 2. — Marche au pas Fèves 4 43b, 5 261,7 4 173,8 299,4 243,8 2 051,4 181,0 55,4 1332,9 4,9 Paille A ingéré 3348,8 186,5 3 162,3 1060,6 490,9 262,2 104,5 81,1 115,2 1047,8 7 784,3 448,2 7 336,1 1 360,0 739,7 2313,6 285,5 130,5 1 448,1 1052,7 A rendu 2 964 7 375,0 2 589,7 890,6 371,5 161,9 II 146,4 295,0 724,3 A digéré 4819,6 rr 4 746,4 4'i9,4 ^68,2 2 151,7 285,5 tt 1 153,1 328,4 Coefficients de di- gestibilité . . . 61.91 64.70 34.51 49.77 93.00 100.00 U 79 . 6 J 31.20 Cheval n "3. — Travail au manège , îu pas. Fèves 5 322,6 314,0 5 008,6 359,3 298,6 2 461,7 217,2 66,5 1599,4 5,9 Paille A ingéré 3 348,8 186,5 3 162,3 1 060,0 490,9 262,2 104,5 81,1 115,2 1047,8 8 671,4 500,5 8 170,9 1 419,9 789,5 2 723,9 321,7 147,6 1 714,6 1053,7 A rendu A digéré 3 106,2 472,1 2 634,1 915,1 355,4 182,3 " 157,8 319,9 703,6 5 565, 2 .' 5 536,8 504, S 434,1 2 541,6 321,7 .. 1 394,7 3;o,i Coefficients de di- gestibilité . . . 64. 18 '1 67.70 35.55 54.98 93.31 100.00 tf 81.34 33.22 MOIS de jaiitier 1890. ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. CEIiLUI-OSE brille. saccha- rifiable. X 47 X •3 a Cheval n" 1. — Marcha au pas. Fève.s Piiille , A ingéré . A rendu. A digéré Coefficieuta do di- gestibilité . . . 4 413,0 3 266,0 7 679,0 2 840,0 4 839,0 63.00 222,9 163,3 386,2 311,0 4 190,1 3 102,7 7 292,8 2 529,0 4 763, S 65.32 3S9 , S 1 009,2 1 349,0 813,9 535,1 39,63 281,1 520,9 802,0 312, -1. 489,6 61.00 : 007,9 251,8 2 259,7 100,3 2 159,4 95.56 197,7 142,1 339,8 339,8 100.00 33,0 73,2 126,2 147,4 1 246,2 130,2 1382,4 377,4 1005,0 72.70 64,4 969,3 1033,7 777,6 256,1 24.77 Cheval n" 2. — Travail au manège au pas. Fèves Paille A ingéré. A rendu . A digéré Coefficients de di- gestibilité . . . 5 295,6 3266,0 267,4 163,3 5 028,2 3 102,7 407,8 1009,2 337,3 520,9 2 409,5 ?51,8 237,2 142,1 63,6 73,2 1495,5 136,2 8 561,6 3 009,0 430,7 349,0 8 130,9 2 660,0 1 417,0 902,7 858,2 354,5 2 661,3 120,4 379,3 II 136,8 155,0 1631,7 321,0 5 552,6 64.85 ir 5 470,9 67.28 514,3 36.30 503,7 3S.69 2 540,9 95.47 379,3 100.00 II If 1310,7 80.32 77,3 969,3 1046,6 806,4 240,2 22.95 Cheval n" 3. — Repos. Fèves Paillo A reçu. A laissé A ingéré. A rendu . A digéré. Coefficients do di- gcstibilité . . . 3 579,8 3318,3 6 898,1 153,5 6 744,6 2412,0 4332,6 64.24 180,8 165,9 346,7 11,3 335,4 293,3 3 399,0 3 152,4 275,6 1 025,4 6551,4 142,2 1 301,0 34,0 6 409,2 2118,7 1266,4 657,0 4 290,5 65.38 609,4 48.12 228,0 529,3 757,3 19,4 737,9 248,7 489,2 66.30 1 628,8 255,8 1884,6 51,4 1833,2 137,0 1 696,2 92.52 160,4 144,3 304,7 7,3 297,4 297,4 100.00 43,0 74,3 117,3 " 5 114,8 109,3 1 010,9 138,4 1 149,3 10,6 1 132,7 226,0 906,7 80.04 52,3 984,9 1037,2 10,4 1026,8 740,7 286,1 27.86 48 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. MOIS de février 1890. H œ Q M m « § -a 0) » -P =r ^■S " S h -S !5 a O a ° CELiLOLiOSli brute. sacclia- rifiable. w a . H la 'o H w o OQ ■w D 00 -< o -< o os i ti Si a Cheval n° 1. — Travail au manège au pas. Fèves Paille A ingéré A rendu A digéré Coefficients de di gestibilité . . . 5 299,2 3 280,8 289,9 231,6 5009,3 3 049,2 301,0 957,3 312,7 565,9 2 442,9 136,2 195,5 134,2 79,5 68,3 1607,8 148,6 3bSO,0 3 177,0 521,5 376,8 8 058,5 2 800,2 1258,3 834,0 878,6 421,3 2 579,1 153,1 320,7 147,8 164.9 1 756,4 455,6 5 403,0 02.97 tr 5 258,3 65.25 423,7 33.67 457,3 52.16 2 426,0 94.06 329,7 100.00 rf 1300,8 74.06 69,9 1038,7 1108,6 770,7 337,9 30.48 Cheval n° 2. — Repos. Fèves .... Paille .... A Ingéré . . . A rendu . . . A digéré. . . Coefficients de gestibilité . di Fèves Paille A ingéré A rendu A digéré Coefficients de di- gostibilité . . . 3 974,4 3280,8 7 255,2 2 605,0 4 650,2 64.09 217,4 231,6 449,0 268,6 3 757,0 3 049,2 6 806,2 2 336,4 4 469,8 65.67 225,7 957,3 1 183,0 748,1 434,9 30.76 234,5 565,9 800,4 388,1 412,3 51.51 1832,2 136,2 1968,4 117,5 1 850,9 94.03 146,7 134,2 280,9 280,9 100.00 Cheval n° 3. — Marche au pas. 4416,0 3280,8 7 696,8 2 451,0 5 245,8 68.15 241,6 231,6 473,2 .340,0 4 174,4 3 049,2 7 223,6 2111,0 5112,6 70.77 250,8 957,3 1208,1 659,8 548,3 45.38 260,5 5C5,9 826,4 401,2 425,2 51.45 2 035,8 i36,2 2 172,0 133,3 2 038,7 93.86 163,0 134,2 297,2 297,2 100.00 59,6 68,3 127,5 138, « 66,2 68,3 134,5 116,7 1205,8 148,6 1 354,4 291,0 1 063,4 78.51 52,5 1038,7 1091,2 053,1 438,1 40.15 1339,8 148,6 1 488,4 281,4 1 207,0 81.09 58,3 1038,7 1097,0 518,6 578,4 52.72 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 49 d.' mars 1890. Q CELIjULOSE brute. saccha- rifiahle. os Cheval n° 1. — Travail au manège au trot. Fèves Paille A iagéré. A readu . A digéré. Coefficients de di- gestibilité . . . 6 111,0 2 704,4 8 81S,4 3 084,8 b 730,6 6b. 23 359,3 191,2 550,5 344,5 5 731,7 2 513,2 8 264,9 2 720,3 5 544,6 67.08 346,5 917,9 1264,4 760,4 30î,0 39.86 389,3 446.2 833,5 397,8 437,7 52.38 2 935,1 229,9 3 163,0 214,5 2 930,3 93.22 Cheval n° 2. — Repos. Fèves Paille A ingéré A rendu A digéré Coefficients de di- gestlbllité . . . Cheval n" 3. — Marche au trot. Fèves , Paille A Ingéré. A rendu . A digéré . Coefficients de di- gestibilitè . . . 4 363,0 3 132,4 7517,4 2 397,2 3 120,2 68.11 236,7 479,6 256,5 4 108,3 2 929,3 7 037,8 2 140.7 4 897,1 69.58 247,5 1069,9 1317,4 717,7 599,7 45.52 278,0 520,1 798,1 306,4 491,7 61.60 2 096,3 268,0 2 364,5 109,1 2 235,4 93.34 173,7 60,3 23-4,5 234,2 100.00 61,1 66,8 127,9 98,0 ■« X M S a a -à a X 243,2 85,6 51,9 37,3 295,1 142,9 It 152,6 295,1 If 100.00 M 1 684,2 93,2 1 779,4 473,2 1306,2 73.41 67,8 714,8 782,6 721,8 60,8 8.42 3492,0 3288,0 203,3 232,3 3 286,7 3033,3 198,0 1 116,0 222,4 542,5 1 677,2 279,5 139,0 63,1 48,9 69,7 962,4 115,7 6 780,0 2 869,0 437,8 310,7 6 342,2 2 338,3 1 314,0 916,4 76i,9 406,6 1 956,7 181,0 202,1 rr 118,6 132,8 1 078,1 236,5 3911,0 37.68 II 3 783,9 59.66 397,6 30.26 338,3 46.84 1 773,7 90.75 202,1 100.00 II 821,6 76.20 38,8 869,0 907,8 666,0 241,8 26.63 1 203,0 111,0 1314,0 236,4 1077,6 82.00 48,3 833,2 881,7 673,1 208,6 23.65 ANN. SCIE.NCE AGRON. — 1893. — i. 50 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. d'avril 1890. w a. v ■» ^ a -a ^5- E^ S (5 ^ ?0 < « ^ = a o CEI. LUI. OSE (4 y. . H brute. saccha- o a a O «3 ■s o 03 rifiable. »• -a H •m a !5 Cheval n° 1. — Repos. Fèves Paille A ingéré. . . . A rendu .... A digéré . . . . < Coefficients de di gestibilité . . . 3S07,6 3 398,4 6 906,0 2 710,7 4 195,3 60.75 196,8 224,3 421,1 278,6 3 310,8 3 174,1 6 484,9 2 432,1 4 052,8 62.50 185,9 1 019,1 1 235,0 715,1 519,9 42.10 162,0 527,1 689,1 423,7 265,4 38.51 1 642,3 OOC) Q 1864,5 153,7 1710,8 91.75 134,3 73,1 207,4 207,4 100.00 49,1 90,4 139,5 146,4 994,8 143,4 1 138,2 322,6 815,6 71.65 142,4 1068,8 1211,2 670,6 540,6 44.63 Cheval n° 2. — Marche au trot. Fèves Paille Aingéi'é. . . . , A rendu A digéré Coefficients de di gestibilité . . . 4 384,5 3 398,4 246,0 224,3 4 138,5 3 174,1 232,4 1 049,1 202,6 527,1 2 052,8 C>C)C) C) 167,9 73,1 61,4 90,4 1 243,4 143,4 7 782,9 3MS,5 470,3 347,6 7312,6 2 797,9 1281,5 9S0,1 729,7 450,4 2 275,0 138,4 240,0 II 151,8 159,8 1386,8 334,1 4 637,4 59.58 I» II 4 514,7 61.74 351,4 27.42 279,3 38.27 2 136,6 93.92 240,0 100.00 (/ II 1052,7 75.90 178,0 1068,8 1246,8 785,1 461,7 37.03 Cheval n° 3. — Travail au manège au trot. Fèves Paille , A ingéré. . . . . A rendu A digéré Coefficients de di- gcstibilité . . . 6 138,3 2831,7 8 970,0 2 556,6 6 413,4 71.50 344,4 180,9 531,3 351,8 5 793,9 2 044,8 8 438,7 2 204, 8 6 233,9 73.87 325,3 874,1 1 199,4 664,7 534,7 44.58 283,6 439,2 722,8 389,9 332,9 46.05 2 874,0 185,2 3 059,2 127,3 2 932,2 95.85 235,1 GO, 9 296,0 296,0 100.00 85,9 75,3 161,2 158,0 1 740,8 119,5 1 860,3 357,9 1502,4 80.76 249,2 890,5 1139,7 507,0 032,7 55.51 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 51 MOIS de mai 1890. sa -a V m a M^ ■"■ 'c — •» •< 3 o ^° CBLLDLOSB Û o è u a a M •S brute. saccba- M a < m O ri O a riOable. B< Cheval n° 1. — Marche au trot. Fèves , Paille A ingéré A rendu A digéré CoefEclents de di- gestibilité . . . Cheval n" 2. — Travail au manège au trot. Fèves Paille A ingéré . A rendu . A digéi'é. Coefficients de di- gestibilité . . . 6 159,3 3 232,2 9 391,5 3 539,9 5851,6 62.30 222,4 198,8 421,2 326,7 5 936,9 3 033.4 8 970,3 3 213,2 5 757,1 64.18 463,8 1 069,6 1 533,4 1048,5 494,0 32.27 340,0 614,1 954,1 531,7 422.4 44.27 2 888,7 174,2 3 062,9 127,8 2 935,1 95.83 293,2 55,2 348,4 348,4 100.00 3 69,6 75,0 144,6 165,3 Cheval n° 3. — Repos. Fèves Paille A ingéré. A rendu . A digéré. Coefficients de di- gestibilité . . . 3292,6 2 895,0 6 187,6 2107,8 4 079,8 65.93 118,9 178,0 396,9 197,3 3 173,7 2717.0 5 790,7 1910,5 3 880,2 67.00 247,9 181,8 958,0 550,1 1205,9 1 731,9 626,9' 289,4 579,0 48.00 442,5 60.45 ■a as M S •H a 4 399,5 3 484,3 158,8 214,3 4 240,7 3 270,5 331,3 1 153,1 242,8 662,1 2 003,4 187,8 209,4 59,6 49,7 80,9 1152,7 148,5 7 884,3 3314,0 373,1 293,3 7511,2 3020,7 1484,4 917,6 904,9 475,2 2251,2 110,4 269,0 130,6 146,8 1301,2 420,9 4 570,3 57.97 II 4 490,5 59.78 566,8 38,18 429,7 47.48 2 140,8 95.10 269,0 100.00 If 1» 880,3 67.65 191,4 978,5 1169,9 949,8 220,1 18.81 1613,7 137,7 1751,4 498,8 1252,6 71.52 267,9 907,6 1175,5 841,1 334,4 28.45 1544,2 156,0 156,7 49,5 37,2 67,2 862,7 123,3 1 700,2 79,7 206,2 n 206,2 100. Of) 104,4 96,3 986,0 232,7 753,3 76.40 1620,5 95.31 tt 143,2 812,9 956,1 585,5 370,6 38.76 52 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. MOIS de juin 1890. H M ■m o M ^ s a Q 2! m eu V r 5 C ELLiULOSE sacclia- bnile. rifiable. o a Z a o a ce w ■< a a a z -a 6- o a. M ■« S! â ■a z Cheval n" 1. — Travail à la voiture. Fères 7015,2 225,9 6 789,3 510,7 372,5 3 248,0 3-24,1 91,2 1829,6 413,2 Paille 2 651 3 157,5 2 493,8 845,2 391,3 175,3 56,0 60,2 103,1 862,7 A iugéré 9 666,5 383,4 9 283,1 1 355,9 763,8 8 423,3 380,1 151,4 1 932,7 1275,9 A rendu 3 091,3 269,9 2821,4 826,6 369,4 134,8 II 136,6 511,9 842,1 A digéré 6 575,2 ri 6461,7 529,3 394,4 3 288,5 380,1 II 1420,8 433,8 Coefficients de di- gestibilité . . . 68.00 •r 69.60 39.00 51.63 96.06 100.00 73.51 34.00 Cheval n° 2. — Repos. Fèves 3 507,6 112,9 3394,7 255,3 186,3 1 624,0 162,1 45,6 914,8 206,6 Paille A ingéré 3 555,2 211,2 3 344,0 1 133,4 524,7 235,0 75,0 80,7 138,3 1156,9 7 062,8 324,1 6 738,7 1388,7 711,0 1859,0 237,1 126,3 1053,1 1363,5 A rendu A digéré 3 050,5 236,7 2813,8 954,2 439,3 116,8 II 129,6 280,7 893,2 4 012,3 1» 3 924,9 434,5 271,7 1742,2 237,1 II 772,4 470,3 Coefficients de di- gestibilité . . . 56.80 II 58.36 31.29 38.20 93.72 100.00 II 73.35 34.49 Cheval n" 3. — Repos. Fèves 3 507,6 112,9 3 394,7 255,3 186,3 1 624,0 162,1 45,6 914,8 206,6 Paille A Ingéré 3 120,6 185,4 2 935,2 994,8 460,6 206,3 05,9 70,8 121,4 1015,4 6 628,2 298,3 6 329,9 1250,1 646,9 1 830,3 228,0 116,4 10.36,2 1222,0 A rendu 2 648,1 250,8 2 397,3 813,5 385,0 112,8 II 112,8 256,1 717,1 A digéré 3 980,1 II 3 932,6 436,6 261,9 1717,5 228,0 II 780,1 504,9 Coefficients de di- gestibilité . . . 60.05 II 62.13 34.92 40.48 93.84 100.00 If 75.28 41.31 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 53 de juillet 1890. ■a a CELLULOSK brute. saccha- riCable. M ■«1 o 0. z s Si O Cheval n" 1. — Travail à la voiture. Fèves Paille A ingéré . A rendu . A digéré Coeflicients de di- gestibilité . . . 6 912,3 2 827,3 9 739,6 2 991,0 748,6 69.29 259,2 191,4 6 653,1 2 635,9 431,3 919,7 450,6 308,1 9 289,0 2 682,9 1351,0 848, S " 6 606,1 71.11 502,2 37.17 381,6 452,4 834,0 354,7 479,3 57.47 3 147,2 181,0 3 328,2 115,1 3213,1 96. 54 338,7 51,7 390,4 390,4 100.00 107,8 72,4 180,2 140,6 1842,1 110,5 1952,6 477,1 1 473,7 75.58 404,4 848,2 1252,6 746,6 506,0 40.40 Cheval n" 2. — Repos. Fèves Paille A ingéré A rendu A digéré Coefficients de di- geatibillté . . . 3 492,4 3 505,6 131,0 237,3 3 301,4 3 268,3 217,9 1 140,4 192,8 560,9 1590,1 224,4 171,1 64,1 54 , 5 89,7 930,7 137,1 6 998,0 2 935,9 368,3 249,6 6 629,7 2 686,3 1353,3 942,1 753, 7 408,7 1814,5 126,2 235,2 II 144,2 128,0 1067,8 259,0 4 062,1 58.05 II 3 943,4 59,48 416,2 30.64 .345,0 45.77 1688,3 93.04 235,2 100.00 II II 808,8 75.74 204,3 1051,7 1256,0 822,3 433,7 34.53 Cheval n" 3. — Repos. Fèves . PaillL- . A ingéré. A rendu . A digéi'é . Coefficients de gestibilité . di 3 492,4 3 104,2 6 596,6 2 0G3,9 3 932,7 50.62 131,0 210,1 341,1 284,0 3361,4 2 894,1 6 255,5 2379,9 3875,6 61.95 217,9 1009,8 1227,7 785,3 442,4 34.40 192,8 496,7 689,5 370,8 318,7 46.22 1590,1 198,7 1 788,8 90,8 1 698,0 94.92 171,1 56,8 227,9 100.00 54,5 79,5 134,0 110,8 930,7 121,4 1052,1 295,7 756,4 71.90 254,3 931,2 1135,5 726,3 409,0 36.00 54 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. MOIS d'aoûi 1890. Q CELiLiUIiOSE tinite. saccha- rifiable. » fc H B ?; & 00 M < • ■a z a os K O Cheval n° 1. — Repos. Fèves Paille A. ingéré .... A reudu .... A digéré .... Coefficients de di gestibilité . . 3 497,2 3 520,0 140,6 249,6 3 356,6 3 270,4 228,0 1 087,7 171,7 543,8 1 587,7 281,6 165,4 100,7 52,8 81,3 935,9 145,4 7017,2 3071,7 390,2 320,1 6 627,0 2751,6 1 315,7 891,4 715,5 429,1 1869,3 151,1 266,1 M 134,1 142,8 1081,3 376,0 3 945,5 56.23 II 3 875,4 58.48 424,3 32.25 286,4 40.00 1 718,2 91.92 266,1 100.00 It 705,3 65.23 213,1 1029,9 1245,0 761,2 483,8 38.80 Cheval n" 2. — Repos. Fèves Paille A ingéré A rendu A digéré Coefficients de di- gestibilité . . . 3 497,2 3 520,0 140,6 249,6 3 356,6 3 270,4 228,0 1087,7 171,7 543,8 1587,7 281,6 165,4 100,7 52,8 81,3 935,9 145,4 7017,2 3 167,0 390,2 307,5 6 627,0 2 859,5 1315,7 994,5 715,5 565,3 1 869,3 118,1 266,1 1' 134,1 136,8 1081,3 320,2 38 50,2 54.87 3 767,5 56.85 321,2 24.41 150,2 21.00 1 751,2 93.68 266,1 100.00 If II 755,1 69.83 215,1 1029,9 1245,0 718,6 526,4 42.28 Cheval n° 3. — Travail à la voiture. Fèves . Paille . A ingéré A rendu A digéré Coefficients gestibilité de di 6 232,9 1817,2 8 050,1 2382,0 5 668,1 70.41 250,0 128.8 379,4 290,7 5 982,3 1 688,4 7 670,7 2091,3 5 579,4 72.73 450,4 561,3 1011,9 668,1 343,8 33,97 300,0 280,7 Di)0,7 381,6 203,1 34.96 2 829,8 143,4 2 975,2 91,0 2 884,2 96 . 94 294,8 52,0 346,8 346,8 100.00 94,1 42,0 136,1 131,5 1 667,9 75,1 1 743,0 368,2 1 384,8 79.45 383,3 531,7 915,0 400,9 451,1 49.02 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 55 MOIS de septembre 1890. os ai m n a B « a; 'S s- h1 S s ° CBliLULOSE ^ o H CO » brute. saccha- rifiable. M S -< O D 00 M <: ■a O eu sa ■a Cheval n° 1. — Repos. Fèves Paille Aîugéré. . . . . A rendu A digéré Coefficients de di gestibilité . . . 3 604,4 3518,0 140,6 237,3 3 463,8 3 280,5 196,8 1022,7 198,6 492,3 1 648, '7 16S,2 185,3 99,2 59,8 80,2 998,4 165,7 7 122,4 3 000,9 378,1 293,5 6 744,3 2 707,4 1219,3 770,9 691,1 375,1 1 816,9 76,2 284,5 II 140,0 138,1 1164,1 374,2 4121,5 57.87 U If 4 036,9 59.86 448,6 36.78 316,0 45.72 1740,7 95.80 284,5 100.00 M rf 789,9 67.85 176,2 1252,0 1428,2 972,9 453,3 31.88 'Cheval n° 2. — Repos. Fèves Paille , A ingéré. .• . . , A rendu A digéré Coefficients de di- gestibilité . . . 3488,4 3518,0 136,0 237,5 3 352,4 3 280,5 190,5 1022,7 192,2 492,5 1595,6 168,2 179,3 99,2 57,9 80,2 966,3 163,7 7 006,4 2 880,0 373,5 266,1 6 632,9 2 613,9 1213,2 808,7 684,7 322,6 1763,8 66,8 278,3 138,1 118,6 1 132,0 286,6 4 126,4 58.89 n n 4 019,0 60.59 404,5 33. 34 362,1 52.88 1 697,0 96.21 278,5 100.00 It M 845,4 74.63 170,6 1252,0 1422,6 1010,6 412,0 28.96 Cheval n° 3. — Travail à la voiture. Fèves Paille A ingéré A rendu A digéré Coefficients de di gestibilité . . . 6312,0 1671,0 234,0 112,8 6 258,0 1358,2 333,6 483,8 358,8 233,9 2 978,6 79,9 334,7 47,1 108,1 33,1 1 803,8 78,7 8 183,0 1983,3 336,8 270,5 7 816,2 1712,8 841,4 444,3 592,7 198,9 3 058,5 76,4 381,8 It 146,2 84,9 1882,5 388,9 6 199,7 73. 76 II n 6 103,4 78.08 397,1 47.19 393,8 66.44 2 982,1 97.30 381,8 100.00 U II 1493,6 79.34 318,4 594,7 913,1 319,4 393,7 43.12 56 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. (l'octobre 1890. ■à ta C K I. L, U L, S K ë: "■ '5 ^_ »5 O m co •a P. sa o Ill-UlP. Eacclia- liliable. O o s: ■a &5 Cheval n° 1. — Repos. i'èves Paille A ingéré .... A rendu. . , . A digéré. ... Coefficients de di gestibilité . . , 3 478,8 3 443,2 155,2 246,6 3 323,6 y 196,6 197,3 1 191,0 210,8 625,6 1 569,6 91,6 155,5 89,5 54,6 74,0 912,5 126,7 6 922,0 3295,6 401,8 327,9 6 520,2 2 967,7 1388,3 901,7 836,4 586,3 1661,2 159,5 245,0 II 'l28,6 163,1 1039,2 408,7 3 626,4 52.39 ■ U 3 552,5 o4.48 486,6 35.05 250,1 29.90 1 501,7 90.40 245,0 100.00 II II 630,5 60.07 223,3 99S,2 1221,5 748,4 473,1 38.73 Cheval n" 2. — Travail à la voiture. Fères . Paille . A ingéré. A rendu . A digéré. Coefficients de di- gestibilité . . . 6 256,6 2 638,4 279,1 188,9 5 977,5 2449,5 354,7 912,6 379,1 479,5 2 823,0 70,2 279,7 68,6 98,2 56,7 1 6il,l 97,1 8895,0 3 030,8 468,0 301,9 8 427,0 2 728,9 1267,3 880,4 858,6 506,7 2 893,2 103,3 348,3 154,9 153,7 1 738,2 404,0 5 864,2 65.93 If 5 698,1 67.62 3S6,9 30.53 351,9 40.98 2 789,9 9G.43 348,3 100.00 ir 1334,2 76.76 401,7 764,9 1166,6 680,7 485,0 41.05 Cheval n" 3. — Repos. Fèves Paille A ingéré A r.'ndu A digéré Coefficients de di gestibilité . . . 3 478,8 3 002,3 6481,1 2 499,7 3981,4 61.43 155,2 215,0 370,2 283.5 3.323,6 2 787,3 6 110,9 2 216,2 3 894,: 63.73 197,3 1 038,5 1235,8 720,4 515,4 41.70 210,8 545,5 756,3 391,4 364,9 48.25 1 569,6 79,9 1 6i9,5 111,7 1537,8 53.23 155,5 78,0 233,5 233,5 100.00 54,6 04,5 119,1 130,5 912,5 110,5 1023,0 273,0 750,0 73.31 223,3 870,4 1093,7 589,2 504,5 46.12 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 57 MOIS de novembre 1890. K a •s i S K Q z o < ï CELLULOSE z o s < a œ en z ■a z S a r* •a C Z bruic. sacclia- riliable. Cheval n" 1. — Repos. Fèves 3449,6 101,4 3 288,2 228,0 241,5 1525,4 170,7 59,3 951,8 111,4 Paille A ingéré 3 397,2 236,8 3 160,4 1077,6 695,1 186,5 94,4 78,8 157,0 871,0 6 846,8 398,2 6 448,6 1305,6 930,6 1711,9 265,1 138,1 1108,8 982,4 A rendu A digéré 3297,9 309,4 2 98S,5 917,8 523, 1 138,5 r; 170,8 431,0 807,3 3 548,9 r. 3 460,1 387,8 413,5 1573,4 265,1 i; 677,8 175,1 Coefficients de di- gestibilité . . . 51.83 Il 53.66 29.70 44.15 91.91 100.00 If 61.13 17. S2 Cheva l n° 2. — Travail à la voitu re. Fèves 6 899,2 322,9 570,3 456,0 482,9 3050,8 341,5 118,7 1 903,5 222,9 Paille 2 547 9 177,6 2 370,0 808,2 521,3 139,9 70,8 59,1 117,7 053,3 A ingéré 9 447,1 500,5 8 946,6 1264,2 1004,2 3 190,7 412,3 177,8 2 021,2 876,2 A rendu A digéré 3 077,b 304,4 2 773,1 67o ,0 470,5 105,3 " 163,1 430,8 724,8 6 369,6 M 6 173,5 385,6 533,7 3 085,4 412,3 II 1 590,4 151,4 Coefficients de di- gestibilité . . . 67. 42 " 69.00 30.50 53. 14 96.70 100.00 \f 78.68 17.28 Cheval n" 3. — Repos. Fève.s 3449,6 161,4 3 2SS,2 228,0 241,5 1525,4 170,7 59,3 951,8 111,4 Paille A ingéré 3 397,2 236,8 3 160,4 1077,6 095,1 186,5 94,4 78,8 157,0 871,0 6 846,8 398,2 6 448,6 1 305,6 930,6 1 711,9 265,1 138,1 1 108,8 982,4 A rendu A digéré 2 659,2 269,9 2 380,3 788,7 406,3 125,0 tr 132,4 282,9 653,9 4 187,6 II 4 059,3 516,9 530,3 1580,9 265,1 II 825,9 328,5 Coefficients de di- gestibilité . . . 61.16 II 62.95 39.59 50.62 92.70 100.00 •• 71.48 33.44 58 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. En groupant tous les chiiïres relatifs à un même cheval, sans tenir compte des différentes situations dans lesquelles il se trouve , on obtient, pour chacun d'eux, les chiffres moyens suivants : Cheval u" 1 Cheval a» 2 Cheval n" 3 t- ^ GJ a. '^■i 1,459 1,37b 1,539 MATIERE 60.55 61.03 63.89 62.56 62.93 68.00 CELLULOSE 36. 13 31.52 41.58 47.07 45.11 52.81 93.91 94.40 94.61 O 100.00 ICO. 00 100.00 ■a o 0. 69.87 75.93 77.95 29.80 32.13 40.11 Les nombres contenus dans la première colonne de ce tableau expriment le rapport entre les poids moyens de féverole et les poids moyens de paille consommés, ou,ce/jui revient au même, ils repré- sentent les poids de féverole consommés en même temps que 1 kilogr. de paille. Ce rapport entre l'aliment concentré et l'aliment fibreux d'une ration est l'un des principaux facteurs qui font varier les coefficients de digeslibilité ; on conçoit aisément qu'une ration contenant une proportion très élevée de paille soit, en bloc, moins bien digérée qu'une ration où le grain domine. Si nous avions pu donner dans tous les cas des rations où le grain ait été à la paille dans un rapport constant, nous aurions éliminé cet important facteur de variations et, à ce point de vue, les chiffres obtenus auraient été comparables. Les chevaux ne se prêtent pas à ces rationnements exacts, et, dans un mélange, ils savent toujours classer les éléments de façon à pou- voir consommer l'aliment qui leur plaît et mettre de côté celui qu'ils veulent laisser. Faute de mieux, nous avons donc dû nous en tenir, pour apprécier l'influence que peut avoir la proportion de paille ingérée sur les coefficients de digeslibilité, à la détermination, pour chaque ration, du rapport entre les quantités de fèves et de paille ingérées. ) Si nous groupons maintenant les nombres obtenus pour les trois chevaux dans chacune des situations de repos, maiche ou travail, ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 59 nous aurons, en écartant l'influence individuelle, les coefficients moyens pour chacune de ces situations. Voici ces coefficients : Cheval no 1 . Cheval n» 2. Cheval n" 3 . Coefficients moyens. Cheval n» 1. Cheval n" 2. Cheval n" 3. Coefficients moyens . Cheval no i. Cheval n» 2. Cheval no 3. Coefficients moyens. Cheval no 1 . Cheval n» 2. Cheval no 3 . Coefficients moyens. Cheval n» 1. Cheval no 2. Cheval no 3. Coefficients moyens . Eh o . as > : o£ &i — 1 < CL ■ MATIERE! CELLULOSE o a s H as o & Au repos. A la marche au pas. A la marche au trot. Au travail au pas. g •3 o es 1.092 56.69 5S.77 36. ii 40.45 92.73 100.00 66.92 1.038 b8.40 60.10 31.12 42.70 93.57 100.00 76.72 1.104 62.09 63.86 4i.i2 53.03 93.42 100.00 75.23 1.078 59.06 60.91 36.12 45.40 93.24 100.00 72.96 1.331 63.00 65.32 39.66 6i.00 95.56 100.00 72.70 1.063 61.91 64.70 34.51 49.77 93.00 100.00 79.63 1.346 68.15 70.77 45.38 51.43 93.86 100.00 81.09 1.253 64.33 66.93 39. S5 54.07 94.14 100.00 77.81 Au travail au trot. i.262 57.97 39.78 38. IS 47.48 93.10 100.00 67.65 1.290 59.58 61.74 27.42 38 27 93.92 100.00 75.90 i.385 68.11 69.58 45.52 61.60 95.34 100.00 82.00 1.312 61.89 63.70 37.04 49.12 94.79 100.00 75.18 1.615 62.97 65.25 33.67 52.16 94.06 100.00 74.06 i.621 64.85 67.28 36.30 58.69 93.47 100.00 80.32 1.589 64. iS 67.76 35.55 54.98 93.31 100.00 81.34 i.608 64.00 66.76 35.17 65.38 94.28 100.00 78.37 2.260 65.23 67.08 39.86 52.38 93.22 100.00 73.41 1.906 62.30 64,18 32.27 44.27 93.83 100.00 71.25 2.166 71.30 73.87 44.58 46.03 95.83 100.00 80.76 2.111 66.34 68.38 38.90 47.57 94.97 100.00 75.14 33.45 34.51 37.25 33.07 24.77 31.20 52.72 36.23 18.81 37.03 23.65 26.50 30. 4S 22. y 3 33.22 28.88 S.. 4 2 28.45 55.31 30.79 60 ANN.-VLES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ,_ MATIÈRE. CBLI.UIiOSB cô RAPPORT entre la féverc et la paille. 'a ° brute. j .a es 55 o a E K o D 03 •5 O 7. M a: 1 Au travail à la voiture. Cheval n» 1 2.542 68.65 70.35 38.08 54.55 96.30 100.00 74.55 37.20 Cheval n» 2 2.336 66.68 68.31 30.52 47.06 96.56 100.00 77,72 29.46 Cheval n» 3 3.654 73.08 75.40 40.58 50.70 97.22 100.00 79.40 46.37 Coefficieuts moyens. . 2.9H 69.47 71.35 36.3'J 50.77 96.69 100.00 77.22 37.67 L'examen de ce tableau permet de constater d'abord l'influence de l'individualité sur les coefficients de digestibiiité. Les chevaux n"' 1 et 2 dans chacune des situations de repos, de marche au trot et de travail au pas se trouvent, au point de vue de la ration, dans des conditions qui rendent les coefïicienls très comparables. La di- gestibiiité de la ration totale est plus élevée chez le cheval n° 2 que chez le cheval nM. A la marche au pas et au travail au trot, les coef- ficients du cheval n" 1 sont un peu supérieurs, mais sa ration conte- nait alors une proportion de fèves plus élevée. Toutefois, au travail à la voiture, le cheval nM a mieux digéré, bien que les rations aient été semblables.. Malgré cette restriction, si on ne considère que les coefficients de la ration totale, la supériorité du cheval n" 2 est, dans les autres cas, suffisamment manifeste. Par contre, si on envisage isolément les coefficients de chacun des prin- cipes, on voit que, dans presque tous les cas, le cheval n° 1 a beau- coup mieux digéré les celluloses, tandis que le cheval n° 2 digérait beaucoup mieux la matière protéiquc. Les comparaisons sont plus difficiles à établir avec le cheval n" 3, dont la ration a toujours contenu une proportion de fèves supérieure à celle des deux autres. Toutefois, les écarts très sensibles qui existent entre les coefficients du cheval n" 3 et ceux du cheval n° 2 et du cheval n" 1 ne nous paraissent pas simplement motivés par cette dif- férence dans la composition des rations, car celte différence est ALIMENTATION DU CHEVAL DE TUAIT. 61 quelquefois peu appréciable, tandis que les coefficieiits sont toujours très notablement supérieurs. Le cheval n° 3 a eu, pour les celluloses, à peu près la même capa- cité digestive que le cheval n° 1 ; pour la protéine, son coefficient a toujours été supérieur à celui du cheval n° 2. Ces chiffres sont donc intéressants à un double point de vue : non seulement ils montrent (le fait n'est pas nouveau) l'influence de l'in- dividualité sur les coefficients de digestibilité d'une ration prise en bloc ; mais encore ils mettent en lumière les aptitudes spéciales de chaque organisme à mieux digérer tel ou tel principe. Examinons maintenant ces chiffres à un autre point de vue, sans nous occuper des chevaux qui les ont fournis, et en n'envisageant que les situations dans lesquelles ils ont été obtenus. C'est ici sur- tout que nous devons regretter que la proportion de paille n'ait pas été la môme dans toutes les rations ; les différences dans les quan- tités de paille consommée masquent presque entièrement l'influence qu'ont pu avoir les situations des chevaux sur les coefficients. On voit en effet les coefficients moyens s'accroître presque paral- lèlement avec l'augmentation de la proportion de fèves. COEFFICIENTS MOYBMS de la de la matière matière sèche totale. organique. Au repos 59.06 69.91 A la marche au trot 61.89 63.70 Au travail au pa.s 64.00 66.76 A la marche au pas 64.35 66.93 Au travail au trot 66.34 68.38 Au travail à la voiture 73.08 75.40 Quantités de fèves contenues dans la ration pour 1 kilogr. de paille. Au repos 1 ,078 A la marche au pas 1,253 A la marche au trot 1,312 Au travail au pas 1,608 Au travail au trot 2,111 Au travail à la voilure 2,911 Seuls, les coefficients relatifs à la marche au pas ne suivent pas 62 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. raccroissement de la qnanlilé de grains dans la ration ; ils sont plus élevés que ceux de la marche au trot et du travail au pas qui cor- respondent cependant à des rations plus riches en fèves. Les chevaux digèrent donc mieux quand, sans produire de travail extérieur, ils prennent un exercice modéré, qui a consisté chaque jour, pour le cas présent, en deux promenades au pas de 10 kilo- mètres chacune. Nous avons déjà maintes fois observé ce fait, et depuis longtemps aussi on sait qu'un exercice régulier et modéré est plus favorable à l'accomplissement des fonctions qu'un repos absolu ou un travail pénible. Les écarts extrêmes entre les coefficients moyens correspondant aux diverses situations ne sont pas très élevés. Voici d'ailleurs les nombres minima et maxima qu'a atteint chacun des principes. COEFFICIENT ,— — ^ iMi ÉCART. minimum. maximum. Matière sèche totale .... 59.06 69.47 10.41 Matière organique 60.91 71.35 10.44 Cellulose brute 35.17 39,85 4.68 Cellulose saccharifiable , . . 45.40 55.38 9.98 Amidon 93.24 96.69 3.45 Protéine 72.96 78.57 5,61 Indéterminés 26,50 37.67 11.17 Ces chitTres, établis sur les données moyennes de trois chevaux ayant des aptitudes digestives différentes, échappent à l'influence individuelle. Les écarts sont du même ordre que ceux qui ont été observés dans les essais à l'avoine et au maïs, bien que les coefficients soient quelquefois sensiblement différents. Variations du poids des chevaux dans les différentes situations, comparées aux quantités ingérées et digérées. Nous avons réuni, dans les tableaux qui suivent, les nombres qui représentent les poids des différents principes ingérés et di- gérés par chaque cheval, pendant les différentes périodes des expé- riences. ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 63 QUANTITÉS INGEREES PAR JOUR. Cheval n° 1. MATIÈRR CBLil.ULOSE à o u Kl » 3 J3 (H ■a 0) -S 3 ;= a < D «3 b: o O (O fco J3 y 0< o Gr. n Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. -H Zi •H Q Au repos. Décembre 1889. Avril 1890 . . . Août 1890 . . . Septembre 1890 Octobre 1890. . Novembre 1890 Moyenues . 7 340,3 6918,8 1330,1 714,8 2 108,5 267,4 131,0 1314,8 6 906,0 6 484,9 1 23S,0 639,1 1 864,5 207,4 139,5 1 138,2 7017,2 6 627,0 1 315,7 715,5 1869,3 266,1 134,1 1081,3 7 122,4 6 7.i4,S 1219,5 691,1 1816,9 284,0 140,0 1 164,1 6 922,0 6 520,2 1 388,3 836,4 1 661,2 245,0 128,6 1039,2 6 846,8 6 448,6 1305,6 936,6 1711,9 265,1 138,1 1 108,8 7 02b, 7 6 624,0 1 299,0 763,9 1 838,7 255,9 135,2 1 141,1 Gr. 1052,2 1211,2 1245,0 1428,2 1 221,5 982,4 1 190,1 Janvier 1890. A la marche au pas. 7679,0 7292, si 1349,0 802, ol 2 259, 7I 339,81 126,21 1 382,41 i 033,7 M.ii 1890. A la marche au trot 7884, 3! 7511, 2! 1484, 4! 904,9| 2 251,2| 269, Ol 130,6| 1 301,2 | 1 169,9 Au travail au pas. Février 1890. 8 580,0 8 058,5 1258,3j 876,6 2579,1 329,7 147,8 1 756,4 1108,6 M.irsl890 8 815,4 Au travail au trot. 8 264,9 1 264,4 835,5 3 165,0 Au travail à la voiture. 295,1 142,9 1 779,4 782,6 Juin 1890 . . Juillet 1890 . Moyennes 9 606,5 9 283,1 1355,9 7Û3,8 3 423,3 380,1 151,4 1932,7 9 739,6 9 2S9,(, 1351,0 834,0 3328,2 390,4 180,2 1 952,6 9 703,0 9 236,0 1 353,4 798, y 3 375,7 385,2 105,8 1942,6 1275,9 1252,6 1 264,2 64 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Cheval n° 2. Février 1890 Mars 1890 . Juin 1890 . Juillet 1890 Août 1890 . Septembre 1890 Moyennes. . Décembre 1889. Janvier 1890. MATIÈRE CKLLULiOSE — _^ * — ^ .— ^ ^ ^-— . >5 m 3 O a O 03 V3 .H* 'a =3 es 2 3 -a; (A o JS o <: O Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. C4r. Gr. NI -w Z K ■w r^ (£ O e- a. " Gr. Au repos. 7 255,2 6 780,0 7062,8 6998,0 7017,2 7 006,4 7019,9 6S06,2 6 342,2 6 738,7 6 629,7 6 627,0 6 632,9 6 629,4 1 183,0 1 314,0 1388,7 1358,3 1315,7 1213,2 1295,0 800,4 704,9 711,0 753,7 715,5 684,7 738,4 1968,4 1 956,7 1859,0 1814,6 1 869,3 1763,8 1872,0 280.9 202,1 237,1 235,2 206,1 278,5 250,0 127,9 118,6 126,3 144,2 134,1 138,1 131,5 1354,4 1078,1 1053,1 1067,8 1081,3 1 132,0 1 127,8 1091,2 907,8 1363,5 1 256,0 1 245,0 1 422,6 1214,3 A la marche au pas. 7784,3 7336,1 1360,0 739,7 2313,0 285,5 136,5 1448,1 1052,7 A la marche au trot. Avril 1890 7782,9 7312,6 12S1, 5 729,7 2275,0 240,0 151,8 1386,8 1246,8 Mai 1890. Au travail au pas. 8 561,6 8 130,9 1417,0 858,2 2 661,3 379,3 136,8 1031,7 1046,6 Au travail au trot. 9391,5 8970,3 1533,4 954,1 3062,9 348,4 1.14,0 1751,4 1175,5 Au travail à la voiture. Octobre 1890. . Novembre 1890. Moyennes. . 8 895,0 8 427,0 1 267,3 85S,6 2 893,2 348,3 154,9 1 738,2 9447,1 8 946,0 1264,2 1004,2 3 190,7 412,3 177,8 2021,2 9 171,0 8 686,8 1265,7 931,4 3041,9 380,3 166,3 1 879,7 1 166,6 876,2 1021,4 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 65 Cheval n° 3. MATIERK « ^ -4> C3 t« O Gr. Gr. CELiLiUliOSE Gr. Gr. Sa O Q Gr. a a 09 Gr. Gr. o eu Gr. Gr. Au repos. Janvier 1890 Mai 1890. . Juin 1890 . Juillet 1890 Octobre 1890 Novembre 1890 Moyennes. 6 744,6 6 409,2 1 266,4 737,9 1S33,2 297,4 114,8 1 132,7 6187,6 b 700,7 1205,9 731,9 1700,2 206,2 104,4 986,0 6 628,2 6 329,9 1250,1 646,9 1830,3 228,0 116,4 1036,2 6 396,6 6 255,5 1 227,7 689,5 1788,8 227,9 134,0 1052,1 6 481,1 6 110,9 1235,8 756,3 1649,5 233,5 119,1 1023,0 ). . . 6 846,8 6 448,6 1 305,6 936,6 1 711,9 265,1 138,1 1 108,8 • • • fibS0,8 6 224,1 1248,6 749,8 1752,3 243,0 121,1 1056,5 1026,8 950,1 1222,0 1 135,5 1093,7 982,4 1 069,4 Février 1890. A la marche au pas. 7 696,8 7 223,6 1208,1 826,4 2 172,0 297,2 134,5 1 488,4 1 097,0 A la marche au trot. MarslSaO 7 517,4 7 037, 81 317,4 798,1 2364,5 234,2 127,9 1 314,0 881,7 Au travail au pas. Dec 3mbre 1889. . . S 679,4 8 170,9 1 419,9 789,5 2 723,9 321,7 147,6 1 714,6 1053,7 Au travail au trot. Avril 1890 8970,0 8438,7 1199,4 722,8 3059,2 296,0 161,2 1 860, sl 1 139,7 Au travail à la voiture. Août 1890 . . . Septembre 1890. Moyennes. . 8 050,1 7 670,7 1011,9 586,7 2 975,2 346,8 136,1 1743,0 8 183,0 7816,2 841,4 592,7 3053,5 331,8 146,2 1882,5 8 116,5 7 743,4 926,0 589,7 3016, S 364,3 141,1 1 812,7 915,0 913,1 914,0 ANN. SCIENCE AUIIO.'^. — 1803. 66 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. QUANTITÉS DIGÉRÉES PAR JOUR. Cheval n» 1. Décembre 1889 . Avril 1890 . . . Août 1890. . . . Septembre 1890. Octobre 1890 . . Novembre 1890 . Moyennes. Janvier 1890 MATIÈRE CELLULOSE w oj O H Q) U3 »: ■a 3 n o o a CD 60 3 «2 D co O m Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Au repos. 4 483,9 4 404,7 542,7 317,7 1 994,2 267,4 986,0 4195,3 4 052,8 519,9 265,4 1710,8 207,4 815,6 3 94b,b 3 875,4 424,3 286,4 1 718,2 266,1 705,3 4 121,5 4 036,9 448,6 316,0 1 740,7 284,5 789,9 3 626,4 3 552,5 486,6 250,1 1501,7 245,0 630,5 3 548,9 3 460,1 387,8 413,5 1 573,4 265,1 677,8 3 986,9 3897,1 468,3 308,2 1706,5 255,9 767,5 Gr. 302,8 540,6 483,8 455,3 473,1 175,1 405,1 A la marche au pas. 4 839,o[4 763,8l 535, il 489,6j 2 159,4| 339,8| 1 005,0| 256,1 A la marche au trot. Mai 1890 4 570,3 4 490,5 566,8 429,7 2 140,8 269,0 880,3 220,1 Février 1890 Au travail au pas. 5 403,015 258,31 423,7 457,312 426,0] 329,7 1300,8| 337,9 Au travail au trot. Mars 1890 5 750,6 5 544,6 504,0 437,7 2 950,5 295,1 1306,2 60,8 Au travail à la voiture. Juin 18Û0. . Juillet 1890. Moyennes. 6 575,2 6461,7 529,3 394,4 3 288,5 380,1 1420,8 6 748,6 6 606,1 502,2 479,3 3213,1 390,4 1475,7 6661,9 6 533,9 515,7 436,8 3 250,8 385,2 1448,2 433,8 ] 506,0 469,9 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 67 Cheval n° 2. Décembre 1889 . Avril 1890 MATIÈRE CKLLUI^OSE ^ o H XI Q b: -s , 3 es M o E- OJ Cf ■S a O 3 ^ rt ^ -< 71 O Gi'. Or. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Au repos. Février 1890 . Mars 1890. . . Juin 1890. . . Juillet 1890 . . Août 1890. . . Septembre 1890 Moyennea. -a M a a -A a Gr. 4 650,2 4469,8 434,9 412,3 1 850,9 280,9 1063,4 3911,0 3 783,9 397,6 358,3 1775,7 202,1 821,6 4 012,3 3 924,9 434,5 271,7 1 742,2 237,1 772,4 4062,1 3 943,4 416,2 345,0 1688,3 235,2 808,8 3SbO,2 3 767,5 321,2 150,2 1751,2 266,1 755,1 4 126,4 4019,0 404,5 362,1 1 697,0 278,5 845,4 4 106,0 3 984,7 401,5 316,6 1 750,9 250,0 844,4 438,1 241,8 470,3 433,7 526,4 412,0 420,4 A la marche au pas. . .1 4819,614746, 4I 469, 4| 368, 2| 2 151,7 285,511153,1 328,4 A la marche au trot. 4637,4 4514,7 351,4 279,3 2136,6 240,0 l 052,7 461,7 Au travail au pas. Janvier 1890 5552,6 5470,9 514,3 503,7 2540,9 379,311310,7 240,2 Au travail au trot. Mai 1890 5851,6 5757,1 494,9 422,4 2935,1 348,4 1252,6 334,4 Au travail à la voiture. Octobre 1890 . Novembre 1890 Moyennes 5 864,2 6 369,6 6 116,9 5 698,1 6 173,5 5 935,8 386,9 385,6 386,2 351,9 533,7 442,8 2 789,9 3 085,4 2 937,6 348,3 412,3 330,3 1 334,2 1 590,4 1462,3 485,0 151,4 318,2 68 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Cheval n" 3. MATIERE Gr. Gr. CELLULOSE Gr. o a Gr. e a o a Gr. o 0. Gr. Gr. Au repos. Janvier 1890 . Mai 1890 . . . Juin 1890. . . Juillet 1890 . . Octobre 1890 . Novembre 1890 Moyennes. 4 332,6 4290,5 609,4 489,2 1696,2 297,4 906,7 4 079,8 3 880,2 o79,0 442,5 1620,5 206,2 753,3 3 980,1 3 932, fi 436,0 201,9 1 717,5 228,0 780,1 3 932,7 3 875,0 442,4 318,7 1698,0 227,9 756,4 3981,4 3894,7 515,4 364,9 1 537,8 233,5 950,0 4 187,0 4059,3 516,9 530,3 1586,9 265,1 825,9 4 082,4 3988,8 516,6 401,2 1 642,8 243,0 828,7 286,1 370,6 504,9 409,0 504,5 328,5 400,6 A la marche au pas. Février 1890 5245,8 5112,6 548,3 125,2 2038,7 297,2 1207,0 578,4 A la marche au trot. Mars 1890 5120,2 4897,1 599,7 491,7 2255,4 234,2 1077,6 208,6 Au travail au pas. Décembre 1889 j 5 565,2| 5 536,8| 504,8' 434,l|2541,6 321, 7| 1394,7 350,1 Au travail au trot. Avril 1890 16 413,4 6 233,9l 534, 7| 332,9| 2 932,2| 296,0 1 b02,4| 632,7 Au travail à la voiture. Août 1890. . . , Septembre 1890 Moyennes . 5 668,1 5 579,4 343,8 205,1 2 884,2 346,8 1384,8 6199,7 6 103,4 397,1 393,8 2 982,1 381,8 1493,6 5 933,9 5 841,4 370,4 299,4 2 933,2 364,3 1439,2 454,1 393,7 423,9 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 69 Au repos A la marche au pas. A la marche au trot Au travail au pas. . Au travail au trot. . Au travail à la voiture Au repos A la marche au pas. A la marche au trot Au travail au pas. . Au travail au trot . Au travail à la voitur MATIÈRE CELLULOSE . là o u H tr. _ 3 '5 3 a a s •'A O c3 z J= CQ u a o PS Gr. Gr. Gi. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. ■a S w -à Q z Gr. Quantités ingérées par jour. 6 875,5 6 492,5 1281,0 750,7 1 821,0 249,6 129,3 1 103,5 7 720,0 7 284,2 1300,0 789,4 2 248,4 307,5 132,4 1439,6 7 728,2 7 237,2 1361,1 810,9 2 296,9 247,7 136,8 1334,0 8 607,0 8 120,1 1365,1 841,4 2 654,8 343,6 144,1 1700,9 9 059,0 8 558,0 1332,4 837,5 3 095,7 313,2 149,6 1 797,0 S99G,S 8 572,1 1 181,9 773, ;> 3 144,8 376,6 157,7 1 878,3 1 157,9 1061,1 1099,5 1069,6 1 032,6 1 066,5 Quantités digérées par jour. 4 058,4 4963,1 4 776,0 5 506,9 6005, i 6 237,6 3 956,9 4 874,3 4 634, 1 5 422,0 5 845,2 6 103,7 462,1 517,6 506,0 480,9 511,2 420,8 342,0 427,7 400,2 465,0 397,7 393,0 1700,1 2 113,3 2 177,6 2 502,8 2 939,3 3 040,5 249,6 307,5 247,7 343,6 313,2 376,6 813,5 1 121,7 1003,5 1335,4 1353,7 1449,9 408,7 387,6 296,8 309,4 342,6 404,0 Si nous nous reportons à l'étal des chevaux qui ingéraient et digéraient ces quantités, nous voyons qu'au repos ils ont presque constamment augmenté de poids vif. Quand la ration n'a pas pro- duit d'augmentation, il y a toujours eu entretien du cheval ; les nom- bres précédents sont donc un peu au-dessus de la ration du strict entretien. De même, la ration de transport au pas a produit un léger accrois- sement de poids vif chez les chevaux n° 1 et n° 2. Le cheval n° S, avec cette même ration, s'est simplement entretenu ; on voudra bien toutefois remarquer que, pendant presque toute la durée du mois de février, où il recevait cette ration, il a été atteint de diarrhée, son état de santé est peut-être la cause de cette différence. La ration que les chevaux ont reçue pour le transport au pas est aussi un peu trop forte. 70 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Cette ration a été conservée pour le transport au trot : il s'est trouvé que, à cause de la différence d'humidité dans les fèves, elle a été en réalité moins élevée dans cette dernière situation que pour le transport au pas. Le cheval n° 1 a perdu très peu de poids, il s'est presque entretenu ; le cheval n" 2 a sensiblement diminué de poids vif et le cheval n» 3 a légèrement augmenté. Cette ration s'est donc montrée suffisante pour deux chevaux ; pour le troisième elle a été trop faible. Au travail au pas, le cheval n" 2 s'est maintenu sans augmentation ni perte de poids ; le cheval n" 3 a perdu très peu de poids et le cheval n° 1 a subi mie diminution plus sensible, quoique peu impor- tante. Ces différences s'expliquent si on se reporte aux tableaux du tra- vail que l'on trouvera plus loin : les poids ont diminué en raison directe du travail produit ; ce travail n'a pu être mesuré, pour le cheval n" 1, qui a perdu le plus de poids, que pendant les premiers jours du mois ; il est vraisemblable, si l'on considère les accroisse- ments de la température du cheval produits par le travail, que lors- que ce travail n'a pu être évalué, il s'est trouvé être plus élevé que celui des deux autres chevaux. On peut admettre, en prenant toutefois seulement les nombres fournis par les chevaux n" 2 et n" 3, que la ration a été suffisante pour leur permettre d'effectuer tous les jours à l'allure au pas, sur un parcours d'environ 20 kilomètres, un travail de traction d'en- viron 350 000 à 400 000 kilogrammètres. Au travail au trot, les chevaux se sont aussi diversement compor- tés : le cheval n° 3 seul s'est entretenu ; les chevaux n" 1 et n" 2 ont perdu environ 10 kilogr. chacun. Le travail produit ne suffit pas à justifier ces différences, car les deux chevaux qui ont perdu à peu près le même poids ont fourni des quantités de travail bien diffé- rentes (cheval n" 1, 367 770 kilogrammètres, et cheval n° 2, 664089 kilogrammètres). Le cheval n° 2 a, il est vrai, ingéré 420 gr. de paille par jour de plus que le n" 1, mais cette quantité serait insuffisante pour compenser l'écart d'environ 300 000 kilo- grammètres que l'on a relevé dans le travail fourni par ces deux chevaux. Le cheval n" 3, qui a produit presque autant de travail que ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 71 le cheval n° i (355 909 kilogra m mètres), s'est maintenu, tandis que celui-ci a perdu plus de 10 kilogrammes. Il faut voir dans ces différences, l'influence de l'individualité non seulement sur la façon d'assimiler et ensuite d'utiliser les aliments, mais encore sur l'aptitude qu'ont les chevaux à supporter l'allure du trot. Les mêmes chevaux qui, au travail au pas, se sont comportés semblablement, diffèrent d'une façon très sensible au travail au trot; la différence d'allure a sufïl, seule, pour modifier diversement les coefficients d'utilisation des matières assimilées. Au travail à la voiture, des différences du même ordre se mani- festent ; en mettant de côté les mois d'entraînement pour ne tenir compte que des mois de travail effectif, on voit que le cheval n° 1 , qui a fourni le plus de travail, a aussi perdu le plus de poids (environ 17 kilogr. en juillet). Le cheval n° 2, qui a produit le moins de tra- vail, a aussi perdu le moins de poids (environ 10 kilogr. en no- vembre). Le cheval n" 3, qui n'a perdu que 11 kilogr. environ (sep- tembre), a cependant produit un travail représentant sensiblement la moyenne des nombres obtenus par les deux autres; encore a-t-il consommé une ration plus faible ; ce cheval, en même temps qu'il s'est montré meilleur assimUateur des aliments, a été aussi meilleur utilisateur des principes assimilés. Les trois chevaux ayant perdu du poids à la voiture, nous admettrons que les quantités moyennes digérées ont été insuffi- santes. Nous devons renouveler les réserves que nous avons toujours faites sur les pertes de poids vif, les moyens de recherches dont nous disposons ne nous permettant pas de les imputer à l'un plutôt qu'à l'autre des trois facteurs de ces variations, eau, graisse et muscle. Nous avons déterminé, comme pour les essais au maïs, les rela- tions nutritives des rations ingérées et des quantités digérées de ces rations. Nous n'avons pas trouvé d'écarts du même ordre que ceux observés dans les essais précédents entre les relations des quantités ingérées et celles des quantités digérées. Voici d'ailleurs les nombres qui expriment les dénominateurs de ces relations, c'est-à-dire les poids de substances hydrocarbonées 72 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. [amidon -f sucre H- (graisse x 2.5)] ingérées ou digérées en même temps qu'un kilogramme de protéine. Au repos A la marche au pas. . A la marche au trot . Au travail au pas . . Au travail au trot . . Au travail à la voiture CHBVAr., NO 1. Ingéré i!,I3 2, H 2,l'J 1,87 2,lo Digéré. 2,49 2,7:! 2,12 2,4S CHEVAIi K" 2. iDgere. 2,17 2,03 2 , (J'J 2,07 2,1S 2,04 Digéré. 2,11 2,25 2 ^^^"î 2", 62 OT CHKVAL N" 3. Ingéré. 2,17 1,88 2 22 1,9'J 2,02 2,0G Digéré. 2,2S 1,94 2,31 2,05 2,13 2,29 Il nous resterait maintenant à comparer cette série d'expériences avec les séries antérieures, en tenant compte des quantités de chacun des principes nutritifs ingérés et digérés. L'alimentation que nous étudions actuellement se sépare d'une façon très nette, par sa richesse en protéine, de celles qui ont fait l'objet des précédentes recherches. Cette question est suffisamment importante pour néces- siter un chapitre spécial que nous renvoyons à la tin de ce mé- moire. Statique de' l'azote. La série actuelle d'expériences comporte une alimentation très azotée, et, à ce titre, le bilan de l'azote était intéressant à établir; malheureusement il n'a pu l'être que d'une façon très approxima- tive. Nous avons dit dans les mémoires antérieurs que, pour toutes les sources où nous pouvons recueillir, à sa sortie de l'organisme, l'azote qui a été utilisé, les erreurs qui peuvent affecter nos résultats sont des erreurs en moins. Elles proviennent soit de la récolte for- cément incomplète des productions épiihéliales, poils, corne, etc., que nous opérons, soit de l'altération des produits azotés de l'urine et de leur exhalaison dans l'air quand, par suite de fermentation, ils ont pris la forme ammoniacale. Cette perte s'effectue pendant la ALIMENTATION DU GHKVAL DE TRAIT. 73 journée même de l'émission (on sait que les urines sont recueillies toutes les 24 heures), à cause de la rapidité avec laquelle l'urée se transforme en ammoniaque. Pour le cas présent nous nous trouvions en présence de liquides très concentrés et les pertes n'en ont été que plus élevées. On verra, dans le tableau qui résume la statique de l'azote, que nous avons constaté des déficits qui, s'ils étaient réels, correspondraient à la formation de quantités énormes de chair musculaire, mais qui en réalité sont dus surtout aux pertes signalées plus haut. Azote de l'urine. L'urine n'a pu être recueillie que pendant les expériences au ma- nège ; les expériences à la voiture ne se prêtent pas, pour les chevaux au travail, à la récolte de l'urine. Pour les chevaux au repos, elle peut être recueillie en tout temps. Les chiffres que nous donnons se rapportent aux mois de décembre 1889, janvier, février, mars, avril, mai 1890, pour les trois chevaux, juin et juillet pour les chevaux n° 2 et n° 3, août et septembre pour le cheval n° 1. On trouvera dans les tableaux qui suivent la composition moyenne journalière des urines recueillies. Tablraix. 74 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Moit de déceinhre 1889. Poids moyeu journalier. ... gr. Densité Volume correspondant ce. Azote dosé dans 1 centim. cube. mg. Azote total gr. d'où Azote total des urines gr. Volume et poids d'urine correspon- dant à Peau de lavage d'où Poids total d'urine émise. ... gr. Matière sèche dans 5 centim. cubes d'urine gr Matière minérale dans 5 centim. cubes d'urine gr. Matière organique dans 6 centim. cubes d'urine gr. Matière sèche totale gr. Eau do l'urine gr. Mois de janvier 1890, 8 714,6 1,0374 8 400,4 15,414 129,484 1 750,0 1,0011 i 730,7 2,003 3,467 gr. Poids moyen journalier. . . Densité Volume correspondant ce. Azote dosé dans 1 centim. cube. mg. Azote total gr. d'où Azote total des urines gr. Volume et poids d'urine correspon- dant à l'eau de lavage d'où Poids total d'urine émise. gr. Matière sèche dans 5 centim. cubes d'urine gr Matière minérale dans 5 centim. cubc^ d'urine gr Matière organique dans 5 centim cubes d'urine gr Matière sèche totale gr Eau de l'urine gr 132,951 224"'-',9 = 233^'',3 8 947,9 0,300 0,106 0,194 517,5 8 430,3 CHEVAL HO 2. 7321,6 1,0410 7 033,2 22,124 155,603 1 738,0 1,0090 1722,4 2,498 4,303 9 260,0 1,0390 8 912,4 14,797 131,877 1 813,0 1,0086 1797,5 1,225 2,201 134,078 148'=",7=i;;4^'",5 9 414,5 0,164 0,085 0,079 143,2 9271,3 159,906 194"'',5 = 202e'',5 7 524,1 0,422 0,105 0,317 610,0 6914,1 14 479,3 1,0292 14 068,5 14,156 199,153 1 745,0 1,0079 1731,3 1,771 3,066 8 460,0 1,0462 8086,4 20,701 167,397 1727,0 1,0092 1 711,2 2,044 3,498 170,895 169'=*=,0=1768%8 8 636,8 0,207 0,095 0,142 234,5 8 402,3 202,227 2i6''^6 = 2228'',9 14 702,2 0,138 0,066 0,072 394,3 14307,9 8 257,0 1,0373 7 960,0 15,032 119,655 1783,0 1,0080 1 768,8 1,016 1,797 121,452 114"^2 = 118S^5 8 375,5 0,154 0,071 0,083 134,0 8241,5 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. vo Mois de février 1890. Poids moyeu jourualier. . . . gr. Densité Volume correspondant ce. Azote dosé dans 1 centim. cube. mg. Azote total gr. d'où Azote total des urines gr. Volume et poids d'urine correspon- dant à l'eau de lavage d'où Poids total d'urine émise. , . . gr. Matière sèche dans 5 centim. cubes d'urine gr. Matière minérale dans 5 centim. cubes d'urine gr. Matière organique dans 5 centim. cubes d'urine gr. Matière sèche totale de l'urine, gi*. Eau de l'urine gr. Moi» de mars 1890, Poids moyen journalier. ... gr. Densité Volume correspondant ce. Azote dosé dans 1 centim. cube. mg. Azote total gr. d'où Azote total des urines. .... gr. Volume et poids d'urine correspon- dant à l'eau de lavage d'où Poids total d'urine émise. . . . gr. Matière sèche dans 5 centim. cubes d'urine gr. Matière minérale dans 5 centim. cubes d'urine gr. Matière organique dans 5 centim. cubes d'urine gr. Matière sèche totale de l'urine, gr. Eau de l'urine gr. CHEVAL NO 1. Urine. 10 086,7 1,0380 9 717,5 1S,858 154,100 Lavage. 1 803,2 1,0070 1 790,6 1,263 2,262 156,362 14l",7=147S"^,l 10 233,8 0,142 0,071 0,071 280,0 9 953,8 8 669,4 1,0446 8 299,2 19,726 163,710 1 856,5 1,0120 1 834,4 1,622 2,975 166,685 150'='^,8 = 157°'',5 8 926,9 0,181 0,095 0,086 305,9 8 621,0 CHEVAL NO 2. Urine. 6 218,2 1,0454 5 948,2 22,079 131,330 Lavage. 1 720,4 1,0085 1705,9 1,308 2,231 133,561 10l",0 = 105»',6 6 323,8 0,355 0,115 0,240 429,5 5 894,3 5 114,5 1,0510 4 866,3 21,927 106,703 1724,8 1,0075 1711,9 1,032 1,767 108,470 80",6 = î 5 199,2 0,352 0,144 0,208 348,3 4 850,9 CHEVAL NO 3. Urine. 9 631,1 1,0360 9 296,4 14,309 133,022 Lavage. 1724,3 1,00G7 1712,8 1,028 1,761 134,783 123",l = 127'^5 9 758,6 0,134 0,057 0,077 252,4 9 506,2 12 264,5 1,0260 11953,7 10,373 123,996 1703,1 1,0070 1696,1 0,851 1,444 125,440 139'='^, 2 = 1428'', 8 12407,3 0,127 0,054 0,073 307,2 12100,1 76 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. gr. Mois d'avril 1890. Poids moyen journalier . . Densité Volume correspondant ce. Azote dosé dans 1 centim. cube. mg. Azote total gr. d'où Azote total des urines gr. Volume et poids d'urine correspon- dant à l'eau de lavage CHEVAL N° 1. 6615,7 1,0419 6 349,6 15, 09b 95,8-t7 I 872,0 1,0095 1 854,4 1,390 2,578 98, 425 CHEVAL NU 2. Urine. 6 534,3 1,0500 6 223,1 22,478 139,882 Lavage. 1 788,7 1,00SS 1 733,1 1,602 2,840 CHEVAL NO 3. 13 009,0 1,0295 12 636,2 13,144 166,090 1 757,3 1,0071 1 744,9 1,155 2,015 d'où Poids total d'urine émise. gr. Matière sèche dans 5 centim. cubes d'urine gr Matière minérale dans .5 centim. cubes d'urine gr. Matière organique dans 5 centim. cubes d'urine gr. Matière sèche totale gr. Eau de l'urine gr. Mois de mai 1S90. Poids moyen journalier .... gr. Densité Volume correspondant ce. Azote dosé dans 1 centim. cube. mg. Azote total gr. d'où Azote total des urines. gr. Volume et poids d'urine correspon- dant à l'eau de lavage d'où Poids total d'urine émise. gr. Matière sèche dans 5 centim. cubes d'urine gr. Matière minérale dans 5 centim. cubes d'urine gr. Matière organique dans 5 centim. cubes d'urine gr. Matière sèche totale gr. Eau de l'urine gr' 170'='=, 8 6 793,7 0,189 0,100 0,089 246,5 6 547,2 6 764,8 1,0404 6502,1 15,411 100,203 1 754,5 1,0072 1 742,0 0,924 1,610 101,813 i04''^5 = I088^7 \ 6 873,5 0,190 0,100 0,090 251,1 6 622,4 142,722 126'='=,3 = 132^^6 6 666,9 0,259 0,120 0,139 328,9 6 338,0 6801,2 1,0506 6 473,6 24,258 157,037 1 741,6 1,0070 1 729,5 1,545 2,672 159,709 110«'=,1 =lloe^7 6916,9 0,209 0,104 0,105 275,2 6 641,7 168,105 153«,3=157S'',8 13 166,8 0,118 0,056 0,062 301,8 12865,0 8 143,2 1,0286 7916,8 11,874 94,004 1830,9 1,0062 1819,6 0,990 1,801 95,805 13l'=^7=156e^0 8 299,2 0,126 0,057 0,069 203,3 8 095,9 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. Poids moyen journalier gr. Densité Volume correspondant ce. Azote dosé dans 1 ceullm. cube. mg. Azote total gr. d'où Azote total des urines gr. Volume et poids d'urine correspon- dant à l'eau de lavage ...... d'où Poids total d'urine émise .... gr. Matière sèche dans 5 centim. cubes d'urine gr. Matière minérale dans 5 centiin. cubes d'urine gr. Matière organique dans 5 centim. cubes d'urine gr. Matière sèche totale gr. Eau de l'urine gr. Poids moyen journalier gr. Densité Volume correspondant ce. Azote dosé dans 1 centim. cube. mg. Azote total gr. d'où Azote total des itrines gr. Volume et poids d'urine correspon- dant à l'eau de lavage d'où Poids total d'urine émise .... gr. Matière sèche dans 5 centim. cubes d'urine gr. Matière minérale dans 5 centim. cubes d'urine gr. Matière organique dans .5 centim. cubes d'urine gr. Matière sèche totale gr. Eau de l'urine gr. Mois d'aoCit 1800. CHEVAL K» 1. Urine 7 770,0 1,0337 7 516, S 11,433 85,940 Lavage. 185b, 4 1,0070 1842,5 0,987 1,819 87,749 159",1 = 164^'',5 7 934,5 0,150 0,070 0,080 230,3 7 604,2 ^^oiîl de Juin 1890. CHEVAL N» 2. 5358,4 0,233 0,115 o,us 238,4 • 5120,0 CHEVAL N" 3. Urine. 7 780,0 1,0274 7 572,5 11,642 88,159 Lavage. 1795,0 1,0070 1 782,5 0,807 1 , 545 89,704 132",7 = 136^'',3 7 916,3 0,132 0,080 0,052 203,4 7712,9 Mois de sept. 1800. 6 752,0 1,0385 6501,7 13,334 87,019 1 778,0 1,0078 1 764,2 1,168 2,061 89,080 i54",0 = 159^'",9 6911,9 0,191 0,107 0,084 254,2 6 657,7 Mois de juillet 1890. 5 233,9 1,0498 4 935,6 20,768 103,541 1 815,2 1,0077 1 801,3 1,120 2,017 105,558 97", 1 = 101^', 9 5 335,8 0,234 0,122 0,112 237,9 5 097,9 6017,7 1839,3 1,0380 1,0089 5 797,4 1 823,1 16,893 1,130 97,935 2,060 99,995 12l",9 = 126^'",5 6144,2 0,170 0,093 0,077 201,3 5 942,9 78 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Azote dégagé par les fèces pendant la dessiccation. On sait que, pendant leur dessiccation, les fèces perdent, sous forme d'ammoniaque, des quantités d'azote appréciables, provenant soit de la fermentation de l'urine dont elles ont pu être souillées, soit de la fermentation de leurs principes azotés. Ces fermentations s'établissent très rapidement, surtout pendant les jours. d'été, entre le moment où les fèces sont émises et le moment où elles sont pla- cées dans l'étuve. 11 y a ainsi, pendant ce temps, déperdition dans l'air d'une partie de l'ammoniaque formée. La dessiccation est opérée dans le vide et les produits sont re- cueillis pour servir à la détermination de l'azote dégagé. On trou- vera dans le tableau suivant les poids moyens d'azote recueilli par jour durant la dessication des fèces. CHEVAL NO 1. Mois dVxiiérii'nccs. Décembre 1889 Janvier 1890. Février 1890 Mars 1390. . Avril 1890 . Mai 1890 . . Août 1890. . Septembre 1890 Poids moyen journalior d'azote reuueilli. Gr. 4,651 3,302 7,054 5,782 4,427 5,397 2,654 2,984 CHEVAL N» 2. Mois d'cipérienccs. Décembre 1889 Janvier 1890 . Février 1890 . Mars 1890. . . Avril 1890. . . Mal 1890 . . . Juin 1890. . . Juillet 1890 . . Poids moyen journalier d'azote recueilli. fir. 4,025 5,067 2,670 2,131 3,641 3,230 2,349 2,018 CHBVAIi NO 3. Mois d'expériences. Décembre 1889 Janvier 1890 Février 1890 Mars 1890. . Avril 1890. . Mai 1890 . . Juin 1890. . Juillet 1890. Poids moyen journalier d'azote recueilli. Gr. 8,873 3,809 5,695 4,282 17,224 4,376 4,505 8,783 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 79 Azote des poussières de pansage et des poils recueillis pendant la tonte du cheval. Les quantités d'azote fournies par (es produits du pansage quoti- dien des chevaux, ainsi que les poils provenant de la tonte sont données par le tableau suivant: Décembre 1889 Janvier 1890 Février 1890 Mars 1890 Avril 1890 Mai 1890 Juin 1890 Juillet 1890 Août 1890 Septembre 1890 Octobre 1890 Novembre 1890 Soit une production moyenne journalière do CHEVAL N» 1. ^ .. Poils et Azoïe poussières correspon- re- cueillis. dant. Gr. Gr. 60 S, 930 41 2,778 13 1,152 186 17,447 376 47,125 bCO^ 73,976 230 18,926 290 29,882 230 22,259 100 17,702 800^ 69,250 140 12,000 H 1,120 OHEVA . N» 2. Poils et Azote poussières correspon- re- cueillis. dant. Gr. Gr. 32 4,435 41 2,906 26 2,503 52 4,739 3S0 43,054 580^ 79,228 290 25,266 250 27,565 190 22,213 270 30,670 740^ 65,410 190 13,630 II 1,168 CHEVAL N° 3. Poils et poussières re- cueillis. Gr. 22 15 49 76 231 310 ' 190 260 210 210 1070^ 130 Azote correspon- dant. Gr. 1,725 1,175 3,789 5,803 23,688 40,703 21,044 25,954 18,719 18,830 105,720 10,800 0,980 1. Les pieds ont été tondus. 2. 630 gr. provenant do la tonte. 3. 550 gr. provenant de la tonte. 4. 890 gr. provenant de la tonte. Azote de la corne. La corne enlevée aux chevaux pendant la pose des fers est aussi une source d'azote où nous pouvons puiser. On trouvera dans le 80 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. tableau qui suit les poids de corne recueillie et les quantités d'azote correspondantes. CHKVAL N ' 1 CHEVAI^ KO 2. Corne CHEVAL KO 3. Corne Corne Dates. re- cueillie. Dates. re- cui'illip. Dates. re- eueilltc. Gr. Gr. Gr. 31 décembre 1889 . . ' 5 décembre 1889. . 1 23 décembre 1889. . I 11 février 1890 . 140 7 janvier 1890. . . 70 9 février 1890 . 100 19 févrit-r 1890 leo 19 janvier 1890. . . 150 10 mars 1890. 230 12 mars 1890 . liO 28 janvier 1890. . . 140 30 mars 1890. 130 21 mars 1890 . 00 11 avril 1890. . . . 120 20 avril 1890. IbO 7 avril 1890 . 110 2,5 avril 1890. . . . 50 30 avril 1890. 80 16 mai 1890. . 220 2 mai 1890 .... 70 5 juin 189:J . bO 20 mut 1890. . 60 12 mai 1890 .... 50 30 juillet 1890 240 2 juillet 1890. 110 19 mai 1890 .... 70 20 août 1890 . 30 10 juillet 1890. 60 29 mai 1890 .... 20 7 octobre 1890. 150 21 août 1890. . 10 25 juillet 1890 . . . 30 21 septembre 1890 310 21 août 1890 .... 80 15 novembre 1890 iso 2 septembre 1890 . 130 6 octobre 1890. . . 230 27 octobre 1890. . . 60 Soit pour 320 jours 25 novembre 1890 . Soit pour 355 jours 110 Soit pour 288 jours un total de ... . 1 300 un total de. . . . 1370 un total de. . . . 1 100 Moyenne par jour. . 4,873 Moyenne par jour . 3,85',) Moyenne par jour . 4,028 1. Corne non recueillie. La production moyenne de la corne a donc été par jour: Pour le cheval n" 1 4S'',875 Pour le cheval n° 2 3 ,859 Pour le cheval n' 3 4 ,02cS Un échantillon moyen de la corne produite par les trois chevaux a fourni à l'analyse 11.90 p. 100 d'azote, les chevaux ont donc utilisé chaque jour à la production de la corne: Le cheval n" 1 O^^ôSO Le cheval n" 2 ,459 Le cheval n° 3 ,479 Azote de la sueur. Nous n'avons pas, dans cette série d'essais, fait de nouvelles tenta- tives pour déterminer la quantité d'azote éliminé par la transpiration ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 81 cutanée. Nous conserverons donc les chiffres obtenus en 1888 el nous admettrons qu'un cheval au repos perd chaque jour, par la sueur, l^'jSOô d'azote, tandis qu'un cheval au travail en perd 2^', 179. Toutes les données précédentes nous permettent d'établir dans le tableau suivant le bilan de l'azote : AZOTE DIK- DATES. FÉRENCF5 entre l'azote digéré et l'azote rendu. VAKIATIOSS du poids des chevaux. a; 0) 11 ■^ -S > O a ■a 3 "H o Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Cheval n° 1. Décembre 1839 . 986,0 137,760 132,951 1,120 4,651 0,380 1,305 140,607 — 17,133 Augmentation. Janvier 1890 . . 1003,0 160,800 134,078 1,120 3,302 0,580 1,305 140,383 — 20,415 Augmentation. Février 1890 . . 1300,8 208,128 136,362 1.120 7,054 0,580 2,179 167,293 — 40,833 Diminution. Mars 1890. . . . 1 306,2 208,992 166,685 1,120 5,782 0,580 2,179 176,aiG — 32,046 Diminution. Avril 1890 . . . 815,6 130,496 98,425 1,120 4,427 0,580 1,305 103,838 — 24,638 Augiiicntatiou. Mai 1890 . . . . 880,3 140,848 101,813 1,120 5,397 0,580 1,303 110,213 — 30,633 Diminution. Août 1890. . . . 705,3 112,848 87,749 1,120 2,654 0,580 1,305 93,408 — 19,440 Augmentation. Septembre 1890. 789,9 126,384 89,080 1,120 2,984 0,580 1,305 95,069 — 31,315 Augmentatioa. Cheval n° 2. Décembre 1889 . 1153,1 184,500 159,900 1,168 4,025 0,459 1,305 166,883 — 17,637 Augmentation. Janvier 1890 . . 1310,7 209,712 170,895 1,168 5,067 0,459 2,179 179,768 — 29,944 Entretien. Février 1890 . . 1063,i 170,144 133,561 1,168 2,670 0,459 1,303 139,163 — 30,981 Augmentation. Mars 1890. . . . 821,6 131,456 108,470 1,168 2,131 0,459 1,305 113,333 — 17,923 Augmentation. Avril 1890 . . . 1052,7 168,432 142,722 1,168 3,041 0,439 1,303 149,295 — 19,137 Diminution. Mai 1890 . . . . 1252,6 200,416 159,709 1,168 3,230 0,459 2,179 166,743 — 33,671 Diminution. Jain 1890 .... 772,4 123,584 101,183 1,168 2,349 0,159 1,303 106,464 — 17,080 Augmentation. JuUlet 1890 . . . 808,8 129,408 105,358 1,168 2,018 0,459 1,305 110,506 — 18,902 Augmentation. Cheval n° 3. Décembre 1889 . 1394,7 223,162 202,227 0,980 8,873 0,479 2,179 214,738 — 8,414 Diminution. Janvier 1890 . . 906,7 145,072 121,452 0,980 3,809 0,479 1,305 128,025 -17,047 Augmentation. Février 1890 . . 1207,0 193,120 134,783 0,980 5,693 0,479 1,305 143,242 — 49,878 Entretien. Mars 1690. . . . 1077,6 172,416 123,440 0,980 4,282 0,479 1,305 132,486 — 39,930 Augmentation. Avril 1890 . . . 1502,4 240,384 168,103 0,980 17,224 0,479 2,179 188,977 — 51,407 Eulrelieii. Mai 1890 . . . . 753,3 120,528 93,805 0,980 4,876 0,479 1,305 103,443 — 17,083 Entretien. Juin 1890. . . . 780,1 124,816 89,704 0,980 4,305 0,479 1,303 96,973 — 27,843 Augmentation. JuUlet 1890 . . . 756,4 121,024 99,995 0,980 8,783 0,479 1,305 111,342 — 9,482 .Augmentation. ANN. SCIKNCE A'JRON. 1893. 82 ANNALCS DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Dans tous les cas, et pour chacun des chevaux, il y a eu un déficit d'azote, et ce déficit est quelquefois ti'ès élevé ; on devrait constater la formation de chair correspondante. Dans 14 cas seulement il y a accroissement de poids vif, dans 4 il y a entretien et dans 6 il y a perte de poids vif; les accroissements, à trois exceptions près, ne correspondent pas aux déficits d'azote constatés. Les mois pour les- quels la concordance existe sont : pour le cheval n" 2, mars et juin, où les accroissements de poids sont respectivement 11 kilogr. et 12 kilogr., et pour le cheval n° S, juillet, où l'augmentation est d'environ 6 kilogr., ce qui fait par jour 355 gr. en mars et 400 gr. en juin pour le cheval n° 2 et 193 gr. en juillet pour le cheval n^S. En admettant que ces accroissements soient constitués par du muscle tel (pi'on le trouve dans le corps d'un animal vivant, c'est- à-dire contenant environ 70 à 75 p. 100 d'eau et dosant 4.5 p. 100 d'azote, ils nécessiteraient, pour le cheval n" 2, en mars 158'',975 d'azote par jour, et en juin 18 gr. ; et pour le cheval n" 8 en juillet, 8^'",685. Or, d'après le tableau, les quantités disparues sont respec- tivement 178%923, 18^^080 et 9s%482. Dans tous les autres cas, les quantités d'azote disparues ne parais- sent pas avoir été entièrement employées à la formation de tissu musculaire. Beaucoup de ces quantités sont exagérées parles pertes importantes provenant de la fermentation de l'urine, et dont nous avons déjà parlé; il est regrettable que nous n'ayons aucune donnée nous permettant d'évaluer, même approximativement, ces pertes, qui ont dû beaucoup varier, pour chacun des chevaux et pour les différents mois d'expériences, avec la concentration des urines et la température extérieure. Nous avons d'ailleurs, montré dans les mémoires antérieurs, à quelle erreur on se trouve exposé quand, dans l'étude des varia- tions de poids d'un animal, on néglige un seul facteur de ces va- riations. Or, l'étude des migrations de la graisse nous est rendue impossible par le fait que les produits de la respiration ne sont pas recueillis. ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 83 Staliqtie de l'eau. Nous pouvons mesurer avec une exactitude suffisante, l'eau qui entre dans le corps de l'animal, en pesant soigneusement sa boisson et en dosant l'eau qui lui apportent ses aliments. Par contre, nous ne pouvons déterminer directement qu'une partie de l'eau que l'a- nimal rejette, celle qu'il rend dans l'urine et dans les | fèces. L'eau perdue par exhalaison pulmonaire et par transpiration cutanée doit être déterminée en bloc, par différence, et encore cette détermina- tion est-elle soumise à l'erreur qui peut résulter de la fixation d'eau par les tissus de l'animal, ce qui diminue le poids de l'eau gazeuse excrétée, ou de l'élimination d'une partie de l'eau constituant ces tissus, ce qui l'augmente. On trouvera, dans le tableau suivant, toutes les données dont nous disposons pour établir la statique de l'eau. Nous avons joint à toutes ces données, dans la dernière colonne, les pertes de poids des chevaux pendant le travail ou la marche, car ces pertes de poids sont constituées, pour la plus grande partie, par une élimination d'eau à l'état gazeux. EAU DIFFÉ- RENCE DATES. drs totale de des totale l'eau con- sommée bue. four- rages. con- sommée. l'urine. fcoes. re- cueillie. et l'e.iu recueillie. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. PERTE de poids du cheval pendant te travail ou la marche. Gr. Cheval n° 1. Dec. 1S89 . . 20 162,9 1159,2 21322,1 8 430,4 7 584,1 16014,5 5 3117,6 » Janvier 1890. I9;i27,7 1321,0 20 84S,7 9 271,3 7 933,0 17 2114,3 3 644,4 3 630 Février 1890. 24-252,8 1420,0 25 672,8 9 953,8 7ol9,0 19 025,2 6 647,6 5 130 Mars 1890 . . 2ti 587,7 1474,6 28 062,3 8 621,0 9 597,2 18 218,2 9 944,1 7 874 Avril 1890 . . 17 182,8 1094,0 18 288,6 6 547,2 7 592,3 14 139,5 4 149,1 M Mai 1890. . . 23 103,3 1 113,7 24219,2 6 622,4 9 624,7 16 247,1 7 972,1 6 572 .^oùt 1890 . . 22 100,8 982,8 23 197,6 7 604,2 8487,0 16 091,2 7 106,4 ir Sept. 1890. . 18 848,3 1010,6 19 853,9 6057,7 8 070,4 14 728,1 5 130,8 " K'pos. Marche au pas. Travail au pas. Travail au trot. Repos. Marche au trot. Repos. Kcpo». 84 ANNALES DE LA SCIENCE ACtRONOMIQUE. E AU DIFFÉ- RENCE entre PERTE de poids du cheval SITUATION -~ '^ DATES. des totale de des totale l'eau con- sommée pendant le du bue. four- rages. con- sommée. l'urine. fèces. re- cueillie. et l'eau recueillie. travail ou la marelle. cheval. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Gr. Cheval n° 2. Dec. 1889 . . 1:5419,3 1215,7 16 635,0 6 914,1 7 890,3 14 804,4 18yo,6 2 099 Marche au pas. Janvier 1890. 19029, 1 438,4 20 467,4 8 402,3 8 174,0 16 588,3 3879,1 4 524 Travail au pas. Février 1890. 13502,5 1244,8 14 747,3 5 894,3 6 867,0 12791,3 1956,1 (f Repos. Mars 1890 . . 14 805,2 1220,0 16 125,2 4 850,9 8 559,7 13 410,6 2 714,6 If Repos. Avril 1890 . . 20 570,3 1217,1 21787,4 6 338,0 8 552,8 14 890,8 6 89(),6 5 655 Marche au trot. Mai 1890. . . 31 538,0 1318,5 32 856,5 6 641,7 10091,0 16 732,7 16 123,8 10 9:11 Travail au trot. Juin 1890 . . 18 093,3 937,2 19 030,5 5 120,0 8 998,5 14118,5 4912,0 ri Repos. Juillet 1890 . 16514,5 1002,0 17516,5 5 097,9 7 389,9 12487,8 5028,7 " Repos. Cheval n» 3. Dec. 1889 . . 25 699,3 1328,6 27 027,9 14 307,9 9 760,8 24 068,7 2 959,2 3 827 Travail au pas. Janvier 1890. 22 881,9 1 221,9 24 103,8 8 241,5 12 702,0 20 943, 5 3 160,3 ir Repos. Février 1890. 25 560,0 1303,2 26 869,2 9 506,2 13 991,0 23 497,2 3 372,0 2 272 Marche au pas. Mars 1890 . . 32 915,5 1317,6 34 233,1 12 100,1 16718,8 28 818,9 5 414,2 3 975 Marche au trot. Avril 1890 . . 32 115,0 1363,0 33 478,0 12 865,0 11 064,4 23 969,4 9 508,6 7 137 Travail au trot. Mai 1890. . . 24 853,2 877,4 25 730, 6 8 095,9 10 683,1 18 779,0 6951,6 ir Repos. Juin 1890 . . 27 491,3 882,8 28 374,1 7 712,9 14 005,9 21718,8 6 655,3 ir Repos. Juillet 1890 . 21 081,6 945,4 22 027,0 5 942,9 10 363,5 16306,4 5 720,6 If Repos. Les nombres qui, dans la situation de repos, représentent la diffé- rence entre l'eau totale consommée et l'eau recueillie dans les urines et les fèces devraient nous donner, pour chaque cheval, la mesure de l'eau expirée et perspirée, mais nous venons de dire que la fixation d'eau dans les tissus ou l'élimination d'eau de ces mêmes tissus peut fausser les résultats. Les écarts observés dans les chiffres relevés sur chaque cheval viennent appuyer cette assertion. On voit, en effet, le cheval n" 1 éliminer successivement en dé- cembre 5 307k',6, en avril 4149^Vl, en août 7 106«'',4 et en septembre 5 130«^8 ; le cheval n" 2 en février 1 956^^1, en mars -2 \1¥\^, en juin 4 912 gr. et en juillet 5 028*''', 7; le cheval n" 3 en janvier 3160«^3, en mai 6 951^'',6, en juin 6 655»^3 et en juillet 5 720«',6. Les différences de température des mois où ces chiffres ont été obtenus ne suffisent pas à justifier certains de ces écarts, on voit même le cheval n° 1 éliminer plus d'eau en décembre qu'en avril. D'autre part, pendant le travail ou la marche, les quantités d'eau ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 85 perdue par le cheval et constatées par la balance sont quelquefois égales ou supérieures aux nombres que la colonne des différences donne comme perte totale de la journée; il est évident, dans ce cas, que le cheval a cédé de l'eau de ses tissus, ce qui a pu masquer la formation de chair accusée par la statique de l'azote. Pour terminer, faisons remarquer qu'il existe des différences no- tables, pour les trois chevaux, entre les nombres représentant l'eau éliminée dans des situations correspondantes. Du travail produit. i° Au manège. Le travail au manège a consisté, comme dans les séries précé- dentes, dans l'exécution, chaque jour, de 700 tours de manège : 350 tours le matin et 350 tours le soir. Le cheval qui était à la ration de transport, attelé derrière la flèche, effectuait le même parcours, lequel, la piste parcourue ayant une longueur de 28'" ,965, corres- pond à 20 275 mètres. Ces chiffres doivent être un peu modifiés en ce qui concerne la période du travail au trot. Le cheval qui travaille au manège, à cette allure, a une tendance constante à se jeter en dehors de la piste en s'appuyant sur le trait extérieur. Par ce fait il augmente d'environ 0™, 15 le rayon de la circonférence qu'il parcourt. Le cheval qui suit sans effectuer un travail de traction a une tendance contraire, il marche en dedans, diminuant le rayon de la piste d'un nombre égal, soit 0'",15. Il en résulte que, pour le cheval au travail au trot, un tour de piste devient égal à 29'",91 et, pour le cheval à la marche au trot, à 28'", 02, soit, pour le premier, un parcours total quotidien de 20 937 mètres, et, pour le second, 19 614 mètres. Le travail a été mesuré à l'aide du totalisateur Leclerc, dont il a déjà été parlé. Le travail produit par le cheval n" 1 en février n'a pu être déterminé par suite d'un accident survenu au totalisateur. Les tableaux qui suivent renferment les principales données, rela- tives au travail, que nous avons pu recueillir : sa durée, sa mesure exprimée en kilogrammètres, les pertes de poids du cheval au tra- vail et du cheval à la marche et l'accroissement de la température du corps du cheval pendant le travail. 86 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. DITES. Dé- L'cnibrr CHEVAL N» 3. — Travail au niauege au pas. CIIEViL No 2. Marche au pas. OBSER- Dui du tri ée ivail. Non de tour roul< bre s de lu tte. PerteJdf du rhe> dant le i poids al pen- travail. Élévatioi tempera ehevalj le trava 1 de la tu re d 11 endant il. Poids moyen du cheval pendant le travail. Pertede poids du cheval jendant la marche. V.iTIOKS. 1 1889. Matin. Soir. Matin. Soir. Malin. Soir. Matin, .Soir. Matin Soir. Matin Soir. Matin Soir. Min. Min. Gr. Gr. Deg. Deg, Kil. Kil. Gr. Gr. 1 120 123 .. „ 2 200 2 200 2 1 468,2 467,3 300 1 500 Q 128 118 " ,r 1 440 1 840 1 2 461,0 469,7 II 1400 S 122 127 5 319 5 020 1290 1360 2 1 460,2 462,2 7O0 1400 4 122 126 5 137 5 075 1900 310 462 , 1 472,8 600 1000 5 128 130 4 677 4.540 1 020 1730 1 400,7 470,5 1 110 800 129 128 4 387 4 165 1 110 1 700 2 1 468,8 463,3 1 2 00 900 7 132 129 3 896 3 634 2 400 1450 1 457,5 467,7 800 2 100 S 128 127 3 907 3 598 1 290 2 060 2 438,5 469,4 1700 900 'J 129 124 4 053 3 890 1 430 1 630 438,9 467,8 500 1 100 10 125 132 3 775 3 889 2 350 2 500 4 3 438,7 466,7 1 400 900 11' 125 126 3 878 If 1 510 " 2 1 437,4 '■ 700 " 12 128 126 4 318 ff M 2 640 1) 1 n 466,7 " 1 800 13 128 128 4 742 4 044 1 540 1 290 1 3 460,0 468,5 1800 1 000 14 125 122 4 643 5 362 2 150 1 700 2 1 460,4 468,1 700 900 15 119 122 4 332 5 401 1 340 1 680 2 (1 1 459,9 469,8 900 1 400 10 124 133 3 001 5 602 1 920 2 120 1 439,6 468,3 1 100 400 17 128 116 4 041 5 181 2 640 1990 462,2 471,4 300 1 400 Is 119 m 5 283 5 435 1 840 2 200 2 463,0 469,4 1200 1 300 19 lis 112 5 652 5 137 1 890 1 3u0 2 2 433,7 461,7 1200 1 000 20 113 110 5 295 5 901 1 610 1 660 Il 1 1 438,3 467 , 3 1 .400 700 21 114 110 5 497 5 412 1 970 2 500 2 436,4 466,6 1 800 1800 22 101 113 .. 5 126 2 700 3 000 4 4 458,1 461,3 200 1100 Pluie. 23 113 110 5 770 3 624 3 500 2 870 4 4 457,5 461,2 1400 1 5011 24 111 110 0011 .. 240 2 230 3 3 433,9 464,3 2 100 1 10 Pluie. 25 113 110 " 5 696 2 230 1 940 1 640 2 300 1 1 436,0 463,3 200 300 26 118 m 5 487 5 973 2 490 2 2 456,6 464,2 600 2 000 27 116 114 5 706 5 783 2 760 1 2 438,4 464,2 500 900 28 116 m 5 899 6 290 2 420 2 170 2 456,4 462,7 600 1000 29 117 109 4 263 5 089 2 160 1 460 3 4 453,2 462,9 800 1 300 30 117 112 5 492 5910 2 320 1 730 2 3 453,2 461,4 5)0 1500 31 118 U7 5 884 5 681 2 090 1380 1 437,8 463,2 1 100 1 8 OC Moy. . 120,5 119,3 3 4 647 5 095 1 869 1938 17 10 II '■ 934 I 163 1. Le H, b ascule en répaj-ation. Travail r matin. . . 4 647 X 40,8997 = 190 061 kilogrammètres. nojen . . | soir. . . . 5 095X40,8997 = 208 384 — Travail c lu matin . minimum. . 3 601 X 40,8997 = 147 280 — maximum.. 6 011X40,8997 = 245 848 — T ravail iu soii min in maxir lum. . iium . 3 6 598 X 290 X 40,89 40,89 97 = 97'= 147 257 157 259 ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 87 nATES. Janvier CHEVAL NO 2. — Ta. Perte d du elle daiit le ail an manège au pas. aiRV.u so 1. Marctiç nn pas. OUSEU- Durée du travail. Nombre lie lours de la roulette. e poids val pen- travail iilévalion do la tiMiip'-ialure du cil 'valpindant le travail. Poids ninyoïi du elieval pendant le travail. Perte Je poids du clieval pendant la marclii'. V.\TIONS. . — - — - . . — -^'- — ^ — ^__ - — — .^_-- ^.^ ^ — ^ Il IS'JO. 1 .Matiu. Soir. Matiu. Suir. Matin. Soir. >Ialiu. Soir. Matin Kil. Soir. Matin .Soir. Gr. Matin Soir. Min. M.u, Gr. Gr. Oeg. Dcg. Kil. i;r. 2 122 118 4 955 4 705 2 600 2 200 3 1 486,8 401,3 2 400 l 80u a 114 116 4 934 4 977 2 oOO 1 700 3 6 484,2 4S4,4 1 800 2 500 Pluie. 4 117 108 4 840 5 166 17(10 2 000 4 6 478,7 489,0 1 500 3 100 ;■, 119 114 4 889 5 807 2 100 2 200 4 2 4S3,2 485,1 2 360 1 800 Pluie. Pluie. (i li:i 100 4S2S 4 675 2 200 2 800 2 5 4S2,6 187,5 2 300 2 700 7 uo 111 4 075 4 214 1 91(0 2 S 00 2 4 479,4 4S6,0 2 430 1 990 S I2;i 114 4 294 3 978 2 000 2 300 1 6 483,5 479,1 2 330 1 190 <.l 118 117 4 176 4 218 1 800 2 300 1 484,: 484,3 1980 2 360 lli 12:3 lU 4 321 4 248 1 500 2 900 ■1 5 9 485,7 4^8,8 1820 2 140 II us 113 4 274 4 134 2 000 2 300 4 1 1 481,5 483,3 1 810 2 400 1-2 117 111 4 165 4 177 2 300 2 000 1 4 480,2 485,7 1 330 2 3(i0 i:i 117 112 ■;. 320 4 163 1900 2 700 1 2 482,9 481,8 I 400 l 960 14 114 110 4 255 5 360 2 200 2 500 2 4 4SI, 2 4>0,9 1 510 1 860 i;; 130 121 3 391 4 242 2 300 2 400 5 1 481,4 480,2 2 800 2 270 16 126 122 4 .77 4015 2 000 2 000 2 4 473,5 483,2 2 000 2 700 17 128 124 3 859 3 809 2 000 2 400 2 4 476,4 484,3 l 490 2 180 18 12S 122 3 979 3 909 1400 1 800 i 2 478,1 487,9 1 030 1 140 Pluie. 19 117 144 4 015 " 1 600 2 400 S " 479,: 184,0 1 800 600 Pluie. Pluie. 20 151 133 4 479 4 150 2 500 2 400 4 482,7 482,: 800 2 000 1 21 i:i3 129 4 109 4 092 2 400 2 700 3 6 477,5 476,0 900 2 330 c).> 12S 122 •i 017 3 915 1 900 1 0.50 7 7 482,9 1,3, s 1 090 1 050 2:i 122 115 4 073 3 936 2 200 2 500 5 8 483,4 485,9 440 1 910 Pluie. 24 123 UO 4 305 4 100 2 400 3 700 3 II t81,0 4.9,4 1 540 2 090 25 125 117 4 370 3 825 2 600 2 900 4 7 479,0 482,9 1 390 l 900 20 125 122 4 0S9 3 937 2 200 3 200 5 182,0 486,8 2 240 2 090 27 124 118 3 959 4.374 2 700 2 000 4 3 483,8 485,1 1 500 1 960 2 s 120 114 4 044 4 146 2 300 2 700 ;; 4 484,4 487,9 1 880 2 080 29 119 122 4 252 4 053 1 900 3 900 07 2 482,4 486,5 770 510 W 1 22 117 3 930 3 783 1 800 1500 3 5 480,1 485,7 1 900 1 310 ;m 123 113 3 708 3 943 1 800 2 100 3 4 478,7 480,1 680 1 790 Mo). . 122,20 117,32 4 258 4 279 2(i:3 2 451 3i 47 " " 1 645 1 985 Trav;iil moyen . . Travail du matin . Travail du soir. . malin . . soir. . . minimum, maximum, minimum, maximum. •i 258 X (0,8997 4 279 X 40,8997 3 391 X 10,8997 : i 9.j5 X i 0,8997 3 783 X 10,8997 ■■ 5 807 X iO,8997 174 1 Jl kilogrjimmètres. 175010 — 138 G91 — 202 G58 — 154 7 24 — 237 505 — 88 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 01IBS. Février 1890. 1 2 3 4 5^ 7 8 9 10 11 12^ i;i 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 2b 26 27 28 Moy. OITEVAL S" 1. — Travail au manège au pas. Durée du travail. Matin. Soir Min. 136 134 132 135 132 144 144 140 131 134 132 132 134 131 131 129 131 123 130 132 129 128 131 123 126 128 124 127 131,53 Min. 123 129 134 12Ô 127 131 139 133 134 127 132 127 129 126 128 134 127 127 125 123 126 123 126 124 127 124 122 124 127,7 Nombre de tours de la roulette. Matin, 4 636 4 039 4 264 3 861 2 538 4 916 4 504 4 419 3 935 3 809 4 275 4 281 Soir. 4 544 4212 4 014 2 392 3 949 4 485 4 226 3 983 3 913 3 297 4 250 Perte de poids du clieval (icn- dant le travail. Matin. Gr. 2 800 1 000 1800 2 700 2 000 2 000 2 200 2 100 2 900 2 400 2 600 2 600 2 900 3 000 3 300 3 600 2 900 3 500 3 700 2 700 1 800 2S00 1700 1 600 2 400 3 000 2 200 1900 2 550 hoir. Élévation de la lem|iéraluredu elieval pt-ndant le travail. Matin Gr. 2 200 2 000 1600 2 600 2 700 3 600 3 000 2 900 3 000 3 300 2 400 3 100 3 400 4 000 2 600 3 600 4 000 3 100 2 900 II 2 600 2 800 800 3 200 3 300 2 400 2 500 2 580 Deg. 4 5 6 3 5 8 5 6 4 6 6 3 8 9 8 8 9 8 5 8 7 3 6 8 7 2 8 5 61 Soir. Deg. 7 3 6 6 7 4 5 3 5 7 8 2 6 7 S o 4 8 8 7 8 4 8 6 4 4 8 58 Poids moyen dn clieval peuilant le travail. Matin Soir. Kil. 487,6 484,8 486,5 484,3 484,1 485,3 483,3 485,1 484,4 486,6 488,0 487,0 481,5 488,3 484,1 490,4 479,0 480,0 479,9 477,3 480,9 479,2 479,5 479,7 480,8 480,8 476,1 486,7 ClIEÏll N" 3. Marche la pas. Perle de poids du eheval pendant la marche. Kil. 492,4 492,0 491,7 488,7 493,4 490,1 491,0 492,9 492,6 492,3 481,4 489,9 487,3 483,0 490,0 480,7 480,3 488,5 485,9 487,6 486,3 485,8 489,6 488,1 487,4 488,5 482,0 Matin Gr. 1 200 2 240 1 160 1400 960 1 190 1 410 1 140 1 100 1 170 1 070 1300 1460 2 380 1 890 1370 850 1600 2 000 2 200 710 710 2 580 500 1000 1000 900 1100 1 342 OBSBK- VATIONS. Soir. Gr. 1 100 1 130 2 060 3 150 1480 1900 1040 1200 2 000 1300 600 1400 1680 2 100 1 650 1000 1600 1800 1 120 1890 1000 1100 1300 760 900 1600 1170 1000 1430 Malin Soir, Pluie, Pluie 1, Quatre poids de 40 kilogr ont été mis en surcharge sur le chapeau du manège du 5 au 11 ; du 12 au 28, 8 surcharges. 2. Un accident survenu au totalisateur a empêché de mesurer le travail à partir du 12 au soir. ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 89 DilES. Mira 1890. CHKVAr. MO 1. — Travail au manège au trot. n al le CHEVAL No 3. Marche aa trot. OBSER- Du du tr Malin. fée avall. Soir. Nombre de tours de la roulette. Perte de poids du cheval pen- dant le travail. Élévation de la température du cheval jeudanl le travail. Poids moye du chev pendant travail. Perte de pciide du cheval pendant la marche. VATIONS. Matin. Soir. Matin. Soir. Malin. Soir. Matin Soir. Malin Soir. Matin Soir. Min. Min. Gr. Gr. Deg. Deg. Eil. Kll. Gr. Gr. i' 09 59 i> it 3 000 3 800 9 6 477,5 485,8 1300 1 600 2 71 73 II II 400 3 iOO 6 9 478 .0 482 S 1900 1 600 3 74 75 II If 2 900 3 100 8 1 1 477 6 482 1300 2 100 4 67 77 II ti 3 600 3 200 7 8 476 3 481 '8 1400 900 5 74 74 M II 3 300 3 100 1 1 8 474 9 476 6 1 600 1 900 6 73 75 II If 3 800 4 400 1 1 476 4 480 2 1 500 1 900 7 75 77 II If 3 700 4 100 1 1 475 7 479 6 2 500 2 300 S 72 72 II fi 3 500 4 200 1 1 471 8 479 1 1 000 2 300 9 73 72 II tf 4 400 4b00 1 1 9 472 2 477 1 500 1 500 10 73 72 II ff 3 700 2 600 8 8 478 8 478 8 1 700 2 200 11 74 7b II If 3 600 4 300 1 i 1 471 7 477 6 1400 1 500 12 77 73 II 4 357 3 000 4 500 1 1 1 1 468 8 477 2 2 000 2 100 13 76 76 5 129 4 502 4 100 4 300 l 1 9 467 473 4 2 300 2 300 14 77 76 3 070 5 638 4 700 5 400 8 1 3 468 473 i 1800 2 400 15 74 80 5 037 4 015 4 000 4 600 l 2 1 467 473 2 2 100 2 200 16 75 76 3 770 4 220 4 100 4 700 8 1 2 467 6 471 9 1 600 2 500 17 74 75 4 348 4 649 4 200 4 800 8 7 466 4 469 8 2 200 2 300 18 74 75 3 808 4 029 3 000 3 500 3 6 466 5 469 8 2 000 2 400 19 76 76 3 865 3 856 3 400 3 600 8 1 464 1 470 2 2 600 2b00 20 75 76 4 488 4 497 3 000 2 100 7 9 466 1 471 9 1200 900 Pluie. Pluie. 21 77 77 4 078 3 79b 3 200 3 600 9 1 3 464 1 472 i 800 2 200 22 78 76 3 744 4 038 3 200 3 500 1 8 466 i 473 2 1 800 2 000 23 75 76 4 071 4 122 3 000 3 700 1 1 8 466 9 470 8 1500 1600 24 74 74 3 950 5 549 3 200 3S00 1 1 1 2 467 473 9 1 100 1700 Pluie. 25 76 72 4 824 4 590 3 600 3 200 1 9 466 3 46'.f 9 2 000 1 690 Pluie. 20 73 76 4 307 4 168 4 400 4 200 1 1 1 466 3 490 6 2 100 2 500 27 72 70 4 150 4 760 3 400 4 100 1 1 1 2 464 2 469 2:00 1 000 28 76 71 5 464 6 353 5 400 6 300 1 3 1 5 465 2 470 1 2 200 3 600 29 74 69 5 281 6 255 5 500 5 700 1 4 1 2 464 2 470 6 2 400 2 800 30 72 74 5 027 4 808 4 400 6 100 1 2 1 2 466 2 471 4 3 300 3 200 31 07 69 4 467 4 398 4 400 4 800 1 3 1 2 464 2 467 7 2 000 3 900 Moy. . 73,83 73,83 4 362 4 630 3 784 4 090 97 1 U m 1 860 2 115 . 1. I ,e toialis ateur re ste en réparation jusqu'au 12. Travail moyen matin . soir. . 4 362X40,8997 4630X40,8997 178 404 kilogrammètres. 189 366 — 90 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. DITES. Avril Du du ir OHBVAL N» 3. — Trav Perle d du che dant le ail au manège au trot. ClIKTAlNo 2. Marche an trot. OBSEB- rée avail. Nombre de tours de la roulotte. e poids al pfu- iravail. Elévation de la lempéralure du cheval pendant le travail. Poids moyon du cheval pendant le travail. P.'rlid^ poils du cheval pendant la marche. VAIIOSS. 1390. Matin. Soir. Malin. Soir. Matin. Soir. Matin. Soir. Hatin Soir. Matin Soir. Matin Soir. Min. Mm. Gr. Gr. Ueg. Deg. K.l. Kil. Gr. Gr. 1« 68 66 4 24.5 4 602 3 500 3 200 9 1 470,3 478,8 2 810 2 000 2 71 71 4 110 4 092 3 500 3 100 6 9 472,9 4-1,4 2 800 2 800 3 09 67 3 899 3 935 3 300 3 600 8 9 475,0 482,3 2 800 3 200 4 70 70 3616 3 492 4 200 3 300 7 7 472,4 4i0,(, 2 700 3 100 5 71 72 4 203 .;. 200 4 000 5 600 1 1 7 471,5 478,0 2 400 3 200 6 .. .. " i: •' M " " II M ri II i 71 70 3 846 3 930 3 800 3 200 5 8 472,5 480,9 2 800 2 700 8 70 71 4 193 4 134 3 300 2 500 8 S 473,2 481,3 2 400 2 300 9 72 70 3 677 5 684 2 400 3 500 1 1 1 471,9 477,9 1 800 2 700 10 08 71 5 194 4 907 3 700 •3 000 8 8 474,0 481,1 2 600 3 000 11 71 70 5 047 5 735 3 700 4 000 9 S 471,3 478,5 1900 2 900 , l-î 69 71 5 577 5 305 2 400 3 600 7 6 466,5 475,7 2 600 2 900 la 70 70 5 036 4 694 4 500 4 100 1 1 8 469 , 8 477,5 3 600 4 000 14 70 71 4 755 4 751 3 700 4 700 7 5 468,2 476,4 3 200 3 400 15 71 72 4 559 3 960 3 100 4 300 I 9 469,4 476,1 2 000 3 000 16 71 67 4 916 4 065 4 400 4 700 8 5 471,7 477,4 3 300 3 000 17 74 72 4 135 3 819 3 700 3 300 l 7 472,8 479,3 2 300 2 500 Pluie. Pluie. IS 69 74 4 117 3 956 2 800 2 600 6 8 468,4 476,9 2 600 1 loo Pluie. Pluie. 19 76 74 3 880 3 779 2 000 3 700 8 7 465,0 474,3 1400 2 600 Pluie. 20 72 74 3 988 3 924 2 900 2 500 2 i 469,0 478,7 1 700 3 100 21 71 71 4 350 4 598 3 500 3 900 1 2 1 2 471,7 479,6 2 800 2 400 22 74 "Q 4218 4 040 3 400 3 600 6 5 470,8 4S0,1 1900 2 000 Pluie. Pluie. 23 -0 71 4 347 3 987 3 100 4 100 1 7 468,4 473,3 2 SdO 3 900 24 72 73 3 792 3 526 3 000 3 800 5 9 467,5 472,9 3 200 2 400 Pluie. 25 72 71 3 526 3 212 3 000 2 800 9 9 466,3 473,0 2 800 2 600 2G 72 73 4 105 3 900 4 400 3 300 9 4 471,6 479,5 3 200 2 700 27 70 72 4 168 4 231 3 700 3 600 9 9 470,0 476,8 3 800 6 100 28 71 69 4 259 4 720 3 800 4 400 7 9 475,3 482,2 3 400 3 500 29 72 71 4 790 4 863 3 900 4 400 9 9 473,4 482,7 2 500 2 800 30 70 70 4 863 4 946 4 300 3 400 1 1 8 474,3 480,9 3 900 3 500 Moy. . 71 70,89 4 393 4 309 3 482 3 655 82 79 ■' " 2 710 2 945 1. I 'eux poil U de 40 kllogr. en surch jrge du 1 11' au 5 , qualrr du 5 au 30. Travail moyen . Travail du matin Travail du soir . matin. . soir. . . minimum maximum minimum maximum 4 393 X '10,8997 4 309X40,8997 3 526X40,8997 5 677X40,8997 3 212X40,8997 5 735 X '(0,8997 179 672 isilogrammètres. 176 237 — 144 212 — 232 188 — 131370 — 234 560 — ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 91 njTES. Mai 1800. cnBV.\^Li N" 2. — Travail au manège au trot. CIIBVAL So 1. Marche au |i3s. Durée (lu travail. Nombre d^'tours de la roulette. Perte de poids du cheval pen- dant le travail. Elévation d.' la température du cheval pendant In travail. Poidi moyen du cheviil pendant le travail. Perte de poide du cheval pendant la marche. VATIOMS. Matin. Soir. Malin. Soir. Matiu. Soir. Matin. Soir. Matin Kil Soir. Kil. Matin Gr. Suir. Matin Soir. Min. Min. Gr. Gr. Deg. Deg. Gr. 1 72 73 „ If 3 800 8 100 1 3 1 9 484,5 480,1 3 400 5O00 08 69 •' 8 111 6 900 5 200 1 8 1 6 481,5 iS4,4 4 500 3 900 3 73 7-i S 77.5 7 648 6 000 3 600 1 7 1 5 482,3 486,7 4 000 3 900 4 69 71 5 425 5 807 5 600 5 300 1 8 1 8 480,0 486,2 3 900 4 700 -, 70 68 5 250 6 564 5 100 5 100 1 7 1 8 476,3 480,5 2 700 3 900 6 66 76 8 730 8 830 6 500 6 900 2 4 1 S 479,2 480,6 4 200 " ; 77 70 S 480 7 710 5 200 5 300 1 7 2 476,9 480,3 2 000 " 8 74 74 7 814 8 820 5 300 4 800 1 3 1 6 476,3 483,6 3 800 " y 74 72 8 (63 9 423 4 600 4 900 1 8 1 8 479,3 483,2 2 700 3 500 10 74 73 7 775 7 931 4 800 3 900 1 7 1 4 480,5 484,5 3 300 2 000 Pluie. 11 70 70 8 119 8 830' 5 600 6 300 1 8 I 7 480,0 479,7 3 300 2 700 l-l 71 70 8 483 8 105 4 600 3 400 1 5 1 2 478,3 483,8 2 600 3 000 la 70 69 7 858 8 004 5 700 5 800 1 3 1 1 483,0 486,6 2 700 3 400 14 69 70 7 621 7 278 4 600 3 100 1 1 1 5 478,0 484,5 2 400 3 700 Pluie. ir, 69 71 7 544 " 4 900 5 200 1 5 1 3 475,0 480,1 2 300 3 500 10 7! 73 If .. 5 100 5 900 1 S 1 5 474,4 477,5 4 500 4 700 17 70 70 7 136 7 60(1 5 200 6 100 1 3 1 7 475,9 480,0 3 300 3 900 18 70 75 7 296 .. 5 500 4 100 2 1 5 473,2 469,6 3 600 i 300 Pluie. 19 71 71 7 398 7 490 4 500 6 100 1 5 1 3 476,2 479,3 4 000 3 500 20 69 72 8 645 8 864 3 300 5 600 1 2 1 6 470,3 472,6 1 800 3 400 21 70 71 8 932 8 704 5 000 5 500 2 1 8 473,5 474,7 3 500 3 400 Q-> 70 71 11 263 10 743 5 800 6 800 1 8 1 7 473,9 477,5 4 100 3 200 23 69 69 9 663 9713 4 000 6 300 2 2 2 468,2 473,0 4 000 3 100 2i 69 70 9 964 10 140 400 6 400 2 3 2 3 470,4 473,3 3 701) 4 300 25 " " " tl Cheval boiteux. 1/ » 1300 1 900 2ii 70 69 9 793 8 112 3 400 4 800 1 4 1 3 472,9 479,6 " .. 27 70 71 8 261 7 571 4 900 3 600 1 5 1 7 469,0 475,8 2 400 2 700 2>! 69 " 6 420 " 5 500 " 1 5 " 467,5 " 3 000 .. 29 ■• " ■' '/ Cheval boiteux " II II .. 3i( 72 71 7 059 6 944 5 900 5 200 1 4 1 1 1> 475,0 480,1 2 000 3 100 31 69 70 8 843 8 979 5 800 5 000 1 6 475,4 477 ,0 2 800 3 300 Moy. . 70, S2 71,14 7 990 8 247 5 362 3 589 1 65 1 62 " " 3 172 3 400 Travail moyen . \ matin . . . 7 990 X 40,8997 = 32G 789 kiiogrammètres. ) soir. . . . 8 247X40,8997 = 337 300 — Travail du matii ^ minimum. . ô 2.J0 X 40,8997 = 2H 723 — ( maximum. . 11 263 X 40,8997 r=: 460 C.ô3 — Tr ivail d j soir ■i minimi maxim im. . um. . 5S 107 07 X 43 X 40,89 40,89 97 = 97 = 237 5 439 3 05 8.) : : 92 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Au travail au manège au pas, les chevaux ont donc effectué par jour: CHBTAL HO 1. CHETAIj NO 2. CHEVAL MO 3. Kilogrammetres. Kilogrammetres, Le matin » 17 i 151 190 061 Le soir » 175 010 208 384 Total. ... » 349 161 398445 Il y a une différence entre le travail produit par le cheval n" 2 et le travail produit par le cheval n" 3, de près de 50000 kilogramme- tres. Quant au travail du cheval if i, qui n'a pu être déterminé, il est vraisemblable, si l'on compare aux nombres correspondants des autres chevaux ses accroissements de température et ses pertes de poids, qu'il a dû être plus élevé. Mais on ne saurait être affirmatif sur ce point, car, chez des animaux différents, les accroissements de la température sont rarement identiques pour un même travail. Pour s'en rendre compte, il suffît de se reporter aux chiffres fournis par les chevaux n"' 2 et 3 au travail au pas, où précisément celui qui a produit le plus de travail a présenté les accroissements de tem- pérature les plus faibles. Le minimum de travail produit pendant 350 tours de manège a été 138 691 kilogrammetres et le maximum 257 259 kilogramme- tres ; la variation est donc presque du simple au double. Au manège au trot, le travail effectué par les chevaux a été chaque jour : Le matin. CHKVAL N» 1. Kilogrammetres. 178 404 189 366 CHEVAL MO 2. Kilogrammetres. 326 789 337 300 CHEVAL NO 3. Kilogrammetres. 179 672 Le soir . 176 237 TotaL . . 367 770 664 089 355 909 On voit combien ont été différentes les quantités de travail pro- duites par les chevaux. Nous devons cependant faire une réserve au sujet des nombres qui expriment le travail du cheval n" 2. Un acci- dent ayant mis hors de service, au début du mois de mai, le dyna- momètre totalisateur, on lui substitua, pour la mesure du travail, un appareil de construction beaucoup moins parfaite ; les résultats ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 93 obtenus à l'aide de cet appareil présentent peut-être un caractère de moindre précision. Quoi qu'il en soit, les chiffres ^obtenus pour le travail du cheval n° 2, s'ils ne sont pas d'une exactitude rigoureuse, s'écartent peu de la réalité, et nous avons pu constater que la résistance à la trac- tion présentée par le manège, a été beaucoup plus élevée pendant le mois de mai que pendant les deux mois précédents et que, par conséquent, le travail produit par le cheval n" 2 a été bien supérieur à celui qu'ont donné les chevaux n" 1 et n° 3. Cette série d'expériences montre donc, comme les précédentes, que la traction nécessaire pour actionner le mariège varie cons- tamment. La cause principale de ces variations réside dans la source du travail lui-même. Ce travail est produit par le frotte- ment de lames métalliques fortement appliquées les unes contre les autres. On conçoit aisément que les moindres modifications qui se pro- duisent dans l'état des surfaces frottantes produisent des variations importantes dans l'effort nécessaire pour vaincre la résistance due à ces frottements. Pendant le travail au trot, la traction a varié de 1 à 3 1/2. La traction la plus faible a été observée quand le chapeau du ma- nège portait en surcharge 4 poids de 40 kilogr., et la traction la plus forte correspond à un mois où le manège ne portait aucune surcharge. Les vitesses respectives moyennes des trois chevaux au manège ont été : CHHVAL N" 1. CHEYAIi H» 2. CHKVAIj N» 3. Au pas l'°,303 l'°,409 1°,409 Au trot 2 ,363 2 ,463 2 ,459 Enfin, la traction moyenne qu'a dû développer chacun d'eux pour actionner le manège a été : Au pas . Au trot. OHEVAU N" 1. CHEVAL NO 2. CHEVAI. N" 3. 1) 17''S,221 19''S,652 {l^t,où'o 31 ,718 17 ,000 94 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Les tractions extrêmes relevées sur le travail des trois chevaux ont été: TBAOTION minimum. maximum. AU pas. Au trot. Io''S,GSO 12 ,549 25''', 377 44 ,003 2' A la voiture. Deux mois ont été consacrés, pour chaque cheval, à l'étude du travail à la voiture ; le premier mois a été employé, comme dans la série précédente, à amener progressivement le cheval à produire le travail moyen effectué par les chevaux de place de la Compagnie. Pendant ce mois d'entraînement, les chevaux traînaient la voiture à vide ; ils travaillaient tous les deux jours, et on graduait comme il suit la durée du travail : Les 2 premiers jours Les 2 suivants . . . Les 3 suivants . . . Les 4 suivants Les 4 derniers 5 courses de 1/2 heure . soit 2 heures 1/2 4 — de 3/4 dlieure, soit 3 heures. 5 — — . soit 3 heures 3/4 4 — t — de 1 heure . . ) .^ , ^ . ,_ , ^ ] soit 4 heures 1/2 d.- 1/2 heure . \ ' 2 2 de 1 heure 1/4. ) .... . /„ soit 5 heures 12 de 1 heure 1/2. ) 2 - 2 - Ainsi entraînés, ils continuaient à travailler un jour sur deux pen- dant 5 heures et demie, durant tout le mois de travail effectif, avec une charge, dans la voitui^e, de 140 kilogr., représentant le poids moyen de deux voyageurs. L'odographe, qui donnait les chemins parcourus, a fonctionné irrégulièrement pendant ces essais. Nous avons écarté, pour l'éta- blissement des moyennes que l'on trouvera plus loin, tous les chiffres fournis par des tracés suspects, ne faisant entrer en ligne de compte que ceux qui ont été donnés pendant un bon fonclionnement certain de l'appareil. La détermination de la traction moyenne de la voiture, sur la ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 95 piste même où avait lieu le travail, a donné les résultats sui- vants : l'oids de la voiture à vide 480 kilogr. l'oids du cocher G4 — Poids de deux voy;igeurs t iO — Durée moyenne d'un essai 2™ 9' Vitesse moyenne 10""", 395 à l'heure. Effort moyen à vide (avec le cocher) .... 20''°, 684 Effort moyen en charge (cocher et voyageurs). 23 ,218 L'effoi'l (le traction de la voilure à vide est de 3.80 p. 100 du poids de la voiture, l'efTort en charge n'est plus que de 3.40 p. 100 ; l'adjonction d'une charge à la voilure a donc eu pour effet de faire baisser le rapport de la traction au poids total à déplacer. En d'autres termes, le poids ajouté au véhicule a un coefïicient do traction inférieur à celui du poids du véhi- cule lui-même. Pour le cas présent, la traction de la charge de 140 kilogr. a été de 2''«,534 soit 1.81 p. 100 du poids de celte charge. Les chiffres de 20''8,684 pour la voiture à vide et 23''^218 pour la voiture en charge ne représentent pas exactement la résistance qu'a dû vaincre le cheval. La détermination du travail de traction est faite horizontalement, tandis que le cheval effectue sa traction à l'aide de traits inclinés sur l'horizontale. L'angle d'inclinaison a été déterminé, il était de 17°, 45. 11 en résulte que les nombres obtenus, corrigés, deviennent 21 ''8', 662 pour la voiture à vide, et 24''«,316 pour la voilure en charge. Pendant les mois d'août et d'octobre, où les chevaux n"* 3 et 2 étaient à l'entraînement, ils ont respectivement donné les vitesses de 9''"', 504 et 9*"", 972 à l'heure, produisant ainsi pendant ce temps: !e cheval n" 3 on août, 205 876 kilogr., et le cheval n''2, en octobre, 216 013 kilogr. Les données correspondantes n'ont pu être déterminées pour le cheval n" 1, l'odographe ayant été en réparation pendant presque tout le mois de juin. 96 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Les chemins parcourus par chaque cheval pendant les mois de travail, avec la voiture en charge, sont les suivants : Cheval n» 1. Juillet 1890. — Moyenne journalière. DURÉE CHEMIN du travail. parcouru. Mètres. Matin . 2^'30'" 25 086 Soir 3 00 29 1G2 Total 5'>30°' 54 248 Soit une vitesse à l'heure de 9'"°, 863. Cheval n" 3. Septembre 1890. — Moyenne journalière. DDRÉB CHEMIH du travail. parcouru. Mètres. Matin 2''30'° 24 565 Soir 3 00 28 219 Total 5''30'» 52 7 84 Soit une vitesse à l'heure de 9*"", 597. Cheval n" 2. Novembre 1890. — Moyenne journalière. DURÉE CHEMIN du travail. parcouru. Mètres. Matin 2'' 30"" 23 911 Soir 3 00 27 955 Total 5»'30" 51 866 Soit une vitesse à l'heure de 9''™,4.30. Le travail correspondant est donné, pour chaque cheval, dans le tableau ci-après : Nous avons également noté la température du corps du cheval le matin et le soir avant et après le travail. Toutefois, comme les che- ALIMENTATION DU CHEVAL DE TRAIT. 97 vaux faisaient le matin deux courses de un quart d'heure, séparées par un repos d'une demi-heure, et le soir deux courses de une heure et demie, séparées par un repos de même durée, les chiffres donnés dans ce tableau ne représentent pas exactement les accroissements de température qui correspondent au travail produit. Nos chiffres, obtenus tous dans des conditions identiques, n'en sont pas moins comparables entre eux. TRAVAIL TEMPÉRA TORE ACCROIS- SEMBNT produit de la eu températara kilogrammètres. initiale. finale. du cheval. Cheval n" 1. ' Juillet 1890 t Matin G09 991,1 38° 10 39° 37 10 27 Soir 709 103,2 38 00 39 50 1 50 Total. . . . 1 319094,3 Cheval n» 2. Septembre 1S90 : Matin 597 322,5 38» 11 39' 09 0°98 Soir G86 173,2 37 93 39 43 1 50 Total. . . . 1 283 495,7 Cheval n" 3. • ! C. — Méthodes d'analyse des fourrages ; D. — Méthodes d'analyse du lait; E. — Méthodes d'analyse concernant l'industrie sucrière; F. — Méthodes d'analyse concernant la distillerie de grains et tu- bercules; G. — Essais de semences. ANN. SCIENCli AGRO.N. — 1893. — I. 114 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. A, — Méthodes d'analyse des engrais ou matières fertilisantes. a) Prcparalion de l'échantillon d'analyse. Comme nous aurons souvent à parler de l'emploi du moulin à pulvériser imaginé par le professeur Maercker, nous allons en donner tout de suite la descriplion. Il se compose essentiellement d'un cylindre à parois peu élevées, dont le fond, qui est d'acier, est divisé en secteurs, lesquels sont, comme les meules de moulin, munis de stries rectilignes, parallèles dans chaque secteur à l'un des rayons extérieurs du secteur. Ce cy- lindre repose sur un axe vertical muni d'une roue à laquelle on peut communiquer un mouvement de rotation. Sur le fond du cylindre, appuie, sans que les centres coïncident, un tronc de cône d'acier de diamètre égal aux 3/5 environ de celui du cylindre et dont la base est lailléi comme le fond du cylindre. Il est supporté par un axe auquel on peut imprimer un mouvement de rotation de sens contraire à celui que reçoit le cylindre. De cette disposition, il résulte que les stries dont nous avons parlé agissent en même temps comme des ciseaux et comme des scies. L'axe du cylindre peut être mis en mouvement, soit par le moteur à eau, soit par le moteur à gaz. Il est relié à l'axe du tronc de cône par une courroie de cuir dont les deux parties passent sur des poulies intermédiaires à axe horizontal destinées à rendre inverses les mou- vements de rotation du cylindre et du tronc de cône. Le tout est lixé à un support commun qu'on peut visser sur une table. Un levier coudé, qui a son point d'appui sur le support commun, permet de soulever le tronc de cône quand une opération est ter- minée. Des poids cylindriques, percés suivant leur axe, peuvent être placés à la partie supérieure de l'axe du tronc de cône, et accélèrent par leur poids le travail de la pulvérisation. Nous donnons plus loin le schéma de ce moulin (fiff. i)\ 1 . Les figures sont dessinées sur une planche qui paraîtra à la fin de ce travail. ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS AGRONOMIQUES ALLEMANDES. 115 Cette description étant faite, il sera plus facile de comprendre la préparation qu'on fait subir aux matières ferlilisanles ou aux engrais avant de les soumettre à l'analyse. L'échantillon envoyé est pesé. Si son poids est supérieur à 100 gr., on n'en réserve que la moitié à l'analyse, l'autre moitié est conservée pendant quatre mois dans un flacon bien bouché. Si son poids est inférieur à 100 gr., on le laisse tout entier pour l'analyse. Tous les phosphates, à quelques exceptions près, que nous men- tionnons ci-dessous, sont broyés dans un mortier jusqu'à ce qu'ils passent à travers un tamis à mailles de 1 millimètre. Les phosphates de la Somme, les craies phosphatées, la poudre d'os, les guanos bruts, la poudre de \m^de(Fleisclimehl) sont passés au moulin Maercker, puis mélangés intimement sur une feuille de papier. Les coprolithes, les scories brutes, le sang desséché sont écrasés finement dans un mortier de fer, jetés dans un tamis à mailles de un demi-millimèlre et enfin mélangés intimement. Les apatites sont d'abord desséchées pendant 12 heures à la tem- pérature de 100 degrés, pesées aussitôt que le refroidissement est obtenu, écrasées grossièrement et passées dans un tamis à mailles de 4 millimètres. Un échantillon moyen est prélevé dans la partie tamisée. On le broyé dans un mortier de fer jusqu'à ce qu'il passe à travers un tamis à mailles de un demi-millimèlre. Les autres engrais, fumier sec, poudretle, sont traités comme les phosphates en général. La poudre et la sciure de corne sont pulvé- risées avec le moulin Maercker, LesalpêtreduGhili,lesulfate d'ammoniaque, le kaïnite et les autres sels de potasse sont broyés dans un mortier et ensuite intimement mélangés. Les chaux, les marnes sont laissées à l'air libre jusqu'à ce qu'elles aient atteint un certain état de dessiccation, puis elles sont pulvérisées et jetées dans un filtre à mailles de 1 millimètre. Les produits qui, comme les débris de laine, ne peuvent être mé- langés intimement et donner un échantillon homogène sont chauffés avec de l'acide chlorhydrique jusqu'à évaporation complète de l'acide, 116 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. mélangés avec du gypse, broyés dans un mortier et soumis à l'ana- lyse. Remarques importantes . — 1" Certains engrais comme les fumiers, les gadoues, les purins, sont offerts à l'agriculteur sous une forme boueuse ou plus ou moins liquide et contiennent généralement des sels ammoniacaux volatils. Avant de les soumettre à l'analyse, il faut les dessécher à 100 degrés. On évite les pertes d'ammoniaque en les additionnant d'une substance fixatrice de l'ammoniaque, telle que l'acide oxalique. 2° A cause de l'hygroscopicité souvent très grande de certains en- grais, il est bon de déterminer leur teneur en humidité au moment de la prise de l'échantillon. Si la substance est ensuite desséchée pour qu'elle puisse être moulue plus facilement, ou même si elle est simplement broyée, un deuxième dosage de l'humidité est fait en même temps que les autres déterminations. On rapporte alors les résultats donnés par ces dernières à 100 de substance initiale. b) Détermination de V humidité. Elle est toujours faite au moyen d'une étuve chauffée au gaz et pourvue d'un régulateur de température automatique. On n'obtient pas avec cet appareil des résultats rigoureusement exacts, car l'air peut pénétrer dans l'étuve et déterminer une oxydation de la subs- tance ; mais quand il s'agit d'engrais, les résultats trouvés sont suf- fisamment exacts. L'étuve employée (Jig. 2) se compose d'une caisse paralléhpipé- dique d'environ 0'",4'0 de côté et fermée en avant par une porte à double battant. Entre les deux parois de chaque face est un espace qui peut être rempli avec de l'eau. Un régulateur de température est placé sur la face supérieure de l'étuve. Il est formé d'un tube en U, remph partiellement de mer- cure; l'une de ses extrémités communique avec l'espace rempli d'eau, tandis que l'autre reçoit le tube d'éciiappement et le tube d'arrivée du gaz. Ce dernier est terminé par une plume d'oie taillée en biais, dont la pointe plonge dans le mercure. Si le chauffage est ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS AGRONOMIQUES ALLEMANDES. 117 trop énergique, la vapeur d'eau acquiert une tension plus forte, fait monter le mercure dans la branche où est située la plume d'oie, et ralentit l'arrivée du gaz. Inversement, si la température baisse, le mercure en descendant laisse, dans la section de la plume d'oie, un passage plus grand au gaz et la température revient au degré convenable. L'étuve est aussi munie d'une soupape de sûreté. Le dosage de l'humidité d'un engrais est très simple à effectuer avec cet appareil. 10 gr. de substance sont placés dans un petit verre à précipité lavé, séché et taré. On les laisse pendant trois ou quatre heures dans l'étuve qu'on a portée préalablement à la température de 105 à 110 degrés. La différence des poids avant et après la des- siccation donne le poids de l'eau contenue dans la quantité de subs- tance employée. c) Dosage de l'acide phosphorique. Nous ne connaissons pas de procédé chimique permettant de dé- terminer exactement la valeur agricole d'un phosphate. Pendant longtemps, on a admis que l'acide phosphorique soluble dans l'eau avait seul de l'ed'et sur la végétation (Angleterre, Alle- magne), puis on a accordé à l'acide phosphorique soluble dans le citrate d'ammoniaque une valeur égale (France) et enfin depuis quelque temps on tend de plus en plus à croire que l'état de division des phosphates, leur état de mélange intime avec la couche arable, sont les facteurs les plus importants de leur valeur comme engrais. Cette dernière hypothèse s'est montrée exacte dans beaucoup de cas, mais cependant pas toujours. Suivant les idées admises sur l'assimilation de l'acide phospho- rique pour les plantes, on a donc adopté, dans les laboratoires, di- vers modes de dosage, et actuellement on dose encore : Soit l'acide phosphorique soluble dans l'eau ; Soit l'acide phosphorique soluble dans le citrate d'ammoniaque ; Soit l'acide phosphorique soluble dans les acides. Lacide phosphorique soluble dans Veau se trouve en quantité 118 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. relativement grande dans les superphosphates. A Halle, on le fuit entrer en dissolution d'après la méthode suivante : 20 gr. de superphosphate sont introduits dans un flacon de 1 litre de capacité et additionnés de 800 centim. cubes d'eau distillée. Le flacon, après avoir été fermé hermétiquement à l'aide d'un bouchon de caoutchouc, est agité pendant une demi-heure dans un appareil ad hoc imaginé par le professeur Maercker. On complète ensuite le volume à 1 000, puis le liquide après plu- sieurs agitations qui mélangent intimement toute la masse est jeté sur un double filtre et tombe dans des flacons de 400 centim. cubes ayant la forme des bouteilles en usage dans les pharmacies. 50 centim. cubes de la liqueur filtrée (représentant 1 gr. de subs- tance) sont transvasés à l'aide d'une pipette dans un flacon Erlen- meyer {fig. 4) et soumis à l'action des réactifs précipitant l'acide phosphorique. (Voir plus loin, page 122.) L'agitateur Maercker {(ig. i8), qui vient d'être mentionné, se com- pose essentiellement d'une planche horizontale reposant sur deux cadres métalliques dont la pièce transversale inférieure peut osciller dans des gonds fixés sur une table, et portant une caisse assez grande pour contenir douze flacons de 1 litre. Ces derniers y sont couchés ohlifiuement six dans un sens, six en sens opposé. Une planche fixée verticalement dans le milieu de la caisse et munie de douze entailles supporte les cols. Les fonds des flacons ont leur place dans des entailles demi-circulaires bordées de caoutchouc. U acide phosphorique soluble dans le citrate d'ammoniaque existe dans les phosphates rétrogrades, dans les phosphates précipités, etc. Le mode de dosage adopté est le suivant : Dans un verre à précipité, on laisse digérer 2 gr. d'engrais avec 100 centim. cubes de la solution dite Petermann ' pendant une demi- 1. La solution dite « solution Petermann » se prépare de la manière suivante : 250 gr. d'acide citrique cristallisé sont dissous dans 500 centim. cubes d'eau bouil- lante, puis additionnée de 550 centim. cubes d'eau et de 27G centim. cubes de solu- tion ammoniacale à 2i p. 100. Si le mélange total est acide, on le neutralise exacte- ment avec quelques gouttes d'une solution d'acide citrique à 50 p. 100. Le liquide ainsi préparé a une densité de 1.09. ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS AGRONOMIQUES ALLEMANDES. 119 heure à la température de 50 degrés. Le tout est ensuite jeté sur un filtre et lavé plusieurs fois avec un liquide formé de une partie de solution Petermann et une partie d'eau. Tout l'acide pliosphorique solubilisé est ainsi entraîné. Le filtre et son contenu sont alors des- séchés à Tétuve, puis chauffés au rouge dans une capsule de platine jusqu'à incinération du filtre et transvasés dans un ballon de 200 centim. cubes avec 2 centim. cubes d'acide azotique de densité 1.4i el 20 centim. cubes d'acide sulfurique concentré. On fait bouillir pendant une demi-heure (voir la théorie du traitement dans la des- cription de la méthode de dosage de l'acide phosphorique total), laisse refroidir, ajoute avec précaution de l'eau au mélange acide, refroidit à 17°, 5, complète le volume à 200 centim. cubes, jette le tout sur un double filtre après plusieurs agitations el emploie 100 centim. cubes de la liqueur filtrée (représentant 1 gr. de substance) pour les soumettre dans un Erlenmeyer à la précipitation de l'acide phosphorique par les réactifs appropriés. (Voir pages 122 et suiv.) L'acide phosphorique à l'état de phosphate tribasique existe dans presque tous les engrais phosphatés. Pour le dissoudre, on traite l'engrais par un acide. Il va de soi que les deux autres formes de l'acide, quand elles sont présentes, entrent en même temps en dis- solution. Ce traitement conduit donc à la détermination des quantités totales d'acide phosphorique. On l'effectue de la même manière avec tous les phosphates, sauf avec les scories de déphosphoralion. 5 gr. de substance sont introduits dans un ballon de un demi-litre avec 20 centim. cubes d'acide azotique de densité i.'42 et 50 centim. cubes d'acide sulfurique concentré pur. On fait bouillir le tout pen- dant une demi-heure sur un bain de sable. Avec les engrais qui ren- ferment beaucoup de matières organiques, il est souvent nécessaire d'employer plus de 20 centim. cubas d'acide azoti(jue. En tout cas, il est à recommander, el surtout avec ces derniers, d'ajouter au mélange un peu de paraffine, afin d'éviter un boursouflement trop considérable qui pourrait occasionner un débordement de la ma- tière. L'opération précédente étant terminée, on place le ballon sur une feuille de papier el on le laisse refroidir. On le remplit ensuite len- 120 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. temeiit et presque entièrement avec de l'eau distillée. La combi- naison de l'eau et de l'acide sulfurique amène une élévation de tem- pérature et par conséquent une dilatation du liquide. On refroidit jusqu'à 17°,5 dans un réfrigérant qui n'est autre chose qu'une boîte de zinc divisée en compartiments où peut circuler un courant d'eau ordinaire. Le ballon est enfin rempli jusqu'au trait 500. Après l'avoir agité plusieurs fois en tous sens, on jette son contenu sur un double filtre. 50 centim. cubes de la liqueur filtrée (correspondant à O^^S de substance) sont transvasés à l'aide d'une pipette dans un flacon Erlenmeyer et traités en vue de la précipitation de l'acide phospho- rique. Avant d'aller plus loin, il est utile d'indiquer sur quels principes repose ce mode de traitement par l'acide azotique et l'acide sulfu- rique. Parmi les corps qui accompagnent généralement l'acide phospho- rique dans les engrais phosphatés et qui sont susceptibles de fausser les résultats du dosage, il faut citer en première ligne : les matières organiques, la silice et la chaux. Il n'est pas nécessaire d'indiquer ici pourquoi les trois corps pré- cités peuvent être, dans l'analyse présente, une cause d'erreur. Ces faits sont suffisamment connus. Grâce au traitement des phosphates par les deux acides en ques- tion, on fait entrer en dissolution tout l'acide phosphorique, détruit les matières organiques, rend la siUce insoluble et élimine une partie de la chaux. En effet : 1° Toutes les formes de l'acide phosphorique contenues dans les engrais sont solubles dans un mélange bouillant |d'acide sulfurique et d'acide azotique ; 2° L'acide sulfurique décompose les matières organiques en leur enlevant les éléments de l'eau, et laisse du carbone pour résidu. L'acide azotique se trouvant à chaud en présence de ce dernier corps, le transforme en acide carbonique en lui cédant de son oxy- gène et il est amené lui-même à l'état de bioxyde d'azote qui, au contact de l'air, donne des vapeurs rutilantes d'acide hypoazotique ; ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS AGRONOMIQUES ALLEMANDES. 121 3° A la température où le mélange des deux acides bout, l'acide sulfurique, qui est très avide d'eau, prend à la silice son eau de constitution et la rend insoluble ; 4" L'acide sulfurique peut en outre se combiner à la chaux et donner du sulfate de chaux, soluble dans les acides, mais peu so- lubledans les acides très étendus. Or, il arrive souvent que la chaux contenue dans les engrais phosphatés est en trop grande quantité pour qu'elle puisse être redissoute entièrement à l'état de nitrate double, par l'addition de la solution citrique. Elle se précipite alors à l'état de citrate de chaux qui vient s'a- jouter au précipité de phosphate ammoniaco-magnésien. Le sulfate de chaux dont nous venons d'indiquer la formation se sépare en partie après qu'on a complété le volume à 500, et il reste rarement assez de chaux en solution pour fausser les résultats. Le mode de traitement des scories est un peu différent, parce que ces dernières ne renferment pas de matières organiques. On prend 10 gr. de substance qu'on humecte dans une cap- sule de porcelaine avec quelques gouttes d'eau. On ajoute ensuite 5 centim. cubes d'acide sulfurique renfermant la moitié de son poids d'eau, et lorsque la masse est durcie, 50 centim. cubes d'acide sul- furique concentré. Le mélange est remué avec un agitateur jusqu'à ce qu'il soit bien homogène, puis placé sur un bain de sable et chauffé jusqu'à l'ébullition pendant une demi-heure. Il faut veiller à ce qu'aucune parcelle de la substance ne devienne adhérente aux parois de la capsule, car il pourrait se produire des projections vers la fin du traitement. Pendant le refroidissement, on lave les parois de la capsule avec une pissette à eau, remue et transvase le tout dans un ballon à fond plat de un demi-litre qu'on rempht à la température de 17°,5 jus- qu'au trait 500. La filtrationdu liquide ayant été faite comme il a été indiqué pour les superphosphates, on prélève 50 centim. cubes de la liqueur filtrée pour y faire le dosage de l'acide phosphorique. Ces 50 centim. cubes représentent 1 gr. de substance. Remarque. — Il peut être utile ou intéressant de connaître la 122 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE, quantité d'acide phosphoriciiie libre contenue dans un superphos- phate. On opère alors de la manière suivante : 5 gr. de l'engrais sont agités dans un mortier avec de l'alcool absolu et transvasés dans un flacon de 250 centim. cubes. On com- plète jusqu'à la marque 250 avec de l'alcool pur. Le flacon ayant été bien bouché, on laisse les corps en présence pendant deux heures, en ayant soin d'agiter fréquemment. On filtre alors très vite, mesure avec la pipette 50 centim. cubes (représentant 1 gr. de substance) de la liqueur filtrée, qu'on intro- duit dans un flacon Erlenmeyer, chaufle jus((u'à évaporation com- plète de l'alcool, verse sur le résidu de l'eau distillée, et continue le dosage comme dans les autres cas. Toutes les solutions d'acide phosphorique dont nous venons d'in- diquer la préparation et le transvasement à l'aide d'une pipette dans un flacon Erlenmeyer sont traitées à partir de ce moment d'une manière analogue. On leur ajoute, dans le cas des superphosphates, 50 centim. cubes, dans les autres cas, 100 centim. cubes d'une solution de citrate d'ammoniaque \ qu'on laisse tomber d'une burette graduée en 50 centim. cubes, et aussitôt après 25 centim. cubes d'une solution magnésienne {Magnesiamixlur) ' dont on a rempli auparavant une burette graduée en 25 centim. cubes. L'addition de la liqueur magnésienne doit être faite immédiate- ment après celle de la liqueur citrique, afin d'éviter la précipitation par cette dernière du phosphate de chaux cristallin que la première ne pourrait complètement redissoudre. 11 est donc bon d'agiter constamment les flacons Erlenmeyer contenant la solution à analyser pendant qu'on y introduit les réactifs précipitants. 1. La solution de citrate d'ammoniaque est préparée ainsi qu'il suit : 1 ÔOO gr. (l'acide citrique sont dissous dans de l'eau, puis additionnés de 5 000 centim. cubes de solution ammoniacale à 2i p. 100. Le tout est complété à 15 litres avec de Peau distillée. 2. Pour préparer la liqueur niagnésiennne [Magncsiamixtur]^ ou dissout dans 6',5 d'eau distillée, 550 gr de chlorure de magnésium et 1 050 gr. de chlorhydrate d'ammoniaque, on ajoute ensuite 3', 5 de solution ammoniacale à 21 p. 100. ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS AGHONOMIQUES ALLEMANDES. 123 La liqueur doit être complètement claire quand on a terminé l'addition du réactif magnésien, sinon il faudrait ajouter une nou- velle quantité de ce dernier (jusqu'à 25 centim. cubes) à moins que )e trouble existant ne soit qu'une simple opalescence, comme le cas se produit souvent avec les superphosphates provenant du noir animal. Les réactions qui se passent pendant qu'on mélange les liquides en question, déterminent une élévation de température qui pourrait rendre difficile la précipitation du phosphate ammoniaco-magnésien. On pare à cet inconvénient en plaçant pendant quelques minutes les flacons Erlenmeyer dans le réfrigérant dont nous avons déjà parlé. On hâte même la formation du précipité, et évite qu'il adhère trop fortement aux parois du verre en l'agitant pendant une demi-heure, après avoir fermé hermétiquement les flacons avec de bons bouchons de caoutchouc. Cette agitalion est effectuée à l'aide d'une machine {fig. 5) cons- truite de la manière suivante : A un axe vertical sont fixés horizontalement deux plateaux circu laires sur chacun desquels sont formés à l'aide de palettes radiales six compartiments. Un cordon de caoutchouc forme le côté extérieur de chacun d'eux, de sorte que chaque plateau peut recevoir six fla- cons Erlenmeyer. Un moteur à eau met en mouvement une roue qui, par l'intermédiaire d'une manivelle et d'une bielle, commu- nique à l'axe et aux plateaux un mouvement tournant de va-et-vient. Une fois l'agitation terminée, les particules de précipité adhé- rentes au bouchon sont séparées à l'aide d'une plume d'oie dont on a enlevé les barbes jusque près de l'extrémité et envoyées dans le ballon correspondant à l'aide d'une pissette contenant de l'eau am- moniacale à 5 p. 100. On peut jeter le précipité sur le filtre aussitôt après, ou bien attendre un ou deux jours. Les résultats sont les mêmes quel que soit celui de ces délais qu'on adopte. La filtration a lieu dans une capsule de platine dont le fond est percé de trous circulaires ayant un demi-millimèti-e de diamètre, et recouvert d'amiante destinée à remplacer le papier-filtre. L'amiante, pour être propre à cet usage, doit subir la préparation 124 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. suivante : Les fibres d'amiante les plus grossières sont raclées sur une plaque de verre avec une lame bien aiguisée et transformées ainsi en une sorte de charpie très fine qu'on fait bouillir pendant deux heures au bain -marie avec de l'acide chlorhydrique concentré. Par une série d'additions d'eau et de décantations avec un siphon, après un repos suffisamment long, on enlève peu à peu tout l'acide chlorhydrique. L'amiante qui flotte après la dernière décantation dans l'eau rendue ainsi à peu près neutre, peut alors être employée à faire des filtres. A cet effet, la capsule de platine est attelée à une trombe à eau au moyen de l'appareil (fig. 6) dont le tube supérieur porte un cylindre de caoutchouc qui est replié vers l'intérieur sur tout son pourtour et s'applique exactement sur la paroi extérieure de la capsule. L'eau avec l'amiante sont versées dans la capsule; l'amiante tassée avec un agitateur aplati à l'extrémité, lavée plu- sieurs fois avec de l'eau distillée. La capsule de platine est alors portée dans le moufle, chauffée au rouge pendant dix minutes, exposée au refroidissement dans un exsiccateur, puis tarée. La filtration du liquide contenant le précipité de phosphate am- moniaco-magnésien a lieu suivant le même mode que nous venons d'indiquer. Les dernières parcelles du précipité sont détachées des parois du flacon avec une plume d'oie et envoyées dans la capsule à l'aide d'une solution ammoniacale à 5 p. 100. Cette dernière est contenue dans un flacon {fig. 7) placé à deux mètres au-dessus du sol et est amenée à portée de l'opérateur par un tube formant siphon, et terminé à son extrémité inférieure par un tube de verre étiré que commande une pince de pression. Quand la filtration est achevée^ la capsule est essuyée à l'exté- rieur avec un linge sec, placée sur une plaque de fer (fig. 8) au- dessous de laquelle brûle un Bunsen, chaufTée ainsi jusqu'à ce que le précipité se fendille et enfin introduite dans le moufle à gaz {fig. 9) dont les parois sont portées au rouge. On compte que 5 à 10 minutes suffisent pour transformer le phos- phate aminoniaco-magnésien en pyrophosphate de magnésie. La capsule est alors retirée du moufle. On hâte son refroidis- sement en la plaçant dans un réfrigérant composé d'une sorte de boîte de zinc {fig. 10) dans laquelle peut circuler un courant d'eau ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS AGRONOMIQUES ALLEMANDES. 125 et dont la face supérieure présente trois enfoncements doublés de cuivre, ayant une forme de tronc de cône, et destinés à recevoir les capsules. Dès que ces dernières ont acquis la température de l'air ambiant, elles sont portées sous une cloche de verre et peuvent être pesées quelques instants après. En multipliant par 0,639 le poids de pyrophosphate, on obtient la quantité d'acide phosphorique contenue dans la portion de liqueur soumise à l'analyse. La balance employée est sensible au dixième de milligramme. Les quantités de pyrophosphate trouvées dans les deux dosages parallèles ne doivent pas différer de plus de l'"»,^ pour O^^S de substances, et de 2'"^,4 pour 1 gr. ; sinon, le dosage doit être re- commencé. Des tables construites par Stutzer et correspondant à 0^',5 de matière permettent de trouver très vite quel poids d'acide phospho- rique correspond à un poids donné de pyrophosphate de magnésie. Si le liquide traité par les réactifs précipitant l'acide phosphorique correspondait à 1 gr. ou i^',5 d'engrais, une correction serait né- cessaire. Pour éviter des confusions, toutes les capsules sont numérotées. Au printemps et en automne, c'est-à-dire au moment des se- mailles, quatre préparateurs sont employés exclusivement au dosage de l'acide phosphorique ; deux d'entre eux exécutent toutes les opérations jusqu'à et non compris la filtration du précipité de phos- phate ammoniaco-magnésien ; les deux autres achèvent le dosage. Avec une telle division du travail, 100 déterminations peuvent être effectuées en une journée de huit heures. Quant aux capsules de platine, elles peuvent, malgré le précipité qu'elles renferment, servir à de nouvelles filtrations, sans qu'il soit nécessaire de leur faire subir une autre préparation. Cependant quand elles sont remplies à moitié, on extrait le pyro- phosphate avec précaution sans toucher au filtre d'amiante, tare de nouveau la capsule et la rend ainsi apte à être utilisée de nouveau. Dosage de l'acide phosphorique parlemolybdate d'ammoniaque. — D'après une convention adoptée au Congrès des stations agrono- 126 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. miques allemandes, l'acide phosphorique doit être dosé par le molybdate d'ammoniaque, quand il s'agit d'une expertise à faire. On opère alors de la manière suivante : On dissout l'acide phosphorique de la substance à analyser comme nous l'avons indiqué en décrivant la méthode par le phosphate am- moniaco-magnésien. 50 centim. cubes de la liqueur filtrée sont transvasés avec une pipette dans un flacon Erlenmeyer et additionnés de 200 centim. cubes de liqueur molybdique \ Le tout est placé, pendant deux heures, dans un bain d'eau à la température de 50 degrés. Le flacon étant retiré du bain, et son contenu refroidi, on jette ce dernier sur un fdtre, en prenant soin de laisser aller le moins possible de précipité sur le fdtre. La partie non entraînée est lavée neuf fois avec 20 centim. cubes de liqueur molybdique étendue de son poids d'eau. Les eaux de lavage sont jetées par décantation sur le filtre, et celui-ci est lavé une dixième fois avec 20 centim. cubes de la même solution. L'entonnoir avec son contenu est alors fixé sur le flacon Erlen- meyer correspondant, et on fait tomber le précipité dans ce dernier en le dissolvant avec de l'eau ammoniacale à 5 p. 100. Pour en en- traîner les dernières traces, on lave deux ou trois fois avec de l'eau bouillante. Le liquide filtré est neutralisé à chaud avec de l'acide chlorhydri- que, c'est-à-dire additionné de cet acide jusqu'à ce que le précipité qui apparaît ne se dissolve qu'après une agitation assez longue. Après refroidissement, on ajoute goutte par goutte et en agitant, 20 centim. cubes de liqueur magnésienne (Magnesiamixtiir), 25 centim. cubes de solution ammoniacale (Voir précédemment le mode de préparation de ces deux solutions), mélange bien le tout et laisse au repos pendant deux heures. Le précipité est ensuite jeté dans une capsule de platine munie d'un filtre d'amiante, et le ballon Erlenmeyer lavé comme nous 1. Pour préparer la solution molybdique, on dissout dans un litre d'eau l.jO gr. de molybdate d'ammoniaque. Après refroidissement, on verse la solution dans un litre d'acide azotique de densité 1.2. ÉTUDE sua QUELQUES STATIONS AGHONOMIQUES ALLEMANDES. 127 l'avons indi(iiié dans la description de la méthode du pliospliale ammoniaco-magiiesien. Avec ce mode de dosage, il est à recommander de n'employer le même filtre d'amiante qu'une seule fois, car le précipité de phos- phate annnoniaco-magnésien qu'on obtient se compose de cristaux très fins qui pourraient être entraînés avec le liquide à travers les fils d'amiante, si ces derniers ne formaient pas un réseau très serré. Une fois la liltration terminée, la capsule de platine est placée dans un manchon de même métal, et chauffée sur un brûleur Bunsen jusqu'à ce que le précipité soit presque blanc. — Le but de ce manchon est d'empêcher l'action des gaz réducteurs de la flamme. — Elle est ensuite introduite seule et laissée pendant cinq à dix minutes dans un moufle chauffé au rouge. La transformation du précipité en pyrophosphale de magnésie peut être considérée comme terminée quand le précipité est devenu complètement blanc. Le dosage est achevé comme d'habitude. Quelques remarques sur les scories. — 1° De nombreuses expé- riences ont prouvé que les scories réduites à l'état de poussière très fine et mélangées intimement à la couche arable produisent, dans beaucoup de cas, les mêmes effets comme engrais phosphatés que les superphosphates. Cette donnée a conduit les Stations agronomiques allemandes à faire dans les scories la détermination des parties fines, et celle des parties plus grossières. L'acide phosphorique des parties fines est considéré comme pou- vant produire son effet dans l'année même de son emploi, le reste forme un stock qui arrivera petit à petit à la consommation, suivant la grosseur des particules. D'après une convention adoptée au Congrès des stations agrono- miques, appartient à la partie fine tout ce qui passe à travers un tamis d'au moins 20 centim. de diamètre et à mailles de O""",!?. 50 gr. de scories sont introduits dans le tamis en question et agités pendant un quart d'heure (ce temps a été fi.xé par le Congrès) soit à la main, soit à l'aide de l'agitateur mécanique que nous avons 128 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. décrit en parlant du mode de dissolution de l'acide phosphorique des superphosphates. 2° Depuis quelques années, on falsifie les scories avec du phos- phate d'alumine (Redondaphosphaté) , lequel semble ne pas être assi- milable par les plantes. Deux méthodes peuvent être employées pour déceler celle falsi- fication. a) Méthode Richter. — Elle est basée sur le principe suivant: Les solutions de sels d'alumine donnent, quand on les additionne de potasse ou de soude, un précipité d'alumine gélatineuse soluble dans un excès de réactif, tandis que le précipité obtenu dans les mêmes conditions par l'addition d'ammoniaque ne se redissout pas, quelle que soit la quantité d'ammoniaque ajoutée. 2 gr. de la scorie à examiner sont laissés pendant quelques heures, dans un verre à précipité, en présence de 10 centim. cubes de soude caustique ayant une densité de 1,05 à 4,06. Le mélange est agile de temps en temps. Après un repos suffisamment long, le liquide supérieur est dé- canté, rendu légèrement acide avec de l'acide azotique qu'on ajoute goutte à goutte , puis additionné d'ammoniaque jusqu'à réaction franchement alcaline. Si la scorie n'a pas été falsifiée, il ne se produit aucun préci- pité ; à peine voit-on apparaître quehjues flocons d'acide silicique. Si, au contraire, du phosphate d'alumine lui a été mélangé, il se sépare un précipité, qui, après un temps relativement long, occupe la moitié du liquide. D'ailleurs, si la potasse pendant son contact avec la scorie a pris une coloration jaune ou rouge, si par l'addition goutte à goutte de l'acide azotique, il s'est formé un précipité tant que la liqueur était encore alcaline, on peut sûrement conclure à une falsifica- tion. Mais supposons que toutes ces réactions n'aient pas été bien mar- quées, et qu'il subsiste encore des doutes. La méthode suivante due au D' Gerlach, préparateur à la Station de Halle, permet de les lever. ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS AGRONOMIQUES ALLEMANDES. 129 6) 5 gr. de scories sont traités dans un tube à essai avec 10 à 15 centim. cubes de bromoforme. Si la scorie est pure, elle se dissout à peu près entièrement. Quelques débris organiques seule- ment restent en suspension. Mais si elle a été mélangée de phosphate d'alumine, ce dernier ne se dissout pas et nage à la surface du bromoforme. La partie flottante est alors traitée d'après la première méthode et cette fois les réactions sont très prononcées et permettent de porter un jugement sûr. Pour déterminer la quantité d'acide phosphorique attribuable au phosphate d'alumine, on utilise cette propriété que possèdent les phosphates des scories d'être solubles dans les acides organiques. 1 gr. de scorie est mélangé dans un verre à précipité avec 150 centim. cubes d'une solution d'acide citrique contenant 50 gr. d'acide citrique cristallisé par litre. Le tout est laissé pendant 12 heures dans un bain d'eau dont la température est comprise entre 50 et 70 degrés. On agite de temps en temps. On étend ensuite la solution avec 100 centim. cubes d'eau, fait bouiUir pendant une minute, filtre et lave le résidu plusieurs fois avec de l'eau bouillante. Le filtre et son contenu sont introduits dans une capsule de pla- tine, chauffés jusqu'à incinération du filtre, puis traités dans un ballon avec de l'acide sulfurique concentré et de l'acide azotique, suivant le même mode que nous avons indiqué en décrivant la méthode de dosage de l'acide phosphorique dans les phosphates en général. La quantité d'acide phosphorique ainsi trouvée doit être consi- dérée comme ne pouvant être d'aucun profit pour les plantes. d) Dosage de l'azote sous ses divers états. [" Dosage de l'azote organique. — Le dosage de l'azote organique est effectué d'après la méthode Kjeldahl. On opère sur 1 gr. ou \^',b lie substance suivant que les engrais sont censés renfermer plus ou moins d'azote organique et sur 0^%7 avec les sulfates d'ammo- niaque. L'oxydation des matières organiques a lieu dans des ballons à ANN. SCIENCE ACiUOM. — 1893. — I. 9 130 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. fond plat de 180 cenlim. cubes. Nous avons indiqué (page 5) quelles dispositions perniettent d'ajouter facilement à la matière, la goutte de mercure et les 20 centim. cubes d'acide sulfurique concentré. Pour éviter un boursouflement trop volumineux pendant la ré- duction, on emploie la paraffine. Les ballons sont alors portés sous la hotte, sur les trépieds que nous avons décrits, lesquels sont d'abord placés de telle façon que les enfoncements qui reçoivent les ballons se trouvent entre les flammes. Après une demi -heure, les enfoncements sont ramenés au-dessus des flammes et la réaction peut s'effectuer plus vite. On considère que la transformation de l'azote organique en am- moniaque est terminée quand le liquide est devenu complètement clair et incolore. On transvase avec les précautions nécessaires le liquide acide dans des flacons Erlenmeyer, 100 centim. cubes d'eau distillée sont employés pour cette opération. Le dosage est terminé comme d'habitude. Nous voulons seulement mentionner quelques particularités qui paraissent présenter des avantages. L'appareil à distiller est des plus simples. Les Erlenmeyer con- tenant le liquide à distiller sont placés au-dessus de brûleurs Bun- sen, sur une planche métallique couverte d'une toile d'amiante et percée de trous circulaires correspondant à la base des ballons. Ils communiquent avec les verres contenant les 20 centim. cubes d'acide sulfurique titré à l'aide d'un tube de verre muni d'un ren- flement en forme d'allonge à sa sortie de l'Erlenmeyer et recourbé ensuite sur un bâton de bois de la forme indiquée dans le dessin. Aucun appareil réfrigérant n'est ici employé, de sorte que la vapeur d'eau ammoniacale dégagée porte l'acide sulfurique titré à l'ébulH- lion, et détermine le dégagement de l'acide carbonique qui a pu être contenu dans l'eau avec laquelle on a, avant la distillation, dou- blé le volume de l'acide sulfurique titré, ou dans la soude qu'on a employée pour chasser l'ammoniaque. On arrête la distillation quand le liquide contenu dans l'Erlenmeyer a bouilli pendant vingt minutes. Le titrage de l'acide sulfurique non saturé par l'ammoniaque se ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS AGRONOMIQUES ALLEMANDES. 131 fait avec de l'eau de baryte ; on n'emploie jamais la potasse ou la soude. On donne comme raison de cette préférence que la baryte, la soude et la potasse donnant lieu, en présence de l'acide carbonique de l'air, à la formation d'un carbonate, le carbonate de baryte, à cause de son insoliibililé, se dépose dans la burette ou bien dans le récipient où la baryte est conservée, tandis que les carbonates de potasse et de soude, qui sontsolubles, tombent avec la potasse ou la soude dans l'aci-de sulfurique et tendent ainsi à fausser un peu les résultats. L'ensemble de l'appareil de titration est composé de la manière suivante : La provision d'eau de baryte est contenue dans un réci- pient de 30 à 40 litres placé sur un support à environ 2 mètres au- dessus du sol. Il est fermé par un bouchon qui donne passage à trois tubes : l'un de ces tubes faisant fonction de siphon, amène l'eau de baryte à la partie inférieure d'une burette verticale divisée en dixièmes de centim. cube et fixée à un support qui repose sur une table ordinaire. II est commandé par une pince placée près de la bu- rette. La deuxième met en communication l'espace vide du récipient avec la partie supérieure de la burette. Enfin le troisième permet à l'air extérieur d'arriver dans le réci- pient en passant à travers une allonge rempUe de fragments de potasse, destinés à retenir l'acide carbonique. Un flotteur ayant la forme d'un cylindre étiré à ses deux extré- mités et portant au milieu de sa hauteur un trait horizontal gravé f.st introduit dans la burette. Si l'on suppose que le niveau de l'eau de baryte dans la burette coïncide avec le trait gravé, la lecture des résultats est singulièrement facilitée. Quand on ne fait pas de titration, la partie inférieure de la bu- rette est soustraite au contact de l'air à l'aide d'un court tube de caoutchouc fermé à l'autre extrémité par une courte tige de verre plein. Gomme indicateur de la fin de la réaction , on emploie deux gouttes d'une solution d'acide rosolique dans l'alcool absolu (I gr. 132 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. d'acide rosolique dans 50 gr. d'alcool). Au momenL où le liquide devient alcalin, il prend une coloration blanche. Il est à remaniuer que le point critique est assez difficile à saisir, quand le liquide titré contient une forte proportion d'ammoniaque. Il vaut donc mieux, avec les sulfates d'ammoniaque, employer la teinture de tournesol. Nous avons maintenant à donner quelques détails sur la prépara- tion des liquides employés. Pour préparer l'eau de baryte, on met 260 gr. de baryte hy- dratée en digestion dans de l'eau chaude. On agite et renouvel'e l'eau jusqu'à dissolution complète de la baryte. On complète ensuite à 10 litres. La hqueur alcaline qui sert à chasser l'ammoniaque est obtenue en mélangeant II litres et demi de soude caustique de densité 1,375 avec 350 gr. de sulfure de potassium qu'on a dissous dans deux litres d'eau. Pour préparer l'acide sulfurique titré, on complète à 40 litres, 1554 gr. d'acide sulfurique concentré pur de densité 1,845; on fixe son litre à l'aide de carbonate de soude pur, lequel est mainte- nant fabriqué dans la grande industrie. G gr. de carbonate de soude sont placés dans une capsule de pla- tine tarée, et chauffés sur une lampe à alcool jusqu'à constance de poids. Soit p le poids du carbonate sec. On les introduit ensuite avec de l'eau distillée dans un flacon jaugé à 1 litre et on complète le volume à 1 000 quand le sel s'est dissous. La solution doit être parfaitement claire. Après plusieurs agitations, on transvase à l'aide d'un pipelte 50 cenlim. cubes de la solution dans un flacon Erlenmeyer où on a introduit préalablement 20 cenlim. cubes d'acide sulfurique préparé comme il vient d'être dit. On fait bouillir le mélange jusqu'à disparition complète de l'acide carbonique, et sature ensuite l'acide sulfurique avec de l'eau de baryte titrée ; soit B la quantité d'eau de baryte employée. On sature de même 20 cenlim. cubes d'acide sulfuricjue auxquels on n'a pas ajouté de dissolution de carbonate de soude. Soit A la (juanlilé de baryte employée. ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS ACiUONOMIQUES ALLEMANDES. 133 Les 50 centim. cubes de la solution de carbonate renferment ^ de sel qui correspondent en équivalent à ^. d'azote. Si donc, nous désignons par t la quantité d'azote correspondant à 20 centim. cubes d'acide sulfurique, nous pouvons écrire : d'où ^~530(A — B) Supposons qu'on ait à interpréter les résultats d'une analyse. On aura alors, si on désigne par q la quantité d'eau de baryte em- ployée pour saturer l'acide sulfurique non combiné à l'ammoniaque : Quantité d'azote contenue dans la substance employée = r 2^ Dosage de l'azote ammoniacal. — On l'exécute à Halle comme en France. 8" Dosage de l'azote nitrique. — Il y a plusieurs casa distinguer : 1° L'engrais à analyser renferme de l'azote sous les trois formes ; 2" L'engrais à analyser renferme de l'azote ammoniacal et de l'azote nitri(jue ; 3° L'engrais à analyser ne renferme que de l'azote nitrique. Dans le premier cas, on détermine l'azote total d'après la méthode de Jodlbauer, puis l'azote organique et l'azote ammoniacal d'après la méthode Kjeldahl. La différence des résultats trouvés représente l'azote nitrique, si toutefois on a eu soin, avant de procéder au dernier dosage, d'éliminer complètement l'azote nitrique de l'en- grais. La méthode Jodlbauer consiste à transformer l'azole nitrique en une substance organique dont on amène ensuite l'azote à l'état d'ammoniaque d'après la méthode Kjeldahl. On opère cette transformation en traitant la substance à analyser par un mélange de phénol et d'acide sulfurique. Dès qu'elle est dis- soute, on ajoute de temps en temps du zinc en poudre. 134 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Les réactions qui se produisent sont les suivantes : L'acide azotique, en réagissant sur le phénol, donne du nitro- phénol suivant la réaction : AzOMl + C«H%OH = C«H'AzO^OH + H^O. La poussière de zinc arrivant en contact de l'acide sulfurique donne lieu à une production d'hydrogène, lequel réagit à son tour sur le nitro-phénol et le transforme en amide, ainsi qu'il suit : C'H^ AzO^OH + 4H^ = CH' AzH^ + 3H20. L'azote de l'amide est ensuite réduit en ammuniaque (méthode Kjeidahl). Nous avons dit que la poussière de zinc est ajoutée par petites quantités et par intervalles suffisamment éloignés. Si on ajoute trop de zinc en une seule fois, il en résulte un grand dégagement de chaleur et par conséquent une élévation de tempé- rature du liquide. L'acide sulfurique peut alors réagir sur les ma- tières organiques et donner lieu à la formation de CO^ et de SO". L'hydrogène donne en même temps avec l'acide sulfureux nais- sant de l'acide sulfhydrique et de l'eau : Ainsi s'explique le dégagement d'IP S et de SO^ qui se produit après chaque addition de zinc. On comprend aussi pourquoi il est recommandahle de maintenir les hallons dans un réfrigérant pendant qu'on effectue cette opération. Comme toutes ces réactions mettent de l'eau en hberté, on ajoute au mélange d'acide sulfurique et de phénol, de l'acide phosphorique anhydre, lequel est très avide d'eau et permet ainsi de conserver l'acide sulfurique à l'état concentré, ce qui a son importance dans la transformation de l'azote organique en azote ammoniacal d'après la méthode Kjeidahl. Le mélange d'acide sulfurique, de phénol, et d'acide phospho- rique anhydre est préparé de la manière suivante : On dissout dans de l'acide sulfurique concentré, d'une part 66 gr. de phénol, d'autre part 250 gr. d'acide phosphorique anhydre. ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS AGRONOMIQUES ALLEMANDES. 135 Après avoir refroidi les deux solutions, on les mélange et complète le volume à l',650. Il nous reste à dire comment on pratique la méthode Jodlbauer. On pèse \^'',b d'engrais qu'on introduit dans un ballon à réduction de 180 centim. cubes, avec 30 centim. cubes du mélange indiqué ci-dessus. Les corps sont laissés ainsi en présence pendant une heure environ. On agile souvent, pour que les princi[)es solubles se dis- solvent rapidement et entièrement. Les ballons sont ensuite placés dans un réfrigérant, — lequel consiste en une boîte métallique divisée en compartiments où circule un courant d'eau froide — el on commence l'addition du zinc. Celui-ci est déposé sur un papier en forme de carte de visite, portant le même numéro que le ballon correspondant. Lorsque la quantité totale de zinc (1 gr.) a été intro- duite, on laisse les ballons au repos pendant deux heures; on in- troduit dans le liquide une goutte de mercure et un peu de paraffine et on continue le dosage d'après la méthode Kjeldahl. Pour chasser l'ammoniaque par distillation, on rend le liquide alcalin avec un mélange de soude caustique el de sulfure de potas- sium (méthode Kjeldahl). Il csl à remarquer que, dans le cas présent, il faut employer au moins 105 centim. cubes de celte liqueur. La titration de l'acide sulfurique non saturé par l'ammoniaque et l'interprélalion des résultats n'oilrenl rien de particulier. Quand l'engrais ne contient que de l'azote ammoniacal et de l'azote nitrique, on peut aussi avoir recours à la méthode Jodlbauer; mais il est préférable de déterminer séparément l'azote ammoniacal el l'azote nitrique ; l'azote ammoniacal, d'après la méthode ordi- naire, l'azote nitrique d'après la méthode dite du fer et du zinc qui a été introduite à Halle pendant les derniers temps de mon séjour au laboratoire, ou d'après la méthode dite de l'aluminium qui est adoptée par le professeur Wagner à Darmsladt. Enfin quand l'engrais ne lenferme que de l'azote nitrique (sal- pêtre du Chili), on peut effectuer le dosage de l'azote d'après l'une de ces deux dernières méthodes. a) Méthode dite du fer et du zinc. — Nous nous contenterons 136 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. d'indiquer comment on la pratique, car il n'y a pas jusqu'à présent de théorie qui explique d'une manière satisfaisante les réactions qui se produisent. Mais il est bon de faire tout d'abord la des- cription de l'appareil à distiller que nécessite l'emploi de cette mé- thode. Les flacons Erlenmeyer contenant le liquide à distiller sont placés au-dessus de brûleurs, sur une planche métallique couverte d'une toile d'amiante et percée de trous circulaires destinés à recevoir le fond des ballons. Ils sont mis en communication avec les verres con- tenant l'acide sulfurique titré au moyen d'un tube de zinc, recourbé d'abord vers le haut et traversant ensuite un réfrigérant. Pour éviter l'entraînement de gouttelettes alcalines, les vapeurs passent à leur sortie de TEiieumeyer dans un tube recourbé de faible diamètre, dont les deux branches sont verticales et qui est contenu dans un élargissement du tube de communication. Les flacons contenant l'acide sulfurique titré sont fermés par un bouclion donnant passage à deux tubes, l'un qui forme l'extrémité du tube de communication déjà cité, l'autre qui est un tube recourbé vers l'extérieur et présentant en dehors du flacon plusieurs renfle- ments en forme d'allonge remplis en partie d'eau distillée. Aucun d'eux ne plonge dans l'acide. Pour faire un dosage d'azote nitrique dans le salpêtre du Chili, on introduit 0^\o d'engrais (10 gr. dissous dans un litre d'eau) dans un Erlenmeyer de trois quarts de litre de capacité, avec 5 gr. de zinc en poudre et 5 gr. de fine limaille de fer et 75 centim. cubes d'eau distillée. Les flacons à acide sulfurique (on emploie ordinaire- ment 20 centim. cubes d'acide sulfurique titré) sont alors fixés à l'extrémité des tubes de communication. Avant d'atteler les Erlen- meyer à l'appareil à distiller, on ajoute au mélange qui y est déjà contenu, 80 centim. cubes de soude caustique, de densité de 1.3. Le tout est laissé au repos pendant une heure. On allume alors les brû- leurs et distille jusqu'à ce que 100 centim. cubes de liquide aient passé dans les flacons à acide sulfuritjue. Il arrive souvent que de l'eau provenant de la condensation des vapeurs s'amasse en trop grande quantité dans l'élargissement du tube de communication. On ferme alors le brûleur correspondant; l'intérieur de l'Erlenmeyer ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS AGRONOMIQUES ALLEMANDES. 137 se refroidit et la diminution de la pression fait revenir le liquide dans le ballon, par rinterniédiaire du petit tube recourbé, faisant ici l'ofiice de siphon. Quand la distillation est terminée, on sépare les flacons à acide sulfurique de l'appareil, on fait couler dans leur intérieur l'eau contenue dans les tubes à boules, on lave ces derniers avec de l'eau distillée et on titre l'acide sulfurique avec l'eau de baryte comme dans la méthode Kjeldahl. b) La méthode dite de l'aluminium est adoptée à Darmstadt, — 20 gr. d'engrais sont introduits dans un flacon jaugé à 1 Utre et agités avec de l'eau distillée, à l'effet de dissoudre les nitrates. On complète ensuite le volume à un litre. Après plusieurs agitations qui mélangent bien toute la masse, le tout est jeté sur un filtre ; 25 cenlim. cubes de la liqueur filtrée sont alors transvasés à l'aide d'une pipette dans un flacon Erlenmeyer d'environ 3/4 de litre de capacité, puis additionnés de 400 centim. cubes d'eau, de 30 centim. cubes d'une dissolution de soude à 30 p. 100 et de 3 gr. d'alumi- nium en fils courts d'environ 0%5 de diamètre. Aussitôt après, les Erlenmeyer sont attelés à l'appareil à distiller dont nous avons donné la description en parlant du dosage de l'azote d'après la méthode Kjeldahl. Il va sans dire que l'extrémité des tubes qui emmènent les produits de la distillation doit plonger dans de l'acide sulfurique titré. On emploie, dans ce cas, 40 cenlim. cubes d'acide sulfurique normal étendu de son poids d'eau. Les corps sont ainsi laissés en contact, jusqu'à ce que les fils d'aluminium soient complètement dissous, c'est-à-dire pendant en- viron 18 heures. On distille ensuite et titre l'acide sulfurique non saturé par l'ammoniafjue comme d'habitude. L'interprétation des résultats n'offre rien de particulier. * Quelques mots sur une falsification très commune. — Souvent, dans le commerce, on ajoute aux os dégélalinés pulvérisés des ma- tières riches en azote (poudre de corne, sang desséché, etc.), et on vend le mélange sous le nom de poudre d'os. Si l'on ne considère que la teneur de ces engrais en principes fertilisants, on ne remarque 138 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. souvent qu'une différence assez peu sensible. Cependant leur valeur agricole est inégale, car la poudre d'os se montre supérieure dans toutes les cultures. Une telle fraude peut être décelée de la manière suivante : 5 gr. de l'engrais sont agités dans un tube à essai avec du chloro- forme. Après un instant de repos, les impuretés remontent à la sur- face du liquide, tandis que la poudre d'os tombe au fond, La couche supérieure est transvasée dans un autre tube contenant du chloro- forme, le tout agité vivement et laissé an repos. Ce transvasement est nécessaire, car il arrive souvent que des parties fines de poudre d'os sont retenues par les impuretés. Les liquides contenant les parties les plus légères sont alors jelés sur un filtre. On lave le résidu, avec du chloroforme, on le sèche dans l'étuve et on y dose l'a/ote et l'acide phosphori(|ue. Par différence, on trouve la teneur en ces mêmes principes de la partie de l'engrais tombée au fond des tubes à essai. On juge alors facilement s'il y a eu falsification en prenant en con- sidération les données suivantes : La poudre d'os renferme généralement de 3 à 5.3 p. 100 d'azote et de 19 à 25 p. 100 d'acide phosphorique, c'est-à-dire que le rapport de l'azote à l'acide phosphorique y est compris entre 1/4 et 1/8.5. Dans les os dégélatinés, la teneur en azote varie entre 1 et 3 p. 100, celle en acide phosphorique entre 24 et 30 p. 100, de sorte que le rapport de l'azote à l'acide phosphorique oscille entre 1/8.5 et 1/30. e) Dosage de la potasse. Il est effeclué d'après la méthode classique du chlorure de pla- tine, laquelle est sufTisammcnt connue. Nous ajouterons seulement (jue le liquide alcoolique contenant le précipité de chlorure double de platine et de potassium est filtré dans une capsule de platine dont le fond est percé de trous et cou- vert d'une couche d'amiante, comme nous l'avons dit en parlant du dosage de l'acide phosphorique. On dessèche à la température de 100 degrés pendant deux heures ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS AGRONOMIQUES ALLEMANDES. 139 el pèse la capsule avec son cunlenu. On dissout ensuite le précipité avec de l'eau bouillante, lave avec de l'alcool, sèche de nouveau à 100 degrés et pèse. La différence des deux poids représente le poids du chlorure double qui, multiplié par 0.193, donne la quantité de potasse con- tenue dans la substance employée. f) Dosage de la chaux. Le mode de dosage employé varie suivant que la matière à ana- lyser contient, en même temps que de la chaux, une quantité plus ou moins grande d'acide phosphoriciue. 1° Dosage de la chaux dans les matières fertilisantes contenant relativement beaucoup d'acide phosphorique. — Tels sont les craies phosphatées, les scories, les tangues, les faluns, etc. 5 gr. de substance sont inl réduits dans une capsule de porcelaine avec 50 centim. cubes d'acide chlorhydrique et 5 centim. cubes d'acide azotique. On évapore à sec sur un bain d'eau bouillante. La capsule est ensuite portée et maintenue pendant quelques heures sur un bain de sable, à la température de 100 à 105 degrés à l'efTet d'insolubihser la silice. On verse sur le résidu quelques gouttes d'acide chlorhydiique et de l'eau bouillante, on laisse pendant quelques instants les corps en contact en ayant soin d'agiter fréquemment, puis on lave le tout dans un ballon d'un demi-litre. On complète le volume à 500, sépare la silice par liltration et transvase 100 centim. cubes du liquide filtré (représenlant 1 gr. de matière) dans un Erlenmeyer. On neutralise avec de l'ammoniaque (A), ajoute quelques gouttes d'acide chlorhydrique étendu (W), puis une certaine (juantité(50 cent, cubes pour 4- gr. de substance) d'une solution d'acétale d'ammo- niaque au dixième. Après avoir mélangé le tout par agitation, on laisse au repos pendant bix heures. Une fois ce temps écoulé, on filtre, on ajoute au liquide quelques gouttes d'acide acétiijue si la réaction n'était déjà pas acide et pré- 140 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. cipite la chaux avec de l'oxalate d'ammoniaque. Le précipité d'oxalnte (le chaux est jeté sur un filtre après un repos de six heures dans un endroit chaud, puis il est réduit en chaux dans un four ad hoc. Le poids de chaux ainsi ohtenu correspond à 1 gr. de substance. Est-il bien certain qu'on obtient ainsi un résultat exact ? Généralement, les matières fertilisantes que nous envisageons en ce moment contiennent, outre les corps déjà cités, des oxydes de fer et d'alumine. Par l'addition d'ammoniaque (A), ces deux oxydes se précipitent entièrement à l'état de phosphate de fer et d'alumine, quand l'acide phosphorique est présent en quantité suffisante et partie à l'état de phosphate, partie à l'état d'oxydes, quand l'acide phosphorique est en défaut. Or, il peut arriver qu'un peu de phosphate de chaux ait été pré- cipité avec le phosphate de fer et d'alumine, ou que du phosphate de chaux resté en dissolution se sépare en même temps que l'oxalale de chaux sous l'influence de l'oxalate d'ammoniaque. Pour éviter la première cause d'erreur, on reprend le précipité de phosphate avec de l'acide chlorhydri((ue, neutralise la solution avec de l'ammoniaque, ajoute quelques gouttes d'acide chlorhydrique étendu et traite par la solution d'acétate d'ammoniaque comme pré- cédemment. Après filtration, on mélange cette seconde liqueur filtrée à la pre- mière correspondante et précipite la chaux dans une partie aliquote du volume total. On évite la seconde cause d'erreur en ajoutant à la liqueur acidulée par de l'acide chlorhydrique (B) du protochlorure de fer en solution, en quantité telle que le fer introduit corresponde en équivalent à l'excé- dent d'acide phosphorique. On neutralise de nouveau avec de l'am- moniaque, on laisse tomber quelques gouttes d'acide chlorhydrique et on continue le dosage comme il a été indiqué précédemment. 2° Dosage de la chaux dans les matières fertilisantes contenant relativement peu d'acide phosphorique. — La chaux ayant été dis- soute et la silice éliminée comme il a été dit précédemment, on rend la liqueur légèrement alcaline avec de l'ammoniaque, remet la ÉTUDE SU» QUELQUES STATIONS AGRONOMIQUES ALLEMANDES. 141 chaux en dissolution avec de l'acide acétique et précipite ensuite la chaux avec de Toxalate d'ammoniaiiue. Rien de particulier à ajouter. Cas particuliers. — Ils sont offerts par les marnes et le plâtre. On fait dans les premiers un dosage d'acide carhonique, dans le second un dosage d'acide sulfurique d'après les mêmes méthodes qu'en France. g) Dosage du fer et de l' alumine. Il peut être utile de connaître la quantité de fer et d'alumine qui est contenue dans un phosphate. La méthode de dosage qui est employée à Halle, sans être complètement exacte, donne cependant des résultats assez approchés. 5 gr. de phosphate sont chauffés dans un ballon de 50 centim. cubes avec 25 centim. cubes d'acide azotique de densité 1,2 et 12"%5 d'a- cide chlorhydrique de densité 1,12. On complète le volume à 500, tillre après plusieurs agitations et prend 100 centim. cubes de la liqueur filtrée (représentant 1 gr. de substance) qu'on transvase avec une pipette dans un ballon de 250 centim. cubes. On ajoute 25 centim. cubes d'acide sulfurique de densité 1 ,84 et laisse les corps en présence pendant cinq minutes en ayant soin d'agiter de temps en temps. Le ballon de 250 centim. cubes est rempli jusqu'à la marque avec de l'alcool à 95 degrés. Comme il y a contraction, on doit parfaire le volume une ou deux fois. On bouche le ballon, laisse reposer pendant une demi-heure et filtre; 10 centim. cubes de la solution filtrée représentant 0,4 de substance sont introduits dans une cap- sule de platine et placés sur un bain d'eau bouillante jusqu'à évapo- ration complète de l'alcool. La solution restante est transvasée dans un verre à précipiter; on lave la capsule avec 50 centim. cubes d'eau et fait bouillir le mélange. Aussitôt que l'ébullition a cessé, on rend le liquide alcalin en ajoutant de l'ammoniaque, chasse l'excès d'ammo- niaque par une nouvelle ébullition et laisse refroidir. Il se sépare alors du phosi)hale de fer et d'alumine qu'on jette 142 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. sur un filtre. Le précipité est lavé plusieurs fois avec de l'eau chaude, puis laissé quelques instants dans un moufle chauffé au rouge et enfin pesé. On admet que la moitié du poids est formée d'oxyde de fer F^O^ et l'autre d'alumine Al-0^ Les dosages de la magnésie, de l'acide chlorhydrique et de l'acide sulfurique sont effectués d'après les mêmes méthodes qu'en France. B. — Méthodes d'analyse des terres. a) Analijse mécanique. On peut dire qu'elle consiste à peu près uniquement à faire passer la terre à travers des tamis dont les mailles ont respectivement les dimensions suivantes : I.ONGUEUE dn côté, de la diagonale, en millimètres. eu millimètres. Tamis A 3 » Tamis B 2 » Tamis C 1 » Tamis D 0.35 à 0,39 0,45 à 0,50 Tamis E 0,1'i à 0,17 0,22 à 0,24 Tamis F 0,09 0,11 On opère de la manière suivante : 500 gr. de terre (l'échantillon est prélevé dans le champ d'après les prescriptions habituelles) sont introduits dans une grande capsule de porcelaine avec environ 1 litre d'eau. On laisse les corps en pré- sence pendant deux heures en ayant soin d'agiter fréquemment. Le tout est ensuite jeté dans le tamis D. La partie restée sur le tamis est remuée avec un pinceau pendant qu'on lave avec un filet d'eau pour entraîner les dernières particules fines. Elle est ensuite portée dans une capsule de porcelaine tarée ; on la dessèche dans une étuve chauffée à 100 degrés. Son poids repré- sente « les pierres ». La partie passée à travers le tamis D est jetée sur le tamis E. Ce ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS AGRONOMfQUES ALLEMANDES. 143 qui ne passe pas est désigné sous le nom de « gros sable » ; on en détermine le poids après l'avoir lavé et desséché comme les pierres. On obtient de même le « sable fm » avec le tamis F. Quant aux particules terreuses qui ont traversé ce dernier, et auxquelles on donne le nom de « poussière » (terre fine), on en trouve le poids, soit par différence, soit par pesée directe, après évaporation jusqu'à sec de l'eau qui les a entraînées. On sépare ensuite la poussière en « poussière sableuse » et en « argile ». Pour cela, on en prend 50 gr. qu'on agite avec de l'eau dans une capsule de porcelaine. On transvase ensuite le tout dans un cylindre de verre de 3 cenlim. cubes de diamètre et de 30 cenlim. cubes de hauteur, qu'on remplit ensuite d'eau. Le bouchon avec lequel on le ferme donne passage à deux tubes : l'un, qui est recourbé en forme de crochet à sa partie inférieure, pénètre jusqu'au fond du vase, l'autre ne plonge pas dans le liquide. On agite vivement et laisse reposer pendant 30 minutes. En soufflant dans le tube court, on détermine la sortie du liquide placé au-dessus du dépôt qu'on remarque au fond du vase. La même opération est répétée plusieurs fois jusqu'à ce que ce liquide supérieur soit clair. Le dépôt est transvasé dans une capsule, desséché à 100 degrés et pesé, II repré- sente l'argile. Quand on le juge utile, on sépare les « pierres » en « cailloux », « gros gravier » et « gravier fin » à l'aide d'un tamisage à sec dans les tamis ABC. On dose l'humidité de la terre en déterminant la diminution de poids que subit une quantité connue de terre qu'on soumet à la des- siccation dans une étuve chauffée à 100 degrés. L'analyse mécanique eftectuée d'après ces prescriptions donne donc des résultats qu'on exprime sous les rubriques suivantes : / Cailloux ; Pierres. . Gros graviers ; ( Graviers fins; Gros sable; Sable fin ; Poussière de sable ; 144 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Argile ; Humidité. El on regarde comme substance minérale sèche de la terre la matière sèche totale diminuée de la perte de poids qu'éprouvent les pierres et le sable quand on les laisse pendant un temps suffisamment long dans un moufle chaufîé au rouge. (Si on juge que du calcaire a été amené à l'état de chaux pendant l'opération, on le ramène à l'état de carbonate avant de faire la pesée. Pour cela, on se sert d'oxalale d'ammoniaque, qu'on emploie suivant le procédé connu.) Détermination des propriétés du sol. — En déterminant, dans le laboratoire, le pouvoir hygroscopique, l'aptitude à la dessiccation, on obtient des résultats qui ne peuvent avoir beaucoup d'importance pour la pratique agricole, car les conditions d'expérience sont alors tout autres que dans la nature. Les procédés de laboratoire peuvent cependant donner une idée assez exacte du pouvoir d'absorption d'une terre pour les prin- cipes fertilisants. La terre ayant été séchée à l'air, puis écrasée à la main, on en prend 125 gr. qu'on introduit dans un flacon avec 500 cenlim. cubes d'une solution contenant par litre 1/10* du poids moléculaire en grammes du sel à étudier. On laisse les corps en contact pendant 24 heures en ayant soin d'agiter fréquemment. Le tout est ensuite jeté sur un filtre. Dans une partie aliquote de la Hqueur filtrée dont on détermine le volume ou le poids, on dose les éléments dont on a voulu étudier l'absorption parle sol. SiTjn veut avoir des résultats plus exacts, il convient de tenir compte de la quantité de ces mêmes principes (jue retenait déjà la terre avant d'être mise en contact avec la solu- tion précitée. Pour trouver comment se comporte envers un sol donné une so- lution contenant tous les éléments d'un engrais complet, on opère d'une manière analogue; la composition centésimale de la solution d'essai est cependant un peu différente. Au lieu de contenir par litre 1/10% elle contient 1/50" du poids moléculaire en grammes de chacun des sels. ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS AGRONOMIQUES ALLEMANDES. 145 Il va sans dire que des déterminations ainsi faites ne peuvent indi- quer la valeur absolue du pouvoir d'absorption d'un sol envers un sel quelconque, car, ainsi que le fait remarquer M. Sclilœsing, ce pouvoir varie suivant l'état de concentration et la quanlité du sel mise en présence. Mais elles peuvent fournir des résultats compara- tifs très importants, car les conditions d'expérience sont les mêmes dans tous les cas. b) Analyse chimique. La prise de l'échantillon de terre dans le champ, la dessiccation à l'air et le tamisage à travers un tamis ayant des mailles de 3 milli- mètres de côté sont effectués d'après les mêmes prescriptions qu'en France. Les résultats de l'analyse sont aussi raj)porlés à 100 de terre sèche. 1" Dosage de l'azote total. — Ce dosage est eflectué d'après la méthode de Jodlbauer sur S à 5 gr, de terre qu'on introduit dans un ballon de 180 centim. cubes environ avec 30 centim. cubes du mélange d'acide sulfurique, de phénol, et d'acide phosphorique anhydre. L'opération est continuée comme nous l'avons indiqué au chapitre des engrais. 2° Dosage de l'acide phosphorique. — « L'acide phosphoi'iijue contenu dans la terre se trouve principalement en combinaison avec l'alumine et l'oxyde de fer, avec les matières organiques ou encore avec la chaux ou la magnésie. Quels que soient ses différents états, tout l'acide phosphorique, sauf celui qui entre dans la constitution des parties rocheuses, peut être mis en dissolution et déterminé par l'analyse. Celle-ci peut évaluer très approximalivement la pro- portion totale d'acide phosphorique des éléments terreux. » En outre, des expériences exécutées à Halle, dans des pots, d'a- près la méthode Wagner, montrent qu'il existe une relation entre la quantité d'acide phosphorique d'une terre, soluble dans une solu- tion à 2 p. iOO d'acide citrique, et la quanlité de ce même acide contenue dans les produits de la récolte. ANN. SCIENCE AGRON. — 1S93. — I, 10 146 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. U\ déteriîîinalion de l'acide phosplioriqiie total indiquera donc la valeur du capital d'acide phosphorique contenu dans la terre ; celle de l'acide pliosphorique assimilable, l'intérêt que ce capital livre pendant une année. Dosage de l'acide phosphoriqiie lolal. — Ce dosage s'effectue de la manière suivante : 25 gr. de terre sont introduits dans un ballon à fond plat jaugé à 500 centim. cubes avec 20 centim. cubes d'acide azotique et 50 centim. cubes d'acide sulfurique concentré. On fait bouillir très modérément pendant une demi -heure tout en agilanl fréquemment le ballon. L'oxydation des matières organiques est terminée quand il ne se dégage plus de vapeurs rulilanles. 11 arrive très rarement qu'il faille, pour la rendre complète, ajouter de nou- velles quantités d'acide azotique. Les ballons ayant été exposés au refroidissement, on complète le volume à 500 à la température de 17° 5. 100 centim. cubes (repré- sentant 5 gr. de matières) sont transvasés dans un erlenmeyer, \mh neutralisés à l'aide d'une solution ammoniacale à 24 p. 100. On aperçoit nettement la fin de la réaction, si l'on a préalablement coloré le liquide avec deux gouttes d'une solution alcoolique d'acide rosolique. On acidifie de nouveau le liquide avec quelques gouttes d'acide chlorhydrique. Le précipité auquel avait donné lieu l'addi- tion d'ammoniaque doit se redissoudre complètement. Les ballons sont alors placés quelques minutes dans le réfrigérant, puis on verse dans la liqueur acide 50 centim. cubes de la solution de citrate, 20 centim. cubes d'ammoniaque à 24 p. 100 et 25 cen- tim. cubes de liqueur magnésienne. La filtration ne doit avoir lieu que 48 heures après. Dans l'inter- valle, on remue souvent le liquide avec un agitateur pour éviter que le précipité ne s'attache trop fortement aux parois du ballon. Le dosage est continué comme d'habitude. Remarque. — Avec les terres très argileuses, il est bon de n'em- ployer que 12^'', 5 au lieu de25gr., sinon il faudrait, pendant le traitement par les acides, agiter presque constamment pour éviter que des particules de terre adhérassent au fond du ballon. En outre, ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS AGRONOMIQUES ALLEMANDES. 147 l'addition de la solution ammoniacale déterminerait la formation d'un abondant précipité, lefjuel ne pourrait disparaître fpie par l'in- troduction d'une quantité relativement grande d'acid(3 clilorhydrique, ce qui pourrait obliger à employer une quantité plus grande de liqueurs précipitantes. Dosage de l'acide phosphoriqne soluble dans l'acide citrique. — De nombreuses expériences ont été faites à la station de vég:élation de Halle, d'après la méthode des pots du professeur Wagner pour établir le rapport qui existe entre la quantité d'acide phosphorique contenue dans une récolte (grain et paille) et la quantité d'acide phosphorique de la terre soluble dans différents réactifs. Les ré- sultats qui ont été obtenus par les docteurs Maerker et Gerlach per- mettent de conclure que la solution à 2 p. 100 d'acide citrique est le réactif le plus approprié pour mettre en solution l'acide phospho- rique de la terre qui est directement assimilable. Voici d'ailleurs comment on effectue le dosage en question : 60 gr. de terre préparée comme d'habitude sont introduits dans un flacon Erlenmeyer avec 300 centim. cubes de la solution d'acide .citrique. On laisse les corps en contact pendant 24 heures, en ayant soin d'agiter de temps en temps (4 à 5 fois). Les bouchons doivent être simplement placés dans le corps des ballons, mais non fermer hermétiquement de façon à permettre le dégagement à l'extérieur de l'acide carbonique qui naît sous l'influence de l'acide citrique sur les carbonates de la terre. Une fois les 24 heures écoulées, on filtre après avoir mélangé la masse par plusieurs agitations. 200 centim. cubes de la liqueur filtrée sont alors transvasés avec une pipette dans une capsule de porcelaine d'une contenance d'environ 300 centim. cubes, et éva- porés au bain-marie jusqu'à consistance sirupeuse. Une fois le résidu refroidi, on l'additionne de 20 centim. cubes d'acide sulfurique concentré et de 5 centim. cubes d'acide azotique fumant, et chaulTe le tout sur un brûleur à gaz. Dès que le point d'ébullition est atteint, on aperçoit un dégage- ment de vapeurs rutilantes. C'est la preuve que les matières orga- niques de la terre et l'acide citrique sont en voie de destruction. 148 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. S'il se produit une écume abondante, on arrête le feu un instant, puis rechauffe de nouveau, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'appari- tion de vapeurs rutilantes ait complètement cessé. Le mélange est ensuite porté à l'ébullilion pendant un quart d'heure, afin de rendre la silice insoluble. (L'ébulhtion doit être réglée de telle manière qu'elle donne lieu à un dégagement continuel, mais peu abondant, de vapeurs d'acide sulfurique.) Le contenu de la capsule est alors étendu avec de l'eau, remué avec un agitateur, transvasé dans un ballon de 200 centim. cubes, et refroidi à la température de IT^ô. On complète le volume à 200 et filtre. 100 centim. cubes de la hqueur filtrée (représentant 20 gr. de terre) sont introduits dans un erlenmeyer, rendus légèrement alcalins avec de l'ammoniaque, puis acidifiés avec quelques gouttes d'acide chlorhydrique (2 gouttes d'une dissolution d'acide rosolique dans l'alcool servent d'indicateur de la fin de la réaction) et enfin, après refroidissement, additionnés de 50 centim. cubes de liqueur citrique et 25 centim. cubes de solution magnésienne (Magnesia- mixhire). Le mélange des liquides, après avoir été bien agité, est laissé au repos pendant 48 heures. On sépare ensuite par filtration le précipité de phosphate ammoniaco -magnésien, et termine le dosage comme d'habitude. 3° Dosage de la potasse. — « En faisant agir à la température ordinaire, comme l'indique M. Schlœsing, un acide très dilué en quantité suffisante pour dissoudre le calcaire et pour détruire les propriétés absorbantes de la terre, on se place dans des conditions telles que la potasse existant sous une forme soluble soit seule mise en liberté et que celle des nitrates reste inattaquée. Il y a donc là un moyen de différencier la forme la plus intéressante de cet alcali. Tel est le principe des modes de traitement suivis en Allemagne pour dissoudre la potasse du sol qui mérite d'être quahfiée de di- rectement assimilable. l" Procédé. — Disons d'abord que la terre, après avoir été séchée à l'air et écrasée entre les doigts comme d'habitude, est jclée dans ÉTUDE SUR QUELQUES STATIONS AGRONOMIQUES ALLEMANDES. 149 un tamis à mailles de 3 millimètres. Seule la partie qui passe doit être soumise au traitement. Pour chaque gramme de terre, on emploie 2 volumes d'acide chlorhydrique qu'on emprunte à une solution à 25 p. 100 du même acide. La terre et la solution sont introduites dans un ballon et laissées en contact pendant 48 heures dans une chambre ayant une température ordinaire. On a soin d'agiter fréquemment. 2* Procédé. — Pour chaque gramme de terre, on emploie deux volumes d'acide chlorhydrique qu'on apporte sous forme d'une solution à 10 p. 100 du même acide. Les corps sont placés dans un ballon qu'on expose, pendant trois heures, à la chaleur d'un bain d'eau bouillante. Il est nécessaire d'agiter très souvent. A Halle, on a recours au premier traitement, et on l'effectue de la manière suivante : 100 gr. de terre étant placés dans un ballon, sont additionnés de 500 ccntim. cubes d'une solution à 40 p. 100 d'acide chlorhydrique. On complète ensuite le volume à 1 000. On laisse la dissolution de la potasse s'effectuer pendant quarante-huit heures. Pour la faciliter, on agite le ballon de temps en temps. Tout le contenu est ensuite jeté sur un filtre. On emploie un volume déterminé du liquide filtré à la détermination de la potasse d'après la méthode du chlorure de platine. 4° Dosage de la chaux. — La chaux se trouve dans le sol princi- palement à l'état de carbonate, de sulfate, de nitrate, d'humate et de silicate. « Suivant qu'on traite par les acides plus ou moins concentrés et qu'on prolonge davantage la durée du contact, on dissout des quan- tités un peu différentes, car si le calcaire réel, l'humate, le nitrate, le sulfate laissent entrer rapidement la chaux en dissolution, il n'en est pas de même des silicates qui ne s'attaquent qu'avec lenteur. » Le traitement de la terre adopté à Halle a pour but d'attaquer tous les sels de chaux à l'exception des sihcates. Il consiste soit à mettre la terre en contact d'une dissolution étendue d'acide chlorhy- drique et quelques gouttes d'acide azotique jusqu'à ce que la silice soit insoluble. 150 ANNALES DE L\ SCIENCE AGRONOMIQUE. Le dosage esl continué comme nous l'avons indicjué au chapitre des engrais en parlant du dosage de la chaux, dans les engrais rela- tivement pauvres en acide phosphorique. 5" Dosage de la magnésie. — On fait entrer la magnésie en solu- tion comme la chaux, et on la précipite à l'élatde phosphate ammo- niaco -magnésien à l'aide des réactifs appropriés. 11 n'y a rien de particulier à dire sur les méthodes de dosage de l'acide sulfurique et de l'acide chlorhydrique dans les terres. G" Dosage de l'humus. — On peut calculer avec assez d'exactitude la quantité d'humus contenue dans une terre quand on connaît la teneur de cette dernière en carbone. 5 à 10 gr. de terre sont introduits dans une capsule de verre à parois très minces dite capsule Hoffmeister. Pour éliminer l'acide carbonique des carbonates, on ajoute une quantité suffisante d'acide phosphorique en dissolution étendue et évapore au bain-marie jus- qu'à fec. Après avoir pulvérisé la capsule et son contenu dans un ci'euset, on effectue un dosage de carbone d'après la méthode Dumas. c) Interprétation des résultais. Les résultats obtenus sont rapportés à 100 de terre fine. Ils ne subissent donc pas la correction indiquée par M. Risler. Néanmoins les méthodes d'analyse adoptées en Allemagne con- duisent aussi à admettre qu'une terre renfermant 0.1 p. 100 d'azote, 0.1 p. 100 d'acide phosphorique, 0.1 p. 100 de potasse est suffi- samment pourvue en ces trois éléments. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE ENDIGUEMENTS. COLMATAGES, POLDERS PAR A. RONNA INGÉSIECR MEMBRE DU COSSEIli SUPÉRIEUR DK l'AGUICUL T JRK -.0 — AVANT-PROPOS « Quand on jette les yeux sur une carte d'Angleterre, on voit an nord du Norfolk un large golle qui entre assez profondément dans les terres et qu'on appelle Wash. Tout autour de ce golfe vaseux s'étendent des plages basses et habituellement couvertes par les eaux. Jadis inhabitables, elles figurent aujourd'hui parmi les plus riches parties de l'Angleterre. Situées en face de la IloUanile, elles ont été assainies, comme elle, par les digues. L'éten lue totale des trois comtés, Cambridge, lluntingdon et Lincoln, est d'environ un million d'hectares; les marais proprement dits en occupent environ le tiers. « Les travaux d'assainissement, commencés par les Romains, ont été poursuivis au moyen âge par les moines qui s'étaient établis sur les îles sortant çà et là des terres inondées. Les Anglais parlent peu des services que leur ont rendus les anciens monastères : il est cer- tain cependant que, dans leur île, comme ailleurs, les seuls monu- ments de quelque valeur, qui subsistent des temps les plus reculés. 152 ANNALES DE LA SCIENCE AGKONOMIQUE. provienneiiL du culte catholique ; l'agriculture en particulier a dû ses premiers succès aux ordres religieux. « Lors de la réformalion, les grandes familles reçurent en don les biens des abbayes et se firent les continuateurs des moines. Les résidences de beaucoup de grands seigneurs portent encore le nom des abbayes qu'elles ont remplacées; on dit Woburn-Abbey, Wel- beck-Abbey, etc. « Dans la région marécageuse, les moines avaient poussé assez avant leurs dessèchements, quand ils furent chassés, laissant pour traces de leur passage, outre leurs canaux et leurs cultures, les belles églises de Peterborough et d'Ely, qui dominent encore la contrée. « Au commencement du xvii* siècle, un comte de Bedford se mit à la tête d'une compagnie pour reprendre les travaux : une conces- sion de 40000 hectares lui fut accordée. Dès lors, l'entreprise n'a jamais été interrompue. Des moulins à vent, des machines à vapeur, établies à grands frais, font jouer des pompes à épuisement; des tranchées immenses, des digues indestructibles achèvent l'œuvre. (( Le pays conquis est maintenant traversé dans lous les sens par des routes et des chemins de fer; on y a construit des villes, des fermes sans nombre ; ces terres, jadis submergées et improductives, se louent de 75 à 100 fr. l'hectare. On y voit des cultures de céréales et de racines, mais la plus grande partie est en prairies; on y en- graisse des bœufs courtes-cornes et des moutons provenant du croi- sement de Iq race ancienne du Lincoln avec des Dishley. « Tout le nord du comté de Cambridge fait partie de la région des marais ; la rente moyenne y a doublé depuis quarante ans ; la population s'est accrue rapidement, soit à cause de l'augmentation de salubrité, soit parce que les progrès du dessèchement ont déve- loppé la demande de travail.... « Si le comté de Norfolk a occupé longtemps le premier rang en Angleterre pour le développement rural, celte place (depuis que le dessèchement des marais a eu lieu) lui est disputée par le comté de Lincoln qui était, il y a un siècle, encore plus stéiile que désert. « Le district des marais, au sud et à l'est du Lincoln, a reçu le nom de Hollande, et lui ressemble beaucoup, en effet. Ce sont les LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 153 mêmes digues qui s'avancent tous les jours et gagnent sur la mer de nouveaux terrains; ce sont les mêmes prairies et presque les mêmes troupeaux ; c'est le même aspect vert, bas et humide. Sur quelques points, le haut prix des grains avait encouragé la culture des cé- réales, mais cette culture recule aujourd'hui de toutes parts ; les herbages, mieux appropriés au sol, lui succèdent. La rente y atteint en moyenne 100 fr. » Ces passages, extraits du livre classique de Léonce de Lavergne sur l'économie rurale de l'Angleterre \ nous serviront d'entrée en matière pour décrire les travaux dont il parle si sommairement, qui se sont poursuivis pendant des siècles, dans le but, d'inie part, de dessécher et d'assainir les marais et les landes des comtés qui en- tourent la baie du Wash, et, d'autre part, de conquérir sur la mer, aux embouchures des rivières Ouse, Nen, Welland et Wilhani et le long des côtes, des alluvions d'une fertilité exceptionnelle. La Hollande offre évidemment des travaux d'endiguement et de dessèchement d'une continuité et d'une importance plus considé- rable encore. Une grande partie des provinces des Pays-Bas : Hol- lande septentrionale et méridionale, Zélande, Frise, Groningue, dont la surface se trouve de i mètre à 5 mètres au-dessous du niveau de la mer, était occupée jadis par des lacs, des marais, des tourbières marécageuses; transformées en polders cultivables, aussi bien que les terres limoneuses, rejetées par les marées sur les côtes, et les lais des rivières, de vastes surfaces, enceintes de digues et de canaux, attestent de quelle puissance l'homme dispose, dans la lutte contre les éléments, quand ses efforts sont dirigés et soutenus vail- lamment à force d'art et de science. Nulle part on n'opère les des- sèchements et les endiguements plus simplement et sur une plus grande échelle que dans les Pays-Bas. Dans le siècle actuel seule- meni, plus de 150 000 hectares ont été desséchés et mis en culture, comprenant le Zuidplas, le lac de Harlem, les étangs de Nooddorp, du Prince-Alexandre, les lais de Wadden, et des milliers de kilo- mètres de digues ont été construits, déplacés ou réparés, pour la 1. L. de Lavergne, Essai sur l'économie rurale de l'Angleterre, 4® cdit., p. 255. 154 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. défense des rivages, entre autre?, les levées colossales de Wesl-Kap- pel, Hondsbossche, Helder et Texel. Les ingénieurs les plus expérimentés de tous les pays ont rendu célèbres les travaux exécutés dans les Pays-Bas; naguère, les ingé- nieurs hollandais étaient appelés en France, en Angleterre et dans les pays de la Baltique pour prendre charge des opérations d'endi- guement et de dessèchement. Les progrès accomplis de nos temps en hydraulique, comme dans les autres sciences techniques, ont fait peu à peu abandonner le système anciennement suivi par les prati- ciens hollandais, qui les poussait à endiguer trop tôt, sans que le colmatage des terrains fût complété, et à réserver aux canaux d'é- coulement des espaces superflus, au détriment du régime des rivières à marée tt des cultures. Les ingénieurs anglais, et, à leur tête, Rennie père et fils, en re- nonçant à l'ancienne routine, pour appliquer la méthode combinée des canaux étroits, suffisamment déclives, et du colmatage des terres, dans les comtés de l'est de l'Angleterre, ont obtenu les plus remar- quables résultats, tant au point de vue de l'extension du territoire et de l'accroissement des produits du sol et des revenus, que de l'assainissement des provinces marécageuses et de l'amélioration des conditions de la navigation intérieure. Les opérations grandioses que les ingénieurs anglais ont conduites à bonne fin dans les deux derniers siècles, mais notamment dans le siècle actuel, les classent parmi les bienfaiteurs de leur pays. Elles sont si peu connues à l'étranger que nous avons cru devoir les tirer de l'oubli, en leur consacrant une étude spéciale, qui embrasse aussi bien les dessèchements que les endiguements et les colmatages exécutés dans les comtés du nord-est, et sur d'autres points moins importants du littoral de l'Angleterre. Dans le seul comté de Lincoln, les énormes dépenses faites en amélioralions de cette nature, sans que l'État y ait contribué par la plus minime subvention, représentent une charge perpétuelle sur les terres bonifiées qui varie de 10 à 35 fr. par hectare \ C'est à ce l. Fr. Cooke, Farm-prize compétition in 1888 (Joitni. Roy. Agric. Sociclij, ISSS, vol. XXIV). LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 155 prix que les conditions agricoles, sanitaires et commerciales de ce comté se sont modifiées, au point de le ranger parmi les plus floris- sants de l'Angleterre. Plus de 208000 hectares y ont été desséchés, assainis ou conquis : 185000 dans les districts du sud et de l'est, 11 000 dans le district d'Ancholme et 12000 dans ceux de l'Axholmc et de la Trent\ I. — LES COMTES DE LA BAIE DU VVASH A. — LES FENS Descriplion. — On désigne sous le nom de Fens (landes) la vaste plaine bordée, à l'est, par les marais du littoral que l'on appelle Marshes, et à l'ouest, par les collines décrivant une courbe qui part du Lincoln et aboutit à Lynn, en passant par Peterborough, Saint- Yves, Mildenhall et Downham-Market. Ces colUnes encerclent les Fens, en ne laissant libre que le côté de la mer (voir la carte d'en- semble). Le sol est formé en plus grande partie de tourbe noire, plus ou moins épaisse et friable, qui a valu au district entier l'épithète de noir, c'est-à-dire de Black Fen, et, pour l'autre partie, d'alluvions sablonneuses. Entre ces deux formatons, l'ancien sol se relève çà et là, composé d'argiles et de sables secondaires, qui émergeaient d'ailleurs à l'époque des marais. Ces terrains sont couverts aujour- d'hui de pâturages de première qualité. La tourbe repose en général sur un sous-sol d'argile bleuâtre ; la couche superficielle, après un bon drainage, est plutôt légère et spongieuse. 11 en est de môme des terres d'alluvion, quoique plus humides et plus compactes». Enfin, on rencontre dans les Fens les argiles des grès verts et des 1. A. Clarke, Funning of Lincolnshire (Journ. Roy. Agric. Soc, 1851, vol. Xll, p. 289). 2. A. Clarke, On pructkal ugiicvKi.re {Jovin. Jioij. Agric. Sociely, vol. XIV l'« série). 156 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. terrains de transport, très différents, d'un classement difficile, qui font varier plus ou moins la nature des récoltes et le mode de culture sur divers points de cette région, aussi célèbre par les progrès de son agriculture et l'émancipation de ses tenanciers, que par les nom- breuses améliorations réalisées. C'est à l'ouest et au sud des anciens marais (Marshes) que s'étend, sur 16 à 50 kilomètres de largeur, le district auquel on a donné le nom de Greal Level (grand niveau). Divisé en trois parties, Nortli, Middle et Soulh (sepienlvionn], central et méridional), le Great Level est bas et plat, couvert presque exclusivement d'herbages : point de villages, mais des fermes isolées, des champs enclos de fossés ou de haies vives, servant d'abri aux troupeaux innombrables de bêtes à cornes et de moutons qui paissent en liberté. Les arbres fruitiers, d'ailleurs assez rares, sont (aillés en boule; les autres arbres sont des peupliers ou des frênes. Entre les vastes pâturages, quelques terrains au sol argileux sont cultivés en blé, en fèves, en moutarde, ou laissés en jachère. Pays singulier, dont on ne peut se faire une idée exacte sans l'avoir parcouru ! La pente varie de quelques mètres à peine dans toute l'étendue : ce qui donne l'impression d'un lac immense en verdure ! Les Feiis, aujourd'hui qu'ils sont drainés, et privés des brouillards persistants qui désolaient jadis cette partie de la côte, comptent une population aisée et valide, qui tend à s'accroître. Une longue zone de terrains, dont le sol est argileux et couvert de pâturages, les Fe7i Ends, comme on les appelle, sépare les Fens proprement dits des Marshes. Cette bande des Fen Ends, sur quelques kilomètres de largeur, présente les mêmes caractères. Géologie. — Les alluvions du Greal Level des Fens offrent un intérêt particulier au point de vue géologique, en permettant de fixer approximativement la date de leur formation, d'après fàge des dépôts tourbeux et sablonneux que l'on y rencontre. Les digues romaines ont été élevées le long de la côte dans un ter- rain qui a été recouvert depuis, sur quelques pieds d'épaisseur, par des atterrissements d'origine marine, et des routes romaines, cons- truites sur la tourbe, sont recouvertes de tourbe de formation plus LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 157 récente, de façon que l'âge des diverses couches modernes peut être établi. D'autre part, entre les strates du pliocène et les couches plus anciennes, se découvre une immense forêt souterraine dont les arbres sont debout, sur un sol en contre-bas de plusieurs mètres, par rapport au niveau des vives eaux ; ce qui indiquerait une modi- fication relativement récente dans le niveau des terres, eu égard à celui de la mer, et explifjuerait le phénomène de forêts sous-marines que l'on retrouve également sur les côtes des comtés de Lincoln, de York, de Norfolk, de Kent, de Dorset et Somerset, etc. Les argiles d'Oxford et de Kimmeridge du terrain oolithique for- ment la cuvette dans laquelle se sont déposées les alluvions quater- naires. Elles plongent non seulement, du nord à l'ouest, sous le ter- rain des Fens, mais elles reparaissent sur un granJ nombre de points, à Marsh, Whiltlesey,Thorney, dans le Cambridge, et à Kyme, dans le Lincoln, sans constituer pour cela, sauf au voisinage des hautes terres, le sous-sol immédiat. C'est ainsi qu'à Boston, l'argile d'Oxford se rencontre à plus de 12 mètres au-dessous de la surface. D'une texture très inégale, ré- sultant sans doute de l'érosion des eaux, l'argile oolithique semble avoir constitué le lit d'une vaste baie dans laquelle les dépôts se sont successivement accumulés jusqu'au niveau actuel. Les sables et les graviers qui enveloppent l'argile directement ne sont pas dus aux marées, mais bien à la formation secondaire dont le prolonge- ment se retrouve dans les hautes terres Hmitrophes. Le premier dépôt d'alluvion, au-dessus des sables et graviers et des argiles brunes de transport, revêtant le terrain oxfordien, est un sable vaseux, dur et bleuâtre en profondeur, tendre et grisâtre à la surface, représentant des bancs au fond de l'ancienne baie qu'il ne couvrait qu'en partie. Ce dépôt se relève sur la côte de la baie à d'assez grandes hauteurs, jusqu'à percer la couche d'argile à Gedney-Hill, dans le Sud-IIolland, et à Wisbcach-Saint-Mary, dans le Cambridge. Il surmonte de (pielques centimètres le terrain du Fen environnant et s'étend sur quelques kilomètres seulement de largeur, très reconnaissable par les coquilles d'espèces marines. Sur les poinis où ce dépôt est absent, on trouve la tourbe avec O^jSO à 0'",90 d'épaisseur. Dans les Feus du Wilham, à l'ouest de 158 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. la rivière de ce nom, la couche de lourbe, avec troncs et branches d'arbres, repose sur une strale de 0'",80 de sable qui surmonte l'argile d'Oxford. Près de Bardney, la tourbe presque superficielle renferme d'é- normes troncs de chêne et de sapin dont les racines tiennent dans un lit de sable très mince. A Boston, elle est à une profondeur de 6 mètres, c'est-à dire, à plusieurs mètres au-dessous du niveau des basses marées. La couche qui recouvre la tourbe ou le sable marin est formée d'argile bleue, hhie clan, douce (butyreuse), résultant du dépôt des lacs ou des rivières à l'état stagnant, qui baignaient la plus grande partie du territoire. Dans les Fens du Wilham, elle a une couleur grisâtre; dans le Bepiiing Fen, elle est rougeàtre; mais quelle que soit sa couleur, elle est peu fournie de coquilles marines, tandis que les coquilles d'eau douce abondent au voisinage de la tourbe; ce qui dénoierait une double formation, due aux eaux de la mer et des rivières. Auprès de Lynn, et dans une grande partie du Marsh- land (Norfolk), cette argile, surmontée d'une couche de tourbe ou de plusieurs couches séparées (comme à Sutton-Saint-Edmund, à Lynn même et dans le comté de Huntingdon), constitue le sol pro- prement dit du Bedford Level. C'est elle qui, ramenée par le sous- solage à la surface des terres, leur donne la consistance nécessaire et la proportion de silice et d'alumine qu'exige la culture des céréales. Dans le West Fen, l'argile bleue est recouverte d'une couche argileuse très compacte. Sauf à Bolingbrokc et à Goningsby où elle a fait place, sur 400 à 500 hectares, à du sable blanc, aussi bien dans le East Fen que dans les Marshes de Firsby, et le long des rives de l'IIumber, elle supporte la couche de tourbe ou de sables d'alluvion marine. Son épaisseur varie de 0"',60 à 3 mètres dans le Great Level, de 3 mètres à 3"', 70 dans les Fens du Witham, de 1'",80 à 5"',40 dans le East Fen, etc. Au-dessus du blve clay, la tourbe revêt la plus grande partie de la surface. On trouve dans cette récente formation le résidu de la destruction de forêts immenses de chênes, de sapins, d'aunes et d'essences diverses, dont les troncs sont encore en place, enracinés dans l'argile ou bien jetés pêle-mêle, désorganisés, à l'étal de ter- LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 159 reau dont l'épaisseur varie entre quelques cenlimèlres et 3 mètres, et le niveau baisse de 5 à G mètres au-dessous de la limite des hautes marées dans le Wash. Cette formation qui embrasse plus de 4000 heclares, depuis le Marsliland, dans le Norfolk, jusqu'à Lincoln et au delà, reparaissant entre Grimsby et Barton sur l'IIumber, a fait l'objet de nombreuses bypotlièses, quant à son origine, étant donné le niveau qu'elle occ;ipe par rapport à celui de la plage et des hautes mers. La seule hypo- thèse plausible se réduit à admettre que le sol s'est soulevé et abaissé successivement, jusqu'à ce qu'il ait pris le niveau actuel. Lorsque la couche de tourbe a plus de 25 à 30 centimètres d'é- paisseur, elle se divise en plusieurs sti'ates : une strate supérieure de tourbe noire, décomposée, mélangée de vase et de sédiments provenant des crues anciennes et renfermant quelques éléments mi- néraux ; une strate moyenne de terreau de bruyère, biune, et de fibres compactes; et une strate inférieure de substances spongieuses, contenant des feuilles et des tiges végétales. On connaît les carac- tères de ces sols naturellement légers, très hygrométriques, plus ou moins acides, s'échauffant et se refroidissant avec une égale len- teur, et s'affaissant au point de devenir compacts par un bon drai- nage souterrain. Ces sols que l'écobuage amende, acquièrent un haut degré de fertilité par leur mélange avec des terres lourdes, telles que l'argile et les calcaires coquilliers ou marneux. Sur la formation tourbeuse des Fens, l'eau a longuement séjourné à l'état stagnant, chargée de vase, de sable, de matières animales et végétales, dont l'atterrissement a été arrêté vers la côte par le flot des marées qui a déposé à son tour des sables vaseux; c'est-à-dire que sur les points les plus rapprochés de la plage, l'alluvion a une épaisseur de l^jSO jusqu'à 5 mètres, recouvrant la tourbe, et sur les points les plus distants où mouraient les vagues de l'Océan, elle a à peine quelques centimètres d'épaisseur. L'alluvion argileuse, sans traces de stratification, traversée par une myriade de filets d'humus ou de sable rouge, est superficielle dans le Marshland du Norfolk et dans les districts du centre de Sud-IIolland; ailleurs, elle acquiert la consistance du gault et se veine de filets très compacts de diverses couleurs; mais dans les riches pâturages autour de Bos- 160 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Ion, de Kirton, Wigtoft, etc., elle forme un ioam brun, épais, d'une culture facile. Les Romains avaient construit leurs digues sur ces alluvions ; depuis lors, la mer a accumulé sur la plage et sur les terres à l'in- térieur des digues, jusqu'à 5 kilomètres de distance, de nouvelles alluvions formant un Ioam brun, qui recouvre une argile brune, associée à du sable. Les atterrissements récents paraissent dus à un mélange intime de sable et de matières sédimenlaires du Wasli, avec des substances végétales, probablement des plantes venues sur les sables maritimes et les débris siliceux, calcaires, des infusoires marins et fluviaux que les vagues pétrissent et mettent en mouvement dans la baie. Au-dessous de cette formation très perméable se rencontrent des sources nombreuses {sock ou soak) dont la profondeur, entre 0'",90 et l'",80, dépend de la chute d'eau pluviale, de l'égouttement des drains de dessèchement et du niveau des marées. Depuis la construction des digues attribuées aux Romains, le dis- trict de Sud-Ilolland a conquis sur la plage plus de 15000 hectares; la dernière digue construite est à G kilomètres en avant de la digue romaine. Le long de la côte de Foss-Dyke jusqu'à Grimsby (Lincoln), l'Océan a enlevé des atterrissements anciens, sous lesquels on a re- trouvé des forêts sous-marines; mais plus de 6 000 hectares ont été regagnés sur ce point dans les deux derniers siècles. Le Wash, alimenté par les débris des falaises du Yorkshire, que le Spurn-Point lui transmet directement, se colmate lentement, mais sans arrêt. Le sédiment qui s'accumule dans les 80 000 hectai-es que couvre la baie n'est pas du sable, comme on pourrait le croire, mais un sol riche, composé de terres argileuses et sihceuses, avec du mica, du sel marin et des coquillages. Aussitôt que les épis per- mettent de fixer ce sédiment au-dessus du niveau des basses marées, à raison de O^jOO jusqu'à O^jOO d'épaisseur, dans le courant d'un seul été, le sol enclôturé peut être immédiatement mis en culture et fournir d'excellentes récoltes. Hydroffraphic. — Le bassin des Fens embrasse environ 150 000 hectares de terrain plat qui se draine dans le Wash par quatre cours LKS DESSÈCHEMENTS EN ANC.LETEIUIE. IGl d'eau principaux : la Greal Ouse, la ISen, le Wellaml et le Wilhum (voir la carie hydrographique). Il suffît de jeter un coup d'œil sur la carte pour comprendre (pie le dessèchement du territoire repose avant tout sur ces quatre artères, qui aboutissent dans la baie, placée en retraite d'une trentaine de kilomètres sur la mer du Nord. La pluie reçue dans le bassin des Fens, en raison même de la nature géologique du terrain et de son niveau absolument plan, re- gagne si lentement la baie que, sans l'aide d'un drainage puissant, elle resterait à l'état stagnant, les rivières ayant perdu la pente in- dispensable à un écroulement rapide. La chute d'eau pluviale annuelle varie entre 0"',6^ et 0'",63; elle atteint son maximum en hiver et au début du printemps. Quand elle abonde dans les terrains élevés qui bordent les /^^dn-s, les cours d'eau entrent en crue, et il faut entretenir des ouvrages importants pour facihter leur écoulement, malgré le refoulement des marées. Le lit de ces rivières sinueuses a dû être rectifié pour créer une chute ca- pable d'assurer la décharge à marée basse; sur plusieurs points, il a fallu recourir aux machines pour élever les eaux et les évacuer à la mer dans des canaux spéciaux. La rivière Greal Oiise^ qui draine 76 000 hectares environ, a un parcours de 240 kilomètres, depuis sa source, dans le comté de Buckingham,jusqu'àla mer. Le district qu'elle traverse se distingue par la masse d'eau retenue à la surface après les grosses pluies, aux équinoxes principalement. Les inondations fré([uentes de l'Ouse, en s'étendant au loin, servent de régulateur aux marées, car elles pré- viennent les crues des autres cours d'eau, qui ont un plus libre accès à la mer et activent leur courant. De nombreuses coupures ont réduit le cours de cette rivière, dans les Fens, en vue des endiguemenls que l'assainissement du district a exigés. A partir de Ilunlingdon, elle coule dans son lit naturel l. Le nom de Greal Ouse, ou de Grande Ouse, est donné à celle rivière pour la disUnguer de l'Ouse, du comté de York, un des principaux allluent» de riiumber ; (ii> rOuse du comté de Susscx, qui débouche dans la Manche, près de Newhaven ; et de li Petite Ouse (LHtle Ouse), ([ui s'appelle également Brandon R/rer, son propre tribu- taire. A.VX. SCIKNCE AGliOX. — 1893. — I. Il 162 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. pendanl 8 kilomètres, puis dans un nouveau lit pendant 5 kilomètres jusqu'à Earith, où elle devient partie intégrante du système général de dessèchement, basé snr l'étaljlissement de deux grands canaux parallèles, creusés sur 32 kilomètres de longueur à travers l'île d'Ély (Cambridge) et aboutissant à Denver (Norfolk). Ces deux canaux portent le nom d'ancienne et de nouvelle rivière Bedford {Old et New Bedford River). L'ancien lit de l'Ouse reparaît dans la direction est, sur 16 kilomètres de longueur jusqu'à Stre- iham, où elle reçoit les eaux de la Cam, venant du nord. L'Ouse reçoit encore, 10 kilomèlres plus loin, les eaux de la rivière Lark, passé Ely ; puis, à égale distance de ce conlluent, après Littleport, les eaux de la Petite Ouse (Lillle Ouse) ou Brandon River; à 8 kilo- mètres plus en aval, la rivière Wisseij, ou Stoke, et entre Wissey et Downham-Market, 4 kilomètres plus bas, le Well Creek, qui apporte les eaux de plusieurs grands canaux de dessèchement du Bedford Level. Finalement, suivant son cours jusqu'à Lynn Régis, sur 21 ki- lomètres de longueur, la Grande Ouse admet comme dernier affluent la petite rivière Nar. A Lynn, elle débouche directement dans la baie du Wash; autrefois, elle s'y jetait à Wisbeach. La rivière Nen ou Nene dont nous décrivons plus loin en détail le cours supérieur, prend sa source dans les collines oolitbiques du comté de Northampton, et ne devient navigable qu'à partir de cette ville. A Peterborough, elle entre dans le district des Fens, pour se ramifier du nord à l'est, et former de nombreux bras plus ou moins artificiels qui proviennent des marais desséchés. Le plus important de ces bras débouche à Wisbeach. Après avoir servi de limite aux deux comtés de Lincoln et de Northampton, elle se jette dans la baie du Wash, à quelques kilomètres de distance de l'embouchure de la Grande Ouse, ayant drainé un bassin de près de 300 000 hec- tares. La rivière Wellaiid traverse le comté de Northampton sur 80 ki- lomètres de longueur, vers le nord-est; elle reçoit entre Market- Ilarborough et Stamford plusieurs petits tributaires : Wyebrook, Chaler, Guash, etc., venus du Rulland, elle est rejointe en aval de Stamford, dans les Fens, passé les villes de Deeping et Crowland, par le cours d'eau important, le Glen, qui draine un bassin assez LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 163 étendu, sur 57 kilomètres de parcours. Avant d'atteindre la baie du Wash, la rivière Welland est dérivée dans des canaux qui font partie de l'ensemble du drainage appliqué aux Fens, et débouche à la partie nord de la baie, après avoir recueilli les eaux d'un bassin couvrant environ 20 000 hectares. La rivière William prend naissance dans le Rutland, à Tliist- leton; coule dans la direction nord par Granthani, jusqu'à Lincoln, après avoir reçu les eaux de la Brant ; tourne à partir de Lincoln vers l'est, puis au sud-est, ayant recueilli les eaux des tributaires Langworlh et South Beck, et à Tattershall, celles du Bain et du Sleaford, et se jette dans la baie du Wash, près de l'embouchure de la rivière Welland. A partir de sa jonction avec le Sleaford, le Witham est canalisé jusqu'à Boston, et rendu, après Boston, à son lit naturel. Son bassin occupe 273000 hectares. Cette rivière joue un rôle considérable dans le dessèchement des Fens ; qWq, écoule non seulement les eaux des hauts districts d'où elle descend, mais encore la partie nord des Fens du Lincoln, à sa- voir, ceux de Wildmore et de Ilolland, couvrant plus de 55000 hec- tares. Tout ce district, à l'époque romaine, était à un niveau de 3 à 5™ ,50 plus bas qu'il n'est aujourd'hui près de la plage, et de l "",50 plus bas à l'amont, le long du Witham. Aussi, les parties basses étaient- elles recouvertes chaque jour par la marée, tandis que les parties plus élevées, restant à sec, avaient conservé leur parure de forêts. Les Romains les défrichèrent pour construire leurs digues et arrêter l'envahissement de la mer, en permettant aux atterrissements de se continuer'. Les eaux qui affluent dans le Witham, provenant d'un bassin aussi étendu, sont rejetées dans un chenal qui, à partir de Boston, ser- pente sur une douzaine de kilomètres de longueur, avec une lar- geur variable de 30 à 75 mètres, jusqu'à l'embouchure dans le Wash, où elle pénètre presque à angle droit, à cause d'un banc d'argile compacte qui fait dévier son cours. La baie du Wash, d'une superficie de 78 000 hectares, est peu 1. Wheeler, Proceedings 0/ the laslitutiou of civil Engineers ; \, XXVIII. 164 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. profonde, encombrée de sables mouvants qui empiètent lentement sur la mer. Sa largeur, en travers du cul-de-sac que forment les embouchures du Witham et de la Grande Ouse, est de 24 kilo- mètres, mais elle n'a plus que 15 kilomètres en travers des côtes qui ferment l'entrée en mer. La vase des eaux douces s'y mélange, pendant les marées, avec les alluvions marines et se dépose en eau morte, par l'effet des courants contraires. L'endiguement d'une partie de la baie a beaucoup con- tribué, ainsi que l'établissement des canaux de décharge pour le dessèchement, au dépôt des alluvions, qui ne laissent plus aujour- d'hui que deux passages dans le chenal ; au nord, les Boston deeps, séparés par un banc considérable de sables mouvants, et le Lynn luell^ au midi. Historique des premiers travaux. — Que les Romains aient cons- truit ou non toutes les digues qu'on leur attribue, à l'époque où ils colonisèrent la Bretagne, on n'a pu retrouver avec certitude, comme œuvre romaine, malgré de nombreux et remarquables vestiges, que la « longue chaussée » {Causey) allant de Denver, dans le Norfolk, par Grandford, Eldernell et Eastra Fen, jusqu'à Peterborough, sur une longueur de 38 kilomètres. Construite en argile et en sable, avec 0'",90 d'épaisseur à la crête et 18 mètres à la base, cette levée est recouverte aujourd'hui de plus d'un mètre d'épaisseur de terre. Dans une tranchée pratiquée à ti-avers la levée, à Eldernell, on a constaté le mode d'exécution suivi par les Romains. Le sol de la lande était revêtu d'abord d'un ht de fascinages en branches de chêne, puis d'un lit épais de cailloux venant du Norihamplon, et finalement, d'une série de couches d'argile et de sable, alternant jusqu'à la crête. Ces matériaux faisant prise, ont résisté à l'action des eaux et du temps, jusqu'à ce jour ^ Sir William Dugdale, qui écrivit au xvii« siècle l'histoire des endi- guements , mentionne à diverses reprises, comme ayant été cons- truites par les Romains, de grandes digues élevées alors au bord du 1. Ânstcd, Waler and Wuter-Supplij, 1878, p. 250. 2. AlgernonClarke, Journ. Jioij. Agric. Soc, t. VlU, 1" série, p. 81. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 165 Wasil, dans le but de conquérir les alluvions que les marées sub- mergeaient, inondant tout le district qui borde la baie. « La masse des alterrissemenls déposés par la mer à l'entrée de la baie, dit-il, s'était élevée si hiiut, refoulant les eaux douces et empiétant sur le rivage, que les Romains, pour rester maîtres de ces terrains sédi- mentaires si riches et si fertiles, déployèrent une grande activité jusqu'à ce qu'ils les eussent enclos de fortes digues et protégés ainsi contre l'irruption des vives eaux \ » Quoi qu'il en soit, les endiguements paraissent avoir été complè- tement abandonnés jusque sous les rois saxons. S'ils furent repris alors, c'est par les moines des riches et puissantes abbayes de Crow- land, Thorney, Ramsey, Spinney, Ely, etc., qui cultivaient les îles émergeant çà et là des terres inondées. Indépendamment de la chaussée romaine, mentionnée précédem- ment, on retrouve dans le Comté de Lincoln, de très anciennes digues, telles que le Old Sea Dyke, attribué aux Romains; le Raven-hank, qui protège un petit territoire entre Cowbit et Tidd- Saint-Mary, mais plutôt contre les crues des rivières; son origine est inconnue ; le New Sea Dyke, de 3 kilomètres plus rapproché du côté des terres, dont on ignore aussi la date d'exécution. Les nivellements opérés au siècle dernier, dans le but de creuser le grand collecteur de décharge, à travers cette dernière digue, ont montré que la surface du pays, en avançant vers la levée romaine, s'élevait subitement de l'",80, c'esl-à-dire que le niveau des atler- rissements du côté de la mer se trouvait à i™,80 au-dessus de celui des terres enclôturées. Cette différence de niveau représente la hauteur du colmatage dû aux eaux du Wash depuis que le Neio Sea Dyke a été établi \ D'ailleurs, lorsqu'on 1635 on approfondit le chenal de la rivière 1. Sir \Y. Dugdale, llistonj oj emOunkiiuj and draining, 1" édit., 1652. 2. On rentontie aux environs de Wainfleet (Lincoln), le long de la digue romaine, qui remonte vers le nord, nne série de tertres de 40 mètres de longueur et de 4 mètres de hauteur, espacés sur une longueur de 3 kilomètres environ, et divisés en cin(| groupes à peu près syméiriques. Ces groupes sont séparés par des tranchées di- rigées à angle droit vers la côte, ([ui s'est avancée depuis Pépoijue romaine de près de 3 kilomètres sur la mer. La Initte la plus importante, encore intacte, avec des talus 166 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Ken, à Wisbeach, on découvrit, à une profondeui- de 2™, 45 au- dessous du lit, un ancien lit empierré, où la vase avait empri- sonné sept barques. A Whiltlesea, bien plus en amont, des fouilles pratiquées à la même profondeur, sous la lande, mirent au jour un sol arable, recouvert de gazon, qui paraissait avoir été récenmient fauché. Il y a donc lieu de penser que les travaux de dessèchement et de culture, dans cette région, remontent à des époques fort reculées. Henri de Huntingdon, décrivant la contrée sous le règne d'Etienne de Blois (1135), s'extasie sur les beautés des Fens, « d'un séjour charmant, arrosées par une foule de ruisseaux, entrecoupées de lacs et d'étangs, et embellies par un grand nombre de bois et de forêts ». WilUam de Malrasbury, vivant au temps du roi Henri II (1144), et parlant des environs de Thorney, déclare que « c'est un véritable paradis pour le plaisir des yeux; les marais eux-mêmes sont peuplés de futaies aux troncs élancés, dont le feuillage épais cache les étoiles du firmament; la plaine aussi nivelée que la mer, est couverte dlier- bages à perte de vue, et pour rompre la monotonie, ici, des bou- quets de pommiers, là des vignes, offrent une végétation luxuriante pour les délices de la vie ». Les îles cultivées par les moines, que mentionne de Lavergne, produisaient des récoltes abondantes de céréales et de foin, de fmits et de légumes. Cerfs, chèvres, lièvres et gibier de toutes sortes y étaient parqués en Uberté. Les eaux fournissaient de pois- sons les plus déUcats la table des monastères. Entourées de saules, d'aunes, de roseaux et de joncs, la plupart des îles n'étaient acces- eii pente douce, occupe le centre, et de 12 à 14 buttes sont réparties sur le terrain à l'arrière, jusqu'à 400 mètres du littoral ancien. Le terrain des buttes est le môme que celui qui les supporte, sauf pour quelques-unes formées de tourbe noire, du reste peu éloignée. S'agit-il d'anciens villages de pêcheurs, ou de sauniers fabriquant du sel marin, à l'usage des colonies romaines, dont les tertres maintenaient les habitations au-dessus des hautes marées, et sont encore debout? On n'y retrouve pourtant aucuns vestiges de l'industrie humaine? Ou bien, s'agit-il de promontoires, de jetées construites par les Danois pour mettre leurs bateaux à l'abri dans les goulets qui séparaient les tertres? Le nom de Tofts par lequel on désigne ces monticules est d'origine danoise. (Sewell, 0)1 Earthivorks at Wainjleet in Lincolnshire. lieport of the Brit. Assoc, 1878.) LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 167 sibles qu'en baleau. Quant au pays d'alentour, demeuré à l'étal ma- récageux, il servait de repaire aux braconniers et aux maraudeurs de la pire espèce. Quelques grands seigneurs imitèrent tardivement les moines, éle- vant des digues pour la défense de leurs propriétés contre les eaux des crues et des marées. Richard de Ruios entre autres, chambellan de Guillaume le Normand (1066), entreprit les endiguements et les canaux nécessaires pour assainir les marais communaux de Bourn et de Deepping. Il fit, en outre, encaisser la rivière Welland qui inon- dait ses prairies, et dessécha un vaste territoire qu'il répartit entre les cultivateurs, « de telle sorte, ajoute le chroniqueur, que des ma- récages, étangs et fondrières. Sir Richard fit naître des champs et pâturages fertiles ; et des terres les plus humides et fiévreuses, il fit sortir des jardins et des vergers ». Les ressources du district des Fens étaient encore vantées au temps des rois Etienne (1135) et Henri II Plantagenet (1154). Quelques entreprises furent tentées avec plus ou moins de succès depuis le règne d'Edouard I" (1272) jusque vers le xv^ siècle. Le célèbre Jean de Gand (Gminl), qui mourut en 1393, et Marguerite, comtesse de'Richmond, figurent parmi les concessionnaires, entre- preneurs de dessèchements. Sous le règne de Henri VII (1478), Moreton, évêque de Ély, fit exécuter un travail très important, le canal de Peterborough à Guyhirn elWisbeach, qui mesure 1'",20 de pi-oforideur sur 12 mètres de largeur. Ce canal, muni 'd'une écluse à la mer, fonctionne encore aujourd'hui, sous le nom de Morelon's Leam, pour les services de la navigation sur les rivières Nen et Ouse, et du dessèchement du district Nord-Holbmd. Lorsque les moines eurent été dépossédés et hannis par Henri VIII, protecteur et chef suprême de l'Église réformée en Angleterre, les efforts isolés demeurèrent sans objet, et après un siècle d'abandon, le pays des Fens se trouva dans une situation des plus critiques. Les ma- récages avaient remplacé les bois et les pâturages; les endiguements partiels ne servaient qu'à arrêter l'écoulement des eaux ; les canaux s'étaient envasés; les rivières à faible pente n'étaient plus draguées, et les eaux de la mer refoulant les eaux douces maintenaient la contrée submergée. Le commissaire Atkins, sous Jacques I" (1604), inS ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. rons[ale que la triste incurie des seigneui'S et des habitants des Fens, en causant la ruine des terres jadis si fertiles et si salubres, li'appe surtout les populations des hautes landes, aux besoins des- quelles les Fens suppléaient dans les années de sécheresse et de disette. Sir William Dugdale confirme les doléances de Lord Hardwicke; il n'y a plus, de son temps', que des marais où l'on retrouve les racines et les troncs de ces magnifiques chênes et sapins, encore debout dans le sol ferme que la tourbe vaseuse a recouvert. L'état devient si grave que les pétitions arrivent en masse au Par- lement, sous le règne d'PJIisabeth, pour requérir du gouvernement un plan général de dessèchement. La reine désigna alors une com- mission extraordinaire, chargée d'opérer un nivellement complet des districts marécageux, ou inondés, et en l'an 1600 fut promulguée la première loi relative au drainage du Greal Level. Un grand nom- bre de plans furent dès lors soumis aux Communes. En 1606, sous Jacques P'', une loi locale pour le dessèchement de 2 400 hectares, compris dans les districts de Waldersee et Coldham (Ely), concédait aux entrepreneurs les deux tiers des terres assainies ; mais ce (ut seulement en 1630 que le comte de Bedford, président d'une asso- ciation de 13 propriétaires, obtint la concession du dessèchement des terrains formant le Greal Levcl, dans les comtés de Cambridge et de Lincoln, moyennant l'abandon aux intéressés de 38 000 hec- tares, à peu près le tiers du territoire à dessécher. Les travaux de l'association, d'abord activement poussés, furent suspendus pendant la période des guerres civiles, et le comte Francis venant à mourir, son fds et héritier, William, premier duc de Bedford, dut faire re- nouveler la concession du Greal Level, en 164-9, par le Convention Parliament. En 1653, les opérations dont nous rendons compte plus loin étaient achevées; 115 000 hectares avaient été complètement desséchés, moyennant une dépense de 10 millions de francs, et l'as- sociation recevait eu toute propriété 38000 hectares, représentant une valeur à peu près égale aux débours, à raison de 262 fr. dé- pensés par hectare. 1. Sir W. Dugdale, ne en 1605, mourut on 1G8C. LES DESSÉCHEMRNTS EN' AXGLETERnE. 169 Sur l'ensemble du territoire, les frais de dessèchement s'étaient élevés effectivement à 86 fr. par hectare. Sous le règne de Charles II (1660), le comte Lennox obtenait éga- lement la concession des terres qu'il pourrait endiguer dans le dis- trict Sud-llolland, sur les côtes de la baie du Wash, aux environs de Sulton ; et les communes de Gedney, de Holbeach, etc., par des chartes spéciales, procédaient au dessèchement et à l'enclôture des landes et des marais leur appartenant. Dès lors, les travaux reçurent une impulsion qui ne s'est plus ralentie jusqu'à l'époque présente. 1. — Dessèchement du Bedford Great Level. Le dessèchement du Great Level, entrepris par Francis, qua- trième comte de Bedford, et ses 13 associés, comprenait les travaux suivants : \° Rivière Bedford (aujourd'hui ancienne rivière Bedford), joi- gnant Rarith et Salter Lode, sur 33''™, 7 de longueur: largeur 21 '",33. 2° Canal Sam, de Feltwell (Norfolk) à la rivière Greal Ouse. 3° Canal de Ély (aujourd'hui canal Sandy, ou Sandall); longueur 32 kilomètres ; largeur 12"", 20. â° Devill Leam, de Whittlesey Mère à Guyhirn ; longueur 16 kilo- mètres; largeur 12"", 20. b^ Moreton's Leam, de Guyhirn à Wisbeach ; ce canal, construit au xv^ siècle par l'évêque Moretoa, fut approfondi et élargi. 6" Peakirh Drain; longueur 16 kilomètres; largeur 5"', 20. 7° New Soutli Eau ; de Crowland à Clovv Cross. 8" Canal Hill, près de Peterborough ; longueur 3 kilomètres ; largeur 15'°,25. 9° SInre Drain, de Clow Cross à Tydd et à la mer. Outre ces canaux et colatcurs, un grand nombre d'écluses furent établies pour protéger les terres contre les inondations et assurer l'écoulement des eaux pendant les marées. Le comte Francis étant mort tandis que la guerre civile sévissait dans les comtés de l'est et arrêtait les travaux en cours, son fils William, cinquième comte et premier duc de Bedford, partisan du protecteur Cromwell, obtint le renouvellement de la concession 170 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. accordée à son père (1649) et conslitua une société dont il confia la direction à un ingénieur Hollandais, qui avait conduit avec succès des opérations de dessèchement dans les comtés du sud-est, et plus récemment, à Ilatfield Chace, près de Tliorne, dans le comté de York. Sir Cornélius Vermuyden, cet ingénieur, colonel de cavalerie au service de Cromwell, reprit tous les projets et poussa les travaux assez activement pour que le Greal Level fût complètement assaini en 16C3\ L'année suivante, les conservateurs du dessèchement se constituèrent en association par une loi du Parlement, dans le but d'entretenir les travaux exécutés et de percevoir, à cet effet, les taxes nécessaires; le duc de Bedford et ses associés lui firent remise de 33 000 hectares ; 4 000 hectares furent transmis en outre à la cou- ronne et 1 000 hectares au duc de Portland ; en tout 38 000 hectares. La taxe par hectare, prélevée par l'associalion, fut d'abord uni- que, mais en raison de l'assiette injuste de cet impôt, elle fut ren- due progressive et répartie en plusieurs classes. En 1697, suivant un projet que Vermuyden avait élaboré, le Greal Level fut divisé en trois districts : nord, centre et midi ; chaque dis- trict, administré par un commissaire, fut desservi par des cours 1. Vermuyden, ingénieur renommé comme hydraulicien, s'était également distingué aux premiers rangs, comme militaire, dans les combats contre les royalistes à Marston- Moor {l')44), à Nasseby (1645), etc. ; Cromwell l'avait fait colonel d'un de ses régi- ments Côtes-de-fer et l'avait créé baronet. Aux yeux des chroniqueurs anglais, qui avaient vu leurs souverains appeler, dès le xii« siècle, les colons de la Flandre pour faire valoir leurs domaines, tout Flamand est un homme qui sait manier les armes et la charrue. Les immigrations des premiers Flamands continuèrent sous le protectorat de Cromwell et s'étendirent jusqu'au pays de Galles. C'est d'eux que les Anglais apprirent à construire des digues à la mer et le long des rivières, à élever des moulins à vent pour épuiser les eaux, à dessécher et assainir les marais et les terres humides, etc. (De Laveleye. Essais sur l'éconotnie rurale de la Belgique, 1803, p. 13.) Kn France également, ce sont des Flamands qui dessèchent et mettent en culture ceUe partie du l'oitou, appelée la petite Flandre. C'est au Flamand, sieur Humphrey Bradley, « personnage fort expérimenté et entendu aux dessèchements et diguages des terres inondées », que le roi Henri IV confère le titre de grand maître des digues de France et le privilège des entreprises d'assainissement, par un édit du 8 avril 1599. En lGi2, c'est encore un Flamand, Jean Van Ens, conseiller du roi Luuis XIU, qui dessèche les marais d'Arles, avec un rare succès. LES DESSÈCHEMENTS EX ANGLETERRE. 171 d'eau, des canaux, des digues et des émissaires qui lui étaient propres. Le nord Level, drainé par la rivière Nen, décharge ses eaux dans la baie du Wasli, au-dessous de Wisbeach ; le centre et le sud Level, drainés par la rivière Greal Ouse, déversent leurs eaux à Lynn, également dans le Wash. Les digues de la rivière Welland protègent au nord le Deeping Fen, et au midi, le nord Level; celles de la rivière Nen défendent, sur la rive gauche, le îiord Level, et sur la rive droite, le centre Level. Enfin, les levées de la rivière Greal Oiise garantissent sur la rive gauche le centre Level, et sur la rive droite le sud Level. C'est aux trois rivières ainsi endiguées, formant les artères principales du drainage de la surface totale, que se rapportent les travaux exé- cutés depuis le commencement du siècle dernier (voir la carte d'en- semble). Pour assurer le dessèchement artériel, Vermuyden avait imaginé de réserver des lits d'inondation ou Washes, qui régleraient l'écou- lement à la mer des eaux de chaque rivière. Ces lils d'inondation consistent en terrains submersibles, c'est-à-dire en prairies, dont les moins étendues, Cowbit Washes, pour la rivière Welland, en aval de Spalding, mesurent de 500 à 1 000 mètres de largeur, et couvrent 000 hectares. Vermuyden admettait que les rivières, si elles eussent conservé un débit normal, augmenté du débit des eaux de dessè- chement, pouvaient maintenir leur chenal hbre et ouvert jusque dans l'estuaire; mais comme, pendant les crues d'hiver, elles ont un débit trop fort, et qu'en été, elles offrent un débit insuffisanl, c'est- à-dire, qu'en hiver, les embouchures deviennent trop étroites et qu'en été, les ensablements les bloquent, il adopta le système des réservoirs ou lits d'inondation se remplissant par les crues et se vidant progressivement à l'étiage. On a reconnu depuis que l'estuaire était le principal obstacle à l'écoulement réguher des eaux douces, et que c'était une erreur d'at- ténuer le courant des eaux en crue, si on voulait conserver le chenal ouvert d'une manière durable, à travers les sables de l'estuaire '. 1. J. A. Clarke, Farming of Lincolnshire [Jotim. Roij. Ayric. Soc, t8Dl,"vol. Xll, p. 2981. 172 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Avant de procéder à l'examen des travaux en détail, rappelons que la plus grande partie du territoire à dessécher, en y adjoignant les 200000 hectares du comté de Lincoln, est à un niveau de 'l'",20 à 4"', 90 au-dessous de celui des plus hautes mers du nord ; que les parties les plus élevées sont les plus rapprochées de la côte, par suite des endiguements, et que la pente diminuant vers l'intérieur s'arrête aux terrains tourbeux et spongieux dont la tendance natu- relle est de se saturer d'eau et de retenir l'eau de saturation. Indépendamment de celte déclivité du terrain en sens inverse, la grande baie qui sert de réceptacle aux eaux d'écoulement est si peu profonde, recevant des alluvions de limon et de sable qui ne taris- sent pas, que les eaux courantes, faute de vitesse, ne peuvent pas se frayer un chemin à travers les passes. Les rivières descendant des plateaux supérieurs pourraient seules, en temps de crue, opérer les chasses nécessaires, mais les crues ne débouchent pas aux points les plus bas du district. Aussi a-t-il fallu encaisser les cours d'eau, les rectifier, les pourvoir d'écluses pour retenir les marées et, le plus souvent, élever à l'aide de machines les eaux de drainage, pour les faire écouler par les rivières canalisées. Pour le dessèchement du nord Level, les digues du Welland et de la Nen, entre Peterborough et Guyhirn, ont dû être renforcées : elles mesurent 21 "",50 à la base et 2™, 50 à la crête. Les canaux d'écoulement ont été augmentés par la construction du Smith Leam qui prolonge le canal Hill (Hills' Cid), dans le but d'a- méliorer la navigation entre Wisbeach et Peterborough. Le dessèchement du centime Level a exigé le détournement des eaux de la rivière Nen, près de Peterborough, à Standground, où une écluse avait été installée, et son encaissement jusqu'à Guyhirn où aboutit la levée de Waldersea. D'autre part, la rivière Great Ouse a été endiguée, depuis les plateaux de Over, dans le Cam- bridge, jusqu'à Hermilage, près de Earith, et de là, déviée par une écluse de navigation dans un nouveau canal à grande section qui part de l'ancien pont de l'Ouse, non loin d'Hermitage, elle se dirige en ligne droite, parallèlement à l'ancienne rivière Bedford, jusqu'à l'écluse de Denver (Norfolk). Les déblais de ce canal, la nouvelle rivière Bedford, rejetés sur la rive droite, forment une levée de LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 173 20™,10 à la base, 2'",50 de hauteur et 3'" ,05 à la crête qui défend spécialement le sud Level. Une seconde levée de mêmes dimensions, construite sur la rive droite, au nord de l'ancienne rivière Bedford, enclôturc un lit d'inon- dation ou Wash, de plus de 2 000 hectares, destiné à recevoir les hautes eaux hivernales des deux canaux Bedford. Outre ces travaux considérables, de nombreux collecteurs ont été successivement creusés afin de compléter le réseau artériel du centre Level. Quelques-uns sont désignés uniquement par leurs dimen- sions ; nous citerons les principaux : 1" Le canal Vermuyden, ou quarante pieds (Forty foot drain), joignant la digue Welch, sur l'ancienne rivière Bedford, à la rivière Nen, près de Ramsey ; 2" Le Thurloe drain, ou seize pieds (Sixteen foot drain), reliant le canal précédent au canal dit Popham's Eau ; 3° Le Hammond's Eau, près de Somersliam ; 4" Le Stonea Drain, près de Mardi ; 5° Le Moore's Drain, ou vingt pieds {Tweutij foot river), dans la commune de March ; G" Le Conquest Lode, aboutissant à l'étang Wiiiltlesey et servant de ligne de partage entre les communes de Yaxley et de Farcet, dans le Northampton ; T Le Tonrj's Drain, au canal Marshland, avec écluses aux deux extrémités. Des améliorations furent apportées en même temps à la digue de Whiltlesey, au canal Popham et à l'ancienne rivière Nen canalisée, tandis que l'écluse de Denver était restaurée pour détourner les marées dans la nouvelle rivière Bedford et empêcher les eaux dou- ces de refluer dans TOuse également canalisée, qui reçut le nom de Dix mille rivière (Ten thousand River), près de Littleport. Le sud Level, préservé contre les eaux de l'Ouse par la digue qui longe la nouvelle rivière Bedford , fut encore défendu par une série de remblais et de levées contre les eaux des rivières Gam, Mildcnhall, Brandon et Stoke. Un grand canal appelé Downham, ou Saint John' s Eau, de 20'", 50 de largeur et 3 mètres de profondeur, fut creusé, sur 8 kilomètres, entre l'écluse Denver et Slow-Bridge 174 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. pour recevoir toutes les eaux d'inondation, ou les eaux excédantes provenant des cours d'eau qui sillonnent le sud Level. La grande écluse Denver commande en somme le débouché de la rivière Greal Ouse dans la baie ; elle avait été établie, contrai- rement aux projets de l'ingénieur Vermuyden, à une vingtaine de kilomètres de la ville de Lynn. C'est un autre ingénieur hollandais, Westerdyck, au service de la commission du Bedford Level, qui décida cette modification. Les plaintes les plus vives ne lardèrent pas à être adressées, et de nombreux procès furent engagés devant les tribunaux, par les autorités municipales, pour faire cesser les obstacles apportés par cette écluse à la navigation du port de Lynn. Fortement encastrée dans sa maçonnerie, pourvue de portes bus- quées, l'écluse fonctionnait très bien au point de vue du dessèche- ment, sans qu'il fût nécessaire de murailler la digue, ce qui eût été le cas dans le projet de Vermuyden ; mais en diminuant le volume des eaux déchargées devant Lynn elle avait causé l'ensablement du port. En 1713, une des plus fortes marées du siècle enleva l'écluse Den- ver, ce qui mit fin au conflit entre les intérêts de la navigation et ceux du dessèchement; toutefois l'apaisement ne fut pas de longue durée, car en 1750, malgré les procès et les démonstrations mena- çantes des habitants de Lynn, la commission du Bedford Level la fît réédifîer au même point où elle fonctionne encore actuellement \ D'autres écluses furent construites aux extrémités de la nouvelle rivière Doiunham et sur beaucoup de points de jonction, ainsi que des levées de défense. De plus petits canaux de dérivation, tels que le Grimty Fen drain près de Stratham, furent embranchés sur la rivière Downham, et ceux déjà existants, connus sous le nom de Lod's Beach, Swnjfham et Bottisham, furent régularisés et curés. Quoique ces travaux, après leur exécution, ne fussent pas reconnus suffisants pour assurer le dessèchement parfait du sud Level, Vermuyden constatait qu'en 1652, « plus de 16 000 hectares des districts du nord et du centre étaient en pleine culture : blé, cé- réales d'hiver, navette; les pâturages regorgeaient de bêtes à cornes 1. Illuslrated Times, mai 1862. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 175 et de moulons là où il n'y avait auparavant que marais et marc- cages ». L'association du Bedford Level, trompée par ce brillant résultat, ne s'était pas suffisamment préoccupée des débouchés à la mer, (\\\\ demeuraient obstrués par les sables et les vases du Wash. En outre, par suite de la négligence apportée dans le curage des fossés et des cours d'eau, le dessèchement cessa de fonctionner naturellement, et l'on dut bientôt songer à recourir à des moyens mécaniques, c'est- à-dire à des moulins à vent, pour activer des pompes d'épuisement qui relèvent l'eau des fossés et la rejettent dans les rivières princi- pales. Sous le règne de Georges P% une première loi relative au dessèchement du Haddenham Level, compris dans le district gé- néral de Bedford, autorisa l'emploi de mouhns à vent: dès lors, l'exemple fut suivi dans une foule de localités, par des particuliers et des communes, qui établirent des moulins faisant mouvoir des roues élévatoires. Ce système pouvait convenir à certains proprié- taires, mais au détriment des autres intéressés ; il ne remédiait en rien à la situation générale, devenue très précaire, en raison des débordements incessants. En 1 770, une brèche survenue dans la digue du nord Level causa l'inondation de la Nen, qui envahit tout le district; en 1795, les rup- tures des digues maintinrent plus de 10 000 hectares sous 1'",80 d'eau, pendant des semaines entières; en 1799, les inondations des rivières, grossies par les làchures de plus de 500 moulins, furent encore plus désastreuses. La commission du Bedford Level avait résolu, il est vrai, dès 1721 , de creuser un nouveau canal de décharge pour la rivière Nen, en aval de Wisbeach, dans le but de la rejeter par le Shire Drain à Pelers'point, avec une chute de 1'°,70. Ce canal, d'une longueur de 3 kilomètres et demi, devait s'amorcer à 8 kilomètres en aval de Wisbeach, mais il ne put être achevé qu'en 1773, aux termes d'une loi spéciale (Tydd and Newton drainage ad). L'ingénieur Kinderley proposait, de son côté, en 1751, de con- duire les eaux des rivières Great Oiise et Nen jusqu'au centre de la baie du Wash, où elles auraient rejoint celles des rivières Welland et Witham, de façon à créer un courant puissant qui eut refoulé les 176 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. sables des hauts-fonds, dégagé les passes et permis de conquérir sur la mer une vaste surface d'alluvions, « plus vaste, disait-il, que le comté de Rutland tout entier ». Cette grande idée, que Sir John Rennie devait rappeler un siècle plus tara, en proposant de créer un nouveau comté, Victoria, sur les terrains du Wasli\ ne trouva alors aucun écho : elle n'en honoi'c pas moins la haute intelligence de l'ingénieur qui, dans tous les travaux dont il fut chargé, appliqua les principes soi-disant nou- veaux, consistant à éviter de donner trop de largeur au chenal des cours d'eau pour éviter les hauts-fonds et les ensablements des passes. La règle qu'il pratiquait se résumait dans le rétrécissement du chenal pour obtenir l'approfondissement voulu, au moyen de la vitesse et de la force du courant. Jusqu'à ce que le canal Kinderley {Klnderley's Cul) eut été fina- lement exécuté, la rivière Nen, traversant le territoire du Great Level, s'y épanchait périodiquement, et se ramifiait par une foule de petits bras qui rejoignaient la Great Ouse, en aval de Wisbeach, La Great Ouse, elle-même, détournée, comme on l'a vu, de longue date sur Lynn, recevait par le canal Moreton {Moreton'sLeam), cons- truit sous le règne de Henri Vil, les eaux des deux rivières, de telle sorte que la Nen avait fini par trouver une issue à peu près directe à la mer, pour ses eaux, qu'une digue séparait encore de celles des Levais situés au sud-est. Wisbeach n'en restait pas moins le point dominant de l'écoule- ment en amont de la Nen. Déjà, en 1771, sur le rapport des ingé- nieurs Golborne et Dunthorne, les commissaires du nord Level se décidaient à imposer à la ville de Wisbeach un chenal de 30 mè- tres d'ouverture, pour la décharge des eaux de leur district (20000 hectares) et pour la défense des territoires riverains de la Nen, entre Peterborough et Wisbeach. Ces lemtoires se trouvaient inon- dés par suite de ruptures survenues dans les digues des Fens et de la destruction des ouvrages qui protégeaient le canal Kinderley. t. D'après le projet de Sir- John Rennie, le comté Victoria devait embrasser GO 000 liectares, entre Wainfleet (Lincoln) et Ilunstanlon (.Norfolk), sur lesquels 29 000 se trouvaient dégagés d'ores et déjà, à marée basse (voir la carte d'ensemblej. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 177 Aussi, en 1773, obtinrent-ils d'urgence du Pui'lenunt, malgré la violente résistance de la municipalité, le vote d'une loi spéciale pour faire creuser un nouveau canal à la mer, à une profondeur plus grande de 0'",40; ce qui permettait d'abaisser de l'",80 la surface , des eaux à l'écluse du no7xl Level, et de faire remonter à Wisbeach des bateaux d'un plus fort tirant d'eau. Ce canal exécuté la même année, sous le nom de Kinderleys Cul, permit, en effet, aux marées de vive eau, d'après le rapport de James Golborne, de s'élever à 3 mètres, à Wisbeach, au lieu de l^jSO ; et à l'éliage de la Nen, cà Guyhirn, de s'abaisser de 0'",53, ou à Peterborough, de O^jSS, par rapport aux niveaux de l'année 1767. Cette situation, réellement améliorée, ne devait pas avoir une longue durée^, car en 1809, Rennie père fut conduit à proposer un remède qui consistait dans le prolongement du canal Kinderley, Tendiguement de l'esluaire et un raccourci de la Nen, au nord de la ville de Wisbeach. a) La rivière Great Ouse. Pendant près d'un siècle, l'idée de créer un nouveau débouché aux eaux de la Great Ouse, en la dérivant, pour la raccourcir, et d'assurer ainsi une chute plus forte de 'I'",50 dans la baie, fut com- battue par les propriétaires des Fens. Finalement, après la plus vive opposition des habitants de la ville de Lynn, qui croyaient voir dans la réalisation de cette idée la ruine de leur port et de leur com- merce, une loi fut sanctionnée en 1781, pour mettre le projet à exécution, moyennant une taxe de 1 fr. par hectare et par an, dans toute l'étendue des terres qui devaient bénéficier des travaux. La loi régla, en outre, certaines garanties pour le port de Lynn et pour la navigation intérieure, de même que pour les riverains de l'Ouse. Les deux ingénieurs désignés par la loi pour dresser le projet défi- nitif, un pour le dessèchement, Robert Mylne, architecte du pont Blackfriars de Londres, et l'autre pour la navigation. Sir Thomas llyde Page, colonel du génie, ne purent s'entendre sur la direction, ni sur les dimensions du canal à creuser entre Saint-German's Bridge et le quai de Lynn, et quand le capitaine Joseph Ilubbart, de Trinity ANN. SCIENCE AGRON. — 1893. — I. 12 178 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Hoiise, membre du conseil de l'Amirauté, eut été choisi pour dépar- Inger les deux commissaires et rendre une sentence arbitrale, on constata qu'il n'y avait plus de fonds pour exécuter le travail. Les frais de procès et d'instance auprès du Parlement avaient absorbé deux millions de francs. Eau Brink Cul. — En attendant, la situation des Fens devenait de plus en plus alarmante; aussi les intéressés, à l'unanimité, solli- citèrent-ils du Parlement une nouvelle loi basée sur le projet de l'expert, capitaine Ilubbart, en consentant une augmentation de la taxe. L'ingénieur Rennie fut choisi comme ingénieur pour diriger tes travaux de drainage, et Telford, pour la navigation. Une com- mission, présidée par le général Lord William Bentinck, reçut le mandat de contrôler les travaux. La loi connue sous le nom de Eau Brink Cul Ad, sanctionnée en 1795, ne reçut toutefois son applica- tion qu'en 1818, Sir Edward Banks s'étant rendu entrepreneur des travaux. Les résultats de la dérivation dépassèrent de beaucoup l'attente générale; non seulement le niveau des basses eaux, en amont, s'abaissa del'",50, mais les eaux du dessèchement furent enlevées avec une rapidité surprenante. Ainsi, pendant l'automne 1821, mal- gré des pluies exceptionnelles, la plus grande partie des Fens fut sauvée de l'inondation, grâce au nouveau canal. Les ingénieurs Telford et Rennie, tout en constatant que le tra- vail avait été exécuté en tous points conformément au plan de Hub- bart, ne durent pas moins convenir que le canal, à son point d'em- branchement, était trop étroit pour le volume des eaux à débiter, et que le courant finirait par rompre la digue d'amont vers l'ancien chenal. Ils recommandèrent en conséquence d'augmenter d'un tiers la section, en affectant à ce remaniement les fonds destinés au cu- rage de la rivière, entre le canal et récluse Denver, le lit pouvant se passer de curage. Sur l'avis conforme de la commission, ces nouveaux travaux furent confiés, en 182G, à Rennie; le niveau baissa encore en amont, de 0"\C5, soit en tout de 2"", 15; mais entre temps, avant que l'élargis- sement eût été achevé, les digues de l'écluse Denver s'affouillèrent. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 179 le chenal navigable se détourna du port de Lynn, les quais s'ensa- blèrent, et la commission, aux termes «de la loi, fut tenue d'indem- niser la ville, de même que les autres intéressés. Les indemnités dépassèrent un million de francs ; soit, 700 000 fr. aux riverains de rOuse, 250 000 fr. aux propriétaires du Marshland, 175 000 fr. au port de Lynn, etc. Aussi, dès que VEau Brink Cul eut été achevé, la commission n'eut point de cesse que le Parlement la relevât d'une aussi énorme responsabilité, par une nouvelle loi \ h) La rivière Nen (vallée inférieure). La rivière Nen, non moins que la Great Ouse, exigeait des amé- liorations urgentes pour permettre l'écoulement régulier des eaux du centre Level, et la mise en culture d'une surface considérable de marais restés à l'état stagnant. Sur un premier rapport de Rennie père engagé parle duc deBed- ford et par le syndicat des propriétaires du nord Level (1809) à donner son avis sur les travaux à exécuter, on avait reconnu la né- cessité : l** d'approfondir et d'élargir la section de la Nen, depuis Peterborough jusqu'à la mer, c'est-à-dire sur tout son parcours à travers le district ; 2° de lui creuser un nouveau lit entre Rummery Mill en amont et Horse Shoeband, en aval de Wisbeach ; 3° de pourvoir ce canal d'écluses qui assureraient la navigation dans la traversée de Wisbeach; et 4° de construire sur une longueur de 10 kilomètres environ un canal à grande section pour la décharge des eaux dans la baie, entre le canal Kinderley et Grabb Hole, où le tirant d'eau était suffisant. Ce nouveau canal pouvait être creusé aussi, en partie, dans l'enceinte fermée par la digue romaine, et en partie, dans la plage des Marshes au dehors de l'enceinte ; mais cette variante était indiquée par Rennie comme moins directe et moins sûre que le tracé par le chenal même de la INen. Canal de Wisbeach. — Quoique Rennie fils et Telford eussent été amenés, en raison de la résistance de la ville de Wisbeach, à 1. Anlobiograpliy of Sir Jolin Rennie, p. t92. 180 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. restreindre le projet primitif, les intéressés eurent gain de cause. Il ne fut plus question que de ci^euser le nouveau lit en aval de Wis- beach, et même pour cette section, le tracé sur Crabb Hole, étudié par Rennie père, vivement défendu par son fils, fut définitivement écarlé. Au lieu de diriger le nouveau lit en dedans de l'enceinte des vieilles digues, suivant la seconde variante, il fut résolu de tracer la coupure dans la direction de Skatcs Corner. Le Parlement sanc- tionna une loi spéciale dans ce but, et les travaux confiés aux entre- preneurs Jolliffe et Banks furent achevés en 1831. Sir John Rennie, au sujet de ces travaux, raconte un incident qui démontre à quelles difficultés, d'un tout autre ordre que celui des exigences techniques, se heurtent les opérations de l'ingénieur, lorsqu'elles éveillent la défiance des populations, et à quels moyens énergiques il faut parfois recourir pour tenir tête à des actes irré- fléchis, ou mal intentionnés. « Avant de détourner les eaux de la Nen dans le nouveau lit, en aval de Wisbeach, nous avions ordonné, Telford et moi, aux entre- preneurs, de réunir sur un point désigné autant d'hommes, de che- vaux, tombereaux, brouettes et outils qu'il serait possible, pour pouvoir efficacement barrer l'ancien lit à marée basse. Tout était prêt ; les entrepreneurs se trouvaient sur les lieux ; l'heure du re- flux approchait; nous fîmes signe de procéder au barrage. Il y avait là à peu près 1 200 ouvriers, avec les chevaux et les ustensiles né- cessaires pour enlever rapidement le travail. « Les membres de la municipalité de Wisbeach, opposés de tout temps à l'entreprise, mais tenus par la loi de verser, pour les tra- vaux, une quote-part de 750000 fr., arrivèrent sur les entrefaites, accompagnés des officiers de justice; tous, à bord d'un petit steamer naviguant sur la Nen. Ils venaient nous intimer de suspendre les travaux, jusqu'à ce que la Cour put délibéier sur un référé qu'ils avaient introduit auprès d'elle. Comme motif principal de leur som- mation, ils déclaraient que le nouveau lit n'avait pas été creusé à la profondeur que stipulait la loi. Les entrepreneurs intimidés à ce moment critique par la démonstration municipale, allaient se reti- rer, lorsque Telford et moi, sans nous laisser nullement émouvoir, leur enjoignîmes de poursuivre immédiatement le travail. En même LES DESSÈCHEMENTS EX ANGLETERRE. 181 temps, nous faisions prévenir les conseillers municipaux et leur suite que s'ils persistaient à rester sur place, ils couraient le risque de sombrer avec leur steamer ; leur responsabilité demeurerait entière. Ils ne se le firent pas dire deux fois, mais rebroussèrent cbemin après nous avoir signifié leur exploit. Trois jours plus tard, l'ancien chenal était comblé et la rivière Nen coulait à pleins bords dans son nouveau lit '. » Il est vrai que le nouveau lit n'avait pas été excavé jusqu'au ni- veau des mortes eaux, stipulé dans la loi, mais les ingénieurs avaient justement compté sur l'ameublissement du radier, formé de limon sablonneux, et sur la vitesse du courant, pour l'approfondissement qui eut exigé, sans cela, en pure perle, beaucoup d'argent et de temps. En effet, le courant lui-même accomplit le travail naturel- lement, sur le radier et sur les berges que l'on avait eu le soin de ne pas empierrer. Pendant les premiers mois, la pente étant faible, le courant agit avec lenteur; c'est seulement après qu'elle se fut accentuée, que les progrès devinrent très rapides. Au bout de six mois, le lit de la dérivation était abaissé de 2'", 75 au-dessous des mortes eaux d'é- quinoxe, les rives s'étaient régulièrement corrodées, et la section avait triplé par rapport au profil primitif. Les marées vives qui éle- vaient les eaux de quelques pieds à peine, à Wisbeacb et à Cross Keys, montèrent dès lors à un niveau tel, que les navires de fort tirant eurent accès dans le port, même à marée basse, et la ville de Wisbeach, grâce à l'amélioration de ses recettes de navigation^ fut en mesure de payer sa quote-part des travaux. .-. Lorsque l'émissaire eut atteint ses dimensions définitives, l'em- pierrement des berges fut exécuté; le chenal de sortie fut également dallé. En 1837, Sir J, Rennie constatait qu'à Cross Keys, et propor- tionnellement, à Wisbeach, les marées de vives eaux cotaient 6"^,09, laissant un tirant de 2™, 75 aux mortes eaux. Comme complément de cet important travail, et pour assurer la conquête des lais de mer enclôturés, un canal large et profond, North Level drain, fut construit de Clow's Cross à l'écluse Gunthorpe, en 1. Atitobiography, loc. cit. 182 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. remplacement de l'ancien canal tortueux, Shire Drain; de telle sorte qu'en 1837, l'ingénieur Renuie pouvait hardiment annoncer que 2 500 hectares de lais de mer étaient livrés à la culture, le dis- trict ayant été ahsolument drainé, et la plus-value des terres ayant doublé. Cross Keys. — Un hlige non moins grave que celui soulevé par la dérivation de la Nen éclata au sujet de l'émissaire, quand il fallut construire un pont à Cross Keys, en plus de ceux déjà établis à l'aval de Y Eau Brink Cut, et au Foss-Dyke Wasli, sur la rivière Welland, dans le but de raccourcir la distance par voie de terre entre les deux comtés de Lincoln et de Norfolk. Dans la loi relative aux travaux de l'embouchure, une clause obli- geait l'association du Bedford Level à construire, en même temps que le pont de Cross Keys, un autre pont, celui-ci tournant, qui permît l'entrée et la sortie des navires en tout temps. Or, il eût été imprudent, avant que les effets de la corrosion se fussent produits, de fonder un pont tournant dans un sol aussi meuble. Malgré l'avis formel de Sir John Rennie, les commissaires du Bedford Level, sous la présidence de Lord Bentinck, crurent devoir passer outre. Le pont fut construit, sans que les piles aient pu être assises solidement à la profondeur voulue, de telle sorte que le courant exerçant plus tard son plein effet, des enrochements énormes devinrent indispen- sables pour défendre les piles. La passe s'obstrua tout de même, et un abaissement de 0"\60 à0'",90 fut ainsi déterminé dans le niveau, qui causa les plus sérieux préjudices à l'écoulement des eaux du dessèchement. Aussi dut-on recourir encore une fois au Parlement pour obtenir une loi annexe (1848) qui mit à la charge des commis- saires la réfection complète du pont tournant. Le rapport de l'ingénieur R. Stephenson, à l'appui de cette der- nière loi, signalait bien des améliorations de détail : quelques-unes seulement furent exécutées, notamment le dragage du chenal jus- qu'à Wisbeach et la construction d'épis, en vue de débarrasser la passe des hauts-fonds qui l'obstruaient. Grâce à ces travaux dont la dépense totale s'éleva à 750000 fr., sur lesquels la municipalité de Wisbeach finit par payer 350 000 fr. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 183 pour sa quote-part, le nord Level a été complètement asséché ; les eaux suivent la pente naturelle sur tous les points du district, pour se décharger à la cote la plus basse de la rivière. Les collecteurs et les drains intérieurs, installés d'après les plans de l'ingénieur Tel- ford, ont tous une pente de O^jOOô par mètre, indispensable en vue d'éviter l'envasement. La vitesse de 1 200 mètres par heure a été reconnue suffisante pour dégager le chenal de la Nen, avec l'aide de la marée et du flot des crues, mais à la condition de soigner l'en- tretien et le faucardement des berges. Dépenses des travaux du Great Level. — Les derniers travaux que nous venons de détailler, exécutés aux termes de la loi de 1810, intitulée Central Level River Act, comportaient non seulement le curage, la rectification et l'approfondissement de la rivière Nen, mais encore l'amélioration des canaux et des autres cours d'eau du district soumis au dessèchement; ils ont représenté une dépense de \ 750 000 IV. D'autre part, les travaux entrepris dans le nord Level, en vertu du Nen Act, ou loi de la Nen, en 1827, pour le dessèchement des Fens, ont comporté une dépense de 2 556 500 fr., répartie comme il suit : u.,oi^a QUOTE-PARTS HtcrARES. de contributions. Fr. A'ord Zeye/ et Porsand 19 500 1200 000 Sud-Holland, y compris une partie des Feus Sutlon et Tidd Saint-Mary 13 700 175 000 Sutton Saint-Edmumd 2 300 56 500 Wisbeach Hundred, y compris les communes de Tidd Saint-Giles, i\ewton, Parson Drove et Leverington . 7 100 375 000 750 000 Waidersea et Begdale 3 200 Moreton's Leam Wash 1 200 Totaux 47 000 2 556 500 L'ensemble des travaux de la Nen, complétés en 1831, aux termes des lois de 1810 et de 1827, représentait ainsi une dépense de 4 300 000 fr. Depuis leur achèvement, 30 moulins à vent et les machines à 184 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. vapeur de Borough Fen, près de Thorney, devinrent d'un coup sans emploi ; les frais de dessèchement s'abaissèrent entre 12 et 15 fr. par hectare et par an, et les terres reprises pour la culture des céréales doublèrent de valeur. c) La baie du Wasii. En amont de Wisbeach, jusqu'à Pelerborough, aucune des amé- liorations projetées n'avait pu être entamée, malgré l'initiative du duc de Bedford ; mais le duc ne se tint pas pour battu, et il confia de nouveau à Sir John Rennie la mission de reprendre le projet d'ensemble du dessèchement du centre Level, en y ajoutant le lac Whittlesey et 22 000 hectares de Fens marécageux, situés entre la Great Ouse et la Nen. Rennie déposa son rapport en 4837: il démontra qu'en régula- risant la ISen, en aval de Peterborough, de façon à y déverser les eaux du lac Whittlesey par un canal spécial, et à rejeter celles du drainage des plateaux par un canal de ceinture, dont l'écluse serait située à Hermitage, dans la Greal Ouse, non seulement on dessé- cherait complètement le district, mais on faciliterait beaucoup la navigation sur les deux rivières. L'ingénieur Robert Stephenson, consulté sur ce projet par la commission du centre Level, émit un avis favorable : mais, plus spécialement intéressée au dessèchement des basses terres, celle-ci obtint du Parlement de faire porter l'émis- saire projeté dans l'Ouse à 16 kilomètres plus en aval, en doublant la dépense, sans avantage marqué pour le dessèchement. Quoique le niveau des eaux basses eût baissé de l^jSS dans l'Ouse à la suite de la coupure Eau Brink Cut, les sables avaient fini par s'accumuler à son embouchure, en aval de Lynn. La navigation flu- viale était empêchée par la barre, de telle sorte que les navires d'un tirant moyen pouvaient seuls entrer à marée haute. D'autre part, les eaux des Lcvel du centre et du sud s'écoulaient très difficilement à la mer. Tandis que l'émissaire de la Nen, d'après le projet Rennie-Ste- phenson, eut donné de 3'",20à3™,25 de chute, celui deVEau Brink Cul, une fois les travaux de la commission {centre Level) exécutés. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 185 devait faire perdre 0"\60 de chute, par rapport à celle de !2™,15 déjà réalisée pour l'Ouse (voir § a). Ce fâcheux résultat, obtenu au prix de grands sacrifices, engagea de nouveau un comité formé de Lord W. Bentinck, de Sir William Foulkes et de quelques autres riches propriétaires, à consulter l'ingénieur Rennie sur les moyens de remédier défmitivement à la situation du district entier des Fens. Canal du delta. — C'est après avoir procédé pendant une année au nivellement de toute la contrée, y compris la baie du Wash et les embouchures de l'Ouse, de la Nen, du Welland et du Witham, qui drainent 300 000 hectares de terrains en plaine, que Sir John Rennie remit son projet d'amélioration. Par ce projet, il s'engageait à procurer une chute additionnelle de 2"", 15 pour l'Ouse et de 0"',65 pour les trois autres cours d'eau, moyennant l'établissement d'un canal à travers la baie du Wash. Ce plan, le même que celui de l'ingénieur Kinderley, proposé en 1751, eût permis, en outre, de conquérir 45000 à 60000 hectares de terrains dans la baie, tout en garantissant la régularisation des cours d'eau, le dessèchement des terres en amont et la navigation, aussi bien fluviale que maritime. Gomme toutes les conceptions de cet ordre, l'idée de Rennie, rendue publique par la distribution de son rapport, souleva les plus graves objections. Après les avoir mûrement examinées et victorieu- sement combattues, en dévoilant ses moyens de réalisation, l'éminent ingénieur dut toutefois reconnaître que si les propriétaires directe- ment intéressés ne pouvaient pas se mettre d'accord sur le fond, il était inutile de faire appel au public pour fonder une compagnie. « Si on avait pu réunir facilement les capitaux nécessaires, ajoute Rennie, il eût été superflu de contester les principes de mon projet, et de discuter les moyens pratiques d'exécution, comme aussi de nier l'importance des résultats annoncés au point de vue national ; mais précisément la grande difficulté était de concilier les intérêts dissidents, en vue de l'œuvre commune, pour obtenir les ressources indispensables ^ ? 1. Atitobiograyhy, loc. cit., p. 206. 186 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Le projet resta donc en suspens jusqu'à ce que Lord George Ben- tinck, nommé membre du Parlement en remplacement de son oncle, Lord William, qui avait été appelé au gouvernement des Indes, eut obtenu de le faire prendre en considération par la Chambre, mais en le scindant en deux parties, l'une pour la Greal Ouse et la iSen, et i'autre pour le Welland et le Wilham. Compagnie du Norfolk. — Une compagnie se constitua finale- ment pour exécuter la première partie du projet, comportant la re- prise de 14 000 hectares d'alluvions sur la baie du Wash. Un Bill fut sanctionné en 1845, suivi d'une loi, dite du Norfolk Esluary, dans laquelle furent déterminées les clauses de l'association et de l'entreprise. Parmi ces clauses se glissèrent, malheureusement pour la compagnie, des obligations tellement onéreuses que les bénéfices furent gravement compromis. Ainsi, la compagnie était obligée de prendre à sa charge l'entre- tien du grand canal, qui aurait dû incomber à la navigation et aux riverains; de céder les terrains des Marshes, endigués à ses frais, moyennant une part seulement de la plus-value; d'indemniser les riverains de l'Ouse ; de verser une redevance de 5 p. 100 à la Cou- ronne et une redevance aux cultes, etc. Aussi, les actionnaires voyant diminuer les chances de bénéfice de l'entreprise, voulurent- ils attendre, avant de procéder aux travaux, que les intéressés dans la navigation et le dessèchement du district vinssent offrir leur con- cours pécuniaire. En effet, les propriétaires représentés parla Commission du centre Level, qu'une loi de 1846 avait instituée, et la municipalité de la ville ûe Lynn, pour la navigation, consentirent chacun 1 million et demi de francs, affectés à l'exécution du nouveau canal de l'Ouse, moyen- nant le concours de l'ingénieur Robert Stephenson. Une loi datée de 1850 consacra cet arrangement. Suivant l'usage en matière maritime, l'amirauté désigna de son côté une commission composée de deux capitaines de la marine royale, Veitch et Washington, pour faire un rapport, après en(|uête publique, sur les travaux projetés. Contrairement aux principes généralement admis en hydraulique, cette commission crut devoir LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLEÏERUE. 187 recommander un tracé du canal en ligne courbe ; mais devant la Chambre des Communes, cette conclusion, vivement combattue par les plus éminents ingénieurs, fut repoussée. Le plan primitif fut dès lors suivi, consistant à attaquer le canal sur 4 kilomètres en ligne droite, à partir de Lynn. L'excavation du lit sur plus de 3 kilomètres devait se pratiquer dans les sables, par dragage, entre deux levées parallèles cons- truites en pierres brutes à la hauteur des mi-marées, et surmontées de balises indiquant le tracé. Grâce au colmatage, les levées de- vaient être exhaussées jusqu'au niveau fixé, en même temps que l'endiguement des alluvions sur chaque rive consoliderait l'alluvion à conquérir sur la baie. Les travaux confiés aux entrepreneurs Peto furent solennellement inaugurés sous la présidence de Sir William Foulkes, le 1" no- vembre 1850. Le dragage, après avoir marché rapidement, fut sus- pendu au moment où les ingénieurs Rennie et Stephenson jugèrent que le courant, puissamment aidé par les eaux de flux et de reflux, suffirait pour achever l'approfondissement. Comme ils donnaient l'ordre d'enlever les barrages, les propriétaires alarmés leur firent signifier d'avoir à les maintenir, tant que la profondeur fixée par l'article de loi ne serait pas atteinte. C'était la répétition de ce qui s'était passé pour la dérivation de la Nen. Cette fois, le procès, plaidé devant le vice-chancelier Turner, fut perdu par les ingénieurs, et la Cour d'appel confirma le jugement, le Conseil de l'Amirauté ayant décliné toute compétence, La compagnie fut ainsi forcée de solli- citer devant le Parlement un nouveau Bill qui permit de continuer les travaux d'après le système déjà appliqué, mais à la condition que le chenal eût finalement les dimensions prescrites. Deux années avaient été perdues ; des sommes considérables furent gaspillées en frais de procédure, avant que les eaux de l'Ouse pussent s'écouler dans leur nouveau lit. Dès lors, la digue destinée à combler l'ancien lit fut commencée à l'amont, et le courant aug- mentant d'intensité, l'affouillement du chenal se produisit au bout de quelques mois, à une profondeur plus grande que celle stipulée dans la loi. Les résultats de cette dérivation fuient remarquables. Le niveau 188 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. des hautes mers, dans le port de Lynn, fut amené de 5'",i5 à 6^,10 ; celui des merles eaux de ^"'jSô à 4"", 88 ; tandis que dans le canal même, l'étiage était maintenu entre 2™, 75 et 3™, 55. Il s'ensuivit que les plus grands côtiers purent entrer et sortir avec leur plein tonnage, par toutes les marées et en tout temps. Le nombre de pilotes et les droits de péage furent réduits sensible- ment; l'accroissement du trafic permit, à bref délai, à la ville de Lynn, de payer sa quote-part à la compagnie pour les travaux exé- cutés. Quant aux propriétaires des terres riveraines, l'abaissement de 1"',82, à la cote des basses-eaux, venant s'ajouter à celui réalisé par VEaii Brink Ctit, représentait S^jâô au total. Aussi bien que pour le centre Level tout entier, il permit de renoncer à l'emploi des moulins à vent et des machines à vapeur pour l'épuisement des eaux aux niveaux les plus bas. Les Polders. — La compagnie du delta de Norfolk, dont les actions sont restées pendant si longtemps sans rapporter aucun intérêt, aurait dû trouver dans l'endiguement des 14000 hectares de lais de mer, concédés par la Couronne, la rémunération des capitaux engagés; mais les opérations des polders occasionnèrent, dès le début, de graves déboires, à cause de la précipitation mise à enclôturer. A partir de 1867 seulement, la compagnie, se confor- mant aux instructions de Rennie, endiguait 400 hectares, au prix de 928 fr. par hectare, et réalisait, à raison de 2500 fr. par hectare endigué, une somme d'un million dç francs ; soit pour une dépense de 37i 200 fr. un bénéfice net de 628 800 fr. L'année suivante, le Prince de Galles se rendait acquéreur de 250 hectares endigués, moyennant paiement de la moitié de la plus-value. Sur les procédés à suivre pour la conquête des lais de mer par colmatage. Sir John Rennie nous a laissé dans ses mémoires les instructions précieuses que lui suggérèrent la pratique de son père et sa propre expérience pendant près d'un siècle ^ « Je ne me suis pas départi, dit-il, du système qui consiste à agir 1. Aulobmjrapliy, loc. cit., p, 214. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 189 d'accord avec la nature, el jamais conlre elle ; dans ce dernier cas, on est toujours battu. « J'avais appris, après une longue série d'essais, que les matières sédimentaires tenues en suspension dans les eaux de la baie {Grand Wash) pouvaient être déterminées (luantitativement ; que ces ma- tières étaient transportables d'un lieu à un autre suivant les vents et les courants prédominants dans le golfe, et qu'elles se déposaient seulement dans des circonstances favorables, telles que les remous, aidés par les brises de large, el les eaux dormantes, abritées derrière les contre-courants. « Le but principal que j'ai poursuivi, lorsque les eaux douces et les eaux de marée se sont trouvées réunies dans le nouveau lit creusé pour l'embouchure de la rivière Ouse, en aval, au milieu du Wash, a été de faciliter les atterrissements par le dépôt de ma- tières tenues en suspension dans les eaux. Ce but ne peut être atteint qu'à la condition de ralentir et d'arrêter la marche du flot, et aussi du jusant, de façon à ce que l'atterrissement se produise sur les points où il importe d'exhausser le sol au-dessus de la limite de la laisse des hautes mers, en mortes eaux. Aussitôt, en effet, que ce niveau est atteint, l'herbe peut pousser, et la surface se transforme rapidement en marsh vert (herbe). « Le procédé est des plus simples ; quand le dépôt par colmatage s'est élevé de quelques pieds au-dessus du niveau des eaux basses des marées, une espèce de végétation clairsemée couvre la surface des alluvions sur certains points, puis s'étend jusqu'à couvrir le tout, au fur et à mesure de l'exhaussement du sol ; la criste marine {Salicornia herhacea) et le bacile (perce-pierre, passe-pierre, du genre ombellifère) font leur apparition; puis, le. sol continuant à s'élever, ils disparaissent à leur tour pour faire place à l'herbe marine {Glyceria maritima) qui revêt d'un tapis l'entière surface, admirablement nivelée. Le lais est en herbu, déjà prêt pour le pâtu- rage du bétail. « A partir de ce moment, le colmatage est très lent. Sur les côtes de l'Angleterre, il dépasse à peine la laisse des hautes mers en mortes eaux, sauf dans les endroits où le sable emporté par la vio- lence des vents forme des dunes, véritables digues, qui, en Hol- 190 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. lande, alteignent jusqu'à 9 mètres de hauteur. Dans la baie du Wash, les Marshes ne résultent que du dépôt graduel des alluvions. « La nature abandonnée à elle-même accomplit le travail avec une grande lenteur, mais aussi avec une rare exactitude. Il s'agit de l'aider en se conformant à ses lois ; c'est pourquoi il faut éviter les travaux énormes et dispendieux qui consistent à entraver violem- ment et subitement les courants de la mer pour les rejeter ailleurs ; ce que l'on gagne d'un côté, on le perd de l'autre. « Grâce à une série d'obstacles légers, tels que des fascinages touffus ou en buissons, ou bien des coffres de fascines, installés à 0'",30 ou 0"',40 au-dessus du niveau des sables, que l'on espace convenablement, sans continuité, mais, au contraire, de manière à ce que les extrémités ne coïncident pas, on crée des chicanes qui gênent les couranis sans les obstruer et concourent à la stagnation du mouvement des eaux. Lorsque le dépôt atteint le niveau supé- rieur des fascinages ou des épis, on en dispose d'autres à un niveau un peu plus élevé, aux mêmes endroits, ou ailleurs, selon les cir- constances. « Si l'on veut colmater un espace déterminé, il est préférable de commencer en amont et de s'avancer vers l'aval ; on y gagne à exé- cuter des ouvrages moindres, à diminuer la hauteur du colmatage ; l'eau refoulée par la marée à l'arrière contient une plus grande masse de matières sédimentaires ; de telle sorte qu'au fur et à mesure de l'atterrissement de la partie supérieure, celui de la partie inférieure augmente plus rapidement. « Dans l'exécution de ces travaux, il faut avoir soin, partout où l'on distingue une tendance au creusement d'un chenal sous l'ac- tion d'un courant, de le modérer graduellement en amont, pour que la masse d'eau diminue peu à peu, jusqu'à ce que le chenal se comble. « Lorsque l'espace déterminé a été amené à l'état de marsh verl, naturellement ou artificiellement, s'il est assez vaste pour couvrir la dépense, on devra l'enclôturer complètement par une digue qui empêche le retour agressif de la mer. On ne court aucun risque de se tromper en évaluant, règle générale, la plus-value du terrain au double des frais d'endiguement. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 191 « Quand il s'agit d'un grand delta où l'on compte racheter plu- sieurs milliers d'hectares, comme dans le Wash, la question du meilleur mode d'opération est aussi grave au point de vue de l'ar- gent que du temps. « On devrait réduire l'étendue des digues maîtresses, autant que cela est praticable, en construisant la première en aval, si la situa- tion s'y prête, et en ne la continuant qu'autant que les terrains en amont montrent une tendance au colmatage. Les digues intérieures ne devraient être établies simultanément que pour concourir au meilleur effet de l'ouvrage principal. Ainsi, quand un espace suffi- sant, en amont de la digue maîtresse, a été reconnu propre à l'en- clôture, on devra continuer à maintenir cette digue dans un état convenable d'avancement, pour circonscrire l'espace, mais à l'aide seulement de banquettes moins coûteuses. Autrement, chaque en- clôture séparée devient une digue maîtresse et la dépense totale s'accroît démesurément. « Les circonstances locales détermineront la meilleure marche à suivre, en ce qui concerne les digues principales, exposées aux coups furieux de la mer, comme aussi l'enclôture des parcelles en une ou plusieurs fois. 11 vaut mieux restreindre l'opération à 150 ou 200 hectares, et fermer le polder à l'époque des mortes eaux les plus basses, à cause de la facilité plus grande dans le travail. « Il est possible assurément, d'après le système hollandais, d'en- clôturer des surfaces bien plus vastes ; mais alors il faut laisser les vides ouverts pendant plusieurs jours, les protéger par des musoirs en pierres, ou par des clayonnages et des fascinages, au pied et sur les bords du remblai, afin d'en détourner les courants. Ces vides sont ensuite comblés au moyen de pierres, d'argile, de fascines, etc. Si, par malheur, une brèche vient à se produire pendant les terras- sements, ou au moment de la fermeture, la masse d'eau dans l'en- clôture est si forte que la violence du courant extérieur augmentant en proportion entraîne tout sur son passage ; le sol est, affouillé dans cette direction et recouvert ailleurs de sable inerte; enfin, une difliculté imprévue se présente, celle de décharger les eaux accu- mulées dans l'enclôture. « D'après le système hollandais, on a efreclivement besoin de 192 ■ ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. moins de digues, mais la dépense par mètre courant augmente; aussi n'est-il recommandable que si la longueur des digues est pe- tite relativement à la largeur des terrains à enclôturer. » Rennie estimait que sur plusieurs milliers d'hectares, déjà mûrs pour l'enclôture, les actionnaires du Norfolk cstuary trouveraient à rentrer dans leurs fonds, intérêts compris. Si la compagnie se fût opposée en temps utile aux clauses trop restrictives de la loi de 1850; si elle eût frappé d'une taxe double les intéressés, et suivi tout d'abord le mode pratique d'endiguement conseillé en vue du colmatage des alluvions du Wash, elle aurait indubitablement réa- lisé de gros profits \ d) Le sud Level. Le sud Level, d'une superficie de 48500 hectares, s'étend au midi de l'ancienne Rivière de Bedford, qui joint Earith en droite ligne avec l'écluse de SaUer's Iode, sur une longueur de 34 kilomètres. Le dessèchement de cette surface s'opère à l'aide de machines à vapeur dont le détail, avec les surfaces drainées et les émissaires, figure dans le tableau ci-après, il n'y a plus de moulins à vent dans ce district. Indépendamment des surfaces désignées dans le tableau, sur les- quelles 10500 hectares sont directement taxés pour les travaux de dessèchement, on compte environ 1 600 hectares de terrains for- mant lisière, taxés pour des travaux extérieurs et pour l'entretien de 48 kilomètres de canaux collecteurs. Le sol du district est composé de tourbe, d'alluvions sableuses et, çà et là, des marnes gélives, tandis que le sous-sol est le plus sou- vent du sable stérile. Partout où l'on a pu amender le terrain avec de l'argile, les résultats ont été satisfaisants pour la culture. Le dé- pôt d'alluvion argileuse qui traverse le pays de Littleport à Ely, tourne à l'ouest par Thelford, Stretham et Wilburton pour regagner Ely par Iladdenham, Witcham et Witchford, entoure un bassin de terre noire, le Grunly Fen, de plus de 500 hectares, servant de 1. Aulobiography, loc, cit.; p. 218. LES DESSECHEMENTS EN ANGLETERnE. 193 pâturage communal, et par conséquent abandonné sans clôturer^, ni drainage. Sur les terres fortes, enire Mepal et Ely, il y a d'excellents pâtu- rages, mais surtout de bonnes terres arables, clôturées, produisant du blé, de l'orge et des haricots ; les turneps n'y viennent pas plus que la navette, et l'avoine n'y est cultivée qu'accidentellement. Situation du dessèchement dans le « sud Level '• (1860). NOMS des Fins ou disti'icls. 3. i. 5. 6. 7. 8. y. 10. 11. 12. 13. Ovor Fen. . . Cottenbani, i'.l. Haddeuhain Stretham ThctforJ. Burwell . Swaffham MiUUe. . Burut . . Mil leuluiU Lakenheath feltwell . Southery. LittU'port et liaui . . . 15. Waterbeach IG. Sohani.smcre Dovvu MACHINES A VAPEUK. Em;ilaoc- mciit. Force Nombre. eu cheMus- (iipcur. 1 20 j 40 I 30 60 60 15 30 30 6J SO 60 tiO 80 40 SlIRPiCKS drainées. j Laik I I river. ( . ( Brandon ■*" I river. ' Hectaivs. 1200 à 1 600 2 800 2 SOO 400 1600 » 6)') .5 600 SAIKES. SOL DltAISE. Nature {féolugique. Siii'f.ice. Sous-si)l. i Ancienne i , I Ouse. i Ar,.i1c. ^ Ar-ile ( tenace. id. Marais léger. iAlluvion.s. j Marais f épais. is Xalui'c physique. Ouse. id. il. Cam et Ouse. Gravier, Gravier, id. id. Argile. Cam. \ Marais I .^ ( ( léger. ) I ( Léger, ( fertile. ( Fort, I fertile, il. Léger. ( Fort, I fertile. ( Faible, I médiocre. Moyen drainé. I 000 2SJ0 Nouvelle ^" JBeiford.f j_, ( Canal (dix mille.' 000 200) 645 I et marais, Lark et Brandon. Lark. Brandon. id. Ouso. Ouse. Marais. Terre noire marais. Mai'ais épais. id. Tourbe. Marais et argile. Argile. Sable. Sable. Sable et argile. Argile. ,n 1 Argile Tourbe. ' , , " I bleue. Dr.iiué. id. Mal drainé. Bicîn drainé. Dans les terres basses, le drainage se borne à des fossés creusés à travers la tourbe ; quant au mode de culture, il dépend de la préparation du sol, suivant qu'il a été retourné avec le sous-sol, amendé avec de l'argile et fumé plus ou moins abondamment avec des poudres d'os, du guano, îles tourteaux, etc. L'assolement le plus AN'S. ^GIIONCK AOltON. — • lSy3. — I. 13 194 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. fréquent s'étend sur cinq années, à savoir : i° navette; 2" avoine; 3° froment; 4" haricots ou fourrages ; 5" froment. Les moutons de la race Leicester parquent aux environs d'Ely et de Littleport. Les chevaux et le bétail trouvent une nourriture excel- lente dans la bande de terrain d'inondation (Hundred feet Wasiies), réservée entre les deux rivières Bedford. Cette bande de 34 kilo- mètres de longueur sur 1 kilomètre de largeur en moyenne, des- tinée à emmagasiner, le cas échéant, les eaux d'inondation des deux rivières qui séparent le Level du midi de celui du centre, produit un fourrage de première quahté, une précieuse ressource pour les éleveurs et les fermiers des environs. e) Le centre Level. Le centre Level, situé au nord de l'ancienne rivière Bedford, embrasse 60 000 hectares, répartis en trois grandes divisions. Le tableau suivant indique ces divisions, ainsi que les machines à va- peur employées au dessèchement, mais il faut compter, en outre, quelques moulins à vent et des machines à vapeur appartenant à des propriétaires. Situation du dessèchement dans le « centre Level » (1860). NOMS des Fens ou districts. 1. Manea et Welney . . 2. Sutton et Mepal. . . 3. March. — !<■'• district ou Binnamoor . . — 4'' district, ou West Fen MACHINES A VAPEUR. Nombre . Force CD chcTani- tapeor. 60 Emplace- ment. Ancienne î i Anci ) Bedf Surfaces drainées. Bedford.) Heclarfs . 3500 80 |C°P"t?M 4 200 drain, id.) 30 40 Ken. Nen. 1200 2 000 EMIS- SAIRES. SOL DRAINÉ. Nature géologique. Surface. Sous-sol. Ouse. id. Nen. id. i Tourbe I légère. ( Tourbe 1 épaisse. Alluvions )et tourbe (Terre Doire| I et sable, j ( Alluvions , ., I et tourbe, f ^""^^ Argile et gravier. Gault et gravier. id. Nalure physique. Bonne, fertile. Très fertile. id. id. Le drainage artificiel est peu pratiqué ; il est considéré comme inutile dans la plupart des terres. La loi de ISM pour l'améHo- ralion du dessèchement et de la navigalion du centre Level a per- LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 195 mis, grâce aux travaux dont nous avons rendu compte, de créer un nouvel émissaire plus au nord, dans le Wash, et d'abaisser le niveau de rOuse ; ces travaux ont mis fin à l'épuisement des plus grands districts par les moulins à vent et les machines, en procurant au plan d'eau général un écoulement naturel jusqu'en aval de Lynn. Le sol est constitué, en plus grande partie, par de la tourbe re- posant sur de l'argile bleue. Dans les terres hautes, depuis Whit- tlesey, on retrouve de l'argile compacte qui, alternant avec le gra- vier, s'étend par March jusqu'à Ghatteris; on y cultive des turneps et de la navette, puis de l'avoine; le blé vient pendant deux années consécutives, avec une récolte intercalaire de haricots. Sur cette partie argileuse du Level, le drainage tubulaire a été appliqué en grand. Dans les terres basses, l'argile se rencontre sur bien des points à0"",60 ou0'",80 de profondeur, parfois à une profondeur de 2"", 50. Les charrues sous-soleuses sont fort employées pour défoncer le turf tourbeux et ramener l'argile en morceaux (climch) qui se déli- tent à l'air par la gelée et décuplent la valeur des terrains par leur mélange intime. Le froment est la principale récolte des terres noires, amen- dées par l'argile ; il alterne avec des fèves, du trèfle, du ray-grass, la navette et les turneps. Dans la commune de March, comprenant 5 600 hectares de Fens, et dans Chatteris Fen (4000 hectares), l'assolement le plus ordinaire est le suivant : 1° navette; 2" avoine ; 3° blé ; A" fourrage ; 5° blé. On se sert, comme engrais, de tourteaux et de poudre d'os ; la moutarde est enfouie en vert. Le Holme Fen (2 000 hectares), près de Whittlesey Mère , .jadis un marais, a été transformé par l'argile en un terrain à blé de pre- mière qualité. Middlemoor Fen (1 000 hectares), dans le voisinage immédiat de Holme Fen, qu'Arthur Young présentait au commencement de ce siècle comme « un désert marécageux », après avoir été amendé nombre de fois par l'argile, est aujourd'hui en pleine culture de céréales, et d'une rare fertilité. Whitllesey Mère, jadis un étang poissonneux, le rendez-vous des excursionnistes, a été desséché en grande partie; de même que 196 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Ramsey Mère (226 hectares) et Ugg Mère. Ces trois étangs sont couverts d'exploitations de premier ordre. Les moulins qui épuisent encore les eaux de quelques propriétés particulières sont desservis par des usiniers qui ne reçoivent pen- dant l'été que la rémunération afférente aux journées de Iravail effectif; mais en hiver, ils épuisent tant que le vent le permel, et ils sont payés régulièrement à la semaine. Sauf dans les saisons très humides, le centre Level est sufïîsamment desséché par les machines à vapeur des grands districts et les moulins des particuliers. f) Le nord Level. Le no7^d Level, y compris Porsand, occupe un territoire de 19 000 hectares environ, que limitent les digues du canal Morc- ton's Leam el le Welland. Sur cette surface, 15 000 hectares seu- lement paient la redevance du dessèchement. Les communaux sui- vants : Great Borough Fen (2 000 hectares desséchés et enclôturés en vertu d'une loi spéciale de Georges III), Flag Fen et Sulton- Saint-Edmund Fen (ensemhle 1 500 hectares), ne sont pas soumis à la taxe. Les terres frappées d'impôt se partagent en cinq districts dont les eaux sont dérivées par le Old et le New South Eau, à Clow's Cross, et dirigées de Clow's Cross, par le canal nord Level, dans la rivière Non, jusqu'à l'écluse Gunlhorpe, en aval de Wisbeach. Si l'entente avait pu se produire en temps utile entre les nombreux intéressés de la région, le canal nord Level, dont la dépense représente deux minions et demi de francs, aurait pu être remplacé par la canaHsa- tion, depuis Peterborough, de la Nen qui coule parallèlement à une hauteur de 2"', 50 à 2™, 75 au-dessus du niveau des eaux du canal. Quoi qu'il en soit, le nord Level s'est rendu absolument indépendant de la Nen, en amont de Wisbeach, pour le dessèchement. Le drainage des terres y est complet. Jusqu'à ce que ce résultat eut été obtenu, la pratique de l'écobuage, importée de France vers le milieu du xvii' siècle par les réfugiés protestants que les ingé- nieurs hollandais avaient amenés avec eux, n'avait pas peu contribué à améliorer le sol du nord Level. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 197 A l'exception des terres argilo-sableuses de Thoiiey et des allu- vions de Porsaiid, le sol du nord Level consiste principalement en tourbe, sur une épaisseur qui varie de O^j-SO à 0"',45. On l'amende partout avec de l'ari^ile, depuis que l'ccobuage a cessé. L'assolement est le même que dans les deux autres districts. Sur le territoire de Thorueij Lordship (7 000 hectares), le drainage par tuyaux a donné d'excellents résultais, en permettant de rendre à la culture arable de grands espaces consacrés jusqu'alors aux pâtu- rages et d'utiliser les fossés. D'ailleurs, sous le rapport du drainage et desprocéJés d'exploitation, le nord Level occupe le premier rang. 2. — Régularisation et assainissement de la Nen. C'est seulement après que les travaux du chenal de la Nen à la mer eurent été achevés, le pont Sutton Bridge ayant été supprimé, que les propriétaires de la vallée en amont de Peterborough com- mencèrent à s'agiter pour obtenir l'amélioration du dessèchement des terres riveraines et la régularisation de la rivière en aval. Gomme il ne pouvait plus compter sur le nord Level qui s'était rendu indépendant, le comité des propriétaires, y compris le comte Fitz William, Lord Overstone, Lord Lilford, duc de Bucclengh, mar- quis de Northamplon, etc., se retourna vers la ville de Wisbeach, intéressée à l'amélioration de la navigation et du drainage de ses communaux, vers les districts de Waldersey et Redmore (2 800 hec- tares), intéressés à la suppression des machines d'épuisement, enfin, vers les propriétaires du Morelon's Wash (1 500 hectares), soumis aux inondations périodiques de la rivière, entre Peterborough et Guyhirn, pour lâcher d'obtenir leur concours pécuniaire, en vue de la réalisation du projet de l'ingénieur Hendel. Après une série de meetings tenus jusqu'en 1851, sous la présidence du duc de Bed- ford, et une enquête préliminaire de l'Amirauté, le comité obtint du Parlement qu'une commission spéciale fût désignée pour l'amélio- ration de la Nen et de sa navigation {Nen Valley Aci, 1852) \ L'importance de la loi de 1852, la gravité des conflits soulevés- 1. A. Claike. On Inink draina(je [fourn. Ruj. Ujric. Sic, ISôi, vol. XV). 198 ANNALES DE LA SCIENCE AGUONOMIQUE. par son application, et le grand inlérêl des tiavaux confiés à la commission de la Nen, ne peuvent être saisis qu'en entrant dans les détails de cette vaste entreprise, désignée par les Anglais sous le nom de Trunk drainage, ou drainage artériel. La rivière Nen a deux sources : l'une au nord et l'autre au sud de Daventry, qui se rejoignent à Weedon Beck et, 12 kilomètres plus loin, traversent Northampton. Depuis cette ville où elle devient navigable, la Nen est à une distance de 96 kilomètres en ligne droite de la ïrdie du Wash; mais à cause des sinuosités de son chenal, elle est effectivement éloignée de 160 kilomètres de la mer. Jusqu'à Peterborough, elle coule d'abord dans une direction nord-est vers Higham Ferrars; puis, passé Thrapstone et Oundle, elle se dirige vers le nord à Wanford ; de là vers l'est, à Peterborough, après avoir reçu à WeHingborough les eaux de l'Ise et, plus en aval, celles des ruisseaux Harper et Willow, sans compter nombre de petits ruisseaux peu importants. Sauf deux courbes décrites par le chenal à Guyhirn et à Wis- beach, la Nen, dont les circuits en aval étaient multiples, gagne la mer en ligne droite sur 48 kilomètres ; la dérivation de 5 kilomètres, en aval de Sutton Bridge, lui sert d'émissaire. Le bassin supérieur de la Nen, jusqu'à Peterborough, embrasse 165 000 hectares, dont 6 500 étaient périodiquement submergés avant l'exécution des travaux. La pente réduite à 0'",56 par kilo- mètre, à Peterborough, c'est-à-dire à une distance de plus de 50 ki- lomètres de la mer, abaissait tellement le plan d'eau que les marées de vives eaux montaient à l'embouchure de l'°,50 plus haut qu'à l'étiage, dans Peterborough ; mais à partir de cette ville où affluent les eaux à volume variable de la vallée supérieure jusqu'à l'em- bouchure, la diflerence de niveau entre l'étiage et la laisse des mortes eaux n'était que de 0"',11 par kilomètre. La pente qui en résultait était très irrégulièrement répartie ; toutefois, en enlevant les obstacles sur le parcours, et notamment dans la traversée de la ville de Wisbeach, elle pouvait être ramenée normalement à 0"',06 par kilomètre, ce qui eut abaissé le niveau, au pont de Wisbeach, de l'",72; à Guyhirn, de 2'",94; et à Northey Gravel (5 kilomètres en aval de Peterborough), de 3"\25. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 199 Dans ces conditions, rien ne pouvait être tenté pour l'amélioi'a- tion de la vallée supérieure de la Nen, avant d'avoir rectifié et auié- lioré le cours en aval de Peterborough. Aussi le programme des travaux visés par la loi de 1852 comportait-il, en premier lieu, l'approfondissement de 0"\C)0 de la rivière jusqu'à Wisbcacli, puur assurer au lit une déclivité régulière de 0"',11 par kilomètn; ; en second lieu, l'agrandissement de la section transversale, de façon à donner 10 mètres de largeur au radiei-, avec des berges de 2 sur 1 et une banquette de 12 mètres entre le bord de la berge à l'éliage et la digue surélevée ; en troisième lieu, la construction d'un nou- veau pont à l'écluse de Dog Doublet, située entre Guyhirn et Peter- borough ; en quatrième lieu, Tendiguement sur la rive méridionale du terrain des Wasiies (1 450 hectares), réservé par Vermuyden comme ht d'inondation; enfin, l'appropriation du canal Morelon's Leam au dessèchement de ces Wasiies par une écluse à établir près de Guyhirn. Pour l'exécution du programme, dont l'ensemble comprend trois sections : la première et la seconde entre Peterborough et Nor- thamplon, et la troisième, entre Peterborough et Wisbeach, la loi autorisait la perception d'une taxe de 25 fr. par hectare, et pour l'aménagement des canaux intérieurs, d'une taxe additionnelle de 5 fr. Le programme s'est complété depuis, par la construction d'une galerie voûtée, destinée à conduire les eaux de rivière en amont, à travers la nouvelle digue, pour les besoins des Washes dont le dessèchement était décidé. Le Level du nord et celui du midi, de chaque côté de la Nen, dérivaient en effet des quantités d'eau im- portantes, en été, pour l'abreuvage des bestiaux et l'irrigation des terres. La question des eaux douces acquérait dès lors une certaine gravité, par le fait que les travaux de régularisation, en facihtant le reflux de la marée à Peterborough, pouvaient rendre saumâtres les eaux jusqu'alors douces. Le rapport de l'ingénieur Stephenson, daté de 1848, avait démontré, il est vrai, que l'effet des marées, par le creusement du chenal, se manifesterait sur le niveau des eaux et non pas sur les eaux mêmes. Sir John Rennie avait, de son côté, constaté qu'à la distance de 28 kilomètres en amont du pont de 200 ANNALES DK 1.A SCIENCE AGRONOMIQUE. Lynn, l'eau conduile par un aqueduc à travers la digue, pour les besoins du bétail des Fens, était parfaitement douce. Or, les prises d'eau sur la Nen étaient de quelques kilomètres encore plus éloi- gnées delà mer que dans le cas de l'aqueduc de Lynn. Mais, c'est dans la ville de Wisbeach que se trouvaient les résislances les plus sérieuses pour assurer le service indispensable de l'eau douce; et c'est pour les surmonter qu'il fut résolu de creuser et d'agrandir le chenal tortueux, dans la traversée de la ville, plutôt que de dériver la rivière par un raccourci, longeant un des côtés de la ville. La municipalité de Wisbeach s'était d'ailleurs fortement opposée au raccourci qui l'eût privée des bénéfices du port. Il fut donc décidé d'enlever le pont en pierre dans l'intérieur de la ville, et de le rem- placer par une seule arche de 26 mètres de portée, moyennant une dépense de 200 000 fr., de démolir les maisons en avancement sur le coude de la rivière, d'élargir le chenal en reculant les magasins, les berges et les appareils de navigation, d'approfondir le seuil en enljvant les matériaux et les pierres amoncelés pour atteindre le lit mobile, et de construire des quais sur pilotis. La municipaUté de Wisbeach, moyennant la perception d'une taxe de fr. 0.5 c. par tonne sur la navigation, accepta de verser la somme nécessaire d'un million de francs qu'exigeait l'exécution de ces travaux. Deux districts furent appelés à bénéficier immédiatement dos nmélioralions de Wisbeach. L'i district Great and Lillle Waldersea qu'administrait une com- mission, fondée sous les règnes de Jacques \" et de Georges IV, avait recours, pour le dessèchement de 2 000 hectares, à une ma- chine à vapeur dont la pompe élevait 63 mètres cubes d'eau par minute, à une hauteur variant entre 2'", 45 et 4*", 80, selon le niveau de la marée dans la Nen, moyennant une dépense annuelle de com- bustible et d'entretien de 7 500 fr. Par suite de la régularisation de Wisbeach, le di?trict de Waldersea possédait désormais une chute naturelle de 1'",27 le dispensant de tout service de machine d'épui- scmcnl; les commissaires acceptèrent en conséquence de contribuer poui' un montant de 137 000 fr. à la dépense totale. Le district de Bedmoro (730 hectares), desséché à deux niveaux par des moulins à vent, à raison d'une taxe de 10 îv. par hectare^ LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETEBRE. 201 payée aux commissaires de drainage, se trouvant dès lors à un ni- veau de un mèlre plus élevé que le Waldersea, par rapport au plan d'eau de la Nen, les commissaires consentirent, en faveur du dessè- chement par gravitation, à verser une taxe de i fr. 50 c. par hectare, pendant la période des travaux, et subséquemment, de 6 fr. 20 c. De Petcrborough à Wishcacli (3* section). — Le devis du pro- £rramme des travaux de la troisième section, Peterboroufih à Wis- beach, avait été chiffré comme dépenses (travaux, terrains, bâti- ments et moitié des frais pour la loi du Parlement), à 3 750 000 fr., et comme contributions à 1818300 fr., réparties de la manière suivante : Contribution de la ville de Wi.sbeach 1 000 000 fr. Contribution de la ville de l'eterborotigh 25 000 Contribution du nord Level 112 500 Contribution de la vallée supérieure de la Nen, à raison de 3 fr. par bectare, pour 6 500 hectares, capitalisée à 505 800 Goniribution de la commission du Bedford Level .37 500 Conlribulion du district de Waldersea 137 500 Total égal 1 818 300 fr. ^B Pour comprendre quelles difficultés il fallut vaincre, avant d'apai- ser les conflits soulevés par les diverses juridictions et d'établir l'assiette des contributions à verser par les divers intéressés, il suf- fira de rappeler que, pour faire rejeter le Bill du Nen Valley drai- nage, 'M pétitions furent présentées et défendues avec le plus grand acharnement devant la Chambre des Communes, et 9 devant la Chambre des Lords. La ville de Wisbeach refusait non seulement de participer aux dépenses pour la somme de 1 250000 fr. à laquelle elle était taxée, mais encore de laisser exécuter aucuns travaux de nature à modifier la navigation et le commerce sur la rivière. C'est seulement sur les injonctions de l'Amirauté, la menaçant d'une dépense de 50000 fr. par an pour l'entretien de la Nen, et sur la déclaration des ingé- nieurs fixant à 1 750000 fr. les dépenses de rectification, que la ville finit par souscrire un million. La commission du Bedford Level repoussait toute ingérence des 202 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. commissaires de la Nen Valley placée dans sa juridiction, et refu- sait toute participation aux dépenses; mais elle dut cédera son tour, en raison des avantages qu'elle retirait de la digue du canal More- ton's Leam longeant les Washes et protégeant son périmètre. La commission du nord Level et le duc de Bedford , rejetant toute contribution, n'admirent pas que la surveillance de la digue limite leur lut enlevée. Ils exigèrent des clauses assurant le service de l'eau douce et la navigation par voie d'une écluse, jusqu'à Tlior- ney. Les derniers points furent concédés, mais ils n'en furent pas moins tenus de verser leur quote-part pour les travaux de consoli- dation de la digue des Washes, et pour les autres avantages dont ils profitaient. Les disiricis de Waldersea et Redmore durent retirer leurs plaintes fondées sur les sacrifices qu'ils avaient déjà faits pour l'établisse- ment de machines à vapeur et de canaux, créant un passif de plus d'un million et demi de francs. Les commissions de drainage de Wisbeach Hundred et d'autres districts, n'ayant plus à entretenir de digues, consentirent à ne payer la redevance annuelle, sur base d'une moyenne des huit dernières années, que pour une partie de leur périmètre; tandis que les arma- teurs de Sutton Bridge et de Wisbeach, les conservateurs du canal de Wisbeach, des routes à péage, etc., réclamèrent contre toute taxe nouvelle sur la navigation et sur la circulation routière. Les compagnies de chemins de fer intervinrent à leur tour pour exiger des compensations, à cause du changement de direction et d'emplacement des ponts, sous le rapport des embarcadères à quai. Les commissaires du cenlre Level, d'accord avec ceux de la navi- gation de la rivière Nen, plaidèrent enfin pour obtenir le droit de dériver de l'eau douce, tout en maintenant la navigation à travers l'écluse Standground, en aval de Peterborough, sans payer aucune indemnité, et ainsi de suite, pour beaucoup d'autres protestataires. Northamploa à Peterborough {V^ et 2* sections). — Le programme des travaux à exécuter dans la vallée supérieure de la Nen devait soulever une foule de contestations non moins graves, au sujet des droits de navigation et des riverains, meuniers ou agriculteurs, (pii LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERHE. 203 invoquaient le !)ienfail des submersions ferlilisantes; nous ne nous y arrêterons pas. Les travaux finalement inscrits dans la loi, pour être exécutés en totalité, ou en partie, mais seulement après l'achève- ment de ceux de la troisième division (Peterborough à Wisbeach), c'est-à-dire après l'année 1859, comprenaient la régularisation de la rivière et le dessèchement de G 500 hectares le long- des rives. Leur compte est donné ci-après : Passif. Pr. Actif. Devis des travaux 2 044 SdO Taxe de 15 l'r. 40 c. par hec- Fr. Terrains 800 000 tare sur 6 550 hectares . . 101 870 Frais de YAct du Parlement Contribution annuelle de la ville (moitié) 125 000 de Northaniplon 1 000 Navigation en amont. . . . 100 000 Droits de navigation à raison de Navigation en aval 50 000 2 fr. 50 c. par an sur 25 000 tonnes A retrancher intérêt annuel. Reste annuellement . . 3 119 850 124 794 62 500 Intérêt annuel à 4 p. 100. 1G4 870 124 794 40 076 Compte général. — Il est intéressant de mettre en regard du compte des dépenses et des contributions, pour les travaux à exé- cuter dans les trois districts, les ressources annuelles sur lesquelles pouvait compter la commission du Nen Valley drainage. Ces res- sources étaient les suivantes : Droits de fr. 05 c. sur 170 000 tonnes au port de Wisbeach .... Droit de 10 fr. sur 1 510 hectares de terre des Washes, soumis au des- sèchement Droit sur les prairies à Standground Péage au pont Dog-in-a-Doublet Droits de navigation sur 40 000 tonnes à fr. 65 c Augmentation de 50 p. 100 sur la navigation Taxe de 7 fr. 70 c. par hectare sur 688 hectares du dibtrict de lledmore. Foin et droit de pâture sur les digues Forfait pour Tentrelien des digues nord et sud 8 500 fr, 37 750 500 5 000 26 000 12 500 5 300 5 000 18 500 Total 119 050 A déduire Intérêt à 4 p. 100 sur la différence de 1 931 700 fr. entre les dépenses et les recettes du troisième district 7 7 268 Reste pour amortissement, entretien, frais divers, etc. . 41 782 204 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. La dépense tolale élanl prévue à 6 875 000 fr. el la recelte an- nuelle à ."350 000 fr., le revenu eût été légèrement supérieur à 5 p. 100 : mais déjà les travaux n'ayant pas été achevés l'année précédente dans la vallée supérieure, comme l'exigeait la loi, les commissaires durent solliciter du Parlement, en 18G1, un nouveau Bill pour augmenter de 2 millions de francs le capital nécessaire, la ville de Wisbeach consentant à augmenter sa quote-part de 625 000 fr. Le principe même sur lequel le Parlement a basé le choix des commissaires est une garantie que les intérêts pécuniaires sont sau- vegardés, dans les commissions, par des hommes compétents. La loi de la Nen a commencé par désigner 37 membres, divisés en trois groupes; mais aussitôt que les terres sujettes à impôt ont été dési- gnées et vérifiées comme quotité, tout propriétaire de 20 hectares laxés a été de droit membre de la commission, ou a pu déléguer un commissaire. Tout propriétaire de 80 hectares a pu en nommer deux, doni lui-même était l'un. En cas de vacance, les propriétaires convoqués en assemblée générale (chaque titulaire de 5 hectares ayant droit à une voix, jusqu'à concurrence de 5 voix) ont eu à dési- gner un commi^saire, propriétaire d'au moins 5 hectares. Outre les représentants des intérêts fonciers et agricoles S la municipalité de Wisbeach a le droit d'élire 4 commissaires; la commission du Bed- ford Level, 2; la commission du nord Level, 2; les commissions de Waldersea et de Wisbeach llundred, chacune 2; les municipalités de Northampton et de Peterborough, chacune 1, el ainsi de suite. Chaque intéressé a voix au chapitre, non seulement pour l'exécution de la loi et la répartition des dépenses, mais encore pour la fixation des taxes. 1. Les terres comprises dans la spécification du i\en Valley act sont les suivantes lIEOTABEa. Prairies le long de la rivière enlre Peterborough et les au delà de Northampton (vallée supérieure) 6 550 Wash lands (lit d'inondation entre Peterborough et Guyhirn). 1 510 Distr et de Waldersoa 2 044 District de Redmore 688 Total 10 79.; LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 205 3. — Dessèchement des Fens en dehors du Great Level. La tlescriplion des Fens du Cambridge serait incomplète si nous omettions de signaler ceux qui se drainent en dehors du Greal Level de Bedford, à savoir : les Fens Downliam, Bardolph, Magdalen et Marsliland avec ses annexes. Le Downliam Fen, d'une contenance de 650 hectares, est desséché en vertu d'une loi spéciale de 1802. Ce sont des moulins à vent, sur la digue de Well-Creek, qui déversent les eaux, par l'écluse Salters Iode, dans l'Ouse. Le remplacement des moulins par une machine à vapeur a été tenté^mais les frais d'épuisement étaient trop élevés, en raison de la faible surface à dessécher. L'inconvénient des moteurs à vent, c'est l'inondation inévitable dans les saisons pluvieuses, car les moulins restent alors inactifs, faute de vent. On cultive dans ce Fen du blé et de l'avoine, et l'on fume le sol avec des tourteaux, des os et des coquilles. Le Bardolph Fen, situé au nord du Fen précédent (2 120 hec- tares), est également asséché par deux moulins déversant les eaux dans l'Ouse, entre Downham et Stow Bridge. Le sol est formé, sur une épaisseur de i'",50, de mousses tourbeuses que l'on a amendées par l'argile et ({uc l'on cultive sans jachères vertes, en navette, en avoine et en blé sur blé, à l'aide d'engrais abondants. Le Magdalen Fen, au nord-est du Bardolph Fen, couvre environ 1 000 hectares du Marshland. Depuis 1833, le dessèchement de ce Fen, améhoré par l'emploi d'une machine à vapeur de 40 chevaux, a modifié absolument les conditions de la culture. Le sol, composé de tourbe noire reposant sur des hts d'argile et de gravier, a été drainé assez profondément pour rendre le sous-solage praticable ; ce qui fait regretter la tourbe jadis consommée par l'écobuage, l'ar- gile étant devenue prédominante dans les terrains écobués. L'assolement comprend 7 rotations: i" navette; 2" avoine; 3" blé; ^^ fourrages, dont moitié est fauchée et le regain est pâturé; 5° blé, moitié du fourrage étant pâturé la même année ; G° fèves; 7" blé. La poudre d'os, à raison de 10 hectolitr.îs par hectare, additionnée de cendres et de guano, est la fumure ordinaire; le bétail reçoit y\iii 206 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. tourteaux en hiver. Il n'est pas rare, dans les terres bien fumées, de récolter 45 et 47 hectolitres de froment par hectare. Le Marshland Fen, placé à l'ouest du précédent, s'étend vers Outwell ; il est séparé du Bardolph Fen, au midi, par l'ancien canal Podike. Desséché en vertu d'une loi spéciale de Georges IH, ce dis- trict se répartit entre il communes. Il y a quatre-vingts ans, l'épui- sement des 2 900 hectares s'effectuait à l'aide de quatre moulins puissants ; après le dessèchement général , il n'en exigea plus que deux, déversant les eaux dans le canal Smeath and Fen, et de là, par l'écluse du Marshland, en amont dans la coupure Eau Brink Cul. Sans l'opposition des propriétaires communaux, les travaux du centre Level, comprenant ceux de l'émissaire en aval de Lynn, au- raient permis de dessécher ce Fen par gravitation d'une manière complète. Le sol formé de tourbe noire sur une grande épaisseur, s'est con- densé au point que l'on peut atteindre par le sous-solage la couche d'argile, qui se trouve de 0"", 20 jusqu'à 0™,40 en profondeur. L'as- solement y est le même que celui des bonnes terres de marais ; les turneps remplacent la navette avec avantage. Wellmoor Fen, à Outwell; Broad and Short Fens, tous deux limitrophes du Marshland, ont été compris aussi dans le dessèche- ment de ce dernier, aux termes de la loi de Georges III (3^ année). 4. — Dessèchement des Fens du Lincolnshire. A l'exception du pays de Gedney et des autres communes limi- trophes, situées au nord du collecteur Sud-Holland, qui le draine directement, sur une longueur de 12 kilomètres, dans le canal Lut- ton leam, et du Porsand Fen, dont le dessèchement, dépend de la commission du nord Level (Cambridge), tous les Fens du Lincohi sont administrés, au point de vue du dessèchement par des auto- rités spéciales, classées en districts, ayant sous leur juridiction les deux rivières qui servent d'artères principales: le Welland, avec son fiffluent le Glen, et le William. Le vaste district des Fens et des Marshes du Lincoln, indépendant du territoire du Great Level de Bedford, est compris entre les villes LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 207 de Lincoln, Wainfleet, Deeping et l'estuaire de la Nen. Il mesure 38 kilomètres dans sa plus grande largeur, entre Bourn et la côte, à Long Sutton, et 19 kilomètres dans sa plus petite largeur, entre Helpringham au pied des Wulds et Foss Dyke Wash. Sa contenance est évaluée à 145000 hectares, pour une longueur de 56 kilomètres environ, du nord au sud. Sur plus de 40000 hectares, le sol est formé de tourbe. Les deux rivières Welland et William, comme nous l'avons fait déjà remarquer, débouchent dans le Washîx quelques kilomètres de distance, au milieu des sables du littoral, et déversent, pour ainsi dire au même point, les eaux d'un bassin qui couvre 380000 hec- tares. Laissant de côté les Marshes pour les examiner avec ceux du Cambridge, nous décrirons successivement les Fens du Lincoln. Deeping Fen. — Le territoire placé au sud-ouest du comté, entre Spalding et Deeping, bordé au midi et à l'est parla rivière Welland, au nord par l'affluent Glen et par le district Sud-Holland , comprend 10 000 hectares environ; c'est le Deeping Fen qu'une compagnie d'entrepreneurs (advenliirers), sous le règne de Charles II, obtint de dessécher, aux conditions fixées par une charte spéciale datée de 1G61. Les travaux de la compagnie eurent pour objet l'élar- gissement et l'approfondissement de la section du Welland, depuis Waldram Hall jusqu'à l'embouchure ; la construction d'un canal, le Slakcr Drain, sur une largeur de 6 mètres, pour dégager la rivière Glen , et de deux autres canaux , HiU's Drain et Vernalt's Drain, devant servir de collecteurs pour les eaux de dessèchement; enfin, l'achèvement du canal Exeler Drain, à partir de Coivbil Tîinnel jus- qu'à la mer, et l'établissement d'une grande écluse sur le Welland, près de Spalding. A la suite de ces travaux, le Fen asséché put être mis en culture ; mais les troubles politiques survinrent, les paysans se révoltèrent, détruisirent ou abandonnèrent les digues, de façon que le territoire, malgré les moulins à vent construits pour épuiser les eaux, fut de nouveau submergé pendant l'hiver. En 1801, une loi spéciale {Inclosure Act) autorisa les communes 208 ANNALES DE LA SCIKNCE AGRONOMIQUE. de Spalding, Deeping, Pinchbeck, etc., à reprendre le dessèchement du Fen, avec faculté de l'enclôlurer et de le lotir, en tant que les terrains appartenaient aux communes. Deux collecteurs, le nord et le sud Drove furent établis pour écouler les eaux de plus de 40 moulins, sans que les conditions générales du drainage se fussent sensiblement améliorées. C'est à peine si, en dehors des pâturages, par des printemps suffisamment secs, les fermiers pouvaient ense- mencer de l'avoine, de la fin d'avril à la fin de mai, et obtenir une récolte avant l'automne. En 18M-1825, une loi additionnelle autorisa les communes à substituer aux moulins à vent des machines à vapeur qui furent installées à Pode Hole, à 3 kilomètres de SpalJing. Malgré l'introduction des machines à Pode Hole, les collecteurs n'étant pas assez profonds, les moulins continuèrent à fonctionner jusqu'en 1831, quand il fut résolu d'approfondir les canaux de0"\60 et d'ouvrir un nouveau canal à l'ouest du Fen. Dès lors, les deux machines à vapeur ont suffi pour maintenir l'épuisement des lOUOO hectares, à savoir : HECTARES. Adventurers lands (terres des entrepreneurs) A 000 Free lands (terres libres) 2 000 Common lands (terres communales) d 000 Total • . . 10 000 Les eaux de cette surface sont rejetéos dans le Vemalfs Dru in qui débouche dans la rivière Welland, et 11 kilomètres plus loin, dans le réservoir écluse de Spalding. Une des conséquences du des- sèchement a élé d'abaisser le niveau général de Deeping Fen de 0"',60 environ; ce qui a permis de drainer le sous-sol à 0'",40 plus bas qu'on n'aurait pu l'espérer, pour le plus grand bien des cul- tures. Le sol de Deeping Fen est formé principalement de tourbe, mais la consistance de cette tourbe et sa fertilité varient suivant que le gravier ou les argiles bleue et rouge du sous-sol ont été mélangés plus ou moins complètement avec la couche arable. Le long du Welland, les alluvions recouvrent la tourbe; à l'ouest, la tourbe noire repose sur l'argile. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 209 L'assolement en cours comprend 4 ou 5 rolalioiis, à savoir : 1° navettes, turneps, mangolds ou carottes; 2" blé; 3" trèfle ou herbes; 4° blé; 5" blé, mais plus souvent avoine. Le froment est remarquablement lourd et l'avoine est de bonne qualité. Les moutons à longue laine sont au parcage, puis engraissés avec de la navette. On donne des engrais aux céréales, sauf au blé (jui suit la navette, après avoir reçu une fumure de poudre d'os, de cendres ou de superphosphate. Le drainage à l'aide de fossés et de tuyaux, à une profondeur de 0'",75, a donné d'excellents résultats dans les terrains tourbeux dont la consistance a été accrue par la cultui'e des céréales et des fourrages. Au sud de Spalding, les lits d'inondation du Wellaiid, Crowland et Cowbit Wasiies, s'étendent sur une longueur de 8 kilomètres. Depuis que la rivière a été régularisée, ces réserves n'ont plus aucune utilité, mais elles fournissent un foin très fin et très re- cherché. Thurlby Fen. — Ce Feu de forme triangulaire est bordé au nord par Boum Eau, canal de navigation qui joint la rivière Glen à Tonnge-End, et à l'ouest par le Car Dijke, canal construit par les Romains pour recueillir les eaux des plateaux supérieurs entre Pe- terborough et un autre canal, le Foss Di/he. Le Car Dijke, sur tout son parcours, sépare les hautes terres de celles des Fens et des Marshes. Thurlby Fen, d'une contenance de 800 hectares, a été desséché à part, à l'aide d'un canal passant sous la rivière Glen, qui conduit les eaux dans le Counler Drain, parallèle à la rivière, et traverse Deeping Fen jusqu'aux machines de Pode tlole. Quoique le sol se trouve à un niveau inférieur à celui de Boum Eau et du Glen, il est plus élevé que celui da Deeping Fen. Formé d'une couche très épaisse de tourbe noire, il n'a été réellement desséché que depuis l'achève- ment des travaux de l'embouchure du Welland, qui ont abaissé le plan d'eau général et spécialement celui du VernaU's Drain. Pinchbeck Fens. — A l'ouest de Pode Hole, bordé par le Deeping Fen et la rivière Glen, le Pinchbeck Sud Fen, d'une contenance de AN.N. SCIENCE AGUON. — 18y3. — l. l'i 210 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 700 hîclares, est desséché par une machine à vapeur de 20 che- vaux, établie en 1830, qui rejette les eaux dans le VernaU's Drain. Depuis ce Fen, jusqu'à la jonction du Glen et du Welland, s'éten- dent le Spaldiug et Pinchbeck Feu, d'une contenance de 1 500 à 2 000 hectares. Quoique très rapproché de l'émissaire, ce territoire fut définitivement assaini après l'établissement d'une machine de 20 chivaux, qui relève les eaux du Bliie Goût Drain, desservant le district, et les rejette dans la rivière Glen. Le sol, formé d'un loam assez mince, mais fertile, est très bien cultivé par les communes propriétaires ; le Spalding Fen possède notamment de magnifiques pâturages dans la direction du Foss Dyke. a) Moteurs et machines élevai aires. Les deux machines de Pode Hole ont été les premières étabhes dans le disirict des Fens; elles méritent à cet égard quelques détails. L'une, de 80 chevaux-vapeur, et l'autre de 60, sont logées sous le même abri. La roue mue par la machine de 80 chevaux, de 8"", 50 de diamètre, avec palettes de i'^,60 de largeur, devait plonger de 4'",50; mais en raison du tassement du sol, elle plonge seulement de 0'",85. L'eau est élevée à 2™, 15 de hauteur, à raison de 160 mè- tres cubes par minute. La roue mue par la machine de 60 chevaux a 9"', 15 de diamètre, 1"\50 de largeur et plonge de 0'",35 plus bas que la précédente, soit à l'",20, ce qui lui permet d'élever 140 mè- tres cubes par minute. L'élévation totale de 300 mètres cubes par minute représente une consommation de houille de 1 200 tonnes par an. La figure i indique, en coupe verticale, le système de roue hydraulique usité dans la plupart des Fens : A, roue de 10 mètres de diamètre, faisant 3 tours et demi par minute ; palettes de l'",52 de longueur et de largeur variable (0'",50 à l'",60) ; B, coursier en maçonnerie en arc de cercle ; G, pignon denté sur l'arbre de la ma- chine, engrenant avec une roue dentée latérale ; D, collecteur prin- cipal ; profondeur 2™, 75. Le niveau d'eau est de 0'",80 inférieur à celui du terrain, quand la roue plonge en plein, soit de 1"',53, et il reste 0"',oO de profondein* sous les palettes pour livrer passage aux hei'bes et autres détritus ; E, rivière ; l'eau dans la rivière est de LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 211 2'",43 plus élevée que dans le collecteui', soit à 1"',53 au-dessus du niveau du sol ; F, digue ; G, vannes pour empêcher le refoulement des eaux de la rivière sur la roue, quand la machine est au repos. Fig. 1. — Roue d'épuisement {Fens du Lincoln). Les roues à palettes et les pompes ne sont pas les seuls engins employés dans les Fens pour l'épuisement des eaux par les machines à vapeur. On trouve également un certain nombre d'écopes du sys- tème Fairbairn, dont la figure 2 indique les détails. Fig 2. — Écope à vapeur, système Fairbairn {Fens du Lincoln). L'écope A tourne autour d'un tourillon B, placé sur la digue C du canal I, dans lequel doit être élevée l'eau du drain J. A son autre extrémité, l'écope est réunie en D à la bielle E du balancier F de la machine à vapeur, qui pivote en G sur un bâti de fondation, II. Grâce 212 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. à son mouvement allenwtif, ce balancier abaisse l'écope au-dessous du niveau de l'eau du draiu, où elle se remplit par le clapet K, et la relève, pour lui faire déverser son contenu par le bec en D. La longueur donnée à la bielle permet, pour une même course du cylindre, de faire varier la profondeur à laquelle l'écope plonge dans le canal collecteur. L'écope Fairbairn de 7"', 62 de longueur sur 9"", 15 de largeur est pourvue d'une cloison longitudinale qui donne de la résistance aux parois et un appui aux clapets. Etablie en tôle de cbaudière, la cloi- son la divise en deux parties égales. On a calculé que pour élever 27 mètres cubes d'eau par coup de piston, avec une force de 60 che- vaux-vapeur, elle consomme l''^,36 de houille par heure et par force de chevaP. Au fur et à mesure que des progrès ont été réalisés dans la cul- ture des Fens, les moteurs et les machines élévatoires se sont éga- lement perfectionnés. Les moulins à vent, introduits par les Hollandais et représentant un travail utile moyen de 60 jours dans l'année, ont été remplacés peu à peu par les machines à vapeur. Les roues à palettes , aussi bien que les écopes, mues par les machines à vapeur, ont fait place aussi, peu à peu, aux pompes centrifuges. Ce n'est pas que, dans maints endroits, on n'aurait pu combiner très avantageusement le moulin à vent et la machine à vapeur pour diminuer le coût de celte dernière, et que, dans d'autres localités, on n'eût pas dû renoncer au moteur à vapeur, pour conserver les moulins à vent des dernieis systèmes. C'était là une question de coût, de rendement utile et d'économie. La roue à palettes est la forme la plus simple que l'on puisse donner à une machine élévatoire ; très appropriée à de petits des- sèchements, elle peut être mue indifféremment par le vent, par traction animale, par une locomobile ou par une machine fixe. Son défaut principal consiste en ce qu'elle ne peut s'adapter aux varia- tions de niveau qui sont la conséquence des crues, pas plus pour la prise que pour la décharge des eaux. Elle ne peut pas marcher au 1. A. Itonna, les Irrif/ations, t. I, p. GSO. . LES DESSÈCHEMENTS KN ANGLETERRE. 213 delà d'une certaine vitesse, et si elle plonge trop, elle travaille mal. Enfin, elle est plus encombranle qu'une pompe et exige des fonda- tions plus coûteuses. Les deux machines à haute pression et à condensation, qui ont été installées pour le dessèchement de East Fen (district n" 4 du Withoin dont il est parlé plus loin), font mouvoir des pompes cen- trifuges du système Appold ; le cylindre a 2'", 15 de diamètre, et la course de piston 1'",52 de longueur. Ces pompes peuvent élever 700 mètres cubes d'eau par minute \ Pour une machine de 1 i chevaux de force et une course de 3"',35, une pompe de I'",01 de diamètre, avec 180 tours, accomplira le même travail qu'une roue à palettes de 12'", 20 de diamètre, avec une largeur de 0"\45, tournant à A tours et demi. La différence n'est pas seulement dans les proportions relatives des deux appa- reils; car la pompe centrifuge utilise complètement la puissance de la machine ; si la course décroît, le volume d'eau augmente, d'une manière automatique, sans modification sensible de vitesse et sans surveillance. De plus, elle maintient la surface desséchée avec moins de dépense de force et de combustible que la roue à palettes. D'autres pompes centrifuges à vapeur, notamment celles des sys- tèmes Gwynne et Easton, se sont substituées, dans les trente der- nières années, aux moulins à roues, partout où cela était écono- miquement possible. Les grandes pompes Easton, établies à Lode Bank, près de Boston, comme celles établies aux écluses de Zui- derzée, en Hollande, débitent 670 mètres cubes d'eau par minute à une hauteur de 2'", 70. Les pompes Gwynne se sont vulgarisées, depuis celles du diamètre de 0"',90, qui élèvent 150 mètres cubes par minute à 3 mètres de hauteur, jusqu'à celles de 0'",35 de dia- mètre, qui élèvent 16 mètres cubes à 2 mètres. L'économie des pompes à vapeur, par rapport aux moulins, est manifesta quand on compare la situation d'un dessèchement de 4500 hectares, exigeant 30 moulins, outre le service de 30 à 40 hommes (au prix de 825 000 fr.), et celle du même dessèchement opéré par 1. Wheeler, Hi.slonj of Ihe Fens of Lancashire [Traits, liist. civil Engineers, vol. XXXIII), et A. Ronna, les Irrigalioas, t. 1, p. 684. 214 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. i machines avec pompes centrifuges à vapeur (ayant coûté ensemble 250 000 fr.), desservies par 8 liommes, et assurant l'épuisement en tout temps, même dans le cas de hautes eaux exceptionnelles. La comparaison établie enlre six districts des Fens, desséchés respectivement à l'aide de pompes et de roues, a montré que par unité de force, la surface desséchée par les pompes est de 1 000 à 1 228, tandis que par les roues, elle est de 600 à 830. On peut compter d'une manière générale sur une force de 2 chevaux et demi à 3 chevaux trois quarts, pour le dessèchement de 100 hectares de Fens ou de marais stagnants, à une profondeur de 3 mètres \ b) La rivière William. Black Sluice Level. — Le dessèchement qui porte le nom de Black Sluice correspond comme importance au Great Level de Bedford. Il embrasse toutes les terres qui écoulent leurs eaux dans la rivière Witham, jusque dans la passe de Boston, par le canal ftrincipal South Forty fool Drain, et s'étend sur 32 kilomètres enlre Boum Eau au midi, le Car Dyke à l'ouest, Kyme Eau au nord et le Old Hammond Beck à l'est, qui draine le Holland Feu. Le canal South Forty foot reçoit les eaux de 26 000 hectares soumis à la taxe de dessèchement, et d'un nombre à peu près égal d'hectares qui ne paient aucun impôt; le Hammond Beck, dont la construction remonte à une très ancienne date, coule parallèlement au canal précédent ; il complète, avec le Risegale Eau, près de Gos- berton, et une foule de Iodes ou drains dirigés vers l'est, le des- sèchement des terres au midi. Dans les terres situées au nord, le Heckington Eau et le Gill Dyke se déversent dans le Witham, à l'écluse de Langcrick, tandis que le Holland Dyke et le Skerth s'écoulent dans le Hammond Beck. Sous le règne de Charles I", Robert, comte de Linsey, lord cham- bellan d'Angleterre, obtint la concession du dessèchement de 14000 hectares compris entre la rivière Glen et Kyme Eau , moyennant l'abandon qui lui était fait, ainsi qu'à ses associés, de 10 000 hec- 1. Hcathcote, Cambridge Press, 24 novembre 1877. LES DEôbÉGHEVIENTS EN ANGLETERRE. 215 lares. Le dessèchement fui effeclivement opéré et coûta 1 150000 fr.; les terrains furent enclôturés et allotis aux colons dont le Lord fit construire les habilalions, les bâtiments d'exploitation, et compter les avances pour le cheptel et le matériel. Le canal principal établi en 1638 par le comte Linsey suivait à peu près le même tracé que le South FoHy fool actuel. Trois années plus tard, le peuple s'élant mis en révolte, détruisit les canaux, les écluses et les levées ; les récoltes furent abandonuées, et le district ne tarda pas à se couvrir de marais. Le Linsey Level, aux mains des populations factieuses, avait subi le même ?ort que celui de Deeping Fen. Tant que le Witham ne fut pas rectifié, la triste situation du des- sèchement se maintint, d'autant plus qu'un nouveau canal, North Forty fool, creusé en 17:20 pour drainer le Rolland Fen, avait dé- tourné, en amont de Boston, des volumes d'eau considérables, qui se déchargeaient auparavant à l'écluse de Langcrick, et le chenal de la rivière s'obstruait chaque jour davantage par les marées. C'est en 1762 que la première loi pour la régularisation du Wit- ham fut sanctionnée. Les travaux à exécuter, aux termes de cette loi, comprenaient : le creusement d'un nouveau chenal et la cons- truction d'une écluse maîtresse à Boston; l'établissement d'un nou- veau chenal, ou coupure, entre ladite écluse et Anthony Goiil, puis jusqu'à Langcrick Ferry et finalement jusqu'à Gh-ipel Hill, sur une longueur de 18 kilomètres environ, permettant de rectifier 14 coudes successifs de la rivière; enfin, de Chapel Hill jusqu'à Lincoln, le curage, l'approfondissement et l'endiguement du Witham. La grande écluse de Boston, formée de 4 sas de 7"\30 de largeur, dont trois pour l'écoulement des eaux de dessèchement et un pour la navigation, fut inaugiirèi en 1766; les autres travaux furent achevés en 1788, au prix de 1 million et demi de francs, fournis par les taxes et les droits de navigation. Le Linsey Level avait bien été compris tout d'abord parmi les districts imposés, mais l'échise Langcrick ayant été détruite, l'amélioration promise par les travaux du Wilham ne se réalisa pas, et il fallut obtenir une autre loi pour ce district. La loi de régularisation du Wilham (Wilham Ad, 1762) visait le 216 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. (Jesséchenienl de 40 000 hectares, répartis en 6 districts, que nous décrivons dans l'ordre topographiqiie. Sixième district. — Le Linsey Level, aussi bien que \e Holland Fpm et Helpringham, constituant le sixième district, furent contraints de construire un autre émissaire que le Syke et le Langcrick Gout. Ils sollicitèrent en conséquence du Parlement une loi spéciale (1765), pour creuser un canal à grande section entre la rivière Glen et Boston, à travers le Holland Feu, avec une écluse indépendante, le Black Sluice, et améliorer les autres canaux. Le canal South Forty foot, construit conformément à cette loi, sur une longueur de 34 ki- lomètres, coupe à angle droit tous les canaux {Eaux et Lodes) qui descendent des terres supérieures, reçoit les eaux de drainage, éle- vées mécaniquement, des deux F'ens Boum et Dyke, d'une conte- nance de 1 800 hectares, et plus loin à l'est, les eaux de dessèche- ment du Holland Fen, par le grand canal North Forty foot; enfin, celles du Neiv Hammond Beck, avant qu'elles débouchent par l'écluse Black Sluice, dans le Witham. En 1770, le canal South Forty foot établissait déjà une commu- nication directe entre le port de Boston, par l'écluse de la rivière Glen, el la ville de Bourn. En 1846, une loi spéciale autorisa l'approfondissement du même canal à i2™,'15, pour faciliter l'écoulement des eaux provenant des terres en dehors du district ; l'agrandissement de l'ancien canal Hammond Beck et la construction d'une écluse pour la décharge des eaux. Ces travaux, confiés à l'ingénieur Cubitt, ont permis d'achever, à la satisfaction générale, l'œuvre de dessèchement du sixième disirict {Withatn Act). Celte œuvre, à considérer les différences de niveau et le réseau inextricable de drains entrecroisés par les ruisseaux qui découlent des terrains supérieurs, était particulièrement difficile. Jusqu'à ces dernières années, de nombreux moulins à vent et quelques machines à vapeur étaient encore indispensables pour empêcher la submersion des niveaux les plus bas. C'est ainsi que les Fens Bourn et Dyke durent obtenir une loi en 1841, après un long litige avec les commissaires du Black Sluice « LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 217 Leml, à l'effet d'installer une machine de 30 chevaux-vapeur pour élever les eaux de dessèchement de \ 800 hectares jusqu'au niveau du canal South Forly foot. La machine, malgré l'affaissement du sol tourbeux, n'en rend pas moins un bon service en drainant le sous- sol plus profondément. Au nord de ces deux Fens et à l'ouest du canal, quatorze com- munes du haut plateau possèdent chacune leur Fen, qui se draine dans le canal; ce sont les Fens Morelon, Haconby, Dunshij, etc., jusqu'à Haie Fen, A l'est du canal, huit communes, Pinchbeck, Gos- berton, Surfleet, etc., jusques et y compris Bicker Fen et Siuines- Jiead Fen, rejettent les eaux de leurs Fens également dans le canal SoKth Forly foot, avec l'aide de moulins à vent qui fonctionnent pendant la saison pluviale. Les Fens situés à l'ouest du district, aussi bien le Howell Fen et le Everhy Fen dont les eaux se déversent dans le Car Dyke, que les Fens South Kyme et Heckington, situés entre le Car Dyke et le Hol- land Fen, sont le plus mal parlagés au point de vue du dessèche- ment, en dépit des moulins à vent dont ils disposent. La raison en est dans la confusion établie par un double système de canaux, dont les uns sont dirigés à l'est vers le Witham, et les autres vers le midi, dans le canal South Forty foot. Les tracés s'enlrecoupant avec les ruisseaux venant des hautes terres et avec les canaux de districts moins importants, ne constituent certes pas un dessèchement simple, quoique l'eau ne doive pas y être élevée à une grande hauteur (0'",30àl™,20). Malgré cette compUcation et les travaux spéciaux d'épuisement, mis à la charge de celte partie du district, toutes les terres, aussi loin que Little Hole Fen, paient la taxe fixée par hectare aux com- missaires du Witham; mais le dessèchement laisse encore à désirer. Boum Fen, Dyke Fen et Morelon Fen offrent un sol tourbeux, épais, qui se convertit vers le nord en un loam noir ; tandis que les Fens à l'est, Pinchbeck Nortl(, Surfleet, Donington, etc., présentent un sol mélangé d'argile et de tourbe, sur un sou«-sol argileux compact. Cinquièine district. — Le cinquième district du Witham Acl oc- cupe le territoire entre Kyme Eau et Billinghay Dates à l'est, et 218 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. les hantes terres de Anwick, Digby, etc., à l'ouest. A l'exception du petit espace d'un niveau plus élevé, situé entre South et JSortlt Kyme, le district entier est drainé mécaniquement; à l'ouest et à l'est du Car Di/ke, les Feus North et Soulh Kyme, Anwick, lius- kington, Donington, etc., rejettent leurs eaux de dessèchement dans le cours d'eau BUUnghay Skerlli qui coule au nord-est et débouche dans le Witham, près du pont à bac de Tattershall. Ce cours d'eau, transformé en colaleur, reçoit également les eaux élevées par les moulins de Fens moins importants. Dans le Fen Anwick desséché et enclôturé en 1792, la tourbe forme une couche de plus d'un mètre d'épaisseur; elle a été utile- ment amendée par l'argile. Les Fens Norlh et SoiUh Kyme parti- cipent aux mêmes conditions de sol et de culture. L'écobuage pratiqué anciennement dans tout le district a con- tribué, par la diminution de l'épaisseur de la couche tourbeuse, à l'amendement du sol par l'argile. Dans l'assolement suivi, les tur- neps remplacent la navette comme jachère verte ; le froment rend couramment 30 hectolitres à l'hectare ; les prairies sont de bonne qualité et le plus souvent pâturées. Premier district. — Le premier district s'avance au nord vers Lin- coln, au-dessus de Billinghay et de VValcot; il est limité par le Car Dyke et les collines des wotds, ou hautes landiîs, à l'ouest, et par le Wilham, à l'est. Sur une longueur de 29 kilomètres, il présente au midi une largeur de 5 kilomètres, près de Kyme Eau, et au nord,, près de Lincoln, d'un kilomètre seulement. La contenance totale est de 10000 hectares. Une dizaine de communes riveraines du Witham,. comprenant Billinghay, Walcot, Martin, Blankney, Metheringham, etc., jusqu'à Washingborough, se partagent les Fens de ce côté de la rivière. Billinghay Fen dont le promontoire séparait le premier districi du cinquième, avant qu'il ne fût desséché et enclôturé en 1779,. était couvert de grands lacs et d'étangs qui, à certaines époques de l'année, ne formaient qu'une immense nappe d'eau, agilée parles vagues. Les eaux très poissonneuses, les canards et les poules sau- vages, abrités parmi les roseaux, fournissaient un revenu impor- LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 219 tant aux habitants des communes. Aussi, quand il fut (|ueslion de dessécher le Fen^ sans compensation pour les droits d'affouage, île chasse et de pêche, le peuple s'ameuta et détruisit les premiers tra- vaux à peine exécutés. Pour donner satisfaction aux intérêts soi- disant lésés des communes, il fut résolu de réserver le lon!> du cours d'eau, entre les digues, une zone libre pour les eaux d'inon- dation et de la répartir entre les intéressés. Les Dalcs ou Wasiies, comme on les désigna, furent desséchés plus tard à l'aide de mou- lins à vent, et finalement de machines à vapeur, dont la force varie entre 20 et 40 chevaux. Les Dales les plus importants, ceux de Billinghay, écoulent leurs eaux, en même temps qu'une partie du Nortli Kyme Feu écoule les siennes, à Dog Di/ke, où une machine de 30 chevaux les élève pour les rejeter dans le Witham. L'établis- sement de cette machine date de 18 il. Depuis lors, les quatorze moulins qui épuisaient les eaux des Feus, en amont de Billinghay, ont fait place à des machines. En vertu d'une loi de 1831 qui auto- risait les travaux d'amélioration pour le dessèchement des Fens Nocton, PoUer-Hanworih et Branslon, une puissante machine a été installée sur la digue du Witham. Une autre machine dessèche les Few5 depuis Branston jusqu'à Lincoln, à Heighington. Les Fens de Melher'mghnm et Dunston sont épuisés par une machine de 25 che- vaux ; ceux de Marlin, Linwood et Blankney, par une machine de 30 chevaux ; enfin ceux de Timberland et Thorpe-F'dney, par une machine de 30 chevaux, étabhe en 1839. Troisième district. — Le troisième district du Witham Act repré- sente les Feus de la vallée du Witham, sur la rive gauche, depuis la rivière Bain près de Tatlershall jusqu'aux hauteurs de VVillingham, près de Lincoln. Les terres basses du Kirkstead Fen sont desséchées à l'aide d'une machine de 30 chevaux, et celles de l'enclôture Slin- would, à Bardney, par une machine de 30 chevaux, qui porte les eaux à trois mètres d'élévation dans le Witham. Plus au nord, au confluent du ruisseau Langworth et du Witham, une machine éta- blie en 1840 relève les eaux des communes de Stainfields, Barlings et Fiskerton, qui recouruient autrefois aux moulins à vent. En dehors de la vallée, un vaste territoire de landes tourbeuses. 220 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. traversé par la rivière Till, s'éiend à l'ouest de la ville de Lincoln. Un premier canal de ceinture les protège contre les eaux en crue des plateaux deDoddington, etc., au sud-ouest, et un second, contre les hautes eaux venant de Burton et Garlton, au nord-est. Le dessèche- ment naturel s'obtient dès lors par deux canaux principaux embran- chés sur le Till et le Sock Dyke, coulant parallèlement au Witham, dans lequel ils débouchent par deux écluses, l'une à Barlings et l'autre à Kirkslead. Ces deux écluses faisaient obstacle à la navigation du Witham, ou à l'écoulement des eaux de dessèchement, suivant leur mode de fonc- tionnement; une loi de 1812 ordonna leur suppression et leur rem- placement par une seule écluse à Horsley Deeps. En même temps, pour assurer la navigation du Witham, elle prescrivit la construc- tion d'un canal latéral (Sock Dyke), sur une longueur de 13 kilo- mètres, pour permettre l'écoulement continu des eaux de crue et des terrains supérieurs. Grâce à ces travaux, l'assèchement du troi- sième district au delà de Lincoln a été assuré. Une seule commune, celle de Shellingthorpe, a dû établir deux petites machines à va- peur, à Decoy Farm, pour rejeter les eaux pendant les crues. Le sol des Fens du troisième district et de son annexe est formé de tourbe dont l'épaisseur varie entre 0'",20 au midi et 1'",50 au nord, aux environs de Lincoln. Cette tourbe est entremêlée de mousses, de bruyères, de branchages, etc., et de lits peu épais de sable; elle repose sur un sous-sol d'argile jaune, très compacte : on amende la couche arable à l'aide de l'argile que l'on extrait en tranchées et que l'on comble successivement. L'assolement est très variable ; il ramène deux fois le blé en six ans. L'engrais principal est de la poudre d'os. La culture, en raison des fumures peu abon- dantes et de la qualité inférieure de la tourbe, est en relard par rapport à celle des districts situés plus au midi. Deuxième district. — Holland Feu, d'une contenance de 8000 hec- tares, constitue à lui seul le deuxième district visé par le Witham. Act. Borné au nord-est par Kyme Eau; à l'ouest par South Kyme Fen et Heckington Feu, au midi par le Hammond Beck qui le sépare des Fens appartenant aux communes Swineshead et Kirton Holme, à LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 221 l'est par Boston et le William, Holland Fen a été desséché et défini- tivement enclôturé en vertu du Black Sluîce drainage Ad de 1765. Le revenu foncier, avant l'enclôture, s'élevait à 78 000 fr. par an et, après le dessèchement, à 632 000 fr. Le dessèchement s'opère par voie naturelle, à l'aide des canaux North Forty foot, Clay Dyke, Hammond Bech, et de drains qui se déversent dans le Soulh Forty fool. Sous le règne de Charles I", le Haut Hiciilre Fen, c'est ainsi qu'on désignait ce district, fut l'objet d'une tentative de dessèchement. Le roi avait frappé à cet effet les communes de Braytoft, Swineshead, Wigtoft, Southerby, Alderchurch, Foss Dyke, Kirton, Frampton, Hole, Wiverton, Dock Dyke et Boston d'une taxe de 60 fr. par hec- tare ; mais comme aucune ne voulut payer, il se rendit lui-même entrepreneur, en s'adjugeant 3 000 hectares pour son compte per- sonnel. Quelques canaux furent alors construits, mais les événe- ments politiques arrêtèrent les travaux et le Fen se recouvrit d'eau pendant la saison des pluies, comme par le passé. Les plus récents travaux comprenant l'amélioration de l'ancien canal Hammond Beck, l'établissement d'une nouvelle écluse à l'émissaire, avec approfondissement de i'",50, et l'agrandissement du canal South Foriy foot approfondi (2"*, 15) de façon à assurer la communication par steamer entre Boston et Guthram Gole, ont amélioré radicalement les conditions du dessèchement de ce dis- trict. Le sol de Holland Fen est un loam léger; le sous-sol est de l'ar- gile mélangée de gravier. L'assolement comprend cinq rotations dans les meilleures terres, et quatre dans les terres inférieures. Le blé est la sole dominante. Le fumier de ferme, additionné de tour- teaux, constitue la principale fumure. Quatrième district. — A l'est du Witham, entre Boston et les hautes terres ou ivolds, s'étend le quatrième district qui comprend les Fens Wildmore, West, East et le Wrangle Common. Wildmore et West Feus, d'une contenance de 16 000 hectares, sont limités au sud et au sud-ouest par le William canalisé, au nord- ouest par les ivolds de Tatterthall, Conigsby, Turnby, Maresham et 222 A.NNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Revesby, et à l'est par le Easl Fcn, comprenant les terres des com- nuines Stickford, Stickney et Sibsey. Ces deux Fens furent desséchés, lotis et mis en culture par des entrepreneurs, Anthony Goul en tête, qui avaient obtenu la conces- sion du roi Charles I". La rivière Witham se trouvant souvent à un niveau supérieur à celui des terrains, et les écluses qui auraient pu laisser passer les eaux étant maintenues fermées pendant des semaines entières, on dut creuser un canal indépendant, pour con- duire les eaux en aval de Boston. Ce canal, construit par Anthony Goût, est le Maud-foster Drain. Les travaux principaux étaient à peine achevés que la populace, révoltée contre le roi et les concessionnaires, mit tout au pillage et tua un certain nombre de colons auxquels les terres desséchées avaient été distribuées. Pour expliquer ces actes de sauvagerie qui déshonorèrent la grande Rébellion, il y a lieu de rappeler que le roi, propriétaire de grandes surfaces dans les Fens, frappait les communes de taxes très élevées, par les commissaires de la Couronne, pour obtenir les fonds nécessaires à ses propres entreprises. Dans le cas du WUdmore Fen, les communes refusèrent de payer l'impôt, et les commissaires du roi traitèrent avec un Sir Anthony Thomas, à ses risques et périls, pour l'exécution des travaux. L'entrepreneur, dans le délai de quatre années, devait dessécher 18 000 hectares, de façon à ne laisser au plus que \ 200 hectares sous l'eau, moyennant la cession d'une part proportionnelle de terrains asséchés. Le contrat fut ponctuellement exécuté, sans aucun égard pour les droits des propriétaires du sol, et sans aucune compensation pour la privation infligée aux com- munes. Le roi et l'entrepreneur se partagèrent alors le pays. Aussi, en lOi^, les paysans et les ayants droit des communes, ne pouvant recourir à aucuns moyens légiaux ou constitutionnels, pour se faire rendre justice, prirent-ils les armes, démolirent les écluses, ravagèrent les terres des concessionnaires, pillèrent les récoltes et le matériel, renversèrent les bâtiments, et mirent à mort ceux qui firent mine de résister. En réponse à une pétition adressée à la Chambre des Lords par les draineurs (sir A. Thomas et ses associés), une loi intervint en leur LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 223 faveur, motivée sur les avantages ([ui résultaient pour la couronne de (erres louées annuellement à 30 et 40 fr., au lieu de 1 fr. par hectare, et ordonna le remboursement de 1 250 000 fr., montant de leurs dépenses. Mais les paysans et les propriétaires des cinquante-deux villes et villages, frustrés de leurs droits, protestèrent, au nom de 4000 familles, contre cette décision des Lords et en appelèrent à la Chambre des Communes. Ils exposèrent que grâce aux canaux, aux fossés, aux ponts et ouvrages d'art exécutés à leurs frais, ils avaient pu maintenir les Fens en état et s'y procurer leurs moyens d'existence ; qu'ils n'étaient pas la proie des mendiants ni des voleurs, comme le prétendaient les draineurs ; que si le Easl Feu était submergé, les Fens Wildmore et Wesl rapportaient de 30 à 40 fr. par hectare annuellement, avant l'entreprise; que le but de Sir A. Thomas avait été de spéculer sur l'acquisition des terres en s'appropriant les ca- naux, les écluses, etc., appartenant aux habitants, et en leur déro- bant une somme de 200 000 fr. par an, sous prétexte d'augmenter le revenu annuel de la cassette de Sa Majesté ; que les Fens étaient en plus mauvaise condition après le dessèchement qu'auparavant ; qu'il n'y avait pas lieu d'indemniser des entrepreneurs qui, suivant leur propre aveu, reconnaissaient avoir encaissé i 425000 fr. pen- dant sept années de jouissance, c'est-à-dire, bien plus qu'ils n'accu- saient comme dépenses et comme sommes réellement déboursées ; enfin, que le pays n'avait pas profité des opérations dans une me- sure qui pût en aucune manière justifier l'aliénation de terres ainsi traitées. Les temps avaient changé ; le roi Charles l" paya de sa tête les excès de tous genres commis en son nom, taxes illégales, extor- sions, concussions, etc., qui motivèrent la guerre civile. Les paysans communaux eurent gain de cause devant la Chambre des Communes et rentrèrent dans leurs droits et privilèges. Le niveau des terrains des Fens du quatrième district s'abaissant au fur et à mesure ([u'ils s'éloignent des embouchures, une partie considérable à l'intérieur demeurait le plus souvent sous l'eau; ainsi le No Man's Friend, dans le Wildmore, les Deeps dans le East Feu, et le Wrangle Common restaient à l'état de marais. Leur dessè- chement eut exigé des canaux profonds pour traverser les Tofts ou 224 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. tertres plus élevés longeant le littoral (voir la note p. 165) ; or, dans les années sèches ces canaux se comblaient, empêchaient la descente des eaux venant des ivolds et débordaient continuellement. La com- mission spéciale chargée, dans de telles conditions, de l'entretien du dessèchement, dut faire appel au Parlement pour obtenir une loi qui permît d'écouler d'abord directement les eaux des wolds. Jusqu'à l'octroi de cette loi, en 1762, Wildinore et West Fens furent laissés à la libre disposition des communes qui y envoyaient paître leurs bestiaux, leurs moutons et leurs chevaux, pendant l'été, exerçant leurs privilèges d'affouage, de faucardement et de pèche, pendant l'hiver; mais à partir de 176:2, les terres furent alloties. En 1801, une nouvelle loi fut sanctionnée, qui incorpora le East Feu et le Wrangle Common dans le quatrième district soumis à la juridiction des commissaires du Witham, et autorisa les travaux, sur la base du projet de Rennie père. Les nivellements exécutés par cet ingénieur montrèrent que la surface de l'eau du Witham, en plein étiage, était de 0'°,98 plus élevée à Anthom/s Goût qu'à la cote la plus basse des marées de morte eau, à Mcmd-foster Goût. Il y avait donc lieu de tracer un canal joignant les deux points, pour dessécher les deux Fens, West et Wildmore, dont le niveau était le même, sauf dans la partie JSo Man's Friend, située à 0'",30 en contre-bas. Le canal principal, d'une longueur de dix-huit kilomètres et demi, devait donner en marée de morte eau une chute de 0'",045 par kilomètre, et en marée de vive eau, une chute de 0'",065 par kilomètre; ces chutes ont été notablement accrues depuis. Sur les 4315 hectares compris dans le Wildmore Fen, il y a 1 190 hectares de hautes terres; sur les 6 850 hectares compris dans le West Fen, il y en a 2 215. Plus de 4 000 hectares de ces terres hautes se drainent dans des fossés (becks) qui traversent les Fens et, en raison de leur pente, déversent très rapidement leurs eaux dont le volume a été jaugé à plus de 600000 mètres cubes par jour, en temps normal, et à trois fois autant, pendant la saison des crues. Rennie proposa de recueillir cette masse d'eau tlans un canal de ceinture (catchwater), qui couperait tous les ruisseaux et les fossés à la descente dans les Fens, de même que ceux qui débouchaient LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 225 des wolds à Sibsey, Stickney et Slickford, jusqu'à l'émissaire de Maud-foster. Ce canal de ceinture qui s'amorce près du confluent de la rivière Bain dans un ruisseau de l'",50 à i'",80 plus élevé que celui des Fens, a été construit sur 34 kilomètres de longueur, avec une pente à peu près double de celle des canaux de dessèchement. La nouvelle écluse à Maiid-fosler présente trois ouvertures de ^"'jôO chacune, soit une ouverture totale de 13'", 80 au lieu de 4 mètres. Le drainage des deux Feyis par les canaux Howbridge, Newham, Medlam, etc., dont l'enlretien est soigné par les commissaires du Witham, moyennant une taxe de 6 fr. par hectare et par an, fonc- tionne d'une manière parfaite. Les commissaires du quatrième dis- trict prélèvent en cuire une taxe de 1 fr. 50 c. par hectare et par an pour le curage des petits drains et des fossés. Le sol des deux Fens est formé en grande partie d'argile, entre- mêlée de lits de gravier ; le sous-sol est du sable. Le drainage, au moyen de tuyaux et de tuiles sur semelles en poterie, a été pratiqué à peu près partout, de façon que la culture arable est partout pos- sible et que les pâturages sont inutiles. Les terres argileuses four- nissent d'excellentes et abondantes récoltes de turneps, de trèfle et de ray-grass, à la contiition d'être labourées en bandes de 2'",50, pour prévenir les effets de la sécheresse. East Fen. — Avant son annexion aux deux Fens précédents, Easl Feu n'était qu'un vaste marécage, contenant quelques étangs pois- sonneux, plantés de roseaux et de joncs, lieux favoris du gibier de marais. Sur quelques terrains émergeant des eaux et appartenant à la commune de Friskney, la canneberge {Oxycoccus) était si abon- dante qu'elle donnait son nom à la localité. Le niveau du Fen est de 0™,30 en contre-bas de celui de Wild- more et de West Fen ; ce qui diminue d'autant la pente du canal de dessèchement, par rapport aux parties basses, les Deeps, situées à 0'",45 au-dessous de l'émissaire Maud-foster. Rennie reconnut qu'il y avait Heu, pour ce motif, de chercher un débouché autre que celui de Wainfleet, et d'un niveau plus élevé encore que le précé- dent, à cause des ensablements du chenal. Il fil donc choix d'un point de la rivière, en aval de Maud-foster, à 5 kilomètres de distance, ANX. SCIENCE AORON. — IS93. — I. 15 c 226 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. appelé Hob-Hole, où, en l'absence de hauts-fonds, le niveau de l'eau se laainlenail à 1"Vi2 plus bas. Ce fut à Ilob-Hole, sur une longueur de 22 kilomètres à partir de Toynton, avec une pente de 0,035 par kilomètre, qu'aboutit le anal pi'incipal qui reçoit par des canaux latéraux Fodder Dyke, Bar Lode, Bell Water, etc., les eaux des 4800 hectares de East Fen et des 10500 hectares de terrains de East Holland, comprenant les communaux de Wrangle, de Leake, de liutterwick, etc., se déchar- geant autrefois à Maud-fosler. L'écluse de Hob-Hole fut achevée en 1806, et celle de Maud- fosler l'année suivante. Comme pour les deux Fens WUdmore et West, les eaux des hautes terres au-dessus de East Feu furent captées par un canal de ceinture de \A kilomètres, débouchant avec celui des autres Fens, à quelques kilomètres au nord de Boston. Le dessèchement fut si complet que sur une vaste surface de ma- rais (Marshes) situés au nord de Wainfleet on put détourner les eaux d'écoulement de l'anse de Wainfleet jusqu'à Ilob-llole. En effet, la rivière Steeping qui recueillait les eaux des marais, venant de Sal- monby, Aswarby, Ilarrington, Partney, Raithby, etc., les laissait en route dans \esFens qu'elle traversait, et exposait certaines localités, telles que Steeping-, Firsby, Thorpe et Groft, à de terribles inonda- tions dans la saison pluviale. Par une loi promulguée en 1818, ces communes obtinrent d'endiguer la rivière Steeping, en la rectifiant entre Steeping Mill et Firsby Glough par un raccourci de 3 kilo- mètres. Cette amélioration ne fut rendue possible que par le dessè- chement de East Fen. Les commissaires du Witham drainage perçoivent une taxe de 1 fr. à 1 fr. 50 c. par hectare et par an, pour l'entretien des drains et des canaux secondaires de East Fen, et de 3 fr. pour les canaux principaux. Le sol, formé de tourbe compacte, assise sur l'argile bleue à une profondeur de 1'", 50 jusqu'à 5™, 50, a été amendé nom- bre de fois par l'argile; aussi la culture arable s'est-elle installée sur tout le territoire, et les pâturages anciens ont-ils à peu près dis- paru. L'assolement le plus usité consiste en : 1° navette; 2° avoine; 3° blé avec ray-grass; A" ray-grass et parfois écobuage. L'avoine LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 227 rend de 50 à 60 hectolitres, et le froment, de 25 à 35 hectolitres par hectare ; outre la poudre d'os et les superphosphates, l'engrais de ville y est très employé. Canaux de ceinture. — L'application du principe des calchwater, ou canaux de ceinture, qui a donné des résultats si excellents dans toutes les opérations de dessèchement entreprises par Rennie père, mérite d'être signalée avec quelques détails. Préconisée par son fils et vulgarisée par les ingénieurs anglais, la méthode des calchwater a rendu les plus grands services, quand il s'est agi d'écouler des vo- lumes d'eau considérables débouchant sur des terrains d'un niveau inférieur à celui des hautes marées, quoique supérieur à celui des marées basses. C'est, du reste, la méthode suivie dans les dessèche- ments des marais par écoulement permanent, pour détourner les eaux pérennes ou de sources, et ne laisser arriver dans les marais que les eaux zénitales. C'est surtout pour l'assainissement des terres des vallées infé- rieures qu'arrosent les cours d'eau , que sir John Renaie recom- mande le départ des eaux du niveau supérieur de celles du niveau inférieur. Si on réunit ces eaux dans un même collecteur, il arrive, en effet, que celles des hauts niveaux, animées d'une plus grande vitesse, se frayent la voie vers l'émissaire, en refoulant celles des bas niveaux qui inondent et saturent les terres adjacentes. En outre , un seul émissaire oblige à établir un réseau bien plus étendu de fossés prin- cipaux et de fossés secondaires, destinés à emmagasiner les eaux des deux niveaux, jusqu'à leur plein écoulement. A l'aide de deux émissaires distincts, on permet, au contraire, aux eaux supérieures de se déverser rapidement en amont dans la rivière, tandis que les eaux inférieures se déchargent plus lentement en aval, sans créer de gonflements, ni de remous. D'ailleurs, les eaux supérieures débouchant en amont, approfondissent le chenal, empêchent qu'il se comble en aval, et le maintiennent en meilleur état pour le dessèchement et la navigation. Un dernier avantage qu'offrent les canaux calchwater consiste dans la possibilité d'utiliser les eaux les plus pures, ou les plus 228 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. fraîches pour l'approvisionnemenl des bas districts pendant la saison sèche, tant au point de vue du bétail que de l'irrigation. Rennie a appliqué sa méthode le long- du Witham , sur plus de GO 000 hectares, en se guidant d'après les principes suivants : Avant de procéder au dessèchement de districts aussi vastes, situés à des niveaux inférieurs, il importe d'examiner en premier lieu l'emplacement de l'émissaire, et les conditions nécessaires pour l'installer à la limite des plus basses eaux, c'est-à-dire, pour abaisser le plus possible le plan d'eau. Dès lors, ayant tracé les fossés de ceinture, destinés à l'écoulement des eaux supérieures, l'assainisse- ment des terrains bas pourra presque toujours s'opérer naturelle- ment, suivant la pente. Au cas où les eaux ne pourraient pas être évacuées en tout temps suivant la pente, il faudra élargir la section des fossés principaux et secondaires, afm qu'ils puissent emmaga- siner les eaux pendant le temps que l'écluse restera fermée. Aucune terre n'est réellement assainie que si la surface de l'eau dans les drains est, à toute époque, de 0^,60 à 0'",90 au-dessous de la surface du sol adjacent. Tout en évitant la stagnation, il importe de pouvoir disposer de l'eau pluviale, ou de l'eau des terres supé- rieures pour laisser au terrain asséché le degré nécessaire d'hu- midité. Drainage. — La règle dominante à observer dans un dessèche- ment consiste à drainer complètement, mais en ménageant une bonne distribution d'eau' pour l'arrosage des terres, le cas échéant, ou pour l'abreuvage du bétail. Au cas où le relief du terrain oblige de faire passer les canaux de ceinture par-dessus ceux du dessèchement, on a recours à des siphons construits en tôle ou en bois. Ces siphons peuvent toujours être placés à une profondeur telle, par rapport à l'orifice d'admis- sion des eaux, qu'il n'y ait pas de frottement; autrement, si les deux orifices sont au même niveau, celui servant d'émissaire donnerait lieu à une légère chute qu'il y a lieu d'éviter. Quand la pente est trop forte et qu'il importe de retenir les eaux 1. Autobiog7-aphy of Sir John Rennie, p. 438. LES DESSÈCHEMENTS EX ANGLETERRE. 229 pour les besoins de l'irrij^alioii ou de l'abieavagc, ou encore pour empêcher rafïbuillement du sol à la descente, on place des barrages de 1 mètre à l'",50 de hauteur, avec des pertuis à vannes de 3 mè- tres jusqu'à 1 mètre d'ouverture, qui servent de retenues. C'est le système qui a été appliqué pour le drainage du Hainaull Foresl, près de li;p[)ing, dans le comté d'Essex^ Quelque essentiel que soit le drainage souterrain, dans le but d'empêcher l'évaporation de la surface pendant l'hiver, il est non moins utile, dans les terres légères et les pâturages, de garder le niveau de l'eau souterraine pendant l'été à une telle hauteur au- dessous de la surlace, que l'eau puisse y monter par le jeu de la capillarité des racines. On y parvient en maintenant l'eau dans les canaux et les cours d'eau qui font office de réservoirs, et en réglant le niveau d'eau et les clôtures pour le bétail en pacage. C'est une pra- tique suivie partout dans les Fens. Quand les canaux principaux ne sont pas utilisés pour la navigation, on y conserve de l'",50 à i"',80 de profondeur d'eau, le radier étant de l'",20 à 1"', 50 au-dessous du niveau général du terrain. Ces canaux, aussi bien que les cours d'eau supérieurs qui les alimentent, permettent de maintenir les fossés et les drains constamment remplis, jusqu'à 0™,60 de profondeur dans les terrains tourbeux, et 0"\90 dans les terrains légers. Par l'évacuation rapide des eaux pluviales excédantes, en hiver, et l'apport en été du volume d'eau nécessaire, les terres en culture atteignent dans les Fens leur haut degré de fertilité, sans crainte de la sécheresse, ni de la stagnation des eaux. Pour être efficace, le drainage souterrain qui maintient la per- méabilité de la couche arable, l'infdtration des eaux atmosphériques et assure l'écoulement des eaux du sous-sol vers les fossés princi- paux, doit être entretenu toujours en bon état, si l'on veut éviter la stagnation. Aussi, la nature des drains, leur pose, leur débit, exi- gent-ils des précautions spéciales dans des contrées comme celles des Fens et des Marshes, dont le niveau, absolument plat jusqu'à la mer, ne permet pas de profiter de pentes suffisantes. 11 y a cinquante ans, on regardait le drainage souterrain de cette 1. Grantham, On arterial drainage [Trans. Inst. civil Engineers, vol. XIX). 230 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. contrée comme impraticable, en raison des difficultés inhérentes au terrain et à son niveau ; mais peu à peu l'exemple fourni par les exploitations des plateaux supérieurs s'est étendu à la zone du lit- toral. Les drains dont on s'est servi le plus communément sont les tuyaux ; mais on a eu également recours aux drains en briques, en fagots d'épine, en gazon et en tourbe. Les drains en fagots sont usités spécialement dans les Marshes, où le sable limoneux recouvre la surface ; les tuyaux, en effet, s'obstruant plus facilement par le sable, ne pourraient pas être curés en chasse, faute de pente. Dans les terrains mobiles, ou compressibles, dont l'argile est superficielle, comme on en rencontre dans certains districts des Feas, on emploie la tourbe, débitée en briquettes, et séchée, pour combler le fond des tranchées, ou bien, quand il s'agit de prairies, de mottes de gazon, disposés en coins, qui forment des drains économiques et rendent de bons services. Les briques ou les tuiles et les pierres, de même que le bois, à cause de leur prix, ou de leur rareté, ne sont guère employés. Dans la pose des drains, on se guide, quant à la profondeur, sur celle des fossés ou des colateurs qui assainissent les Marshes, suivant que l'écoulement des eaux de dessèchement s'opère artificiellement, ou par gravitation. Il est rare, dans le Lincolnshire, que la profondeur des drains excède O^jTS ; si on l'augmente, la bouche étant noyée dans l'eau des fossés, l'écoulement n'a plus lieu que par barbotage, avec une extrême lenteur, puisqu'il y a une pression à vaincre. La profondeur de la couche d'argile, dans les Fens, détermine le plus souvent celle des drains. Cette profondeur, comme on a vu, est assez variable ; tantôt l'argile apparaît à la surface de la tourbe, tantôt elle est en contre-bas de plusieurs pieds ; mais on la rencontre généralement entre O^jôO et l'",50 de profondeur. Pour poser les drains, on creuse la tranchée à travers la couche de tourbe, et on ne les enterre dans l'argile que sur l'épaisseur nécessaire pour re- couvrir d'argile les tuyaux, et empêcher les débris de tourbe de les obstruer \ 1. The Farmer's Magazine. — Drains and drainage, 1868, t. 1. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 231 L'extension de la pratique du drainage n'a pas moins contribué que l'amendement des tourbes pai' l'argile, que l'emploi des engrais phosphatés et autres, et que l'assolement rationnel, à faire de la contrée des Fens et des Marshes une des plus productives de l'An- gleterre. c) Travaux à l'embouchure du WUIiam. Comme on vient de le voir, l'assainissement général des Fens du Lincoln repose sur le fonctionnement régulier du débouché de la rivière Witham dans la baie du Wash. Jusqu'en 1762, quand la première loi du William drainage fut promulguée, ce cours d'eau avait cessé d'être navigable passé Lin- coln; le chenal s'était ensablé et les terres riveraines étaient pério- diquement inondées dans toute la vallée. Lorsque le canal à grande section, tracé en ligne droite, de Lin- coln à Boston, sur 18 kilomètres de longueur, eut été achevé, la navigation se trouva abrégée, et le plan d'eau général du dessèche- ment fut abaissé, de façon à rendre le territoire tout entier à la cul- ture. Ce fut seulement plus lard, à l'occasion du dessèchement de Wild- more Feu, de Wesl Feu, etc., que la question du débouché des eaux acquit une sérieuse importance, et que Sir John Rennie fut chargé de compléter l'œuvre de son père, par la rectification du chenal entre Maud-foster et Hob-Hole, sur un parcours de 3 kilomètres et demi, qui sépare les deux écluses de l'embouchure du Wash, près de Boston. Rennie père, en exécutant le drainage des Fens du Witham, à l'aide de canaux de ceinture et de collecteurs qui conduisent les eaux de ces canaux dans la rivière, en amont de Boston, entendait que la régularisation de l'embouchure se fît aux frais de la ville. Des deux projets qu'il soumit, en 1805, à la municipalité de Boston, l'un consistait, en effet, à redresser l'ancien chenal, à l'approfondir, à encaisser les berges et à créer un nouveau lit entre Hob-Hole et Clay-Hole, où il y avait un fort tirant d'eau en tous temps. L'autre projet comprenait l'exécution d'un canal à travers les terres, allant 232 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. directement de Boston jusqu'à Clajj-Hole. En outre, les eaux d'écou- lement des hautes terres devaient continuer à déboucher à Maud- foster, en aval de la ville, pour maintenir la navigation libre; tandis que les eaux du dessèchement des basses terres continueraient à s'écouler à Hob-Hole. La municipalité recula devant la dépense que devait entraîner l'une ou l'autre de ces variantes, et Rennie père se borna, pour assurer la décharge des eaux, à faire établir un canal de communi- cation entre le canal colateur de Mansfeld et celui de Hob-IIole, à Cûwbridge, où il plaça une jauge qui permettait de déverser les eaux par l'un ou par l'autre des canaux, suivant la hauteur néces- saire à la navigation. Malgré cela, le Wilham ne tarda pas à s'encombrer en amont de l'écluse de Maud-foster, comme il avait été prévu, et le service par l'écluse Hob-Hole devint obligatoire, moyennant qu'on l'élargît. Cette mesure fut insuffisante à son tour, si bien qu'aux marées des mortes eaux, les bateaux pêcheurs pouvaient seuls accoster les quais, et aux grandes marées d'équinoxe, les chaloupes seules pouvaient aboider en ville. La situation de Boston comme port de mer était perdue. Sir John Rennie, chargé par. la municipalité de remédier à cette situation, déclara, après un nivellement et des sondages complets, exécutés par Francis Giles, qu'il n'y avait de salut que dans la réali- sation de l'un ou de l'autre des projets soumis par son père, tout en inclinant vers le premier, qui consistait à utiliser l'ancien chenal et à le prolonger par un canal entre Hob-Hole et Clay-Hole. Indé- pendamment de la ville de Boston, les commissaires du Witham et du Black Sliùce Drainage avaient, selon cet ingénieur, un intérêt direct à associer leurs efforts et leurs ressources pour atteindre le but visé. Les commissaires du Black Sluice se désintéressèrent du projet, après avoir pris l'avis de l'ingénieur Telford qui s'était prononcé en faveur de la démolition de l'écluse située en amont de Boston, pour permettre aux marées de refluer dans le cours d'eau. Il y avait malheureusement plusieurs obstacles à la solution Tel- ford; à savoir : la rivière, en amont de l'écluse, relevait d'une autre LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 233 juridiction ; et, pour recevoir les marées, les berges auraient dû être relevées sur le parcours ; or, il eut fallu, pour donner des compen- sations, en raison de la perle des eaux douces, s'entendre avec des intéressés hostiles à toute combinaison, La ville de Boston dut reprendre seule et à son propre compte le projet de Sir John Rennie qui s'offrit, pour se conformer aux res- sources modiques dont elle disposait, à l'exécuter en parlie seule- ment et progressivement. Dès lors, il commença par faire exécuter le canal entre Hob-Hule et la partie supérieure du Burton's Marsh, sur 800 mètres de lon- gueur et endiguer en amont le chenal, sur 600 mètres de largeur. La navigation devenait ainsi plus courte, en même temps que le flot de la mer augmentait par le refoulement des eaux douces; on acquérait de plus la certitude d'abaisser la limite des mortes eaux et d'approfondir le lit jusqu'à la grande écluse, en amont de Boston. Les travaux adjugés aux entrepreneurs .lolliffe et Banks présen- tèrent de grandes difficultés à l'endiguement, à cause de la largeur du chenal et de la masse du flot ; mais le résultat dépassa toutes les espérances. Le chenal s'améliora au point que les marées de vives eaux, au pont de Boston, atteignirent la cote de 4°', 27, tandis que la laisse des mortes eaux monla à 3'" ,05. Le lit s'approfondit de 0'",90 à i'",20 au-dessous des marées de mortes eaux, de telle sorte que les navires de 4"", 60 à 4", 85 de tirant d'eau purent accoster à quai, à haute marée, et ceux de 3'",65 à 3'", 95 de tirant d'eau purent librement entrer à marée basse. En outre, tous les atterrissements formés en amont de l'écluse de Maud-f osier furent entraînés, en facilitant l'écoulement des eaux du canal de ceinture et de décharge par les écluses Grand et Black Sluices. Encouragée par ces résultats, la ville de Boston, après avoir dé- pensé 825000 fr., s'imposa de nouveaux sacrifices pour exécuter les travaux projetés par Rennie père et fils. Dès 1845, les digues longitudinales du Witham furent achevées : les navires de 300 ton- neaux remontèrent en pleine mer jusqu'à Boston. Le Witham avait environ 180 mètres d'extravasement au point où il n'était plus navi- gable, et donnait l'",82 d'eau à mer pleine. Le lit de la rivière 234 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. fut concentré dans un rétrécissement de 27 mètres, le seul courant de descente enleva les vases et les sables et creusa un chenal de 4 mètres de profondeur en mer de vive eau, sans avoir recours au dragage ^ La navigation et le dessèchement furent améliorés au point que Boston recouvra la situation commerciale que lui avait fait perdre l'obstruction de son port, obligeant les navires de s'arrêter à Clay- Hole, à l'entrée de la baie. De plus, un bill introduit, dès 1852, auprès du Parlement, a autorisé, par des travaux en aval de Hob- Hole et de Foss Dyke bridge, la reprise dans la baie du Wash de 14000 hectares de lais de mer, devenus accessibles. B. — LES MARSHES ET LES POLDERS. Description. — Les Marshes s'étendent sur une longueur de côte de plus de 200 kilomètres, depuis l'embouchure de la rivière Nen jusqu'à celle de la rivière Trent, dans l'Humber, au nord du Lincoln. Entre Lynn et Wainfleet, de même que sur les bords de la Trent, les terres des Marshes, situées en contre-bas du niveau des hautes marées, sont défendues par des digues, parfois espacées sur trois ou quatre rangées qui correspondent aux avancements obtenus dans la conquête des aliuvions sur la mer. Sur la côte même du Lincoln, directement battue par les vagues de l'Océan du Nord, les dunes de sable tiennent lieu de digues. Les Marshes proprement dits, qui séparent les Fens du littoral^ se distinguent d'après la formation plus ou moins ancienne de leur sol et se divisent en un certain nombre de districts; le Marshland, entre Lynn et Wisbeach ; le Soulh Hoiland, entre Wisbeach et Spal- ding; le Easl Hoiland entre Spalding et Boston; enfin, le Marsh et Middle Marsh, entre Boston et Wainfleet, sur la côte du Wash. Sauf ce dernier district, les autres comprennent des terres endiguées de- puis des siècles et des atterrisscments plus modernes. Pas plus que les Fens, les Marshes, aujourd'hui assainis, ne sont 1. Rapport à la Chainbre de commerce de Rouen, 20 novembre tSio ; Journal du génie civil, 1846. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 235 marécageux. S'ils sont humides en hiver, ils sont souvent trop secs en été. Le terrain, bien égoutté dans les anciennes parties, est enclô- turé, parsemé de bouquets d'arbres et généralement bien cultivé. Les fermes, dont l'importance varie entre 40 et 100 hectares, comprennent trois quarts de terres arables qui produisent d'abon- dantes récoltes : pommes de terre, racines, céréales, trèfle et four- rages verts, et un quart de terres en pâturage permanent. On y élève et engraisse des moulons à longue laine, ou des demi-sang des races de Leicester et de Down, venant du Norfolk, du bétail courtes cornes et des chevaux. La qualité du sol varie suivant l'éloignement de la côte, c'est-à- dire selon l'âge des alluvions reprises sur la mer. Au voisinage des digues, le sol formé de hmon onctueux, noirâtre, convient aux pâ- turages pour l'engraissement du bétail. Quand le sous-sol de sable pur n'est pas trop rapproché de la surface, la culture arable est pro- lilable pour le froment, la navette, la moutarde, etc. ; mais le drai- nage des terres offre une certaine difficulté par suite de la couche aquifère souterraine {soak ou sock) dont la profondeur dépend du niveau des marées et de la chute d'eau pluviale. Les tuyaux des drains à 0'",60 et 1 mètre de profondeur sont souvent noyés, et les fossés qui servent aussi de clôture ont l'inconvénient, à cause de la perméabilité du sol, de rester à sec pendant l'été, tandis que la terre étant saturée en hiver, ils demeurent remplis d'eau stagnante pendant des mois entiers. L'abaissement du niveau des aqueducs qui entraînent les eaux à la mer sous les digues, et des drains collec- teurs ne sauraient manquer d'améliorer l'égouttement des Marshes et des terres en bordure des Feus. La plupart des aqueducs, ou Goûts, comme on les désigne, qui drainent les Marshes, pourraient être dirigés sur les canaux des Fens, ou sur les rivières à écluses, dont le radier est notablement plus bas que le plan d'eau de la couche souterraine. Depuis le cadastre de Guillaume le Conquérant (le Domesday Book), où figurent les bourgs et villages du district des Marshes, de nombreux centres de population se sont fixés auprès des digues. Sur les terres où, du temps de Charles II, existaient les marais elles pâturages, des routes et des chemins de fer sillonnent aujourd'hui 236 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQIjE . le territoire, et les exploitations agricoles qui s'y sont installées rap- portent un fermage de 100 à 150 iV. p ir hectare. La dernière digue de Soiith Rolland construite en 1660, par delà les digues romaines et Raven's Bank, suit un tracé irrégidier. Plu- tôt escarpée du côté des terres, elle a une pente de 1 sur 3 du côté de la baie ; son talus est entièrement revêtu de gazon, et sa base, vers la plage, est exhaussée par rapport au niveau des terres endi- guées. Il en est ainsi du resle à chaque digue, de sorte qu'en avan- çant vers la mer, le sol, après chaque levée est plus élevé. Aussi, la vue de la mer est-elle absolument cachée de l'intérieur des Marshes. C'est à peine si l'on aperçoit les voiles et les cheminées des bateaux, qui naviguent dans la baie. Les marins ne se repèrent, en pénétrant dans les passes du Wasli, que sur les clochers des villages, derrière les digues. Au dehors des levées, à marée basse, les sables s'étendent jus- qu'à l'horizon; la plage des, jjolders, recouverte d'herbe Une, au ton vert foncé, est pâturée par des milliers de moutons et de bestiaux ; plus loin, les sables sont masqués par la criste marine aux nuances vives; enfin, les sables vaseux ne laissent plus apercevoir que les balises qui guident les bateliers dans les passes ouvertes de la baie. Les alterrissements et les polders ne cessent de grandir sous l'ac- tion du courant qui amène dans le Wash les débris arrachés aux falaises par la mer du Nord. Au fur et à mesure que décroît la vitesse de ce courant, le dépôt s'accentue davantage ; aussi est-on obligé de maintenir le chenal libre pour la navigation, à l'aide de digues submersibles en pierres ou en fascinages, qui détournent les sables. C'est au pied de ces digues et le long des épis, du côté opposé aux passes, que s'opère le colmatage des polders, à raison de 0'",60 d'épaisseur par an. Quand les sables sont assez exhaussés pour se recouvrir du limon fin et argileux qui se précipite seulement dans les eaux absolument ti'anquilles, les marshes verts ou herbus (green Marshes) sont prêts pour l'enclôlure. Leur fertilité dépend surtout de l'apport des ma- tières végétales et animales par les algues, les varechs et les infu- soires que l'Océan accumule à chaque marée sur les terrains col- matés. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 237 1. — Comtés de Norfolk et de Cambridge. a) Marshland. Le district du Marshland, d'une superficie de 12 000 hectares environ, entre Lynn et Wisbeach, comprend 17 communes qui se partagent le territoire alluvien regagne sur la baie. Depuis que les travaux dont nous avons rendu compte, pour la dérivation de la Great Oiise, à son embouchure (£'fn^ Brink Cul), ont été achevés, l'assèchement du Marshland est définitif. Les deux canaux principaux, Cliancellor's Lode et West Lymi Gaol, recueil- lent les eaux pour les rejeter dans la rivière canalisée. Le sol arable est formé d'un mélange de sable marin avec la vase argileuse, qui lui donne une ténacité remarquable. Suivant la pro- portion d'argile, l'assolement varie de 4 à 5 années. L'assolement de quatre années comporte : 1° jachère nue, parfois des lurneps, ou de la navette ; 2' blé ; 3° trèfle, ou fèves; 4" blé. Chaque commune réserve dans les Marshes les plus éloignés de la mer des pâturages sur loam riche, où l'on fait parquer par hectare jusqu'à 30 moutons métis (Down-Leicester), plus une tête de gros bétail. Dans beaucoup de localités, on cultive la pomme de terre et les racines. Indépendamment des levées intérieures qui protègent les Marshes contre les eaux des Feus et des hautes terres, les digues à la mer constituent une lourde charge d'entretien pour les communes limi- trophes. Malgré la surveillance la plus active, il arrive que ces ou- vrages se laissent entamer par les fortes marées; les catastrophes qui résultent de ce retour offensif des eaux de la mer sont parfois terribles. Nous rappellerons les détails de celle survenue en 1862. Inondation de iS62. — Le dimanche 4 mai de cette année, une des écluses du centre Level, située à 6 kilomètres au midi de King's Lynn, cédait sous la pression d'une des hautes marées d'équinoxe, comme avait cédé, en 1713, l'écluse de Denver, et livrait passage aux eaux de la mer du Nord. Cet ouvrage important, Tilnei/-gale, par lequel les eaux du canal se déchargeaient dans la rivière Great 238 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Ouse récemment canalisée, avait probablement été affouillé dans ses fondalions ; en même temps, le radier de la rivière s'était effondré ; tant est que la marée arasant les défenses créait une brèche de plus de 100 mètres de largeur dans la digue, menaçait la face opposée du canal par la base, et submergeait près de 3000 hectares de ter- rains en pleine culture dans les Marshes. La préoccupation dominante, au milieu de l'affolement des popu- lations, fut d'empêcher que le désastre ne s'étendît à 30 000 ou 40000 hectares désormais livrés à la merci des eaux. Dès le 7 juin, la brèche dans la digue orientale fut à peu près comblée, moyennant 5000 sacs de terre; mais la brèche dans l'autre digue parallèle avait atteint 140 mètres d'ouverture et 8 mètres de profondeur. Les sacs résisteraient-ils jusqu'à ce qu'un batardeau sur pilotis pût être construit? Telle était la question pleine de cruelles indécisions qui agitèrent les ingénieurs sous les ordres de M. Lunn, surintendant du centre Level. Si la berge de la digue de l'est cédait, les Fens Magdalen, Bardolph et Downham devaient être infaillible- ment noyés, car ils n'avaient pas assez de machines pour se main- tenir à sec, en régime normal. De plus, les eaux d'inondation frap- pant les digues du canal du Marshland Fen, menaçaient d'emporter l'écluse dont la section avait seulement 3'", 20. Les travaux de première urgence se concentrèrent sur la réfec- tion de la berge, moyennant l'établissement d'une digue provisoire et d'un batardeau, posté à 900 mètres en aval de l'écluse détruite. La digue fut construite à l'aide de fascinages en berceaux, flottés de l'aval à travers le courant, et plongés par des caissons de pierres. Quant au batardeau, on se décida à l'éditler sur une double rangée de pieux à vis de 18 mètres de longueur, avec écartement de 2", 15 destinés à recevoir en coulisse, pendant l'intervalle des marées, des panneaux en bois de 0"',15 d'épaisseur, revêtus de tôle de 0",025 d'épaisseur, sur une hauteur de 0™,90. Dix sonnettes à vapeur furent montées sur la plate-forme installée à hauteur des têtes, afin d'activer le battage des pieux que l'on relia entre eux par de forts madriers et des tirants en fer. En outre, des élançons de gros calibre maintinrent le centre du batardeau, au fur et à mesure de son avancement, contre les quais en pilotis bordant LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 239 l'ouvrage en amont et en aval. On espérait ainsi maintenir l'écarte- ment rigide entre les deux rangées de pilotis pour poser l'armature, et offrir une résistance compacte au flot ; mais la quatrième rangée de panneaux était à peine placée, que, malgré remplissage à l'aide de sacs d'argile et de corrois, le batardeau se lézarda sur un grand nombre de points, sous l'action de la marée haute. Les panneaux supérieurs durent être relevés pour laisser passer la marée et empêcher la destruction totale de l'ouvrage si pénible- ment appareillé. On reconnut alors, à l'aide des plongeurs, que l'un des panneaux de pied avait crevé ; beaucoup d'autres s'étaient dé- jetés; trois des maîtres pilotis s'étaient brisés, et le lit du canal avait subi un affouillement profond. Sur l'avis des ingénieurs en chef, Hawkshaw et Linn, il fut con- venu dès lors, pour arrêter l'affouillement produit au pied des pan- neaux, de foncer des pilotis servant de support au blindage, dans l'intervalle des entre-toises, de les scier à hauteur en les arasant, et de leur faire porter les panneaux. En même temps, ordre fut donné de renforcer les berges par des sacs de gravier au lieu de terre, et de consolider les cadres à l'intérieur par du corroi. Plus de 100000 sacs de terre avaient été déjà employés à cette date ; des centaines de wagons de corroi furent ensuite utilisés pour la consoUdation de l'ouvrage, qui résista finalement aux efforts des dernières marées de juin. En attendant, le niveau des eaux d'inondation s'élevant sans cesse à cause des travaux du batardeau et de la décharge des eaux de dessèchement du centre Level par l'écluse de Well-Creek, on décida de recourir à des siphons pour l'épuisement, et au besoin, de main- tenir les siphons en état, au lieu de faire les dépenses d'une nou- velle écluse. Au mois d'octobre suivant, neuf siphons de 0"',90 de diamètre abaissaient, après quelques jours, le niveau des eaux de 2'", 35 àl'",40 sur une distance de 25 kilomètres; c'est-à-dire jus- qu'à Mardi Bridge. Tandis que le batardeau progressait sous la direction de Tingé- nieur Smith, les autres digues crevées ou afiouillées dans le Marsh- land étaient l'objet de travaux urgents, conduits par l'ingénieur Page, pour compte de la commission du district. 240 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. La digue Muller avail été abandonnée; un éboulenient nouveau se produisit sur près de 30 mètres de longueur et 14 mètres de pro- fondeur, dans la digue de l'ouest. Cinquante ouvriers furent employés à la combler avec des sacs de gravier, transportés par des yoles à fond plat, depuis l'embouchure de la rivière Humber jusqu'au nord de la brèche. Sur la digue de l'est, l'affouillement constaté par les plongeurs auprès de Wash-Bridge, en face de la première brèche, avail de 400 à 130 mètres de longueur et pénétrait jusqu'à l^jSO au-dessous du radier du canal ; là aussi il fallut recourir à l'immersion des sacs pour arrêter les progrès de l'érosion. D'une manière générale, les berges, depuis le barrage jusqu'à l'écluse de décharge dans l'Ouse, avaient perdu de leur solidité en raison de l'imbibition des terres; on dut les revêtir de corroi. En outre, il fallut songer, par l'établissement d'aqueducs à travers les remblais du canal de Marshland, à diminuer les eaux du centre LpvbI. Grâce à ces aqueducs, le niveau baissant de 0™,025 par jour, jusqu'à la cote de 0'",60 au-dessous de eaux moyennes, constatée avant l'achèvement du balardeau, Bardolph Fen fut asséché, et suc- cessivement les autres Fens purent être remis en culture, malgré l'atterrissement. La couche formée de limon onctueux atteignait déjà quelques centimètres d'épaisseur sur beaucoup de points. Enfin, en vue de l'avenir, les commissaires du Marshland prirent la résolution de faire élever une digue transversale, par rapport à la brèche, et d'établir une nouvelle écluse qui assure la situation du Smeatli Fen. La digue à la mer, construite par l'ingénieur Page, consista dans le fonçage de deux rangées de pilotis, distants entre eux de 0'",20, avec écarlement de 3™, 60 entre les rangées. Sur la face intérieure, le revêlement fut fait en pieux ou rails métal- liques, espacés de 0'",60. Entre ces pieux et les pilotis, on inter- calait des madriers. Quant au remblai extérieur il fut formé de pierres et de gravier, tandis que l'intérieur se comblait avec des fascinages, des sacs de gravier et de terre, etc. D'après les devis des ingénieurs, l'ensemble des travaux exécutés pour la réparation des digues, l'épuisement des Fens inondés, etc., et de ceux nécessités par la sécurité du district, devait s'élever au LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 241 chiffre d'un million eldemi de francs. Il y avait lien d'ajouter à cette somme 800000 fr. de dommages -intérêts à payer par la commis- sion, moyennant le prélèvement de taxes additionnelles. Le bilan de l'accident du 4 mai 1862 s'est résumé de fait, pour les commissaires da Marshland,en une première dette hypothécaire d'un million de francs, à intérêt de 4 p. 100 l'an, et en une dette de \ 300 000 fr., à intérêt de 4 1/2 p. 100 ; au total, 2 300 000 fr., à répartir sur une surface de 45 770 hectares. Digues à la mer. — Sir Johîi Rennie résume, d'après sa longue expérience, les conditions qui doivent présider à rétablissement des dignes à la mer. Le tracé des digues doit être fixé autant que possible de façon à laisser au-devant d'elles une plage qui amortisse la force des vagues, et ne donner à l'ouvrage qu'une hauteur de 1™,80 à 2'", 15 de vives eaux à soutenir. Même avec cette profondeur moyenne, aux marées hautes, il peut se présenter telle tourmente, sous l'action de vents violents, amenant pendant trois ou quatre heures un paquet de mer, qui cause de sérieux dommages à une digue mal consolidée. Si la plage d'avant est assez spacieuse, une digue en terre bien battue, de 5 ou 6 pour 1 de pente vers la mer, avec revêtement en argile de 0'",45 d'épaisseur, soigneusement gazonnée, dépassant de 1'",80 le niveau des marées d'équinoxes, la crête ayant 1"', 80 de lar- geur, le talus du côté de terre étant de 2 sur 1, avec un fossé à 3 mètres de distance du pied, offrira la résistance voulue sur la- quelle on pourra compter. Dans certaines circonstances exceptionnelles, la digue ainsi cons- truite sera, en outre, empieri"ée sur 0"\25 d'épaisseur, ou protégée par des fascines qui offrent le désavantage d'exiger des renouvelle- ments fréquents. Lorsque la plage est sujette à érosion , il est nécessaire de la défendre par des épis disposés de manière à faire déposer les allu- vions en suspension dans l'eau. Enfin, par une mer profonde, si la digue devait résister à 3'", 65 d'eau, le profil sera modifié en donnant au talus un allongement de 7 à 9 pour 1. Le revêlement en argile sera aussi plus épais ; l'em- ANN. SCIENCE AGROX. — 1893. — I. 16 242 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. pierrement et les épis seront |)lus forts, pour assurer la protection de l'ouvrage. Que l'inclinaison moyenne du talus vers le large soit de 4 à 5 pour 1, et même parfois de 8 sur 1, selon les circonstances qui va- rient d'une localité à l'autre, il est essentiel de surveiller le pied de la digue, et dans le cas où une fissure se produirait, il ne faut pas tarder à la couvrir par un épi porté aussi loin que possible. Il est d'usage de prélever les matièi-es du remblai de la digue dans la plage située au dehors ; mais il importe de ne jamais creuser à moins de 10 mètres de dislance du pied et de ne pas approfondir les fosses d'emprunt au delà de O^jSO à 0™,45. Pour se procurer le volume de terre nécessaire on devra s'étendre en largeur, et laisser des banquettes entre les chambres d'emprunt, afin d'éviter que des courants s'établissent et dérangent le dépôt des limons entraînés par les marées. Quand on ne dispose pas de bonne argile pour le revêtement, on Fig. 3. — Type de digue à la mer. recourra à de la terre mélangée avec de la paille, dont on fait un coiToi vaseux que l'on applique à l'état humide, sur une épaisseur de 0"',45 environ. Sur ce corroi, on battra à la dame 0'",20 de pierres cassées qui complètent la face du talus. La figure 3 reproduit le type courant de digues. A, construites en terre avec un noyau B en biocailles, ou en pierres, et un revête- ment C en maçonnerie, dont le parapet a la forme concave pour mieux résister aux vagues. Le talus, à un et demi de base pour un de hau- teur, varie suivant les matériaux. D indique la limite des plus hautes marées, E celle des basses eaux au pied de la digue. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 243 b) Marshland Smeath. Le Marshland Smeath, qui occupe 650 hectares, est un des plus fertiles. La culture intensive s'y poursuit sans engrais, peut-on dire, et sans jachère nue. Le drainage par tuyaux a contribué à l'amélio- ration des terres récemment conquises sur la baie. c) Walpole Out-Marsh. A la suite des travaux exécutés par la Compagnie du Delta de Nor- folk, dans l'estuaire de la Greal Oiise, le territoire augmente pro- gressivement. Le Marsh de Walpole compte parmi les plus récents polders; il couvre 550 hectares; un autre polder de mêmes dimen- sions a été enclôturé, il y a peu d'années, le long du nouveau chenal de la Nen; enfin, sur les 2 000 hectares qui doivent constituer le Wingland, au moyen du Cradge Bank, la moitié environ est prête pour l'endiguemenl. d) Waldersea Marsh. Le Walde7\sea Marsh (8 200 hectares) représente, pour un sol tourbeux, mélangé d'argile, un ensemble des plus riches pâturages et des terres arables de première qualité, dont le dessèchement est rendu définitif depuis la réfection des ponts-écluses de Wisbeach et de Sutton. e) Wisbeach Hundred. Au nord de Marshland, le Wisbeach Hundred (7000 hectares) est également d'une grande fertihté. Sur les parties plus élevées, les I erres en culture arable produisent de lourdes récoltes de cé- réales et de pommes de terre. On fume avec de la poudre d'os la jachère en navetle, et avec du fumier le froment qui suit le trèfle ou les fèves. Aux environs de Leverington, la culture en grand de la menthe poivrée alimente quelques distilleries importantes. 244 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 2. — Comté de Lincoln (Spalding). a) Sontfi Holland. Le district South Holland, d'une contenance de 32 000 hectares, est tout entier dans le Lincolnsliire ; il est borné au nord et à l'est par la baie, au midi par le nord Level Drain, et à l'ouest par le Welland. Du côté de la baie, il est défendu par la digue construite en 1660, et par des digues romaines Old Sea Dyke et New Sea Dyke, dont le sol extérieurement est plus élevé de i'",80. D'autres digues, Raven's Bank est du nombre, avaient été établies jadis pour défendre les Marshes contre l'envahissement des eaux des Fens. On retrouve dans les pâturages un grand nombre de tran- chées parallèles qui servaient évidemment à retenir les crues ; les remblais étaient utilisés comme refuges pour le bétail. Gomme les bêtes paissaient le jour dans les terres humides et se retiraient le soir sur les monticules, les meilleurs pâturages se trouvent aujour- d'hui sur les hauteurs. Dans toute la partie méridionale, la plus basse de South Holland (environ 12 000 hectares), le dessèchement s'opère par un système de canaux courant de l'est, depuis Peak Hill, près de la digue du Welland, jusqu'à l'écluse de la rivière Nen, près de Sutton Bridge. Ces canaux coupent presque à angle droit les drains qui se diri- geaient autrefois vers Lord' s Drain, dans le Welland, à travers les terres de niveau plus élevé. Malgré l'établissement des nouveaux canaux, celte partie du district frappée de taxes très onéreuses resta longtemps dans une situation des plus précaires au point de vue de l'assainissement et de la culture. Les travaux de VEau Brink Cut, en créant une chute additionnelle de 2™, 45 à l'écluse, améliorèrent définitivement cette situation. C'est à la suite d'un endiguement de 2100 hectares, effectué en 1792, que les intéressés obtinrent du Parlement le vote d'une loi autorisant le dessèchement complet de la partie du territoire com- pris entre le Welland et Lutton Leam. D'après cette loi, un canal, LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 245 South Holland Drain, fut creusé (1794-1795) entre Peter's Point, près de Sulton Bridge, avec une écluse pour rejeter les hautes eaux delà rivière Nen, et Peak Hill, près de la levée de Gowbit, sur une longueur de 22 kilomètres et demi. Deux canaux servent d'embran- chements, le Highland's Drain (8 kilomètres) et le Lowland's Drain (6 kilomètres); ils complètent, pour la partie méridionale de Soulli Holland, le dessèchement opéré à l'ouest par le Lord' s Drain qui, lui, se décharge dans le Welland,à Wragg Marsh, iprès de Spalding. Un certain nombre de communes font écouler directement leurs eaux de dessèchement à la mer, soit par le Sliire Drain, comme Sutton-Saint-Edmund, Tidd-Saint-Mary, Sutton-Saint-James, etc., sur 2300 hectares; soil par Lullon Leam, Moullon Creek, et d'autres aqueducs qui traversent les digues. Le long de la Nen, le sol est un loam épais, de riche qualité, et le sous-sol est perméable; mais en s'éloignant de la rivière, il devient plus tenace, à cause du mélange de l'argile et de la tourbe. Un signe de richesse de ces terres résulte du fait que le pastel peut se cul- tiver pendant trois et cinq années consécutives, et être suivi de plu- sieurs années de blé. Aux environs de Long Sutton, le sol se prête à la culture inten- sive du froment, de la moutarde, des racines, etc. ; les prairies y sont en plein rapport, quoique sur des terrains trop sablonneux, où il y a excès de matières salines, laxatives, l'herbe ne soit pas aussi recherchée par le bétail. Au nord de Moulton, jusqu'à Foss Dyke, le long du Welland, le sol des Marshes, tout en jouissant d'une grande fertilité, a une con- sistance bien plus ferme qui se rapproche de celle du gault. b) East Holland. Ëast Holland, dans sa partie limitée au nord et à l'ouest, par le canal Old Hanimond Beck et au midi, par les rivières Glen et Wel- land, est intermédiaire entre les Fens et les Maî^shes. Le terrain, de plus ancienne formation que celui des marais, réparti entre les com- munes de Gosberton, Doninglon, Swineshead, Wigtoft, etc., est soumis à la culture arable ; et comme ces communes possèdent des 246 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Marshes dans la direction de la côte, vers Bicker Haven, elles peu- vent combiner ainsi l'élève du bétail avec la culture des terres. Les canaux de dessèchement, Old Ouse Mer-Lodc, Five Towns Drain, Kirton Drain, etc., sont, à vrai dire, des fossés, décrivant des sinuosités sans nombre, avec des embran'^hements dans tons les sens, insuffisants même pour le drainage des eaux pluviales. Il en résulte que les eaux s'infitrent dans le sol et le sous-sol très poreux, pour regagner souterrainement les rivières; malgré cela les terres sont relativement sèches et figurent parmi les plus fertiles de la contrée; c'est le cas surtout pour les exploitations situées à Wigtoft, entre Donington et Kirton. La partie méridionale de East Holland est bien desséchée par le canal Risegate Eau, qui se dirige en ligne à peu près droite entre le Hammond Beck et le Welland, vers Foss Uyke. Le reste du district est drainé par le Foss Dyke Goût, dans le Welland, et par le Kirlon Goût, à travers la digue. Ces deux canaux ou Goûts reçoivent éga- lement les eaux de divers Marshes : Sutterton, Frampton, etc. De la commune de Kirton Skeldike jusqu'à Kirton Ilolme, et sur les Marshes de Frampton et Wyberton, les terres sont de premier choix et portent les récolles les plus épuisantes, tandis que du côté de Boston, de Sutterton et d'Algarkirk, le long du Wash, les herbages pour l'engraissement des moutons et des bêtes à cornes sont répu- tés parmi les meilleurs. c) Marsh et Middle Marsh . Le littoral du Wash, à partir de Boston jusqu'à Wainfleet, pro- tégé contre les irruptions de la mer par une digue dite romaine, est couvert par les Marshes les plus fertiles, dont les pâturages, au dire même des agronomes anglais, sont la gloire du comté de Lincoln. Leur sol consiste en humus noir, fournissant un loam d'une texture remarquable, qui repose sur un sous-sol d'argile marneuse. Quoi qu'il en soit, la gloire de ces Marshes est chèrement payée. La taxe des riverains pour l'entretien des digues dépasse en effet 10 fr. par hectare, et les digues ont été trop souvent insuffisantes pour empêcher l'envahissement des fortes marées. Au mois de novembre LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 247 1810 notamment, le Marsli, par une énorme marée et un violent ouragan, fut complètement lavé ou enseveli sous les débris des digues ; la ville de Boston fut en partie inondée, et de Wainfleet jusqu'à Spalding-, le territoire demeura longtemps submergé, avec perte de bétail, de récoltes et d'habitations. Depuis lors, les digues ont été rétablies sur de plus fortes dimensions, et surtout à une plus grande hauteur; elles ont résisté à la puissance des marées, et les inondations se bornent au refoulement des eaux douces par les Goûts qui traversent les digues. Le Middle Marsh ou Clays, qui sépare la bande des Marshes ma- ritimes des terrains de XEast Feu, présente aussi un sol arable d'une rare fertilité. C'est dans les deux districts que les communes de Fries- ton, Butterwick, Leverton, Wrangle, Friskney, Wainfleet, etc., par l'élève et l'engraissement du bétail, puisent les ressources nécessaires pour le développement de l'exploitation des Fens assez médiocres qui bordent les wolds. 3. — Comté de Lincoln (littoral). Nortli Marshes, — Les Marshes du Lincoln ne s'arrêtent pas à Wainfleet, mais se prolongent tout le long de la côte vers le nord, jusque dans l'estuaire de l'Humber; ils occupent environ 30000 hec- tares. Les eaux du vaste bassin des ivolds et des clays qui domine la côte descendent sur la plage, occupée par les Marshes, en se frayant, vers l'embouchure dans la mer des hts qu'il a fallu endiguer pour empêcher les inondations et maintenir le chenal au milieu des alluvions du littoral. Les cours d'eau naturels servent ainsi de ca- naux collecteurs; ce sont les cloiighs, eaux, fleets et grifts, comme on les appelle, qui traversent les digues pour décharger les eaux à marée basse. On réunit souvent trois ou quatre canaux que l'on fait déboucher par un seul émissaire ou aqueduc, avec écluse, comme à Saltfleet, à Trusihorpe, Anderby et Hogslorpe. Le dessèchement des Marshes du nord ne laisse guère à désirer que sur quehjues points, comme entre Grinisby et Barton, à Barrow, à cause du manque d'en- tretien des canaux particuliers. 248 , ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Entre Ilumberslon el Loiilh, les canaux de dessèchement passent sous le canal de navigation, à l'est duquel se retrouvent des Fens, c'est-à-dire des landes en terrain bas, appartenant aux communes voisines et que l'on a complètement desséchés ; Grainthorpe Feu a été un des premiers rendus à la culture. De Carlton jusqu'à la mer, la bande du littoral est traversée par des digues parallèles, constituant des polders séparés, dont les eaux sont épuisées, à Great Carlton et à Gayton-le-Marsh, par des ma- chines à vapeur. On compte à l'est d'Alford plus d'une douzaine de moulins à vent qui épuisent les eaux des Marshes appartenant aux communes de Bilsby, Huttoft, Thui-lby, Gumberworlh, etc. Enfin, les communes de Burgh, de Winlhorpe, Skegness et Groft, dont les Marshes s'égoultaient directement à la mer, ont détourné les eaux par un canal de 5 kilomètres de longueur, pour les déverser dans la crique de Waintleet, où les sables n'encombrent pas l'écluse. II. — LES FENS ET LES COLMATAGES DU LINDSEY NORD LEVEL (comté de LINCOLN) Les grands travaux de régularisation des rivières Welland et Wi- tham, et le dessèchement des Black Fens, de l'ouest au nord de la baie du Wash, ne sont pas les seuls dont le comté de Lincoln ait eu à tirer parti pour l'amélioration du sol, le relèvement de la produc- tion agricole et l'assainissement de la contrée, il reste à décrire des opérations non moins importantes, exécutées aux embouchures des rivières Trent, Ouse el Ancholme dans l'Humber, et dans les vallées qui comprennent le Axholme Level et \q Ancholme Level. 1. — Le bassin de l'Humber. Le bassin hydrographique de l'Humber qui sépare le comté de York de celui de Lincoln est le plus étendu que possèdent les lies Britanniques, car il reçoit les eaux en totalité de trois comtés, York, LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETEURE. 249 Derby et Stafford, et celles, en partie, des comtés de Leicester et de Lincoln, représentant le cinquième à peu près de la superficie totale de l'Angleterre. Il embrasse 225 kilomètres du midi au nord, et 112 kilomètres de l'ouest à l'est. Des quatre rivières principales qui débouchent dans l'Humber, deux se rejoignent, la Trent et l'Ouse, pour former l'Humber ; le Hull y afflue de la rive du Yorkshirc, et l'Ancliolme, de la rive du Lincolnshire. L'Ouse et la Trent, avec leurs nombreux affluents, l'Aire, le Gal- der, le Don, le Derwent, la Dove, le Devon, l'Idle, etc., qui traver- sent les terrains secondaires et triasiques, forment à leur confluent un vaste delta, de plus de 400 kilomètres carrés, dont le niveau est inférieur à celui de l'Océan du Nord. A partir de ce delta coule l'Humber, servant de chenal aux deux rivières, sur 64 kilomètres environ, jusqu'à la mer. Les rives de l'Humber sont situées à i'",83 au-dessous du niveau des marées de vives eaux, dans l'estuaire, non loin de l'Océan. Aussi, ne serait-il pas endigué, que le delta tout entier serait périodiquement submergé et converti en lagune. Dans la contrée que nous avons précédemment décrite, les digues le long de la côte du Lincoln et dans la partie de la baie du Wasli, qui arrêtent les eaux des Feus, sont soumises à la fois aux attaques des vagues et à la pression des eaux des crues. D'autre part, les rivières du Wasli ne drainent qu'un bassin de 15 000 kilomélres carrés et débouchent au milieu d'un large golfe où la plage, formée par de vastes bancs de sable, modère l'action des flots de la marée et des crues. A marée basse, la plage a une largeur de 4 à 5 kilo- mètres, et c'est seulement à marée haute que les digues ont à sup- porter l'action des vagues. Il n'en est pas ainsi de l'Humber, dont les rivières tributaires layonnent dans les comtés de York, Derby, Statford et Nottingham, sur un bassin bien plus vaste, où un tiers est recouvert de gra- viers et d'alluvions, et débouchent dans un estuaire tortueux. Au lieu de border les terres riveraines d'une ceinture, comme dans les Marshes, les sables précipités par les eaux limoneuses de la Trent et de l'Ouse forment d'immenses bancs au milieu de l'Humber, tels que le WillonSand, le OUI Warp, \e Skilter Sancl, etc., et le cou- rant se divise le long des rives en deux passes profondes, de sorte 250 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. que les marais d'Ancliohne, qui sont silués sur une courbe concave de l'estuaire, en face d'une pointe de la côte du Yorkshire, ont à supporter le choc direct du courant et des vagues de l'Océan. Le chenal de l'Humber est d'ailleurs si rapproché des digues de défense des marais, que l'affouillement ne s'arrête pas sous l'action de marées dont la vitesse est de 15 kilomètres à l'heure. Aussi, quelles que soient les dimensions des digues, le soin essentiel consiste daiis l'entretien des enrochements à leur pied, et du revêtement de leur talus, du côté de l'estuaire; à défaut d'une surveillance et d'une réparation continuelles, les digues cèdent, et les nouvelles levées doivent être reportées à l'arrière pour faire place aux érosions com- binées du fleuve et de la mer. Les rivières Ouse et Trent, dans leur trajet en aval sur les grès du trias, onl tellement corrodé les marnes du Keuper, qu'elles aban- donnent dans l'estuaire de l'Humber des atterrissements énormes dont une partie seulement gagne la mer. Soit à cause d'une chute moindre des pluies annuelles dans le bassin de ces rivières, soit par suite de dérivations dans l'écoule- ment des eaux de drainage et de pluie, dues à l'extension des tra- vaux de dessèchement et à la culture plus profonde des terres, jadis mal entretenues, la mer, depuis quelque temps, a repris le dessus et nettoyé une partie de l'ancien delta. Le travail offensif de l'Océan se poursuit à celte distance, d'année en année; il a été évalué à plus de deux mètres d'érosion, sur toute la côte entre Kilnsea, près de Spurn PoinI, et Bridlington \ La masse de détritus, en n'évaluant qu'à 10 mètres la hauteur moyenne des falaises de la côte Ilolderness (or, celle de Dimlington atteint à'^ mètres au-dessus du niveau de la mer), peut être estimée à 1 milUon de mètres cubes par an. Une grande partie tombe à la mer et va rejoindre par les courants les matériaux déversés par le Rhin et les érosions des côtes de la Hollande ; mais une partie no- table est utilisée pour le colmatage (warping) des rives de l'Hum- ber. En eflet, les eaux limoneuses repoussées par les hautes marées, surtout aux équinoxes, sont introduites dans des canaux spéciaux 1. J. Oldhani, Proceedincjs last. civil Engineers, t. XXI, p. 464. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 251 qui facilitent la submersion des terrains inférieurs et le dépôt des matières tenues en suspension. On arrive ainsi, en renouvelant aussi fréquemment que possible la circulation des eaux troubles, à com- bler les dépressions, à élever de 0'",30 à 0™,45 le niveau de plu- sieurs milliers d'hectares, dont le sol parfaitement nivelé, grâce au mélange avec les sédiments, acquiert une fertilité exceptionnelle. On estime que les sédiments entraînés par les eaux marines et les eaux douces suffiraient pour colmater annuellement, sur 0'",30 d'épaisseur, plus de 300 hectares. C'est dans les années sèches, lorsque les eaux des rivières sont moins troublées et à l'étiage, que le colmatage progresse plus rapidement. C'est également pendant l'été que les atterrissements, dus à l'eau des rivières, augmentent dans le chenal, faute de courant, jusiju'à l'obstruer complètement aux environs de Thorne. Les marées d'au- tomne et de printemps se chargent heureusement d'en débarrasser l'estuaire. La rivière Humber, si on peut donner le nom de rivière à cette passe où débouchent l'Ouse et la Trent, couvre, aux marées de printemps, une sui'face de 285 kilomètres carrés ; les terrains qui ont été conquis actuellement en dehors du périmètre submergé représentent 750 kilomètres carrés. Aussi, la rivière est-elle endi- guée sur tout son parcours; les digues dominent certains terrains et les vastes marais à dessécher d'une hauteur de 2"*, 75. Au-dessous des alluvions servant de ht à l'estuaire, on rencontre la craie, qui, en face de l'île de Sunk, est à 6 mètres de profondeur. Des amas d'argile, de gros gravier, de gros cailloux et de rognons pierreux, reposant sur cette craie, forment des îles que la mer a respectées. Avant de décharger ses eaux, à Spurn Head, dans l'Océan du Nord, l'Humber reçoit: sur la rive nord, une série de petits aflluents ou de ruisseaux, et le Mill Beck, qui lui apportent les sédiments des terrains du pied des wolds; sur la rive sud, l'Ancholme, qui a donné lieu à des travaux très importants de canalisation et de régularisa- lion depuis le xvii* siècle ; et finalement la rivière Hull, sur la rive nord, qui draine la côte de Holderness.- 252 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. a) Pratique du colmatage (ivarping). L'eau des marées remontant par l'Humber dans la Trenl, l'Ouse, le Don, etc., est très limoneuse. Un tube de 15 centimètres de lon- gueur, rempli de cette eau, laisse déposer un centimètre, et même davantage, de limon vaseux. Quant à la rivière même, elle coule limpide à son embouchure ; aucune crue de ses affluents ne lui apporte de limon; au contraire, les crues nuisent au colmatage, car celui-ci s'opère avec d'autant plus de rapidité et d'abondance que la sécheresse de l'été s'étant prolongée, le volume des eaux de rivière est plus réduit. C'est donc aux eaux de marée que l'on est redevable du colmatage qui se pratique avec tant de succès sur les rives de l'Humber. 11 est probable toutefois que les matières minérales ter- reuses, charriées par l'Ouse et la Trent et reprises par le flot de la mer, contribuent à la fertilité des alluvions. Le procédé du warping, de l'avis d'Arthur Young, est efficace dès que l'on peut disposer des eaux à volonté, les admettre sur le terrain ou les évacuer librement, par des canaux bien aménagés. En outre, faut-il que la nappe d'eau limoneuse ait l'épaisseur voulue, grâce à un endiguement assez résistant, et puisse être maintenue à cette épaisseur pendant le temps nécessaire à la précipitation des parties sédimentaires les plus fines. Sur de grandes surfaces, le canal principal d'amenée peut avoir plusieurs kilomètres de longueur; on a établi des canaux qui avaient 6 kilomètres, et des branchements en plus, de chaque côté ; mais il y a heu d'observer que l'effet du hmonage s'atténue lorsque la dis- lance augmente, c'est-à-dire que l'opération exige d'autant plus de temps que le terrain est plus éloigné du point d'admission des eaux de marée, sur la rive. La pratique du luarping remonte à la moitié du siècle dernier. Commencée sur les bords de l'Humber, à Rawcliff, puis à Howden, en 1743, elle ne s'est développée, dans le bassin en amont, que de- puis les écrits de Marshal ', de Lord Hawke" et de Day^ En 1800, 1. Rural Eco no») y of York, 1788. 2. AgricuUitral surveij of Yorkshire, p. 164. 3. Report of Wesl Ridiag of Yorkshire, Àgriaillural survey. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 253 on comptait à peine un millier d'hectares de terres colmatées dans l'estuaire de rilumber; en 1860, dans l'île d'Axholme seule, onavait colmaté plus de 4000 hectares. Le territoire du Marshland de York- shire, dans le voisinage immédiat de Axholme, et celui situé à l'est de la Trent (3 000 hectares), ont été complètement colmatés depuis le commencement du siècle. Le terrain soumis au warping est endigué de tous les côtés, au moyen de levées faites en terre que l'on extrait sur place. Ces levées ont une pente qui varie de 1™,20 à 1'",50 pour 1 de hauteur per- pendiculaire, et une largeur à la crête qui dépend de la force des marées; mais le plus souvent, elle est de 0'",60 à 0™,90. Aussi bien la hauteur que la largeur des digues se calculent, du reste, d'après le niveau des eaux vives, pour qu'on puisse les introduire ou les exclure à volonté, comme aussi d'après la surface de l'enceinte du terrain à colmater et le volume des eaux. Suivant les dimensions du terrain endigué, on ménage une ou plusieurs écluses; le plus souvent, on en pratique deux^ l'une ifloodgate) pour introduire la marée, l'autre {clough) pour l'éva- cuer. La surface, pour deux écluses, est comprise entre 5 et 6 hec- tares. A marée montante, l'écluse d'accès s'ouvre et livre passage à l'eau dans le canal principal, dont la surface est environ trois fois plus grande, afin d'éviter toute résistance à l'écoulement, tandis que la vanne de décharge est maintenue fermée par le poids de l'eau même qui monte. A marée descendante, l'action inverse se produit. L'écluse de décharge est construite de manière que les vannes fonc- tionnent automatiquement à marée basse, entre le reflux et le flux suivant, et l'eau retourne à la rivière, en curant les canaux dans les- quels elle a opéré le dépôt de matières. L'écluse d'accès est placée à un niveau tel que les eaux vives seules peuvent entrer dans l'en- ceinte ; c'est-à-dire que le seuil est plus haut que le niveau des marées de mortes eaux. Parfois, il convient de planter en avant de la digue, du côté de la rivière, quelques arbres, des saules notam- ment, qui brisent la vague et facilitent Tatterrissement au pied de la digue. Le canal principal d'amenée est tracé jusqu'à l'extrémité opposée du terrain ; mais pour empêcher que le dépôt ne s'accumule à l'en- 254 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. trée et sur son parcours, on pratique des saignées latérales qui con- duisent l'eau directement et plus rapidement sur les autres points éloignés, de façon à égaliser l'atlerrissement. Il faut toujours avoir soin, lors de l'évacuation des eaux, de ne laisser la nappe que sur l'épaisseur voulue, afin de ne pas empêcher l'accès des eaux de la marée suivante. Dans l'île d'Axholme, tout propriétaire dont les terres bordent un des canaux publics de colmatage, peut se servir des eaux en perçant la digue; mais s'il y a opposition, il est tenu d'acheter le terrain de la dérivation. Le paiement de ce terrain se fait au prix d'usage, et celui de la percée dans la digue, à demi-prix ; mais comme le ven- deur conserve la propriété de la digue et le droit à l'herbe, l'indem- nité est plus que suffisante. De plus, tout propriétaire qui établit une écluse sur la rive doit s'engager vis-à-vis des commissaires {Sewers commissioners) à payer tous dommages, en cas d'accident. On n'emploie d'ordinaire que les eaux vives ou malines, parce qu'elles ont assez de reflux pour dégager les canaux et éviter leur obstruction. Le colmatage commence généralement en juillet, et dure tout l'été. Les digues, les écluses et les canaux sont mis en état avant la sai- son, afin de ne pas perdre l'avantage d'aucune des marées de vives eaux. L'été est la saison préférée, parce que les colmates s'égouttent plus vite et que les marées sont moins mélangées d'eaux douces. Il n'est pas rare, en n'ayant recours qu'aux eaux vives, d'obtenir 0"',45 d'épaisseur de limon en un an, moyennant une seule écluse, sur un compartiment peu étendu. On compte, dans l'île d'Axholme, sur 0'",80 à 0™,90 d'épaisseur en deux ans. Lorsque la couche tour- beuse, de 2'°,50 à 3 mètres, a été colmatée, comme dans les Crowle Moors, le sol s'affaisse après quelques années de culture, et il de- vient nécessaire de colmater une seconde fois. A la distance de 5 ou 6 kilomètres de la rivière, le limon est encore assez abondant pour que l'on essaye de colmater avec chance de réussite, mais les canaux d'amenée doivent alors être très spa- cieux, d'une largeur de 8 à 10 mètres. Il importe, en effet, que la masse d'eaux vives soit rapidement introduite pendant le flot, et s'écoule par un canal à large section entre deux marées. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 255 Il est facile de déterminer la section à donner aux écluses, en recourant aux formules basées sur le débit en mètres cubes par seconde ; mais on conçoit que plus les dimensions des vannes sont JM .^1. !*« fra met ■4- — ' — I r-= f Fig. 4. fortes, plus la dépense est grande quand le terrain à warper est peu étendu. Les vannes sont souvent automatiques; c'est-à-dire que les marées 256 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. montantes ferment par leur pression la vanne de décharge et ouvrent la vanne d'amenée. Le contraire a lieu dans les marées basses. La figure 4 reproduit le plan d'une opération de colmatage sur les bords de la Trent ; les cotes de nivellement sont en mètres : ah est la digue de rivière, et ceqh le canal principal d'amenée, servant également à la décharge des eaux. Le terrain à warper est partagé en six compartiments; les flèches indiquent la direction que suit l'eau dans les canaux pendant les marées montantes \ La hauteur de l'eau qui recouvre le terrain varie naturellement suivant son niveau par rapport à celui des eaux vives ; quand cela est possible, on la maintient entre 0™,90 et 1"',30, car la proportion de limon dépend en somme de l'épaisseur de la nappe d'eau de ma- rée ; mais on obtient le même résultat en prolongeant l'opération avec des nappes moins profondes. Il est d'usage de ne colmater que deux ou trois pièces de terrain chaque année, de façon à étendre sur un certain nombre d'années l'opcralion de colmatage d'un domaine. Le limon, ou la colmate, exige quelque temps avant de résister sous les pieds; il y a de graves inconvénients à commencer la culture avant qu'il soit suffisamment épais et naturellement drainé. Le coût du colmatage est très variable suivant la situation des terrains relativement à la livière. Arthur Young regardait comme un maximum le coût de 850 à 500 fr. par hectare. Or, l'évaluation exacte de la dépense comprend non seulement les frais de construction des digues, des canaux, des vannes, etc., mais encore la surface que les travaux exécutés per- mettront de cultiver économiquement. En effet, avec un même nombre de vannes, ou bien, avec un nombre plus ou moins grand de vannes dans une enceinte déterminée, on pourra beaucoup di- minuer le coût général, si la surface est étendue. Day estimait qu'en dépensant de 120 à 250 fr. par hectare, dans les meilleures conditions, on créait des terres dont la valeur aug- mentait au décuple; plus le sol primitif est mauvais, ajoutait-il, tout en étant perméable, et plus il s'enrichit par le colmatage. Des 1. Pareto, Irrigation et assainissement, t. III, p. 1040. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 257 terrains valant à peine oOO fr. par hectare ont obtenu par le colma- tage une plus-value de 2500 et 3 000 fr., due aux riches et abon- dantes récoltes qu'ils produisent sans le secours d'aucuns engrais, pendant nombre d'années, et à la possibiUté de les limoner de nou- veau. 11 importe, pour cela, que le terrain soit toujours soigneuse- ment entretenu, au point de vue des plantes adventices et des drains qui ég-outtent les eaux, quand ils ne servent plus au colmatage. Dans l'île d'Axholme, le coût du colmatage des terres qui longent les canaux publics (creusés lors de l'enclôture en 1795), ne s'élève pas au-dessus de 130 fr. par hectare ; mais ailleurs, quand on doit compter la dépense des canaux, des écluses, etc., le coût atteint de 700 à 1 200 fr. ; le sol inculte et stérile avant le colmatage acquiert, il est vrai, une valeur de 4 000 et G 000 fr. par hectare \ D'ailleurs, la qualité des teri'es colmatées varie beaucoup. Au voisinage des ca- naux, elles sont plus sablonneuses que plus loin, et le rendement agricole se ressent de la proportion de carbonate de chaux et d'ar- gile du terrain primitif, ou mieux, du sous- sol. Quand le ivarping est achevé, à la fm de l'année, on donne un léger labour ou hersage, pour installer des bandes de 3'", 00 de lar- geur que l'on laisse en jachère pendant tout l'hiver. L'on sème au printemps, le plus souvent, des graines de prairie et d'avoine mé- langées ; on coupe l'avoine, les moutons pâturent l'herbe pendant deux années, en fertilisant le sol, et permettent à l'excès de sel de se dissoudre. La récolte suivante est fournie par le blé qui reste pen- dant plusieurs années consécutives. Il arrive que l'on récolte avec le blé, dès la première année, du trèfle blanc, venu spontanément au miheu d'une foule d'herbes adventices telles que, moutarde, cres- son, céleri sauvage, patiences, chardons, etc. Le point essentiel est d'assurer un bon drainage aux sols qui viennent d'être colmatés. La première récolte, trèfle rouge ou blanc, mélangée avec du ray-grass et maintenue pendant deux années, consolide le sol par feutrage et le prépare à recevoir le blé. Les pommes de terre et le chanvre ne réussissent pas dès le début; le sol est trop froid ^ Tou- 1. A. Glarke, Farming of Liiicolashire, loc. cil. 2. Loudon, Cijc/opsedia of agriculture, p. 664. A.NN. SCIE.NCK AGRON. — ISiiS. — I. 17 258 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. tefois, sur la rive orientale de la Trent, on suit un assolement qui consiste en : 1° graines fourragères avec quelque peu de navette; 2° fèves; 3* blé; 4" chanvre et 5" blé; puis une jachère nue pour se débarrasser du chiendent qui se propage avec une activité remar- quable. Clarke estime que la valeur des terres colmatées est sur- faite : lorsque le blé se vend à 25 fr. l'hectolitre, la rente locative de ces terres ne devrait pas surpasser 120 fr. par hectare ^ Drainage des colmates. — Tous les atterrissements n'ont pas un égal besoin de drainage; il faut considérer la profondeur du dépôt, la nature du sous-sol et la nature de l'alluvion elle-même. Parkes constate qu'à l'embouchure de l'Humber, l'argile, dans les atterrissements, prédomine sur la silice, et que l'inverse a lieu aux environs de Goole et de Thorne, où les alluvions sont formées par rOuse. L'alumine des atterrissements de l'Humber est très belle et très hygroscopique. Après un mois d'une évaporation énergique et de sécheresse (mai à juin), l'eau se montre dans le sol à 0'",45 de la surface, et les conduites de drainage placées à 1"",20 et i"\SO de profondeur suivant la pente, avec 12'", 50 d'intervalle, débitent copieusement. Toutefois, dans son état primitif d'humidité, pendant la saison sèche, le même sol se crevasse aussi largement et aussi profondément que les argiles les plus fortes. Selon que les dépôts de l'Humber sont formés par la Trent, ou par rOuse, et renferment des proportions différentes d'argile, de silice et de sel, la fertilité est différente. Cette remarque s'applique en général à tous les cours d'eau, suivant la distance plus ou moins grande de leur embouchure. A Bridgewater, dans le comté de Somerset, la rivière Parrot a formé au milieu du petit bras de mer qui avançait jadis dans les terres, des atterrissements, aujourd'hui couverts de riches prairies, toujours verdoyantes. Or, c'est à un mille au-dessus, et à un mille au- dessous de la ville de Bridgewater, sur les bords mêmes de la rivière, que l'on trouve le limon servant de poudre de tripoli dans l'usage 1. Farming of Lincolnshire, loc. cit.; p. 375. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 259 domesliqiie (sous le nom de Dath brick). Sauf en ces deux endroits, à la jonction des anciennes eaux salées et des eaux douces, on ne trouve plus les substances propres à donner par leur réunion le poli à la coutellerie et aux ustensiles en métal ; l'efficacité est attribuée aux débris siliceux des infusoires détruits par l'eau de mer\ L'at- terrissement formé plus avant dans les terres, ou plus près de la mer, n'a pas les mêmes propriétés. Dans certaines alluvions humides, plus rapprochées des embou- chures, 011 domine le sel, un drainage profond et complet peut seul permettre d'en accroître la fertilité. Aux environs de Patringlon (Humber), on commence par les abandonner pendant trois ans à ce que l'on appelle l'herbe aux moutons; puis on laboure et on em- blave en navette, qu'on laisse venir à graine, au heu de la donner aux brebis portières. Cette plante est très propre à débarrasser le sol de l'excès de sel, et fournit d'excellents rendements. On sème ensuite du blé, qui, malgré la cristallisation saline encore apparente à la surface, donne jusqu'à 22 hectolitres par hectare, et les cul- tures après le blé ne sont soumises à aucun assolement pendant plu- sieurs années où l'on se passe d'engrais. Les alluvions plus éloignées des embouchures demandent à être drainées avec discernement. Un profond drainage, très énergique, soutire l'eau et l'entraîne loin de la surface, lorsqu'elle est en excès. En temps de sécheresse, on maintient le niveau de l'eau dans les fossés, en y introduisant celle des drains des terres supé- rieures, pour qu'elle reste près de la surface, à la portée des ra- cines. Parfois on se borne à exploiter les atterrissements par pièces de 4 hectares, entourés de fossés découverts dont la pente est calculée de façon à procurer au sol l'égouttement que l'on regarde comme suffisant ; pendant les sécheresses on fait emplir d'eau ces fossés. Il est évident qu'un système combiné de drainage profond et d'irri- gation souterraine est à tous égards préférable pour de pareils sols, dans la saison humide et pendant les chaleurs^ 1. David Page. Economie geolotjy, 1874, p. 202. 2 .1. Parkes. Du drainage profond. [Journ. acjric. prat., IS.jO, p. 421.) 260 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. b) Géologie. Le sol d'alkivion, le long de la rivière Trent, à l'est, est extrême- ment riche, jusqu'à la rencontre des landes tourbeuses, au pied des collines de grès rouge et du lias; mais ces landes ont été colmatées sur une épaisseur de 0'",45 à 0'",yO et transformées en terres de première qualité pour toutes espèces de récoltes. La bande de ter- rains riches qui côtoie la Trent représente une surface de 3000 à 4000 hectares. Dans l'île d'Axholme 6 000 hectares de terres colmatées, en partie pai" la Trent et en partie par les eaux des marées, reposent sur un sous-sol de sable et de tourbe : elles sont remarquablement fertiles. La colmate sur sable blanc ou gris passe pour la plus riche, à cause du drainage naturel du sous-sol. Près de AUhorpe, le dépôt warpê sur plusieurs pieds d'épaisseur recouvre les débris de forêts de la lande tourbeuse ; ailleurs, celte tourbe en décomposition re- monte à la surface. Dans le comté de York, et sur les limites du Noltingham et du Lincoln, la mousse (moss) tourbeuse a jusqu'.à S mètres et 5 mètres d'épaisseur, comme dans le Tlionie Waste; elle couvre directement le sable. Des forêts entières ont disparu sur une étendue de plus de 4 000 hectares, pour donner naissance à ces landes de tourbières, par le fait probable de l'abaissement du sol primitif, car on ne saurait admettre de variations dans le niveau de rOcéan. Les mêmes phénomènes ont eu lieu sur la Trent, dans l'in- térieur des terres, comme dans les Fens et les Marshes directement accessibles aux marées. La vallée de la rivière Ancholme (11 000 hectares) appartient à la formation tourbeuse, avec sous -sol d'argile, comme celle des Marshes du midi du Lincoln. En aval, c'est-à-dire en se rapprochant de l'IIumbcr, le sol est une alluvion foncée, un mélange d'argile, de gravier et de matières végétales que l'IIumber a déposés avant l'endiguement des rives. A l'écluse de Ferriby, l'épaisseur de l'atter- rissement est de plus de 10 mètres. L'argile même qui constitue le sous-sol de la vallée entière paraît avoir été également déposée par les eaux de la mer remontant Tllumber, à la rencontre des eaux douces qui drainaient les collines. La tourbe à Worlaby et dans les LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 261 Carrs adjacents^ apparaît au-dessus de l'argile, qu'un labour pro- fond permet d'atteindre. Dans les Carrs de Roxby et d'Appleby, sur la rive ouest de l'Ancholme, la tourbe a 10 cenlimèlres d'épaisseur; elle s'étend ainsi jusqu'à Brigg au midi, mais en s'écartant de l'ar- gile et en acquérant une texture spongieuse due aux fragments de bois et d'berbes en ilécomposition. De l'autre côté de l'IIumber, en fiice Ferriby, un grand banc de Stible (40 bectares), OUI Warp, a été endigué; les autres bancs for- més dans la rivière, par les dépôts des marées, ne sont endigués qu'autant que le courant des eaux vives peut être maîtrisé par des digues dans le chenal dont le Ut est aussi mobile. A Winteringham, les lais d'alluvion sont étroits, mais le sol, d'une épaisseur de l'",80, est de qualité exceptionnelle. 2. — La rivière Trent. La rivièr.3 Trent prend sa source dans le nord Staffordshire, à 240 mètres au-dessus du niveau de la mer; sur une longueur de 276 kilomètres, elle draine un bassin de 10 600 kilomètres carrés, qui recouvre principalement les terrains du nouveau grès rouge. A partir de Newton, où la Trent forme la limite du comté de Lin- coln, jusqu'à son conlkient avec l'Ouse, sur une cinquantaine de ki- lomètres, la pente de la rivière, le long du cours tortueux qu'elle décrit, est très faible. Aussi, les inondations sont-elles fréquentes et parfois désastreuses, comme en 1875. L'eau des crues submerge de vastes superficies en aval de Newark, mais surtout, dans le comté de Lincoln, les alluvions richement cultivées de l'embouchure. La marée, qui remonte librement dans l'Humber, pénètre dans la Trent jusqu'à Gainsborough, et par les vives eaux, le flot, animé d'une vi- tesse de plus de 15 kilomètres à l'heure, donne lieu périodiquement au phénomène du mascaret {bo7^e ou egre comme on l'appelle), dont les vagues courbes surpassent de l'",20 les bancs et les hauts-fonds du ht inférieur. ' 1. La désignation CatTj dans la région de i'Huinber, correspond à celle de Fen du Cambridge. 262 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Axholme Level. — En aval de Gainsborough, la Trent entre dans le district des Fens du nord, dont les terrains, situés à un niveau inférieur à celui de la marée haute dans la rivière, comprennent le Axel Carr ou Haxey Carr, le Hatfield Chace, le Thorne Level, etc. Au milieu de cette vallée occupée jadis par les marais, émerge un territoire sous forme d'îlot, Axholme Isle, dont le sol appartenant au nouveau grès rouge est recouvert par les marnes irisées du trias. Sur la rive orientale de la Trent, immédiatement en aval de Gains- borough, un district de 1000 hectares environ, le Morton Carr, autrefois humide et inculte, est aujourd'hui colmaté et desséché. Les travaux d'amélioration commencèrent à la fin du siècle dernier; des canaux de ceinture furent creusés pour recevoir les eaux d'é- gouttement des terrains supérieurs, et des canaux transversaux pour le colmatage des terrains bas. Ces derniers n'avaient qu'une chute de 0'",60 à l'étiage de la Trent, pour écouler les eaux àRavensfleet. Grâce au colmatage, le terrain s'exhaussant, le niveau du dessèche- ment s'est amélioré. En 1801, une loi spéciale autorisa les com- nmnes de Morton, Walkerilh, East Stockwith, Blyton, Warton, Pil- ham et Gilby à enclôturer le Morton Carr, après dessèchement. Une loi plus récente a autorisé l'établissement d'une puissante machine à vapeur pour l'épuisement des eaux. Plus en aval, sur la même rive orientale, les terres basses (3 600 hectares environ) se (h-ainent par gravitation dans la rivière Eau, qui descend des hautes terres de Corringham, Scotter, etc., et débouche dans la Trent, à Bulterwick. Un grand nombre de canaux et de fossés déchargent leurs eaux par des écluses dans la rivière, et comme le sol de la rive a été successivement colmaté en aval de Butterwick, jusqu'à l'émissaire de la Trent, le drainage s'opère dans la section inférieure, par la pente naturelle, sans moyens mé- caniques. Sur la rive occidentale de la Tient, en aval de Stockwith, com- pris entre le pied d'escarpement du lias et l'ancien cours du Don, un des affluents de l'Ouse, en face du district que nous venons de décrire, se trouve le territoire qui embrasse Vile d' Axholme, le Hatfield moor, le Thorne moor, etc., couvrant en plaine 20000 hec- LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETliRRE. 263 tares, sur lesquels 12 000 en terres basses, marécageuses, dont le dessèchement remonte au règne d'Edouard III Plantagenet (1:327). Sous le règne de Henri VI de Laiicaster (6" année, 1428), une loi fut promulguée, prescrivant à l'instar des lois et coutumes observées dans le Romney Marsh, dans le comté de Kent, des règles d'après lesquelles les commissaires de drainage devaient procéder au dessè- chement des Carrs du nord Lincolnshire. Pendant de longues années, les commissaires, en vertu de cette loi, rendirent des ordonnances concernant la construction et l'entretien des digues, et la fixation des salaires à payer pour les travaux de curage, de tranchées, etc., en cas d'urgence. Malgré cela, jusque sous Charles I" Sluart (1625-1649), le pays fut submergé périodiquement. Plus de 20 000 hectares se trouvaient constamment sous l'eau, à une profondeur de 1 mètre et davantage. On naviguait en bateau de la rivière Idle jusqu'à la ïrent, à travers les marais, pour porter les provisions et les récoltes. Le roi Charles I", seigneur de Axholme, de Ilatfield-Ghace, de Dykes-Marsh, aussi bien que les seigneurs de Wroot et Finningley, ne tirant aucuns revenus de leurs propriétés, résolurent de faire opérer le dessèchement, et engagèrent les services de l'ingénieur hollandais CorneUus Vermuyden, chargé plus tard des opérations du Bedford Level. L'inondation permanente était due au débordement des cours d'eau ridle, le Thorne, le Don, et du canal Bycar's Bijke, qui s'en- trecroisent sur des terres d'un niveau inférieur à celui des hautes eaux de la Trent. Vermuyden songea d'abord à faire écouler sépa- rément dans la Trent les eaux des terres supérieures traversant les marais et celles des canaux obstrués par les limons des marées. Ces eaux furent écoulées dans \q. Snow canal ei dans la rivière Allhorpe, au moyen d'écluses qui s'ouvraient seulement à marée basse. Le reste du dessèchement fut opéré en 5 ans, au prix de 1400 000 fr. Une partie des terres desséchées fut réservée au Roi, et Vermuyden, avec ses associés, reçut un tiers de la surface, 10000 hectares envi- ron, pour la rémunération de ses services; une société fut formée plus tard dans le but d'entretenir les travaux, à l'aide d'une taxe proportionnelle par hectare . La plus grande partie de Haxey Carr, ensemencée en navette et 264 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. en Iroment, donna pendant trois années consécutives de magnifiques récoltes. Les terres marécageuses, qui ne valaient pas 1 fr. 50 c. par hectare, réalisèrent, après desséciiement, le prix de 30 fr., et quand les maisons et les bâtiments d'exploitation eurent été construits, les terres améliorées se traitèrent à 40 et à 45 fr. l'hectare. Les conditions de l'agriculture avaient progressé si rapidement dans le Trent Level, que le blé rendait couramment 22 hectolitres, le seigle 21 hectolitres, l'avoine 55 hectolitres à l'hectare, pendant quatre et six années consécutives. Les salaires avaient doublé. Deux cents familles de réfugiés protestants venant des Flandres et de France avaient reçu des terres dont elles tiraient le plus grand parti, lorsqu'en 1642 éclatèrent les émeutes populaires, comme dans les autres parties du royaume, et les paysans, voulant reconquérir les droits de vaine pâture, d'affouage, de tourberie, de pêche et de chasse, dont ils avaient été frustrés, mirent au pillage toute la con- trée des Carrs et des marais desséchés. Les arrangements contractés au nom du roi, dans le but peu avouable d'augmenter sa liste civile et d'entretenir les grandes chasses de Hatfield, avaient exaspéré les populations. Pour le manoir d'Epworth, dont les terres occupaient 5420 hectares, 370 propriétaires qui avaient adhéré au projet de dessèchement n'avaient reçu au voisinage des villes et des bourgs habités, que 2 400 hectares {Open field lands), et le reste avait été distribué aux entrepreneurs. Plus des deux tiers des intéressés, en dehors du territoire de Epworth, avaient toutefois refusé de sous- crire aux conditions de l'entreprise. Aussi, lorsque le Parlement même eut donné l'exemple de l'insubordination aux décrets du sou- verain, les intéressés s'armèrent en masse pour se faire justice. C'est alors que, pendant des semaines entières, s'emparant des écluses, ils laissèrent déborder les eaux des marées par le Snow canal. La Trent, à Misterton, rompant les digues, submergea le Level tout entier, noyant le bétail et les récoltes et elfondraiit les bâtiments et les maisons d'habitation des fermiers. En 1645, les habitants de l'île de Axholme détruisirent la plus grande partie des digues, com- blèrent les canaux et menèrent leurs bêtes paître dans les champs de céréales des nouveaux colons. Les émeutiers déboutés continuèrent les troubles, malgré la force LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 265 armée envoyée contre eux, refusant l'impôt et saccageant les pro- priétés qui avaient été épargnées, jusque vers l'année 1714, quand fut sanctionnée la loi sur les émeutes. A la fin seulement du siècle dernier, les travaux furent restaurés et quelque peu étendus. Une loi datée de 1795 autorisa les inté- ressés à se taxer en vue de modifier le système appliqué par Ver- muyden, c'est-à-dire, en creusant de nouveaux canaux à double fin, pour drainer et pour colmater, et, aux termes d'une clause spéciale, en utilisant les eaux au colmatage des terres adjacentes. Le grand canal coulant dans la direction ouest, de la Trent vers Keadby, fut établi conformément à celte loi, dans le but de fournir les eaux limo- neuses par deux canaux secondaires parallèles, et en cas d'obstruc- tion, de faire servir les eaux à curer les drains en chasse, afin de faciliter le warping. Dans l'île d'Axholme , la partie basse qui s'écarte de la Trent baisse de niveau progressivement ; la partie élevée qui représente les deux cinquièmes de la surface totale occupe le centre, et sauf entre Crowle et Belton, elle est ondulée en petites collines qui s'éialent vers l'ouest. Déjà, à une époque ancienne, pour se défendre contre les crues de la Trent, les moines de Selby avaient fait construire un fort bar- rage en bois sur la Trent, en travers du ruisseau Mare Dyke. Le su- périeur du cloître, Jolm de Shireburn, voulut substituer plus tard au barrage élevé par son prédécesseur, l'abbé de Gaddesby, un ouvrage en pierres, mais les commissaires du roi Henri V (4640) intervin- rent, estimant que les murs ne résisteraient pas au flot des marées, et décidèrent les moines à refaire un barrage en charpente, de fort équarrissage, avec un double pertuis de l'",20 sur 2 mètres, en même temps qu'à élever une double digue sur les rives de la Trente Ce sont les plus anciens travaux dont il soit fait mention. Le dessèchement des bas terrains de l'Axholme, à l'ouest de la digue Trent Bank, s'opère par les canaux Folbj Drain, New Idle Drain, et d'autres moins importants qui les traversent et déversent les eaux à Althorpe, ou près d'Althorpe. Ouant aux terrains de la 1. Dempsey, Drainage of districts and lands, p. G7. 2(36 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. partie septentrionale, ils sont desservis par des canaux rejoignant directement la Trent. Vermuyden avait projeté des canaux en ligne droite, pour écouler les eaux des rivières qui déciivaient de trop longs circuits en raison du niveau trop bas des terres ; mais il commit l'erreur de choisir le ca- nal Snow et le canal d'Althorpe comme principaux collecteurs. Oi', à partir d'Althorpe jusqu'à son embouchure, la Trent a une pente de 0'",001 par mètre, qui s'est trouvée perdue pour le dessèchement du district. Les eaux eussent été conduites par un canal principal jusqu'à rOuse, que la chute aurait été augmentée de l'",50 à 1™,80, per- mettant aux terrains bas situés à l'ouest et au midi d'écouler leurs eaux par gravitation, au lieu de recourir à l'épuisement mécanique. Jusqu'à il y a cinquante ans, les fermiers des basses terres de l'île d'Axholme ont employé, au lieu de pompes actionnées par des moulins à vent, des écopes mues par des chevaux qui étaient abso- lument insuffisantes pendant la saison des pluies. Depuis lors, on a installé partout des machines à vapeur, faisant mouvoir des roues à palettes, au lieu de pompes trop sujettes à réparation. Indépendamment des machines qui font le service public du des- sèchement des marais de Soss, de Heck-Dyke et de Hirst-Priory , représentant ensemble une force de 155 chevaux-vapeur, pour 4800 hectares, les autres machines de moindre puissance, réparties sur les exploitations particulières, figuraient, en 1860, avec une force totale de 110 chevaux, employée à dessécher 2 500 hectares, comme il résulte du tableau ci-après. La dépense d'épuisement, par machine à vapeur, varie selon la saison et l'évaporation ; elle est plus grande en été qu'en hiver; on l'évalue en moyenne de 6 fr. 50 c. à 15 fr. par hectare \ 1. Suivant une évaluation fournie à Algernon Glarke, par un fermier de Axliolme, employant une machine à vapeur de â chevaux, les frais d'épuisement par hectare seraient les suivants : Coûl de la machine avec transmission et de la roue à palettes, etc., 6 250 fr , soit 10 p. 100 625 fr. Houille: 10 tonnes à 12 fr. 50 c. (0 fr. 75 c. par hectare) . 125 Salaire, graissage, entretien, etc 125 Total pour 162 hectares 875 Soit 5 fr. 40 c. par hectare. LES DESSECHEMENTS EN ANGLETERRE. 267 Axholme Level. Détail des machines en service pour le dessèchement (I86O1 NOMS DES LOCALITÉS OU des propriétaires. HECTARES desséchés. FORCE eu chevaux. MACHINES d'épui- sement. HAUTEUR maximum. ÉMISSAIRES. 2 machines mètres Soss . . . . 2 428 = 80 2 roues 3,05 à Stockwith, dans la Trent. Heck-Dvke. . 404 15 1 roue 3,05 dans la Trent. Hirst-Priory . 2 023 60 id. 2,44 à Althorpe, dans la Trent. Atkinson . . 162 8 id. 1,22 dans la Trent. Kelsey . . 121 4 id. 1 22 id. Low Level 121 5 id. 1 22 id. Belk . . Ul 5 id. 1 22 id. Jaques . 40 3 id. 1,22 id. Broughton 404 20 id. 1,22 id. Butterwick 242 20 1 pompe 2,44 id. Kelfield . 40 ô 1 roue 1,83 id. Carr . . 121 S id. 1,22 id. Pearson 81 8 id. 1,22 id. Newlaud. 162 16 id. 1 22 id. Gervase. Totaux 121 i) iii. 1,22 id. 6 531 262 Un grand canal percé entre Idle-Slop et Trent-Fall, où la Trent et rOuse débouchent dans l'Humber, eût permis de dessécher tous les terrains de Axholme et ceux adjacents, dans les comtés de York et de Notlingham, sans recourir aux machines. La chute eût été de 3 mètres en contre-bas de celle d'Althorpe, et le collecteur n'eût reçu que les eaux des crues provenant des basses terres. D'ail- leurs, la Trent étant étroite à Althorpe, les marées y montent à une grande hauteur; tandis qu'à l'embouchure, la largeur étant plus grande, les flots de marée ont peu d'influence sur la baisse des eaux al etiage. Le canal projeté, muni d'écluses à marée, aurait reçu à Idle-Slop les eaux de Bawtry, dans le Nottingham, qui sont déversées par le Bycar-Byke di Stockwith, et aurait pu être maintenu ainsi en bon état 268 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. de curage. En outre, les eaux de marée du canal auraient assuré le colmatage d'une surface de 8 000 hectares; ce qui devient impos- sible en employant les eaux de la Trent. Les ingénieurs Smeaton, en 1776, et Rennie, en 1813, soumirent les devis de ce canal. En 18^8, un comité spécial proposa sur base de ces devis le dessèchement de 40000 hectares, le colmatage de 6500 hectares avee une plus-value annuelle de 500 000 fr. pour les terres, et une navigation plus facile, moyennant une dépense de 8 750 000 fr.; mais, devant ce chiffre énorme, les propriétaires intéressés n'eurent pas le courage de tenter une entreprise aussi fructueuse \ 3. — La rivière Don. La rivière Don, qui a été dérivée dans l'Ouse par une coupure de 8 kilomètres de longueur, appelée Dutch River, et la rivière Idle, un des nombreux affluents de la Trent, coulaient jadis directement dans l'Humber. On retrouve non seulement l'ancien lit du Don, en aval du confluent de la Went dans l'Ouse, mais les lits d'autres bras qui communiquaient avec l'estuaire. Un de ces bras, peut-être le bras principal, avait un cours tortueux à partir de Thorne où la rivière se détourne actuellement dans une direction nord, et sui- vant la direction est-nord-est, depuis Growle jusque dans la Trent, il aboutissait près de Adlingtleet. De son côté, la rivière Idle, qui descendait, passé Misson, dans la direction nord vers l'ancien lit du Don, où elle se jetait à 5 kilo- mètres au sud-ouest de Crowle, a été également déviée par une cou- pure de Misson, à West Stockwith. Il s'ensuit qu'un vaste territoire, sillonné jadis par les ramifica- tions de ces cours d'eau, dans le but de remédier à l'obstruction du delta de l'Humber, a été transformé en marais que l'on a dû assainir pour les rendre à la culture. Ce territoire comprenant Thorney wasie couvre près de 650 kilomètres carrés, en jonction avec les Fens du Lincoln et les landes de l'autre rive de la Trent. Aussi bien Thorney waste que les autres alterrissements de l'an- 1. A. Clarke, Farming of Lincolnshire, 1851, vol. XII. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 269 cien delta des rivières Don et Idle, ont été l'objet de travaux consi- dérables de dessèchement, de drainage et d'enclôture. 4. — La rivière Ancholme. La rivière Ancholme prend naissance à Spridlington, dans les hauts plateaux ({ui séparent Lincoln de Market-Rasen, Après avoir coulé à l'ouest, elle suit une direction vers le nord, reçoit à Glen- tham les eaux d'un petit affluent, le Rasen, descendu des collines crayeuses de Tealby, et remonte en ligue droite, sur une longueur canalisée de 30 kilomètres, pour se jeter dans Fllumber, à l'écluse Ferriby. La vallée longue et étroite de l'Ancholme contient environ 11 000 hectares de terrains d'un niveau inférieur à celui des marées de vives eaux. Depuis Bishops Bridge situé à ce niveau, les terrains s'abaissent progressivement jusqu'à l'",o7 au-dessous, à Kelsey ; puis à 2™, 75, à Brigg ; ils ne se relèvent qu'à O^jOO vers l'écluse. Quant au bassin de la rivière, il s'étend sur plus de 80 000 hec- tares, dont 20 000 en plaine, à 10 kilomètres environ du confluent de la Trent et de l'IIumber; 40 000 en coUines crayeuses qui re- montent jusqu'à 35 kilomètres, au nord et au sud de l'IIumber; ce sont les wolds; et 20000 hectares encolhnesoolithiques, plus basses que les précédentes, qui partagent les deux vallées de la Trent et de l'Ancholme. Enfin, au sud, une formation alluvienne sépare les deux vallées de l'Ancholme et du Wilham. La largeur de la vallée varie entre un kilomètre et demi, en amont, et 5 kilomètres, en aval. Le débit journalier du bassin est évalué à 4 millions de mètres cubes, susceptibles de colmater, sur 0™,06 d'é- paisseur, le sol de la partie marécageuse qui touche à l'Humber \ Très anciennement endigué, pour contenir le flot des eaux de l'IIumber, l'Ancholme, dont le cours était particuhèrement sinueux, avait fini par s'obstruer, au point que, sous le règne d'Edouard II (1307), le chenal entre Brigg et Ferriby se trouvait réduit de 12 mètres à 2 mètres de largeur. Les coudes de la rivière, en amont, 1. Ansted, Waler and waler supplij, p. 313. 2^0 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. étaient au nombre de 12 à 14, et quoique les eaux supérieures ne fussent pas aussi abondantes, puisque le dessèchement n'était pas opéré, les débordements étaient périodiques. Sir William Dugdale a laissé une carte de la vallée, datée de 1640, où l'on retrouve encore les coudes et les sinuosités de l'Ancholme, avant l'exécution des tra- vaux de rectification. Ancholme Level. — Ce fut en 1635 (10* année du règne de Charles P"") que Sir John Munson obtint pour lui et pour un groupe de grands propriétaires, ses associés, la concession du dessèchement des Fens et des Carrs des deux rives de l'Ancholme ; il s'engagea à exécuter les travaux dans le délai de six années et à installer l'émis- saire à Ferriby, de façon que les terres complètement asséchées fussent cultivables en prés et en prairies, moyennant l'abandon en toute propriété, exempte de taxes et d'impôts, de 2 357 hectares. Trois ans plus tard, en 1638, le canal ayant été creusé sur 30 ki- lomètres, depuis Glentham jusqu'à l'Humber, et les canaux latéraux fonctionnant, voire ceux exécutés même du temps d'Edouard III (1327-1377), pour le dessèchement des terres entre Elsham et Fer- riby, Sir John Munson et ses associés entrèrent en possession de leurs terrains et les exploitèrent jusqu'aux jours de la rébellion pendant laquelle les populations rurales tentèrent de ressaisir, les armes à la main, les terres et les droits dont elles avaient été spoliées. Après ces temps de troubles, les travaux ne furent plus entretenus, les canaux s'obstruèrent, les alterrissements finirent par encombrer le ht de la rivière, et les inondations replacèrent la vallée dans la si- tuation marécageuse où elle se trouvait jadis. En 1767 finalement, une loi fut votée, autorisant la reprise des travaux en vue de la na- vigation et du drainage, et quelques années plus tard, malgré une charge annuelle, pour compte de travaux, de 7fr. 70 c. par hectare, répartie sur 8000 hectares, la valeur locative des terres assainies remonta de 30 à 90 fr., au lieu de 5 à 10 fr. par heclare. Malgré cela, à la fin du siècle dernier, la pente générale était devenue trop faible; le dessèchement laissa de nouveau à désirer, et force fut de faire appel à l'ingénieur des Fens, Rennie père, pour sortir d'urgence d'une situation qui s'aggravait de jour en jour. LES DESSECHEMENTS EN ANGLETERRE. 271 Le rapport de Rennie, remis aux intéressés en 1801, se fondait sur les mêmes principes que ceux proposés, et appli(}ués plus tard, à l'assainissement des Fens que draine le William. Il concluait : 1° A la rectificalion et à l'approfondissement de l'Ancliolme cana- lisé, pour obtenir la chute d'eau maximum ; 2° A la construction d'une grande écluse à marée, à Ferriby ; 3" A l'exécution d'un canal de ceinture {catchwaler) sur la rive méridionale, destiné à recueillir séparément les eaux des terrains du niveau supérieur, avec une écluse spéciale pour la décharge de ces eaux dans l'IIumber. Les eaux provenant des hautes terres, animées d'une plus grande vitesse que celles des terres basses, élèvent le niveau de ces der- nières et les empêchent de se décharger aux écluses que l'on ouvre seulement dans l'intervalle des marées. Le canal de ceinture projeté par Rennie père devait non seulement détourner les hautes eaux, mais fournir une réserve aux terrains inférieurs, en vue du colma- tage et de la navigation. Les conclusions du rapport de l'éminent ingénieur furent adoplées, mais exécutées en partie seulement. L'Ancholme fut rectifié ; le collecteur de ceinture ne fut creusé que jusqu'à Rrigg, et deux écluses à sas furent éditiées, l'une pour la navigation à Hortestow Green, au point où la rivière débouche dans les basses terres, et l'autre à Ferriby, sur l'Humber, pour em- pêcher l'envahissement des marées. Ces travaux incomplets furent-ils exécutés conformément aux plans de Rennie père? Toujours est-il que vingt années plus tard, son fils. Sir John Rennie ^ visitant le district, constatait que l'assainissement était défectueux ; le lit de l'Ancholme était ensablé, la navigation qui devait permettre aux cô- tiers du Yorkshire de remonter jusqu'à Rishops Rridge était arrêtée à quelques kilomètres en amont de Rrigg ; enfin, les travaux et les ouvrages d'art étaient dans le plus déplorable état. Dès lors. Sir John Rennie recommanda, dans un nouveau rapport, daté de 1825 : 1° D'approfondir et d'élargir sur tout son parcours l'Ancholme canalisé, de façon à l'approprier à la navigation des bateaux côtiers 1. Autobiography, loc. cit., p. 225. 272 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. de 2 mètres de tirant d'eau, et à maintenir le flot jusqu'à 0'°,60 et 0'",90 au-dessus du niveau des basses terres, afin de prévenir les inondations et d'assurer l'écoulement des eaux de dessèchement ; 2° De donner \'",S^ d'abaissement au seuil de l'écluse à sas, pour permettre la remonte des bàliments jusqu'à Bishops Bridge, et de faire précéder l'écluse d'un barrage, avec un bassin de réception des sables charriés par les eaux supérieures ; 3° De construire une nouvelle écluse à sas, à Ferriby, avec 1"',82 d'abaissement et 6 mètres d'ouverture, en aval de l'ancienne, et de refaire les ponts avec de plus grandes ouvertures; 4° De dessécher le collecteur de ceinture, pour le curer, l'élargir et le prolonger jusqu'au niveau supérieur extrême ; 5° De creuser un autre collecteur de mêmes dimensions sur la rive nord, depuis la nouvelle écluse jusqu'à l'extrémité du district; 6" De munir d'un barrage à pertuis, avec puisard pour les sables, toutes les embouchures de ruisseaux ou de canaux dans les collec- teurs de chacune des rives. Ces travaux, adoptés parla commission de VAnclwlme Level, furent confiés aux entrepreneurs Jolliffe et Banks, sous la direction de ringénieur local Adam Smith, en vertu d'une loi portant la date de 1825. L'écluse de Ferriby, dont le seuil a été abaissé de 2"", 45 par rap- port à l'ancien, offre plus de 6 mètres d'espacement pour l'entrée des bateaux et la décharge des colatures. Les anciens ponts qui rétrécissaient le chenal étant démolis, la nouvelle écluse établie à 28 kilomètres de l'embouchure, possède trois ouvertures de 5"", 50 chacune et un développement total de 22"", 55. Chaque ouverture est pourvue de portes automatiques que la marée ferme, et que les eaux d'amont ouvrent, dès que le flot baisse. Les portes, en outre, sont surmontées de vannes qui règlent le niveau de la navigation (soit 3™,! 6 au-dessus du seuil), de façon à maintenir une profon- deur d'eau de 2'" ,67 à Brigg (à 14 kilomètres en amont), et de 2'" ,98 à Ilarlem-IIill (à 29 kilomètres). Le résultat de ces travaux qui ont coûté GOO 000 fr., a été des plus satisfaisants. Sir John Rennie admet que la nouvelle écluse est une des mieux réussies et des plus économiques. Le dessèchement LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 273 est parfait, en tant que la navigation n'abuse pas des retenues qui refoulent les eaux d'écoulement venant d'amont. L'Ancholme peut débiter le volume total des eaux qu'il reçoit dans l'intervalle de deux marées, quoique l'écluse reste fermée moitié du temps ; mais comme la navigation exige un niveau de 3™, 35 supérieur à la laisse des marées de morte eau, les crues ne sont pas déchargées assez rapidement, et au flot suivant, elles sont chassées sur les terres des Carrs, qui sont à 2"\75 en contre-bas, par rapport au niveau d'eau dans la rivière. Il y aurait lieu, en conséquence, de détourner une partie des eaux des crues des terrains supérieurs par de nouveaux canaux d'égout- tement, afin d'év*'or les submersions temporaires des Carrs Wad- dingham, Suitterby, Kelsey, etc. Ces canaux, avec décharge spéciale dans rilumber, pourraient être d'ailleurs utilisés pour les besoins de la navigation, ou pour l'irrigation des terres trop sèches. De même, il y aurait lieu, dans le but decompléter le projet de Sir John Réunie, qui projetait les canaux de ceinture aux niveaux élevés, d'établir des réservoirs ou puisards, pour recueillir les sables charriés par les eaux, et en débarrasser le chenal de l'Ancholme. Plus de 130 kilomètres carrés de lais de rivière et d'autres allu- vions, grâce aux travaux de flennie fils, ont pu être repris sur les marais et convertis en terres arables de première qualité. On cultive surtout, dans la vallée d'Ancholme, sur les terres limo- nées, la pomme de terre qui suit une récolte verte comme jachère, ou bien des fèves ou du lin. Sur les sols de meilleure quahté, la pomme de terre et le blé se suivent alternativement pendant un certain nombre d'années; sur les autres sols, on intercale entre ces deux récoltes de l'orge, de l'avoine, des fèves, du trèfle, du lin ou des oignons \ 5. — La rivière HuU (Yorkshire). Le dernier tributaire de l'Humber, sur la rive nord, sort du pied des wolds à DrifTield et à Killiam. Les deux ruisseaux qui forment la rivière Hull se rejoignent à Frodingham. A partir de cette localité, 1 . A. Glarke, The practice nf agriculture, loc. cil. ANN. SCIENCK AGRON. — 1893. — I. 18 274 ANNALES DE LA StilENCE AGRONOMIQUE. pendant un trajet de 15 kilomètres, elle coule au midi jusqu'à Bevcrley, et 15 kilomètres plus loin, elle débouche dans THumber, après avoir drainé, dans ce dernier parcours, 160 kilomètres carrés de terres marécageuses qui s'étendent sur une largeur de 6 à 12 ki- lomètres le long de la côte de Holderness, jusqu'à Suiik Island, situé à 16 kilomètres. La digue qui protège cette rive serait, dit-on, une œuvre romaine ; elle fut complètement restaurée en l'an 1313. La ville de Kingston- upon-Hull, avec les magnifiques docks qu'exigent son important com- merce et sa navigation à vapeur, est bâtie elle-même sur les lais de l'Humber, au confluent de la rivière IIull, à un niveau de 0"\90 à l'",50 en contre-bas de celui des marées de vives eaux. Sur les terres de marais qui ont été desséchées par colmatage, la pomme de terre est la principale récolte ; on en obtient même une double récolte annuelle, en adoptant le procédé de la germination préalable, suivant ce qui a lieu également sur les bords de la baie de Morecambe, le long de la côte ouest du Lancashire. Le système ordinaire est de faire suivre la pomme de terre par le trèfle, et le blé, par les fourrages ou les féveroles. On donne à la fm de l'automne un labour profond pour enterrer le fumier (50 à 70 tonnes à l'hectare), et au printemps, un nouveau labour en travers, avant de planter les pommes de terre sur ados, et de leur appliquer de 3 à 5 quintaux de guano à l'hectare. Les semences sont plantées, à raison de 15 à 18 quintaux, à des inter- valles de 0'",25 à 0™,35, en rangées écartées l'une de l'aulre de 0'",70 à 0™,75. Celle culture caractéristique des terres colmatées est très lucra- tive, là oîi le tubercule est épargné par la maladie qui dévaste pério- diquement les champs de l'Angleterre, depuis 1845, Le rendement moyen varie de 15 à 25 tonnes à l'hectare, dans les meilleures terres, et de 10 à 15 tonnes, dans les terres de quahté inférieure : la dépense s'évalue entre 1 000 et 1 500 fr. par hectare \ 1. Ch. Whitehead, On cultivatioii of hops, fruit and vegetables (Journ. Roy. A(jric. Soc, 1878, vol. XIV). LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 275 III, — LES ENDIGUEMENTS ET LES POLDERS DU LITTORAL Les opérations qu'il nous reste à décrire concernent plutôt le littoral ; elles comprennent, pour quelques-unes, la mise en polders des alluvions laissées par les marées, et pour d'autres, la défense, à l'aide de digues, de surfaces plus ou moins vastes, consacrées à la culture. A l'embouchure des rivières, là où les alluvions présentent le plus d'intérêt pour l'enclôture, l'action des vagues n'est pas toujours aussi destructive que sur les côtes, directement exposées aux cou- rants. Il est possible de remplacer les digues de terre, ou muraillées, par des encaissements que les ingénieurs anglais ont exécutés de longue date avec plein succès. Digues jjcir encaissement. — Les encaissements s'établissent de la manière suivante. Sur un radeau en fascinages de 0'",60 d'épaisseur et de 6 mètres de longueur, on dispose un lit d'argile ; puis sur ce radeau, on en établit un second, de mêmes dimensions, avec lit d'argile, et ainsi de suite, de telle sorte que les radeaux superposés descendent d'aplomb par leur propre poids sur le fond du lit dont les rives doivent être encaissées. La digue ainsi obtenue, de 6 mètres à la base, de 3™, 50, par exemple, à la crête, s'avance isolée, sans accotoirs, du côté des rives, et résiste parfaitement à la double action des courants dus aux marées et du courant de rivière. Elle est submersible à marée de mortes eaux ; mais quand on veut tirer parti des terrains laissés en arrière, submersibles au-dessous du niveau des eaux moyennes, il y a lieu de l'exhausser et, au besoin, de la revêtir de perré au-dessus de la ligne des vives eaux, ou bien encore, de la faire servir comme fondation à des enroche- ments en pierres perdues qui forment la partie supérieure des digues longitudinales. Les digues par encaissement que les ingénieurs Rennie, père et fils, ont fait construire dans un grand nombre de baies, ont parfai- tement tenu, notamment le long de la Severn, qui se jette par un 27(3 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. large estuaire dans le canal de Bristol. Malgré la barre (mascaret) atteignant i"',85 de hauteur, malgré un courant de 15 nœuds à l'heure et un flot de marée qui monte de 6 mètres au-dessus de la mer basse et reflue avec une vitesse de 6 à 8 kilomètres à l'heure, les ouvrages en fascines et bourrées ont résisté jusqu'à la hauteur qui leur a été donnée, de 1"',85, au-dessus de la limite des vives eaux. Elles reposent sur des bancs de sable que balayent les cou- rants, sans leur faire subir aucune déformation. Aussi, l'éminent ingénieur W. Gubitt n'hésitait-il pas à proposer de jeter une digue de 6 kilomètres de longueur, en travers de l'estuaire de la Severn, à Hock-Grib, sur un banc de sable, dans le but de raccourcir le che- nal navigable et de gagner plusieurs milliers d'hectares de terrain cultivable sur la plage. Une variante a été adoptée pour la délimitation du chenal des divers cours d'eau, à travers l'estuaire du Wash, qui consiste dans l'emploi de fascinages, faits avec des épines de haies entourées d'argile. Ces fascinages ont l^jSO de longueur, y compris les branches, et0'",90 de circonférence; les gros bouts tournés dans le même sens sont liés par des cordes goudronnées. On les dispose le long du nouveau chenal projeté, sur une ou plusieurs rangées, sui- vant la profondeur et la force du courant, et on les recouvre d'un lit de 0"',15 d'argile. On continue à élever des hts de fascinage établis de la même manière, les uns au-dessus des autres, jusqu'à ce que l'on ait atteint le niveau de la plage, et dans les grandes ri- vières, le niveau des demi-marées. Ces sortes de digues peuvent être établies dans un chenal de 6 mètres de profondeur, à marée basse, sans souffrir du flux ou du reflux ; elles offrent un revête- ment durable là où la maçonnerie serait entraînée. On évalue le coût de cet encaissement à 3 fr, par mètre cube\ Digues à la mer. — Les encaissements n'ont pas été reconnus assez résistants sur d'autres points du littoral, ou du moins, le sys- tème ordinaire des digues en terre a prévalu, car à l'embouchure, par exemple, de la petite rivière Grouch, à l'entrée de l'estuaire de 1. Wheeler, Fascine work and recUnnation. (Trans. Inst. civil Engineers, t. XII.) LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 277 la Tamise (comté d'Essex), où le courant est assez étroit, mais pro- fond, la digue de défense construite en terre est revêtue de maçon- nerie. La mer déferle obliquement, venant du nord, et use beaucoup plus rapidement le front des ouvrages que si elle frappait à angle droit. Pour les remblais du chemin de fer qui longe l'embouchure de rHumber, sur la rive gauche du comté de. York, on a suivi les mêmes errements, en tenant compte de la direction des lames, afin d'amor- tir le choc des vagues et de préserver les talus. Ailleurs, les digues ne sont pas maçonnées. A l'embouchure même de l'Humber, la digue de Louth a été construite, partie en sable el partie en argile battue; seulement, d'après l'orientation des marées_, les talus sont à 6, ou à 3 de base, pour 1 de hauteur. A Wells, sur la côte du Norfolk, la digue de Gromer, d'une longueur de 6 kilo- mètres et demi, a été construite en argile battue et revêtue de gazon, avec un talus de 5 pour 1. La digue qui défend Romney Marsh (comté de Kent), dont nous nous occupons plus loin, a une longueur de 6 kilomètres et demi. Attribuée aux Romains, comme les digues des Marslies du Lincoln, elle a été construite en terre, mais on a dû la fortifier par des pilotis sur deux rangées, entre lesquelles le vide a été comblé par de la craie. Les eaux de dessèchement des 10 000 hectares enclôturés par la digue s'écoulent à marée basse, par trois aqueducs de grandes dimensions, avec écluses, au travers de la levée. Sur les rives de l'estuaire de la Tamise, où la marée monte de 3"', 05, les digues comportent trois sections en élévation ; la section principale inférieure a 5 mètres de base pour 1 mètre de hauteur et 6"", 10 de largeur à la crête ; elle supporte la section centrale (out- burst bank) dont le t«lus est de 1 mètre et demi pour 1 mètre de hauteur, sur 1",52 d'élévation et 2™ ,45 de largeur à la crête. La section supérieure (swash bank) n'a que 0"',75 de hauteur et 0'",75 de largeur au couronnement. Ces digues en terre sont revêtues en argile corroyée et, sur les points plus exposés, en perré. Les talus supérieurs sont gazonnés, ou semés en ray-grass, en luzerne, etc. \ 1 Knight, American D/c'/o/ianj, p. 2085. 278 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 1. — Les polders de la baie Holkham (Norfolk), C'est en 1855 que le comte de Leicester fit entreprendre le des- sèchement et la mise en polders des lais de mer qui se trouvent à la pointe occidentale de la baie Holkham. Cette baie doit son nom au domaine princier des comtes de Leicester, dont les palais furent édifiés sur les plans des architectes Palladio et Inigo Jones, au siècle dernier; elle donne accès au petit port de Wells et aux parcs d'huî- trières de cette localité. Les premiers travaux entrepris par le comte de Leicester consis- tèrent dans l'établissement d'une digue de 1 350 mètres de longueur, à l'est du port de Wells. Du côté du nord, les alluvions sont pro- tégées d'une manière complète contre la mer par une longue chaîne de dunes sablonneuses, suffisamment larges et élevées, couvertes depuis des siècles de saules marins (marram). Nulle protection est aussi efficace contre l'assaut des marées que ces dunes plantées, quand on a soin d'entretenir les plantations après les coups trop violents des ouragans. Les sables fraîchement entraînés se conso- lident rapidement par le marram. Du côté du midi, les marais sont depuis longtemps assainis et cultivés. La digue commencée à l'est de ces marais, en 1857, fut achevée l'année suivante; elle part de la pointe du quai de W^ells, suit le chenal en ligne droite vers le nord, jusqu'à une sorte de falaise en cailloux roulés, qui se rehe à l'est avec les dunes de sable. Dans son parcours, elle coupe l'ancien che- nal à deux reprises, de façon à ménager un Ht plus profond pour l'accès du port. Construite en argile sur 400 mètres de longueur, à l'extrémité sud, la digue, pour le restant, est formée de sable, avec un revêtement en perré sur 0™,60 d'épaisseur, qui plonge de 1'",50 du côté de la mer, tandis que du côté des terres le perré n'a que 0", 30. L'ouvrage offre 1'",50 de largeur à la crête, avec un talus du côté de la mer, de 4 sur i dans la partie supérieure, sur une hauteur de 2"", 50 à partir du couronnement, et de 5 sur 1 dans sa partie infé- rieure. Du côté des terres, le talus est de 2 sur 1 au sommet, et de 3 sur 1 à la base. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 279 La crête et le pied du talus du côté de la mer ont été empierrés avec des galets ; le reste, là où il n'y a pas de perré, a été gazonné sur une épaisseur de 0'",07. L'expérience a appris que pour les dimensions ici adoptées, le sable résiste mieux que l'argile. L'écluse placée à l'exl rémité sud de la jetée est fondée sur pilotis dans l'argile ; elle est fermé.3 du cùlé de la mer par une porte de flot automatique, et du côté de la cam- pagne, par une martelière à vis. Elle permet de débiter non seule- ment les eaux des 235 bectaresde lais de mer endigués, mais encore les eaux de 400 hectares de marais soumis au dessèchement, aux- quelles se joignent celles des sources. Un seul accident a été causé, au mois de décembre 1862, par un coup de mer qui a enlevé la falaise de galets sur laquelle la digue s'appuyait, en affouillant le sol à une profondeur de 8", 50, par une brèche de 115 mètres. La falaise a été rapidement rem- placée, grâce à deux tramways d'un kilomètre de longueur pour le transport des matériaux, par une levée dont la déclivité est de 12 sur 1 du côté de la mer, et de 5 sur 1 du côté des terres. Le saule marin (marram) y a pris croissance et a consolidé en peu d'années le nouvel endiguement dont la hauteur est de l'",50 au-dessus des vives eaux. La première digue de sable, sauf le renouvellement des galets entraînés par les eaux de la brèche, n'a exigé aucunes réparations ; elle est protégée par les marais contre les vents impétueux qui souf- flent de l'ouest et du nord-ouest. Sur les 235 hectares mis en polders, plus de 80 hectares, au voi- sinage des prairies autrefois marécageuses, sont en sol argileux compact; 33 hectares sont en limon vaseux, à la limite des collines argileuses ; 69 hectares en argile bleue que recouvre une couche de sable de 0'",15 à 0™,90 d'épaisseur, et le reste est formé d'un mélange de sables et de graviers plus ou moins fins. Le sol enclô- turé a exigé une dépense d'autant plus forte pour la mise en culture qu'cà la rencontre des courants de marée venant de l'ouest et de l'est, en ce point de la petite baie, de grandes criques déchiraient le terrain, et ailleurs, des flaques d'eau en grand nombre restaient à l'état stagnant sur les parties argileuses. 280 ANNALES DE LA SCIENCE AGUONOMUJUE. Dès l'automne de 1859, les travaux pour rallotissement furent entrepris; d'abord, les routes furent construites; la principale, tracée dans toute la longueur, est coupée à chaque 500 mètres par des chemins de traverse de 9 mètres de largeur, bordés d'un fossé de chaque côté. Les bandes de terrains ainsi aménagées sont en- suite divisées par des fossés, en compartiments d'une contenance de 4 à 8 hectares. Comme chaque compartiment se trouve accessible par une route empierrée, la culture à vapeur a été introduite. Mais avant de labourer, il fallut combler les crevasses au moyen de sables transportés par voie ferrée, et niveler la surface entière des remblais et des déblais. La plus grande partie du polder, en 1862, était en culture : na- vette, pois, froment et avoine, lorsque la mer vint envahir toute la surface. Pendant les deux premières années, les récoltes furent su- périeures, au point de vue du rendement et de la qualité, à celles obtenues après l'accident. Le sol s'était imprégné de sel en excès, et si les routes ne souffrirent pas trop de la submersion prolongée, les récoltes en terre furent absolument perdues pour l'année sui- vante. Le drainage a été pratiqué sur une centaine d'hectares. Les drains, de 0'",44 de diamètre, placés à 10 mètres d'écartement dans l'ar- gile, et à 20 mètres dans les sables, sont dirigés vers les fossés. En raison du nivellement de la surface, la pose des drains a donné lieu à quelques difficultés, pour assurer une pente convenable et un débit régulier. On a dû repérer le plan d'eau général, avant d'établir le fond des drains à un niveau constant de 1'",25, reconnu suffisant pour obtenir la chute nécessaire dans les collecteurs. En dehors des terres livrées immédiatement à la culture, les argiles compactes ont été amendées par le sable, sur une épaisseur de 0™, 10 et retournées par des charrues à vapeur. Lorsque l'argile ne pouvait pas être atteinte par le labour, on a foncé des puits desquels on a extrait l'argile pour la brouellei' sur le sable préalablement écroûté. Enfin, ailleurs, l'argile étant à la profondeur de 0"',âO à 0'",40, on a creusé des tranchées, pour ramener de 0"\20 à 0"\25 d'argile et remblayer en couverture les autres terrains, puis on a comblé les tranchées à l'aide de sable. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERUE. 281 Les appareils de labourage Fowler ont servi au défoncement à 0'",40 et au nivellement de toute la surface amendée. Après une année de jachère seulement, les terrains ont été ensemencés. Depuis 18G7, la salure due à la submersion accidentelle n'exerçant plus aucun effet, les cultures sont en pleine réussite. Aucun assolement particulier n'est adopté; on cultive tour à tour le blé, l'orge, l'a- voine, la navette, les racines et le trèfle, avec de bons rendements '. Celte opération, qui a exigé une dizaine d'années pour être com- plète, n'est qu'une de celles que Lord Leicester, digne successeur de son père, a réalisées dans son immense domaine de Holkham, suri2 000bectares. Après une dépense de 10 millions de francs, faite par le premier comte, et de 12 millions et demi, par ses fermiers, les sables stériles et les terrains maigres de Holkham ont été Irans- foimés en terres à blé. C'est la conséquence des amendements par l'argile et la marne, des engrais artificiels à hautes doses, de l'assolement quadriennal, des jachères sur labour, de l'élevage des moutons et de l'engraissement du bétail en hiver, des bâti- ments modèles d'exploitation, des baux à long ternie, etc., en un mjt de la rénovation moderne de l'agriculture, dont les Lords de Leicester ont été les promoteurs puissants et infatigables dans le •comté de Norfolk. 2. — Les marais du Westmoreland. Sur la côte du Westmoreland, le dessèchement des marais de Helsington, qui couvrent plus de 800 hectares, peut compter comme une des opérations les plus satisfaisantes, récemment tentées en Angleterre. Helsington. — Les marais, d'un niveau très peu supérieur à celui des basses marées, avaient été allotis et enclôturés au commence- ment du siècle, au profit d'un grand nombre de propriétaires, en vertu d'une loi intitulée Heversham luclosure Ad. Jusqu'alors on 1. Shellabear, Réclamation of land from Ihe sea. (Jonrn. Roy. Acjric. Soc, t. III, 1867.) 282 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. s'était borné à extraire de la tourbe pour approvisionner la ville de Kendal et les environs. Les commissaires, aux termes de la loi, firent construire des digues contre les hautes marées, des fossés collecteurs et des écluses de dé- charge dans la mer; mais, soit à cause d'une pente insuffisante, soit en raison du peu de profondeur du plan d'eau, les travaux exécutés n'empêchèrent pas le terrain d'être inondé par les fortes marées. En I808, il fallut recourir à une nouvelle loi pour reporter à 5 kilomè- tres plus en amont le collecteur et l'écluse de décharge principale, dans le delta même du Kent, à Ulphacrag. Grâce à cet avancement, la chute augmenta de 1'",22; les collecteurs purent être élargis et approfondis, et à l'aide d'un fossé de ceinture {catchwater), on par- vint à capter les eaux des hauteurs environnantes pour les évacuer séparément. Le coût des nouveaux travaux s'éleva à 375 000 fr. A l^'jSO au-dessous de la surface de tourbe, on rencontre de l'argile marneuse. Gomme les canaux principaux d'écoulement sont assez profonds pour que les fossés secondaires pénètrent dans l'ar- gile, on creuse ces derniers à l'aide d'un outil spécial {long moiUh) et on forme avec le déblai des bourrelets superficiels que l'on gazonne. On obtient ainsi des drains excellents au prix d'environ 100 fr. par hectare. Les tuyaux deviennent ainsi inutiles; le défaut de pente et le refoulement des eaux les rendraient du reste peu pratiques. Le drainage achevé, on extrait l'argile du sous-sol par des puits, silués sur les bords des pièces à mettre en culture, et on la répand sur la surface de la tourbe, à raison de 250 charretées par hectare. Il en résulte un terreau meuble, riche en matières végétales, très approprié aux céréales, aux racines et au trèfle. Les bâtiments d'exploitation sont instahés en dehors du marais. Les engrais ne sont employés que pour les récoltes fourragères, dans l'assolement de quatre ans, adopté par les cultivateurs. Sur quelques points où les tourbières ont été conservées, on continue à prélever du combustible, dans les villages de Brigsteer et de Beathwaite, qui approvisionnent Kendal. La fertilité du sol n'a pas diminué, et la pomme de terre est deve- nue la' culture dominante du marais, quoiqu'elle soit parfois retardée jusqu'en mai et juin par les fortes gelées. Avant le dessèchement. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 283 les fièvres intermittenles décimaient la population ; il n'y a plus de fièvres aujourd'hui. La mer reprend quelquefois ses droits sur le marais. Pendant l'hiver de 1852, un ras de marée surmonta les digues et submergea sous quelques pieds d'eau les districts de Foulshavv et de Levens, en noyant le bétail ; mais ces accidents sont exceptionnels ; l'entretien des digues et des travaux représente annuellement une taxe de 6 fr. 20 c. par lieclare\ 3. — Les polders du Westmoreland, Le chemin de fer de Ulverston à Lancaster, traversant l'embou- chure de la rivière Kent, dans la baie de Morecambe, laisse voir de vastes lais de mer et des marais coupés de la terre ferme et délavés chaque jour par les marées. M. Brogden s'est rendu ac- quéreur de 250 hectares de ces terrains qu'il a endigués et mis en polders. Les sables, après avoir été scarifiés, ensemencés et fumés à l'aide de phosphates et d'engrais de ville, ont été convertis en pâtu- rages luxuriants où les moulons et les bestiaux font l'admiration des cultivateurs du Westmoreland. Les terres marécageuses, après assainissement, sont soumises à l'assolement de la localité et en plein rapporta C'est à la suite de cette opération lucrative que la Warton land Company 2iàQd(\é d'endôturer 4000 hectares de ces mêmes sables, à l'aide d'une digue à la mer s'étendant depuis la gare de Hest Bank, du chemin de fer Londres nord-ouest, jusqu'à Arnside Point. Outre la digue, la compagnie établit une route de communication de Mo- recambe à Arnside, destinée à raccourcir d'une vingtaine de kilo- mètres la distance entre Lancaster et Barrow. Les travaux ont été estimés à près de 4 millions de francs, et la valeur des lais de mer mis en culture à 10 millions de francs ^ 1. Grayston Webster, Farming of Westmoreland. (Jouru. Roy. Agiic. Soc, 1876.) 2. Grayston Webster, loc. cit., p. 34. 3. Iron, 23 juin 1877. 284 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 4. — Le littoral des comtés de Kent et de Somerset. En dehors des riches terres marécngeuses du comté de Kent, qui bordent la Tamise, le Medway, I3 Rother, le Stour et le Swale, une plaine alluviale considérable s'étend le long de la côte entre Rye, au midi, et Hyde au nord, Hmitée à l'ouest par le district argileux du Weald, et à l'est par les graviers de Haslings. Bomneij Marsh. — C'est dans cette plaine dont le niveau est infé- rieur à celui des marées de vives eaux (4"' ,10 à Dowls), que se trou- vent les marais de Romney et de Dcnge et les alluvions de Walland. Il semble qu'elle ait été jadis l'estuaire de la rivière Rother, qui comprend entre ses deux bras l'île de Oxney, et débouche aujour- d'hui dans la Manche au-dessous de Rye. Le marais de Romney aurait été endigué du temps des Romains, et desséché par leurs soins, ce qu'affirme Sir William Dugdale. Tou- jours est-il que Henri IR ordonna « que toutes lés terres du district (( fussent défendues contre la mer et contre les crues, et pour cela « maintenues par des digues et des fossés ». Le roi Edouard P' réé- dita ces ordonnances et successivement les rois Edouard II et III, Richard II, etc., confirmèrent les dispositions qui rendent obhga- loire l'entretien des digues et des canaax de dessèchement. La plus ancienne institution pour la surveillance du dessèchement el de l'endiguement des terres basses, en Angleterre, a été fondée dans le Romney Marsh. Une commission, composée de 24 membres, y fonctionnait avant le xii* siècle, d'après d'anciennes coutumes; elle avait le pouvoir de lever les contributions nécessaires pour les répa- rations urgentes, de poursuivre et de punir les récalcitrants. C'est en s'inspirant de ces traditions locales qu'en 1250, sous le règne de Henri III, furent rendues les six ordonnances statutaires qui créèrent les commissions de drainage (commissiouers of sewers). Henri VIII étendit les prérogatives de ces commissions, qu'il désigna dans une douzaine de comtés, y compris le Great Level ôesFens (1532, 23* an- née du règne), et Edouard VI (1550, 3" année du règne) les confirma à perpétuité. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 285 Aussi bien les marais de Romney que ceux de Walliiig, de Denge el. de Guilford, sont défendus sur le rivage de la Manche par des digues de galets et de sable, et dans les endroits les plus exposés, par de puissantes jetées. Le sol est tourbeux sur certains points, mais le plus souvent il forme un loam argileux, avec quelques parties sablonneuses. Le sous-sol est de l'argile, et au-dessous de l'argile se trouve le sable du Weald. La côte de Denge est absolument envahie par les galets, sur une longueur de 5 kilomètres ; on n'y rencontre d'autre végé- tation que des touffes de joncs et de genêts épineux \ En dehors de celte côte désolée, le district est couvert de riches pâturages, où l'on élève et engraisse de nombreux troupeaux, à raison de 5 à 7 moutons par hectare, pendant l'hiver, et environ le double pendant l'été. Dans les étés très favorables, la pousse d'herbe est parfois si forte qu'il devient nécessaire d'y faire paître de jeunes bœufs, afin que la prairie ne devienne pas trop luxuriante à l'usage des mou- tons de transhumance, qui reviennent après avoir hiverné sur des champs de turneps. Sur les terres fortes des confins de Romney Marsh, une petite partie est en labour. Le drainage y a opéré de grandes améliora- tions. Le blé s'alterne chaque année avec les pois, ou les féveroles ; parfois on lui substitue de l'avoine, avec des turneps. On y cultive surtout comme porte-graines, des turneps, des betteraves el des radis pour les besoins du commerce. Somersel Marshes. — Dans la baie de Bridgewater, la côte du So- merset était jadis dans les mêmes conditions que celle du Lincoln, bordant le Wash. Les marées et les crues des rivières telles que le Parrot avec ses affluents, l'Ile, le Yeo el Tone et la Brue, entrete- naient sur tout le territoire, au midi de Wells et de Glastonbury, des alluvions marécageuses qui ont été endiguées, desséchées et con- verties en terres d'une grande fertilité. Le territoire embrasse plus de 20 kilomètres à partir de la côte. 1. Topley, Agricultural geolocjij of the Weald. {Journ. Roy. Agric. fioc, 1882, vol. VIII.) 286 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. entre Bridgewater, Glaslonbury, Wells, Axbridge et Brent Marsh; il n'est formé que d'alluvions, de sables, retenant les vases des crues et barrant l'écoulement des eaux qui descendent du Bruton et de Shepton Malet. Dugdale mentionne les travaux considérables qui furent exécutés de son temps pour protéger les terres contre les marées et les assainir au point de vue des pâturages à rente très élevée. Caird cite les Hams de Pawlet, qui sont une terre d'alluvion des plus riches, le long de la rivière Parrot et du rivage de la baie Bridgewater, comme rapportant en location pour pâturage de 325 à 375 fr. l'hectare ^ IV. — LÉGISLATION. Malgré une législation confuse dont l'origine se perd au milieu des us et coutumes d'avant le xiv^ siècle ; malgré l'incompétence des juridictions établies en vertu des statuts de Henri VHP, et de la loi générale promulguée par la reine Éhsabeth^; malgré le conflit d'at- tributions soulevé devant les cours de justice pour les règlements applicables au régime des eaux ; enfin, malgré les procès intermi- nables et les oppositions violentes des intéressés, la grande œuvre du dessèchement des Fens a pu se poursuivre pendant deux siècles, et s'achever, de façon à présenter le type le plus parfait de l'assai- nissement des terres qui ait été réalisé en Angleterre. Inaugurés par des entrepreneurs, sous le contrôle des commis- saires de drainage (sewers commissioners) que le roi désignait; puis, par des grands seigneurs, titulaires de chartes royales, les tra- vaux des Fens donnèrent lieu à des abus de spéculation qui insur- gèrent d'abord les populations rurales dont les droits avaient été méconnus et les intérêts sacrifiés. Plus tard, l'apaisement des esprits 1 . Sir James Caird, General vieiv of Brilish agricidlure. (Journ. Roy. Àgric. Soc, 1878, vol. XIV.) 2. Henry VIII, Statute 23^", année 1531. 3. General drainage act ; Elisabeth AS"^^ année IGOO. LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 287 s'étant fait, le Parlement intervint à partir du règne de Jacques P"", par des lois locales {local acls) au lieu de statuts, et institua dès lors des règles d'après lesquelles les entreprises furent continuées et développées, moyennant des conditions débattues à forfait ou des taxes prélevées en vertu de pouvoirs conférés aux commissions que nommait chaque loi spéciale. En 1847 seulement, sur l'initiative de Lord Lincoln, une loi gé- nérale ' fut promulguée, aux termes de laquelle, pour des petits cours d'eau et des périmètres restreints, compris dans les domaines particuliers, les propriétaires purent faire appel aux compagnies {Land drainage) afin de dessécher, drainer, irriguer, colmater, en- diguer les terres et faire écouler les eaux au dehors. Toutefois, jus- ([u'à ce que cette loi eût été complétée en 1861, aucun individu, aucune association d'individus, même avec l'aide des compagnies, ne put triompher d'une minorité, fût- elle d'un seul intéressé, qui eût fait oppoï-ition au projet d'amélioration. La loi de 1861 ', finalement, est venue faciliter l'institution de con- seils administratifs [Drainage trustées) réunissant les pouvoirs né- cessaires pour organiser et améliorer les cours d'eau et le régime des eaux de tout un bassin. Aux termes de cette loi, les intéressés de chaque district comprenant l'affluent d'une rivière peuvent délé- guer leurs pouvoirs à une commission générale chargée du bassin de la rivière, pour faire exécuter et entretenir les travaux d'amé- lioration, et prélever les taxes indispensables proportionnellement aux surfaces et aux intérêts de chaque participant. Le Land drainage acl de 1861, amplifiant les pouvoirs déjà con- férés aux commissaires de drainage que Fleuri VllI fit désigner (23* année de son règne), accorde aux propriétaires de lais de rivière ou de mer le droit de se syndiquer pour couvrir les dépenses de l'en- clôture, au moyen détaxes proportionnelles. Ils ont ainsi l'avantage, chacun ayant sa part dans l'entreprise, de pouvoir combiner leurs efforts pour assurer une bonne direction aux travaux, sous le con- trôle pubhc des commiss''si()ns désignées par les lois spé- ciales. La Couronne est également chargée de la conservation des rivières navigables, en raison des fonctions (ju'elle détient du Lord de la haute amirauté ; mais si elle peut empêcher toutes dégrada- tions, elle n'a aucun pouvoir, donné par la loi, de forcer à entre- tenir le chenal navigable en bon élat, La loi n'autorise pas davan- tage les riverains ni les corps constitués à faire curer ou draguer ces rivières pour les besoins de la navigation. Quant aux rivières non navigables, chaque riverain dont la pro- priété est limitée par le fil de l'eau, peut en faire usage pour con- duire les eaux sur ses terres, faire tourner des moulins, etc., mais à la condition de ne porter aucun préjudice aux coriverains d'amont- ou d'aval, de restituer Teau au cours d'eau après emploi, sans pou- voir en détourner un volume quelconque. Il est tenu également de recevoir les eaux qui lui arrivent par la voie naturelle, même si elles inondent ses terres, par suite d'obstacles créés naturellement, sans avoir au(;un droit à indemnité. Il est vrai qu'il peut endiguer ses terres, mais sans causer aucun préjudice au fonds d'autrui par ses travaux. Il s'ensuit qu'en Angleterre, aucune autorité administrative définie n'a le contrôle responsable, ni la police des eaux; à moins que cer- taines rivières, ou sections de rivières, n'aient été comprises dans le ressort des commissions permanentes, telles que celles de drainage (sewers commissioners), instituées par Henri VIII; celles d'enclôture {indosure commissioners)^ chargées de l'exécution des Land drai- nage acls ; celles du gouvernement local (Local governmenl board), qui surveillent l'application des Pollution' s acts ; ou, bien les nom- breuses commissions désignées par les lois locales du Parlement (local acts), dont les attributions se partagent avec celles du Board of Trade, de l'Amirauté, de la navigation, etc. La difficulté de codifier les prescriptions formulées par autant de corps constitués, et de faire une loi générale qui fixe le régime des eaux, résulte principalement de la nécessité d'indemniser des droits et des intérêts qui ont force de prescription, et aussi d'asseoir équi- 292 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. tablement les conlribulions el taxes qui permeltent d'exécuter les travaux indispensables d'amélioration et d'entretien. Les droits communaux, ou individuels, de pacage, de tourbage, d'affouage, de cbasse, de pêche, etc., de même que les enclaves de terrains pour enclôtures, pour fossés et canaux, etc., ont pu être compensés en leur temps, et la plus-value des terres desséchées ou endiguées, de même que l'augmentation du bien-être général et de la salubrité, ont largement indemnisé les propriétaires atteints dans l'exercice de leurs privilèges ou de leurs droits de possession ; mais les intérêts de la navigation sont restés en collision avec ceux du dessèchement et de la rectification des rivières. Les plus graves con- testations sont soulevées encore aujourd'hui par les compagnies de bateaux, par les autorités des ports, et les villes, menacées dans leurs relations commerciales, au point de vue des transports par rivière et par mer. Quant à l'assiette équitable des taxes, les propriétaires des ter- rains situés en aval des cours d'eau, s'appuyant sur ce que les ri- vières servent d'exutoireà l'excédent des eaux pluviales qui tombent dans leur bassin, n'ont pas cessé de revendiquer l'imposition de toute la surface du bassin, proportionnellement aux cotes de con- tribution foncière. D'autre part, les propriétaires des terres situées en amont, à des niveaux élevés que les crues épargnent, excipent qu'ils n'ont aucun avantage à tirer des travaux exécutés en aval, aux risques des propriétaires qui drainent, dessèchent et endiguent, pour cultiver profilablement leurs terres. Ils se refusent à admettre que les cours d'eau, naturellement chargés d'évacuer les eaux d'amont, les intéressent ; d'autant plus qu'ils sont plus éloignés de l'émissaire et qu'ils les utilisent sur une plus grande longueur, mais pour les besoins de la navigation. Le comité de la Chambi-e des lords, chargé en 1877 de l'enquête sur la conservation des rivières, a dû reconnaître (pie les conditions particulières de chaque cours d'eau ne se prêtaient pas à une régle- mentation unique, et qu'il fallait user de prudence, en rachetant les droits des usiniers, pour supprimer les barrages et les écluses ; car il n'est pas démontré que ces ouvrages, quand ils sont bien établis, soient nécessairement nuisibles. Le comité s'est prononcé contre le LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 293 principe des taxations, tel qu'il est spécifié dans le statut de Henri VIII, qui consiste à percevoir les impositions sur base des avantages ré- sultant, dans chaque cas particulier, des travaux d'amélioration ou d'entretien ; ce mode de taxation n'est pas toujours équitable, ni susceptible d'être généralisé. Il en est de même de l'imposition i|ui frappe également tous les propriétaires dans une zone déterminée. Le comité en conséquence émet l'avis de répartir les taxes sur loute l'étendue du bassin, mais en imposant plus fortement les terre> et les habitations situées au-dessous du niveau moyen des crues. La laxe devrait être basée sur la cote foncière ; les villes et les habi- tations ou autres bâtiments, devraient payer leur quote-part des contributions pour la conservation des rivières. Quant aux terres hautes, elles devraient être comprises dans la répartition des taxes qui servent à maintenir le chenal des rivières où elles écoulent le surplus des eaux pluviales et de sources qui les atteignent. En se fondant sur ces recommandations, le Gouvernement a sou- mis, depuis 1881, au Parlement divers projets de loi, d'après les- quels, sur les trois zones constituant le bassin d'une rivière, celle d'amont ne serait imposée que du dixième de la taxe fixée pour la zone d'aval, après enquête publique par les fonctionnaires de TEtat. En France, les questions de cet ordre sont depuis longtemps ré- glées par la jurispiiidence. Il est vrai qu'on y a développé le piin- cipe tr-ès rationnel d'associer entre elles les diverses parties inté- ressées d'un même bassin, et de régler les associations syndicales par département, sous le rapport des dépenses de travaux que sup- porte proportionnellement chacun des intérêts associés. La mélhode usitée consiste, quand il s'agit, par exemple, d'inonda- tions, à diviser les terrains submergés en zones déterminées par la profondeur de ces terrains au-dessous des eaux ; puis, chaque ter- rain est classé suivant sa valeur de production. La première partie est censée représenter la fiéquence des inondations, et la seconde, la valeur de la perte. C'est à une commission spéciale (ju'incombe l'application de cette méthode, qui admet du reste à coopérer les autres intérêts engagés. Toujours est-il que les riverains aboutis- sants sont les plus intéressés à l'amélioration de la rivière, et que, sauf quelques cas particuliers, où l'étendue de la propriété protégée ^94 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. n'est pas en rapport avec la ser\itii(Je qui lui est imposée, les pro- priétaii-es riverains supportent de fait les sacrifices les plus consiilé- rables. D'abord, le syndicat les exonère de l'obligation d'entretenir la rivière, et puis, en refusant de se syndiquer, ils perdent non seu- lement leurs recolles, m.iis encore leurs terrains. Le syndicat a le droit par conire de compter sur leur concours le plus aciif ; car en verlu d'une clause insérée dans le règlement admiiii>lratif des asso- ciations syndicales, ils peuvent exécuter pcrsonnoilement les travaux nécessaires, mais sous la direction du syndicat. Les déj)enses sont ensuite remboursées p,ir la remise de l'impôt ; mais comme la valeur de cet impôt est rarement suffisante |)our couvrir toute la dépi nse, il y a lieu de tenir compte de l'excédent, soit avec les ressources des autres impôts, soit à l'aide d'emprunts. La promptitude d'exécution est tellement appréciée, que le syndicat a tout intérêt à presser l'administration pour obtenir le tracé néces- saire à l'exécution des travaux. Dans le projet de Code rural présenté au Sénat, concernant le régime des eaux, l'admini>tration, au cas où les propriétaires ne peuvent pas s'entendre pour former une association libre ou auto- risée (loi du 21 juin 1805), peut faire procéder elle-même à leur exécution, quand elle juge les travaux urgents; un décret déclare alors d'utilité publiijue les travaux, iixe le montant de la subvention de l'Etat et le chitfre de la contribution qui sera mise cbaque année à la (-barge des intéressés, sans qu'elle puisse jamais excéder, pour chacun, le quart du revenu annuel de sa propriété. De toutes manières, quand les travaux de curage, d'endiguement, d'élargiss( misnt ou de reiJressemenl des cours d'eau non navigables et non flottables intéressent la salubrité publiijue, le décret ou l'ar- rêté qui les ordonne peut, après avis du conseil général, mettre une partie de la dépense à la charge des communes dont le territoire est assaini. D'autre part, la loi du 16 septembre 1807 sur le dessèchement des marais restant en vigueur, sauf qiiebjues modifications intro- duites par la loi de 1865 sur les associations syndicales, les proprié- taires, les associations ou les concessionnaires, en France, sont ga- rantis par une législation qui n'a pas donné grands fruits, en raison LES DESSÈCHEMENTS EN ANGLETERRE. 295 des difficultés, pour ainsi dire insurmontables, que crée la fixation- de la plus-value. Aussi bien, pour les étangs dont l'assainissement a exercé une très heureuse influence sur l'étal sanitaire et agricole de certaines contrées, la loi de 1807 arme l'administration qui applique le sys- tème de coercition pure, c'esl-à-dire, le dessèchement obligatoire imposé aux propriétaires des étangs insalubres, ou bien le sy>tème mixte qui consiste à allouer des primes aux propriétaires disposés à faire les travaux leur incombant et à user de la coercition vis-à-vis des récalcitrants. R( ste l'exécution des travaux d'assainissement des terres humides et insalubres qui ont pour but d'abaisser le plan d'eau du sous-sol, en régularisant les rivières (curage et redressemenl), ou en ouvrant des canaux et des fossés d'assainissement. Ces travaux peuvent don- ner lieu à la constitution entre les propriétaires intéressés d'une association syndicale, libre ou autorisée (loi du 21 juin 1865), ou bien, aux termes de la loi du 18 juillet 1837, ils peuvent être mis à la charge des communes intéressées, formées en syndicat ; le con- tingent est fixé suivant le degré d'intérêt qu'a chaque commune à l'exécution des travaux. Sur tous les points d'application générale, la législation française offre ainsi des garanties à la propriété privée, tout en organisant et réglant l'exécution et le paiement des travaux. L'Angleterre n'oftre rien de pareil ; si elle a échappé au mal de l'administration, elle a ressenti tous les effets de mauvaises lois. Aussi doit-il lui être tenu grand compte des efforts prodigieux qu'elle a faits, sous le système de la liberté, pour paralyser une action légis- lative hétéroclite, trouver dans l'initiative individuelle les ressources indispensables et mener à bien, dans le siècle présent, des opéra- lions aussi grandioses que celles que nous venons de décrire*. Les Hollandais ont inscrit à leur budget, de 1849 jusqu'en 1875, pour leurs travaux de canaux et l'entretien de leurs dessèchements, plus de 40 millions de francs (19 millions 1/2 de florins), en dehors 1. Malgré les bonnes lois dont on jouit en France, surtout celles qui régissent les syndicats, il n'a élé desséché, pend;int 70 ans, que 60 000 hectares de marais, dont la moitié en toui bières, pour un intérêt purement industriel. 296 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. (les dépenses conseiUies annuellement par les provinces, les com- munes ou les compagnies propriétaires. La conservation des rivières, pendant ladite période, a absorbé la même somme à peu près, indé- pendamment des travaux d'amélioration propi'ement dits. L'État, comme en France, prend à son compte, sous la responsabilité du conseil des eaux, le Waterslatt, le fardeau des plus lourdes dé- penses, que paient les contribuables ^ Le rôle de l'État anglais, poin- favoriser le développement des améliorations agricoles d'intérêt public ou privé, s'est borné à des avances de fonds depuis l'année 1842. Les prêts de l'État n'ont été consentis, il est vrai, que pour le drainage souterrain, le défrichement des terres incultes et la cons- truction de bâtiments d'exploitation agricole, en Irlande, jusqu'à concurrence d'une somme de 200 millions, qui a été d'ailleurs rem- boursée après une période de 22 ans, intérêts et amortissement compris, la terre restant libre de cette charge. Quant à l'œuvre des dessèchements, qui échappait au contrôle du Gouvernement, quoi- qu'elle constitue une affaire d'intérêt public, non moins urgente que le drainage, les chemins, les clôtures ou les plantations, ce sont les propriétaires eux-mêmes, au moyen de leurs ressources particu- lières, les communes propriétaires et les villes intéressées à la navi- gation commerciale sur les rivières desservant les districts à assainir, qui ont dû fournir les fonds nécessaires aux travaux, aux indemnités et aux acquisitions de matériel, en faisant peser la charge à perpé- tuité sur la terre. Aussi bien, l'augmentation des revenus provenant des travaux exécutés et de la prospérité du district, de la plus-value des terres el des denrées, du développement des ressources locales, ont largement indemnisé les contribuables de leurs avances, et sau- vegardé amplement les intérêts des propriétaires. Quoi qu'il en soit, le résultat final des vastes entreprises que nous avons décrites répond pleinement à l'attente du pays, qui n'a reculé devant aucun obstacle pour obtenir des améliorations sans précédent dans l'histoire de l'agriculture. 1. Yan Iverkwjik, Les Travaux publics dans le royaume des Pays-Bas, 1S7S, NOTE PRÉLIMINAIRE SUR LA TENEUR EN AZOTE DE L'HUMUS DAXS LES SOLS DES REGIOiNS ARIDES ET HUMIDES PAR MM. E. V7. HILGARD DIKECTËCU DE LA STATION EXPÉRIMENTALE DE LA CAUFURME M. E. JAFFA ASSISTANT EN CHIMIE Dans un mémoire précédent \ j'ai discuté les influences qu'exer- cent les climats aride et humide sur la constitution physique et chi- mique des sols. J'y ai consigné le fait que les sols caractéristiques des climats arides sont très pauvres en humus (« matière noire »), à cause de l'extrême intensité de la combustion lente, ou érémacausie, par la concurrence de l'air chaud avec la porosité prédominante de ces terres : jusqu'au point que quelquefois on trouve dans la partie superficielle du sol moins de matière organique que dans la couche qui, d'ordinaire, serait considérée comme sous-sol. Considérant que l'humus doit être envisagé comme la source la plus importante de l'azote pour les végétaux non légumineux, par la voie de nitrificalion lente, on serait naturellement disposé à admettre que, dans l'exploitation agricole de ces sols si riches en éléments 1. Annales de la Science agronomique, 1892, t. II. 298 ANNALES DE LA SCIENCli AGRONOMIQUE. minéraux nutritifs des plantes, les engrais azotés joueraient le pre- mier rôle. Dans le passé, j'ai donc maintes fois recommandé l'emploi des fumures azotées, notamment du nitrate de soude et du sulfate d'ammoniaque, dans des cas où une culture prolongée avait dimi- nué la production première, surtout dans les terrains dits mesas, c'est-à-dire sur les |)lateaux à sols très poreux, du sud de la Cali- fornie et de l'Arizona. Dans beaucoup de cas ces recommandations n'ont pas été suivies d'un résultat favorable ; au contraire, on a constaté quelquefois les symptômes qui indiijuent l'action défavorable d'un excès d'azote. C'est alors que je me mis à étudier le taux d'azote de la matière noire des sols des climats arides ; et le résultat de ces recherches m'a bientôt convaincu que je me trouvais en présence d'un problème tout nouveau. Pour me mettre à l'abri de toute possibilité d'erreur par suite de . l'usage d'un reactif azoté, j'ai toujours substitué, dans le dosage de l'azote par le procédé Graiideau, la potasse ou la soude hydratées à l'eau ammoniacale. Cependant, pour éviter les inconvénients que comporte l'emploi des alcalis fixes pour le dosage de la matière noire elle-même, ce dosage a élé fait, dans un échantillon spécial de la terre, au moyen de la solution ammoniacale. C'est surtout dans l'application de ce réactif à des sols ayant une réaction acide que pourraient survenir des erreurs sensibles dans le dosage de l'azote. Évidemment la dissolution de l'humus dans les alcalis fixes ne pourrait être soumise à l'évaporalion sans perte d'ammoniaque. Le filtrat alcalin a donc été neutralisé ou acidulé queltjue peu par l'acide sulfuri(jue ; le résidu de l'évaporation a été soumis au pro- cédé Kjfldal pour le dosage de l'azote, ilont le taux pour cent fut calculé sur celui de l'humus obtenu par l'extraction ammonia- cale. J'admets que, rigoureusement parlant, le dosage de l'humus de- vrait être fait, de même que celui de l'azote, par une dissolution d'alcali fixe. Mais il est bien difficile d'éviter toute erreur, qui sur- viendrait par l'emploi pres(jue inévitable d'un excès d'acide sulfu- ri(pie dans la neutralisation, qu'on ne saurait neutraliser à son tour NOTE SUR LA TENEUR EN AZOTE DE l'hUMUS. 299 par aucun oxyde qui se prêterait à la fois à une pesée exacte à 100", puisa la combustion de l'humus. Peut-être le cnrbonaie de baryte pourrait-il servir, en employant des précautions spéciales ; cepen- dant la présence de la silice, toujours si abondante dans les cen- dres de la matière noire, rendrait inceriaine toute présomption quant à l'état de combinaison de la base après l'incinération ; et selon mon avis, cela eniraverait beaucoup plus le dosage del'huniui que ne le ferait l'emploi des différents alcalis. J'ai réuni dans le tableau suivant les dosages faits jusqu'à préseni par la voie indiquée. J'y ai compris tant des sols caractéristiques des régions aride et humide, que ceux qui, quoique dérivés de la région aride, se sont formés dans des conditions d'humidité plus ou moins grande. On comprend que, sous tous les climats, les sols des maré- cages et des terres basses doivent montrer les caractères essentiels des sols humides ; et de plus, que les terres des vallées de l'époque actuelle devront présenter des caractères arides moins extrêmes que ceux des colHnes ou mesas. J'ai donc classé les résultais en catégo- ries distinctes dans le tableau, selon les caractères locaux des sols aussi bien que selon le climat. TableaO. 300 ANNALES DE LA SCIENCE AGHONO.MIQUE. HUMUS AZOTE dans dans la terre. l'humus . P. 100. P. 100. AZOTE huraique dans la terre. P. 130. Terres de la région aride. Terrains élevés, Californie. 1113 Terre rouge aurifère de la Sierra Nevada prise à la station culturale, comté d'Amador .... 1115 Sol granitique sableux, même localité 1 291 Sol granitique sableux de Chaparral, même loca- lité 1117 Sol granitique de pins, près de la station. . . . 863 Terre rouge, pros de Grass Valley, comté de Ne- vada 1 679 Terre noire « adobe » argileuse, station centrale, Berkeley 1 147 Sol sablonneux, station culturale de Paso-Roblcs, San-Luis-Obispo 1 126 Sol sablonneux, même localité, partie en ar- rière 1 423 Terre couleur chocolat, plateau Carisa, San-Luis- Obispo 704 Terre poudreuse dite « cendre blanche », Frcsno. 1 159 Sol sablonneux de plaine, station culturale près Tulare 1 172 Terre rouge argileuse du plateau à l'est de Tu- lare 1 167 Terre noire ari;ileuse du plateau à Touest de Tu- lare 332 Terre sablonneuse du plateau de Mojave près de la station 1 607 Sol sablonneux du même plateau, près de Lan- casler 1 400 Terre rouge des collines d'Arlington, près River- side 1 536 Terre brune de Windsor, près Hivcrside . . . . 1 281 Terre rougcâtre de « mesa », près Ghino, comté de San-Bern:idino Moyennes pour les terres élevées, strictement arides. 0.51 0.85 0.76 0.80 2.89 1.20 0.66 0.55 0.39 O.GO 0.37 0.72 l.GG 0.28 0.25 0.3C 0.20 0.58 16.60 13.20 14.34 15.27 13.91 18.58 16.06 17.27 14.36 18.06 16.75 14.75 18.19 12.50 16.80 15.00 18.00 15.50 15.87 0.090 0.112 0.109 0.123 0.402 0.203 0.106 0.095 0.050 0.112 0.062 0.106 0.302 0.035 0.042 0.045 0.036 0.090 0.101 NOTE SUR LA TENEUR EN AZOTE DE L HUMUS. 301 HUMrS dans la terre. P. 100. AZOTE dans riuimus. P. lOQ. AZO'I E humiiiiie dans la terre. Terrains bas ou de vallée, Californie. 1 143 Sol de bas-fond, station cullurale de Taso-Robles 77 Terre alluviale du lac de Tulare, au sud-est. . . 5S5 Terre dite « de jonc » [wire gruss] près Visalla. comté de Tulare 586 Sol sablonneux de plaine, près Outside creek . comte de Tulare 1 406 Terre sablonneuse alluviale, Miranionte, comté de Kern 168 Terre alluviale poudreuse du fleuve Santa-Clara. comté de Ventura 1 284 Terreargileuse «adobe », stationculturaledeChino C07 Sol alluvial du rie Colorado, près de Yuma. comté de San-Diego Moyennes pour les terrains bas. semi-arides . l.IG 0.47 1.00 O.GO . 84 1.99 0.75 0.99 9. G 5 9 37 14 10 10 79 10 GG 7 99 10 20 7 .47 10 0;j Terres humides des régions aride et humide. Calijornie. 207 Terre alluviale de TKel River, comté de HumboMt. 1 .25 188 Terre rouge poudreuse, pente humide, près Sonoma. 2 ,54 110 Terre alluviale du Fat;ih creek, comté de Solano . 1,71 213 Terre de marais sablunneuse, de Novato, comté de Marin 1.54 37 Terre noire sablonneuse de « bois routée « (Séquoia >, comté de San-Matsi de nitrate et de phosphate de la même base, et de potasse. En la délavant avec de l'eau, on obtient un liquide rendu presrpje U' ir par l'humus en dissolution. Néaninoins, cet humus, après précipi- tation, contient presque 17 p. 100 d'azote. Il est donc démontré (pie la présence du carbonate alcahn n'enlrave pas l'accumulation de l'azote dans la matière noire ; d'autre part, il est évident (pic ce carbonate, en agissant sur l'humus à des lempéralui'es un peu éle- vées, non seulement favorise la formation de l'ammoniaque libre ou carbonatée, mais quelquefois même Taciive jusiju'au point de la rendie évidente par l'odeur ammoniacale émise à l'air libre. (Voir le mémoire susdit.) On comprend donc bien que l'oxydation de l'azote humiijue peut être favorisée par la présence de ces carbonates ; et aussi que, dans le cas où le carbonate alcalin serait en excès jus- qu'au point d'entraver sérieusement l'action ou même la vie du fer- ment nitriipie, l'absorption directe de l'ammoniaipie dégagée par l'alcali pourrait, vis-à-vis des plantes, remplacer l'absorption des nitrates après formation. Il n'est guère douteux que la nature tant physique que chimi(jue du sol peut déterminer des diflerences plus ou moins grandes dans le (aux d'azote de l'humus, hormis les influences climaléri([ues. La discussion détaillée des données du tableau fait ressortir nettement que, dans les sols poreux, l'accumuLition de l'azote est moins consi- dérable que dans les sols compacts, argileux. (Voir les n"' 1 157 et 1 t)79 du tableau.) On peut aussi soupçonner que cette accumulation est en relation plus ou moins directe avec la teneur en chaux carbo- natée, et qu'au contraire, une forte proportion d'oxyde de fer hy- draté agit défavorablement sur elle. Mais à l'heure qu'il est, le nombre des données ne suffît pas encore pour affirmer positivement ces corollaires. Ce qui ressort d'une manière éclatante de ces analyses, c'est la diflérence tranchée entre les processus de décomposition des ma- tières végétales d'une part, et des composés constituant le corps animal de l'autre. Dans le cas des matières végétales, il y a surtout oxydation de la matière hydrocarbonée, avec accumulation perma- 304 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. iienle de l'azote sous formes amidiques. Dans le cas des matières animales, élimination prompte, avant tout, de l'azote sous forme d'ammoniaque, en laissant des résidus presque dépourvus d'azote, si tant est qu'elles en retiennent. En partant de ce fait hypothétique, que la matière végétale contient la majeure partie de son azote sous forme albuminoïde, on ne comprend pas trop pourquoi existe cette différence si tranchée. Nos recherches se poursuivent activement, et j'espère qu'elles nous donneront bientôt des lumières plus précises sur ces substances richement azotées des sols arides. LA. FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS iï*=:oo- AVANT-PROPOS Méconnaître le progrès considérable accompli depuis une dizaine d'années dans les diverses branches de l'agriculture française, ce serait nier l'évidence. Le trait caractéristique de ce progrès, c'est l'accroissement du rendement moyen de la terre, sous l'influence combinée de fumures plus abondantes et mieux adaptées au sol et aux récoltes, d'un meilleur choix de semences et de l'emploi d'un outillage perfectionné. D'autre part, si, tenant compte de ce progrès incontestable, ou compare la production moyenne de nos terres avec celle de cer- taines régions de l'Europe moins favorisées que la France sous le rapport du climat et de la quaUté du sol, on ne peut s'empêcher de penser qu'il resle bien à faire encore à nos cultivateurs pour obtenir économiquement de la terre le maximum de produits qu'elle peut donner. La France, bien cultivée, doit suffire à sa consommation en pain et en viande ; elle devrait même être exportatrice de grains et de bétail. Ce double but sera atteint, il n'ea faut pas douter, dans un avenir prochain, si, d'un côté, restreignant la culture du blé aux terres aptes à fournir un bon rendement, de l'autre, développant la ANN. SCIENCE AGUON. — lSy3. — I. 20 306 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. culture fourragère par un meilleur traitement des prés naturels et par la création de prairies temporaires, nos cultivateurs savent et peuvent faire au sol les avances nécessaires en matières fertilisantes complémentaires du fumier de ferme. L'Instriiciion pratique sur remploi du nilrale et du phosphate, dont la première édition, parue en 1890, a été suivie de nombreux tirages, avait précisément pour objet de résumer en quelques pages les conditions essentielles du progrès réalisable en culture par l'emploi judicieux des engrais commerciaux associés au fumier de fei'me. L'accueil bienveillant que cette Instruction a rencontré dans le monde agricole m'a engagé à en étendre le cadre et à réunir, sous une forme succincte, les indications essentielles pour la fumure des principales récoltes de la France. Jusqu'ici, les végétaux de la grande culture : céréales, plantes sarclées, plantes fourragères, ont presque exclusivement bénéficié de l'emploi des engrais commerciaux. Il m'a semblé intéressant d'appeler l'attention des cultivateurs, des propriétaires de jardin et des amateurs d'horticulture sur les services que peut rendre l'ap- plication des mêmes matières fertilisantes à la production maraîchère et horticole. De môme, la culture arbustive (arbres fruitiers, vignes, houblons, etc.) doit entrer résolument dans la voie qui a été si profitable à l'agriculture proprement dite. Les cultures maraîchère, arbustive, florale et la viticulture, qui constituent une des richesses de notre pays, ont tout à gagner à l'emploi intelligent des engrais minéraux. Les quantités de fumier d'étable et d'écurie produites annuellement en France sont tout à fait insuffisantes pour l'accroissement du rende- ment de nos terres : nos fumiers sont généralement mal traités et la majeure partie des déjections humaines et animales est perdue pour la fertilisation du sol. Il est donc de toute nécessité de recourir aux sources minérales d'azote, d'acide phosphorique et de potasse que l'industrie met à notre disposition, pour parer à l'insuffisance des fumures organiques. Applifjués aux prairies et aux pâturages naturels, les engrais commerciaux permetlenl d'en doubler le rendement dans la plupart LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 307 des cas; or, doubler la récolle de fourrage c'est rendre possibles l'élevage et rentretien d'une quantité de bétail double et accroître d'autant la production du fumier de ferme qui demeurera toujours l'élément fondamental de fertilisation des terres arables. Quelque bruyantes qu'aient été depuis vingt-cinq ans les attaques dirigées contre le fumier de ferme, considéré par certains esprits faux comme inutile pour l'agriculture et pouvant être remplacé exclusi- vement par les engrais dits chimiques, les agriculteurs sérieux et instruits — notre pays n'en manque pas — n'accordent pas de créance à ces exagérations. Ils savent que l'inlroduction dans le sol d'une quantité notable de matière organique est le moyen le plus sur d'assurer l'action des engrais minéraux, et de communiquer à la terre des propriétés physiques et chimiques essentielles à sa fécon- dité. C'est donc dans l'association du fumier de ferme aux matières minérales que l'on est certain de rencontrer le moyen le plus sûr d'accroître la fertilité de la terre. Si l'assertion qui consiste à nier l'utilité du rôle du fumier et à admettre la possibilité de substituer, partout et en tout temps, à ce précieux engrais, l'addition au sol de quelques centaines de kilogrammes d'azote ou d'acide phosphorique est, à notre sens, absolument fausse, l'erreur des cultivateurs qui repoussent les engrais minéraux, sous le prétexte, tout à fait dénué de fonde- ment, que ceux-ci épuisent le sol, n'est pas moins complète. Con- tinuons à employer le fumier de ferme: entourons sa récolte et sa conservation de tous nos soins et complétons son action par celle des nitrates, des phosphates, des sels de potasse, partout où nos terres accusent une proportion de ces aliments de la plante insuffisante, soit en quantité, soit en qualité : là est la vérité, chaque jour rendue plus évidente dans les exploitations rurales bien dirigées. J'ai pensé être utile aux nombreux amateurs de fleurs d'apparte- ment et de serre, en joignant à l'étude des engrais applicables en grande culture et au jardinage, quelques indications sur les mé- langes nutritifs à l'aide desquels on peut entretenir les végétaux cultivés en pots et en caisses. On trouvera dans un chapitre spécial Ions les renseignements désirables à ce sujet. L'horticulture en 308 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. chambre, si je puis ainsi la désigner, a pris un très grand déve- loppement et j'espère être agréable à beaucoup de personnes en leur faisant connaître les procédés très simples qui en assurent le succès. Il ne faut point chercher dans les pages qui vont suivre des re- cettes infaillibles, indistinctement applicables aux diverses récoltes qu'elles auraient le pouvoir de décupler comme par enchante- ment. Laissons aux charlatans les formules merveilleuses qui, sc- ion eux, doivent renouveler du jour au lendemain la face de l'agri- culture. Nos visées sont moins ambitieuses : nous nous estimerons très heureux si la lecture de ces quelques pages amène la conviction que l'agriculture française doit arriver à nourrir le pays et, grâce aux conditions exceptionnelles de climat et de sol où la nature l'a placée, devenir exportatrice chez les nations moins favorisées, à côté de produits uni([ues au monde, tels que nos vins et nos fruits, de l'excédent de récoltes qu'elle devra au progrès cullural. Nous se- rions heureux d'avoir contribué à ce progrès, dans une mesure si faible c|ue ce fût, par cette modeste étude sur la fumure des champs et des jardins. I. CÉRÉALES ET PLANTES SARCLÉES I. — Remarques préliminaires. — Nécessité d'associer l'acide phosphorique à l'azote dans la fumure du sol. Les végétaux, quels qu'ils soient, plantes de grande culture, lé- gumes, arbustes, fleurs, etc., ne peuvent vivre qu'à la condition de rencontrer dans le sol, indépendamment des aliments que leurs feuilles puisent dans l'atmosphère, des quantités suffisantes de quel- ques substances minérales dont les deux plus importantes, vu leur rareté dans la plupart des sols, sont Vazote et Vacide phosphorique. La chaux, la magnésie et la potasse, beaucoup plus répandues que LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 303 ces deux corps, dans les terres de la plupart des régions de la France, font beaucoup moins souvent défaut à la végétation. > Dans les sols argilo-siliceux ou siliceux, l'apport de chaux est fré- quemment nécessaire ; mais le cliaulage peut être avantageusement remplacé par l'addition, à ces terres, de quantités un peu considé- rables de scories de dépbosphoration : 1 000 à 2 000 kilogr. à l'hec- tare, par exemple. Les scories, en effet, apportent près de la moitié de leur poids de chaux très assimilable, ce qui explique comment leur introiluction dans le sol peut remplacer le chaulage, avec cet avantage de fournir en même temps de l'acide phospliorique à ces sortes de terres qui en manquent presque toujours. La magnésie fait, plus souvent qu'on ne le croit, défaut dans les sols, surtout les 1 erres non calcaires. L'addition de kaïiiite est très favorable dans ce cas. — Quand tous les principes fertilisants sont abondanis dans le sol, à un état qui les rende aptes à nourrir la plante, on obtient une abondante récolte. Si l'un seulement de ces principes man((ue, par son apport le rendement de la terre s'élève tout de suite dans une très notable proportion. C'est ainsi, par exemple, que 200 kilogr, de nitrate de soude, renfermant 31 kilogr. environ d'azote, permettent, si la terre ren- ferme de l'acide phospborique, de la potasse, etc., en proportion convenable, d'obtenir 5 à 7 quintaux de froment de plus (avec la paille correspondante) que n'en produirait la même terre <à laquelle on n'aurait pas donné d'azote. De même, l'emploi de 60 à 80 kilogr. d'acide phospborique, si le sol, manquant de ce principe à un état assimilable, renferme assez d'azote et de potasse, élèvera très nota- blement le rendement. Que sont ces quelques kilogrammes d'azote et d'acide phospbo- rique, par rapport aux quantités des mêmes corps existant dans le champ où on les apporte ? Relativement très peu de chose, car les terres très pauvres, presque stériles, en l'absence de fumure, ren- ferment rarement à l'hectare moins de 1 200 à 1 500 kilogr. d'azote, et autant d'acide phospborique, dans 1 1 couche de 20 centimètres où vivent les céréales (soit de 0^'",04 à 0^'',05 d'.nzote ou d'acide phospborique par 100 gr. de terre). Les terres de moyenne qualité en contiennent toujours au moins le double. Mais l'action des faibles 310 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. quantités d'azote et d'acide phosphorique ajoutées au sol, sous forme d'engrais, s'explique par l'état d'assimilabilité où ces corps se trou- vent dans les matières fertilisantes employées (nitrate de soude, phosphates, etc.). Un fait essentiel qu'il ne faut jamais perdre de vue, fait qui est acquis d'une façon absolument certaine, par les nombreuses expé- riences qu'on a instituées et suivies, tant en France qu'à l'étranger, c'est que les engrais azotés et le nitrate de sonde, en particulier, ne donnent leur plein effet que si le sol offre, en même temps, à la plante, les quantités d'acide phosphorique assimilable et de potasse dont celle-ci a besoin. — On ferait donc, presque en pure perte, une dépense de nitrate de soude, en l'épandant sur une terre insuffisamment pourvue en acide phosphorique et en potasse, tandis qu'on accroît, dans une proportion très notable, pai'fois dans le rapport de un à quatre, le rendement de certaines cultures, céréales, plantes sarclées, sous l'influence combinée du nitrate et de l'acide phosphorique. Quelques chiffres, empruntés aux quarante années de culture de Rothamsted, vont mettre cette vérité en évidence. Sir J. Bennet Lawes et le docteur Gilbert cultivent méthodiquement, depuis plus d'un demi-siècle, à la ferme expérimentale de Rothamsted, les princi- pales plantes agricoles, dans le même sol diversement fumé. Voici, en ce qui regarde l'action du nitrate de soude, employé seul ou conjointement avec les phosphates, les moyennes des résultats tout à fait significatifs de trente années consécutives de culture de blé, seize années d'orge et neuf années d'avoine. V augmentation du rendement, à l'hectare, en grain et en paille, comparativement à celui d'un sol demeuré sans fumure, par l'em- ploi de 100 kilogr. de nitrate, suivant qu'il a été additionné ou non de phosphate, a été la suivante : Blé. GKMNS. PAILLE. Kilogr. Kiloji'. Avec phosphate 217 .JG6 Suns phosphate 101 2G9 Différence IIG 297 LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 311 Orge. GRAINS. PAILLE. Kilogr. Kilo^-r. Avec phosphate 492 6G2 Sans phosphate 288 479 Différence 204 Avoine. Avec phosphate 204 Sans phosphate 159 Différence 45 Pommes de terre. Avec phosphate . 1 250 kilogr Sans phosphate 308 — Différence 942 kilogr 183 3 09 269 100 Il résulle donc clairement de ces chiffres qu'il importe, pour ob- tenir du nitrate de soude le maximum de récolte qu'il peut donner, que le champ où on le répand contienne une quantité d'acide phos- phorique assimilable suffisante pour assurer le développement com- plet de la végétation. J'indiquerai plus loin les proportions d'acide phosphorique, sous les différentes formes, à employer pour les diverses récoltes avec le nitrate de soude, pour assurer l'effet maximum de ce précieux agent de fertilisation. Nous verrons à cette occasion que les excédents de rendement en grains, paille et tubercules que je viens de citer ont été, fréquemment, très notablement dépassés dans la pratique. S'il est une vérité surabondamment démontrée par la pratique agricole comme par les recherches physiologiques des agronomes, c'est la nécessité de la présence dans le sol, en quantité suffisante et sous une forme assimilable, de tous les aliments de la plante. C'est dans la réalisation, par l'apport en quantité suffisante d'engrais convenablement choisis, étant donnée la nature chimique d'un sol, que réside l'art de la fumure. L'indication des moyens économiques à mettre en œuvre pour atteindre ce but est l'objet spécial de cette étude. 312 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. II. — L'azote nitrique, agent essentiel des fumures azotées. L'azote nitrique, qui forme rélémoat actif du nitrate de soude, est l'aliment azoté, par excellence, des végétaux. C'est sous la forme d'acide nitrique, combiné avec la chaux, la magnésie elles autres bases, que les sols fertiles offrent aux plantes leur alimentation azotée. Il est démontré aujourd'hui que l'action fertilisante du fumier de ferme, comme celle des eng-rais organi- ques : cuir, corne, laine, plumes, sang desséché, débris de viande et, en général, de tous les détritus animaux, ne se manifeste qu'a- près la transformation en nitrates des matières azotées qui consti- tuent la plus grande partie de leur valeur. Le processus chimique qui donne naissance, dans les champs, aux nitrates dont se nourrissent nos récoltes est le même, à Tinlensité près du phénomène, que celui auquel les régions tropicales doivent les amas gigantesques de nitrate, aujourd'hui exploités pour le plus grand profit de l'agriculture. Dans nos terres, comme au Chili et au Pérou, un organisme microscopique se charge, ainsi que l'ont établi les belles recherches de MM. Schlœsing, Mùntz et Marcano, de trans- former les détritus azotés animaux en nitrates, avec cette différence, en faveur des régions tropicales des côtes du Nouveau-Monde, que le nitrate de chaux produit s'y transforme au contact du sel marin en nitrate de soude, beaucoup moins soluble que les nitrates de chaux ou de magnésie. Le nitrate de soude s'accumule, en l'absence de pluies, pour former, à la longue, ces gisements colossaux, réserve de longtemps inépuisable à laquelle nous demandons aujourd'hui l'accroissement de nos récoltes. Sous notre climat, au contraire, une grande partie des nitrates formés dans le sol par l'oxydation de l'azote des matières organi- ques, est entraînée dans le sous-sol par les pluies. Du sous-sol, le nitrate s'écoule dans les sources, ruisseaux, rivières et finalement s'en va à la mer. De là, la nécessité d'importer de l'azote nitricpie dans nos terres, pour en maintenir et en accroître la fertilité. Les résultats des expériences physiologiques concernant le rôle des nitrates dans la végétation ont été constamment confirmés par LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 313 la pratique agricole. Depuis l'époque, déjà éloignée, à la(|uelle J. B. Boussingault a établi la valeur alimentaire du nitrate pour les plantes, toutes les recherches scientifiques et les résultats cuUuraux sont venus sanctionner les observations de l'éminent agronome. A l'heure qu'il est, la question est absolument résolue : c'est le nitrate, directement introduit dais le sol ou résultant de la trans- formation des autres engrais azotés, qui nourrit nos récoltes de céréales et autres. Les principaux avantages de l'emploi du nitrate dans la pratique agricole sont les suivants : i° Le nitrate sert directement à l'alimentation de la plante. N'ayant, pour cela, à subir aucune modification dans la terre, il agit donc beaucoup plus rapidement que les autres engrais azotés d'origine organique, l'action de ces derniers étant subordonnée à leur nilrifi- cation préalable ; 2" La rapidité avec laquelle le nitrate est absorbé par les végétaux met promptement ceux-ci en état de résister, par leur vigueur et par leur développement, aux intempéries, à l'action des insectes nuisibles et aux parasites ; 3° Dans les années à hivers rigour<3ux, le nitrate employé en cou- verture, sur les blés et les seigles, permet aux semailles d'automne de réparer le retard produit sous l'influence de conditions climaté- riques défavorables ; â° Enfin, comme nous allons en donner la preuve, le nitrate ac- croît économiquement, d'une manière très notable, le rendement de la plupart des cullures. Nous commencerons par étudier son influence sur les céréales. III. — Influence du nitrate de soude sur le rendenaent des céréales d'automne et de printemps. On possède aujourd'hui un assez grand nombre d'expériences niélhi)di(iuemcnt conduites, pour fixer approximativement VexcédenI de grain et de paille que le cultivateur peut attendre de l'emploi du nitrate, en sol suffisammeid pourvu des autres aliments de ces plantes et notamment d'acide phospliorique. 314 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Par expériences mélhodiquement conduites, j'entends celles où ont été exactement déterminées les quantités de matières fertili- santes employées, le poids et la qualité des récoltes obtenues, ainsi que l'ensemble des conditions culturales. L'excédent de grain et de paille représente le nombre de kilo- grammes de ces produits récoltés en plus, par hectare, sous l'in- fluence du nitrate. Cet excédent est déduit d'expériences compara- tives faites, sur une même surface de terre, dans des conditions iden- tiques de sol et de fumure, sauf une : l'addition de nitrate. Dans son intéressant travail sur l'influence du nitrate de soude, M. le doc- teur Stutzer, directeur de la Station agronomique de Bonn ^, a réuni et discuté plusieurs centaines d'expériences culturales sur le blé, l'avoine, l'orge elle seigle. En écartant les résultats qui, pour un motif ou pour un autre, peuvent sembler douteux, M. Stutzer est arrivé, comme moyenne des récoltes sur lesquelles il a pu re- cueillir des données certaines, aux accroissements de rendement suivants : 100 kilogr. de nitrate de soude à l'hectare, employés conjointe- ment avec un engrais phosphaté, ont donné les excédents de récolte que voici : Froment Seigle Orge Avoine Ces excédents de rendement ont été dépassés dans certains cas^ mais il est prudent, dans les discussions de l'ordre qui nous occupe, d'écarter les chiffres extrêmes et de se baser sur des moyennes ré- sultant du plus grand nombre de données comparables, parmi celles GRAINS. PAIIiliF-, Kilogr. Kilogr. 270 57-1 281 540 .310 G73 537 823 1. Le Ni'rate de soude, son importance et son emploi comme engrais. In-12. Paris, 1887, Gauthier-Villars. 2. La composition du sol, sa fécondité naturelle ou acquise, influent considéra- blement, cela va de soi, sur les résultats obtenus avec une fumure additionnelle : tout ce qui va suivre doit dune être regardé seulement comme une indication géné- lale touchant la plus-value résultant de l'emploi des fumures. LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 315 qui ont été recueillies. Deux mots sur le mode d'application de sa fumure. Pour les céréales de printemps, on peut, lorsque le temps n'est pas pluvieux, épandre avant la semaille de l'orge et de l'avoine le mélange de nitrate et de phosphate, aussi uniformément que possible à la surface du sol, puis l'enfouir à une faible profondeur par un dernier labour. L'emploi du semoir d'engrais assure cette réparti- tion mieux que l'épandage à la volée, mais il n'est pas indispen- sable. On facilite singulièrement l'égale répartition de l'engrais à la surface du sol en le mélangeant à sept ou huit fois son volume de terre fine passée à la claie. Si le temps était pluvieux au moment de la semaille, il serait préférable de ne répandre que le phosphate et de réserver au moins la plus grande partie du nitrate pour le répandre lorsipie l'avoine ou l'orge auront atteint la hauteur de 12 à 15 centimètres. Quant aux terres destinées aux cultures d'hiver, blé et seigle, que nous examinerons plus loin, c'est avant l'hiver qu'il faut leur donner le phosphate. Ce dernier, pour agir sur la récolte, doit être incor- poré au sol avant le dernier labour d'automne. Nous verrons plus loin que la fabrication récente, sur une échelle industrielle, du phosphate de potasse et du phosphate d'ammoniaque, permet de recourir, dans certains cas, à l'emploi des phosphates en couverture sur les céréales d'hiver. Pour celles-ci, le cultivateur épandra le nitrate en couverture au printemps, en une ou plusieurs fois, également, à dose variant de 60 à 200 kilogr., suivant l'état de fumure de sa terre. Si les champs sont largement pourvus d'acide phosphorique, cette fumure com- plémentaire donnera son plein effet ; dans le cas contraire, l'aug- mentation de récolte résultant de l'application de nitrate sera encore rémunératrice, l'excédent de grain et paille récoltés devant égaler, au minimum, la moitié des poids indiqués plus haut. Une pratique excellente, surtout dans les années pluvieuses, con- siste à fractionner l'épandage du nitrate, pour s'opposer le plus pos- sible à son entraînement dans le sous-sol par les eaux pluviales. C'est au moment oîi la végétation est active qu'a lieu l'utilisation la plus complète de l'azote nitrique par la plante. 316 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. IV. — utilisation de l'azote du nitrate par les céréales. Com- paraison du nitrate avec le fumier de ferme au point de vue de l'utilisation de l'azote. A quelle quantité d'azote nitrique ou de nitrate, ce qui revient au même, correspond un excédent de récolte de 100 kilogr. de grain avec la paille correspondante ? Telle est la question économique qu'il est facile de résoudre en partant des excédents moyens de ren- dement indiqués par M. Stutzer. 100 kilogr. de nitrate, contenant 15''^,65 d'azote, ont donné un excédent moyen sur la récolte du même sol sans nitrate, de : GRilN. PAILLE. Kilo^i'. Kilogr. Froment 270 574 Seigle 2S1 540 Orge 510 673 Avoine 537 823 Eii divisant le poids d'azote (15''^, 65) employé, par l'excédent en grain récolté, on obtient la quantité d'azote correspondant à une production d'un quinlal de grain, avec sa paille, en plus qu'en l'ab- sence du nitrate ; on trouve ainsi : NITRATE AZOTE. j j de soude. Pour 100 kilogr. de blé et sa paille, une quan- — — tlté (l\izote de 5''',7i)6 orrespondant à 37''s,035 Tour 100 kilogr. de seigle 5 ,".69 — 35 ,590 l'our 100 kilogr. d'orge 3 ,068 — 19 ,600 Pour 100 kilogr. d'avoine 2 ,914 — 18 ,620 La première conséquence de ces constatations numériques est que l'excédent des récoltes s'obtient pour les céréales de printemps, avec une dépense d'engrais azoté, sensiblement moitié moindre de celle qu'exigent le.s céréales d'hiver. La conclusion générale est que 6 kilogr. d'azote environ, soit 40 kilogr. de nitrate, permettent d'obtenir un excédent de rendement (pour le blé et pour le seigle) d'un quintal de grains, plus sa paille, tandis que 3 kilogr. d'azote nitrique suiïiruicnt, en moyenne, pour produire le même excédent en grains et paille d'orge et d'avoine. La totalité de l'azote de l'en- LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 317 grais ne se retrouve pas, tant s'en laut, dans l'excédent de grains et de paille de la récolte. On sait, en effet, que le nitrate de soude est facilement entraîné dans le sous-sol par les eaux pluviales, le pou- voir absorbant du sol ne s'exerçant pas sur l'acide nitrique. En effet, si l'on rapproche les quantités totales d'azute, contenues dans ces excédents de récolte, des poids d'azote nitrique qui ont aidé à les produire, on arrive aux constatations suivantes : Blé, AZOTE. Grain. . 2,70 à 2.08 = 5,616 Paille. . 5,74 à 0.48 = 2,755 Grain. . 2,81 ù 1.60 ^ Seigle 4,946 Paille. . 5,40 à 0.40 2,160 Orge Grain. . 5.10 à 1.76 = 8,160 Paille. . 6,73 à 0.64 ^^^ 4,307 Grain . . 5,37 à 1.76 ^ Avoin 9,451 Paille. . 8,23 à 0,56 = 4,609 contenu dans l'excédent de récolte. Kilogr. 8,371 12,467 14,060 AZOTE du nitrate. Klloç'r. 15,650 non récupéré par la récolte, (Ditiérence) . Kilogr. 7,279 7,106 15,650 8,544 15,650 3,183 15,650 1,590 11 résulte de cette comparaison qu'en supposant que tout l'azote de l'excédent de récolte vienne du nitrate employé, ce qui n'est pas, l'utilisation maœima du nitrate par les récoltes serait la sui- vante, pour les diverses céréales : Blé . . Seigle . Orge. . Avoine. AZOTE Utilisé. perdu. P. 100. P. 100. 53.49 4- 46.51 = 100 45.40 4- 54.60 = 100 79.72 + 20.28 = 100 89.84 + 10.16 = 100 • 318 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Les céréales d'hiver (seigle et blé) se comportent donc, d'après cela, très différemment des céréales de printemps (orge et avoine), sous l'influence du nitrate. Ce n'est point ici le lieu de discuter les questions que soulèvent ces comparaisons théoriques : je me borne à les signaler à l'attention des directeurs des Stations agronomiques comme un intéressant sujet d'études. Pourquoi, avec une quantité égale de nitrate de soude, — c'est le lait qui résume les nombreux essais de cultures rapportés par M. Stutzer — l'avoine et l'orge donnent-elles un excédent moyen, en grain et paille, double de celui du blé et du seigle ? Tel est le problème physiologique posé et dont la solution doit être cherchée expérimentalement. Les chiffres indiqués par M. Stutzer, comme représentant la moyenne des excédents oblenus, résultent en efi'et d'un grand nom- bre d'expériences en sols différents; il y aurait donc lieu d'étudier la question dans des conditions de sols bien déterminées. Un autre point de vue de la question, étroitement lié aux faits que je viens de discuter, concerne la récupération pratique, par la récolte, de l'azote donné sous différentes formes par la fumure aux diverses céréales. Quelle est la quantité d'azote des fumures retrouvées effective- ment dans les récoltes au bout d'une certaine période de culture de la même céréale? Quelle quantité d'azote des fumures, par contre, demeure inutilisée par les plantes? Gomment se comportent compa- rativement le nitrate de soude, le sulfate d'ammoniaque et l'azote organique (fumier de ferme, tourteau, etc.) sous ce rapport? Une longue succession de la même plante sur le même sol, avec détermination de la composition des fumures et de celles des ré- coltes, peut seule permettre de répondre à ces divers points d'inter- rogation. Ces études ont été faites dans la ferme expérimentale de Rotham- sled, annexe de la Station agronomique fondée dans le Herts par sir J. Bennet Lawes, vers 1840, et continuées sans interruption jus- qu'à ce jour, par l'éminent agronome et son collaborateur de la première heure, le docteur Gilbert. Un résumé sommaire des résul- tats constatés à Rothamsted trouvera naturellement place ici. LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 319 Dans leurs recherches magistrales sur la culture des céréales, sir J. BennetLaweset le docleur Gilhert ont étudié la question de l'uli- hsation de l'azote par le blé, l'orge et l'avoine pendant des périodes assez longues (vingt années pour les deux premières récoltes et trois années seulement pour l'avoine), pour en pouvoir déduire des conclusions très importantes au point de vue pratique. Connaissant, d'une part, la quantité d'azote apportée sous diverses formes, par les fumures affectées, sans variation ni discontinuité, pendant vingt ans, à la même plante ; ayant, de l'autre, déterminé par l'analyse les quantités d'azote contenues dans les récoltes, ces savants agronomes ont déduit, de la comparaison de ces deux don- nées, les taux pour 100 d'azote de l'engrais récupéré par l'excédent de produits (grain et paille). Je résume dans le tableau suivant les résultats de ces importantes recherches : Blé. ENGRAIS AZOTES A L'hECTARB ET PAR AN. , ,, . j ,, de 1 azote de leugi-ais. Eu Suis pourvus de priucipcs mi- Récupéré Noni-éeupéré néraux : acide liliosphoriiiue, Azote. par l'eX' édent par l'excédent potasse, etc. . de récolte. de récolte. Kilogr, P. 100. P. 100. Sels ammoniacaux -10,9 32.4 G7.6 — 91,9 32.9 67.1 — 137,8 31.5 68. 5 — 183,7 28.5 71.5 Kitrate lie soude 92,0 45.3 54.7 Fumier de ferme 224,0 14.6 85.4 Orge. Sels ammoniacaux 45,9 48. 1 51.9 Sels ammoniacaux et nitrate. . 91,9 49.8 50.2 Tourteaux 106,0 36.3 03.7 Fumier de ferme 224,0 10.7 89.3 Avoine. Sels ammoniacaux 91,9 51.9 48.1 Nitrate de soude 92,0 50.4 49. G D'après cela, le blé, l'orge et l'avoine utilisent de 45 à 51 p. 100, soit moitié, en nombre rond, de l'azote du 'nitrate. Deux faits des 320 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. plus inléressanls ressortenl de ce tableau ; ils concernent le fumier et le sulfate d'ammoniaque : 10 à 15 p. 100 seulement de l'azote du fumier de ferme se retrouvent dans l'excédent de la récolte obte- nue, par rapport à un sol non fumé ; la récupération de l'azote du sulfate d'ammoniaque dans la culture du blé s'élève à peine au tiers de la teneur de l'engrais en ce principe, tandis que l'orge et l'avoine utilisent le sulfate d'ammoniaque presque aussi bien que le nitrate. La première conclusion générale, qui se dégage de ces comparai- sons, c'est que l'azote soluble (nitrate on sulfate), et en partlcHlier celui du nitrate, est l'aliment azoté le plus favorable à la production des céréales. Après l'azote soluble, vient l'azote des tourteaux de graines oléa- gineuses, dont l'utilisation dépasse, dans la culture de l'orge, la pro- portion (36 p. 100) constatée pour le sulfate d'ammoniaque dans le cas du blé (28 à 30 p. 100) ; en dernier lieu se range l'azote du fu- mier de ferme, la culture du blé durant vingt années consécutives n'ayant fixé que l^.ô p. 100 de l'azote du fumier : celle de l'orge, moins encore, 10.7 p. 100. De ces dernières constatations, du plus haut intérêt économique, il résulte que le nitrate de soude est au taux actuel de 23 à 25 fr. les 100 kilogr., une source d'azote pour les végétaux, bien moins chère que le fumier de ferme. Autrement dit, partout où le cultivateur ne pourra pas se procu- rer, à un prix très bas, le fumier que son exploitation ne lui fourni- rait pas en quantité suffisante pour ses récoltes, il aura intérêt à lui substituer le nitrate de soude associé au phosphate et au besoin à la potasse, si la terre manque de cet élément, cas assez rare dans la plupart des régions de la France. Pour se convaincre de l'économie de cette substitution, il suffit de comparer la valeur du fumier, d'après sa richesse en azote, acide phosphorique et potasse, à celle des mêmes quantités de principes fertilisants achetés dans le commerce, en tenant compte de l'utiUsa- tion de l'azote par la récolte, constatée par sir .1. Lawes et le doc- teur Gilbert. D'après les prix actuels de l'azote dans le nitrate de soude (1 fr. 60 c. le kilogramme), de l'acide phospliori(iue soluble (0 fr. 50 c. LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 321 le kilogramme) et de la potasse (0 fr. 40 c. le kilogramme), la valeur du fumier basée sur sa teneur en ces principes fertilisants serait la suivante : Le fumier de ferme, moyennement consommé, renferme en moyenne par 1 000 kilogr. : Azote ^'''^O à lf,60<= = 8^,00» Acide pliosphorique . . 2 ,G à ,50 = 1 ,50 Potasse. G ,3 à ,40 = 2 ,52 ' Valeur des 1 000 kilogr 12f,02« Le mélange minéral qui i^enfermei^ait les mêmes quantités de principes fertilisants, cotés au même prix, serait le suivant : 32''s,G5 nitrate de soude à 15.65 p. 100 azote, coûtant 8',00<= 21 ,08 superphosphate à 12 p. 100 acide phosphorique, coûtant. lf,27*= ) 32 ,05 phosphate minéral à 16 p. 100, coûtant 1 ,50 \ ' 12 ,06 chlorure de potassium à 50 p. 100, coûtant 2 ,52 12f,02^ Mais, en raison de la très grande inégalité d'utilisation de l'azote des deux fumures, plus de trois fois supérieure pour le nitrate (dans le rapport de 50 à 15 = 3.33), c'est une quantité plus que tiiple, c'est-à-dire 3 333 kilogr. de fumier, qui équivaudrait à la fumure minérale pour les céréales. Il faudrait donc, pour que l'équilibre se 12^02' rétablît, que le fumier de ferme ne coûtât que ,> ç.^ la tonne, soit 3 fr. 60 c. Comme nous n'avons compté dans le calcul delà valeur du fumier que ses trois principaux éléments, nous admettrons une plus-value, sur ce prix de 3 fr. 60 c, de 2 fr. 40 c. pour la chaux, la magné- sie, la matière organique, etc. Lors donc que le cultivateur, obligé d'acheter du fumier, ne pourra se le procurer au prix de 6 fr. les 1 000 kilogr., il aura avantage à répartir le fumier produit dans son exploitation sur une surface double ou triple, suivant le cas, de celle qu'il pourrait fumer à dose suffisante au fumier de ferme, s'il avait 1. Les valeurs attribuées à Tazote, à l'acide phosphorique et à la potasse sont celles de ces substances dans les engrais commerciaux, ANX. SCrE.NCE AGRON'. — 1893. — T. 21 322 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. assez d'engrais, et à compléter ses fumures par l'emploi du nitrate de soude, des phosphates et, au hesoin, des sels potassiques. Le rôle du fumier de ferme ne consistant pas uniquement dans un apport d'acide phosphorique, d'azote et de potasse, mais aussi dans la modification des propriétés physiques et chimiques de la terre, par l'introduction des matières organiques dans le sol, il est de beaucoup préférable de répandre le fumier de ferme, à moitié dose, sur deux hectares par exemple et de recourir pour le reste de la fumure aux engrais minéraux, plutôt que de fumer isolément un liectare au fumier de ferme et l'autre exclusivement avec des en- grais minéraux. V. — Froment. Seigle. Méteil. Orge. Avoine. Leurs exigences. Le petit tableau ci-dessous indique les quantités des trois prin- cipes fondamentaux des engrais commerciaux : azote, acide phos- phorique et potasse contenus dans 100 kilogr. de blé, de seigle et de méteil et dans la paille correspondante. Ce sont des chiffres moyens, susceptibles de varier, mais dans d'étroites limites seule- ment, avec les sols, les variétés cultivées et les autres circonstances '. AZOTE, ACIDE PHOSPHORIQUE ET POTASSE contenus dans (en nombres ronds) : Azote l'otasse Acide phosphorique 100 kilogr. de blé et sa paille. 100 kilogr. de seigle et sa paille. 100 kilogr. de méteil et sa paille 2''s,06 2''s,9G î-'s.u 1 ,14 3 ,1G 2 ,1.5 1 ,01 1 ,60 1 ,30- 1. Nous avons pris, comme base des calculs qui nous ont conduits aux chiffres ci- dessus, les données suivantes : 100 kilogr. de blé (grain) correspondant k 108 kilogr. de paille ; 100 kilcgr. de seigle (grain) correspondant à 300 kilogr. de paille ; 100 kilogr. de méteil supposé, pour simplifier l'exemple, un mélange à parties égales de blé et de seigle, donneraient environ 230 kilogr. de paille. 2. 100 kilogr. d'orge et la paille correspondante renferment: 2''s,ô0 d"azote, l''s,yj d'acide phosphorique, l''',97 de potasse. Un quintald'avoine et sa paille contiennent; azote 3''', 02, acide pho.Hvhorifiue l'''s,3l, potasse 'i''ï,15. LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 323 Pour fixer les idées, supposons une exploitation produisant à l'hectare, 15 quintaux de chacune de ces céréales avec la paille cor- respondante, la récolte contiendra les quantités suivantes de chacun des trois principes fertilisants : ALIMENTS ASSIMIIiES. Azote Potasse Acide phosphorique récolte: 15 quintaux métriques graiu et paille correspoudaiite. Blé. Seigle. Méteil 43''S,03 44"^ 40 43"?, 85 35 ,41 23 ,42 17 ,39 47 24 ,40 ,00 20 , G9 Ces quelques chiffres donnent une idée des exigences des céréa- les d'hiver, idée qui se présentera sous une forme plus saisissante si nous transformons en nitrate de soude, phosphate de chaux et chlo- rure de potassium les poids d'azote, d'acide phosphorique et de po- tasse, fixés par celte récolte de 15 quintaux à l'hectare. NATURE DE L'ESGRAIS. Kitrate de soude Chlorure de potassium à 50 p. 100' . . Phosphate à IG et 17 p. 100 (scories)-. Ou superphosphate à 12 p. 100- . . . Ou phosphate minéral à 22 p. 100- . . QUANTITE D'engrais en nombres ronds. Blé. Seigle. Méteil. iilogr. Kilogr. Kilogr 276 284 253 46 95 70 100 140 120 145 200 172 79 110 95 Nous ferons remarquer, tout de suite, que les rapprochements entre les poids d'engrais représentant les quantités d'azote, d'acide phosphorique et de potasse contenus dans une récolle, ne sont pas ceux, qu'il soit sufjisaiit ou nécessaire, suivant le cas particulier, d'introduire dans un hectai^e de terrain, pour obtenir une récolle de 15 quintaux de grain, avec la paille cori^espondante. Cela tient à ce (jue les conditions enjeu dans la culture tendent à rendre ces chif- fres tantôt trop élevés, tantôt trop bas, et c'est la pratique, c'est-à- dire l'expérience fondée sur les faits bien observés, qui seule servira 1 . De [Otassc rebelle. 2. D'acide phospiioriquc réel. 324 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. à indiquer les doses de phosphates, de sels de potasse el de nitrate à apporter par les engrais, pour amener le sol à une fertilité voisine de celle qui permet de récolter 15 quintaux de grain à l'hectare. En effet, d'une part, la terre arable de qualité moyenne, bien la- bourée et propre, fournit aux plantes une bonne partie des alimenls qui leur sont nécessaires; de l'autre, la tolalité des matières fertili- santes apportées par la fumure est loin d'être utilisée par les récol- tes, même dans les conditions les plus favorables, c'est-à-dire lors- que les engrais sont aussi bien disséminés que possible dans la couche arable. Il résulte de ces deux conditions, qui agissent en sens contraire, que, dans les terres riches, les quantités d'azote, d'acide phosphorique et de potasse indiquées par la composition de la ré- colte étant, en majeure partie, fournies par la réserve du sol, l'en- grais ne fera que compléter la fertilité naturelle de la terre et n'aura qu'à lui fournir un contingent de tel ou tel principe nutritif, infé- rieur aux exigences finales de la récolte. Dans les terres très pauvres au contraire, les exigences des végétaux ne pourraient pas être sa- tisfaites par l'apport des quantités d'engrais correspondantes à leur teneur en azote, potasse, etc., puisque la tolalité de ces engrais n'est jamais, dans l'année, utilisée par la récolte. La fumure, dans ce cas,' devra être plus élevée que ne l'indique la composition de la récolte. Enfin, en ce qui regarde le nitrate de soude que les pluies entrahient si facilement dans le sous-sol, la couche arable n'ayant pas la faculté de retenir l'acide nitrique comme elle fait de l'acide phosphorique et de la potasse, la quantité à employer devra dépasser d'autant plus celle qu'indique la composition de la récolte, que le sol sera plus pauvre en azote, plus perméable et le climat plus humide. Les indications données plus haut n'ont donc qu'une valeur relative. Cependant, elles peuvent utilement servir à des calculs sur l'épui- sement, par les diverses céréales d'un sol dont on connaîtrait la com- po!^ition ; mais, comme nous le disions à l'instant, c'est à des expé- riences culturales répétées dans des terres de composition variable, expériences mullipliées au point de donner aux moyennes qui en résultent une valeur susceptible de généralisation, qu'il faut avoir recours pour fixer le dosage des engrais à appliquer à la culture d'une plante el en particulier à celle des céréales. LA. FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 325 VI. — Des engrais pour céréales d'hiver. Fumier de ferme. Phosphates divers. Sels de potasse. Nitrate de soude. Le fumier de ferme est l'engrais par excellence; il apporte au sol, en même temps que les éléments minéraux indispensables à l'ali- mentation des plantes, la matière organique, qui, en se transfor- mant en liurnus, joue un rôle si utile, au point de vue de l'ameu- blissement de la couche arable. Malheureusement, nous ne produisons pas, en France, à beaucoup près, la quantité de fumier nécessaire à l'entretien de la fertilité de nos terres et, de plus, nous perdons, par notre négligence, une bonne partie des matières fertilisantes contenues dans le fumier et le purin. Celle insuffisance dans la production du fumier, il nous faut la combler par l'emploi des engrais commerciaux. Reprenons donc la comparaison du fumier à ces derniers, sous le rapport de sa teneur en azote, en acide phosphorique et en potasse. La composition du fumier de ferme est éminemment variable, avec l'alimentation du bétail qui le produit et avec la nature de la litière. Pour tlxer les idées, nous avons admis comme terme de compa- raison un très riche fumier moyennement consommé. Nous serons certain, par là, d'avoir un terme de comparaison nous donnant toute sécurité pour le calcul des poids d'engrais complémentaires à em- ployer. La comparaison peut s'établir ainsi qu'il suit, comme nous l'avons dit tout à l'heure, avec les engrais commerciaux : 1000 KILOGR. DE FUMIER , QUANTITES cori'espounautes a ongrais commerciaux renfermant : ^en nombres ronds). Azole 5 kilogr =33 kilogr. nitrate de soude, à 15.6 p. 100. l'otasse G"*? 3 1=12 — chlorure de potassium, à 50 p. 100. ' ( = 53 — kaïnite, à 12 p. 100. 1=15 — scories, à lG-17 p. 100. Acide phosphorique 2''', G. j =21 — superphosphate, à 12 p. 100. ( = 12 — phosphate minéral, à 22 p. 100. On peut considérer comme une faible fumure, 20 000 kilogr. de 326 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. fumier à l'heclare ; comme une fumure moyenne, 40 000 kilogr. et, comme une forte fumure, CO 000 kilogr. Voyons, à titre de renseignement, quels poids d'engrais commer- ciaux il faudrait employer, si l'on voulait apporter au sol les quan- tités d'azote, d'acide phosphorique et de potasse contenues dans 60 tonnes de fumier de ferme. En appliquant les données que nous venons de rappeler, on trouve les poids suivants en nombres ronds : Nitrate de soude, 1 920 kilogr. ; Acide phosphorique, suivant l'état auquel on le considère : a) Scories de déphosphoration, 945 kilogr. ; b) Superphosphate, i 300 kilogr. ; c) Phosphate minéral en poudre, 710 kilogr. ; Potasse, à l'état de chlorure, 756 kilogr.; à l'état de sulfate (kaïnite), 3 150 kilogr. En réalité, par suite des différences très grandes que présentent, au point de vue de leur assimilabilité par les plantes, les mêmes principes fertihsants contenus dans le fumier et dans les engrais mi- néraux, la substitution ne doit pas se faire d'après les proportions indiquées par ce calcul arithmétique. Il y a lieu, en effet, de présen- ter à ce sujet quelques remarques importantes : 1° L'azote des nitrates est beaucoup mieux utilisé, comme nous l'avons vu, par les végétaux que celui du fumier, et l'expérience a montré qu'il suffît de donner, à l'état de nitrate, le cinquième envi- ron de la quantité d'azote que renferment 60 tonnes de fumier, pour obtenir un résultat au moins égal. (380 kilogr. de nitrate de soude constituent pratiquement une très forte fumure azotée.) 2" La quantité de phosphate fournie à la terre, sous forme insolu- ble doit, au contraire, être sensiblement égale à celle qu'apporte- rait le fumier de ferme. Parfois, une plus-value d'un tiers à moitié, suivant les sols, peut être attribuée au superphosphate comparé aux phosphates insolubles, dans les terres calcaires notamment : cela tient sans doute à la plus grande diffusibilité de l'acide phosphori- que du superphosphate et, pour une part aussi, à la teneur de cet engrais en sulfate de chaux. Dans les sols argileux, silicéo-argileux, sablonneux ou tourbeux, les scories de déphosphoration et la plu- part des phosphates de chaux naturels, réduits en poudre très fine, LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 327 ont une action fertilisante égale et parfois supérieure à celle des superphosphates, à poids égal d'acide phosphorique. 3° Si l'on excepte les sols tourbeux, extra-calcaires ou sableux, on peut, le plus souvent, s'abstenir de l'emploi des sels de potasse, le sol renfermant cette base en quantité suffisante. La magnésie manque plus fréquemment qu'on ne le croit communémeat dans les sols: aussi, pour certaines terres, l'emploi de la kainite renfermant 16 à 18 p. 100 de sulfate de magnésie, est-il recommandable, de préférence au chlorure de potassium, lorsqu'on a recours à un en- grais potassique. En tenant compte des remarques précédentes et en s'appuyantsur les expériences les mieux suivies et les plus concluantes, on peut indiquer approximativement les quantités d'acide phosphorique, d'azote et, le cas échéant, de potasse, à substituer à 60,000 kilogr. de fumier de ferme. 60 000 kilogr, de fumier de ferme peuvent être remplacés, dans la pratique agricole, au point de vue des principes fondamentaux (azote, acide phosphorique et potasse), par des quantités d'engrais chimiques correspondant aux taux suivants : Acide phosphorique réel 125 kilogr.' Azote nitrique GO — Potasse réelle 60 — Suivant les quantités de fumier de ferme dont on disposera, on fera varier proportionnellement les poids d'acide phosphorique, d'azote et de potasse que nous venons d'indiquer. Le prix de la fumure chimique, substituée à 60 tonnes de fumier de ferme, s'élèvera au maximum à 170 fr. par hectare; il peut même être évalué à moins de 160 fr., en partant des cours moyens 1. Beaucoup de fumiers de ferme, ainsi que nous Tavons dit, sont moins riches en azote, acide phosphorique et potasse que celui dont jMndique plus haut la composition; le taux d'acide phosphorique tombe souvent au-dessous de 2 p. 100 et celui de l'azote au-dessous de 4.0 p. 100, 12.j kilogr. d'acide phosphoriiiue correspondent donc à la richesse d'un fumier moyen de bonne qualité, GO kilogr. dazote représentant large- ment le 1/5 de la teneur de GO 000 kilogr. de fumier moyen, en azote et 60 kilogr. de potasse, plus du 1/5 de la teneur du fumier, en cette base. 328 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. de chacun des principes qui entrent dans les engrais minéraux, sa- voir : Acide phosphorique. ... . 125 kilogr. à Of,30Me kilogr. = 37', 50c Azote nitrique GO — à 1 ,60 — =96,00 Potasse 60 — à ,40 — = 24 ,00 I Total = 157^,50'=' Les deux tableaux ci-dessous résument les formules de fumures équivalentes, suivant qu'on emploiera, à l'hectare, 60, 40 ou 20 ton- nes de fumier ou qu'on aura recours aux engrais commerciaux seuls : TABLEAU I. — Quantités d'azote, d'acide phosphorique et de potasse remplaçant le fumier de ferme. DANS LK.8 ENGRAIS CHIMIQUES. FUMIER DE FERME. '^ '" Acide ^' Azote. „i,„„„i ■„ „ Potasae. pnospliorique. Kilogr. Kilogr. Kilogr. 1° 60 000 ] Azote total. mau,v ' Xll. — Gendre de bois, de houille, de l Acide phosphorique total, tourbe } Potasse. XIII. — Sels de potasse. Indiquer si ce j sont des chlorures, sulfates, carbo- / Potasse, nates, salins de betterave, etc. . . ) i Acide phosphorique total. XIV. — Tourteaux ^ Azote. f Potasse. I Acide phosphorique total. Azote nitrique. Azote ammoniacal. Potasse. 392 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. XVI. Engrais composés. — Cette dernière catégorie peut contenir tous les principes nutritifs; azote et acide phosphorique sous leurs trois formes, et potasse. Il importe d'indiquer si ces mélanges sont formes de nitrate de soude ou de potasse comme source d'azote; s'ils contiennent du sulfate d'ammoniaque, des superphosphates, etc.. Nota — Tous les échantillons d'engrais à analyser doivent être expédiés dans des flacons de verre bien bouchés. L'envoi dans des sacs en toile ou en papier, boîtes en carton, etc., doit être proscrit, à raison des variations que la matière à analyser peut subir en prenant de l'huniidité ou en perdant de l'eau pendant le transport. L'analyse du sol est parfois indispensable pour l'application judi- cieuse des engluais. Si elle ne permet pas d'apprécier d'une manière absolue le degré de fertilité d'une terre, elle a tout au moins pour résultat de faire connaître la richesse ou la pauvreté de la terre en chacun des principes fertilisants importants, acide phosphorique, azote, potasse, chaux et magnésie. Bornée à la recherche et au dosage de ces cinq éléiTients, l'analyse d'une terre suffit généralement pour guider très utilement le cultivateur dans le choix des engrais et dans les quantités à employer. — L'instruction suivante indique comment doivent être prélevés les échantillons de sols destinés à l'analyse. Instniclion sur la prise d'échantiUons du sol destinés à l'analyse. Il y a deux cas à considérer pour un même champ : 1° cas d'un sol homogène; 2° cas d'un sol variable dans son aspect et dans sa composition. 1" Si le sol présente, en ce qui concerne sa constitution géologique, sa fertilité ou son aspect physique, des parties très différentes, il sera bon de prélever, dans chacune de ces différentes parties, des échantillons spéciaux. Cette prise d'essai se fera avec toutes les pré- cautions indiquées plus loin. 2° Si le sol est homogène, s'il appartient dans toute l'étendue du terrain à la même formation géologique, il suffira de prélever un échantillon moyen, en observant exactement les indications qui vont suivre. Prélèvement des échantillons. — On commence par diviser le champ par des diagonales, ou par des hgnes transversales dont la direction ne saurait être précisée à l'avance, mais que l'inspection LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JAKDINS. 393 (le la forme et la configuration extérieure du champ indiqueront suffisamment. — Dans les conditions ordinaires d'homogénéité (sols franchement calcaires, gianitiques, argileux, siliceux), il suffît de déterminer une quinzaine de points (par hectare) où devront être {)rélevés les échantillons de terre. Ces points une fois déterminés, on nettoie la surface du sol à l'aide d'une pelle, de manière à éloigner du lieu où Ton prélèvera la terre, les détritus qui la couvrent accidentellement, tels que feuilles sèches, fragments de bois, corps étrangers, débris de vaisselle, fer-blanc, etc., etc. La place étant bien propre, sur une surface de 0'",50 à 0'",60 de côté, on pratique, à la bêche, un trou à parois aussi verti- cales que possible, en rejetant au dehors la terre qu'on extrait de cette petite fosse. La longueur du trou doit être environ 0'", 40; sa largeur «st déterminée par celle de l'instrument qu'on emploie; quant à sa profondeur, elle varie avec celle des labours en usag-e dans le pays; la couche de terre arable est, en effet, celle qui constitue le sol pro- prement dit, et ne doit pas être mélangée, dans l'échantillonnage, avec la terre du sous-sol. Lorsque la fosse est complètement nettoyée, on enlève, par tranches verticales, à la bêche, des couches paral- lèles, en pratiquant un nombre suffisant de sections perpendiculaires, pour extraire environ 4 à 5 kilogr. de terre. Au sortir de la fosse, la terre est déposée sur une petite bâche en toile dont s'est muni l'opérateur. On répète ce prélèvement d'échantillons sur autant de points du champ qu'il est nécessaire pour oblenir une représentation aussi exacte que possible de sa composition moyenne. On réunit ensuite, sur une bâche de plus grande dimension, tous les échanlillons de terre, on les mélange aussi intimement que possible avec la bêche et l'on prélève sur la masse un échantillon moyen du poids de 4 à 5 kilogr. environ. On étale cet échantillon sur une toile, dans un lieu couvert, et on le laisse se ressuyer à l'air. Lors(|uela dessiccation est suffisante, la terre est mise dans un sac ou mieux dans un vase en terre et soigneusement étiquetée. Durant le mélange des divers échanlillons sur la bâche, on a écarté les pierres et les cailloux qui dépassent le volume d'une noix, en notant approximativement leur nombre, relativement à un poids 394 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. donné de terre, leur grosseur et leur nature géologique et chimique (calcaire, siliceuse, etc). On procède ensuite, exactement de la même manière et avec les mêmes précautions, à la prise d'échantillons du sous-sol, en utili- sant les petites fosses faite en vue du prélèvement du sol. — La nature, l'aspect et la disposition des couches indiquent à quelle pro- fondeur il faut prélever le sous-sol: en général, une profondeur égale à celle du sol cultivé suffît. Si la couche arable a 0'",15 de profondeur, on prélèvera le sous-sol sur la même profondeur. La profondeur à laquelle pénètrent les racines des plantes récoltées dans le terrain fournit aussi une indication précieuse. Quand il s'agit de sols forestiers, le sous-sol doit être recueilli entre 0™, 40 et 0™,50 au-dessous du plan où s'étendent ou pénètrent les racines. Un peu de coup d'œil et d'habitude renseignent d'ailleurs très vite à ce sujet. DOCUMENTS A CONSULTER I. — Établissement de champs de démonstration. Aucune dissertation ne vaut, pour édifier les cultivateurs, sur le profit que peut donner l'application judicieuse des engrais, la vue d'un champ, convenablement traité et fumé, situé à côté d'une par- celle de même étendue, cultivée et fumée suivant la routine du pay- san de la localité. Les associations et les syndicats agricoles, les grands propriétaires doivent prendre l'initiative de la création de champs de démonstration pour lesquels ils sont certains de rencontrer le concours pécuniaire du Gouvernement, s'ils lui font appel en se conformant aux règles qui ont été posées par le ministère de l'agri- culture. La première observation sur laquelle je ne saurais trop insister est la définition exacte du but que doivent se proposer les organisa- teurs d'un champ de démonstration. Il règne à ce sujet une confusion déplorable dans l'esprit de beau- coup d'hommes animés des meilleures intentions. Cette confusion a pour conséquence de fausser entièrement l'institution excellente à laquelle le ministère de l'agriculture attache, à juste titre, une grande importance au point de vue du progrès de notre agriculture: elle conduit finalement à un résultat diamétralement opposé à celui que poursuivent les organisateurs de ces champs. La distinction la plus tranchée existe entre le champ d'expériences et le champ de démonstration. Le premier a pour objet l'étude expérimentale de divers modes de fumure, de diverses méthodes de culture, de dilférenles semences, appliquées à une plante quelconque de grande culture. Les tâtonnements, les divergences dans les ré- sultats, les insuccès même sont autant de conditions inséparables de 396 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. V expérimentation j ils perlent avec eux leurs enseignements, mais ne ^auraient être placés sans commentaires sous les yeux des culti- valeuis. Les champs de démonslralion, au contraire, ne doivent laisser aux résultats qu'on en attend d'autres aléas que l'influence des conditions climatologiques de l'année, (jui échappent entièrement à l'action de l'homme. Ils ont pour but de démontrer les résultats acquis dans les champs d'expériences ou dans la pratique agricole la mieux entendue de la région. C'est donc uniquement la reproduction de faits acquis par l'expérience et par la pratique intelligente, concernant le choix de telle ou telle variété de graine prolifique, s'il s'agit de semences, de telle ou telle matière fertili^^anie, la plus avantageuse pour une récolte donnée, s'il s'agit d'engrais, que les champs de démonstration ont pour objet uni(jue de mettre sous les yeux des cultivateurs du pays. A part les cas de force majeui-e, les résultats des champs de dé- monstration doivent toujours être bons ; ceux qu'on obtient dans les champs d'expériences peuvent être bons, médiocres ou mauvais, puisqu'ils ont pour objet l'étude d'un procédé, d'une semence ou d'un engrais nouveaux. C'est pour avoir trop souvent confondu démonstration avec expé- rience que l'on a fait fausse route. L'insuccès d'un champ de démonstration mal compris porte le plus grand préjudice à la propagation des vérités qu'il s'agissait de démon- trer à son aide. Oa doit donc instituer un champ de démonstration uniquement en vue de mettre en évidence les résultats acquis et non pour résoudre tel ou tel problème agronomique. Aux directeurs des Stations agronomiques appartient l'organisation et la direction de champs d'expériences; aux professeurs départementaux, aux prati- ciens éinérites d'une région, la création de champs de démonstration où ils appliqueront les procédés, les semences et les engrais dont la valeur leur est connue à Vavance. C'est dans cet ordre d'idées qu'il y a lieu d'instituer le plus grand nombre de champs de démoaslratim de la valeur agricole du nitrate de soude associé ou non, suivant l'état du terrain et les ressources dont on dispose, au fumier de ferme, aux phosphates et à la po- tasse. LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 397 Les principales règles à suivre pour la création de ces champs de démonslralion me paraissent être les suivantes : Choix d'un terrain situé dans un lieu fréquenté, d'un accès facile. — Division du terrain (1 hectare, au maximum, suffit) en deux parties égales, d'orientation identique, séparées par un sentier de O^jSO à 1 mètre. — Mise en état de l'une des parcdles par les procédés de culture reconnus les meilleurs dans la localité d'après la nature du terrain; culture de la deuxième parcelle à la mode des paysans du pays. Fumure de l'une des parcelles suivant la méthode des paysans, comme nature d'engrais et comme quantité de fumure. Fumure de l'autre parcelle avec le mélange de nitrate et de phos- phate qu'on aura fixé, d'après les résultats obtenus dans la région, •^00 kilogr. de nitrate, par exemple, et 60 kilogr. d'acide phospho- rique ou tout autre mélange d'efficacité reconnue. Ensemencement du champ, le même jour, avec la même semence dans les deux parcelles. En opérant ainsi, on aura modifié deux conditions : celles de la mise en état du sol et de la fumui'e de la terre. Si l'on dispose d'un espace double de terrain, on pourra répéter la démonstration, en ne faisant valoir qu'une seule condition, la fumure; il suffira, pour cela, de donner la même culture aux deux parcelles. L'objectif qu'on ne doit pas perdre de vue est d'assurer le résul- tat de la démonstration qu'on se propose; il ne s'agit donc nullement de faire une expérience, mais de montrer l'effet d'une fumure expé- rimentée ailleurs. Les insuccès auxquels ont conduit, d'une part, la falsification des engrais minéraux; de l'autre, leur emploi défectueux, ont eu la plus fâcheuse influence; ils ont jeté, sur une pratique excellente en soi, une défaveur qu'il est très difficile de détruire dans l'esprit des petits cultivateurs, que le résultat final seul a frappé. On retomberait dans le même danger en instituant des champs d'expériences au lieu et à la place de champs de démonstration, le succès, c'est-à-dire l'accroissement de récolte, dans l'espèce, étant la condition sine quâ non pour porter la conviction dans l'esprit de nos laborieux paysans qui n'ont ni le loisir ni l'instruction suffisante 398 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. pour discuter les résultats d'une expérience, mais que le doublement d'un rendement de la récolte ne saurait laisser de convaincre rapide- ment, II. — Lettres de MM. Pozzi-Escot et G. Dethan. Mont-de-Nérac, par Bergerac, le 10 août 1890. Monsieur, J'ai suivi, dès le début, avec un puissant intérêt, la campagne que vous avez entreprise dans vos belles Etudes agronomiques en faveur de la culture rémunératrice du blé en France ; non pas tant que la question me touchât personnellement, puisque je m'occupe surtout de viticulture, que parce qu'il se trouvait précisément que ce que vous établissez avec tant de force : qu'il est possible, sans protection douanière, de produire avec bénéfice, en France, des céréales, à condition de les cultiver intensivement, mais à cette condition seulement, s'applique absolument aussi à la culture de la vigne et à ses conditions nouvelles. Vous veniez ainsi confirmer, avec toute l'autorité qui s'attache à votre nom, une thèse qui m'était chère et dont je m'efforce de démontrer la vérité, autour de moi, par les résultais de mon vignoble. Rien, vous le comprenez, ne pouvait m'intéresser davantage. J'avais déjà employé les scories dans mes vignes, en remplacement du phosphate précipité, depuis que vous les aviez signalées comme source économique d'acide phosphorique et je m'en était fort bien trouvé. En 4888 donc, me trouvant avoir une pièce de vigne détruite par le phylloxéra, de 80 ares environ, que je ne voulais pas replanter encore, je résolus d'y essayer la culture des céréales, avec les scories et le nitrate de soude. J'ai cultivé sur celte terre, en 4888 et 4889, du blé et de l'avoine, sans autre fumure que 4 000 kilogr. de scories 46/20 et 250 kilogr. de nitrate de soude, à l'hectare. Celle terre, en coteau élevé, très sec, silicéo-argileux, de qualité à peine moyenne, et qui de temps immémorial portait de la vigne sans avoir jamais reçu de fumure, ensemencée après un seul labour, m'a donné un rendement supérieur à celui obtenu dans les meilleures terres à blé de la riche plaine de Bergerac, avec la culture du pays. Je n'ai pas, malheureusement, le chiffre exact du rendement de ces premières expériences, mais je suis, je vous l'aiïirme, au-dessous de la vérité, en l'estimant d'un quart supérieure à la moyenne la plus élevée du pays. Les variétés ensemencées étaient le blé barbu et l'avoine noire du pays. Je voulus aussi, l'an dernier, faire un e.^sai de culture en ligne à grand LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 399 espacement, suivnnl la méthode du major Halletl. Je semai donc en ligne, à la main, sur une étendue de 2 ares environ, les variétés de blé suivantes que je m'étais procurées dans la maison Vilmorin : Sliireff square-head; Dattel- Hickling-Hallelt's pedigree rouge, et, comme point de comparaison, blé barbu de pays. Le semis fut fait le 8 octobre 1888, à 25 centimètres, en tout sens. Au labour précédent de la semaille, j'avais répandu, à la volée, des scories, à la dose de 1000 kilogr. En mars, je semai 150 kilogr. seulement de nitrate de soude. Comme le semis avait été fait dans un jardin fumé de longue date, je craignais de provoquer la verse en mettant une plus forte proportion de nitrate. Le semis leva bien, talla énormément, et au moment de la floraison, ces blés étaient aussi fournis que ceux semés à la méthode ordinaire. Chose remarquable, la variété du pays le cédait à peine aux variétés amé- liorées comme développement de nombre des tiges par pied. Les résultats de cette expérience promettaient donc d'être très intéres- sants; malheureusement un très violent orage, dans les derniers jours de juin 1889, occasionna la verse complète de mon petit champ; les oiseaux se jetèrent dessus, dévorèrent les épis, et il me fut imposssible d'obtenir un chiffre de rendement de quelque exactitude. Néanmoins, encouragé par les résultats du semis clair en ligne que j'avais pu apprécier jusqu'à un certain point, malgré l'accident survenu à mon champ d'expérience, je résolus de semer encore en blé, pour la troisième fois consécutive, ma pièce de vigne arrachée. N'ayant pas de semoir à ma disposition et ne pouvant songer à semer à la main une étendue aussi considérable, je cherchai à obtenir d'une autre façon, à peu près le résultat du semis en ligne, et voici comment j'y parvins : Au lieu de labourer en billon, suivant la coutume locale, je fis labourer, à plat, en planches, et je fis répandre la semence, très clair et seulement dans le sens du labour, au lieu de la jeter, comme cela se pratique habituellement, de côté, en lui faisant décrire une parabole; puis on hersa en long. De cette façon, l'aspect de mes blés, après la levée, était presque celui de blés semés au semoir en ligne. L'écartement des pieds sur la ligne n'était pas aussi régulier, cela va de soi, mais la distance entre les lignes'ne laissait guère rien à désirer, celle-ci correspondant à chaque trait de charrue. On employa 150 litres seulement de semence à l'hectare; la semaille fut faite le 7 octobre 1889. Le blé semé était de la variété Kissengland et m'avait été vendu par le Syndicat libre des agriculteurs delà Dordogne. Comme les années précédentes, la terre av;iit reçu 1000 kilogr. de scories à l'hectare, et je fis répandre au printemps (fin mars), 200 kilogr. de nitrate de soude à l'hectare. On donna un hersage après. Les blés 400 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. furent ég.ilcment ésherbés et sarclés ;i la main, Iravail rendu facile et peu coûteux par le semis très clair et en ligne. Ces blés, qui, au début, paraissaient, surtout aux yeux des agriculteurs mes voisins, ridiculement clairsemés, ont tallé énormément après l'épan- dage du nitrate et ont pris un développement absolument inattendu. Grâce à l'influence des scories, sans doute aussi à leur espacement, ils n'ont pas versé bien que leur bauteur alteignîl,^» moyenne, l^jGS; beau- coup de tiges avaient jusqu'à l^jSO, J'iii trouvé des pailles d'un diamètre de 6 millimètres. J'ai compté sur certains pieds jusqu'à 17 tiges, mais la moyenne était de 8 à 12 par pied. Cbaque pied portait plusieurs épis de 10 à 11 centimètres de long, comptant 55 à 60 grains ; il y avait un grand nombre d'épis beaucoup plus grands, de 12 à 14 centimètres, comptant jusqu'à 78 grains. J'ai voulu avoir un point de comparaison; j'ai donc cherché dans le blé le mieux réussi que j'ai pu trouver dans la plaine de Bergerac, le plus bel épi qu'on y pût voir: il mesurait 8 centimètres et contenait 39 grains. La hauteur du blé était à peine de 1°',40 et c'était pourtant un cli^mp excep- tionnellement beau ! J'ai fini hier de battre ce blé. Le rendement a été, pour 80 ares 64 centiares ; Grains, 1968 kilogr. ; paille, 4950 kilogr. ; ce qui correspond aux rendements suivants, à l'hectare : Grains, 2 440 kilogr. ; paille, 6 138 kilogr. Ce dernier chilTre surtout m'a vivement frappé. La production de la paille est toujours insuffisante par ici. Plus de la moitié des fermes achè- tent pour litière des bruyères et des ajoncs fournis par la partie boisée du nord de l'arrondissement, et la dépense occasionnée de ce chef à la culture ne laisse pas d'être considérable, ces litières étant vendues un prix relativement élevé, soit de 12 à 14 fr. la charretée du poids moyen de 1 000 kilogr. Le prix de la paille atteint souvent 5 fr. les 100 kilogr. et ne descend jamais au-dessous de 4 fr. le quintal, sur le marché de Bergerac, où sa vente est toujours assurée. Il y a donc pour le cultivateur un intérêt de premier ordre à obtenir, avec un rendement en grains élevé, une production de paille aussi considérable que celle que j'ai obtenue, susceptible d'accroître dans une très notable mesure le revenu net de son exploitation. Le blé pèse 81 kilogr. Iheclolitre. Les rendements que je viens d'avoir l'honneur de vous faire connaître sont absolument exceptionnels pour ma région; je vous alïirme qu'ils ne sont jamais atteints dans nos meilleures terres à blé, avec les plus grosses fumures au fumier de ferme, qui est seul employé ici. Pour moi, il est manifeste qu'ils sont atlribuables surtout à l'apport d'acide j-hosphorique LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 401 et de nitrate fait à la terre, et, pour une bonne part aussi, au semis très clair que j'ai pratiqué. Dans une autre parcelle contigiië île •44 ares, que j'ai achetée en sep- tembre dernier, vieille vigne phylloxérée arrachée depuis quatre ans et abso- lument inculle, j'ai obtenu un résultat qui confirme absolument le premier. J'ai ensemencé cette parcelle, après un seul labour suivi d'un hersage, c'est-à-dire dans les plus mauvaises condilions, avec de l'avoine noire du pays. Au moment du labour, j'ai fait répandre des scories à raison de 1000 kilogr., et fin mars, du nitrate à raison de 250 kilogr. Les semailles ont été faites tardivement, fin octobre. La récolte, sur ces 44 ares, a élé de 875 kilogr. de grain et de 2000 kilogr. de paille (19'"",88 à l'hectare). Là encore, l'action des scories et du nitrate est prépondérante dans le résultat obtenu. En effet, en 1887 et 1888, le propriétaire de cette parcelle l'avait, avant moi, ensemencée d'avoine, celle-ci n'avait même pas pu épier et n'avait pas été récoltée, n'en valant pas la peine. Voici, enfin, un détail bien typique pour qui connaît le paysan et son instinctive horreur pour les pratiques nouvelles! Mon laboureur qui est en même temps propriétaire d'un petit lopin de terre, après s'être bien rendu compte des résultats obtenus sur ces deu.\ parcelles, est venu me prier de lui céder ce qu'il lui fautira de semence de blé Kissengland, et de faire venir pour lui, cette année, avec les miens, quelques sacs de ces sels noirs et blancs que j'avais employés. Et voilà un converti à la cause des engrais chimiques et des semences améliorées. J'ai l'intention d'ensemencer encore une quatrième fois, en blé, la même pièce de terre. En procédant comme cette année, je veux, de plus, recommencer mon expérience de semis à la main, en ligne, à grand espacement. Dans ce but, j'ai trié moi-même, avant la moisson, 300 des plus beaux épis dont aucun n'a moins de 12 centimètres de long; je compte ne prendre sur chacun d'eux que les plus beaux grains, et j'espère arriver ainsi à des résultats curieux. — Si ce nouvel essai peut présenter pour vous quelque intérêt, je serai heureux de vous en communiquer les résultats. J'espère, Monsieur, que vous excuserez cette bien longue lettre et me pardonnerez la liberté que j'ai prise de vous entretenir de mes essais; il m'a semblé, je l'avoue, que vous ne sauriez en vouloir, môme à un parfait inconnu, de vous apporter ce qui lui paraît être un argument de plus à l'appui de la cause d'un intérêt, si véritablement national, que vous avez prise en mains. Veuillez, agréer, etc. P. Pozzi-EscoT. ANN. SGIEXGE AUnON. — 1893. — I. 2G 402 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. M. Pozzi-Escot fait des prosélytes autour de lui : quelques passages empruntés à sa correspondance intéresseront sans doute nos lecteurs, en leur montrant qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé, d'une expérience plus ou moins probante, mais bien de procédés de culture économi- que des blés susceptdjles de généralisation. Voici ce que m'écrivit M. Pozzi en m'envoyant les résultats de la récolte de 1891 : Avant de vous faire connaître les résultats que j'ai encore obtenus cette année dans le sol que vous savez, permettez-moi de vous entretenir de ceux qu'ont obtenus les personnes que j'avais décidées, l'an dernier, à suivre vos conseils. M. L. Pothier, propriétaire à Fronsac, par Douville (Dordogne), m'écrit le 4 courant : « J'ai fait un essai sur 45 ares qui m'ont produit quinze fois la semence dans un terrain médiocre. Il est bon de vous dire que celte petite expé- rience a attiré l'attention de plusieurs propriétaires et ils me demandaient d'où venait cette différence avec les blés voisins. D'après les explications et les conseils que je leur donnai plusieurs en essayeront. J'ajoute qu'à l'avenir tout le blé que je ferai venir sera traité dans les mêmes conditions.» M. Pimouquet, propriétaire à Bardesse, commune de Mandacou, canton d'issigeac, m'écrit de son côté : « Pour me bien rendre compte, j'ai employé les engrais dans différents endroits de terres non fumées depuis bien des années et qui donnent ordinairement une petite moyenne de paille, mais dont le rendement en grain e>t médiocre. J'ai employé 100 kilogr. de scories sur une conte- nance de 12 à 13 ares et, au printemps, du nitrate de soude, à raison de 200 kilogr. à l'hectare. Le blé, semé à la mode ordinaire du pays, a beaucoup souffert de la gelée dans toute la pièce, qui contient environ 50 ares; mais là où j'avais employé les scories, il y a eu beaucoup moins de mal. Aussi, après l'épandage du nitrate, a-t-il pris une vigueur magni- fi(|ue, et je ne crains pas de dire que, dans celte poriion, la récolte était tri[)le de ce qu'elle était dans le reste de la pièce. A côté, j'ai employé du nitrate sans scories : là, au printemps, le blé a bien pris de la verdeur, mais les tiges n'ont pas pris un grand développement, et, c'est à peine si j'ai été rémunéré de la dépense. Dans d'autres lerres de coteau, très cal- caires, qui donnent peu de paille, mais relativement beaucoup de grain, le nitrate seul m'a donné de très beaux résultats, mais avec les scories, quoique la différence fût moins grande que dans la première pièce, le remlement a encore été supérieur. Inutile de vous dire que je ferai mon possible pour encourager mes voisins à en faire l'essai. LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 403 « Cette année, notamment, M. Boissière, maire de iMonsaguel, que vous connaissez sans doute comme un excellent agriculteur, est décidé à employer beaucoup de scories et de nitrate. Je ne puis, donc, Monsieur, que vous remercier encore d'avoir bien voulu me donner les renseigne- ments qui m'ont amené aux bons résultats que j'ai obtenus d. Les renseignements verbaux fournis par les intéressés me permettent de vous citer encore les résultats suivants : M. Jérôme Monteil, proprié- taire à la Mouline, piès Bergerac, a obtenu de l'emploi des scories et du nitrate des rendements de 47 et 21 pour \ de semence, suivant les ter- rains; M. Branda, pharmacien à Bergerac, a eu, dans sa propriété de Saint-Agne, près Bergerac, en terres, il est vrai, excellentes, de qualité similaire à celles de la Graulet, que vous avez analysées, le magnifique rendement de 19 hectolitres sur 45 ares (4'2''',2 à l'hectare) avec 59 kilogr. de semence, soit plus de 28 1/2 pour 1 de semence. (Je lui avais fourni pour la semence de mon blé Kissengland sélectionné.) Le blé de M. Branda ne pèse que 76 kilogr. à l'hectolitre, ayant versé ; la quantité de 200 ki- logr. de nitrate à l'hectare était, je crois, trop forte, étant donnée la ri- chesse naturelle du sol. M. Pozzi-Escot, en me rendant compte des essais de culture de blé dont je viens de parler, m'écrivait ce qui suit : Le rendement des céréales a sensiblement baissé dans notre région depuis une trentaine d'années. J'ai, comme point de comparaison, les notes de culture de mon grand-père s'appliquant à deux métairies de 40 hectares environ chacune, situées sur la rive gauche de la Dordogne, dans la partie la plus fertile de la plaine de Bergerac. De 1837 à 1852, le rendement moyen de ces deux métairies était de 17 hectolitres de blé à l'hectare; il a atteint, dans certaines années, 2 i hec- tolitres, et parfois il est descendu à 12. J'ai eu occasion de suivre de près le rendement de ces mêmes propriétés, sous une autre administra- tion, de 1870 à 1884. Pendant cette période, le ren lement moyen n'a été que de 15 hectolitres; le plus élevé atteignant 19 hectolitres et le plus faible tombant à 9 hectolitres. Depuis une dizaine d'années, le renilement moyen de cette région me parait être de 14 hectolitres environ pour le froment; de 25 hectolitres pour l'avoine; le maximum de 18 hectolitres, pour les blés, étant rare- ment atteint. Pour l'avoine, les deux extrêmes vont de 30 hectolitres, très exceptionnellement, à 15 hectolitres. Le poids de la paille récoltée à l'hectare ne dépasse pas 2 0U0 kilogr. en moyenne. On emploie 225 litres de semence à l'hectare. On sème trop lard, du 15 octobre au 15 no- vembre, et presque jamais sur fumure récente, et quelle fumure! 20 000 404 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. à 25 000 kilogr. de mauvais fumier, mal fait, pailleux et l?ivé par les pluies, passent pour un maximum que peu de cultivateurs se permettent. Les instru- ments perfectionnés, semoirs, scarificateurs, etc., font défaut, pas un seul des grands propriétaires ne se décidant à les introduire dans leurs exploi- tations. Le gros bétail est rare; en moyenne, il n'atteint pas le chiffre d'une bête pour 3 hectares dans la plaine et beaucoup moins dans le reste du pays. Ainsi donc, de 17 hectolitres en 1840, le rendement moyen en blé est tombé à 14 hectolitres à l'hectare, soit 3 hectolitres, ou plus de 18 p. 100 de la récolte d'il y a un demi-siècle. Ce résultat qui n'est pas exclusif au département de la Dordogne, semble con- firmer l'opinion que l'élévation du rendement moyen du sol fran- çais en blé qui, vers 1840, n'atteignait pas 14 hectolitres et qui est aujourd'hui à près de 16, est dû bien plus à l'accroissement très notable de nombreuses cultures partielles qu'à l'augmentation de la production sur la plus grande partie des terres consacrées à la cul- ture du blé. Quoi qu'il en soit de la valeur de cette hypothèse, il n'est pas douteux que la diminution signalée par M. Pozzi-Escot tient à l'appauvrissement progressif du sol de la Dordogne, par suite de la soustraction des matières fertihsantes insuffisamment compensées par la médiocre fumure indiquée plus haut. Comme l'a constaté la statistique officielle, en 1891, la récolte moyenne n'a pas dépassé, en Doi'dogne, le chiffre de 10 hectolitres à l'hectare, si tant est qu'elle l'ait atteint. (En 1893, elle a été de 13"',6). Voilà donc un département dans lequel on récoltait en moyenne : A li'HECTARE. En 1840 17 hectolitres. De 1880 à 1890 14 — et qui n'a donné en 1891 que 10 hectolitres. Les résultats obtenus, depuis quatre ans, à Mont-de-Neyrac, par M. Pozzi-Escot, tirentde ces constatationsnumériques une importance toute spéciale. Ils nous apportent, en effet, une démonstration de plus d'une vérité trop méconnue encore de la plupart de nos petits cultivateurs, à savoir qu'on peut, en sol médiocre, dans une année mauvaise, obtenir des récoltes très rémunératrices. En pareille matière, on ne saurait trop multiplier les exemples LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 405 précis du succès des bonnes méthodes culturales. La publication d'un extrait de la lettre que m'a adressée M. Georges Dethan, agriculteur au château de la Côte, me paraît propre à servir très utilement la cause que je défends avec une persistance rendue chaque jour plus tenace, à raison des témoignages nombreux que les cultivateurs m'apportent de l'efficacité des moyens que je voudrais faire pénétrer jusque dans les plus humbles de nos exploitations rurales. Parmi les sols qui constituent le territoire français, il en est deux catégories qui couvrent des superficies immenses : les terres argilo- siliceuses et les terres calcaires. Je viens de faire connaître les résul- tats excellents obtenus en sol de la première catégorie (silicéo-argi- leux) par l'emploi simultané des phosphates et du nitrate de soude : 28 à 35 hectolitres de blé en sol pauvre, alors que, parles procédés de fumure usités dans le voisinage, on récoltait cette année 6 à 8 hectolitres seulement. Dans le même département, mais en sol fran- chement calcaire, M. G. Delhan n'a pas employé avec moins de succès, en grande culture, les engrais phosphatés et azotés, comme on va le voir par sa correspondance. La dissemblance totale delà constitution des terres emblavées par MM. Pozzi-Escot et Dethan donne aux rapprochements faciles à faire entre les beaux résultats qu'ils ont obtenus dans l'une des plus mauvaises années que nous ayons subies depuis longtemps, un intérêt considérable : ils doivent être un puissant encouragement pour les cultivateurs désireux de prépa- rer, pour les années prochaines, une revanche éclatante sur la cam- pagne de 1890-1891. Voici ce que m'écrivait M. G. Dethan à la date du 14 octobre 1891 : Château de la Côte, par Bourdeilles (Dordogne). . . . Veuillez me permettre de venir vous donner quelques renseigne- ments sur les résultats que j'ai obtenus depuis plusieurs années dans une autre partie de la Dordogne (dans des terres assez différentes de celles de M. Pozzi-Escot, puisque les miennes sont fort chargées en calcaire), en opérant sur toute une sole de blé qui comprend chaque année 12 à 15 hectares. Ceci ne s'applique qu'a une partie de ma propriété que j'exploite en faire-valoir direct; l'autre partie est cultivée par des métayers qui jusqu'ici s'étaient montrés rebelles aux améliorations et innovations. 406 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Dans la période de 1882 à 1885, nos rendemeiils en blés, obtenus sans enterais commerciaux et suivant les procédés de culture usités dans le pays, variaient de 8''", 6 à 12 quintaux métriques de grains à l'hectare, moyenne 10'»'", 7 (14 hectolitres environ). A cette époque, l'analyse de mes terres démontra leur insuffisance très noiable en acide phosphorique. Ces terres étant très calcaires, rem[»loi du superphosphate était tout indiqué'. En 1880 et 1887, je commençai à employer les superphosphates seuls ; les rendements s'élevèrent à lâ'"",^ en 1886, et à 14'i™,7 de grains par hectare l'année suivante. A partir de la récolte de 1888, j'employai, concurremment avec le super- phosphate, du nitrate de soude : hj production s'éleva aussitôt, en 1888, à 19''™, 2 de grains à l'hectare; en 1889, année où il a plu beaucoup à l'époque de la floraison, on ne récolte que 17'''",30; en 1890, on atteint 21 ''■",6. En même temps, la récolte de paille a doublé. Dans la période de 1882 à 1885, celle-ci était de 1 500 kilogr. à 2 000 kilogr. à l'hectare; auj urd'hui elle est de plus de 4000 kilogr. Les blés, qui avaient 1 mèlre de hauteur, ont maintenant de l'",80 à 2 mètres. J'ai l'habilude de semer mes blés de bonne heure; actuellement, au 15 octobre, j'ai plus de la moitié de mes blés en terre ; l'année dernière, à pareille époque, cette proportion était même dépassée. Aussi, la plu- part de mes blés ont peu soulTert de la température rigoureuse de l'hiver dernier, et, cependant, le tlurmomctre est descendu ici à — 18°, sans neige. Les blés exposés au midi avaient peu soufierl; quelques pièces exposées au nord et semées plus tardivement étaient, après l'hiver, plus »'ndominagées, mais sous l'action de vigoureuses fumures au nitrate de soude, répandu dans les pièces les plus atteintes, à la dose de 180 et même de 200 kilogr. à l'hectare, le blé a tallé et a repris bon aspect. Sur une surface de 12 hectares je n'ai dû répandre au printemps qu'un hectolitre de semence (blé de Bordeaux ^.emé dans les premiers jours de mars). Aussi, malgré cet hiver rigoureux, ma récolte de blé sur mon faire-valoir a été, celte année, la meilleure que j'aie jamais eue; dans la [tartie exploitée par mes métayers, c'est, au contraire, la plus piteuse récolte qu'il ait jamais été donné de voir el, cependant, les terres sont situées côte à côte. Un autre fléau de l'année a été la rouille qui, chez nos métayers et chez 1. J'ai dit, à plusieurs reprises, qu'en général les superphosphates donnent, en sol calcaire, de meilleurs résultais que les phosptiates minéraux non traités par l'acitle sulfuiique On n'a pas donné jusqu'ici d'explication bien nette de ce fait d'observation pratique; dans certains terrtins extra-calcaires on a attribué Taclion des superphos- pha'es k l'absence d'acide sull'uiique dans le sol ; mais les preuves certaines k l'appui de cette interprétation font encore défaut. Ij. G. LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 407 nos voisins, a ravagé la plus gramle partie des blés, ne laissant qu'un grain petit, ridé, impropre à la semence. Grâce, sans doute, à leur précocité, à leur vigueur, les miens ont été préservés : ils étaient mûrs, lorsque la rouille s'est produite. En résume, ma récolle, sur une surface totale de ll''*,74, atteint, à l'hectare, une moyenne de 26'''°,08 de grain bien plein. Seulement, vu la saison pluvieuse, le blé avait été rentré humide et l'hectolitre de grain ne pesait que 75 kilogr., ce qui donne un rendement moyen de 34''', 77 par hectare (près de 21 hectolitres de plus que la moyenne de cette année). Les principales variétés de blé cultivées ont été : Le blé rouge de Bordeaux (sur5''^,43), qui a donné une moyenne de 25'i'",33 à l'hectare, atteignant dans la meilleure pièce Sli" ,05 (41''',4), descendant, dans la mitins bonne, à 19'''",62. Le blé Kissengland, cultivé sur 64 ares, qui a donné 22''™,05 de grains à l'iiectare. Le même blé, mélangé de Bordeaux, cultivé sur l''%51, a atteint 26 quintaux métriques à l'hectare. Le blé de Bordeaux, en mélange avec le blé Lamed, cultivé sur 2''%50, a fourni 31'''",44 de grains à l'hectare (42 hectolitres). Enfin, le blé jaune à barbe de Desprez de Capelle (Nord), cultivé sur 82 ares, a donné 32^™,01 à l'hectare (près de 43 hectolitres). Les meilleurs rendements ont tlonc été fournis par le blé jaune à barbe Desprez, le mélange de Bordeaux et Lamed, le blé de Bordeaux pur : les rendements dépassent 40 hectolitres à l'hectare ou s'approchent beaucoup de ce chiffre. La quantité moyenne d'engrais employé a été de 4 à 600 kilogr. de superphosphate (13 p. 100 à 15 p. 100 d'acide phosphorique) par hectare. La dose de nitrate a varié de 65 à 200 kilogr. par hectare, suivant l'état de végétation des différentes pièces de terre et le degré au((uel elles avaient été éprouvées par la gelée. La dose de 200 kilogr. n'a été atteinte que sur les parties paraissant sérieusement éprouvées. Pendant que j'obtenais les chiffres ci-dessus, mes métayers avaient une récolte moyenne de 8 hectolitres par hectare : ce pouvait être à peu près la moyenne de la contrée. (M. G. Dethan a donc récolté, à l'hectare, cinq fois autant de blé que ses voisins.) En comparant les résultats que je viens de vous indiquer avec ceux de la période 1882-18!5, on voit que le rendement a plus que doublé; il n'a pas encore triplé; mais avec le temps, j'ai l'espoir d'y arriver. Ce résultat esl-il dû entièrement à l'emploi des engrais commerciaux? En grande partie; cependant, je dois ajouter que des terres mieux fumées, un meil- leur outillage, car tout mon matériel a été renouvelé depuis cette époque, 408 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. remploi lie charrue, double-brabant, herses Howard, semoir en ligne, rouleau Croskill, etc., enfin le sarclage des blés ont dû aussi contribuer à cette élévation des rendements. Je tenais à vous faire part de ces chiffres, pour vous confirmer, dans la même région et en grande culture, les résultats obtenus par vos hono- rables correspondants sur des champs d'expérience plus restreints. Je voulais prouver que, même dans nos terres assez inférieures et longtemps mal entretenues du Périgord, on pouvait atteindre des rendements qui, sans égaler ceux des terres depuis longtemps améliorées du pays nord, ne s'en éloignent plus, du moins trop sensiblement. Je serais très heureux si l'apport de mon modeste contingent pouvait être de quelque utilité à la vulgarisation des procédés de culture que vous ne cessez de recom- mander. Si l'on rapproche les faits constatés dans cette lettre de ceux que j'ai rapportés précédemment, on est frappé de leur concordance, malgé la profonde différence des terres de MM. Pozzi-Escot et G. Dellian. En sol siliceux, comme en sol calcaire, l'acide phosphorique elle nitrate de soude ont donné ou rendu au blé, après les rigueurs extrêmes de l'hiver, une vigueur remarquable permettant à la plante de taller, de se développer incomparablement mieux que les blés voisins et de résister aux atteintes de la rouille, qui, à Mont-de-Neyrac comme à la Côte, a porté le dernier coup à la récolte des voisins de mes correspondants. 180 kilogr. d'acide phosphorique dans le cas de l'emploi des scories; moitié de cette dose environ dans le cas des superphosphates, préférables en sol calcaire, ont suffi, avec l'aide de 60 à 200 kilogr. de nitrate (à l'hectare), suivant les al- lures de la récolte, à produire des rendements presque égaux à ceux des terres de première qualité du centre ou du nord de la France, tant en grain qu'en paiUe. Les rendements obtenus à Mont- de-Neyrac sur de petites surfaces ont été atteints et parfois dépassés en grande culture à la Côte; enfin, la densité du grain (poids de l'hectolitre) a dépassé de beaucoup, surtout à Mont-de-Neyrac, celle des misérables blés de la région. L. Gra.ndeau. LA FUMURE DES CHAMPS ET DES JARDINS. 409 03 O s o o s s er a o « i: ce o S «9 fi • e» s o ta S o fi ce o u ce o e .fi m a> «A fi ce o o S o 0} es O O t* O O 0-: 'M o -M o 7T w -d co co o -d rn co o 3 ç l- O "^ 2 - ^ ^ o 1-* -^4 CD -^ t^ CO 00 (M 'M »! 00 -d CO lO J5 71 CO CO rd -- « t- lO — -<•. -* C- (32 Ol O ^ — t' rH -O r- *Td C5 rH 5 _c; 05 -H O O r« O t^ t^ CO Ol Cl in O » 00 00 O CO CO rd , asfiaa saïaa •-•-)< >n -* t~ w t « 71 o 00 t- .n -d co CO 71 rd rd « « — t- >o -» co co ri (N J Ô (M 00 ^ IQ -^ co co (M O a "Z '-> ^ " £ a a .^ o 4) co ^ O O t- O O CO OS O CO O ^ t- rd ■* co o Cl CO CO O "* o co o o co (M O lO O lO co co iH co m rd t^ rH o •V r» ~" o co o o co ■^ >o in O -«d ce -^ C- co 71 -d t* CO O -V A !i n ^ A aaaa •^ . a .ca ^ 0) s o co lO o co i-( 71 in o lO w 00 in CO rd c: t- CO in ^ ^si^ 6 o CO' 0-q o 00 t- co m lO 'H ^ CO CO CO CO 71 71 71 71 (M fH »-( T-( t. ce Ç' a i j: i c3 W CJ 2 — te 3 O cj o ,, -a ■« ^l'Sl o co Tl t- C^ 1-1 00 co co t- co co 71 *■ -" t- 00 CO 00 CO m^ co ÎM co co iH CO co co co o lO CO rd Td CO in 71 co -td co rd co 00 co CO (M ce CO iH 71 co o co co 71 O O CO j, aaaaa saaa CO (M CO CO iH lO co -^ co o in rd t— -^ rd 02 t~ •- CO ô CO Ol CO CO ^ CO 0^ rH iH r-( o: 00 t~ co CD in in >* -* -* CO CO CO CO hiel 1 exist rre à e, le H m cj a - ^ "* = ^ Ç aj o • d- C3 -^ —. 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Cott lublonni Si l'on emiète J 3 . rH -^ ri (M CO co rd •* in lO co co t- c- 00 00 35 05 o -• TlCOrdinCO tr00C5O ■^ oo's'o'o «"s o o"© o «"©"o o o"© o"rd"rd rdrdrdrî'rd rd" rd tH Tl" •S b 3 i H J= o. DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A L'AGRICULTURE (rongeurs et insectes) PAR LES MALADIES CONTAGIEUSES Par Jean DANYSZ IMPORTANCE DES PERTES ET ORGANISATION DES MOYENS DE DÉFENSE Les pertes occasionnées par les animaux nuisibles se chiffrent par centaines de millions. Le hanneton et sa larve, le ver blanc, dé- truisent annuellement, d'après les évaluations de M. L. Grandeau, pour 300 millions de francs de récoltes, les mulots et les campagnols en enlèvent presque autant, la noctuelle des moissons et le nématode ne laissent rien sur les champs de betleraves; les innombrables espèces de pucerons, dont le pliylloxéra est le plus redoutable, ra- vagent les vignes et les arbres fruitiers ; le charançon, l'éphestia et plusieurs espèces de mites s'attaquent aux grains et aux farines; enfin, les champignons parasites, les moisissures, qui s'attaquent indifféremment à toutes les substances alimentaires dans les champs et dans les magasins, complètent la série de ces pertes et ravages, dont le total atteint certainement, s'il ne dépasse pas, le quart de toutes nos récoltes. Abandonner ces richesses aux parasites, c'est perdre en grande partie la plus-value en récoltes que l'agriculture espère obtenir par DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l/AGniGULTURE. 411 la culture intensive, et naturellement plus cette culture devient coû- teuse, plus considérables el plus sensibles deviennent en même temps les pertes. Ce serait, en eiïet, une grave erreur que de croire que, dans les pays infestés d'une façon clironique par les campagnols, les vers blancs, ou tout autre insecte, on obtiendra des rendements plus forts au moyen des semailles plus intenses et des amendements appropriés. Le cultivateur se dit (|u'en semant deux quintaux de blé par bectare au lieu d'un et en ajoutant au fumier des pbosphates et des nitrates, il fera la part du feu et obtiendra tout de même une belle récolte. Malheureusement ce raisonnement est loin d'être juste. Les para- sites de l'agriculture, les insectes comme les rongeurs, se plaisent bien davantage dans les terres fertiles et dans une végétation riche et luxuriante que dans les terres maigres où il n'y a que peu de chose a manger. Les animaux qui vivent aux dépens de nos récolles se dévelop|)ent d'autant mieux et deviennent d'autant plus nombreux qu'ils trouvent une nourriture plus abondante, c'est un fait bien reconnu aujour- d'hui. D'autre part, la culture répétée d'une denrée sur le même champ favorise le développement de certaines espèces d'insectes qui, trouvant toujours une nourriture abondante, se multiplient d'une façon tout à fait anormale. Le bénéfice des cultures intensives de- vient ainsi fort souvent illusoire. Il faut donc se défendre contre les animaux nuisibles et cette défense, qui amènera la diminution pro- gressive des pertes, doit être conduite d'une façon tout aussi métho- dique, elle mérite Août autant d'intérêt et de soins (pie l'ensemble des moyens mis enjeu par l'agriculture moderne pour augmenter le rendement de la terre. La science met chafjue jour entre nos mains des moyens de dé- fense nouveaux ; ou n'a qu'à les mettre à profil et donner à celte défense contre les animaux nuisibles l'organisation conforme à l'im- porlance des intéi'êls engagés. Les résultats deviendront certainement très vite appréciables ; mais il ne faudrait pas croire pourtant que le mil sera enlevé du jour au lendemain comme avec une baguette magique. 412 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. De même que pour amender une terre et en augmenter le rende- ment, il faut, pour défendre les récoltes et diminuer les pertes, des eflbrls persistants et soutenus; mais combien peu de chose seront ces efforts en comparaison avec le résultat final ! Prenons, pour fixer les idées, comme exemple une ferme de 50 hectares de bonnes terres fortes cultivées en blé et en prairies artifi- cielles, comme on en rencontre beaucoup dans les départements de l'Est. — Supposons cette ferme infestée par les campagnols, qui causent, au bas mot, une perte moyenne de 20 fr. par hectare, soit 1 000 fr. par an. Gela fera pour un bail de 12 ans une perte totale de 12 000 fr. Or, avec une dépense de 5 fr. au maximum par hectare, tous frais compris, continuée pendant deux années, on peut détruire tous les campagnols et pour toujours. La dépense pour la destruction de ces animaux s'élèvera donc à 250 fr. par an, soit à 500 fr. en tout, au maximum. Le fermier aura, par conséquent, réalisé de ce chef, au bout de 12 années, un bénéfice de 11 000 fr. en chiffres ronds. On pourrait en dire autant des vers blancs, des noctuelles, néma- todes, etc., dans les champs, des éphestias dans les moulins, des cha- rançons dans les greniers et les granges, etc., etc. La recherche des movens de destruction des animaux nuisibles est une science qui demande tout autant d'application el mérite tout aulant d'intérêt que toute autre branche des sciences agronomiques. Elle mérite d'être tout autant répandue et vulgarisée, et, une fois bien appliquée, elle permettra au cultivateur de profiter réellement des amendements et des améliorations coûteuses qu'il s'efforce d'in- troduire dans la préparation de ses terres pour en augmenter le rendement. Comme nous le verrons plus loin, les maladies contagieuses donnent au cultivateur des moyens de défense bien plus efficaces, en même temps que plus simples à employer et moins coûteux, que tout ce que l'on a préconisé jusqu'à présent pour détruire les ani- maux nuisibles. Grâce à l'heureuse initiative de M. Le Moult et aux travaux de M. Giard, Prilleux et Delacroix, on connaît aujourd'hui un champi- DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRICULTURE . 413 gnon parasite qui cause une maladie mortelle aux hannetons et aux vers blancs; d'autre part, une épidémie spontanée ([ue nous avons eu l'occasion d'observer chez les campagnols qui infestaient une localité voisine de Paris, nous a permis de trouver et d'étudier un microbe très virulent pour lous les petits rongeurs connus en France. Des travaux très importants et très concluants quant aux résultats obte- nus, ont été faits sur ces sujets en Russie et aux Etats-Unis d'Amé- rique. Aussi, ayant suivi de très près les expériences et les essais, faits jusqu'à présent, nous croyons pouvoir afTirmer aujourd'hui que cette nouvelle méthode de défense a fait ses preuves ; qu'elle peut passer définitivement dans le domaine de la pratique et que, bien appliquée, elle seule finira par avoir raison de ces terribles ennemis de l'agriculture. CHAPITRE PREMIER LE CHOLÉRA DES RONGEURS NUISIBLES (Campagnols, mulots, souris et rats) Les campagnols font le désespoir des cultivateurs depuis que Ton cultive la terre. Dès la plus haute antiquité, dans l'ancienne Grèce surtout, ces petits rongeurs ont acquis une célébrité presque aussi triste que les vols de sauterelles en Egypte. On les rencontre dans toute la zone tempérée et même dans les régions froides de l'Asie, de l'Europe et de l'Amérique, où ils sont, de tous les mammifères, certainement les plus nombreux. En France, où on les confond généralement avec les rats et les souris sous le nom de mulots, on en connaît quatre espèces et plu- sieurs variétés. Le campagnol des champs {Arvicola agreslis ou arvalis), le plus répandu de tous, occupe les riches plaines de l'Est, du Nord-Est d'une part, celles du Sud-Ouest et plus particulièrement la région comprise enlre Paris, Bordeaux et Nantes d'autre part. 414 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Le campagnol souterrain (A. subterraneus) préfère les plaines basses aux régions montagneuses. En France, il habite surtout les prairies humides, les vallées boisées au pied des montagnes et les prés salés au bord de la mer. Le campagnol roussâtre (A. rulllus) est une espèce plutôt monta- gnarde. On le rencontre dans le massif des Alpes et des Pyrénées où il s'élève jusqu'à la limite des neiges perpétuelles; on le trouve aussi sur les hauteurs du Languedoc et du Roussillon. Enfin, nous avons encore, répandue dans toute la France, la plus grande espèce en genre Arvicola, le campagnol amphibie ou rat d'eau qui habile les berges des cours d'eau et des étangs. Les deux premières espèces qui habitent et nichent dans des ga- leries souterraines, parfois très étendues et profondes, sont aussi les seules réellement dangereuses aux récolles. Dans les régions où il y en a, une invasion est à craindre chaque année et alors toutes les récoltes sont ravagées. Ils apparaissent presque subitement, vers la fin de l'été, en légions innombrables, ne respectant ni les plantes fourragères, ni les céréales et s'atlaquaiit même aux vignes et aux jeunes arbres dont ils rongent l'écorce et les racines. Dans le courant de ce siècle on a gardé, en France, la mémoire de neuf grandes invasions de campagnols. — En 1801, toute la France septentrionale et centrale fut ravagée ; les départements de la Vendée, des Deux-Sèvres et de la Charente-Inférieure perdirent presque toutes leurs récoltes. Une commission nommée par l'Aca- démie des sciences pour constater les dégâts causés, releva pour quinze communes seulement du département de la Vendéenne perle de 3 milHons de francs. — En 1822, 82, 56, 63, 67, 72, 80 et 84 et enfin en 1892 il y avait des invasions partielles ou générales qui ont occasionné des pertes se chiffrant par 10, 15 et même 20 millions par département. La question de la destruction des campagnols était donc de tout temps d'une importance capitale pour l'agriculture, et on peut même affirmer qu'elle devient chaque année plus importante. Nous n'avons vu, en effet, que trois grandes invasions dans la première moitié de ce siècle, cinq invasions entre 1850 et 1880, et trois dans la der- DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRIGULTURE. 415 nière douzaine d'années. Il semblerait donc que ces invasions de- viennent de plus en plus fréquentes et comme la valeur de la lerie, les frais d'exploitation et de culture deviennent en même temps chaque année plus élevés, les pertes le deviennent, par conséquent, aussi dans la même proportion. L'élude de cette question a donc été l'une des premières dont a eu à s'occuper le Laboratoire créé à la Bourse de commerce de Paris dans le but spécial d'étudier les moyens pratiquement appli- cables pour défendre les cultures contre les animaux nuisibles. Nous avons dit plus haut que les campagnols se montrent tou- jours presque subitement vers la fin de l'élé; or quelles sont les causes de ces apparitions subites? de quelle façon se produisent les invasions aussi intenses et parfois aussi générales à certaines ép0(]ues? C'est ce qu'il fallait d'abord bien établir pour chercher un moyen de défense rationnel et radical. On a admis pendant bien longtemps — et cette opinion est encore aujourd'hui généralement accréditée chez les cultivateurs — que les campagnols sont des animaux migrateurs; et, en effet, quand on observe la vie de ces rongeurs dans une région déterminée pendant plusieurs années de suite, on voit leur nombre augmenter et dimi- nuer en certaines saisons et en certaines années sans aucune tran- sition apparente. Peu nombreux au printemps, on les voit parfois apparaître en légions innombrables en septembre et octobre et dis- paraître complètement en décembre ; la croyance à des invasions subites suivies par des émigrations en masse semblait donc très admissible. Or, d'après les recherches de Crampe, confirmées par celles de Ritzema Bos et par nos propres observations, on peut toujours admettre avec certitude que, quel que soit le nombre de campagnols dans une région à un moment donné, ils sont tous nés sur place. Us s'étendent bien d'un champ sur d'autres champs voisins en les envahissant progressivement dans toutes les directions et formant, pour ainsi dire, des taches de plus en plus larges, mais n'émigrent jamais au loin en troupes nombreuses, comme, par exemple, les lemmings en Scandinavie ou les tamias et spermophiles (marmoltes 416 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. de Sibérie) qui descendent par centaines de millions des hauteurs de rOural et envahissent les plaines de la Russie orientale. L'intensité et la rapidité de leurs invasions sont dues exclusive- ment à la fécondité incroyable de ces rongeurs, fécondité favorisée encore par la prépondérance numérique constante des femelles sur les mâles. La saison des amours commence avec les premiers beaux jours de printemps, c'est-à-dire, dans nos régions, bien souvent en février; la femelle porte dix-huit jours et met bas cinq à sept petits, qui à deux mois sont déjà adultes et prêts à la reproduction. Dix à douze jours après la naissance des petits , les femelles peuvent s'accoupler à nouveau, de sorte qu'un couple de campagnols, en supposant que le premier accouplement ait Heu le 20 février, don- nera dans le courant de la belle saison : ici. — 20 février. Premier accouplement. 8 mars. Première portée : 7 petits dont 5 femelles. Ib. — 20 mars. Deuxième accouplement. 8 avril. Deuxième portée : 7 petits dont 5 femelles. Nous aurons donc en avril 16 campagnols. Les campagnols qui ont passé l'hiver donnent rarement plus de 3 portées dans le courant de la deuxième année ; ils meurent géné- ralement au commencement de l'été. La première portée (la) du 8 mars donnera: 2a. — 8 mai. Premier accouplement, fin avril ; IC 26 mai. 1" portée : 5 femelles dont chacune donnera i petits. . . 20 i 2b. — 8 juin. Deuxième accouplement : / 2G juin. 2^ portée: 5 femelles dont chacune donnera 4 petits. . . 20 > 95 2c. — 26 juillet. .3" portée : 5 femelles dont chacune donnera 5 petits. . 25 2d. — 16 août. 4* portée : 5 femelles dont chacune donnera 6 petits. . . 30 La portée \0 du 8 avril au 26 septembre donnera un nombre de petits égal à celui de la portée la, soit En tout 20G Ainsi, un seule couple adulte au mois de février peut donner en automne 206 descendants, auxquels peut venir encore s'ajouter la descendance des portées '2a (60 petits en juillet), 26 (60 petits en août); de sorte que, dans des conditions exceptionnellement favo- DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRICULTURE. 417 l'ables à leur reproduclion, la descendance d'un seul couple peul dé- passer le nombre de 350 individus dont, en moyenne, 250 femelles. Dans un champ d'un hectare sur lequel il serait resté au sortir de l'hiver 150 campagnols, c'est-à-dire un nombre à peine appréciable, il y en aurait donc en juillet déjà plus de i 000 et en S(3ptembre plus de 20 000 individus par le seul effet de leur multiplication normale. Heureusement pour l'agriculture, les campagnols ont dos ennemis naturels aussi nombreux que variés : les portées de septembre et d'octobre n'arrivent généralement pas en pleine vigueur avant l'en- trée de l'hiver et les premières intempéries les font souvent périr presque complètement; les gelées tardives du printemps, quand elles surviennent brusquement après quelques jours d'un temps sec et doux, détruisent un grand nombre de femelles pleines et de petits nouveau-nés. Les oiseaux de proie et les petits mammifères carnas- siers, tels que les taupes, les musaraignes, les hérissons, les petites belettes et même les renards leur font une chasse impitoyable pen- dant toute l'année. Enfin, quand en l'absence de ces différentes causes de destruction, ou malgré elles, le nombre des campagnols devient extrêmement grand en automne, la rapidité et l'intensité de leur multiplication devient elle-même la cause principale de leur disparition en masse. En effet, quand ils deviennent extrêmement nombreux dans un espace donné, comme ils gaspillent encore plus qu'ils ne mangent, ils finissent presque toujours par manquer d'aliments substantiels ; alors, affaiblis par une nourriture insuffisante, ils sont envahis à leur tour par des insectes et champignons parasites (puces, tiques, etc.) et enfin, ils sont décimés par des malaiiies épidémiques d'au- tant plus meurtrières pour eux qu'ils sont plus nombreux. M. Riizema Bos relate plusieurs cas d'épidémie chaibonneuse parmi les campagnols en Allemagne ; nous-même, „nous avons eu l'occasion d'observer, depuis que nous nous occupons de cette ques- tion, une disparition presque complète de ces rongeurs à la suite d'une épidémie d'une nature spéciale qui s'est déclarée spontané- ment au commencement de l'hiver de 181)2 dans une ferme du dd- partemenl de Seine-et-Marne, et qui s'est prolongée jusqu'en février de l'année suivante. ANN. SCIENCE AGROX. — 1S93. — l. 27 418 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Bien que l'on n'ait constaté l'apparition spontanée de ces épidémies que dans quelques cas isolés, il est très probable que toutes les grandes invasions se terminent toujours ainsi. Il en résulte toujours une destruction naturelle de presque tous les campagnols dans la ré- gion infestée ; aussi n'a-t-on jamais observé deux grandes invasions se suivant pendant deux années consécutives dans la même contrée. Nous avons représenté l'évolution des campagnols dans un champ ou dans une région par deux tableaux graphiques qui n'indiquent bien entendu que des moyennes, mais donnent une idée très exacte de l'augmentation et de la diminution successives de ces animaux dans le courant d'une année et pendant une période de dix ans. Sur le tableau n" 1 on voit 150 campagnols répandus sur un champ en février se multiplier progressivement et augmenter en nombre de mois en mois, atteindre en septembre le chiffre de 24 000 à 25 000 individus, rester dans ce champ jusque vers le milieu de novembre et disparaître rapidement dans les derniers jours de novembre et en décembre. La cause de cette brusque disparition a été, dans ce cas, une épidémie spontanée. Le tableau graphique n" 2 représente l'évolution des campagnols pendant une période de dix ans, de 1880 à 1890. Les deux grandes invasions en 1880 et en 1884 sont suivies, la première de trois an- nées, la deuxième de six années pendant lesquelles le nombre des campagnols n'était pas bien considérable. On remarque également que l'année qui suit immédiatement une grande invasion est géné- ralement plus pauvre en rongeurs que les années suivantes et que c'est du nombre des campagnols au printemps et de la température en avril que dépend principalement leur nombre en automne. La nature nous fournit donc elle-même le moyen de défense le plus sûr et le plus rapide contre ces animaux par trop prolifiques ; malheureusement, les maladies contagieuses ne se déclarent spon- tanément que quand tout a été ravagé et mangé dans les champs envahis; de plus, une épidémie spontanée n'est pas toujours sans danger pour les animaux de la ferme ou le gibier. Nous avons vu plus haut qu'on a observé en Allemagne des épidémies de charbon et rien ne s'oppose à ce que, dans d'autres cas, ces maladies ne soient dues à des microbes également pathogènes pour les animaux DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRIGULTURE. 419 de la ferme et pour les petits rongeurs. Il peut donc en résulter une épizootie tout aussi désastreuse pour le cultivateur que le sont les campagnols eux-mêmes. Pour s'en faire une arme défensive contre ces animaux, il faudrait donc réglementer, pour ainsi dire, ces épidémies : choisir celles qui ne peuvent être nuisibles qu'aux petits rongeurs et créer des foyers d'infection au moment le plus opportun pour prévenir les grandes invasions. Des essais, déjà assez nombreux, d'application des cultures arti- ficielles de microbes pathogènes à la destruction des animaux nui- sibles ont donné des résultats très encourageants. Au mois d'avril 4892, M. Lœfûer, professeur de bactériologie à Greifswald (Alle- magne), a réussi à modérer une invasion des campagnols qui mena- çait les récoltes de l'une des plus riches régions de laThessalie, avec les cultures de son bacillus tijphi miirkun qu'il a découvert sur les souris blanches de son laboratoire et qui s'est montré pathogène pour les campagnols ; en France, nous avons eu l'occasion d'ex- périmenter et d'essayer en grande culture les microbes provenant de l'épidémie que nous avons observée et étudiée dans le départe- ment de Seine-et-Marne. LE VIRUS N" 1 , Le microbe que nous avons trouvé sur les campagnols morts de l'épidémie observée en Seine-et-Marne est un bacille le plus sou- vent court et gros, mais présentant des formes très variées et dis- semblables suivant les milieux et les conditions de culture. On le trouve toujours dans le sang et dans tous les organes d'un animal mort de cette maladie; même l'urine et le liquide du tube digestif ensemencé sur gélose, nous en ont donné souvent des cultures pures. Il se développe très rapidement et en grande abondance dans tous les milieux nutritifs artificiels connus. Exposé à une tempéra- ture de 18 à i20 degrés, un ensemencement du sang, par exemple, donne des cultures très apparentes et abondantes en 24 heures. Cul- tivé sur gélose, il donne d'abord des colonies rondes qui s'étalent rapidement, se confondent les unes avec les autres et Unissent pa- 420 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. former une couche uniforme d'un gris-sale, légèrement verdâtre. Exposée à une température de 12 à 18 degrés, la cullure se déve- loppe progressivement pendant 15 jours environ, ensuite elle semble dispai'aîlre, elle devient de plus en plus transparente et un mois après l'ensemencement la gélose redevient claire et transparente comme si elle n'avait jamais contenu des cultures. Il n'en contient pas moins une couche sensible et on peut s'en convaincre aisément en grattant la surface avec un fil de platine et en réensemençant sur d'autres milieux. Sur gélatine les cultures s'étalent moins, mais conservent, par contre, beaucoup plus longtemps leur apparence primitive. Gardées à l'abri de la lumière et à une température ne dépassant pas 18 degrés, les cultures peuvent conserver leur virulence pendant très longtemps. A doses égales, les cultures de six et huit mois nous ont donné les mêmes résultats que les cultures de 8 ou 15 jours. Toutefois il n'en est pas toujours ainsi ; des cultures d'un mois nous ont donné quelquefois des résultats négatifs, de sorte que, dans la pratique, pour obtenir des résultats certains, on devrait employer de piéférence les cultures de 8 à 20 jours. L'action du virus n" 1 a été expérimentée sur toutes les espèces de souris et de campagnols connues en France : Mus musculus, M. sylvalicus, M. rattus, M. decumanus, Arvicola arvalis, A. subter- ranetis, A. riililus et A. amphibius. 11 s'est montré extrêmement virulent pour toutes les espèces de campagnols, pour les souris do- mestiques, les mulots des bois et des jardins et les rats noirs; — son action sur les gros rats gris est moins prononcée. La maladie produite par ce microbe est toujours mortelle pour les petits rongeurs et extrêmement conlagieuse, une simple cohabi- tation suffît pour que l'infection soit communiquée par un animal malade à tous ceux qui l'approchent; ainsi toutes les souris bien portcinles enfermées dans une grande cage avec une souris inoculée succombent toujours à la même maladie. A l'autopsie on trouve généralement l'hypertrophie de la rate (cet organe devient deux ou même trois fois plus volumineux qu'à l'état normal), la dégénérescence graisseuse du foie plus ou moins pro- noncée et une congestion générale de l'intestin et du péritoine. La DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRIGULTURE. 421 durée de l'incubation est très variable suivant la force de résistance des individus et aussi suivant les différentes espèces de souris et de campagnols. Une injection hypodermique de 1/10 de centimètre cube d'un bouillon de culture de deux jours tue les souris généralement en 12 à 24 heures; toutefois nous avons observé des cas oii la mort des individus inoculés n'est survenue que 5 et même 8 jours après l'opé- ration. Absorbé avec les aliments, le virus semble agir beaucoup plus rapidement sur les campagnols et les mulots que sur les souris do- mestiques et les souris blanches des laboratoires. Pour les campagnols et les mulots, l'incubation peut durer 2 à 12 jours, pour les souris domesti(|ues 5 à 20 jours. Quelquefois on observe des cas de mort foudroyante — l'animal meurt en quelques heures. La maladie ne devient manifeste qu'un ou tout au plus deux jours avant la mort. Le premier symptôme est une forte diarrhée, peu après on observe comme une paralysie de l'arrière-train, les jambes de derrière semblent inertes, l'animal se met en boule et ne bouge plus de place jusqu'à la mort, il se laisse prendre à la main sans manifester le moindre mouvement de frayeur. C'est à cet état, pendant qu'ils sont encore malades, que les campagnols sont achevés et mangés par ceux d'entre eux qui sont encore bien portants. Ces différences très sensibles dans la durée du temps d'incubation observées chez les individus de la même espèce ou appartenant à des espèces différentes peut provenir d'une prédisposition spéciale à la contagion plus grande chez cerlains individus que chez d'autres et peut-être aussi du degré de virulence des cultures que nous avons employées. Cette dernière supposition nous a donné l'idée de sélectionner les cultures suivant que la mort des individus inoculés était plus ou moins prompte. L'ensemble des observations recueillies ne nous a pas encore fourni de données suffisantes pour nous permettre d'en tirer des conclusions dès à présent, mais nous croyons pouvoir affir- mer que ce genre de recherches donnera certainement des résultats intéressants. 422 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Premières expériences. Avant de mettre le virus à la disposition des cultivateurs, nous avons fait expérimenter son action dans les champs infestés par les rongeurs dans un certain nombre d'écoles pratiques d'agriculture et notamment aux Merchines (Meuse) et à Berlhonval dans le Pas-de- Calais, Aux Merchines l'expérience a été faite en mars et avril 189o sur un champ de luzerne presque complètement ravagé. Elle a été dirigée par M. JuHen Kranlz, directeur de l'école et propriétaire du domaine. Au commencement de mars, M. Krantz a fait distribuer dans les champs infestés du pain imprégné de virus en plaçant un morceau de ce pain dans chaque trou de souris. A partir du quatrième jour après cette opération on trouvait dans le champ en expériences et aux alentours des campagnols morts à la surface de la terre. En avril, on a fait défricher une partie du champ de luzerne. La charrue a mis alors à jour les galeries souterraines remplies de cadavres de campagnols, tous plus ou moins rongés. (Les campagnols dévorent leurs morts et c'est à cette pratique qu'est due la propagation rapide de la maladie.) Le résultat obtenu a dé- passé les espérances, les campagnols ont été complètement détruits non seulement sur le champ de luzerne en expérience, mais aussi sur une certaine étendue des champs de blé contigus. L'expérience des Merchines a été pleinement confirmée par celle qu'a faite M. Dickson, directeur de l'école d'agriculture de Berthon- val, sur des souris et des campagnols, tant en captivité que dans les champs. M. Dickson a constaté que les campagnols succombent plus rapidement que les souris domestiques, que ceux qui survivent man- gent toujours les cadavres des premières victimes, aussi bien en li- berté qu'en captivité, et enfin, que ces cadavres, quand ils sont man- gés par les animaux de la ferme, poules, lapins, canards, chiens, etc., ne produisent sur eux aucun effet nuisible. DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRIGULTURE. 423 Application en grande culture ^ dans les jardins et dans les magasins. Après que les expériences des Mcrchines et de Bcrlhonval ont dé- montré relïîcacité et les avantages de destruction des rongenrs par le virus contagieux, un grand nombre de cultivateurs ont demandé de l'applicpier dans leurs champs, et nous avons pu faire ainsi toute une série d'essais pendant les mois d'août, de septembre, d'octobre et de novembre. Nous n'en citerons que quelques cas se rapportant à trois espèces de rongeurs diflerenis. i° Deslruclion des campagnols sur le territoire de la commune de Payns (Aiibe). Les terres de Payns sont très légères et friables avec du sable pour sous-sol. On y cultive principalement du seigle, un peu de blé, d'a- voine, peu de prairies artificielles. Les cultivateurs comptent ordinairement une année de mulols sur deux, ce qui veut dire que bien qu'il y ait des campagnols chaque année, ils ne deviennent très nombreux et dangereux pour les ré- coltes que tous les deux ans. L'année 1892 ayant été une année de mulots, il y avait donc lieu d'espérer qu'en 1893 il y en aurait moins. Toutefois la séche- resse et la chaleur exceptionnelle du printemps et de l'été de 1893 ont été tellement favorable à la multiplication et au développement des campagnols, qu'une grande invasion était à craindre pour l'au- tomne. La configuration du pays est très favorable pour le développement des campagnols. C'est une vallée plate, large de 10 à 15 kilomètres, coupée par la Seine et bordée des deux côtés par des coteaux mar- neux. Les campagnols apparaissent en grand nombre ordinairement en juillet et en août au bas de ces coteaux, se répandent ensuite peu à peu dans la plaine jusqu'aux bords de la Seine. Les années d'invasion, les semailles d'automne sont généralement 424 ANNALES DE LA SCIENCE AGnONOMIQUE. complèlemenl perdues, les grains sont mangés pour ainsi dire der- rière le semoir, les prairies artificielles sont parfois rasées en une seule nuil. Devant ce danger menaçant, le conseil municipal de Payns a dé- cidé, sur la proposition d'un de ses membres, M. N. Sainton, de faire aux frais de la commune un essai de destruction des rongeurs par le virus contagieux. La première opération a été faite le 22 août dans les conditions suivantes : 30 tubes de cultures virulentes de huit jours ont été dilués dans 10 litres d'eau; dans cette solution on a trempé 12000 morceaux de pain blanc de 1 cenlitnètre cube environ. Ce pain préparé a été distribué sur une étendue de 20 hectares ; on plaçait un morceau de pain dans un trou sur quatre en moyenne. Les 5 et 6 septembre suivant on a ti'ouvé des campagnols morts un peu partout sur les champs en expérience. Le 13 septembre on a labouré un champ de 35 ares criblé de trous (en moyenne 10 trous par mètre carré). Au moment du labour on n'a trouvé dans ce champ qu'un seul campagnol vivant, huit jours après le labour on n'a trouvé sur toute l'étendue de ce même champ que 50 trous de campagnols. Ces 50 trous furent de nouveau garnis de pain imprégné et fermés queUjues jours plus lard — ils ne se sont plus réouverts. Sur d'autres parties des 20 hectares en expérience dans les champs de sainfoin, on ne trouvait qu'un trou réouvert, en moyenne, sur cent fei'més. L'essai a donc donné des résultats complètemiint satisfaisanis. Deux disti'ibutions successives à un mois de distance ont suffi pour détruire tous les campagnols. Les frais de cet essai se sont élevés en tout à : 30 liibcs (le virus à 12 fr. les 10 tubes :J0f,OO<: G kilogr. de laiu à fr. 36 c 2 ,10 50 heures de nuiin-d'œuvre à fr. 50 c 25 ,00 63^,10'= pour 20 hectares, c'est-à-dire à 3 fr. 15 c. par hectare. DESTRUCTION DKS ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRIGULTURE . 425 2° Deslruclion des campagnols et des mulots au hameau « La Borde » , près Bar-sur-Seine (Aube). Sur la demande de M. Guyard, président de la Société d'agricul- ture et du Syndiciit agricole de Bar-sur-Seine, nous nous sommes rendu le 29 septembre 1893 au hameau La Borde où des champs, d'une étendue de 50 hectares environ, étaient fortement infestés par les petits rongeurs. Nous constatons d'ahord que la situation du hameau et la nature de ses terres se prêtent très bien au développement des campa- gnols. De bonnes terres fortes, argileuses, assurent une grande consis- tance aux nids et aux galeries souterraines des rongeurs; d'autre part, les pentes assez prononcées de tous les côtés permettent l'écou- lement facile des eaux et empêchent les inondations qui, dans d'autres conditions, détruisent un grand nombre de ces animaux au printemps et en automne. L'inspection des champs envahis nous montre que le nombre de trous varie de 5 à 15 par mètre carré ce qui, en comptant 1 rongeur pour 5 trous, en moyenne, donne 10 000 à 30 000 de ces animaux par hectare. Des pièges placés la nuit dans les champs envahis ont pris quel((ues rongeurs et nous avons pu constater la présence dans ces champs de campagnols (Arvicola arvalis) et de mulots {Miis sylvalicus), ces derniers dans une proportion bien moins forte. La distribution des cultures virulentes a été faite dans les conditions suivantes : 120 tubes de culture de 5 et de 6 jours ont été dilués dans 50 litres d'eau bouillie et salée. Dans cette solution on a trempé 80000 morceaux de pain bis de 1 à 1 1/2 centimètre cube. Le pain trempé a été distribué dans les champs à raison d'un petit cube par trou nouvellement frayé, c'est-à-dire, en moyenne, dans un trou sur six. L'opération a occupé 20 personnes pendant trois journées succes- sives, environ 2 heures par jour, de 4 à 6 heures. L'inspection des trous le lendemain de chaque distribution a mon- 426 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Ivé que le pain introduit dans les trous a été mangé dans le courant de la nuit. Des pluies assez fortes sont tombées pendant les trois jours qu'ont duré les opérations. Déduction laite de nos frais de voyage qui ne peuvent pas être com- pris dans les frais de l'expérience, ceux-ci se sont élevés à la somme totale de 156 fr, à savoir : 120 tubes H fr. 73 c 90 fr. 20 kilogr. de pain à fr. 30 c 6 120 heures de travail à fr. 50 c 60 ' Total 156 fr. Ce qui fait, au prix de la main-d'œuvre (0 fr. 50 c. l'heure), prix certainement exagéré, parce que, les virus n'étant nullement dange- reux, on peut employer des enfants pour le distribuer, une dépense totale de 3 fr. 10 c. par hectare. La préparation du pain et sa distribution a été faite en présence dCiM.Guyard, des membres du bureau du Syndicat agricole de Bar- sur-Seine et de M. R. Danguy, professeur départemental d'agri- culture. Occupé à la préparation des virus que les cultivateurs nous de- mandaient en quantilés de plus en plus considérables, il nous a été impossible d'aller sur place constater par nous-même les résultats de cette expérience. C'est à l'obligeance de M. R. Danguy, qui a con- signé ces résultats dans un article publié par l' AgricuUure nouvelle (n" du 18 décembre 1893), que nous devons de les connaître d'une façon exacte. « L'opération faite vers la fin de septembre, écrit M. Danguy,. quinze jours après, dans une luzerne traitée, trois souris seulement étaient remontées, vivantes encore, mais déjà paralysées. Dans une luzerne voisine, non traitée, plus de cinquante rongeurs en parfait état se montraient sous le soc de la cbarrue, un bien plus grand nombre se dérobait aux regards. « Dans les éteules, même réussite, un grand nombre de souris mortes et quelques-unes en partie dévorées par leurs congénères se découvraient. » DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGHIGULTURE. 4'^1 3° Deslrudion des mulots (Mus sylvaticus) dans un verger. Un verger d'une étendue de deux hectares et appartenant à M. Gh. Lambert, du Havre, a été envahi par les mulots {M. sijlvcdicus). Les ravages causés étaient fort importants, les rongeurs mangeaient et détérioraient des fruits de luxe, des pommes, poires et pêches. Six tubes de virus dilués dans deux litres d'eau et répartis sur 2 000 morceaux de pain ont suffi pour détruire complèlement les mulots et arrêter les dégâts. 4" Destruction des souris (Mus musculus) dans les magasins. M. Boutroux, officier d'administration comptable des subsistances militaires à Amiens, a employé un tube de virus pour détruire les souris ordinaires {Mus musculus) dont était intesté un des magasins qui se trouve sous sa surveillance. Vingt jours après la distribution du pain imprégné, toutes les souris ont disparu dans le magasin en expérience; et comme dans les autres magasins également infestés les souris pullulaient toujours, on peut en conclure que leur disparition dans le local en expérience était bien due à l'action du virus. Instructions. Pour détruire les campagnols ou les mulots dans les champs, d'une façon complète et définitive, il faut faire deux ou trois opéra- tions successives et procéder de la façon suivante : i" Première distribution de cultures virulentes. Dans tous les pays infestés d'une façon chronique, les campagnols ou les mulots deviennent les plus nombreux aux mois d'août et de septembre. C'est à cette époque que le virus agira le mieux parce que préci- sément grâce à la réunion d'un grand nombre de ces animaux qui 428 ANNALES DE LA SCIENCK AGRONOMIQUE. vivent en famille, — sur un espace donné — l'épidémie se propagera rapidement et sera très moiHelle. Les premières distributions de pain imprégné de cultures virulentes doivent donc commencer en août aussitôt après les récoltes de cé- réales et peuvent être continuées en septembre et octobre sur les cbamps de pommes de terre, de betteraves, sur les prairies artifi- cielles, etc. Cetle première distribution de virus détruit généralement 90 à 95 p. 100 des rongeurs qui infestaient les cbamps. L'épidémie ainsi provoquée se prolonge d'elle-même pendant six semaines au moins. Les résultats obtenus par ce premier traitement peuvent être appréciés de différentes façons. Le plus simple est de faire labourer les cbamps 15 jours à six se- maines après la distribution du pain. On trouvera en labourant des cadavres dans les terriers et pas du tout ou très peu de campagnols vivants. Après le labour on ne trouvera que très peu de trous nou- vellement ouverts à la surface du sol. Dans le cas où les champs en expérience ne seraient pas labourés en automne, on fermera les trous un mois après le premier traite- ment en y faisant passer une herse ou un rouleau. Quand il s'agira de prairies .artificielles ou naturelles il ne sera pas indispensable de fermer les trous pour reconnaître si les campa- gnols ont disparu. Le cultivateur saura facilement reconnaître s'il y a encore des trous fréquentés et nouvellement frayés. Très souvent on trouvera des cadavres à la surface du sol. Pour celte première opération, on ne doit pas ménager le pain préparé, il faut en mettre un morceau dans chaque trou frayé. Suivant l'importance de l'invasion il faut employer pour celte pre- mière opération 3 à 10 tubes par hectare. 2° Deuxième dislribuUon de cidlures virulentes. Avec une seule opération on n'obtient que bien rarement la des- truction complète des petits rongeurs. — Il faut donc compléter la première opération par une deuxième en garnissant à nouveau les trous nouvellement ouverts (sur les champs labourés ou hersés) DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRIGULTURE . 429 OU encore fréquentés, avec du pain préparé de la même façon que la première fois. Cette deuxième opération doit être faite un mois ou six semaines après la première. — On y emploiera 1 tube de virus pour 2 ou 3 hectares. 3° Troisième opération. Les quelques campagnols qui pourraient encore résister à l'épi- démie ne seront plus gênants pour les cultures d'iiiver. — Il n'en restera en effet t{ue 40 ou 50 par hectare au plus et les dégâts qu'ils peuvent causer dans le courant de l'hiver seront en tout cas absolu- ment insignitiants. Il en serait tout autrement toutefois, si on laissait ces quelques campagnols se muliiplier au printemps suivant ; chaque couple don- nerait 300 rejetons dans le courant de la belle saison et en automne les champs se trouveraient repeuplés à nouveau. Une troisième opération est donc souvent nécessaire au printemps pour obtenir un résultat définitif. Après les deux premiers traitements en automne, il ne restera sur les champs, comme nous venons de le dire, qu'une cinquantaine de campagnols par hectare, cette troisième opération ne sera donc ni difficile, ni coûteuse. Pour détruire ces derniers rongeurs on peut encore employer le virus, mais il serait peut-être tout aussi simple d'avoir recours à tout auti'e moyen. Les campagnols sont en effet, dans ce cas, trop peu nombreux et en même temps trop disséminés pour qu'on puisse compter sur le développement d'une épidémie, c'est-à-dire sur la propagation de la maladie par contagion ; un empoisonnement ou des pièges don- neront le même résultat. Les frais de la troisième opération qui doit être faite dès le début de la belle saison, en février ou mars, ne dépasseront pas fr. 50 c. par hectare. L'ensemble des frais pour ces trois opérations : achat de virus et du blé préparé, le pain et la main-d'œuvre, ne dépassera certaine- ment pas 5 fr. par hectare ; faites avec soin sur toute l'étendue des 430 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. champs envaliis, ces trois opérations successives permellroni de dé- truire les campagnols d'une façon complète cl pour toujotirs. Le liaitement en trois opérations, tel que nous venons de l'indi- quer, est le pins ralionnel et le moins coûteux. En procédant ainsi on détruira lous les rongeurs {nous disons bien tous sans en excepter un seul) en une année. Le coût de ce traitement est tellement minime en comparaison de l'importance des dégâts causés par les campagnols qu'il nous semble inutile d'insister sur les avantages qui en résultent; toutefois, nous tenons à ajouter que, si les exigences de la culture ou des causes d'une autre nature ne permettaient pas de l'appliquer à la fois sur toute l'étendue des champs envahis, ou de les commencer en au- tomne, il est possible d'arriver au même résultat final par une série d'applications partielles en automne et au printemps, ou bien pen- dant l'une ou l'autre de ces deux saisons. L'important est de poursuivre la destruction avec persévérance et de ne s'arrêter que quand tous les rongeurs auront disparu. Fait ainsi d'une façon partielle à tour de rôle sur les différents champs d'une ferme ou d'une région envahie, le traitement devra être pro- longé pendant deux ou trois ans, mais sera tout aussi efficace. D'une manière générale, que l'on commence le traitement au printemps ou à l'automne, il faut procéder de la façon suivante : i° Faire une distribution de virus (pain trempé dans une solution de cultures virulentes) 15 jours ou mieux trois semaines avant le labour, sur tous les champs qu'on aura à labourer; 2° Faire une deuxième distribution de virus sur les mêmes champs, 8 jours après le labour, en garnissant de pain préparé tous les trous qui se seront réouverts à nouveau ; 3" Détruire les campagnols qui auraient pu résister encore (après un hersage ou un autre travail par lequel les trous réouverts seront fermés une deuxième fois), par l'emploi du virus ou d'un toxique si les campagnols sont très peu nombreux. En un mot il faut saisir toute occasion, tout travail dans les champs (labours, hersages, roulages, etc.) envahis parmeltanl de vérifier d'une façon certaine les résultats obtenus, pour faire une première opé- ration et en refaire une seconde, et une troisième si c'est nécessaire. DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRIGULTURE. 431 Dans les prairies et les bois on peut fernior les trous avec une bêche ou tout simplement en marchant dessus. Ainsi que nous l'avons montré dans un travail précédent \ les cam- pagnols vivant en France, tout en étant de tous les niammiiéres les animaux les plus nuisibles à l'agriculture, ne sont pas migrateurs et ce fait facilite leur destiuclion. Les générations qui se succèdent toujours restent canlonnées dans les mêmes champs et ne s'en ré- pandent à l'entour qu'en automne (en septembre et octobre) dans les années mémorables, mais relativement rares, de très grandes invasions. Le traitement partiel des champs, à tour de rôle, aura donc toute son eiïicacité, il n'est pas à craindre en effet que les champs une fois traités soient envahis à nouveau par des campagnols venus des champs voisins, avant que ces derniers n'aient été traités à leur tour. Mode d'emploi du virus n" 1 . Le virus n" i est préparé dans des tubes en verre sur une couche de gélatine végétale. Ces tubes sont fermés avec un bouchon de ouate. Pour se servir des cultures virulentes (jui recouvrent la surface libre de la gélatine et y forment une couche grisâtre, on délaye le contenu du tube dans de l'eau salée, dans laquelle on trempe du pain, des grains ou, à défaut de ces produits, toutes autres substances dont les souris ou les campagnols sont friands. Voici de quelle façon il faut procéder^ : On prépare une solution de 10 gr. de sel de cuisine dans un litre d'eau, on fait bouillir dans une casserole et on laisse refroidir. Avec ce liquide refroidi, on remplit jusqu'aux deux tiers environ (après avoir enlevé le bouchon de ouate) le tube contenant le virus, on secoue fortement jusqu'au moment où la gélatine se sera déta- chée du verre et on verse le contenu dans la casserole. La gélatine n'étant pas facilement soluble dans l'eau, il faut écraser avec la main les morceaux qui sont restés compacts. 1. Bévue scien'ifique, n° 11, 2* semestre 1893. 2. Procédé iudiqué par M. LœEQer. 432 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Du pain blanc rassis est ensuite coupé en cubes de 1 à 2 centi- mètres (le côté. Ces petits cubes sont jetés dans la casserole, et lorsqu'ils sont suf- fisamment imprégnés du liquide, ce qui a lieu au bout d'une à deux minutes, ils sont retirés et jetés dans un vase. On peut imprégner au moyen d'un litre de ce liquide environ 1 000 à 1 200 de ces cubes. Pour la destruction des souris, mulots et campagnols, on doit prendre deux tubes par litre d'eau. On distribue ensuite le pain coupé, de préférence pendant l'après- midi; on place un morceau de pain dans chaque trou, ou on en ré- pand dans les endroits visités par les souris. Le virus doit être employé aussitôt que le tube a été ouvert. On ne peut conserver ni la solution, ni le pain imprégné pendant plus d'une journée. Pour obtenir de bons résultats dans les champs envahis, il faut employer en moyenne 5 tubes par hectare. On peut remplacer le pain blanc par du pain bis ; dans ce cas, ce dernier doit être bien rassis de quatre ou cinq jours, et comme ce pain boit moins d'eau que le pain blanc, il faut préparer des solu- tions plus concentrées : prendre quatre tubes par litre d'eau au lieu de deux, et tremper dans celte solution 2 000 à 2 400 petits cubes de pain bis au lieu de 1 000 à 1 200. De sorte que la dose de virus répandue sur chaque morceau de pain soit toujours la même. Quant à la place du pain on trouvera plus commode d'employer du grain (blé, orge, avoine ou maïs), il faut faire concasser ce grain grossièrement en le coupant en deux ou trois pailies et le tremper dans une solution très concentrée : dix tubes par litre d'eau. On fera tremper dans un litre de cette solution environ deux litres de grains, en remuant de temps en temps pour que les grains soient également trempés. Le liquide qui restera pourra reservir à tremper une nouvelle portion de grains. Le résidu, petits débris et farine, qui restera au fond du vase doit être employé de la même façon (}ue le grain. Si, au moment de la distribution du pain préparé, il pleuvait ou DESTRUCTION DES ANIiMAUX NUISIBLES A l'aGRICULTURE. 433 faisait bien froid, on devrait préparer des solutions plus conceittrées : prendre quatre tubes par litre d'eau pour le pain blanc ou huit tubes pour le pain bis et mouiller le pain moins que dans les conditions ordinaires, toujours en conservant les mêmes proportions de i 000 petits cubes de pain par tube de virus. Enfermé dans une boîte, à l'abri de la lumière et dans un endroit dont la température est comprise entre 5° et 25% le virus n" 1 con- serve toutes ses propriétés pendant plusieurs mois; toutefois le maxi- mum de virulence et de développement des cultures est obtenu gé- néralement cinq à vingt jours après la préparation du tube ; c'est donc des cultures fraîches qu'il faut employer de préférence. VIRUS N" 2 POUR LA DESTRUCTION DES RATS Les premiers essais de l'action du virus n° 1 sur les différentes espèces de rats ont donné, comme nous l'avons dit plus haut, des résultats variables et incertains. Inoculées à l'aide d'une seringue de Pravaz (dans ce cas le virus est introduit dans l'organisme par une piqùi'e sous la peau ou dans les muscles), toutes les espèces de rats mouraient après une période d'incubation de deux à quinze jours. Nourris avec des aliments im- prégnés de cultures virulentes ou avec des organes de souris tuées par ce virus, les rats d'eau proprement dits, à courte queue velue (Arvicola amphibius), et les rats noirs (Mus rallns) succombent aussi rapidement que les campagnols et les souris. Pour les gros rats gris, appelés aussi rats voyageurs {Mus decumanus), les plus forts, les plus répandus dans le monde entier et en même temps les plus nuisibles, l'action de ce virus s'est montrée le plus souvent insuffisante. Il en mourait bien quelques-uns, la plupart devenaient manifestement malades, mais ne succombaient pas. Ce virus est donc bien pathogène pour ces animaux, mais il n'est pas suffisamment actif pour les tuer. Ce fait donnait à supposer qu'en augmentant la virulence des cultures par une préparation spé- ciale, on arriverait peut-être à atteindre ces redoutables rongeurs, qui sont devenus dans certains pays un véritable fléau des cultures ou plantations, à l'égal des campagnols dans l'Europe septentrionale. AXN. sci::xcE vjron. — 1893. — i. 28 434 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Au Brésil, au Mexique, dans les Antilles, dans pres(|ue toutes les îles de l'Océan Indien, où les plantations de cannes à sucre et de cacao ont pris une grande importance, le rai, amené primitivement dans les ports sur des navires, s'est répandu de là dans les champs cultivés et y cause des dommages extrêmement importants. Grâce à l'obligeance de deux de nos correspondants, M. le docteur Desenne, de l'ile Maurice, et M. Bordaz, de la Martinirpie, nous avons pu réunir un certain nombre de renseignements sur l'histoire naturelle de ces rongeurs et des données statistiques précises sur l'importance des pertes dont ils sont la cause dans ces pays. « Les deux variétés de rats que nous avons ici, nous écrit M. De- senne, ont été introduites dans le courant du xvii" siècle. Les Portu- gais, à l'époque de la découverte de l'île, n'en font aucune mention, de même les Hollandais à leur première tentative de colonisation. Ce n'est qu'à leur deuxième descente dans l'île que le nombre pro- digieux des rats obligea les Hollandais à abandonner la colonie. Tout était dévasté et détruit. « Il paraît même que si la France, qui occupa l'île le 1^' septem- bre 1715, n'avait pas obéi à de hautes considérations politiques pour se maintenir dans ce poste de l'Océan Indien, elle aurait certaine- ment suivi l'exemple des Hollandais. « Il semble le plus probable que c'est à la suite d'un naufrage que les rats ont pu aborder dans notre île. En effet, dans l'archipel d'A- galéga, les rats sont encore aujourd'hui inconnus sur toutes les îles, sauf une seule où ils ont pénétré à la suite du naufrage d'un navire de commerce. « Trouvant là, comme à Maurice, un sol et des conditions clima- tériques favorables, ils y ont pullulé de façon à envahir tout : les champs et les habitations. M. Delacroix conclut de celte expérience qu'en traitant des han- netons jeunes, autant que possible le jour même de leur sortie de terre, on arriverait à les infester presque tous. Une expérience analogue a été faite par M. Fontaine', membre de la Société d'agriculture de Melun. M. Fontaine a opéré sur 1 000 hannetons enfermés dans une caisse avec une couche de terre de 20 centimètres. Sur les 1 000 hannetons sau- poudrés de spores, 100 sont rentrés en terre, 300 sont morts à la surface. Doux mois après l'opération, on a trouvé : HANNETONS morts morts muscartlinés. uon mu.scariliuéii 329 371 60 240 Dans la terre A la suiluce En tout 389 611 Le 29 décembre 1893, nous avons enfermé dans une caisse de 80 cen- timètres de long sur 60 centimètres de large et 60 centimètres de haut 250 vers blancs de deuxième année. Les vers blancs ont été disposés sur cinq couches superposées séparées les unes des autres par des couches de terre de 6 à 8 centimètres. Pour nourrir les vers blancs, des pommes de terre ont été répandues à profu- sion sur chaciue couche. Tous les vers blancs ont été saupoudrés de spores à l'état sec {i'" cul- ture de M. Delacroix). 1. Su|)plément du Bullefin du StjiuUcat central dos agriculteurs de France du 1" avril 1893. 464 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. La caisse, recouverte de mousse et arrosée de temps en temps, a été placée dans une serre où régnait une température constante de 12 à 15°. Le 7 mai iS{)i, la caisse a été ouverte et la terre tamisée. Il a été trouvé : Vers blancs morls niuscardinés couverts de moisissure qui a poussé des ramifications dans la terre de tous côtés. ... 9G Vers blancs morts muscardines rouges 8 Vers blancs vivants et bien portants 50 Vers blancs morts non muscardines ou disparus 96 Total 250 Les 50 vers blancs vivants ont été trouvés presque tous au fond de la caisse où ils sont descendus pour se transformer en nymphes. (Maintenus pendant les trois mois d'hiver dans une serre chaude, les vers blancs en expérience pouvaient se trans- former deux mois plus tôt que dans les conditions ordinaires.) On peut donc les considérer comme définitivement échappés à la con- tagion. En somme, en saupoudrant les vers blancs avec des spores à sec, nous avons obtenu leur destruction par la muscardine dans la pro- portion de 41 p. 100. Le 21 mai 1894, 95 hannetons ont été enfermés dans un bocal, sau- poudrés de spores à sec (deuxième culture préparée par nous-même), laissés ainsi pendant 3 heures et enfermés ensuite dans une grande cage à moitié remplie de terre. Le 29 mai : 45 hannetons morts à la surface de la terre, les autres, soit 50 hannetons, enterrés. Les hannetons trouvés à la surface de la terre ont été placés dans une chambre humide. Le 2 juin, nous trouvons : Des 45 hannetons placés en chambre humide, 22 muscardines ; Des 50 hannetons enterrés, 47 muscardines. En tout 79 hannetons muscardines sur 95 mis en expérience, soit en- viron 82 p. 100 infestés. Simultanément, nous avons traité 90 hannetons en les trempant dans un liquide sucré et acidulé dans lequel nous avons délayé des spores de la même culture. Le 2 juin, nous avons trouvé, sur 90 hannetons, 61 hannetons, soit environ 70 p. 100, muscardines. DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRICULTURK. 465 En résumant les résultats de toutes les expériences (jue nous venons de citer, nous voyons que les procédés employés jusqu'à présent ont donné au laboratoire des résultats favorables dans la proportion de 40 à 50 p. iOO, c'est-à-dire que sur 100 insectes (hannetons ou larves) traités, 40 à 50 ont succombé muscardmés et 50 à 60 ont échappé à la contagion. Ces expériences qui, au point de vue de la qualité des cultures employées, avaient presque toutes été faites dans des conditions différentes, et dont le nombre est tout à fait insuffisant pour (ju'on puisse en tirer des renseignements précis, nous ont montré par contre qu'il nous reste encore à chercher et à bien déterminer au laboratoire les points suivants: 1" La composition et la préparation des milieux nutritifs et des cultures artificielles qui donneraient les meilleures garanties au point de vue de la virulence et du nombre des spores; 2° Le mode d'emploi de ces spores pour obtenir, toutes condi- tions d'ailleurs égales, les résultats les plus satisfaisants, c'est-à-dire pour contaminer la plus forte proportion des sujets (vers blancs ou hannetons) traités; 3° L'état de développement des vers blancs le plus favorable à l'in- festalion ; 4" La façon de procéder pour obtenir des spores virulentes aux prix les plus réduits. Ces données connues, il sera possible de procéder, en connais- sance de cause, aux expériences en plein champ. 2" Recherches expérimentales en pleine terre. Nous venons de le voir, les expériences de laboratoire ne nous apprendront, en somme, qu'à préparer de bonnes cultures viru- lentes et à contaminer les vers blancs dans des pots à fleurs. Pour apprendre comment il faut procéder pour atteindre les vers blancs dans leur milieu naturel, il est indispensable de refaire une série d'expériences en pleine terre. Eîi effet, il s'agit de déterminer dans quelles conditions, sous quelle forme et en quelle quantité la muscardine doit être introduite dans la terie pour s'y développer et atteindre les vers blancs qui s'y trouvent. AXN. SCIENCE AOUO.V. — lS93. — I. 30 466 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. « 11 eùL été intéressant, dit M. Giard ', de faire en grand et dans des conditions variées de saison, de terrain, etc., des expériences d'infeslalion artificielle conduites avec méthode et d'une façon ri- goureusement scientifique. » L'insuccès de toutes les tentatives faites jusqu'à présent pour éta- blir des foyers d'épidémie dans les champs envahis par les vers blancs nous montre que cette étude expérimentale et rigoureusement scien- tifique ne serait pas seulement intéressante, elle est absolument in- dispensable; elle seule peut nous apprendre s'il est possible de détruire les vers blancs par la muscardine et comment il faut pro- céder pour y arriver. Continuer à employer en grand les procédés conseillés jusqu'à présent serait perdre bien inutilement du temps et de l'argent. Ne fallait-il pas, en effet, une certaine dose de naïveté pour s'ima- giner qu'on atteindra les vers blancs en semant sur un champ des spores à raison de quelques tubes ou de quelques boîtes à l'hectare, ou bien en y enfouissant des petits morceaux de cultures sur pomme de terre ou des larves préalablement contaminées, tous les 10, i20 ou même 50 mètres? Le seul conseil que l'on puisse donner aux agriculteurs aujourd'hui , c'est de commencer sans tarder l'étude expérimentale proprement dite qui seule peut nous donner des renseignements précis et qui ne produira de résultats appréciables qu'avec le concours effectif des cultivateurs. Cette étude n'est ni bien difficile ni compliquée ; pour la mener à bonne fin il suffit de procéder avec méthode, noter avec soin les faits observés et la poursuivre pendant un, deux ou trois ans, c'est- à-dire le temps nécessaire pour obtenir des résultats définitifs. Au lieu de répandre la muscardine au hasard, à une dose plus ou moins arbitraire sur toute l'étendue des champs envahis par les vers blancs, il faut commencer par employer la quantité nécessaire de ce produit sur un petit champ — • spécialement choisi et préparé dans ce but — pour y obtenir des vers momifiés en aussi grande quantité que possible. 1. A. Giard, loc. cit., p. 92. DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRICULTURE. 467 Le champ réservé doit être pi'éparé de la façon suivante : 1° Choisir un terrain de préférence bien envahi par les vers blancs et aussi éloigné que possible des habitations pour que les oiseaux de la basse-cour ne puissent pas y pénétrer; 2* L'entourer d'un petit fossé de 80 centimètres de profondeur pour le j^arantir d'une inondation et aussi pour empêcher les vers blancs d'en sortir; 3° Répandre sur ce champ de la inuscardine à profusion en y semant des spores délayées dans l'eau ou à l'état sec, ou bien en y enfouissant des cultures sur pomme de terre ou des vers blancs préa- lablement contaminés par la méthode de MM. Prillieux et Delacroix, à raison d'au moins 100 par mètre carré (ce dernier procédé nous semble, jusqu'à nouvel ordre, présenter les garanties les plus sé- rieuses) ; 4° Semer sur ce champ du gazon, de la luzerne ou toute autre plante dont les vers blancs sont friands; 5° Eloigner du champ ainsi préparé les taupes et les oiseaux qui pourraient manger les vers blancs ou les momies. Dans les conditions les plus favorables l'infestation deviendra ma- nifeste 15 à 20 jours après l'opération; dans ce cas, les momies produiront des spores deux ou trois mois plus tard et pourront communiquer la contagion à d'autres vers blancs. Dès ce moment on pourra jeter dans le terrain réservé tous les vers blancs vivants et bien portants que l'on pourra ramasser au moment des labours. En admettant qu'on aura procédé à l'installation du champ réservé le !"■ avril, on pourra faire une première fouille le 1" mai et alors, si le résultat est favorable, c'est-à-dire si l'on trouve des vers blancs momifiés ou malades, on pourra y jeter tous les vers blancs vivants (ju'il sera possible de se procurer pendant toute la durée de la belle saison, c'est-à-dire jusque vers le 15 octobre. A ce moment il sera nécessaire de constater le premier résultat obtenu. On verra : 1° A la première fouille (le !"■ mai) la proportion des vers conta- minés par la culture artificielle employée en premier lieu ; 2" A la deuxième fouille (le 15 octobre), si la maladie s'est pro- 468 ANNALES DE LA SCIENCE AGHONOMIQUE. pagée d'elle-même aux autres vers qu'on aura introduits dans le champ d'expérience depuis le 1" mai et, — en comptant les vers momifiés et ceux qui sont restés encore vivants, — la proportion des vers contaminés de celte façon. Durant la première année, les vers momifiés et les vivants doivent être laissés en place. Au printemps suivant, il y aura lieu d'examiner à nouveau l'étal des cultures et d'alimenter le champ réservé en vers hlancs vivants jusqu'en octobre ou en novembre. Dans le courant de la deuxième année on pourra déjà commencer à prendre des momies dans le champ réservé (en choisissant celles qui seront les plus mûres et sur lesquelles la moisissure se sera le mieux développée) pour les répandre dans d'autres endroits infestés par les vers blancs ou pour contaminer des hannetons. Pour obtenir des résultats décisifs, l'expérience doit être continuée au moins encore pendant une troisième année ; elle doit durer au moins aussi longtemps qu'un cycle d'évolution complète du hanneton, de l'œuf à l'œuf. En suivant une telle expérience avec méthode et en notant soi- gneusement les faits observés (la proportion des vers morts mus- cardinés) ainsi que la nature du sol du champ d'expérience et les conditions atmosphériques pendant la durée de l'expérience, on apprendra à connaître toutes les données qui nous manquent encore relativement aux procédés à suivre pour détruire les vers blancs en grande culture. On apprendra notamment : i° La proportion des vers blancs qui peuvent être détruits par la muscardine dans un temps donné; 2" Les conditions de développement de la muscardine dans la terre. Mais ce n'est pas là le seul avantage d'une telle façon de procéder. L'établissement d'un champ d'expérience dans les conditions que nous venons d'indiquer, tout en nous fournissant des renseigne- ments précis et indispensables, permettra seul de multiplier les foyers naturels de la muscardine et de mettre, en même temps, les germes de cette maladie à la disposition de tous les intéressés sans autres frais et manipulations que l'entretien de ces champs une fois qu'ils seraient établis. DESTRUCTION DIvS ANIMAUX, NUISIBLES A l" AG1\ICULTUUE. 469 D'uulrc part, les spores récoltées sur les vers blancs ou les liaiiiic- tons muscardinés étant ^^«s virulentes que celles produites sur des milieux nutritifs artificiels, les cultivateurs auront toujours à leur disposition une muscardine présentant beaucoup plus de garantie au point de vue de son efficacité que les cultures artificielles en tubes ou en boîtes. En un mot les champs d'expérience deviendront dans la suite des « gisements momifères » , véritables pépinières dans les([uelles on pourra puiser des momies pour les répandre sur les terres envahies par les vers blancs. L'étendue de ce gisement ne peut pas être fixée d'avance d'une façon bien précise, sa richesse dépendra naturellement de la quantité des vers blancs qu'on y aura enfouie; nous croyons toutefois que chaque mètre carré du champ réservé fournira une (juantité suffi- sante de momies pour traiter ensuite avec succès un hectare de terrains envahis. Pour une ferme de 50 hectares, il faudra donc un champ réservé de 50 à 60 mètres carrés, pour une commune dont le territoire aurait 3 000 hectares d'étendue, il faudrait un champ de 300 à 350 mètres carrés. Les frais de premier établissement d'un gisement momifère s'élèveront, au maximum, à 5 fr. par mètre carré; mais il ne faut pas oublier que celte dépense serait faite une fois pour foutes, qu'une fois établi, un tel gisement durera aussi longtemps qu'il y aura des hannetons et des vers blancs pour l'alimenter. En procédant ainsi, chaque cultivateur pourra préparer sa mus- cardine comme il prépare aujourd'hui son fumier et ce n'est qu'à celte seule condUion — quand chaipie intéressé produira sa mus- cardine lui-même et en aura à sa disposition des quantités suffi- santes sans autres frais qu'un peu de travail et de persévérance, quand, par cela même, la muscardine pourra être répandue partout, dans toules les contrées envahies par les hannetons — ■ que cette merveilleuse découverte donnera le résultat que l'on est en droit d'en attendre. En résumé, la muscardine ne deviendra une arme réellement effi- 470 ANNALES DE LA SCIENCE AGriONOMCQUE. cace contre les hannetons et les vers blancs que dans les conditions suivantes : i° Quand on aura déterminé par une série d'expériences en pleine terre les conditions de développement du champignon dans la terre et son action sur les hannetons et les vers blancs; 2° Quand, dans toutes les contrées envahies par ces insectes, chaque cultivateur aura à sa disposition et emploiera une muscardine réellement virulente et en quantité suffisante pour obtenir des ré- sultatsappréciables, c'est-à-dire quand tous les cultivateurs intéressés auront établi des champs d'expériences pour en faire, dans la suite, des « gisements momifères ». Avant de terminer ce chapitre il nous faut dire quelques mots sur la possibihté de multiplier la muscardine en la cultivant sur des milieux nutritifs artificiels de façon à remplacer éventuellement les « gisements momifères » par des gisements de cultures arti- ficielles. En principe, il n'est point impossible de découvrir pour la mus- cardine un milieu nutritif qui donnerait des cultures non seulement aussi virulentes, mais même plus virulentes que celles qui viennent directement sur les hannetons ou les vers blancs. Malheureusement ce milieu nutritif n'est pas encore trouvé ; bien au contraire, on sait que les reports successifs sur les milieux nutritifs connus et essayés jusqu'à présent affaiblissent progressivement la virulence de la mus- cardine de sorle que les quatrièmes ou cinquièmes reports ne pro- duisent plus aucun effet sur les insecles. Pour préparer des cultures artificielles de muscardine dans les la- boratoires en assez grande quantité pour pouvoir les mettre ensuite à la disposition des cultivateurs, on procède actuellement de la façon suivante: Les spores recueillies sur un ver blanc ou un hanneton momifié sont ensemencées sur des pommes de terre stérilisées en tubes. C'est ce qu'on appelle le premier report ou la première culture. Ce premier report ne donne généralement pas des cultures pures; pour les purifier il faut prendre des spores de la première culture pour les réensemencer sur une deuxième série de pommes de terre. DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRICULTURE. 471 On obtient ainsi des « deuxièmes cultures » qui sont généralement pures mais qui, par les deux reports successifs, ont perdu, à chaque réensemencemenl, un peu de leur virulence. Ce sont ces « deuxièmes cultures » qui peuvent èlre mises à la disposition des cultivateurs qui, s'ils voulaient les multiplier à nou- veau par réensemencement sur d'antres milieux nutritifs artificiels, n'obtiendraient, par conséquent, que des « troisièmes cultures » nécessairement encore moins virulentes que les précédentes. Ce serait là déjà un inconvénient bien grave et il ne serait pas le seul. La muscardine cultivée en pleine terre, dans un milieu non stérilisé, serait promplement envahie par d'autres moisissures que le cultivateur n'aurait aucun moyen de reconnaître et il serait néces- sairement amené à employer souvent, en pure perte, des produits absolument inoffensifs. Donc, jusqu'à nouvel ordre, le seul procédé rationnel pour multi- plier la muscardine de façon à en rendre l'emploi possible partout, est de la cultiver sur des vers blancs. La matière première, pour faire ces cultures, n'est malheureuse- ment pas prête à manqner. En ramassant des vers blancs pour établir des gisements momifères on en débarrassera d'autant les champs et quand il n'y en aura plus, il n'y aura plus besoin de muscardine pour les détrnire. Épidémies naturelles. La muscardine rose est une maladie naturelle du hanneton et du ver blanc, il est donc très probable qu'elle a existé toujours, sinon partout, là où il y avait des hannetons, en obéissant dans son évolu- tion aux mêmes lois que toutes les maladies contagieuses, c'est-à- dire apparaissant et disparaissant successivement avec plus ou moins d'intensité et d'étendue. Ainsi que l'indique M. Giard', des épidémies causées très proba- blement par le même champignon que celle observée à Céaucé par M. Le Moult, ont déjà été signalées par J. Reisel en France en 1867 et par Bail et de Bary en Allemagne en 1860. 1. A* Giard, loc. cit., p. 87. 472 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. M. Le Moult a le premier suivi une de ces épidémies pendant plusieurs mois pour se rendre complo de son extension et de ses effets. S'insjjirant des travaux de MM. Metchnikoff et Krassilstchik sur la destruction du Cleoniis punctiventris au moyen des cultures artili- cielles (ïlsaria deslruclor, et conseillé par M. Giard, M. Le Moult s'est mis à la recherche d'un champignon parasite spécial au ver hlanc. Il a trouvé le premier gisement naturel de vers blancs momi- fiés à Céaucé, dans une propriété appartenant à M. Le Marchand. L'une des prairies surtout, dit-il dans une note présentée à l'Académie des sciences', présentait un aspect des plus lamentables. Les vers blancs y étaient si nombreux que l'herbe n'avait plus de racines. C'est là que nous fîmes nos fouilles les plus sérieuses, celles qui ont enfin récompensé nos efforts Au nombre des larves que nous mettions à découvert, nous en avons trouvé dont la mort était de date assez récente et qui présentaient cette particularité qu'elles étaient complètement couvertes d'une sorte de moi- sissure blanche envahissant toute la masse et se développant dans tous les sens à travers la terre La proportion des vers atteints par rapport aux vers sains était d'envi- ron 10 p. 400 Nous avons pensé que les observations faites sur le terrain même, dans la prairie où nous avons découvert le parasite du ver blanc, présenteraient à la fois plus d'intérêt et d'exactitude M. Le Marchand avait décidé de faire labourer sa prairie dès les pre- miers jours de septembre. Nous lui demandâmes de réserver une zone d'environ 10 mètres carrés dans la partie contenant la plus grande quan- tité de vers malades. La partie épargnée par la charrue devait nous servir de champ d'expériences. La prairie n'a d'ailleurs pas été labourée et ne le sera probablement pas, nous en donnerons tout à l'heure la raison Nous avions constaté au mois de juillet que les vers atteints par le champignon représentaient environ 1/10 des larves trouvées dans le ter- rain. Le 10 septembre, nous avons fait pratiquer de nouvelles fouilles, la proportion des vers atteints était d'environ 05 à 70 p. 100 Enfin, il n'est pas jusqu'à l'aspect général de la prairie qui n'ait subi une transformation complète. Au mois de juillet, l'herbe complètement flétrie n'adhérait plus au sol. t. C. It., 'i novembre 1890. DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBUKS A l/AGniGULTURK. 473 Au mois de septembre, au conlraire, et malgré la sécheresse, la prairie se trouvait couiplètement reverclie et l'Iierbe ne pouvait plus s'arracher à la main, tandis que la prairie voisine, située dans les mêmes conditions sous le rapport de la nature du terrain, de la pente, de l'arrosage et de l'exposition, était demeurée complètement desséchée, le gazon s'enlevait avec la plus grande facilité. Le 28 septembre, nous avons fait de nouvelles fouilles sur le terrain réservé. Cette fois, il nous a été presque impossible de trouver des vers vivants, tandis que les vers parasités se rencontraient en grand nombre. Leur présence nous était toujours signalée par de longues traînées blan- ches formées par les filaments des champignons et s'écartant toujours de 7 à 8 centimètres du point de départ Depuis, on a trouvé des gisements naturels de vers hlancs momi- fiés un peu partout. M. Giard en signale plusieurs qu'il a observés lui-même ou qui lui ont été signalés par ses correspondants. Nous même nous avons trouvé des vers blancs muscardiiiés à Sceaux (Seine), dans plusieurs localités du dépaitemenl de Seine-et-Marne, dans des endroits où on n'a jamais lait usage de cultures artificielles. Enfin M. Gouin, piésident du comice agricole du canton de Vcrtou (Loire-Inférieure), a signalé d'abord dans le Journal de l'agricul- ture pratique ei nous a communiqué ensuite par lettres une série d'observations très intéressantes, concernant une épidémie naturelle de muscardine sur une étendue de plus de 100 hectares. M. Gouin a constaté la présence de vers momifiés sur toute l'é- tendue de ses terres en juin 189:2. 11 a suivi celte épidémie durant toute la belle saison de l'année 1893 et a recommencé ses observa- tions cette année. En 1891 (deuxième année de vers blancs), dit M. Gouin, malgré l'abon- dance de vers blancs, on n'a pas trouvé un seul ver malade. En juin 189^ (vers blancs de 3° année), on trouve partout des momies et des vers ma- lades. L'épidémie semble disparaître en juillet avec la descente des vers blancs et leur transformation en nymphes pour reparaître en automne sur des hannetons en terre. En 1893, apparition de l'épidémie dès le début du printemps sur toute l'étendue de mes terres et principalement dans les prairies et autres champs non labourés, excepté dans mon jardin potager. En 1894, apparition de l'épidémie en avril. J'ai trouvé pour la première 474 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. fois des vers roses et momifiés dans mon jardin, mais seulement dans une partie qui n'a reçu aucun labour depuis neuf mois. Dans les parcelles la- bourées en mars, beaucoup de vers blancs bien portants, pas un seul malade. Les ouvriers de M. Gouin affirment que, antérieurement à 1891, ils trouvaient fréquemment dans les champs des vers blancs et des hannetons couverts de moisissure ; l'un d'eux se rappelle même qu'en 1859 presque tous les vers blancs que l'on découvrait au la- bour étaient muscardinés. Cette série d'observations montre d'une façon indiscutable que dans certaines régions la muscardine des hannetons et des vers blancs règne à l'état endémique et on est en droit d'en conclure que dans les champs oii on réussira à créer des foyers d'épidémie, la maladie s'étendra peu à peu d'elle-même et y persistera pendant de longues années. Il est très probable que partout, dans les terrains où elle peut se développer, VIsaria vit dans la terre à l'état saprophyte, qu'elle atteint d'abord les sujets prédisposés à contracter la maladie et que, ayant régénéré sa virulence en passant par le corps des premiers vers blancs atteints, elle devient ou redevient parasite. En infestant d'une façon continue des vers blancs ou des hannetons, au moyen des cultures artificielles, on maintiendra constamment la virulence du champignon, et en multipliant les foyers épidémiques, on aidera simplement la nature à répandre rapidement la maladie et à la rendre plus intense. CHAPITRE III LES CHAMPIGNONS PARASITES QUI ONT ÉTÉ EMPLOYÉS JUSQU'A PRÉSENT A LA DESTRUCTION DES INSECTES NUISIBLES Le nombre des champignons entomophytes, c'est-à-dire des champi,i>nons qui s'attaquent aux insectes vivants et en déterminent la mort, connus aujourd'hui, est déjà assez considérable. Il est très DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRIGULTURE . 475 probable que grâce à des recberclies nouvelles, on finira par trouver un parasite spécial à chaque espèce nuisible d'insectes ou bien qu'en améliorant et en modifiant les procédés de laboratoire et les milieux de culture on arrivera à pouvoir infester avec la même facilité plu- sieurs espèces d'insectes avec le même champignon. Au point de vue de leur apphcation pratique, un bien petit nombre seulement de ces champignons ont été suffisamment étudiés et expé- rimentés; aussi, dans ce travail qui n'a d'autres prétentions que de montrer aux cultivaleiirs les résultats obtenus et la voie à suivre, nous bornerons-nous à examiner en détail les seuls cas dans lesquels relte méthode a été appliquée en grande culture et a donné des l'ésultats appréciables. Muscardine verte (Isaria destructor). Son application à la deslruction du « hanneton des blés » (Anisoplia austriaca) et du « coléoptère des betteraves » (Cleonus punctiventris) en Russie. ! En 1878, M. Melch)tiko(f\ alors professeur à l'Université d'Odessa et actuellement professeur à l'Institut Pasteur, s'inspirant des tra- vaux de De Bary sur VIsaria farinosa, s'est mis à la recherche d'un champignon parasite du hanneton des blés {Anisoplia austnaca) qui faisait alors beaucoup de ravages dans les provinces méridionales de la Russie. M. Metchnikoff ne tarda pas à trouver des larves atteintes et tuées par divers parasites et principalement par une « muscardine verte » qu'il appela d'abord Eiilomophthora anisopliœ et ensuite, son atten- tion ayant été attirée par le professeur Cienkowski sur la ressem- blance de sa muscardine avec les Isariœ, Isaria destructor. Peu de temps après, il trouva la même maladie causée par la )nus- cardine verte sur un autre insecte, le Cleonus punctiventris qui ravage les champs de betteraves. M. Metchnikoff est arrivé promptement à cultiver sa muscardine sur des milieux nutritifs arlificiels et notamment sur du moût de 1. E. iMelchnikufif, Zool. Anz., 1880, p. 44. 476 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. bière stérilisé et à infesler avec les spores provenant de ces cul- tures les Anisoplia et les Cleoniis, ces derniers à tous les états de leur développement. Pour obtenir ces spores en grande quantité, M. Cienhowski procé- dait d'une autre façon : il plaçait les chenilles infestées par le cham- pignon dans des boîtes d'une certaine grandeur, remplies avec de la terre et, à mesure que les chenilles mouraient, il en introduisait de nouvelles. Puis il mélangeait la terre avec les cadavres desséchés et pulvérisés, et de cette façon chaque particule de terre renfermait une grande quantité de spores de muscardine verte (terre de muscar- dine, poudre de champignons). C'est cette poudre qu'il répandait dans les champs pour infester les larves des hannetons du blé. Cienkoiusld admettait que, pour obtenir un résultat satisfaisant, il faudrait couvrir la terre d'une couche continue de spores. D'après ses calculs et ceux des professeurs De la Rue et Saikewitch, il fau- drait environ 90 litres de spores pures ou le double, soit 180 litres,, de terre muscardinée pour un hectare. En 188-4, M. Krassilstchik, de l'Université d'Odessa, a misa profit les travaux de Metchnikoff et de Cieukowski pour fonder, avec le con- cours de quelques propriétaires intéressés, un laboratoire à Sméla, près de Kieff, dans le but de proJuire en grand des spores de nms- cardine verte et de les répandre sur les champs envahis par les Cleoniis. Ainsi que l'indique M. Le Moult dans sa communication à l'Aca- démie des sciences de 1890, ce laboratoire a fonclionné pendant 4 mois et a produit 55 kilogr. de spores. Ces spores ont été répan- dues dans les champs à raison de 8 kilogr. par hectare, elles ont déterminé la destruction des insectes dans la proportion de 55 à 80 p. 100. — Tous les frais de cette opération ne dépasseraient pas 10 fr. à l'hectare. < Après que l'usine que j'avais construite à Sméla, dit M. Krassils- tchik dans une lettre adressée à M. Giard et publiée par M. Le Moult, eut démontré à tous que la production industrielle des parasites vé- gétaux est devenue un fait accompli et que les essais que j'ai faits en plein champ, bien que sur une échelle restreinte, eurent prouvé l'action mortelle du parasite sur le Cleonus, quelques-uns de nos cul- DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRICULTURE . 477 livateurs de betteraves se sont résolus à construire une plus grande usine afin de produire assez de spores pour faire un essai sur une vaste échelle. Il s'agissnit de poursuivre ces essais pendant deux ans el, si le résultat en était favorable, ou n'aurait qu'à élargir les di- mensions de l'usine qui deviendrait alors l'usine définitive. Cette résolution une fois prise, je me suis mis à l'œuvre. L'usine de Sméla fut fermée; un endroit fut choisi où le Cleonus est toujours en abondance. Le devis de la construction de l'usine que j'ai fait fut adopté et les fonds nécessaires furent accordés par un groupe de dix cultivateurs de betteraves qui voulaient être les fondateurs de l'en- treprise. Toute l'affaire semblait alors mise dans la bonne voie et il ne nous restait plus qu'à aborder l'exécution de notre dessein. « Mais voilà que tout d'un coup une crise vint éclater sur notre pro- duction de sucre provoquée par une surproduction des betteraves. « Dans ces conditions, el vu la disposition des esprils, aucune rai- son ne se présentait de déclarer la guerre au Cleonus. » En résumé, les travaux et les expériences des savants russes ont montré qu''il est possible de trouver sur les insectes qui envaJdssenl en grand nombre les champs cultivés, des champignons parasites qui les détruisent et que ces champignons peuvent être cultivés sur des milieux nutritifs artificiels et, pour ainsi dire, fabriqués industriel- lement. Maladies contagieuses : « Sporotrlchum globuliferum », (( Empusa aphidis » et « Micrococcus insectorum ». Leur application à la destruction du « Chinch bug » (Blissus leucopterus, Say, punaise des blés) aux Etats-Unis d'Amé- rique. Le Chinch bug a été signalé pour la première fois en Amérique en 1781 dans la Caroline du Nord. Depuis, à mesure que s'étendaient les terres cultivées, cet insecte s'est répandu dans tous les autres Etals, en ravageant les céréales et quelques légumineuses. En 1830, William le Baron écrivait dans le Prairie Far mer : « Il est peu probable qu'on trouvera jamais un moyen préventif ou des- 478 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Iruclif pour arrêter lu dévastation causée par ces insectes. » En effet, aucun des moyens chimiques ou mécaniques employés jusqu'à ces derniers temps n'a donné de résultats appréciables. En 1891 , le gouvernement de l'État de Kansas a chargé M. T. H. Snow, professeur à l'Université de Lawrence, d'installer, auprès de celle université et de diriger une station expérimentale ayant pour but « de propager les maladies contagieuses ou infectieuses qui sont supposées pouvoir détruire les Chiiwh bugs ». Cette station a été installée en mars 1891 ; en avril 1892, M. Snow^ pubHa son premier report, un travail admirable de précision, dans lequel il refait l'his- torique des études antérieures des maladies contagieuses des insectes aux Etats-Unis, décrit en détail ses méthodes de recherches et la manière de procéder pour répandre la contagion dans les champs, et enfin, indique les résultats obtenus en appuyant ses conclusions par plusieurs centaines de rapports envoyés par les cullivaleurs qui ont appli(|ué les procédés préconisés par lui. Une carte de l'Etat de Kansas indiquant les points et les régions traitées et les résultats obtenus complète ce travail remarquable à tous les points de vue. Suivant les notices bibliographiques contenues dans l'ouvrage de M, Snow^, la première observation d'une épidémie bien caractérisée parmi les Cliinch bugs a été faite par M. Heitry Sliimer en 1865. {Proceedings of tfie Acad. of haln. se. of Philadelphia, vol. XIX, 1867, p. 75-80.) 16 juillet 1865. — Dans les parties basses et humides des champs, on trouve un grand nombre de larves mourantes sans cause apparente. 22 juillet. — Grand nombre déjeunes insectes morts, In maladie s'é- tend des terrains bas sur les collines. 28 juillet. — On trouve partout des insectes mourants et morts à tous les stades de leur développement. 8 août. — La plupart des Chinch bugs (stade imago) détruits. L'exten- sion de la maladie est plus rapide que celle du choléra asiatique parmi les hommes. Il reste un insecte vivant sur mille de ceu.v qui étaient encore vivants et bien portants en juin. 1. F. H. Snow, Report of the Exp. Stat. oj Kansas. Lawrence, 1892 et 1893. 2. Ibid, p. 245. DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRICULTURE. 479 13 septembre. — Trouvé, après une journée de recherches, seulement lieux larves et quelques imago vivants dans toute la région précédemment envahie par les Chinch burjs. En 1866, au printemps, il a été impossible de trouver un seul insecte vivant; pendant les récoltes, on a trouvé en tout quelques spécimens dans les localités précédemment envahies. M. Shimer n'a pas pu déterminer les causes de cette épidémie, il dit en terminant : < Les maladies contagieuses sont les agents de destruction de beaucoup les plus importants et les plus actifs dans la lutte contre les animaux nuisibles. » D'autres épidémies ont été signalées depuis par plusieurs natura- listes américains, sur plusieurs espèces d'insectes. M. Cyrus Thomas {U.St. Dep. ofinlerior, Bulletin de l'année 1879) signale une destruction des mouches domestiques en 1849 par une épidémie due à un champignon ; en 1872 il a observé une épidémie parmi les criquets dans les États de Minnesota, Dakota et lowa ; en 1877 une destruction complète de la larve des Caloptenus sprelus. M. S. A. Forbcs\ St. ent. de l'IUinois, a cherché le première con- naître les causes et les agents actifs de ces épidémies. Aidé dans la détermination des microbes trouvés par M. T. J. Buk- rill, professeur de botanique et de bactériologie à l'université d'IUi- nois, M. Forbes a publié entre 1882 et 1892 une série de travaux sur cette question. Il a reconnu que les maladies observées chez les Chinch bugs sont causées par trois microbes différents, deux cham- pignons entomophytes : une Enlomophlorea {Empusa aphidis), un Botrytis ou Isaria {Sporolrichwn globuliferum) et une Bactér lacée, le Micrococcus insectorum. Il a reconnu ensuite que ces trois microbes peuvent être cultivés sur des milieux nutritifs artificiels, liquides et solides, et peuvent infester plusieurs espèces d'insectes. Ayant reçu de M. R. Thaxler une culture de Sp. globuliferum sur gélose prise sur une larve de Copipanolis vernalis, il a réussi à infec- ter avec les spores provenant de cette culture des Chinch bugs, des imago de Cecropia, des Aphis et d'autres pucerons et des Tentre- dines. l. Reports of the Illinois State Entomologist, 1882 à 1802. 480 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. « Il semble démontré, dil-il, que le Sp. glohuUferuni est un enlo- mophyle capable d'atteindre beaucoup d'espèces d'insectes vivants, à tous les états de leur développement, que son action commence à se manifester deux jours après l'infeslalion, mais que la formation des spores mûres demande 9 à 10 jours. La maturité complète des spores est nécessaire pour atteindre les insectes vivants L'action de ce champignon ne devient manifeste que quand son développe- ment et son extension rapides sont favorisés par un ensemble de conditions météorologiques et entomologiques convenables. » En 1888, le D' Otio Lugger (Bulletin n° 4 of Ihe Univ. of Minne- sota Agr. Exp. St.) signale la destruction complète des Cliinch bugs qui ont envahi les cultures du champ d'expériences de la station, par une épidémie naturelle due au Micrococcus insectorum et à une Enthomophtorée. Des spécimens malades et morts de ces maladies ont été envoyés et distribués dans plusieurs fermes du sud du Minnesota ; partout il s'en est suivi une disparition complète des Chinch bugs. Dans la même année (1888) M. F. M. Webster (Bulletin 22, Div. Ent. U. St. Dep. of Agr.) a fait une série d'expériences sur les con- ditions de l'infestation des Chinch bugs en plein champ. 11 a noté que, par un temps humide et doux, l'épidémie s'est étendue en 18 jours à un quart de mille du point initial. C'est aussi en 1888 que M. Snow a commencé à s'occuper de cette question. H a reconnu que les trois maladies des Chinch bugs qu'il trou- vait constamment dans les champs et dans ses cultures de labora- toires étaient dues au Micrococcus insectorum, à une muscardine grise, VEmpusa aphidis, et à une muscardine blanche considérée par M. Thaxter comme une Isaria, mais qu'il considère plutôt comme un Trichodcrma ou un Spoinirichum et qu'il assimila en définitive au Sporolrichum globuliferum Spegazzini. Après une série d'expériences au laboratoire et dans les champs, poursuivies pendant trois ans, M. Snow a adopté, pour détruire les Chinch bugs, la méthode suivante : Après avoirfait ramasser dans un champ précédemment traité 10 000 Chinch bugs morts infestés, il s'est procuré ensuite environ 20000 DESTRUCTION DES ANIMAUX NUlSIltLES A l'aGRICL'LTUUE . 481 de ces iiisecles vivants et bien portants qu'il a enfermés dans une grande cage et infestés en y jetant un certain nombre de Chinch bugs muscardinés du lot de 10000 précédemment ramassés. Ensuite, il a installé un certain nombre de « vases à infestation » dans lesquels il traitait les insectes qui lui étaient adressés par les cultivateurs. Ayant fait ainsi une provision suffisante d'insectes infestés, il a fait annoncer qu'il tenait à la disposition des cultivateurs intéressés des Chinch bugs infestés pouvant servir à la propagation de l'épidémie dans les champs envahis par ces insectes et en envoyait un certain nombre à tous ceux qui lui en faisaient la demande. Chaque envoi était accompagné d'une note ainsi conçue : « Je vous adresse une petite boîte contenant quelques Chinch hiujs infestés et vous prie de les employer suivant les instructions ci-dessous indiquées et de m'annoncer les résultats que vous aurez obtenus. « Mettre dans un récipient les insectes envoyés avec iO ou 'ilO fois autant de Chinch bugs bien portants et les laisser ensemble pendant 36 à 48 heures. Ensuite jeter les morts et les vivants dans les cham])s à traiter. Suivre de près et noter soigneusement les résultats appré- ciables. « Les Chinch bugs doivent commencer à mourir dans les champs 5 jours après la distribution des insectes infestés. « Je vous prie de me faire parvenir un rapport aussi détaillé que possible sur la façon dont vous avez procédé. Je suis, en effet, très désireux de découvrir la meilleure méthode de propagation de ces maladies. » En procédant ainsi, M. Snow envoyait aux cultivateurs des lots de Chinch bugs dans lesquels il y avait presque toujours des spécimens atteints respectivement par l'un des trois microbes ci-dessus indi- qués; de sorte qu'il y avait dans chaque lot les germes de toutes ces maladies, du Sporotrichtim, de VEmpusa et du Micrococcus, et que c'est la maladie dont le germe trouvait au moment donné les condi- tions les plus favorables à son développement qui prenait dans les champs une importance prédominante et s'étendait le plus rapide- ment. ANN. SCIENCE AGRON. — 1893. — 1. 31 482 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. C'est ainsi, comme il ressort des rapports des cultivateurs, que, depuis le mois d'avril jusque vers la fm de juin, pendant un temps relativement frais et humide, c'est le Sporotrichum qui s'est déve- loppé le mieux et a donné les résultats les plus satisfaisants ; tandis qu'en juillet, août et septembre, comme le temps était sec et chaud et par conséquent peu favorable au développement du Sporotrichum, mais par contre très favorable au développement du Micrococcus\ c'est ce dernier qui a provoqué des épidémies de beaucoup les plus meurtrières et à marche beaucoup plus rapide que celles dues aux muscardines. La muscardine grise (Empusa) n'a été signalée dans les champs que du 20 juin au i*"" août, mais jamais seule, toujours en compa- gnie du Sporotrichum et du Micrococcus . Chacune de ces maladies et notamment celles causées par le Spo- rotrichum et le Micrococcus se manifestent par un ensemble de ca- ractères particuliers qui permettent de faire un diagnostic certain dès le début de l'infestalion. Sporotrichum. — La maladie causée par la « muscardine blanche » commence à se manifestera à 4 jours après l'infestalion. Les Chinch bugs encore vivants quittent les plantes sur lesquelles ils vivent et montrent des signes d'inquiétude en courant rapidement et sans but de place en place. Le jour suivant ils deviennent paresseux et cber- chent à fuir la lumière et la chaleur en se cachant sous les mottes de terre, sous la paille, ou en se réunissant dans les endroits ombra- gés et humides. Du 6" au 8° jour on commence à trouver des Chinch bugs couverts de moisissure. Dès ce moment l'épidémie se propage très rapidement. Micrococcus. — Les Chinch bugs atteints par le Micrococcus se réunissent sur le sol en groupes et s'attachent les uns aux autres de façon à former des grappes plus ou moins volumineuses'. Cette ma- ladie, véritable choléra des insectes, est plus prompte dans ses effets et son extension plus rapide et plus intense que celles causées par les muscardines. En 1891, 2 000 cultivateurs environ ont eu recours au procédé 1. Voir Schmidt : Die Nonne (Liparia monacha), etc.. Hatibor, ls93. DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRICULTUHE. 483 de M. Snow pour détruire les Chinch hiKjs. De ces 2 000 cultiva- teui's, 1 400 lui ont adressé des rapports détaillés, dont 1 071, soit 76.55 p. 100 accusent des résultats complètement satisfaisants, 147, soit 10.51 p. 100, des résultats douteux et 181, soit 12.94 p. 100, des résultats négatifs. En 1892, on a opéré dans 3500 fermes différentes. Sur ces 3 500 cas M. Snow a reçu 1 732 rapports dont 1 044, soit 67.9 p. 100, ac- cusentdes résultats complètement satisfaisants, 120, soit 7.8 p. 100, douteux, et 372, soit 24.3 p. 100, négatifs. En résumé, M. Snow a obtenu sur 3132 cas contrôlés, 2 115 succès (destruction complète des insectes nuisibles). Des expertises officielles ont permis d'évaluer que les récoltes sauvées de cette façon repré- sentent une valeur de 1 520 675 fr. et que ce résultat a été obtenu au prix d'une dépense totale de 19 150 fr., ce qui représente pour chaque cultivateur, en moyenne, une plus-value en récoltes de 745 fr. Ce sont là des résultats indiscutables; les maladies contagieuses propagées d'une façon rationnelle ont seules eu raison d'un insecte qui ravageait les récoltes des États-Unis depuis plus d'un siècle et contre lequel tous les autres moyens employés sont restés impuis- sants. CHAPITRE IV MÉTHODES A SUIVRE POUR INFECTER LES INSECTES VIVANT A LA SURFACE ET CEUX QUI VIVENT ENFOUIS DANS LA TERRE Pour détruire les vers blancs au moyen de la inuscardine rose, M. Le Moult a suivi la méthode indiquée par M. KrassUstchik. Il a fait répandre sur les champs infestés par les vers blancs des spores préparées en grand sur des milieux nutritifs artificiels. Il aurait pu se faire que, par un hasard heureux, ce procédé donnât des résultats satisfaisants; dans ce cas on n'aurait eu qu'à suivre les indications de M. Le Moult, sans se préoccuper autrement des con- ditions de développement et d'existence du champignon parasite et des insectes qu'il s'agissait d'atteindre. 484 , ANNALES DE LA SCIENCE AfiRONOMIQUE. Malheureusement, le hasard n'a pas favorisé M. Le Moult; comme nous l'avons vu plus haut, les tentatives d'infestation des vers blancs dans les champs n'ont pas été jusqu'à présent couronnées de succès. Bien au contraire, les nombreux essais d'infestation des vers blancs faits en France pendant près de quatre ans ont montré d'une façon incontestable que dans la lutte avec ces insectes les procédés de MM. Krassilstchik et de Snotv ne pourront jamais donner des résul- tats appréciables. On se trouve là, en effet, en présence de cas absolument dissem- blables, tant au point de vue entomologique que mycologique. Le Cleonus comme le Chinch bug sont des insectes qui font le plus de ravages à l'état d'imago ou de larves, vivant à la surface ou très près de la surface du sol, se déplaçant facilement en courant d'une plante à une autre et, par conséquent, se trouvant fréquemment en contact les uns avec les autres. En répandant des spores virulentes même en quantité relativement petite sur les champs infestés par ces insectes on a beaucoup de chances de les atteindre directement et il est possible d'admettre à priori que les sujets qui ont pu échapper à ce premier traitement direct s'infesteront dans la suite par con- tact avec les sujets morts contaminés. L'extension rapide des épidémies est encore favorisée dans ces deux cas par ce fait, que la muscardine verle employée contre le Cleonus et les deux muscardines (Sporotricfmm et Empusa) dont s'est servi M. Siîow pour détruire les Chinch bugs sont des champignons à évo- lution rapide. il leur faut 8 à 12 jours dans des conditions normales pour passer par tous les stades de leur développement et produire des spores mûres, virulentes. Quant au Micrococcus inseclorum, la maladie causée par ce microbe est contagieuse aussitôt après l'infestation et peut être propagée par des sujets atteints encore vivants. Il était donc relativement facile, dans ces conditions, de créer des foyers d'infestation et d'admettre logiquement que, ces foyers une fois établis, l'épidémie se propagera d'elle-même rapidement sur toute l'étendue des champs envahis par les insectes (ju'il s'agissait DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIRLES A l'aGHICULTURE. 485 d'atteindre. Les résultats obtenus en Russie et surtout aux Étals-Unis ont montré qu'il en est elîectivement ainsi. Or, les conditions d'existence des vers blancs ne ressemblent en rien à celles du Cleonus et du Chiitch bug, pas plus que les conditions de développement de la ymiscardine rose ne ressemble à celles des imiscardines précitées. On sait^ en effet, que les vers blancs se tiennent enfouis dans la terre à des profondeurs variant entre 10 et 20 centimètres en été et 30 à 60 centimètres en biver, qu'ils ne viennent jamais d'eux- mêmes à la surface, qu'ils se déplacent peu, vivent isolés et peuvent, par conséquent, ne jamais se rencontrer les uns les autres. D'autre part on sait que la miiscardine rose est un champignon à évolution relativement très lente, qu'il faut attendre un, deux et parfois même trois mois pour qu'une culture sur ver blanc ou sur pomme de terre donne des spores bien mûres. Ce sont là des faits qui, à première vue déjà, permettent de pré- juger que les procédés employés par MM. Krassllstchik et Snow ne peuvent pas être appliqués tels quels à la destruction des vers blancs. Il nous semble même impossible d'admettre qu'un naturaliste tant soit peu au courant des conditions de développement de la miiscar- dine rose et des conditions d'existence des vers blancs, ait jamais pu espérer d'atteindre ces derniers dans une proportion appréciable, en répandant sur les cbamps des spores à raison de quelques tubes ou même de quelques kilogrammes de cultures sur pomme de terre, ou en enfouissant ces mêmes cultures dans le sol 2 raison d'un petit morceau pour 10 ou 20 mètres carrés'. 1. Ce sont pourtant ces procédés qui ont été adoptés et conseillés par M. I-e Moult dont toute la bonne volonté et toute Ténergie digne d'éloges déployée dans la lutte acharnée et désintéressée contre le hanneton ne pouvait compenser le manque de connaissances spéciales indispensables non seulement pour mener à bien une pareille entreprise, mais pour prévoir et apprécier les dillicultés de tontes sortes (|ue Ton ren- contre toujours dans ce genre de recherches. M. Le Moult, s'il n'a pas été le premier à découvrir le parasite du hanneton et du ver j)lanc, a eu le grand mérite de le chercher et de le retrouver au moment où per- sonne n'y pensait plus. Il a été le premier en Fiance qui ait songé à l'utiliser comme moyen de destruction et surtout, qui ait attiré sur celte importante question l'attention des savants et des cultivateurs. En outre, président du syndicat du haiinetonnage du 486 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. L'expérience suivante prouve bien, croyons-nous, qu'il n'y a pas de doute possible à ce sujet : Nous avons placé 100 vers blancs de 2* année dans 10 pots à fleurs à moitié remplis de terre. Ces vers blancs ont été recouverts d'une couche de terre de 2 centimètres d'épaisseur sur laquelle nous avons répandu le contenu d'un tube de culture sur pomme de terre (tubes Le Moult) par pot. Ensuite, nous avons rempli les pots de terre jusqu'en haut et nous y avons semé du blé et du gazon. Pour arriver aux racines, les vers blancs étaient donc obligés de traverser la cou- che des spores. Le contenu de ces 10 pots a été vérifié 34 jours après et notis n'avons pas trouvé un seul ver blanc muscardiné. Une couche de terre de 2 centimètres a donc suffi, malgré des arrosages fréquents, à garantir les vers blancs de toute contagion pendant plus d'un mois. D'autres expériences faites simultanément avec le? mêmes cul- tures nous ont prouvé que, bien que fortement atténuées, ces cul- tures étaient encore assez virulentes pour infester en moyenne 4 vers blancs sur 10, traités par contact direct. canton de Gorron (Mayenne), il a créé presque tous les syndicats de liannetonnage exis- tants en France ou provoqué leur création. Ce sont là des services importants rendus à Tagriculture et des titres que personne ne songe à lui disputer. Nous reconnaissons même volontiers que, si nous nous occupions bien antérieurement de « zoologie appli- quée », c'est la grande publicité donnée aux premières notes communiquées par Jl. Le Moult sur le parasite du hanneton, à l'Académie des sciences, qui nous a montré toute Timporlance de cette 'question et qui nous a décidé à nous y consacrer entièrement. Mais M. Le Moult, il le reconnaît lui-même, n'est pas naturaliste. L'étude des maladies contagieuses el de leurs applications, étude d'autant plus dillicile et compliquée que cette science est toute nouvelle et ne repose encore que sur des observalions bien peu nombreuses, demande, en dehors des connaissances spéciales de mycologie et d'en- tomologie, des connaissances très étendues de biologie générale. Or, de toutes ces sciences, M. Le .Moult n'avait et ne peut avoir encore que des notions tout à fait insulTisantes. Qu'il laisse donc aux naturalistes qui s'en sont fait la spécialité la re- cherche des procédés à suivre dans chaque cas particulier et la direction des re- cherches expérimentales; son concours est par contre tout indiqué quand il s'agira d'appliquer en grand les procédés suffisamment étudiés et expérimentés. En groupant les agriculteurs, en organisant des syndicats, non seulement de hannetonnage, mais, en général, de défense contre tous les animaux nuisibles, et en propageant les méthodes de défense réellement scientiliques, il sera dans son rôle et rendra ;i l'agriculture des services tout aussi importants. DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRICULTURE. 487 Nous avons VU aussi plus haut (p. 47('») que M. Cienkowski évaluait à 90 litres la quantité nécessaire de spores pures à répandre sur un hectare pour atteindi'e les larves du hanneton des blés ; or, pour obtenir 00 litres de spores pures, il faudrait environ iO quintaux métriques de cultures sur pomme de terre. Pour trouver un procédé rationnel d'infestalion des insectes dans les champs, il faut donc tenir compte de toutes les particularités qui caractérisent d'une part le développement du champignon parasite que l'on veut employer, d'autre part le genre de vie des insectes visés. Pour expliquer la propagation des maladies contagieuses parmi les êtres qui vivent sur la terre, on admet généralement que les germes de ces maladies ont dû être absorbés avec l'air inspiré, les aliments ou l'eau de boisson, en un mot que ces êtres ne peuvent s'infester qu'à la condition de vivre dans un milieu infesté lui-même» c'est-à-dire conlenanl des germes pathogènes en quantité suffisante. Or, les vers blancs qui vivent dans la terre ne seront atteints par la muscardine que quand cette terre elle-même sera suffisamment infestée, quand le germe virulent du parasite vivra et se développera dans la terre. C'est ce qu'on observe, en effet, en suivant avec attention et pen- dant plusieurs années de suite les épidémies de muscardine dans leurs stations naturelles (voir les observations de M. Gouin p. 473). Il nous semble impossible de s'expliquer l'apparition, à un moment donné, des vers blancs momifiés, un peu partout sur une vaste étendue, autrement qu'en admettant la préexistence du champignon parasite dans ces terres. Ce qu'il faudrait chercher, par conséquent, dans le cas particulier de la destruction des vers blancs par la muscardine, ce n'est donc pas autant à atteindre directement les vers blancs, qu'à provo(juer le développement de la muscardine dans les terres qu'il s'agit de préserver de leur invasion. Ce serait là, du moins, la seule méthode basée, nous semble-l-il, sur l'ensemble des données connues jusqu'à présent. En résumé, les insectes qui vivent à la surface de la terre, sur les tiges, les feuilles ou les fleurs des plantes, tels que les hannetons, 488 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. les Cleomis, les Cliinch bugs, les laupins, les sylphes, les mouches de blé, les pucerons, les charançons, la plupart des insectes para- sites de la vigne, etc., etc., peuvent être traités avec succès par les méthodes adoptées par MM. Krassilstchik et Siww, c'est-à-dire en répandant des spores virulentes à la surface des champs ou sur les plantes envahies. Dans tous ces cas l'infestation directe d'un certain nombre d'insecles est très possible et l'épidémie pourra se propager ensuite d'elle-même toutes les fois que le microbe employé sera une baciériacée ou une muscarcline à évolution rapide. Par contre, on ne peut espérer d'atteindre et de détruire au moyen des maladies contagieuses les insectes (principalement des larves) qui vivent enfouis dans la terre et s'attaquent aux racines, qu'en infestant la terre elle-même, c'est-à-dire qu'en provoquant dans cette terre le développement des champignons parasites. Dans ce dernier cas, l'application de microbes pathogènes à la desiruction des insectes nuisibles présente bien des difTicuilés, elle demandera certainement encore beaucoup et de longues éludes; ces difficultés ne semblent pourtant pas insurmontables. Les épidémies naturelles qui déciment les vers blancs et proba- blement beaucoup d'autres larves vivant dans les mêmes conditions, prouvent d'une façon indiscutable qu'il est possible de réaliser dans la terre les conditions nécessaires au développement des muscardines, le tout est de savoir comment s'y prendre, et les recherches expérimen- tales conduites avec méthode ne manqueront pas de nous l'apprendre. En tous cas, il nous semble bien démontré aujourd'hui que, dans la lutte avec les animaux nuisibles, la méthode inaugurée par M. Melcli- nï7iO/f et suivie avec tant de suc.cès par les naturalistes américains est kl seule qui a donné jusqu'à présent des résultats satisfaisants et indiscutables, la seule qui peut nous assurer la victoire. Conseils pratiques pour contaminer les vers blancs et les hannetons et pour établir des foyers d'infestation dans les champs. Pour infecter des vers blancs on peut se servir de hannetons ou de larves momifiées, ou bien de cultures artificielles. DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRICULTURE. 489 Les momies, comme les cultures arlificielles, ne peuvent être employées utilement que quand elles contiennent des spores bien mûres. , Les momies sont mûres quand la moisissure qui les recouvre est pulvérulente et d'une teinte grise-jaunâtre. Les cultures arlificielles de muscardine peuvent être faites sur différents milieux nutritifs préalablement stérilisés, le plus souvent on les fait sur des bâtons de pommes de terre â demi cuites sous pression, avec un peu de jus sucré et acidulé, dans des tubes en verre. Si les tubes sont bien préparés et contiennent de la muscardine bien virulente, les bâtons de pommes de terre présentent une colo- ration rouge-violacée ou lie de vin foncée et sont entièrement cou- verts de moisissure. Les cultures qui n'ont donné à la pomme de terre qu'une colora- ration rose-tendre ou jaunâtre sont généralement plus ou moins fortement atténuées; leur emploi ne peut donner que des résultats peu appréciables. Il est assez facile de se rendre compte de l'état de développement de la muscardine dans les tubes. 11 faut secouer le tube, et alors, si les spores sont bien ftiùrcs, elles se détacheront de la pomme de terre et formeront à l'intérieur du tube un nuage gris-jauuâlre, semblable à de la farine bise ; dans le cas contraire, la moisissure restera adhérente à la pomme de terre. Seule, la poussière qui se détache facilement de la pomme de terre peut être utilement emploijée pour V infestation des hannetons et des vers blancs. Il est bon de ne prendre dans les tubes pour s'en servir que la poussière qui se sera détachée seule après quelques secousses ; re- boucher ensuite et laisser le tube en repos pondant quelques jours. Chaque tube peut servir plusieurs fois et on n'utilisera chaque fois que des spores mûres. Pour contaminer les vers blancs, il faut procéder de la façon sui- vante : 1" Faire ramasser des vers blancs en aussi grande quantité que possible. On les prend avec précautions, pour ne pas les blesser, et 490 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. on les place dans des paniers ou autres récipients avec de la terre, pour qu'ils ne meurent pas en se blessant les uns les autres ; 2" Choisir un endroit peu éclairé (grange, remise ou écurie) et répandre par terre les vers blancs ramassés, de façon à ce qu'ils ne puissent pas se toucher et se blesser les uns les autres ; 3° Verser le contenu des tubes, en les secouant fortement, dans une assiette, un bol ou un récipient quelconque, prendre, avec un petit pinceau, la poussière blanche qui se détache de la pomme de terre et toucher les vers blancs un à un, de façon à les saupoudrer de spores (s'il reste des spores attachées aux parois intérieures des tubes, il faut rincer ces derniers avec un peu d'eau et toucher les vers blancs avec un pinceau trempé dans cette eau) ; ^^ Laisser les vers blancs, ainsi saupoudrés de spores, pendant trois ou quatre heures ; 5" Ramasser les vers blancs ainsi traités et les placer en pleine terre, en les enfouissant à dix ou quinze centimètres de profondeur et à dix centimètres de distance l'un de l'autre. — Il faut placer, au moins, 100 vers blancs contaminés sur un mètre carré, en choisis- sant les parcelles qui ont le plus à souffrir ; 6" Les bâtons de pommes de terre, dont on a enlevé les spores avec le pinceau, doivent être coupés en quinze ou*vingt petits morceaux et enfouis en même temps que les vers contaminés. Pour que le traitement que nous venons d'indiquer devienne réellement efficace et donne des résultats appréciables, il faut l'ap- pliquer de la façon suivante : 1° Mettre à profit les travaux des champs pour commencer à faire ramasser les vers blancs au printemps, aussitôt qu'ils seront remontés près de la surface, et continuer ainsi pendant la durée de la belle saison, c'est-à-dire jusqu'en octobre. Les vers ramassés dans la journée, pendant les labours et autres travaux des champs, doivent être traités le soir et enfouis le lendemain matin; 2° Établir des gisements momifères pour avoir constamment de la muscardine bien virulente à sa disposition. Isoler une petite parcelle de quelques mètres carrés en l'entourant de planches, de feuilles de tôle ou d'ardoises enfoncées dans la terre à 30 ou 40 centimètres de profondeur; enfouir dans ce champ des vers blancs contaminés par DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRIGULTURE. 491 le procédé ci-dessus indiqué, en raison d'une centaine par mètre carré; jeter ensuite, dans ce champ réservé, en les enfouissant à cinq ou dix centimètres de profondeur, tous les vers blancs que l'on pourra se procurer. En procédant ainsi, on aura, un an après l'éta- blissement du champ réservé, une quantité suffisante de vers mus- cardinés pour traiter les champs envahis par les vers blancs, sans avoir recours aux cultures artificielles. En résumé : i° employer des cultures artificielles pour créer des foyers d'infestation dans les parcelles qui ont le plus à souffrir (au lieu de répandre les vers blancs contaminés en les enfouissant un à un à 5 ou 10 mètres de distance, comme on l'a conseillé jusqu'à présent, il faut en enfouir 50 à 100 par mètre carré, de place en place, dans les parcelles qui ont le plus à souffrir); 2** établir des gisements momifères pour avoir toujours de la muscardine bien virulente à sa disposition. Pour contaminer les hannetons, il faut : 1° Enfermer les hannetons dans des seaux, des pots ou autres récipients analogues; 2° Répandre sur eux des spores en raison d'un tube de culture sur pomme de terre pour 200 ou 300 hannetons en moyenne; 3" Les laisser enfermés ainsi pendant cinq ou six heures ; 4° Les relâcher ensuite et les laisser, s'envoler. Une partie des hannetons contaminés succomberont avant de s'en- terrer et se couvriront de moisissure qui sera répandue partout par le vent. D'autres mourront miiscardinés dans la terre et propageront la maladie parmi les vers blancs. Les vers blancs et les liçinnetons momifiés peuvent conserver leur virulence pendant au moins deux ans. Les foyers d'infestation créés en pleine terre y persisteront pendant plusieurs années de suite, tant qu'il y aura des vers blancs pour les alimenter. Tableaux. TABLEAUX GRAPHIQUES 25000 — — — r T 24000 , 23000 ! 22 000 1 • 21000 i 1 200OO ( ! i '■9 000 1 18000 ■ t 17 000 — 4— 1 — 1- — 1 — 1 16000 15000 1 1 14000 1 1 1 1 13000 i 1 1 12000 T 1 1 nooo i 1 ! 1 10000 t 1 1 1 1 ; 9 000 j ! i i 1 1 8000 I 1 1 ■ 1 1 7 000 1 ! 1 1 6000 ^ i 1 ] I 5000 4000 4_ ..J_- -- — ■'/■ — H 1 t 1 1 ■ j / ! 1 1 1 T 7 ! 3000 2000 1 t / 1 1 --t-- T J 1 1 000 '""J. --i-- ■/^ J 1 ■ 1 1 L 1 Fé w. M. irs. Avi ni M ai. Ju jn. Juil. Août. Sept. et. N ov D éc Janv. N» 1. — Multiplication des campagnols «n une anuée de grande invasion. • 1 I ^" o ! ■~~f~-- "S—- -, J CD 1 1 1 . — / 05 oo "■ ' — L oo " 1 " 1 i ri-^ — ■ - — ^ ^^^ -- i_ _. oo oo ' ' ^—4 ^ - r CX5 i i l r^ i 1 00 K oo -.k" — f— ■ — ' . -^ -, .. . î 00 \ ^ oo J 1 s 00 ~~^. 03 i— -J — — — < =1 -t-^ — — - ' 1 — — , — - 1 1 OO ~^ ■^ K <=-U T~* ~1 ) -' -^ ^^ co "^ ^ -^ ■~> oo r-» ^< — — ^^ ^ oo "^-^ ^ ■-> oo J r— -^ •^ 00 oo \ •^ — i \— — J — — 1 1^ " o 00 ^ 00 1 '-] c c > o > 9 o o o o o o o o c c > c o o a a o o o o o O o o o c^ o oo 00 "3 o a 03 aj a a a. I CO vo <^ CNl O O o es o o o o TABLE DES MATIERES DU TOME PREMIER (1893) Pages. L. Grandeau et H. Ballaçay. — Études expérimentales sur Taii- menlalion du cheval de trait. Sixième mémoire 1 É. Saillard. — Étude sur quelques stations agronomiques alle- mandes. — Deuxième partie. La station agronomique de Halle . 105 A. Ronna. — Les dessèchements en Angleterre (avec deux cartes). 151 E. W. Hilgard et M. E. Jaffa. — Note préliminaire sur la teneur en azote de l'humus dans les régions arides et humides .... 297 L. Grandeau. — La fumure des champs et des jardins 305 J. Danysz. — Destruction des animaux nuisibles à l'agriculture (rongeurs et insectes) par les maladies contagieuses (avec deux diagrammes) • -410 Nancy, imprimerie Bcrger-Levrault et C' A New York Botanical Garden Librar 3 5185 00258 6376 ^ifl^. :o> '« .*«: O^' 'Vf.- »1