^k. (. ^ ô-q'if ANNALES DES SCIENCES NATURELLES. ^.qq/p. IMPRIMERIE DE J. TASTU, RUE DE VAOGIRARD, n" 36. /-^^►•^iw.^^-Z (^ LES ■5"-'^i ■V-'.- ,^ SCIENCESilÈAîriRELLES , MM. AUDOUIN, AD. BRONGNIART et DUMAS, COMPRENANT LA PHYSIOLOGIE ANIMALE ET VÉGÉTALE , l'aNATOMIE COMPARÉE DES DEUX REGNES, LA ZOOLOGIE, LA BOTA- NIQUE , IJi. MINÉRALOGIE ET LA GÉOLOGIE. TOME QUATRIEME, ACCOMPAGNÉ DE PLANCHES I N-4". A PARIS, I CHEZ BÉCHET JEUJNE , LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE , PLACE DE l'École de me'decine , n» 4- ~^. ..-48â \ •^ w - ^ ANNALES DES SCIENCES NATURELLES. Obseuvatiosis sur quelques Mollusques et Zoophytes , envisagés comme causes de la Phosphorescence de la mer; ( Lues à l'Académie des Sciences de l'Institut, le 18 octobre 1824. ) Par mm. Qcoy et Gaimard , Me'decins de la Marine royale , Naturalistes de l'expcdition de découvertes autour du monde, commandée par M. le capitaine de Freycinet. Si la vie, considérée au sommet de la chaîne des êtres, est un spectacle merveilleux par sa complication, on n'est pas moins étonné de la simplicité qu'elle afïecte dans les derniers anneaux de celte même chaîne. A ce terme , on croit saisir ses phénomènes ; on étudie , on s'empresse ^ et les derniers résultats sont que , là comme ailleurs , elle est impénétrable à nos sens et se dérobe à nps moyens d'investigation. C'est dans les lieux où les phénomènes qui en faci- litent la propagation sont sans cesse renaissans , où des torrens de lumière et de chaleur pénètrent et échauffent les eaux, où l'électricité semble répandue avec profu- sion dans tous les corps , que l'on voit se développer , pour ainsi dire spontanément, des myriades d'animal- cules. Lorsque aux brises légères qui agitent la surface de la mer succède un calme parfait, il semble qu'une baguette magique anime le sein des eaux , et que leuis Tome IV. — Janvier. principes conslituans se réunissent , se couciètcnl pour produire la vie. Nous avons souvent contemplé ce spectacle -, il rom- pait pour nous la monotonie des calmes, et diminuait l'ennui des longues navigations. Mais personne n'ignore qu'il faut être initié à l'étude des secrets de la nature , pour apprécier ses merveilles : car ces mers animées pour l'observateur, sont mortes et dépourvues d'intérêt pour le vulgaire qui n'y remarque que les objets les plus saillans. C'est principalement dans les déti'oits, à l'approche des terres, et dans les lieux peu profonds, que les ani- malcules se reproduisent avec une admirable fécondité. Dans les Moluques, par exemple, il suffisait de puiser do l'eau dans un vase pour s'en procurer un grand nombre d'espèces. Les uns étaient allongés , cylindri- ques -, d'autres orbiculaires, aplatis; la plupart de forme ronde ; ceux-ci nageaient, tourbillonnaient avec vitesse-, ceux-là paraissaient simplement formés d'une masse gé- latineuse immobile. Quelquefois la mer était couverte de fibrilles , de filamens déliés , ou bien d'une sorte de poussière inerte en apparence, quoiqu'elle fût proba- blement organisée. Il est difficile de se faire une idée de cette fécondité ; elle égale , si elle ne surpasse pas celle qui s'opère sur la terre. Quels en sont les moyens? Ces animalcules, dépourvus d'organes perceptibles , pro- créent-ils? transmettent-ils l'existence à d'autres indi- vidus ? ou bien , à ce dernier terme de l'auimalite, suf- firait-il, comme l'ont pensé quelques philosophes, de la combinaison de certains principes simples pour produire des êtres organisés? Celle opinion est aussi celle d'un célèbre naturaliste de nos jours. Nous ne faisons que l'in- ( 7) diquer sans nous y arrêter davantage , parce qu'aucune observation précise ne l'a encore fait sortir du rang des hypothèses. Dans les espèces les plus simples qui affectaient une forme ronde , on ne pouvait distinguer aucun organe propre à une fonction quelconque. Ici l'irritabilité est tout 5 elle constitue à elle seule la vie, comme le dit Bonnet 5 et l'on est parfaitement disposé à croire , avec cet illustre penseur, que la première des fonctions, la nutrition , s'opère par toute la surface du corps. Un phénomène propre à plusieurs espèces différentes d'animaux, mais qui appartient plus spécialement aux Mollusques et aux Zoophytes pélagiens , c'est la phos- phorescence , sur laquelle on a beaucoup écrit , et qui laisse encore un si vaste champ aux systèmes , puisque tout est à découvrir dans la manière dont elle s'opère. Cependant, pour contribuer à éclairer celte matière, i! ne faudrait pas répéter à satiété ce que l'on sait déjà , et se croire obligé , parce qu'on met le pied sur la mer pour la première fois , de renouveler des applications de physique tout-à-fait surannées , et dont on ne parle plus depuis long-t.?nips. Certes , nous pouvons dire avoir observé ce singulier spectacle sous tous les méridiens , puisque nous les avons tous parcourus ; nous en avons même vu des effets que personne ne cite : eh bien! nous devons avouer que nous ne sommes pas plus avancés dans la connaissance du principe producteur de la phos- phorescence , que lorsque nous commençâmes à l'exa- miner il y a dix ans. Aussi , sans aspirer à l'honneur facile d'émettre une hypothèse , nous nous contenterons d'ajouter aux faits positifs déjà connus , quelques simples remarques à l'aide desquelles des observateurs plus ha- ( » ) biles dévoilevout peut-être un jour la cause de la sur- prenante faculté que possèdent les animaux dont nous nous occupons. Nous ne sommes plus à une époque où l'on mette en doute les causes générales de la phosphorescence de la mer. Les naturalistes ont démontré qu'elle est produite par les animalcules qui pullulent dans ses eaux-, qu'elle n'appartient ni au liquide , ni à l'électricité, encore moins à la putréfaction , quoique , dans cet état, certains Mol- lusques , tels que les Biphores et les Calmars , soient susceptibles d'émettre quelques lueurs , mais toujours de peu de durée (i). Une phosphorescence active tient essentiellement à la vie ; car les Animalcules et les Mollusques chez lesquels les fondions vitales sont ralenties, n'émettent presque plus de lumière, et elle s'éteint lorsqu'ils cessent d'exister. Ce principe lumineux est parfois inhérent à la substance de quelques Méduses , de certains Biphores , Béroës , Py- rosomes , etc.; il la pénètre , et ces animaux ne sont pas maîtres de le rendre plus actif ou de l'alfaiblir. D'autres, au contraire, chose merveilleuse! jouissent de cette fa- culté, et modifient tellement la lueur qu'ils répandent, qu'à volonté ils l'augmentent, la diminuent, ou la font tout-à-fait disparaître , ainsi que nous le dirons pins bas. Le calme , la chaleur, vme surabondance d'électricité dans l'atmosphère , accroissent l'intensité de la phospho- rescence. La nuit la rend plus apparente , et le mouve- ment la développe. Tous ceux qui ont navigué entre les (i) Nous avons aussi remarqué celle parliciil.nite sur une Tortue lie mer ■vivante, à qui on avait enlevé les écailles. La superficie du dos s'était ulcérée , et l'on y voyait la nuit plusieurs points lumineux. (9 ^ tropiques, dans le voisinage des terres et par une pctilr profondeur, savent quelle brillante traînée de lumière le vaîssrau laisse après lui. Ce beau spectacle a exercé la plume de plus d'un voyageur; et chacun , en le dépei- gnant selon l'impression qu'il produisait en lui , ne l'a que trop souvent embelli encoi^e par une narration un peu fastueuse. Quoi qu'il en soit, le développement de la phosphorescence par la collision est vraiment une chose admirable. Dans le repos , les ondes ne laissent apercevoir d'autre lumière que celle de quelques gros Mollusques; mais lorsqu'on les agite, chaque molécule animée devient lumineuse. Si , dans ces instans , les agiles Dauphins se jouent autour du navire , on les voit décrire sous les eaux des serpenleaux semblables à ceux des feux d'artiGce; et quand ils viennent respirer l'air avec bruit, l'illusion augmente , et l'on croirait voir et entendre la déflagration d'une fusée. Nul doute que la viscosité de la mer ne soit due à cette innombrable quantité d'animaux. La plupart, que leur transparence dérobe à la vue, deviennent, à l'aide de la phosphorescence, des points lumineux qui s'atta- chent aux corps que l'on plonge dans l'eau. De-là est venue probablement l'idée que beaucoup de poissons vi- vans sont phosphoriques : il peut y en avoir sans doute, et notre intention n'est pas de le nier ; cependant il faut croire qu'ils sont rares , car nous n'en avons jamais vu. On les aperçoit très-distinctement nager quand la mer est lumineuse, et il semblerait même qu'ils contri- buent à lui donner cette apparence ; mais si on les ex i- mine quand ils se tiennent en repos , il est facile de se convaincro que la faculté de scintiller ne leur est pas inhéretite, et que l'ciîët qu'ils produisent dans cette cir- ( lo ) constance, est le même qu'on obtiendrait en agitant dans l'onde un corps inerte. Voici quelques expériences faites sur ces Animalcules ^ elles sont de peu d'importance , il est vrai , mais nous ne les donnons que pour ce qu'elles valent. En septembre 1817, étant dans la Méditerranée , près des côtes de Murcie , par un calme très-profond , la mer en parut couverte dans l'espace de plusieurs lieues •, ils étaient de couleur grisâtre, et on les apercevait à quelques pieds de profondeur. Ayant rempli un seau de cette eau lumineuse , nous la gardâmes jusqu'à la nuit , où la pliosphorescence commença à se montrer , en même temps que celle de la mer, mais beaucoup moins écla- tante : ce qu'il faut attribuer à l'impossibilité de renou- veler le liquide de notre vase ; car le propre de tous les Zoopbytes et Mollusques est de sécréter un mucus qui les entoure et les fait périr lorsqu'ils ne nagent pas li- brement dans de grandes eaux. Quoi qu'il en soit , nous soumîmes les uns et les autres, c'est à-dirc ceux de la mer et ceux que nous avions auparavant pris dans un seau , à l'action de quelques réactifs que nous avions sous les mains. D'abord nous versâmes dans le vase qui contenait ces animaux , de l'acide sulfurique affaibli : ils brillèrent tout-à-coup, se dessinant parfaitement en globules, et ânirent par ne plus donner de lueur. Une nouvelle dose d'acide les fit encore reparaître ; mais à la troisième ex- périence, ils avaient péri, et rien ne put les forcer à briller de nouveau. L'acide était-il pur, ils périssaient subitement en répandant une légère lueur. Le vinaigre et l'acide bydroclilorique produisaient le même effet \ le dernier surtout avec beaucoup plus de force. Il est une ( >I ) précaution à prendre , c'est de répandre les acides très- doucement et de manière à toucher J es parois du vase; car de l'eau simple , versée d'une certaine hauteur, fait paraître la phosphorescence ; et si l'on agissait ainsi avec tous les réactifs , on ne pourrait distinguer ce qui dépend de la cause mécanique, de ce qui appartient à leur action chimique , laquelle détermine une agitation très-vive parmi ces Animalcules avant de les faire périr. Ces agens , en altérant leur substance , les rendent un peu plus visibles à l'oeil nu. La phosphorescence de la mer ue se manifeste pas seulement entre les tropiques: elle a lieu aussi dans nos parages, et nous l'avons remarquée jusque par le soixantième degré de latitude sud , où elle était peu in- tense , il est vrai. L'eau saumàtre ou presque douce n'est pas non plus étrangère aux effets de ce phéno- mène , que nous vîmes reproduits avec force dans la ri- vière de la Plala. Quelle en est la cause essentielle? quel est l'organe qui , dans les Mollusques les plus simples comme dans les plus composés , sert à transmettre ces effets à nos regards ? Ce sont des questions auxquelles on ne répon- dra peut-être jamais péremptoirement. Nous nous bor- nerons à faire une i^emarque à cet égard ; c'est qu'en étudiant ces animaux, en en maniant des masses, notre odorat a toujours éprouvé la même sensation que pro- duit celle d'une grande quantité d'électricité accumulée sur le plateau d'une machine électrique. L'observation par laquelle nous allons terminer ce mémoire, est le fait le plus singulier que nous ayons encore vu en ce genre. ( 19. ) Klant mouillés sur la petite ile Rawak, directement placée sous l'équatour, nous vîmes un soir sur l'eau des lignes d'une blancheur éclatante. En les traversant avec notre canot , nous voulûmes en enlever une partie ; mais nous ne trouvâmes qu'un fluide dont la lueur dis- parut entre nos doigts. Peu de temps après , pendant la nuit , et la mer étant calme , on vit près du navire beau- coup de ces zones blanches et fixes. En les examinant , nous reconnûmes qu'elles étaient produites par des Zoophytes d'une petitesse extrême , et qui avaient eu eux un principe phosphorescent si subtil , et tellement susceptible d'expansion , qu'en nageant avec vitesse et en zig-zag , ils laissaient sur la mer des traînées éblouissantes , d'abord larges d'un pouce , qui allaient ensuite jusqu'à deux ou trois par le mouvement des ondes. Leur longueur était quelquefois de plusieurs brasses. Générateurs de ce fluide , ces animaux l'é- mettaient à volonté 5 on voyait tout- à -coup un point lumineux jaillir de leur surface , et se développer avec une prodigieuse rapidité. Un bocal que nous mimes à la surface de la mer, reçut deux de ces Animalcules qui rendirent immédiatement l'eau toute lumineuse. Peu à peu cette lueur diminua , et finit par disparaître. Ce fut en vain qu'à la loupe et à la lumière ( moyen fa- cile de distinguer dans l'eau les Mollusques transpa- rens ) , nous fîmes des efforts pour apercevoir quelque chose; tout avait disparu. Seulement nous pouvons as- surer qu'à l'aide de la lueur que répandaient ces ani- maux, nous disceinâmes qu'ils étaient excessivement petits. Deux oflSciers de VUranie admirèrent avec nous ce ( '3 ) phc-nonièiie dont nous ne sachons pas qu'on ait parli'-. D'antres, obscrvatonrs plus honrcux, pourront peut- être reconnaître l'aniinal qui le produit. Nous avons souvent réfléchi à l'étrange faculté dont sont doués ces Zoophytes microscopiques , et nous l'a- vons toujours trouvée inexplicable , k moins de suppo- ser , pour se rendre raison d'un fait aussi singulier, qu'ils recèlent en eux un des principes de la phospho- rescence , qu'ils l'émettent à volonté, et que ce prin- cipe devient seulement visible lorsqu'il se combine avec l'eau de la mer. Nous ne disons rien du sentiment des auteurs sur \e sujet qui nous occupe ^ nous ne faisons point de cita- tions ; nous ne combattons point les opinions cpii ten- draient à faire croire que la phosphorescence de la mer est due à d'autres causes qu'à la présence des animaux : •il serait absolument oiseux de rappeler des systèmes que la seule observation devait renverser ; et c'est aussi ce qui a eu lieu. Nous n'apportons cpie des faits , peu nom- breux , sans doute , mais , nous osons le dire , aussi bien observés que nous pouvions le faire dans nos doubles fonctions de médecins et de naturalistes , et en franchis- sant avec rapidité des espaces immenses (i). (i) En allant des îles Mariannes aux îles Sandwich , nous reucnn- trâmestrès au large, par 35° de latitude Nord, et dans une étendue de plusieurs degrés, une énorme quantité d'œufs de Mollusques : ils étaient tous de la même espèce, rougeâtres , et formés d'un grand nombre de petites cupules allongées , fixées par une de leurs extré- mités sur une petite bandelette longue d'un pouce et demi à deux pouces, laquelle, dans l'eau, était un peu r?croqiievillée sur elle-même, de sorte que la masse des œufs avait une forme arrondie. I£n pressant les cupules , il en sortait beaucoup de petits grains noirs qui, examinés au microscope , étaient autant de petites coquilles discoïdes et planor- biques , ayant quelques rapports avec celles du genre Atlante de ( '4 ) Note sur Cîle de Madère; Par m. LiiopoLD de Bcch. M. Edouard Bowdicli, que les sciences viennent de perche, avant de se rendre de nouveau à la Guinée, avait passé l'hiver de 1821 - 1822, dans l'ile de Madère ; et il a publié plusieurs des observations extrêmement importantes , qu'il a faites dans cette ile , dans le Journal pliilosopliique d'Edinburgli , T. XVIII, p. 317. Une de ces observations concerne la hauteur de Tile. Muni de baromètres de Fortin , il en avait laissé un dans la maison du consul anglais , M. Veilsch, pour servir à y faire des observations correspondantes et il s'était rendu avec l'autre , à la plus haute cime de l'île , au Pico-Huwo. Il donne le détail de ces observations. Le baromètre , à la cime , se soutint à 22 pouces 10,7 lignes de Paris. Therm. 7,i5 de R. (9,3. c. ) A Funchaldans la maison de M. Veilsch, à 28 p. 5,6 lignes. Therm. 16,4 R. (20, Soc.) L'élévation de la maison de M. Veilsch , au-dessus de la mer, s'est trouvée de ii\5 pieds de Paris. Le baro- mètre se serait donc soutenu au bord de la mer, à 27 M. Lesufur, et que nous avions déjà trouvées dans d'autres parages. Mais les Atlantes sont très-rares ; et si les oeufs dont nous parlons eussent seulement donné chacun une coquille , la mer en eût e'ié cou- verte. D'ailleurs, les Atlantes connus jusqu'à ce jour sont presque microscopiques, et les Mollusques desquels provenaient ces œufs de- vaient être fort gros. Les localités et la fraîcheur de la température ne permettent pas de supposer que ce soient des Nautiles; d'où il suit que nous ignorons complètement quel est le Mollusque dont Tem- btyon discoïde et aplati couvre ainsi ces parages. ( .5 ) pouces 7,i4 lignes. C'est en efietune hauteui- bien consi- dérable , mais elle n'est pas extraordinaire dans le voisi- nage de cette partie de la côte d'Afrique ; phénomène que j'ai discuté dans mon Mémoire sur la température des îles Canaries. M. Bowdich détermine donc, d après es données , la hauteur du Pico-Ruwo à 6164 pieds anglais , ou à 5^88 pieds de Paris. La capitaine Sabine , si connu par ses belles expé- riences et par ses observations , poursuivies avec non moins de sagacité que de persévérance et de courage , dans les diflerens climats du monde, a publié, presque en même temps que M. Bowdich , une détermination de la hauteur du Pico-Ruivo ( Journal oj tlie Royal Ins- titution , XXIX, 69). Il y donne également tous les dé- tails de ses observations. Ce sont les suivantes : i3 janvier 1822. A la cime de Pico-Ruivo , barom : 28 p. 4,51 1. de Paris. Therm. 1,8 R.( 2,25 cl A Funchal , 7 1/2 pieds au-dessus de la mer : 28 p. 6,3 ! 1. Therra. i3,i R. (16,37 *'• ^ M. Sabine donne à la montagne, d'après ces élémens, une hauteur de 5438 pieds anglais, ou de 5[i3 pieds de Paris. Ces mêmes données, calculées d'après les tables de M. Oltnianns (dans l'Annuaire ), ne font monter celte hauteur qu'à 5oii pieds de Paris. M. Bowdich a très-bien senti que la préférence se- rait toujours accordée à une détermination qu'on doit à un physicien aussi habile et aussi expérimenté que l'est M. Sabine , et qu'on rejetterait la sienne, qui donne à la montagne pas moins que de 777 pieds de plus. Il s'ap- puie , pour la soutenir , d'une mesure de la cima de To- ringas , faite par moi , en i8i5 , et publiée par M. Bar- ( '6 ) row , dans rinlroduction du Voyage du capitaine Tuckey an ('ongo. Celte cime, que tout le monde sait à Ma- dère être bien inférieure au Pico-Ruivo , serait élevée , selon cette mesure, de 5484 pieds: ce qui surpasserait donc déjà de beaucoup la hauteur assignée, par M. Sa- bine, à la montagne la plus élevée : d'où M. Bowdich croit pouvoir conclure qu'il doit y avoir une erreur dans les déterminations de ce physicien célèbre. J'ai repris mes uotes , pour voir si des circonstances extraordinaires auraient pu avoir eu de l'influence sur le baromètre, lorsque je l'ai porté à la cime de Toringas ; ou si une erreur de quelque autre nature aurait pu s'être glissée quelque part. Je conserve encore dans ce moment ce même baromètre , garni du même tube , et rempli du même mercure qu'il contenait à Madère , quoique depuis il ait servi à mesurer plusieurs centaines de hauteurs dans les îles Car.aries , et quoiqu'il ait été porté à tra- vers les rochers les plus difficiles , et les laves des plus raboteuses ; preuve qu'on peut bien conserver des ba- romètres en voY^igc, quand on en a la ferme volonté. J'ai rapporté et observé ce baromètre à la même place , à Funchal , d'où j'étais parti pour la cime de Toringas ; le baromètre avait monté assez régulièrement pendant ce temps, et sa variation entière, pendant les i3 heures écoulées entre le départ et le retour , avait à peine ex- cédé une demi-ligne. J'ai donc pu me servir de ces ob- servations , à Funchal , comme d'observations corres- pondantes -, elles se trouveront dégagées par-là d'une erreur possible d'un second observateur , ou d'une dif- férence entre la graduation ou la marche de deux baro- mètres dillérens . dont on ne pourrait plus s'assmer dans ce moment. ( ^7 3 Or, les diirércnles hauleuis, déterminées avant d'ar- river à la cime , sont autant d'échelons qui limitent tou- jours davantage une erreur possible dans l'observalion à la cime. On s'apercevrait de suite d'une telle erreur, et d'une erreur si sensible par quelque irrégularité frap- pante dans la série ascendante de ces hauteurs, et on arriverait quelque part à un résultat, sinon impossible, du moins extraordinaire, et peu vraisemblable. Voici doue les hauteurs observées , et la manière par laquelle nous y sommes parvenus. Nous partiuies , M. Chrétien Smilh, le célèbre bota- niste norw^égien , qui a péri dans l'expédition du Congo, et moi, deFunchalle 26 avril i8i5 , à la pointe du jour. Nous arrivâmes bientôt à la plate-forme de l'église de la Senliora di Montes , d'où l'on jouit d'une des plus belles vues du monde. Les beaux jardins des habitans de la ville s'élevaient jusqu'à cette hauteur , mais les Pal- miers avaient disparu depuis long-temps , ainsi que les Euphorbes en arbres , les Agaves , les Cacalia Kleinii , et le Cactus Opuntia lui-même s'était montré pour la dernière fois à ioo5 pieds de hauteur. Le baromètre fut observé sur cette plate-forme à six heures avs.nt midi. Cie libre. 28,281 p. ang. 26 p. 3,07 1. de Paris. Thurm. i5,5 c. i2,5 c. à 4© pieds au-dessus de la mer. 3o, !G6 p. ang. 28 p. 3,4 1- de Paris. Therm. 18 c. 16, 3 c'. Hauieur au-dessus du niveau de la mer i,6;4 pieds de Paris. Une belle source près de cette église , jaillissant avec force hors de terre, se soutint constamment, pendant; notre séjour à Madère ,ài3,8c. (ii,3,R. ) Le penchant des montagnes s'élève plus rapidement depuis cette église; toujours sur des agglomérats de roches Tome IV. 2 ( i8 ) basaltiques , por»uises , ci souvent même en forme de scorJos , agglomérats qui alternent fréquemment avec (les couehcs irrégulières de basalte. Une pierre assez vi- sible de la ville même s'élève sur ce penchant, là où il perd un peu de sa rapidité. On l'atteint après une heure de montée. h. 10. a. m. nxc libre. Bar. 27,440 P- "ngl. aS p. 8,8 1. Paris. 69,72 cmt. Therm. 18 c. 14, 5 c. à ia pieds au-ilcssiis de la mtr, Bar. 3o,ia4 p- ang'- 28 p. 2.9 1. Paris. 56,62 cmt. Therm. 18 c. i6,5 c. Hauteur au-dessus du niveau de la mer 24^5 pieds de Paris. Peu après , nous entrâmes dans une épaisse forêt composée du superbe Laurus indica, dont le bois rivalise en beauté avec celui de l'acajou ; puis du Laurus nobilis , enGn an Laurus TU (L. /œ^e/zj) , un des plus grands et des plus beaux arbres de l'île , mais que la hache n'at- taque jamais impunément. L'odeur exécrable qui se dé- veloppe du bois est si forte , que les ouvriers sont obligés de s'enfuir, et qu'il faut y retourner à trois ou quatre reprises différentes , avant qu'un arbre puisse être coupé. Il n'offense point l'odorat avant d'être attaqué; il forme tout au contraire , par ses larges feuilles et par ses bran- dies étendues, un des plus grands ornemens de ces forêts. Peu à peu se mêlent à ces lauriers VErica scoparia et VEri- ca arborea, et ils augmentent en nombre à mesure qu'on monte. Le chemin qui conduit à Santa- Anna ^ sur le penchant nord de l'île , se sépare dans cette forêt de celui qui continue vers la hauteur des montagnes. Le baro- mètre s'y soutint : h. 1 1. a. m. i;xe libre. Baroin. 26.,Go p. angl. 24 p. n 1. Paris, 76,312 cmt. Tlierm, 16 c. i4-5c. ù 4° pieds au-dessus delà mer, Barom. 3o,:2 p. angl. 28 j). 3.7 1. Paris. 69,611 cmt. Therm. 18 c. iSc. hauteur au-dessus du niveau de la mer 3,201 pieds de Paris. ( '9) C'est à peu près à celte hauteur que nous entrâmes dans les nuages qui, dans cette saison, couvraient et enve- loppaient presque constamment la partie supérieure de l'île. Les brouillards nous permirent néanmoins de nous apercevoir de la direction de la route , el nous conti- nuâmes de monter. A une heure, nous nous trouvâmes à l'entrée, d'un large vallon, ou d'une espèce de plaine, le J^al Ganane, couvert de buissons. C'était une forêt de Myrtiles en fleurs, de i6 à 20 pieds de hauteur, c'est- à-dire de cette espèce particulière à l'ile de Madère , et connue sous le nom de f^accinium ^rctostaphy los . Su' le bord de ce vallon , le baromètre fut observé : h. I p. ni. iWe libre. Barcm. 25,696 p. angl. i\ p. i !. Paris. 65,2^4 cait. Therm. i5 c. 10,2 c. à 4o pieds au-dessus de la mer , Barom. 3o, ii4 p. angl. 28 p. 2,8 l. Paris. 76,497 cmt. Therm. 18 c. 20 c. hauteur au-dessus du niveau de la mer 4,162 pieds de Paris. A peu de distance, nous vîmes encore un tronc de Laurus nohilis , le dernier sur cette loute , pauvre et rabougri ; d'autres arbres de cette espèce n'auraient cer- tainement pas pu croître à une hauteur plus considé- rable. Cette hauteur est déterminée par !c baromètre comme il suit : h. I 1/2 p. m. fixe libre. Barom. 2.'), 078 p. angl. 23 p. 61. Paris. 63,704 cmt. Therm. 10 c.Q.'-.'J c. à 4" pieds an-dessus de la mer , Bar. 3o,ii4 p. angl. 28 p. 2,9 1. Paris. 76,497 cmt. Therm. 18 c. 20 c. hauteur au-dessus du niveau de la mer 4,769 pieds de Paris. Une montagne assez escarpée du côté du nord , un rocher de basalte termine ce penchant. Au bas du ro- cher on voit jaillir une très-forte source, entourée d'un bassin en pierre de taille. Sa température était de 45 2=^ ( -^^ ) falir. 7, ?5 ('. — .') , ^f) R. Des Vaccinium Arclosla[>l>ylos rampent aiiloui". ils ne peuvent plus s'élever en arbres, et plus haut on n'en voit plus. Hauteur du baromètre au-dessus de ce rocher de ba- salte : h. 2 p. m. fixe llblC. l'ar. aij'O^S P- •'>''S'- ^3 p. 5, 1 1. Paris. 63,476 cmt. Tlicrm. 10 c. 9,76 c. à 4o pieds au-dessus de la mer , Bar. 3o,ii p. angl. qB p. 3.81. P.iris. 76,487 cmt. Tlicrm. 18 c. 20 c. liiHitcur au-dessus du niveau do la mer 4.8^9 picijs de P.uis. Les brouillards augmentèrent tellement en épaisseur depuis ici , que nous ne reconniimes plus aucun objet à deux pas de distance. Mais comme nous nous trou- vâmes sur une arête extrêmement escarpée et aiguii , il pouvait y avoir peu do doute , même dans ces ténèbres , sur !e chemin h prendre pour atteindre la cime. Nous continuâmes donc notre route -, et dans peu de temps nous arrivâmes au bord de la neige qui couvrait les cimes. 11. 3 p. m. fixe libre. Bar. 24,692 p- angl. 23 p. i,S I. Paris. 62,724 cmt. Tlierm. 10 c. 8.75 c. à 4o pieds au dessus de la mer , Bar. 3o,ii p. angl. b8 p. 2,8 1. Paris. 76,487 cmt. Therm. 18 c. 19 c. hauteur au-desseus du niveau de la mer 5, 148 pieds de Paris. L'arêle que nous poursuivimes semblait entourée de précipices aflreux. Enfin elle changea brusquement, sa direction vers l'ouest , pour se tourner vers le sud , et là , elle formait comme ini immense bastion au-dessus de l'abime. Une haute pyramide , érigée avec les pierres ae la cime , désignait clairement cet endroit comme le point le plus élevé de la montagne. Nous fixâmes le ba- romètre à celte pyramide , et nous l'observâmes : ( ai ) h. 4 P ™- fixe libre. Bar. 24,370 p. dngl. 22 p. 10,1 1. Paris. 61,906 cmt. Therm. 10 c. 8.75 c. à 40 pieds au-dessus de la mer , Bar. 3o,iTo p. angl. 28 p. 3,8 I. Paris. ■■^6,487 dm. Therm. 18 c. 18,75 c. haiiieiir au-dessus du niveau de la mer 5,484 pieds de Paris. Beaucoup de hauteurs avaient donc été déterminées pendant celle petite excursion. Une erreur dans la no- talion des observations ou dans l'indication du baromè- tre , devient par là bien peu probable. Mais cette hauteur trouvée pour la cime de Toringas , surpasse de plus de 4oo pieds celle trouvée pour le Pico-Piuivo , par M. Sabine. Je n'hé.siterai donc pas à donner la préférence à la détermination de M. Bowdich. Il est très-possible que M. Sabine, dans les brouillards du mois de janvier, ait cru avoir atteint la cime du Pico- RuivOj lorsqu'il en était encore assez éloigné. Note sur le Trifolium magellanicum , Par m. De Candolle. En étudiant la famille des Légumineuses , dans l'Her- bier du Muséum d'Histoire Naturelle , j'ai eu occasion d'y voir la plante qui a été décrite dans le Dictionnaire Encyclopédique sous le nom de Trifolium Magellani- cum. Je fus frappé, dès la première vue, de ce que l'aspect de celte plante paraissait étianger au genre des Trèfles , et même à la famille des Légumineuses. Étant ainsi averli de celle anomalie apparente , et ayant eu occasion de retrouver un petit échantillon de cette plante ( 22 ) parmi celles qui sont provenues de l'herbier de Com- iTierson , je* l'ai disséquée arec soin , et je crois pouvoir aifirmer qu'elle appartient à la famille des Oxalidées. M. Poirct , tout en la plaçant dans le genre des Trèfles , avait bien senti ce qu'elle y présentait d'irrêgulier , car il ajoute à sa description la note suivante : «Cette plante » exigerait un exsmen beaucoup plus détaillé. Peut-être » n'appartient-elie qu'imparfaitement à ce genre dont » elle s'écarte par son port, par la disposition de son •» pédoncule et de ses fleurs. » Je n'ai rien .î modifier à ce qui concerne la description de la racine , de la tige et des feuilles , mais quant aux fleurs et aux fruits , voici ce que j'ai observé dans un échantillon, à la vérité peu complet, et déjji en matu- rité. Le calice est formé de cinq sépales presque li- néaires , pointus, légèrement soudés ensemble par leur base, étalés (au moins à l'époque où je les ai vus), et hérissés sur le dos et sur les bords de poils longs et roides. Les pétales manquent, pcTU-ôlre parce qu'ils sont déjà tombés ; les filets des étamines , au nombre de dix, dépouillés de leurs anthères, persistent autour du fruit, étalés sur le calice , glabres , et en forme d'alêne : ils me paraissent libres jusqu'à leur base. Le fruit est composé de cinq carpelles ovoïdes, fortement hérissés de poils, de consistance membraneuse , indéhiscens et monosper- mes. Du centre de ces carpelles , s'élèvent cinq styles fi- liformes , rapprocliés à leur base, divergens au sommet , terminés par une petite tête échancrée. Les graines sont ovoïdes, pendantes dans le carpelle, un peu amincies vei's leur point d'attache, marquées de dix petites côtes formées par des séries de petits tubercules obtus et fort semblables aux figui es g G, de la planche CXIII , de (.3 ) Gacrtner. Vues à riméricur, elles ollrent un aibimien charuu, dans le centre duquel est un embryon droit, à radicule supérieure et à cotylédons planes et ovales. Il est évident, d'après cette description, que cette plante est une Oxalidée : si la structure de sa fleur était mieux connue , on pourrait peut-être en former un genic particulier, intermédiaire entre le Biophytum et rOxalis. Mais dans Télat actuel des connaissances , il convient mieux de la placer à la suite des Oxalis, comme espèce mal connue. Une seconde observation à faire sur cette plante, c'est que , d'après l'Herbier du Muséum, elle n'est pas origi- naire de Magellan , mais de Monte-Video, et par consé- quent le nom spécifique ne peut être conservé. Je pro- pose de placer cette espèce à la fin du genre Oxalis , sous la phrase suivante : . Oxalis emocarpA, caulihus procumbentibus riifo-hirsu- tis, foli'is longe petiolads, d-foUolalis, foUolis lato ohcor- datis utrinque rufo-'viUosis, pedunculis folio longioribus , caljcibus fmctibusque hirsiitis , seminihus solitariis ( in carpcUo quoque ). In America Merid. circa Monte- Video. Tiifolium Magellanicum Poir! Dict. 8. p. 25, An genus proprium affine Biophyto ob stamina forsau omuino libéra , et Oxalidihus Hedysarnideis ob carpella seu ovarii loculamenta T-sperma. ( V. S. sine il. ) OuiEK\krio9s sur quelques f^cgél aux fossiles du Terrain houiller , et sur leurs rapports avec les Végétaux vi- vauSy Par m. Ad. Brongniart. L'étude des corps organisés fossiles est d'autant plus ( A ) difiicJlc , (juc la slriicturc des êtres vivans dont ils se rapproclieiit est encore pins obscure. De nombreuses collections d'anatomie comparée sont devenues indispen- sables pour la détermination des ossemcns isoles que les coucbes du globe ont enveloppés ; sans ces collections , on ne serait jamais parvenu à fixer les familles auxtpielles ces anciens animaux se rapportent , à déterminer leurs genres , à limiter leurs espèces avec exactitude. Des col- lections dirigées vers ce but manquent entièrement pour la botanique fossile. Quebjucs échantillons, rapportés par des voyageurs , souvent sans déterminations pré- cises , suffisent à peine pour nous donner une idée des parties des Végétaux que les herbiers ne peuvent con- tenir. Le défaut d'objets de comparaison est d'autant plus nuisible aux progrès de celte partie de l'histoire naturelle , que les fossiles végétaux des formations an- ciennes , paraissant se rapprocher presque tous des grands Végétaux monocotylédons arborcscens, acluelle- jnenl limités aux zones les plus chaudes de la terre , l'étude des plantes qui croissent sur notre sol ne peut nous donner que peu de lumières sur la structure des arbres qui composaient ces antiques forêts. Si l'on ajoute à cela les changemens que la compression et les autres phénomènes qui ont accompagné la destruction de ces végétaux ont produits, on aura une idée de la difficulté de la détermination de portions de plantes dé- tachées et ainsi modifiées. Toutes ces circonstances rendent les erreurs excusables , et de nombreuses ob- servations deviennent nécessaires pour les rectifier. C'est ainsi qu'après des erreurs trop grossières pour les rappeler, on a été conduit , par une première ap- proximation , à regarder tous ces grands Arbres qui ( -.5 ; accompagnent les couches de houille comme des tiges de Palmiers*, peut-être même, sous ce nom, n a-t-ou eu l'intention que d'indiquer leur place parmi les Mo- nocotylédons , classe dans laquelle les ve'gétaux arborcs- oens sont rares et appartiennent presque tous à cette famille des Palmiers. Une étude plus approfondie a fait reconnaître , dans ces grands végétaux des terrains houil- 1ers, des caractères qui annonçaient des êtres très- difierens, et qui ont permis d'en former plusieurs genres 5 telles sont les liges auxquelles on a appliqué les noms de Calamités , de Sigillaires, de Cl^thraires , de Syringodendi'on , de Stigmaire , et de Sagenaire ou Lépidodendron. Leur comparaison avec les difterens végétaux actuellement existans, a prouvé qu'aucun ne pouvait se rapporter à la famille des Palmiers ni aux végétaux arborescens des' familles voisines, telles que les Asparagées , les Par.danées , les Liliacées, etc. Des ca- ractères nombreux et importans m'ont paru au con- traire rapprocher les Calamités des Equisetum ouPréle^^ les Sigillaires et les Clathraires, qui ne doivent peut-être forrrter que deux sections d'un même genre des Fou- gères 5 les Sagenaires ou Lépidodendron de M. de Stern- berg , des Lycopodiacées , enfin les Stigmaires offraient une analogie assez marquée avec les tiges de quelques Aroïdes. Quant aux Syringodendron , leur position dans le règne végétal avait été jusqu'alors l'objet de conjec- tures appuyées sur des preuves plus ou moins vraisem- blables , mais toujours réfutées. Ils avaient ainsi été suc- cessivement transportés de la famille des Palmiers dans celle des Cactées , de-là dans celle des Euphorbiacées , etc. , sans qu'il nous parût possible d'admettre aucune de ces analogies. Ne trouvant donc rien qui leur fût com- ( 26 ) parable parmi les végétaux actuellemenl cxistans , je les avais icgardés comme les restes d'un genre cora- plèlemcnt difiercnt de ceux que nous connaissons 5 de nouvelles obsoivalions, faites sur les lieux mêmes qui renferment ces débris végétaux , me permettent mainte- nant de détruire celte erreur , et montreront combien , dans ce genre d'étude , on est exposé à subdiviser , en regardant comme des êtres différens les portions d'un même être. Le genre de plantes fossiles auquel M. de Steruberg a donné le nom de Syringodendron , renferme des liges dont la surface est couverte de côtes convexes , nom- breuses , parallèles et très-régulières 5 sur le milieu de ces côtes , sont placées en quinconce des impressions simples ou doubles , linéaires ou arrondies , mais tou- jours très-borne''es et n'ayant jamais la forme d'un discjue ou d'un écussôn , comme dans le genre Sigillaire -, ce caractère seul distinguait ces deux genres, mais il pa- raissait très-important , puisqu'il annonçait une grande différence dans la forme des organes dont ces impres- sions indiquaient l'insertion. Dans les Sigillaires', on regardait, avec raison, les disques comme la marque laissée sur 1 ecorce par la base du pétiole , après la chute des feuilles. La forme de la base de ces pétioles, et la disposition des vaisseaux qui la traversaient , rangeaient presque avec certitude ces Végélaux dans la famille des Fougères. La forme des impressions des Syringoden- dron indiquait, au contraire . des organes petits , sou- vent géminés , dans lesquels on avait cru reconnaître les traces d'épines analogues à celles des Cactus , des Euphorbes charnues , etc. Ce caractère avait suffi pour engager plusieurs naturalistes à admettre ce rapproche- ment. Une forme parfaitement semblable dans les Syrin- godendron et dans les Sigillaires , leur existence dans les mêmes couches du globe , auraient dû mettre sur la voie, si ce n'est de leur identité, du moins de leur analogie. Néanmoins , tous les auteurs modernes avaient admis ces deux genres comme distincts. L'observation directe vient cependant prouver que ce ne sont que deux parties d'une seule et même plante ; que le genre Syringodendron doit être rayé de la liste des Végétaux ; en un mot, que ce ne sont que des Sigillaires dépouil- lées de leur écorce extérieure. Plusieurs échantillons recueillis dans les mines de Valenciennes , de Mons et de Charleroi , prouvent évidemment cette identité; ils sont Sigillaires et Syringodendron , suivant que l'écorce charbonnée qui enveloppe le noyau pierreux qui com- pose presque entièrement ces tiges , est encore con- servée ou bien est déjà tombée. C'est en effet un carac- tère propre aux tiges fossiles des terrains de houille d'être transformées ou plutôt remplacées entièrement par une substance inorganique déposée par voie de sé- diment , souvent très-grossière et ne conservant aucune trace de l'organisation intérieure de la tige ; autour de ce noyau terreux se trouve une couche plus ou moins épaisse de charbon lamelleux très-fliable , qui a conservé exac- tement la forme de la surface du végétal. Suivant que cette couche analogue à l'écorce a une épaisseur plus ou moins grande et plus ou moins égale , le noyau central , quand il en est dépouillé, conserve plus ou moins exactement la forme de la surface extérieure du vé- gétal. Dans les Stigmaires , dans les Sagenaires, dans les Calamités, dans quelques Sigillaires, cette écorce forme une couche extrêmement mince , une sorte d'é- ( '*S ) pidermc qui laisse au noyau pierreux la même iornu; que présentait la surface même du Végétal. Dans lu plu- part des Sigillaires, au contraire, celte écorce, d'une à deux lignes d'épaisseur , ne conserve pas intérieurement la même forme quelle a extérieurement.; le disque produit par la base entière du pétiole n'existe plus -, les vaisseaux seuls qui le traversaient laissent encore une trace intérieurement , et produisent ces impressions étroites et souvent punctiformes qu'on avait observées sur les Syringodendron. Ce caractère vient encore à l'appui du i-approcliement de ce genre et des Fougères en arbres. Dans le petit nombre de tiges de ces plantes , que nous avons eu occasion d'observi^r , et particulière- ment dans celles de l'ancien continent, on remarque une écorce, ou plutôt une couche extérieure, parfaite- ment distincte , d'une organisation très-différente de l'écorce des végétaux dicotylédons ; cette écorce paraît se détacher de la substance qui occupe le centre de la tige et forme alors une sorte do cylindre creux , d'une substance très-dense , dont ia surface externe présente, avec beaucoup de netteté, la forme des bases des pétioles , tandis que l'interne n'offre que le passage des vaisseaux. Qu'on suppose ce cylindre ligneux rempli d'une substance terreuse; que cette écorce se change cnsiiite en charbon, et on obtiendra des tiges presque semblables aux Sigil- laires ; qu'on enlève Técorce charbonnée, et le noyau terreux i-eprésentera , avec de légères différences , les Syringodendron. Si toutes les preuves que nous venons de rapporter établissent presque avec cerlitudc l'analogie de ces tiges immenses avec les liges des Fougères arborescentes , un caractère bien remarquable distingue , si ce n'est toutes ( ^9) les Sigillaires , du moins ([uclques-uncs d'enliT. elles, de nos Fougères arborescentes actuelles. Toutes les Fou- gères en arbre connues présentent une tige parfaitement simple, analogue, pour la forme générale, à celle des Palmiers, des Cycas , etc., mais ordinairement plus large vers la baée : caractère qu'on n'observe pas dans les tiges de la plupart des Monocotylédones arbores- centes , et qui se retrouve également dans les fossiles du genre Sigîllaria. Jusqu'à présent tous les cclianlil- lons de ces fossiles, que j'avais vus dans les collections, étaient parfaitement simples , et ce caractère m'avait paru sans exceplion; joint à plusieurs autres, il servait à distinguer ce genre des Sagenaires dont la tige est ordinairement dicliotome. Cette différence tendait à confirmer l'analogie du premier de ces genres avec les Fougères, et du dernier avec les Lycopodes. Je fus donc très-étonné lorsque je vis, dans la, collection de M. deDerschau, ingénieur des mines du grand duché du Bas-Rhin , une tige que tous ces caractères rangeaient parmi les Sigillaires, et qui était deux fois dichotorae ; trois échantillons de la niême espèce présentaient plus ou moins complètement ce caractère. Étant descendu moi-même dans une des mines de houille des environs d'Essen (dans la mine de Kunzwerk), je pus m'assurer sur les lieux de cette organisation remarquable. Le toit presque vertical d'une des cor.clvs de houille, dans laquelle la galerie avait été pratiquée, présentait une immense quantité d'empreintes de végétaux de diverses espèces. Après avoir vu avec étonnement, parmi les débris de celte antique forêt, des tiges de Sagenaires, de près de deux pieds de diamètre , sortir perpendicu- lairement du sol de la galerie, se diviser une ou deux ( 3o ) l'ois , et se perdre bientôt dans les roches qui couvraient cette galerie , sans qu'on put juger si leur longueur était proportionnelle à leur diamètre ^ après avoir cherché en vain à suivre plusieurs de ces tiges entrecroisées dans tous les sens , j'arrivai enfin à une tige de Sigillaire, que sa position m'a permis de suivre dans presque toute son étendue. Cette tige était couchée parallèlement au sol de la galerie , presqu'à la hauteur de l'œil de l'ob- servateur ; vers sa base , elle avait environ un pied de diamètre , et paraissait brisée et non pas terminée natu- rellement; elle était, comme toutes les tiges déposées dans le sens des couches, comprimée au point d'être tout-à-fait plane. En suivant cette tige dans la galerie, je fus étonné de voir qu'elle atteignait sans interruption une longueur de plus de quarante pieds; son diamètre diminuait insensiblement, de sorte qu'elle n'avait plus que six pouces à son extrémité supérieure ; mais cette extrémité, au lieu de se terminer subitement, était divisée en deux branches, chacune de quatre pouces environ de diamètre, qui s'éloignaient en divergeant pendant l'espace de quelques pouces , et étaient inter- rompues par une fracture de la l'oclie ; je ne pus la suivre au-delà de ce point avec certitude, mais il est néanmoins bien prouvé que ces tiges , après avoir atteint une grande hauteur sans se ramifier, finissent, si ce n'est toujours , du moins dans quelques cas , par se bi- furquer, et probablement par devenir plusieurs fois di- chotomes. C'est à cette division tardive de la tige qu'on doit attribuer la rareté des échantillons qui en pré- sentent des exemples -, au contraire , l'étendue considé- rable de la partie simple de la tige de ces végétaux devait rendre les échantillons de ces portion.'? de liges très- (3i ) communs dans les déblais soriis de ces mines. Dans les Sagenaires, au contraire, où la tige paraît se diviser à peu de distance de sa base, et se ramifier un grand nombre de fois, les exemples de ces divisions dichotomes sont plus fréquens. Après avoir bien établi le mode de divisions des tiges qui composent le genre Sigillaria , il nous reste à déter- miner, si malgré cette forme dichotome , elles doivent rester parmi les Fougères , ou si ce caractère suffit pour les éloigner de ces plantes, parmi lesquelles on ne connaît actuellement aucun exemple de ce "^enre de structure. Le mode de division de la lige ne me paraît pas un caractère assez important pour éloigner des végétaux qui ont tant d'autres caractères communs; nous voyons dans les familles de plantes monocotylédones les plus naturelles ces deux modes de structure réunis , et rien dans l'organisation des Fougères en arbres ne paraît s'opposer à ce qu'elles aient pu réunir , comme ces fa- milles, des plantes à liges simples et d'autres à tiges ra- meuses. Parmi les Palmiers , supposez que le Doum , ce Palmier à tige dichotome, si commun en Egypte, eut été détruit par quelque révolution du globe , tous les botanistes regarderaient une tige simple comme im ca- ractère général des plantes de cette famille , et peut- être hésiterait-on à placer dans ce groupe un véo^étal qui paraîtrait s'éloigner par ce genre d'organisation de toutes les autres espèces connues. Rien ne nous prouve que la famille des Fougères , dans laquelle les espèces arborescentes sOnt encore si mal connues , ne renferme des espèces à liges ainsi dichotomes. Les caractères dé- duits de la forme et de la disposition des bases des ( 3:^ ) pétioles , et cîo la disposition des vaisseaux dans ces pétioles , caractères qu'on ne retrouve que parmi les Fougères, nous paraissent d'une importance beaucoup plus grande et décident , à ce qu'il nous semble , la place que ces végétaux doivent oc(;uper. Toutes les familles de plantes monocotylédones pha- nérogames qui renferment des espèces arborescentes , nous présentent ces deux formes de tiges ; il est donc probable que lorsque la zone équinoxiale nous sera mieux connue , on y découvrira des Cycas , des Zamia , des Fougères à tiges dicliotomes , comme on connaît des Dracœna , des Yucca , des Palmiers , qui offrent cette organisation. Peut-être aussi ces végétaux, si remarquables par leur forme, par leur grandeur, nous pouvons même dire par leur élégance , ont-ils cessé d'exister à la surface de la terre, et leurs débris vien- dront compléter nos idées sur plusieurs familles de plantes dont la végétation actuelle de notre globe ne nous offre plus que des restes imparfaits , de même que le monde ancien a déjà comblé plusieurs des la- cunes du règne animal. EXPLICATION DE LA PLANCHE 2. Fig. 1. Sigillnnn hippocrepis. Ad. B. Sigillaire à côles aplaties , large de 8 lignes- écorce lisse extc'riou- rcment, striée intérieurement j cicatrices deini-L'lliptiques troncuiëes inféiiciircment ou en forme de fer à cheval, marquées de trois fais- ceaux vasculaires supérieurement ; cicatrices internes simples ovales . 'i'rouvé dans les mines de Houille de Mons. Fif;. 2. Sigillaria reniformis. Ad. B. Sigillairc à côtes aplaties large d'environ i5 lignes j écorce e'paisse , lisse extérieurement , striée intérieurement j cicatrices petite s larges de 3 à 4 lignes , rénifornies, échancrées supérieurement et marquées ( ( 33) Je trois faisceaux vasculaires ; cicatiices internes ovales , gr andes ge'minées. Recueilli dans les mines de Houille de Mons. Fig. 3. — 4- Sigillaria elongaia. Ad. B. Sigillaire à côtes convexes^ anguleuses ; écorce assez e'paisse, lisse ex- térieurement, striée intérieurement; cicatrices oblongues , tronquées aux deux extrémités, marquées de trois faisceaux vasculaires supé- rieurement; les cicatrices sont rapprochées et l'intervalle qui les sé- pare est rugueux et strié transversalement. Var. a., minor. Côtes largos de 5-6 lignes ; cicatrices internes arron- dies; ( fig. 3. ) Var. /2. major. Côtes larges de8-io lignes; cicatrices internes allongées, linéaires, (fig. 4- ) Se trouve dans les mines de Houille de Charleroi. Fig. 5. Sigillaria mamillaris. Ad. B. Sigillaire à côtes rétrécies alternativement, de 4 à 5 lignes de large, formant des mamelons qui supportent des cicatrices rétrécies et tron- quées supérieurement , élargies et arrondies inferieurement , mar- quées vers leur bord supérieur de trois faisceaux vasculaires. Écorce très-mince, striée tranversalement au-dessous des cicatrices, lisse intérieurement ; cicatrice intérieure arrondie. Se trouve dans les mines de Houille de Charleroi. Observation. Les trois premières espèces diffèrent essentiellement de toutes celles figurées par MM. deSternberg, Schlothein Rhode, etc. ; la àevm.ère ressevahXs 3iSS6Z an Lepidodendron alveolare , Stern. ; mais elle s'en dislingue par ses cicatrices moins rapprochées et par sou écorce striée dans l'intervalle des cicatrices. Recherches sur Torigine et les différences caractéris- tiques des 7'aces humaines qui habitent la partie australe de T Afrique; Par Robert Knox, D. M. La meilleure excuse que je puisse donner en présen- tant ces recherche.s an public, est que l'on n'en a jamais Tome IV. 3 ( 3,^ ) fait (le s(>mbhil)les sur le pays dont je vais parler ^ divers voyageurs ont décrjt, avec une exactitude proportionnée à leur talent d'observation , la péninsule de l'Afrique méridionale, et ils ont publié d'intéressans ouvrages sur son histoire naturelle, sur ses relations politiques, etc.; mais je ne sache pas qu'on ait jamais envisagé les races sauvages qui habitent la Péninsule, sous le point de vue anatomique; de-là se sont élevées des conjectures mal fondées et des erreurs positives trop nombreuses pour être relevées. J'ai essayé de corriger celles qui sont liées plus immédiatement avec mes recherches ; mais j'ai évité avec soin des critiques générales qui m'auraient éloigné de mon sujet. L'on imaginera facilement combien il m'a été difficile d'éviter de fréquentes conjectures et même l'impossibilité dans laquelle je me suis trouvé de le faire constamment :pourlantj'yai recours rarement, et quoique soit par manque de documeris suffisans, soit par d'au- tres causes, quelques-uns des résultats puissent être dou- teux, je serai suffisamment récompensé de mes travaux si les faits que je suis parvenu à rassembler deviennent de quelque utilité aux savans qui écrivent sur l'histoire naturelle de l'homme. La portion de l'Afrique située au sud du tropique, renferme au moins trois races distinctes d'hommes; celle que l'on rencontre à partir de la ville du Cap ( Cape Point) en se dirigeant vers le nord, a envahi le pays t'elle habite ; elle constitue la colonie anglo-hollan- se du Cap, et est composée d'un mélange de toutes les nations modernes de l'Europe et principalement de Hollandais 5 les colons qui occupent les districts les plus éloignés sont d'une taille gigantesque 5 ce qui tient sans doute à ce qu'ils descendent d'une race naturellement ( 35 ) grande et favorisée par l'influence du climat, de la nourriture et des localités. Cette race s'étend mainte- nant au nord depuis la ville du Cap jusqu'au bord du Gariep ou rivière d'Orange, et à l'est jusqu'à la rivière Keiskamma. Ils ont expulsé et en partie exterminé la race de.Hottentots ou Bosjemans (car on verra que je les considère comme la même i^ace), et on ne les trouve maintenant qu'en petit nombre , les uns servant de do- mestiques aux colons, les autres conservant encore une sorte d'indépendance sauvage et habitant cette vaste por- tion de pays presque désert qui s'étend depuis la chaîne de montagnes où les rivières Gariep et Great-Kei pren- nent leur source, jusqu'aux côtes occidentales de l'At- lantique méridionale. Tout près du tropique et vers la côte occidentale ha- bitent les Duramas (race qu'on m'a dit être nègre) qui s'étendent vers le Benguelo et le Congo , de sorte que les Bosjemans, s'il en existe au nord de la rivière Gariep, doivent occuper une zone au centre de l'Afrique, bornée d'un côté par les contrées du Darama et de Benguelo , et de l'autre par les nations cafres. Ces dernières s'étendent depuis le Keiskamma oriental tout le long de la côte jusqu'à Inliambane ; mais avant d'atteindre ce lieu elles rentrent daus l'intérieur des ter- res et possèdent le pays montagneux qu'on a toutes rai- sons de supposer devoir occuper les pays entre les sources des livièresGariep et Great-Kei et l'équa leur. Il paraîtrait, d'après le journal de Jan Reenen , que les Temboo sont la dernière tribu cafre que l'on renconli-e sur la côle de Natal, et qu'au-delà, à environ vingt-six degrés de latitude sud , on trouve les Hamboonas, race totalement différente de relie des Cafres. Ils sont décrits de la sorte : 3* ( ;^fî ) « Ce peuple a la peau jawnàlre avec de longs cheveux » fort épais et frisés, qui sont relevés sur le sommet de M la tète en forme de lurban (i). » A l'endroit de la côte où les Hamboonas disparaissent , commence la race nègre -, elle occupe tous les environs de Sofalo , In- hambane et Mosambique , et fournit aux Portugais un moyen facile de faire un trafic si révoltant et si con- traire aux scntimens d'humanité. Le pays de montagne habité par la race cafre, ne peut être d'une grande éten- due en largeur, étant limité à l'ouest par ces vastes dé- serts inconnus que l'on suppose habités par les Macasses nomades , et à l'est par la contrée nègre de Mosambique. Il est malheureux pour nos recherches actuelles, que l'on ne soit pas encore parvenu à résoudre deux pro- blèmes géographiques d'un grand intérêt 5 on a cru long- temps que les races cafres étaient arabes, et les tribus des Bosjemansontété considérées par quelques savans comme tirant leur origine des Chinois , et par d'autres des Egyp- tiens-, elles ont même été quelquefois comparées aux Troglodytes ou Pygmées dont parle Hérodote , et qui ha^^ bitaieut les déserts situés au sud de Barcas et de Syrène. Nous allons voir maintenant que les Cafres ne sont pas des Arabes Bédouins , et qu'ils ne peuvent tirer leur ori- gine d'ancune souche européenne caucasique -, mais l'in- certitude qui existe relativement à l'origine des Bosje- mans, est bien plus difficile à résoudre; il serait bien à désirer, tant pour la science géographique que potir l'his- toire naturelle de 1 homme, que l'on connût avec plus de (i) Je considère les Hamboonas (s'ils existent re'ellement) comme descendant d'une race de Chinois naufragés ou de navigateurs malais, modifies par les alliances avec les tribus nègres ou cafres ; il serait pourtant possible que cette race provînt de Madagascar. ( 37 ) certitude l'étendue de pays occupée par la race cafre au nord et à l'est , à compter du Keiskamma , ou, pour m'ex- primcr plus clairement, les frontières de laCafrerie pro- prement dite. Nous savons déjà que cette race occupe la portion de pays qui environne des deux côtés le pays de montagne situé entre les sources du Gariep et Téquateur, et qu'elle habite les vallées et les penchans de ces mon- tagnes. Leurs progrès vers l'ouest furent probablement arrêtés par le grand désert du centre et par la répu- gnance bien naturelle qu'ils ont pour un semblable pays ; tandis que vers l'est, c'est-à-dire du côté de l'Océan In- dien , de nombreuses tribus de nègres étaient possesseurs de la contrée , et il est évident , par leur totale ignorance de l'emploi des bateaux et des canaux, qu'ils ont long- temps habité l'intérieur du pays, ce qui est encore prouvé par la résistance que les Portugais , qui reclier- chaient avec avidité de l'or dans cette contrée , éprou- vaient de la part des tribus de noirs habitant les mon- tagnes à l'ouest de leurs élablissemens , qui étaient sans doute Cafres, car les nègres sont naturellement timides et aisés à soumettre;. Il est beaucoup plus difficile de deviner avec quelque probabilité l'étendue des nations Bosjeman, tant à cause de la dilTérence absolue qui existe entre eux et les tribus qui les environnent, que par le peu de connaissances que nous possédons relativement à la géographie du centre de l'Afrique. Il est bien connu qu'originairement elles s'étendaient jusqu'à la ville du Cap , et les Euro- péens les ont trouvées au nord aussi avant qu'ils ont pu pénétrer. Mais à part ce peu de renseignemens , tout est encore dans la plus profonde obscurité. Comment donc les aborigènes du sud de l'Afrique remontent-ils aux (38 ) races primitives de rancien monde? Privés comme nous le sommes de tous détails historiques relatifs à l'affilia- tion de ces races, et jusqu'à ce qu'un nouveau Mongo- Park nous ait fait connaître le centre de l'Afrique aussi bien au sud qu'au nord de l'équateur , car ces deux points nous sont également inconnus, nous rassemblerons ici les résultats obtenus par les reclierclies anatomiques; méthode qui , fondée sur des lois physiques fixes et géné- rales, approchera de la vérité, si elle ne parvient pas à l'atteindre complètement. Nous pouvons envisager la race humaine comme dé- rivant originairement d'une souche à laquelle le nom arbitraire de Caucasienne a été donné. Cette première espèce, par les diverses influences du climat et des civi- lisations, prit à une époque fort éloignée cinq formes distinctes qui ont aussi été désignées arbitrairement sous les noms de Caucasienne, Mongole, Ethiopienne, Amé- ricaine et Malaise -, nous ne pouvons hésiter à rapporter les nations cafres à la race Ethiopienne , non-seulement à cause de leur position géographique , mais aussi à cause de leur extrême ressemblance, tandis que les Bosjemans peuvent être, quant à présent, réunis aux Mongols, jus- qu'à ce que des recherches plus profondes nous aient démontré un rapport plus intime avec quelque tribu africaine inconnue, ou que celte race ait été suivie à travers l'Afrique centrale jusqu'à la vallée du Nil , et de-là jusqu'en Asie , d'où nous supposons que toutes les nations tirent leur origine. ( %) Variété Èthiopieinjne. Nègre D'une couleur générale ment Irès-sombre' Les eheveus noirs et lai- neux. Cafres , comprenant les J'emboo, les Bri- quas, les Boshuaiuis , les Cafres ronges, etc. D'une couhur brunn ; quelques-uns par- faitement noirs. Cheveux uoirs, laineux et crépus dislribue's en petites toufies sur le pe'ricrâne. Crâne étroit, allongé, ressemblant au con- tour du crâne des femmes européennes. Front difiérant peu de celui des Nègres , seulement plus reculé , très-étroit et pas haut. Dans le plus grand nombre , comme dans yeux cre,.,. nez gros et peu j ]>jègres , quelqHes-uns ont la physionomie éloigne des lèvres- n ' ^ n * ^ moins éthiopienne. Le développement osseux de la mâchoire supérieure presqu'aussi grand que dans les Nègres. Presque pas chf z les Cafres. A peu près comme dans les JNègres. Pas autant que parmi les Nègres. Ce n'est jamais ainsi chez les Cafres : ils ont les extrémités inférieures bien propor- dans la position droite , ont tionnées , et souvent d'une force d'Hercule j les genoux légèrement plies, . _ ^ . . r -ui i ]• et les talons ont une ten- les extrémités supérieures sont taibles et ais- dance constante à quitter la proportionnées; tandis que les membres in- terre. Les muscles gastrocné- . , miens placés trop près de la férieurs, le ventre et les reins sont même euisse. supérieurs à ceux des Européens. Le crâne cafre est moins grand dans la plupart de ses mesures que celui des Européens -, les os temporaux sont plats et comprimés , cl la suture squammeuse souvent droite au lieu d'être , comme dans les Européens, semi- circulaire. Ce peuple est difficile dans le clioix de sa nourriture : il ne mange ni poisson ni oiseau , rien en un mot de ce qui est regardé comme impur par la loi Lévitique ; pourtant il mange crues les parties inférieures des animaux, telles que les intestins, l'estomac, les Tète étroite, sur les côtés. Front arqué. Os molaire proémineut j Rlâclioire avancée. Les incisives supérieures avançant obliquement- Lèvres très-grosses- Menton recule'. Les jambes généralement torses; ils ont une assez gran- de difficulté à se maintenir ( 4o ) poumons, etc;, arrachées de l'animal qui vient de mourir. En examinant soigneusement les habitudes et les ma- nières d'clre de celle race, je la crois alliée de très-près aux Nègres, et je pense que les différences que l'on peut observer doivent être allribuées à celles des climats. Les Cafres en un mot sont les nègres des montagnes; ce sont les nègres changés par le séjour d'un climat extra- tropical -, Comme tous les montagnards, ils sont hardis, courageux et épris de la liberté. Ils ont une intelligence supérieure à celle des Nègres, et je les crois susceptibles d'un très-haut degré de civilisation. La disproportion extrême que l'on observe chez les Cafres entre les extre'- mités supérieures et les inférieures est due sans doute au degré très-inégal d'exercice auquel sont soumises ces deux parties du corps; le Cafre ne travaille jamais, et de-là provient la faiblesse de ses bras ; mais la chasse et les excursions lointaines sont ses exercices habituels, et par ce moyen ses membres deviennent musculaires et acquièrent souvent une force d'Hercule. L'excès de la nourriture donne sûrement lieu à l'énorme enflure des jambes à laquelle plusieurs d'entre eux sont sujets , quand , soit par indolence soit par suite des infirmités de l'âge , ils cessent de mener la même vie active. Ils prati- quent la circoncision et la polygamie ainsi que presque toutes les nations africaines. Suivant le rapport des voyageurs anciens et moder- nes, on trouve disséminées en Afrique des tribus de races semblables à celles des Cafres et qui ne paraissent pour- tant pas liées les unes aux autres. On nous a parlé d'une nation nègre appelée Nuboe, qui habite le pays à l'ouest du Nil près du confluent du Nil abyssinien et du vrai ( 4» ) Nil; on décrit ce peuple comme étant d'un caractère doux, ayant de petits traits, le nez plat et les cheveux crépus; il parle une langue douce et sonore et diffère en ce point de ses voisins. Les voyageurs font aussi men- tion des Ababdes qui habitent à l'est du Nil, et disent qu'ils sont noirs , avec des traits européens ; mais comme peu de voyageurs ont été anatomistes , on ne peut pas trop compter sur leurs rapports. On croit généralement que , par des moyens extérieurs et particulièrement par la pression, la forme du crâne humain peut èlre modifiée et changée , et que cela peut même à la fin devenir héréditaire. On assure par exemple que les différences craniologiques les plus remarquables parmi certaines nations, sontoccasionéesparlapression ex- térieure ", que l'aplatissement du nez des Africains provient de la même cause; que les Nègres ont les jambes tordues parce que durant leur enfance ils sont portés sur le dos de leur nouri'ice , et que la grandeur des pieds des Cafres et la petitesse de ceux des Bosjemans sont dues chez les premiers à l'abondance de la nourriture, et au défaut d'alimens chez les seconds (i). Mais ces assertions se trouvent constamment réfutées par les faits. Les pieds et les mains des Cafres et des Bosjemans sont réguliers et bien proportionnés quoique durant leur enfance ils soient portés comme les Nègres; ils ji'ont jamais les jambes tordues ni déformées. Le nez des Africains est plat indépendamment d'aucun moyen inventé par les nourrices, et tous les crânes humains de l'univers en- tier sont formés des mains de la nature et non par celles de l'homme. ^1) Blumenbach de iiyluriE vnriclatc. ( 40 Vauiétiî; Mongole. rrais Mongols liahitans yffncains Bosjemrins, comprenant les nom- îles déserts du centre de 1 A- , 1 ., sie. breuses tribus Hotteutotes, telles que les JYu- maquas , etc. Couleurjaune ou olivâtre. Couleur le'gèrement jaune ou olivâtre elle est assez diflicile à de'terminer et varie en intensité parmi les Hottentots , mais est assez uniforme parmi les vrais Bosjemans. Cheveux noirs , durs , Cheveux noirs ordinairement courts, mais droits et rares. venant quelquefois à une longueur conside'- rable, plantés en petites toufTcs, séparées sur le péricrâne comme aux Cafres. Tête de forme carrée- Le contour de la tête large et carré, et res- semblant beaucoup à celui des Mongols. Visage large , plat , e'crasé Visage assez semblable à celui des véri- rimassev'*' ^"'"''"'' '^"^ tables Mongols; les lèvres grosses. Front uni et plat, nez petit Comme les Mongols, et plat. L'ouverture de la paupière Comme aux Mongols; l'angle interne de e'troite et en Jisrne. n m ^ ^ ,. i r -^ t 1 œil est tout-a-iait arrondi. Menton avançant un peu. Menton très-petit , pointu, mais pas avance. J'ajouterai comme observation aux divers caractères de ces races , qu'il existe la plus parfaite symétrie dans la conformation entière des Bosjemans -, leur stature est remarquablement petite ; je crois que la taille moyenne est de quatre pieds six pouces pour les hommes (i); les femmes ont les fesses remarquablement proéminentes et les nymphes allongées ; mais un simple croisement avec un Cafre ou un Européen détruit ce caractère. Lt-s Bos- jemans ont une force de vision rare, mais qu'un seul mariage avec une autre race suffit pour détruire ; le crâne est bien formé et épais, les apophyses nasales de l'os maxillaire supérieur sont larges et courtes, ce qui fait pa- (i) Cette mesure est probablement donnée en pieds anglais qui , comme on sait, sont plus petits que les pieds de France. ( 43 ) raître la racine du nez dans les Mongols et les Bosjemans plus large; les trous pour le passage des nerfs grands hypoglosses sont très-grands (i); le crâne vu vertica- lement est presque égal à une tête européenne bien for- mée; les os pariétaux sont très-saillans et forment la partie la plus large du crâne ; ils ont ainsi que la race mongole le trou occipital plus grand que dans les autres races;-le plancher de l'orbite ne rétrécit pas autant sa cavité que dans la race mongole , «ce qui change beaucoup la physionomie pour ce qui regarde la direction des yeux. Les mœurs des Bosjemans ont été décrites avec des détails suffisans par la plupart des voyageurs qui ont parcouru l'Afrique ; je me contenterai donc de faire seu- lement quelques remarques sur les divers points de res- semblance qui existent entre les races de vrais Mongols et celles des Bosjemans. Ils consistent d'abord dans les pays qu'ils habitent, qui dans les deux cas sont de vastes déserts sablonneux élevés, presqueentièrementdépourvus d'herbages et d'eau -, en second lieu dans le goût qu'ont les deux races pour la chair de cheval, nourriture qu'ils préfèrent à toute autre , ce qui leur mérite bien le nom d'Hippophages , et troisièmement enfin dans la longueur de leur vue qui est au-delà de toute croyance : je me suis assuré qu'elle est égale à celle des Européens aidée des meilleures Icrfiettes. Le Bosjeman est industrieux , adroit et ingénieux; il a une grande facilité pour l'imitation et beaucoup d'intelligence ; il apprend promptement les langues , et sa légèreté à la course est presque' devenue proverbiale. L'origine de cette race, c'est-à-dire la manière dont (i) Ces trous sont dëcidétnent plus grands tians la race noire que dans la race blanche ; ils indiquent évidemment le passage d'un ncrt proportionnellement plus grand. ( 44 ) elle est descendue et s'est séparée des variétés les plus étendues de la race humaine, est une des recherches les plus importantes que présente l'histoire naturelle de l'homme. Nous ne pouvons associer les Bosjemans avec la variété Mongole qu'en nous transportant de la pénin- sule méridionale de l'Afrique au grand désert de l'Asie. Les anneaux qui lient ces deux nations sont perdus et les deux races intermédiaires inconnues ; bien que l'on ne puisse entièrement compter sur l'histoire quand il s'agit d'événemens aussi éloignés, les renseignemens qu'elle donne sur ce sujet ne doivent pas être négligés. Il existe un fait auquel on fait si souvent allusion , qu'on ne peut le mettre en doute quoiqu'il soit amplifié et défiguré par la fable. Je veux parler des fréquentes éruptions des peuples du nord de l'Asie dans les États méridionaux de l'Europe et de l'Asie. Les premiers monumens d'an- tiquité, encore conservés dans les caveaux d'Eléphantine dans la péninsule indienne , attestent la présence prédo- minante de la race mongole à une période antérieure de plus de deux mille ans à l'ère chrétienne , et prouvent qu'à cette époque la physionomie mongole avait les rap- ports les plus frappans avec celle des races actuelles chinoises et bosjemans. La première introduction des Mongols ou des races asiatiques septentrionales dans la péninsule de l'Inde est attestée plus tard par leur influence sur les Indous modernes -, car quoique le célèbre Blumenbach nous assure que le crâne indou est semblable en perfection et en proportion à celui des Turcs, et que par conséquent il rapporte cette race à la variété caucasique , j'ai trouvé dans les tètes des Indous que j'ai examinées, que le développement de la mâchoire supérieure n'était pas exactement semblable à celui de la race caucasique. ( 45 ) La grande antiquité des hordes mongoles de l'Asie est aussi prouvée par le premier établissement de l'empire chinois ; et quoique je sois entièrement persuadé de l'ancienneté plus grande encore de celles des Indous et des Egyptiens, pourtant plusieurs passages d'Hérodote indiquent que les tribus mongoles se formèrent plus rapidement encore que les caucasiques en une nation grande et belliqueuse. Il paraîtrait donc, d'après un examen rapide des rap- ports historiques, des restes d'antiquité, et des lois et cérémonies religieuses qui ont été transmises de géné- rations en générations , qu'à une période très-éloignée les races mongoles pénétrèrent en Europe et dans le sud de l'Asie , et rien n'empéclie de penser qu'ils peu- vent avoir, par leur présence , modifié queiques-unes des races du centre de l'Afrique. Dans la crainte qu'on ne m'accuse d'avoir, par oubli , omis de parler de la race mongole comme ayant pénétré dans les déserts de l'Amérique, je dirai ici que le peu de crânes esquimaux que j'ai examinés m'ont paru être tout-à-fait américains, et que je n'ai pas découvert le plus léger rapport entre aucune des races natives d'Amérique et les têtes mongoles. J'observerai encore ici que la plu- part des opinions renfermées dans ce mémoire sont fondées , non sur la théorie ou sur des conjectures , mais sur l'examen anatomique de crânes d'une grande quan- tité de races humaihes dont je dois en grande partie la communication à MM- Jameson , Monro et Barcklay. Le tableau ci-joint donne les mesures comparatives de la tète de plusieurs variétés remarquables de la race hu- maine. tf ( 46 ) ïï in ^-^ o-î va- g M fO 00 in ( 0. Xu..e. i ï in in o. „ 1 i ro (V-) in l 1 s «5 «5 .:, Ci m C5 1 s^ " " " Européen mâle. J g 9 a. o" V-? -- { S " ^•^ « «û 1 ^ Vénus Hottentote, ) S r^ in 00 co in r^ d'après un plâtre. ) o "" .-o Ci m ^2 n =" 1 Femme Européenne. ; £ 00 o "" rrT ^ ( c ' Crâne supposé être Malais. g cv-T ^s- ce cn^'-y ■f in" Habitant de la Nou- velle-Hollande. g « ^d- 00 in « CT Crâne supposé d'un co va -a „ babitant de la Nou-^ o M cn in •* H^ — « velle-Hcllande. i -, Hottentot. 7 ;c. ? m ■n ^ m — — s.^— — (il ' • "^ ' . '^ i i : o ï • ~ î : .S'r u-o : -J o ç • X " c iJ N c H ! .î o eu ; i. ^ > S 3 es u 3 c o c o t: c 6. C "s •î o c 1; c '^ S.T3 .¥ S 3 :: il r 'O ■*^ SE C'^ J2 ^ o ao o =" 2 i3 "3 s J J u a H ? ' ■^^■^ ^■"^^^ "^^^"^ ,_ (47 > Note sur les changemens de poids que les œufs éprou- vent pendant t incubation^ Par mm. Prévost et Dumas. On savait, depuis long-temps, que les œufb dimi- nuaient de poids pendant l'incubalion , mais il ne semble pas que cette question eût été l'objet de recherches con- venables , jusqu'à l'époque où M. Geoffroy de Saint- Hilaire s'en est occupé. Il a pesé six œufs , au commen- cement et vers la fin de l'incubation , et la moyenne de ses expériences donne un sixième de perte en poids , à très-peu de chose près. Les nôtres avaient déjà~-été exé- cutées lorsque l'ouvrage de M. de Saint-Hilaire parut; et comme elles s'en rapprochent beaucoup , puisque nos œufs ont subi une diminution égale à ])eu près au septième de leur poids primitif, nous avons cru que cette matière était suffisamment éclaircie. Afin de nous placer dans les conditions les plus ordinaires , nous avons fait usage de Poules couveuses , de préférence à notre machine et aux Poules d'Inde que nous avions coutume d'employer. Les œufs étaient très-frais au mo- ment où on les pesait pour la première fois , et nous avons eu soin de les soumettre à la même opération à trois époques différentes, c'est-à-dire aprèsle septième, le quatorzième et le vingtième jour de l'incubation. Le résultat le plus saillant de celte comparaison , c'est que la perte se divise d'une manière inégale , et qu'elle est d'autant plus forte qu'on est plus près du commence- ment de l'expérience. En effet , d'après une moyenne de douze résultats , nous trouvons qu'un œuf, pesant 55,36 grammes , se réduit à 48,63 gr. par une incuba- (48) lion (le vingt jours complets. La perte qu'il a éprouvée est donc égale à 7,78 gr. -, mais il se trouve qu'elle se distribue de manière que pendant les six derniers jours l'œuf a perdu à peu près la moitié du poids qu* exprime la diminution occasionée par les sept pre- miers. En effet , au bout du septième jour , il offre une différence de 3,7 6 gr. ; lorsqu'il arrive au quatorzième , il présente une nouvelle diminution , mais elle ne s'é- lève qu'à 2,84 gr. 5 enfin elle est encore plus faible à dater de cette dernière époque jusqu'au vingtième jour, et l'œuf a perdu seulement 1,71 gr. Avant de discuter les causes de cette diminution progressive , nous don- nerons le tableau qui renferme ces résultats , et nous passerons à une série analogue exécutée sur des œufs qui n'avaient pas été fécondés. Nous publierons plus tard des expériences relatives aux cbangemens de composition chimique, qui peuvent se reconnaître dans l'œuf fécond ou infécond aux diverses phases de l'incubation. Nous avons eu égard dans ces ex- périences à l'influence que les œufs exercent sur l'at- mosphère , et nous pouvons établir ici que la perte de poids qu'ils éprouvent provient en grande partie de l'eau qui s'est évaporée , et que le reste est dû à la transfor- mation d'une certaine quantité de carbone en acide car- bonique. Pour le moment, nous allons discuter les résultats de la perte totale aux différentes époques de l'incubation. ( 49) Changement survenu dans le poids des œufs fécondés pendant l'incubation; octobre 1822. ?3 A B C D E F G H I K L M Total. Moyenne 58,^5 58,1 a 62, g3 54,57 55,52 56,58 53,55 55,95 5o,35 56,2o 64,75 676,87 56,36 2,98 3,72 3,'|T 2,89 2,82 2,l5 3,33 3,25 3,80 3,o5 2,35 4,25 38,oo 3,16 gram. 2,52 3,35 3,07 2,76 2,4o 2,4: 3,TO a, 90 2,20 2,65 3,45 3,3o 34,17 2,84 2,ii0 1,55 1,00 1,10 1,35 1,35 2,85 1 5o 2,43 1,40 2,35 20,58 ',7' 7,5o 8,62 7>48 6,75 6,57 5,97 9>'8 7,65 8,43 7,10 8,i5 9-25 92,75 3 C- 5i,25 49,00 55,45 42,35 48,00 49,55 47,3o 45.90 47,52 43,25 48,o5 55, 5o Obseii'ations. \i Poulet prêt : éclore. I tient. Idem. U avait déjà percé la coquille. L^abdomen n*'était pas encore fermé. Prêt à éclore. Ident. Idem. Près de rentrer le jaune. Prêt .T éclore. Idem. Coquille percée. 583,62 48,63 On conçoit qu'il suffisait de comparer sous ce point de vue les œufs féconds et les œufs stériles , pour s'as- surer si cette perte était un simple résultat d'évapora- lion , ou bien si elle se trouvait liée d'une manière quel- conque avec le travail de l'évolution. Mais il fallait aussi , pour rendre la conclusion précise , que ces der- TOME IV. 4 ( rn. ) niers n'éprouvassent pas nu changement de constitution chimique; car s'ils avaient offert cette action complexe on n'aurait pas facilement distingué l'influence particu- lière à chacune de ces actions. Des expériences multi- pliées nous avaient appris que les œufs très-frais , bien qu'ils ne fussent pas fécondés , pouvaient supporter l'incubation ordinaire , sans manifester des symptômes de putréfaction appréciables. Leur consistance reste à peu près la même ; le jaui e acquiert une couleur un peu plus foncée , et sur dix qu'on soumet à ce genre d'é- preuve, il s'en rencontre à peine un ou deux qui se soient notablement altérés. Il n'en est pas de même si l'on continue , et vers 1q trentième ou quarantième jour ils exhalent tous une odeur infecte qui se perçoit aisément, même au travers de la coquille. - Nous avons donc choisi douze œufs stériles fraîche- . ment pondus, et nous avons répété sur eux les opéra- tions dont les œufs féconds avaient été l'objet. Au bout de vingt jours révolus , la perte en poids s'est trouvée absolument semblable , et en comparant les pesées in- termédiaires , on peut se convaincre que sa distribution a lieu d'après la même loi. C'est ce que le tableau sui- vant mettra facilement en évidence, et l'on pourra aussi remarquer que le poids moyen de l'œuf stérile est plus faible qiie celui de l'œuf fécondé. Avant d'admettre une telle dilTérence , il serait nécessaire sans doute de multiplier les résultats plus que nous ne l'avons fait ici , maisi nous ajouterons qu'elle nous a paru réelle dans un assez , grand nombre d'œufs que nous avons examinés sous ce rapport. { 5£ ) Changemens survenus dans le poi ds des œufs non fécondés lorsqu'on les a couvés pendant 1 s période ordinairo ; oc- tobre 1823. 2 a. 5. a. gram. 55,45 52,45 ►0 ^ S ?^ 2,55 3,35 - ? 0'" c a 2-^ ^85' ';75 ■1 — c g. S' gram. 18,45 Obseiva lions. Tous les œufs conleims dans ce TabUaii élaient A B 2, Go 2,G5 7,01 7,75 -teilles et n a- C ^0,01 3,52 3,o5 cifi5 7,22 43,75 vaient coniraclé presque aucune D 57.22 3,37 2,93 1,40 7,72 49, 5o odeur pendant cette inculialion- E 54,-2 2.97 2,75 i,5o 7,22 46,9" (.es nume'ros F , I et M ont été G 47,55 2,43 2,32 1,10 5,85 4',7o mis de côté à causede la puan- H 5o,85 2.70 2,55 1,25 6,5o 44,35 !cur qu'ils exha- laient. K 5o,o5 2,3o 2,20 i,i5 5,G5 44-4" L 54,45 3,00 2,70 i,5o 7,20 47,25 Total. 't73,ii 26,19 23,77 12, i5 62,11 45i,oo Moyenne. 52,56 2,91 2,6Î 1,35 6,90 45,G6 Nous avions uq autre moyen plus propre encore à nous faire connaître s'il existe réellement quelque liaison entre les mouvemens du fœtus et la perte que l'œuf éprouve par l'évaporation. Lorsqu'on se pourvoit au ha- sard dans les marchés des oeufs qu'on veut soumettre à l'incubation , ils se trouvent mélangés de manière à produire les résultats les plus irréguliers. Si l'on en prend un certain nombre , et qu'on les cnuve pendant trente ou quarante heures, par exemple, les uns auront ( 52 ' atteint réellement le degré de développement qui con- vient à celte époque ; les autres seront plus ou moins au-dessous, et Ton pourra même en trouver qui se montreront plus avancés de quelques heures. Ce dernier cas , bien qu'il soit plus rare , se montre néanmoins assez souvent pour donner la clef des petites inexacti- tudes relatives aux phases de l'évolution qu'on trouve, soit dans l'ouvrage de M, Pander , soit dans celui de M. Rolando , etc. Ces auteurs semblent avoir adopté pour principe , dans leurs reclierches , cette vue très- judicieuse , dont nous avons fait usage nous-mêmes , qu'un fœtus peut bien être retardé , mais qu'il est im- i possible qu'il se montre liàlif. Ce n'est point non plus l'effet d'une idiosyncrasie particulière (jui amène les irrégularités que nous venons de mentionner , elles tiennent à des causes plus faciles à atteindre. Ainsi que nous l'avons dit plusieurs fois dans le cours de ce Mé- moire, les œufs qui ne sont point récemment pondus se développent plus tard que les autres , et aucun | auteur n'a pris garde avant nous au temps qui leur est nécessaire pour acquérir la température qui est indis- pensable aux mouvemens du germe. De plus l'incuba- tion ne date pas de l'instant où l'œuf est placé sous la .J Poule , elle commence léellement à l'époque où le jaune a acquis la température de 35° à ^o° C. C'est à ces deux causes que doivent se rapporter les observations tardives. Mais la première est de beaucoup la plus efficace , sur- tout lorsqu'on se livre à une série d'expériences qui exigent plusieurs milliers ^'œufs, ainsi que cela est arrivé à Malpigbi, à M. Pander et à nous-mêmes. Quant aux fœtus hâtifs , ils ne se montrent tels que parce qu'ils ont déjà subi un commencement d'incuba- ' ( 53 ) ùon , et pour s'en convaincre , il suffit d'examiner qnel- qives douzaines d'œufs pris dans les marchés: on en trouve de toutes les époques , depuis ceux qui n'ont point été couvés jusqu'à dix ou douze heures , et quel- quefois davantage. Cette circonstance tient à la méthode adoptée dans les campagnes pour la récolte des œufs. On les laisse pendant quinze on vingt heures à la dis- position de la mère, qui en profite souvent pour les couver, ou qui les couve sans intention. Sous ce point de vue , nos recherches ne sont point sans quelque prix, à cause du soin extrême que nous avons mis à constater les diverses époques de l'évolution. Les œufs que nous avons employés pour établir notre série, ont été , pour ainsi dire , pondus sous nos yeux , et nous avons bien souvent poussé le scrupule jusqu'à les ex- traire de l'oviducte. Aussi regardons-nous les dates que nous avons données comme excessivement exactes , et lious n'hésitons plus maintenant dès qu'il s'agit de fixer l'âge du Poulet , puisqu'il suffit de comparer ses dimen- sions et l'état de ses organes aux figures que nous avons tracées. C'est ainsi que nous avons pu nous débarrasser de toutes les causes d'erreur , et cjue nous avons re- connu les retards fréquens qui se montrent dans le dé- veloppement des Poulets. Ces retards eux-mêmes vont maintenant nous devenir fort utiles , puisqu'ils nous permettront de séparer nette- ment les deux ordres d'action qui s'effectuent dans un œuf fécondé qu'on soumet à la chaleur de l'incubation. En effet , si la perte de poids qu'il éprouve est liée d'une manière quelconque au mouvement de l'embryon , elle sera d'autant plus forte que celui-ci se trouvera plus avancé dans un temps donné -, mais si au contraire elle ( 54 ) n'est due qu'à un simple effet d'évaporation , elle sera en rapport avec le temps de l'incubation et n'eu aura point avec l'âge réel du Poulet. Toutes les expériences que nous avons faites sont en faveur de cette dernière supposition , et dans le nombre il n'en est pas une qui puisse fournir un argument à l'appui de la première. Nous en citerons dix pour exemple , et l'on pourra s'as- surer, en parcourant le tableau , qu'il arrive quelque- fois que , pour des temps d'incubation semblables , l'œuf dont le Poulet est le moins avancé , se trouve précisé- ment celui qui a éprouvé la perte la plus considérable. Nous joignons à ces résultats quelques faits du même genre observés sur des oeufs de Canard ; mais c'est moins dans le but de fournir des ilémens nouveaux à cette dis- cussion , que les faits prccédens semblent éclaircir d'une raanièi'e suffisante , que pour montrer le rapport de la diminution des poids dans ces deux espèces. Ou arrive ainsi à ce résultat remarquable, que pendant les pre- mières heures, les œufs de Poule perdent 0,026 gr. par heure, et ceux de Canard 0,017 gr. seulement. Si l'on admet que cette différence est en raison inverse du temps nécessaire à l'incubation complète de ces deux espèces, on trouve 26 : 17 : : ce : 21 , durée de l'incu- bation des Poules. Il est aisé de voir que x égale Sa ; ce qui est à peu près le nombre de jours après lequel les petits Canards percent leur coquille. On conçoit maintenant pourquoi la coque de l'œuf des Canards est plus épaisse , plus serrée et moins po- reuse que celle des œufs de Poule , et l'on parviendra probablement par de nouvelles recherches à donner à cetie loi plus d'étendue el plus de généralité. ( 55 ) Perte en poids éprouvée par les œufs pendant les premières heures de l'incubation. Kspèce de l'œuf. ■3 B 2. 13 ¥ Observations. giam. grain. luuie^. heures. Poulet. 58,6'j5 0,600 22 i5,. On remarque iiarnu ces œufs, celui qui pesait ;2 6ûO. 59,3 5ô 0,5:5 32 22 C'esl le plus lourd à un seul jaune que n.ius ajons jamais IcLni. 7i,6oo i,o5o 48 a'i renconlré. 11 est probable que sa dimension cstiMordi- Idem. 55,1 25 1,175 48 33 iiaire a conlriliué pour beau- coup à la Iculeur de 1 incu- Idem. 54,525 i,3a5 48 42 cile le récbaufi'cmenl du jaune qui se trou\eià peu Idem. 59,045 1,145 48 H'i près au centre dans Ici œufs non-couvés. Idem. 55,725 i,i5o 48 43 Idem. 62,145 i,3ao 48 48 Idem. 50,075 1,875 60 48 Id.m. 57,900 .,825 60 60 Total. . . » 1 2,040 452,0 376 Moyenne. >> 1 I,2o4 45,2 3:,6 Canard. G;, 875 0,425 23 20 Les cenfs de Canard que nous avons employées étaient Idem, 63,3oo 0,475 J.' J'I liès-fiais. cl Ion pourra re- marquer qu'ils ont presque Idem. 5fi,375 0,625 JJ ?>o tous éprouvé 1 évolution la plus régulière. Idem. 60,450 0,600 36 32 Idain. 65,G8o o,655 36 3o Idem. 6. ,7:5 0,5:5 36 32 Total. . " 3.355 '99 ,74 Moyenne.. ■' 0,559 33 ■■'9 ( 56 ) On peut conclure des divers résultats contenus dans celte note : i". Que les œufs fécondés ou inféconds éprouvent à peu près la môme perte en poids pendant la durée de rincubation-, 1°. Que cette perte suit dans l'un et l'autre cas ime progression décroissante à dater du commencement de l'incubation ; 3°. Qu'on observe un rapport remarquable entre la durée de l'incubation et la perte en poids journalière. Celle-ci paraît d'autant moindre que l'incubation dure plus long-temps 5 4". Que la perte de poids paraît entièrement due à l'évaporation ou bien à des altérations chimiques indé- pendantes de l'évolution du fœtus , puisqu'elle est en rap- port avec la durée de l'incubation et non point avec le développement plus ou moins rapide du jeune animal. Nous avons enfin clierché à préciser d'une manière satisfaisante les conditions qui font varier si souvent les expériences sur l'incubation relativement à l'âge du Poulet. Dans notre prochain Mémoire nous donnerons l'échelle des développemens pour les cinq premiers jours, | et l'on verra que les caractères du fœtus ont pu nous servir à déterminer son âge sans difficulté. (57 ) Mémoire sur le genre Ictides ; Par m. a. Valenciennes. M. Frédéric Cuvier a publié (Mem, Mus. Hist. nat., Tom. IX, pag. 4^ ) ^^ figure d'un Mammifère qui porle à Java le nom de Beniurong. Le dessin lui avait été en- voyé de Calcutta par M. A. Duvaucel qui a vu cet animal vivant dans la ménagerie du marquis d'Hastingsà Barag- poor, où on le conservait comme originaire de Boutan. M. F. Cuvier jugea que ce mammifère devait se rappro- cher de ses P aradoxurus ; et il le place dans ce genre sous \ç nom de Paradoxurus albifrons. Pendant mon séjour à Bruxelles en 1822, j'ai été assez heureux pour me procurer un individu de cette espèce. L'examen des dents m'a fait reconnaître qu'elle devait être distinguée des autres Paradoxures , et j'ai été con- firmé dans mon opinion par celle de M. F. Cuvier qui veut bien m'honorer de son amitié. Je proposai pour ce nouveau genre le nom à'Ictides (i) , et l'animal fut dé- posé dans les galeries du Muséum d'Histoire naturelle sous le nom à'Ictides albifrons. Ce carnassier de la fa- mille des Civettes, établit entre ce groupe et celuides plan- tigrades une liaison évidente. La ressemblance avec les (1) Ce nom Tient cle celui à'Iktis, qu'Aristote a employé pour un petit quadrupède qu'il n'a pas caractérise', mais qui est peut-être le Putois. Par nn hasard singulier , M. Temminck, à Leyde , avait voulu nommer ce genre Arctictis ; c'est sous ce nom qu'il désigne l'animal qui fait le sujet de ce Mémoire, dans son prospectus des Monographies de Mammifères. Mais M. Cuvier ayant adopté le nom que j'avais pro- posé, et l'ayant publié depuis long-temps, je n'ai pas cru devoir le changer. (58 ) Râlons (i) avail surtoiiL frappé MM. Diai'd el Duvauccl, car ils l'indiquent dans leur correspondance sous le nom de Raton à queue prenante. L'individu que j'ai rapporté poiir le cabinet du roi, et que je dois à la générosité de M. Drapiez, directeur du Musée de Bruxelles, nous a mis à même d'en connaître le système dentaire. M. F. Cuvier l'a décrit dans son ou- vrage sur les dents des Mammifères, pag. 102, n° 34 bis. Il fait voir que les rapports et la similitude de la denti- tion placent cet animal à côté des Civettes, et surtout auprès du Pougouné {Paradoxurus Typus)^ à cause de la grosseur du talon des molaires tuberculeuses 5 mais ce talon est plus court, plus arrondi et encore plus fort que celui que l'on observe dans le Pougouné. Les molaires du Benturong ressemblent beaucoup à celles des Ratons ; un autre rapport existe encore entre ces deux animaux: ils sont tous deux plantigrades. Depuis ce travail M. F. Cuvîer a publié dans son His- toire naturelle des Mammifères deux figures de Bentu- rong , qui lui avaient été envoyées par MM. Diard et Duvauoel-, Tune est celle qui avait déjà paru dans les Mémoires que j'ai cités plus baut^ la seconde, faite à Java, forme le type d'une seconde espèce sous le nom de Benturong noir. Elle diffère de la précédente par sa cou- leur et par sa taille qui est un peu plus forte. Je crois cependant qu'il peut y avoir encore quelques doutes sur l'existence de ces deux espèces , peut-être n'en font-elles qu'une? La différence dépendrait de l'âge et du sexe. M. Teraminck croit que les mâles du Benturong sont noirs , que les femelles sont grises ou roussâtres , el que les jeunes sont roussâtres. (i) Ursus lotor Lin. ( 59) Ces lenseignemcns lui ont été fournis par MM. Kulil et Van-Hasselt , dont les noms doivent toujours être cités par ceux qui s'occupent de l'histoire naturelle de Java. On trouve des passages insensibles de la couleur grise à la couleur noire du pelage des Benturongs , parmi les nombreux individus qui faisaient partie des belles col- lections que les infortunés voyageurs ont envoyés au Musée royal des Pays-Bas. Les caractères du genre Iclîdes sont faciles à tracer depuis les travaux de M. Frédéric Cuvier. Ce sont des animaux à corps trapu, à marche plan- tigrade et à queue forte et prenante ; ils ont dix-huit dents à chaque mâchoire , savoir six incisives , deux ca- nines et dix mâchelières 5 à la mâchoire supérieure il y a quatre fausses molaires et six vraies , tandis que l'infé- rieure porte six fausses molaires et quatre vraies. Les incisives n'offrent rien de remarquable. Les canines sont longues , comprimées , tranchantes sur leur bord anté- rieur et postérieur-, elles ressemblent tout-à-fait à des canines de Coatis. Quant aux mâchelières , je dois ren- voyer à la description exacte que M. F. Cuvier en a déjà donnée. Quoique ce savant ait déjà donné la figure de deux Benturongs, je crois cependant qu'il n'est pas inutile d'en publier une nouvelle faite sur l'individu que pos- sède le cabinet du roi, et d'y joindre tine description dans laquelle je donnerai les mesures des différentes parties du corps de ce singulier carnassier. Sa physionomie est assez semblable à celle d'un Raton-, sa longueur depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue est d'en- viron deux pieds ; il est couvert de poils durs , longs et épais. Chaque poil est noir dans les deux tiers de sa Ion- (6o ) guenr , el blanc grisâtre, quelquefois roussàtre à sa pointe. Il en résulte que la couleur générale du corps est grise- roussâtre en dessus sur un fond noirj le ventre est un peu plus foncé que le dos , il est presque noirâtre -, le feutre est laineux , fin, assez épais et roussàtre -, la tête est grosse et longue de cinq pouces et demi, sa largeur est égale à sa longueur-, le nez , le front et le tour des yeux sont gris , les lèvres sont noires 5 les moustaches ont leurs poils très-longs ; les poils sont , les uns blancs , les autres noirs, d'autres enfin sont noirs à la base et blancs à la pointe 5 les yeux sont petits , les oreilles sont arron- dies , petites, garnies en dedans de poils courts et blan- châtres; eu dehors elles portent des poils très- longs de même nature que ceux du corps , et qui forment par leur réunion un long et gros pinceau sur chaque oreille; les membres antérieurs ont cinq pouces de longueur ; le bras est de la même couleur que le corps ; mais l'avant-bras paraît plus blanc parce que les poils qui le recouvrent ont plus de leur moitié blanche. Il y a cinq doigts à chaque main -, leurs ongles sont très- forts, comprimés, crochus et non rétracliles; la paume est noirâtre -, les membres postérieurs sont aussi longs que les antérieurs , et ils offrent le même arrangement dans la distribution de leur couleur. Le pied , de quatre pouces de long, a cinq doigts à peu près d'égale longueur et pourvus d'ongles assez forts 5 la plante du pied est noire , entièrement nue , et touche le sol par tous les points de ça surface. La partie antérieure est lisse, celle qui répond au talon est hérissée de nombreuses aspérités cornées , fort dures ; la queue a deux pieds six pouces de long : elle est prenante sans être nue en dessous à son extrémité inférieure 5 sa base est très-grosse et pourvue ( 6i ) de muscles très-forls -, elle est recouverte de poils sem- blables à ceux du dos, 1 extrémité est noire. L'individu sur lequel j'ai fait cette description est en- tièrement adulte : il vient de Java. Le voyageur qui l'a donné à M. Drapiez lui a dit qu'il avait été lue dans l'intérieur de l'île, et que l'espèce y était fort rare; elle paraît être plus commune à Sumatra et à Malacca. C'est de ces contrées que l'on a reçu en Europe la plupart des individus. Explication de la Planche i . Fig. I. i cùdes albifrons véàmt aw quart de la grandeur naturelle. Fig. 2. Mâchoire iofe'rieure. Fig. 3. Mâchoire supérieure. Fig. 4- Partie antérieure de la tête vue de profil. Observations sur le genre Chara , extraites d'une lettre adressée aux Rédacteurs ; • Par m. Agardh. On a long-temps soupçonné que le genre Chara n'appartenait pas aux Naïades. MM. Nées d'Esenbeck fct Wallroth ont produit plusieurs raisons pour les transporter parmi les Algues, Je ne connais pas les observations que M. Vaucber a faites sur la reproduc- tion de ces plantes, et qui doivent les rapprocher des Marsiléacées. Il m'a semblé pourtant que , quelle que soit leur germination, l'organisation de leur tige, ainsi que celle de leur fruit , les en éloignait beaucoup , et que si l'on ne veut, avec MM. Richard et Kunth , en faire une famille à part , elles pourront rester parmi ( ^>- ) les Algues , comme un chainon plus développé et su- périeur des Confervoïdées , et comme un lien qui joint celles-ci aux Marsiléacées. Par cette vue, vraie ou fausse, je me crus, dans ces derniers temps, obligé, par mon travail sur les plantes aquatiques cryptogames, à les étudier avec une atten- tion particulière ; mais n'ayant pas eu le temps de beau- coup étendre ni de, l'ectifîer le peu d'observations que j'ai pu faire , c'est encore avec quelque défiance que je les ai introduites et caractérisées dans le Sjstema Al- garum. , qui vient de paraître (i). Cependant j'ai trouvé une dilTérence assez grande et assez tranchée entre les espèces à un tube et celles à plusieurs , pour en faire deux genres distincts , pourvu que je pusse découvrir dans la fructification des caractères aussi marquas que dans l'organisation des tiges. Je me suis félicité de les avoir trouvés dans la difFéience des deux organes , que M. Wallrolh appelle les fruits ( les pistils des auteurs) et les globules (les anthères des auteurs); en eflet, les espèces à un tuhe\es ont séparés (on pourrait les ap- peler déclives dans le sens des auteurs), dénués de bractées et avec une couronne (calice des auteurs) presque nulle , tandis que les espèces à plusieurs lubes les ont tous nus , approchés l'un de l'autre , soutenus de plusieurs bractées, et avec une couronne très-marquée. C'était après une analyse de plusieurs espèces que je me crus assez certain de cette observation ; je fis des premières espèces mon genre Nilella , et je con- servai le nom ancien de Chara aux dernières. C'est sous ce nom que je les distinguerai dans ce petit exposé. (i) Systema Algarum. aiict. égarait. Lniidœ , i8a4, ' '^o' in-8°. (63 ) ■ Aussi je fus plus fâché que surpris de voir tout mon petit système des Cliaracées bouleversé par l'excellent Mémoire de M. Amici sur la circulation de leur suc (dans les Annales des Se. nat. , tom. Il , mai 1824). Il y a figuré une Nitelle , et la plus vulgaire de ce genre, la Nitella flexilis , précisément avec des caractères con- traires à ceux que je croyais être si essentiels et si mar- quans , PI. III , fig. 5 , et PI. ÏV , fig. i, où le globule est posé immédiatement sous le fruit qui est soutenu par une biaclée et couronné par un grand calice , exac- tement comme dans mon genre Cliara. Je me hâtai d'examiner de nouveau mes Nitelles desséchées , la sai- son ne me permettant pas de les chercher vivantes , et particulièrement la Nitella flexilis en question. A ma satisfaction , je la trouvai constamment comme je l'avais vue auparavant , anthères approchées , sans bractées et avec une couronne très-peu marquée. La dllférence entre la plante de M. Amici et la mienne est très-marquée, et elles ne peuvent pas appartenir à la même espèce. Après, j'ai examiné mes autres Nitelles , et je les ai trouvées de même. Je sens bien que M. Amici ne peut pas s'être trompé , mais il me semble qu'il reste un point à éclaircir : c'est de savoir comment l'espèce de M. Amici peut avoir la tige d'une Nitella et le fruit d'un Chara , et si par-là toute la différence générique entre ces deux prétendus genres doit s'évanouir. L'anatomie des Characées est très-simple et très- connue. La tige des Nitelles consiste en un seul tube cloisonné et composé d'une membrane très-mince et incolore , si semblable aux tubes des Valonia , que c'est une nouvelle preuve de leur affinité avec les Algues. Les Chara ont le tube principal revêtu de plu- C ^ ) sieurs tubes beaucoup plus petits , excepté dans la partir qui rampe dans la vase , et souvent dans les derniers articles des rameaux , qui sont simples ; cela est bien connu , mais ce que l'on ne paraît pas assez connaître , c'est l'organisation des prétendues anthères ou des glo- bules de Wallroth. Les auteurs les décrivent très -dif- féremment, et pourtant c'est l'organe le plus remarquable de tous et dont la fonction est la plus douteuse. Elle le sera encore lorsqu'on apprendra la singulière struc- ture interne qu'il a , et que je décrirai comme je l'ai vue , quoiqu'elle diffère en beaucoup de points de celle indiquée par les auteurs antérieurs. Tout le monde sait que ces anthères ou globules sont ronds et rouges , et que leur place est ordinairement immédiatement au-dessous des fruits. J'ai déjà dit que ce dernier fait paraît souHrir une exception dans les Ni- telles . où j'ai trouvé les globules sur des tiges diffé- rentes de celles qui portent les fruits. Il est possible que je me sois trompé, parce que ces anthères sont ca- duques , mais je ne le crois pas 5 c'est du moins un point à vérifier. La surface de ces globules est hyaline ou in- colore -, sous cette membrane , on observe un globe rouge et réticulé ou celluleux , mais ils ne se présentent pas toujours ainsi ; souvent, au lieu de cet aspect réticulé , le globule est incolore , mais marqué de roses ou d'étoiles , dont les rayons sont rouges ou lancéolés. On voit dans les figures des auteurs, tantôt une de ces formes, tantôt l'autre; ie les ai trouvées toutes lesdeux sur une même espèce, et j'ai lieu de croire que le dernier état est le vrai noyau du glo- bule , caché sous l'écaillé réticulée (i). Le noyau contient (1) Quand ces prétendues anthèros sont Irès-mûres, on réussit sou- ( 65 ) «les fils très-singuliers ; ils soiitsimples ( une seule fois j'ai cru les voir fourchus), courbés et entrecroisés, hyalins et incolores avec des stries transversales , paiallèles et ser- rées, comme dans un Oscillatoire on un Nostoc; mais ce qui est le plus remarquable, ils sont attachés plusieurs ensemble à un organe particulier en forme de cloche , qui est également incolore , mais remplie d'un pig- ment rouge. Cette cloche, à la base de laquelle ils sont extérieurement attachés , est d'une forme un peu difle- rente dans les diverses espèces. Elle est mince et longue dans le Chara vulgaiis , plus grosse dans !e Chara firma, plus courte dans le Chara delicatula, et encore plus courre dans le Chara collahens. Il ne m'a pas été possible de déterminer avec sûreté comment ces cloches sont placées dans le noyau. J'ai souvent cru voir qu'elles sont la même chose que les rayons dans les roses ou étoiles du globule , dont je viens de parler; d'où il suivrait qu'elles sont placées vers la surface, pendant que les fils sont tournés vers le centre, Ces cloches ne sont pas en grand nombre ; elles se dé- tachent souvent des fils et perdent facilement leur pig- ment : ce qui les rend tiès-difficiles à bien observer, et qui les a iait négliger par les auteurs.» D'après celte exposition de l'anatomie de ces organes , il est bien difficile d'eii déterminer la fonction , car je ne me rappelle aucun organe , ni dacis les Algues, ni parmi les autres plantes , qui puissent leur être com- paré. Il n'existe aucune ressemblance avec les anthères vent par une légère pression, à les diviser en plusieurs yalvnles , comme on les voit très-bien fîgure'es par M. Walroth dans son 'l'raite', tab. a , f. 3 , et tab. 5. Ces valvules sont rayonnées et répondent sans doute aux étoiles dont nous avons parlé. Tome TV. 5 (66) des plantes phanérogames , ni môme avec leurs fruits. Pourtant M. Walrolh prétend les avoir semées et qu'elles ont produit des plantes semblables ; mais il n'a pas donné de détails sur cette expérience remarquable , qui serait une des plus intéressantes pour la connaissance de ces plantes. M. Nées d'Esenbeck a donné un Mémoire excel- lent sur les Characées , dans les Mémoires de la Société de Regensburg. Tl y adopte l'opinion de M. Walroth sur leurs fonctions , et jette beaucoup de lumière sur l'his- toire de ces plantes. Pour l'analomie des prétendues an- thères , ses recherches diffèrent beaucoup des miennes, comme on le voit en compai^ant ses dessins à ma descrip- tion , soit qu'il ait observé ceux d'un Nîtella et non ceux d'un Chara , soit que la manière différente de disséquer ces organes ait produit cette différence dans leur aspect. Je connais trop bien la justesse de ses observations pour en douter un moment. Cependant , c'est par une sem- blable discussion que l'on finira par trouver la vérité et corriger les erreurs. C'est par cette seule raison que j'ai osé présenter mes observations , quoique opposées à celles de savans aussi respectables que ceux dont il a été question dans cette petite notice. Lundi , le 29 septembre 1824. Analyse de Veau du Rio ï^inagre , dans les Andes de Popnjan; parM, Makiano de Rivero {Extrait d'une Lettre en date du 8 octobre 1828), afec des éclair- cissemens géognostiques et phj nques sur quelques phé- nomènes que présentent le soufre, thjdrogène sulfuré et ïean dans les Volcans; Par m. le baron Alex, de Hdmboldt. <{ CoNFORMÉMEKT au désir de M. de Humboldt, je me ( «7 ) suis proniré l'eau du Rio Vinagre. VA\e ma cU- fiivoyét; par M. Torrès , qui s'intéresse à tout ce qui petit con- tribuer aux recherches scientifiques. Cotte eau m'a donné par litre : ncide sulfurique, i,o8o; acide niurialique , 0,184 ; alumine, 0,240; chaux, 0,160, et quelques in- dices de fer (i). La présence de l'acide muriatique con- firme les observations faites sur les vapeurs et les pro- ductions lithoïdes du Vésuve et de plusieurs autres vol- cans. » E IVl RO. J'avais annoncé , au moment de mou retour d'Améri- que , la présence des acides sulfurique et muriatique dans l'eau du Rio F^inogre , que los indigènes appellent Pusamhio. (Voyez V^ues des Cordillères et Monuniens des peuples de t Amérique^ vol. 11 , p. 166; Nivellement, hn- romètrique des Andes ^\\° iu6*, Caldas^ Senianarîo ilel Nuevo Bejno de Gi'anada, t. i,p. 266 ); mais dépourvu de sels de baryte , j'avais engagé MM. Rivero et Boussin- gauh, lors de leur départ pour Bogota, à vérifier ces faits. L'analyse que nous devons à un de ces habiles chi- mistes est la première qui ait été tentée sur l'eau du Rio Vinagre. Je vais extraire de mon Journal de Voyages. en grande partie encore inédit, quelques éclaircissemens sur les circonstances locales. La ville de Popayan est siluée dans la belle vallée du Rio Cauca , sur le chemin de Bogota à Quito, au pied (i) Il ne peut être douteux que les indications sont par grammes et fractions de grammes : un litre d'eau du Rio Vinagre renferme li''-, 080 d'acide sulfurique et og'-,i84 d'acide muriatique. Cette propor- tion d'acide sulfurique est encore très -sensible au goût, et se mani- feste par d'abondans précipités avec les sfis de barylo. G.-L. 5* ( ^^8 ) (les deux grands volcans de Puracé et de Solarà. Ces volcans, presque éteints, et n'otïrant que les phénomènes des solfatares, font partie du chaînon central des Andes de la Nouvelle-Grenade. Par les i° 55' et a" 20' de la- titude boréale , le nœud des montagnes qui renferme les sources du Magdalena se divise en trois rameaux, dont Voriental se prolonge vers Timanà et les Nevados de Ghita et de Merida ; V intermédiaire et central vers les Paramos de Guanacas et de Quindiù; V occidental \evs le terrain platinifère du Choco et l'isthme de Panama. En montant de la ville de Popayan à la cime du volcan de Puracé, nous avons trouvé, M. Bonpland et moi, à i356 toises de hauteur, une petite plaine (Llano del Corazon), habitée par de pauvres Indiens cultivateurs. Ce plateau est séparé du reste du contre-fort par deux ravins extrêmement profonds : c'est au bord de ces précipices qu'est construit le village de Puracé. Des sources jaillissent partout du roc trachyti^jue ; chaque jardin est entouré d'une haie vive d'euphorbes (Zec/iero), à feuilles minces et du vert le plus tendre. Cette belle verdure contraste d'une manière frappante avec le ri- deau de montagnes noires et arides qui entourent le volcan , et qui sont déchirées par l'effet des trembleraens ' de terre. Le sile du village est célèbre dans le pays à cause de trois belles cascades (choreras) de la rivière de Pusambio, dont l'eau est acide, et que le peuple, qui ne connaît d'autre acide que le vinaigre, appelle Rio Finagre^ quel- quefois Gran Vinagre. Cette rivière prend naissance à peu près à 1^00 toises de hauteur, dans un endroit très- inaccessible. Quoique la température de l'eau soit peu dif- férente, dans les cascades inférieures, de celle de l'atmos- ( 69 ) phère ambiante , il n'en est pas moins certain que les sources du Rio Pusambio ou Vinagre sont Irès-cliaudes. Ce fait m'a été attesté par les indigènes et parle missionnaire du village de Puracé. En allant à la cime du volcan , j'ai vu une colonne de fumée s'élever à l'endroit où les eaux acides viennent au jour. J'ai dessiné la seconde des chutes du Vinagre ( planche xxx des Vues des Cordil- lères ) 5 l'eau qui s'ouvre un chemin à travers une ca- verne se précipite à plus de 60 toises de profondeur. La chute est d'un effet très-pittoresque ; mais les habitans de Popayan désireraient que la rivière, au lieu de se jeter dans le Rio Cauca, s'engouffrât dans quelque cre- vasse ; car telle est la délicatesse de constitution des ani- maux qui respirent par des branchies , et qui absorbent l'oxigène dissous dans l'eau, que le Cauea, pendant un cours de quatre lieues , est dépourvu de poissons , à cause du mélange de ses eaux avec celles du Rio Vina- gre (1), qui sont chargées à la fois d'oxide de fer et d'a- cides sulfurique et muriatique. Lorsqu'on reste long- temps sur le mur du rocher taillé à pic qui avoisine la cascade, on sent un picotement dans les yeux à cause des gouttelettes dispersées et suspendues dans l'atmos- phère. Les poissons reparaissent dans le Rio Cauca , là où il s'agrandit par les deux affluens du Pindamon et du Palace (2). Un peu au nord des sources du Pusambion naissent deux autres ruisseaux également chargés d'acide sulfu- (i) M. Calclas a même attribué à ce mélange, avec bien peu de raison sans doute , l'absence des goitres dans la vallée du Rio Cauca. Sema nario , t. i , p. a65. f^oyez mon [Mémoire sur les Goitres dans les Cor ■ dUVeres f Magendie , Journ. de Physiol. , t. IV, p. 109.) (a) Journal de Ph^iu/ue , t. LXII , p. 61. ( 7« ) rique libre , que le peuple appelle les Petits- iTînaigres ( los dos P^inagres chicos ) : ils se jettent dans le Rio de S:ui-Fi'ancisco , qui lui-même n'est qu'un affluent du (iran Finagre. Pendant mon séjour à Popayan, c'était une opinion généralement reçue que toutes ces eaux acides contenaient du fer dissous par une grande quan- tité d'acide carbonique. En se rappelant seulement que les sources du Vinagre sont très-cliaudes , on aurait dû abandonner cette opinion. Je fis bouillir des eaux pui- sées à la cascade, et je trouvai, après l'ébullition, le même goût acide et les mêmes précipités que dans l'eau non bouillie. Il me restait, à cette époque , très-peu de réactifs. Le niti'ate d'argent (i) donnait un précipité blanc et laiteux , indiquant la présence de muriates. Celle du fer s'annonçait par le prussiate de chaux, celle de la cbaux par l'oxalate de potasse. En pesant l'eau avec beaucoup de soin dans les ateliers de la Monnaie de Popayan , le poids d'un même volume d'eau du Vi- nagre a été trouvé au poids de l'eau distillée dans le rap- port de i'j'65 T grains à 2^3 1 gr. , c'est-à-dire que la pe- santeur spécifique de l'eau de la cascade était r= i,ooi5. Il ne faut pas confondre les eaux que je décris et dont M. Rivero a donné la première analyse, avec celles des deux lagunes souterraines que nous avons trouvées près de la cime du volcan, l'une à 2245 toises de hauteur, Tautre au-dessus des neiges, à 2420 toises. Ce volcan de iHiracé est un dôme de trachyte semi-vitreux, gris-bleuâ- tre et à cassure conchoide. Il offre, non un grand cratère ;i) La piiesence simuituiiéf d(;s acides siilfuriquc et miiriaticjiie a élé reconnue aussi par M. Vauqueiin , dans l\au que M. Lescîienault avait ]niisért c1:m'. !e ci;jièrp-!ac rlu Mont-Itlicnnc de Java. {Journal de Physique, t. LXV , p. 4o6. ) ( 7' ) à son sommet, mais plusieurs petites boucheSo II diÛère beaucoup du volcan voisin, le Sotarà, qui est de forme conique, et qui a lancé une inimeuse quantité d'obsi- diennes. Ces masses, couvrant les plaines de Julumilo , sont des boules ou larmes d'obsidienne dont souvent la surface est tuberculeuse. Elles présentent, ce que je n'ai vu nulle part ailleurs dans les deux hémisplières , toutes les nuances de couleur, depuis le noir foncé jusqu'à celle du verre artificiel entièrement incolore. On peut être surpris de voir que cette décoloration n'ait été accompaguée d'aucun boursoufllement. Les obsidiennes de Sotarà sont mêlées de fragmens d'émaux qui ressem- blent à la porcelaine de Méaumiir , et auxquels j'ai trouvé adhérentes des masses de feldspath qui ont résisté à la fusion. Ici , comme dans les Andes de Quito , comme au Mexi- que et aux îles Canaries , le système de roches basaltiques reste éloigné des trachytes qui forment les volcans de Puracé et de Sotarà. Les basaltes de la Tetilla de Julu- milo n'appartiennent qu'à la rive gauche du Cauca : ils sortent au milieu de porphyres de transition dépourvus de pyroxène , renfermant un peu d'amphibole , très-peu de quarz en petits cristaux implantés dans la masse , et un feldspath qui passe du feldspath commun au vitreux. Ce porphyre est recouvert, près de Los Serillos, d'un calcaire gris-noiràtre , traversé de filons de carbonate de chaux, et tellement surchargé de carbone, que, dans quelques parties , il tache les doigts comme un schiste alumineux ou comme les lydiennes (i) de Steeben , 1,1) M. Vaiiquelin a constatii récemment , par une analyse directe , la présence du carbone dans les lydiennes les plus pures. J'ayais re- (70 dans le Fichlelgebirge. Le dôme trachytique de Puracé, (jui donne naissance à la petite rivière d'acide sulfiirique, sort d'une "sycnite porphyrique (avec feldspath com- mun), qui, à son tour, est superposée à un granité de transition abondant en mica. Celte observation (i), très -importante pour le gisement des roches volca- niques, peut être faite près de Santa-Barbara , en mon- tant de Popayan au village de Puracé. Le volcan, comme la plupart des grands volcans des Andes , présente des couches ou nappes de matières lithoïdes fondues, non de véritables courans de laves. Des fragmens de calcaire grenu, vraisemblablement magnésien, que j'ai trouvés à plus de 9,000 toises de hauteur , paraissent avoir été lancés par des crevasses qui se sont refermées depuis. Ils ressem- blent à ceux du Fosso Grande du Vésuve , qui doivent leur texture grenue an feu volcanique. On ne peut aller à che- val que jusqu'aux cascades du Rio Vinagre. De-là, nous mîmes huit heures pour montera pied à la cime du volcan et pour en descendre. Le temps était affreux, il tombait de la grêle et de la neige. J'eus beaucoup de peine à enflammer l'amadou à la pointe du conducteur de l'é- lectromètre de Volta; les boules de moelle de sureau s'écartaient de 5 à 6 lignes, et l'électricité passa sou- connu, dans une série d'expériences faites sur les excitateurs galva- niques en 1798, que les lydiennes des schistes de transition de Steeben produisaient , conjointement avec le zinc , le même eflet que le gra- phite ou carbure de fer. Je fis dès-lors des essais pour prouver chi- miquement la présence du carbone dans plusieurs variétés de lydiennes. N'oyez mes Extiënciices sur !a Flbrd nerweiise et musculaire {en a\le- inand) , t. II, p. i63. (1) f^nyez, sur renserabk' de ces phénomènes des volcans de Po- payan , mon Essiu iur te gisement des roches, iSaS, p. 129, iSg, .V,o. ( 73 ) vent du positif au nc'gatif sans qu'il n'y eût aucun autre signe d'orage; car les éclairs et le tonnerre sont (d'après mon expérience) en général très-rares lorsqu'on est au-dessus de 2000 ou 2200 toises de hauteur. La grêle était blanche (i)-, les grains, de 5 à ^ lignes de dia- mètre , composés de couches diversement translucides , n'étaient pas seulement très-aplalis vers les pôles, mais tellement renflés dans leur zone équatoriale, que des anneaux de glace s'en séparaient au moindi'e choc. J'a- vais déjà deux fois observé et décrit ce phénomène dans les montagnes de Bareuth et près de Cracovie, pendant un voyage en Pologne. Peut-on admettre que les couches successives qui s'ajoutent à un noyau central sont dans un état de fluidité assez grand pour que le mouvement de rotation puisse causer l'aplatissement des sphéroïdes? Lorsque le baromètre indiquait que nous étions parvenus très-près de la limite des neiges perpétuelles , nous vî- mes augmenter les masses de soufre disséminées dans des roches trachytiques imparfaitement colonnaires. Ce phénomène me frappa d'autant plus que je savais com- bien le soufre est rare sur le flanc des volcans enflammés : une colonne de fumée jaunâtre et ini bruit épouvantable nous annonçaient le voisinage d'une des bouches (bocas') du volcan. Nous eûmes quelque peine à nous appro- cher de son bord ; la pente de la montagne étant très- rapide et les crevasses n'étant couvertes que par une croûte de soufre dont nous ignorions l'épaisseur. Nous (i) J'ai déjà rappelé ailleurs, dans ce Journal , qu'au Paramo de Guanacas oîi le chemin de Bogota à Popayan passe à la hauteur de aSoo toises , on a vu tomber, non de la neige, mais de la grêle ivuge. Renfermait-elle ces mêmes germes d'organisation ve'gétale qui ont été découverts au-delà du cercle polaire ? C 74) crûmes pouvoir évaluer retendue de cette croûte, qui est souvent interrompue parles rochers, à plusde 1 2,000 pieds carrés. Ces petites arêtes de rochers trachytiques agissent fortement sur Taimant. Je tâchai de m'en éloigner autant que possible pour déterminer l'inclinaison de l'aiguille. Elle était à la ville de Popayan (hauteur 911 toises ) de îi3°,o5 , division centésimale; au village de Puracé (hau- teur i356 toises) de 21°, 81 ; près du sommet du volcan de Puracé ( hauteur 2274 toises ) 20°, 85 : l'intensité de la force magnétique variait très-peu à Popayan et au village de Puracé , et la diminution de l'inclinaison n'est cer- tainement pas l'eiret de la hauteur, comme le prouvent tant d'autres observations que j'ai faites sur le sommet des Andes, mais l'efïet d'attractions locales dépendantes de certains centres d'action dans les trachytes. La bouche du volcan de Puracé est une fente, perpen- diculaire dont l'ouverture visible n'a que 6 pieds de long et 3 de large. Elle est recouverte en forme de voûte par une couche de soufre très-pur, qui a 18 pouces d'épais- seur, et que la force des vapeurs élastiques a fendillée du côté du nord. A 12 pieds de distance de la bouche, nous sentîmes une chaleur agréable. Le thermomètre centigrade, qui s'était soutenu jusque-là à 6°, 2 (froid bien peu considérable par un temps de grêle et à 2245 toises de hauteur), s'éleva à i5". Placés de ma- nière à ne pas être incommodés par les vapeurs , nous eûmes le plaisir de faire sécher nos vêtemens. Le bruit effrayant que l'on entend près de celte ouverture a pres- que toujours la même intensité : il ne peut être com- paré qu'à celui que causeraient plusieurs pompes à feu réunies, au moment où l'on ferait échapper à la fois la vapeur condensée. Nous jetâmes de grosses pierres dans ( 75 ) la crevasse, et nous découvrîmes à celte occasion que l'ouverture communique à un bassin rempli d'eau en ébullilion. Les vapeurs qui échappent avec tant de vio- lence sont de l'acide sulfureux, comme l'indique leur odeur suflbcante. Nous verrons bientôt que l'eau de la lagune souterraine est chargée d'hydrogène sulfuré; mais l'odeur de ce gaz ne se fait pas sentir au sommet du volcan, parce qu'il est masqué par l'odeur beaucoup plus forte des vapeurs d'acide sulfureux. Je n'avais au- cun moyen de déterminer la température de ces vapeurs ([ui paraissent subir, dans l'intérieur du volcan, une pression prodigieusement forte. Comme les Indiens pré- tendent que l'ouverture a plusieurs comparlimens qui ne sont pas tous remplis d'eau, et que le bruit que l'on entend parfois dans l'intérieur de la crevasse annonce des flammes , j'introduisis , au moyen d'une longue per- che, des papiers teints avec la teinture de violette sous la voùle , là où je pouvais être sur de ne pas toucher la surface de l'eau. En retirant la perche, je trouvai les papiers fortement rougis, mais aucunement enflammés, comme il était facile de le prévoir. Nous réussîmes, après plusieurs vaines tentatives, à puiser de l'eau dans la crevasse : c'était en liant une fu^Mma (fruit du Crescentia Cujete) à une tige de 8 pieds de longueur. L'eau fut de suite versée dans une bouteille hermétiquement bouchée. Nous l'examinâmes à notre retour au village de Puracé : elle exhalait une forte odeuk- d'hydrogène sulfuré, elle n'avait pas de goût acide, mais de faibles précipités causés par le nitrate d'argent annonçaient la présence de l'acide murialique. La croûte de soufre qui se forme au-dessus de la bouche naît sans doute du contact des vapeurs d'acide sulfureux avec l'hy- ( 76) (îrogène sulfuré que dégage la lagune souterraine. L'eau même de cette lagune est recouverte d'une peau de sou- fre qui disparut dans les endroits où nous jetâmes les pierres. Il résulte de ces observations que la seule pré- sence de l'acide muriatique ou des combinaisons de cet acide avec des bases salIGables indique une faible ana- logie entre les eaux du Rio Vinagre et celles des lagu- nes : les premières, qui naissent beaucoup plus bas, à la pente du volcan de Puracé, sont chargées d'acide sul- furique libre : les autres, que l'on trouve au sommet du volcan , contiennent de l'hydrogène sulfuré. Comme les bouches supérieures se trouvent à des hauteurs très- différentes au-dessus du niveau de la mer , on peut sup- poser que leurs eaux souterraines sont dues à la fonte des neiges et qu'elle ne communique pas. Le Rio Vinagre reçoit son acide dans l'intérieur d'un volcan qui abonde en soufre, et dont la température paraît extrêmement élevée, quoique depuis des siècles on n'ait aperçu aucun phénomène lumineux à son sommet. Le bon curé du village de Puracé croyait rendre un grand service à ses paroissiens comme aux habitans de la ville de Popayan , en faisant, comme il disait, net- toyer de temps en temps les cheminées du volcan. Il ordonnait aux Indiens d'enlever la ci'oûte de soufre qui s'élève en forme de dôme au-dessus de la crevasse. Cette croûte a pris quelquefois , à ce qu'on assure , en moins de deux ans , jusqu'à quatre pieds d'épaisseur. Elle rétrécit sans doute l'ouverture par laquelle sortent les vapeurs d'acide sulfureux-, mais on conçoit que la force élastique de ces vapeurs est telle que, si l'ouver- ture était entièrement bouchée pour quelques inslans, elle briserait plutôt la vi.aite nouvelle que do produire (77 ) (les commotions en agissant contre les parois rocheuses du volcan. Depuis plusieurs années, les lagunes, cjui représentent en petit les craters-la£S de nos volcans éteints, paraissent conserver chacune le même niveau de leur ligne d'eau; ce qui prouve que la vaporation est égale à l'infiltration des eaux de neige et de pluie ; mais cet équihbre n'a pas toujours été également stable. Vers l'année 1790, la Boca grande causait des inon- dations partielles. J'insiste sur ce phénomène parce qu'il semble jeter quelque jour sur un problème de la géologie des volcans, qui n'a pas été suffisamment examiné, je veux dire sur lis éjections d'eau et de boue. Au Vésuve, ces éjections ne sont qu'apparentes et ne viennent ni de l'in- térieur du cratère ni de crevasses latérales. Une immense tension électrique se manifeste dans l'atmosphère qui en- vironne le sommet du volcan au moment des grandes éruptions. Des éclairs sillonnentl'air : les vapeurs aqueuses émises par le cratère se refroidissent, des nuages épais enveloppent le sommet -, pendant la durée dé cet orage, restreint à un petit espace , l'eau descend par torrens et se mêle aux matières tuflacées qu'elle entraîne avec elle (i). (1) Déjà M. de la Condamine {lilèmnire de l'Académie, i'-54, p. 18) a eu des ide'es très-préi ises sur la cause de ces phe'nomènes qui se trouvent e'galement expose's dans la Sloria delV incendia del 1737, publiée par l'Académie de Naples. J'ai vu, dans mon dernier voyage à Naples (décembre 1822) , les dégâts qu'ont causés les torrens d'eau du côté d'Otlajano , au pied du Vésuve. Ils ont transporté dans la plaine, non-seulement des boues, mais des masses de laves de 48 pieds de circonférence et de 25 pieds de hauteur. Voyez l'excellente description de ces phénomènes, par MlM. Monlicelli et Covelli. (Storia del Fesufio degli anni T821-1823, p. 91-98.) Par le mélange de la pluie et des cendres volcaniques, il se forme dans l'air (Z. c. , p. ai) des espèces de pisolithes à couches concentriques , que j'ai aussi Irou- ( 7» ) Os effets , purement météorologiqaos , ont donné lieu aux traditions sur les eaux bouillantes sorties du ci'atère du Vésuve en i63i ; traditions fabuleuses que perpétue une inscription à Portici. Dans les volcans des Andes qui dépassent la limite des neiges perpétuelles, les causes des inondations sont très-diflTérentes de celle que nous venons d'indiquer. Comme les éruplions de ces cimes colossales n'ont lieu qu'après de longs intervalles (tous les trente à quarante ans, et même plus rarement encore), des bancs de neige d'une épaisseur énorme s'accumulent sur le flanc des montagnes. Ces neiges ne fondent pas seulement au moment de l'explosion, mais quelquefois plusieurs jours auparavant. C'est ainsi qu'en février i8o3 , pendant mon séjour à Guayaquil, les habitans de la province de Quito furent effrayés de l'aspect du cône du Cotopaxi, qui perdit une grande partie de ses neiges dans une seule nuit , et montra à découvert la couleur noire de ses roches brûlées. Quelle que soit l'idée que l'on se forme de la puissance des forces volcaniques et de l'intensité des feux souterrains dans les Andes , on ne saurait admettre que les parois épaisses d'un cône puissent se chauffer uni- ' formément et transmettre avec une telle rapidité (par la conductibilité de leur masse ) la chaleur au dehors. La fonte subite des neiges, lorsque, dans les Cordil- lères, elle précède les éruptions, n'est probablement due qu'à une infinité de T^eûtes fiiinaroles qui dégagent des vapeurs chaudes à travers la roche fen- poser sur le Crioceris merdigera. Mais le ventricule chy- lifique y est dépourvu de papilles. Famille XVI. Cycliques. Les insectes de cette famille sont tous herbivores ains que leurs larves. J'ai disséqué les suivans : Cassida 'vi-; ridis, Timarcha tenebricosa . Chrysomela populi , Ga- Icruca tanaceti , Galeruca lusitanica. (i)Loc. cit., Tab. VI, % 5. ( ^n) Notre inioiitable Réaiunur a décrit et figuré avpc son exactitude et sa clarté accoutumées les mëlamorplioses de la Casside verte. Il n'a laissé rien à faire sous ce rap- port ; aussi a-t-il été copié et recopié par tous les auteurs qui !ui ont succédé. Il ne manque, pour compléter l'his- toire naturelle de cet insecte, que d'exposer son anatomie : c'est ce que je vais tâcher de faire. Son canal digestif a ime longueur qui ne surpasse pas deux fois celle du corps. L'œsophage se dilate le plus souvent en un jabot bien apparent qui s'avance jusque dans le corselet. Mais j'ai trouvé des individus où son diamètre n'éprouvait aucune diminution, en sorte qu'il n'y avait point de jabot. Le ventricule chylifique s'en distingue par un étranglement qui est le siège d'une valvule interne. Il est parfaitement lisse , même quand on l'observe au microscope , et ren- ferme un liquide alimentaire jaunâtre ou brunâtre. Renflé dans sa partie antérieure , il dégénère en arrière en un tube intestiniforme qui se replie sur lui-même. L'in- testin présente à son origine une portion bien plus étroite. Le cœcum est sensiblement plus gros et renferme ordi- nairement des crottes vertes. Le rectum , qui est assez long, en est brusquement distinct par une contracture valvulaire. Ramdohr a aussi publié ce qui est relatif à l'appareil digestif de cette même Casside (i). Nos obser- vations sont d'accord , quant à ce qui concerne le tube alimentaire. La Timarcha tenehrlcosa, insecte qui par sa forme , sa couleur et la lenteur de ses raouvemens, rappelle \es Mé- lasomes , se fait remarquer par l'humeur safranée qui découle de sa bouche , des articulations de ses pâtes et des (i) Loc. cit., Tab. XXV, fi^. 3. côtés de l'abrlomcn lorsqu'il est irrité. Son tube alimen- taire égale en longueur trois fois celle du corps. L'œso- phage est fort court, assez gros, et se renfle en un jabot bien prononcé quoique peu vaste. Le ventricule cliyli- fique est lisse, c'est-à-dire àans papilles sensibles à l'œil ni â la loupe 5 il est assez allongé pour faire à lui seul la moitié au moins de la longueur de tout le tube digestif. Renflé vers son origine, il dégénère ensuite en un canal cylindroide qui se replie sur lui-même : je l'ai trouvé rempli d'une pulpe verdàtre ; l'intestin grêle est filiforme-, le cœcum est oblong et présente quelques traces de plis- sures longitudinales. Sa tunique externe est ordinaire- ment lavée de rouge. Le rectum est droit , bien marqué, aussi gros que l'œsnpliage, et légèrement strié. Le canal de la digestion est im peu moins long dans la Chrjsomela popiili que dans la Tîmarcha. Le ventricule cbyliflque a des papilles courtes et obtuses. Eamdohr a donné des détails intéressans sur la texture de cet or- gane (.). Il a représenté la trame des fibres longitudi- nales et transversales où sont implantées ces papilles. Cet auteur a exposé pareillement l'anatomie de l'appareil nutritif de la Chrysomela violacea (2) qui appartient au genre Prasociuis de M. Lati'eille. Cet insecte parait avoir un jabot assez considérable et un ventricule chylifîque couvert de très-courtes papilles. Ce canal est pour tout le reste semblable à celui des espèces précédentes. D'après la description que M. Marcel de Serres nous a laissée de l'appareil digestif de la Chrysomela Bank- sii (3), il parait qu(; ce dernier a plus d'analogie avec 1 (1) Loc. cit. , Tab. VI, lig. 2-8. (a) Loc. cit., Tab. VI, fig. 4-ii. (3) Loc. cit. , p. 61. ( ^'9 ) celui de la Timarcha , qu'avec ce même organe dans la Chrysomela populi Le canal alimentaire de la Galeruca tanaceti a quatre ou cinq fois la longueur du corps. Il a du reste la plus grande analogie de forme et d'organisation avec celui de la Cassida. L'œsophage , aussitôt après sa sortie de la tête , se renfle en un jabot ovoïde qui présente quelques traces de fibres longitudinales. Le ventricule chylifique en est séparé par un étranglement valvulaire. Il est, comme dans la Cassida, parfaitement lisse et glabre , di- laté dans sa partie anlérieuie , et rétréci ensuite en un tube reployé en circonvolutions, de manière que cet or- gane forme les deux tiers de la longueur de tout le canal digestif. H y a un intestin grêle , un cœcum et un rec- tum distincts. Le jabot de la Galeruca lusitanica est moins déve- loppé que dans l'espèce précédente , puisqu'il atteint à peine le corselet. Le ventricule chylifique n'en ditîêre que parce qu'il est moins long. Tout le reste est sem- blable. Je renvoie le lecteur aux figures pour en juger. On trouve dans Ramdohr la figure de l'organe diges- tif de la Galeruca vit ellina (i), que M. Dejean place parmi les Chrysomèles. Le jabot n'y est pas apparent. Le ventricule chylifique y est représenté lisse et long comme dans les autres Cjcliques. L'intestin paraît ren- flé à son origine. Je n'ai eu occasion de disséquer aucune espèce du genre Cryptucephalus , mais Ramdohr a publié la figure du canal alimentaire du Crrptocephalus l\-punc.lalu!> (p.). (t) Loc. cit., Tab. VI, lig. 4- (a) Loc. cit. , Tab. V , fig. 5. ( ^2o ) Le jabot est oblong. Il se rétrécit brusquement en ar- rière en un col qui paraît s'aboucher latéralement dans le ventricule chylifique. Celui-ci est long, et, avant sa terminaison, il ofl're , ainsi que dans les Charansonites , un espace hérissé de papilles bien prononcées. L'intes- tin grêle est filiforme et le cœcum allongé. COLÉOPTÈRES TRIMÈRES. La quatrième grande division des Coléoptères com- prend les insectes qui n'ont que trois articles à tous les tarses. Ils sont, à cause de leur petitesse, peu propres aux recherches anatomiques. Ils laissent transsuder, par les articulations de leurs pâtes, une humeur jaunâtre d'une odeur spéciale , comparable à celle de la pomme- de-terre crue. Famille XFII. Aphidiphages . Ces Coléoptères, ainsi désignés, parce que la plupart d'entre eux se nourrissent de pucerons , ont une forme de corps arrondie. Je n'ai encore pu disséquer que la Coccinella septem-punctata et la Coccinella argus. Je retrouve dans la Coccinella 'j-punctata , ainsi que dans les Charansonites et quelques autres Coléoptères dont j'ai parlé plus haut , un appareil salivaire. Il se compose de trois paires de vaisseaux diaphanes, d'une ténuité plus que capillaire , entortillées et se portant de l'a rrière-bouche jusque dans l'abdomen où flottent leurs extrémités. Soumis à une forte lentille du microscope , ces vaisseaux présentent à travers leurs parois pellucidcs un axe tubuleux , linéaire comme dans les Charansonites. Le conduit alimentaire de cette Coccinelle dépasse à peine deux fois la longueur de son corps j l'œsophage ( l'^I ) est renfermé dans la tête de manière que pour le mettre en évidence il faut tirailler en arrière le tube digestif, il se renfle en un jabot à peine sensible. Le ventricule cliylifique est bilobé à sou origine qui touche à la tête et reçoit le jabot dans l'échancrure formée par ces lobes. Plus long que tout le reste du tube, il est très -lisse et fort expansible ; je l'ai trouvé rempli d'une pulpe tantôt noirâtre, tantôt jaune. Après la première insertion des vaisseaux biliaires qui marque sa terminaison , on voit un intestin fort court suivi d'un cœcum légèrement ren- flé et d'un rectum bien marqué. Ramdohr qui a disséqué la même Coccinelle et figuré son appareil de la diges- tion (i), ne fait aucune mention de l'existence des vais- seaux sali vaires, mais nous sommes parfaitementd'accord quant à la forme , à la longueur et à la texture du tube alimentaire. Il est fort digne de remarque que malgré toute l'at- tention possible dans des recherches spéciales, je n'aie pu découvrir la moindre trace des vaisseaux saiivaires dans la Coccinelle argus , insecte qui est cependant plus grand que l'espèce précédente où ces vaisseaux existent incontestablement. Son canal alihientaire a quatre ou cinq fois la longueur du corps, L'œsophage et le jabot sont forts courts comme dans la Coccinella punctata : mais le ventricule chylifique, quoiqu'offrant la môme texture organique que dans celle-ci , n'est nullement bilobé à son origine ; il est aussi plus long et flexueux. Le reste de l'organe digestif ne diffère pas du sien ainsi qu'on le verra par l'examen comparatif des figures. ÇLa suite dans un prochain numéro. ) (i) Loc. cit., Tab. VI, fig. i. ( l'22 ) Explication des Planches. Planche 5. Fig. I. Appareil digestif fort grossi de I'Anthribus albincs inâle. a. Tête arrondie postérieurement , mais le bord supérieur de l'ou- verture œsophagienne est trilobé , caractère qui ne peut être exprimé dans la figure ; labre demi-circulaire , cilié ; mandibules courtes , épaisses à leur base-; b. •ventricule chylijinue précédé d'un jabot fort court; cccc. vaisseaux hépatiques^ d. intosfiti j^r^te dégénérant insensiblement en cœcf/wi ; e. rectum ; f. dernier seg- ment dorsal de l'abdomen , marqué en devant d'une gouttière lon- gitudinale dans laquelle il y a une ligne élevée. Fig. 2. Appareil digestif fort grossi du Lixus angustatus. a. Tête; bb. vaisseaux saHuaircs\ c, œsophage ^ il. gésier; ,e. ventri- cule chylifiqiie ; ff. grands vaisseaux hépatiques; gg. petits vais- seaux hépatiques; h. intestin grêle; i. cœcuni; j. rectum; k. der- nier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 3. Portion considér.iblemenl grossie d'un vaisseau S(7/ii'«irc. Fig. 4» Surface interne considérablement grossie du gésier. Fig. 5. Une des colonnes ou arêtes internes du gésier considérable- ment grossie. Fig. 6. Extrémité postérieure considérablement grossie du ventricule chyliflque, vue en dessous pour mettre en évidence le mode d'in- sertion des gninds vaisseaux hépatiques. Fig. 7. Appareil digestif fort grossi du Tomicds tïpocraphus. a. Tête; bord occipital trilobé; b. œsophage ; c. gésier; cl. ventri- cule chytifîque ; eece. vaisseaux hépatiques tronqués ; f. intestin grêle; g. cœcunt; h. dernier segment dorsal de l'abdomen. jH Fig. 8. Appareil digestif fort grossi du Bostrichus cAruciKtJS. H a. Tête; bord occipital prolongé eu apophyse; masse des antennes composée de quatre articles dont le dernier est tronqué et échancré; b. œsophage et jai/of confondus ; c. ventricule chflijiqu ■ ; dd. vais- seaux hépatiques; e. cœcum allongé précédé de l'intestin grêle; f. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 9. Appareil digestif fort giossi de I'Uleiota flavipes mâle. a. Tête ; bord occi/ntal avec sine large échancrure peu profonde, dont le fond est droit ; yeux insérés sur les côtés d'une protubé- rance frontale; mandibules armées d'un prolongement corniforme ; antennes longues et velues; b. jabot suivi du ventricule chjlijique; ce. vaisseaux hépatiques ; d. intestin grêle suivi d'un cœcum ; e. rectum ; f. dernier sp^^raent dorsal de l'abdomen. ( 1^3 ) Planche 6. Fig. I. Appareil digestif nifidiocreineut grossi du Prionus coriarius mâle. a. Tête; bord occi/j;7«/ trilobé ; h. jabot; c. ventricule chylifique ; dd. vaisseaux héjmtitjues ; e. intestin gré/e ; f. cœcum ; g. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 1. Appareil digestif grossi du Prionus faber femelle. a. Tête; bord occijnla/ trilobé; labre transversal , étroit , cilié; 6. jabot; c. ventricule chylifique; dddd. vaxi&cAus. biliaires; e. inlestin grêle ; f. portion granuleuse du gros intestin ; g. cœcum ; h. rec- tum fort long; ;'. portion tronquée des ni'aires et glande sébacie; j. étui commun au rectum et à Toviducte ; k. tige cornée où se fixent des muscles destinés à l'extraction et à la rétraction de cet étui; Z. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 3. Appareil digestif grossi de la Lamia textor femelle. a. Bord occipitalâe la têle trilobé ; b. jabot et œsophage ; c. ventricule chylifique ; dddd. vaisseaux hépatiques tronqués; e. intestin grêle ; f. cœcum; g. rectum fort long , muni de deux brides musculeuses ; h. dernier segment dorsal àtt l'abdomen. Fig. 4- Appareil digestif grossi du Cebambtx moschatcs femelle. a. Tête à bord occipital trilobé; à. antennes tronquées; b. jabot; c. ventricule chylifique ; dddd. vaisseaux hépatiques tronqués; e. \n- tesiin grêle ; f. cœcum ; g. rectum ; h. Aevvàer segment dorsal de l'abdomen. Fig. 5. Appareil digestif grossi de I'Hamatichertjs cekdo. a. Têle à bord occipital, légèrement trilobé ; b. jabot précède' de Vœsophage; c. ventricule chylifique ; dddd. vaisseaux htptitiqnes ; e. intestin grêle ; f. cœcum suivi du rectum ; g. dernier segment dorsal de l'abdomen. Planche 7. Fig. 1. Appareil digestif fort grossi du Callidium bajulus femelle. a. Bord occipital de la tête trilobé ; b. jabot; c. ventricule chylifique ; dJ(7(/. vaisseaux hépatiques ironqwés; e mle&tm grêle ; f. cctic uni intestiniforme suivi d'un rectum fort long; g. dernier segment dorsal de l'abdomen; h. étui éducateur pour la ponte des œufs , terminé par deux appendices palpiformes biarticulés. Fig. 1. Appareil digestif fort grossi de la Leptura hastata mâle. a. Tête avec un col trilobé ; b. ventricule chylifique, précédé d'un jabot fort court; cccc. vaisseaux hépatiques, ceui de la droit c ( '^4 ) tronqi>és ; '5 ) Fig. 4- Appareil digestif fort grossi de la Galleruca rnsiTAwicA. a. Télc\ bord occipital trilobé'; antennes de douze articles, dont le dernier beaucoup plus petit , en quelque sorte rudimentaire ; labre échancré, cilié; mandibules pointues avec une petite dent obtuse au-dessous de leur pointe; pa/pw maxillaires à articles assez gros, conoïdes , le dernier petit , pointu, enchatonne' ; h. jabot y c. ventricule chylifique j dd. grands vaisseaux hépatiques; ee, petits vaisseaux hépatiques; f. intestin gri^let; g. cœcuni; h. dernier segment dorsal de l'abdomen,. Fig. 5. Portion trés-grossie du tube alimentaire vue par dessous, pour mettre en évidence les insertions des vaisseaux hépatiques. Fig. 6. Appareil digestif fort grossi de la Galleruca tanaceti mâle. a. Télé, dernier article des antennes pointu; chaperon transverse, étroit, labre échancré, cilié ; palpes comme dans l'espèce pré- cédente; b. jabot; c. \ enlrlcu]e chjrlijîque ; dd. grands vaisseaux hépatiques ; e. petits vaisseaim hépatiques ; f. cœcum précédé de l'in- testin grêle, et suiVi du rectum; g. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 7. Appareil digestif fort grossi de la Cocctwella septem-punctata. a. Tête; bb. vaisseaux salii'aires; c. ventricule chylijîqne précédé du jabot; dd. vaisseaux hépatiques ; e. ialesl'in grêle ; f. cœcum sui^i du rectum ; g. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 8. Portion considérablement grossie d'un vaisseau salivaire. Fig. g. Appareil digestif fort grossi de la Coccinella argus. a. Tête ; bord occipital trilobé, lobe intermédiaire plus petit; labre arrondi, cilié; b. ventricule chjlifique précédé Au jabot ^ cccc. vais- seaux hépatiques tronqués ; d. cœcuiii précédé de l'intestin grêle , et suivi du rectum ; e. derniers segmens dorsaux de l'abdomen. Mémoire Géologique sur le sud-ouest de la France , siim d'observations comparatives sur le nord du même royaume , et en particulier sur les bords du Rhin} Par m. Ami Boue. ( Suite. ) Le sol tertiaire du sud-ouest de la Frauce renferme quatre terrains ou étages diirérens ^ les Molasses occupent ( '«(^ ) la partie la plus inférieure, et supportent un dépôt de calcaire analogue au calcaire grossier parisien , puis vient un terrain d'eau douce et un graud dépôt marneux et arénacé, qui paraît être marin. Les Molasses se voient surtout dans la partie orien- tale du bassin, et s'étendent vers l'ouest environ jusque vers Auch, Condoni , INérac , Marmande et Libourne ^ au-delà elles ne reparaissent que çà et là, sous le Cal- caire grossier au nord de la Garonne, et elles sont aussi à l'ordinaire recouvertes par cette formation, ou par le dépôt d'eati douce dans toute la partie du bassin tertiaire au nord de la Viaux et de la Garonne. Yic». formation delà moZi^^^e comprend , principalement comme en Suisse, des alternalions répétées de Grès à ciment calcaire et de Marnes ; les Grès sont surtout com- posés de grains de Quarz et d'écaillés de Mica, ou de Mica talqueux (la Grave), et çà et là aussi de grains de Feldspath. De semblables Grès granitiques se voient, par exemple , au Pic de Bère , au confluent du Lot et de la Garonne. Les Gi es ont un ciment calcaire plus ou moins abon- dant et passent aux marnes sablonneuses ; ils sont , à l'or- dinaire, grisâtres ou gris-blaTicliàtres ou brunâtres; ils se désagrègent souvent assez facilement en sable et em- pêchent ainsi leur emploi comrne pierre à bâtir, et ils offrent çà et là , par suite de la distribution inégale du ciment calcaire, des concrétions globulaires ou des ro- gnons allongés , botryoïdes ou en forme de choux-fleurs , comme cela se voit au-dessus de Fronsac près de Libourne- Ces roches qui sont identiques avec les Molasses de| la Suisse , renferment quelquefois des amas ou mêmel des lits de Poudingue calcaire composé de cailloux prin- ( ''^7.) cipalement quarzeux et de calcairi^ intermédiaire, comme à (irateloup dans le déparlement de Lot-et-Garonne. Dans les endroits où j'ai observé ces agglomérats, ils se trouvaient parmi les assises supérieures de ce terrain. Les Grès calcaires renferment aussi des rognons mar- neux blanchâtres et jaunâtres , qui peuvent quelquefois être dérivés de la décomposition des cailloux calcaires, comme ceux de l'Argile tertiaire supérieure de Vienne en Autriche. Les Marnes de ce dépôt sont plus ou. moins argileuses et peu feuilletées ; elles sont jaunâtres , jaunes brunâtres ; bleuâtres, grises-bleuâtres, et plus rarement en partie bigarrées de rouge , comme à la Grave près de Saint- Denis non loin de Libourne. Ces roches ne m'ont offert ni Pyrites ni Gypse, et au nord de la Garonne aucune trace de lignite ; mais au sud de ce fleuve , M. Jouannet nous apprend que le creuse- ment des puits en a fait découvrir dans pliisieurs endroits près de Bordeaux, commeàBelin, à Sestos, etc. (i). Ce com- bustible est accompagné d'argile et de poudingue. Au sud de Dax l'on voit aussi paraître çà et là sous le sable des Landes des argiles avec des lignites accompa- gnés do fer phosphaté (Saint-Lon); mais il est extrê- mement difficile quelquefois de décider si ces masses font partie de la Craie, de la Molasse ou même du Cal- caire grossier ou des sables des Landes. Ainsi le dépôt de Bitume sablonneux ou de Poix minérale d'Armentière auprès de Bastènes, semblerait au premier abord placé dans les sables comme celui de Zilensig en Prusse Oi) (i) Voyez Recueil académique de Bordeaux, iSaS. (2) l'oyez Schriften der Naturfoischer Gesellsch;ift, in Berlin vol II, p. 335. ( i^'B ) quand on le voit reposer sur une argile noire bitumi- neuse et être recouvert d'abord d'un peu de sable à cailloux de Quarz et de Minerai de fer hydraté; et plus haut par une marne argileuse, brunâtre et jaunâtre, à petites parties de Bitume \ mais quand on observe ensuite dans la collection de M. do Borda , la résine fossile, les dents de squale et les bivalves (Vénus?) rares qu'on as- sure y avoir été trouvées, on pencherait à l'annexer à la craie plutôt qu'à l'argile plastique , si les mêmes fos- siles ne se retrouvaient pas dans une couche bitumineuse intercalée dans la partie inférieure du calcaire grossier de l'Esperon près de Dax. Des restes d'êtres marins n'existent que dans les cou- ches tout-à-fait supérieures de la Molasse ., et près de son contact avec le calcaire grossier ; ainsi à la Grave près de Libourne , une couche de Grés au haut du coteau laisse apercevoir distinctement de petits fragmens de coquil- lages bivalves et d'univalves calcinés ; mais jamais je n'y ai pu trouver des fossiles entiers. Enfin on y observe rarement, comme en Suisse, des débris d'ossemens comme dans le Grès de la Grave, près de Libourne, où M. le duc Decazes a creusé une glacière et a fait décou- vinr des restes de trois espèces de Palseotherium, d'un Crocodile et d'un Tryonix (i). Les roches de cette formation offrent des assises d'une épaisseur qui varie non-seulement d'une couche à une autre, mais encore dans la même couche -, ainsi on voit des couches de Grès qui ont vingt à trente pieds d'é- paisseur et qui se rétrécissent plus loin jusqu'à n'avoir plus que quelques pieds. C'est cette stratification irré- (i) f^oyez le deroier volume des OssRinens Fossiles de M. CuTÏer. ( ^^9 ) gulière et la surface ondulée de la Craie, qui fait que ce dépôt a une surface extrêmement bosselée, et qui rend difficile non-seulement son étude , mais encore celle des terrains superposés. Ainsi le géologue qui ne s'est pas aperçu de cela, est tout étonné de trouver les mêmes couches à des niveaux très-dilTérens , et de revoir même dans une plaine les couches d'un escarpement voisin très-considérable, comme de deux à trois cents pieds de haut. Les bords de la Ga- ronne entre Agen et Marmandc présentent ce fait d'une manière très-frappante, car sur tout le côté nord, on a des collines de Molasse couronnées de Calcaire d'eau douce et d'une hauteur d'environ trois cents à quatre cents pieds, et sur la rive sud il n'y a que des petites collines, qui s'élèvent peu à peu au sud", en général il paraît que tout le long de la Garonne la formation de la Molasse descend à un niveau inférieur sans pex'dre en apparence aucune de ses couches supérieures, et c'est cette espèce de vallée naturelle qu'est venu occuper la Garonne, qui ensuite l'a creusée plus profondément et a entamé ses flancs. Voici trois coupes de cette formation comme exemples. La première est prise au Pic de Bère au confluent du Lot et de la Garonne. On y voit dans la colline se suc- céder, de bas en haut , une couche d'argile grise . un Grès micacé calcaire, une argile marneuse jaune, une argile grise, bleucàtre et verdàtre, une marne argileuse grise et jaunâtre, une marne argileuse jaunâtre, une marne ar- gileuse bleuâtre , une roche semblable, jaune brunâtre, une roche semblable grise-bleuâtre, un Grès calcaire, un sable jaunâtre à petits filons calcaires, une marne Tome IV. q ( 1^0 ) jaunàlrc à parties blanches, unu maine blanchâtre re- couverte du Calcaire d'eau douce. A la Grave près de Saint-Denis ( département de la Gironde), on voit se succéder de même, de bas en haut, une marne grise et rougeàtre , une marne grisâtre et bleuâtre, un Grès calcaire à mica talqueux verdâtre, à ossemens et quelquefois à parties fortement endurcies par un suc calcaire , et formant des amas et des petits filons , un Grès calcaire fin â petits rognons de marne argileuse verdâtre et grisâtre, une marne calcaire en- durcie, vme marne grise-jaunâtre et une marne argileuse jaune-verdâtre, une inaine grise-jaunâtre â rognons mar- neux endurcis et une marne argileuse. Près de Fronsac les collines présentent de bas en haut la série suivante de couches : une marne grise et blan- che , un Grès calcaire , une marne argileuse verte à pelites parties blanches, une marne jaunâtre et grisâtre avec des rognons de marne calcaire endurcie plus ou moins Tossière, une marne sablonneuse verdâtre à parties cal- caires etrenfermant plus de sablevers sa partie supérieure que vers sa partie inférieure^ une marne argileuse ver- dâtre à petites parties calcaires et dessus un lit de Cal- caire blanc-jaunâtre compacte avec des coquillages, telles que des bivalves et des cérilhes, et enfin un Calcaire blanc peu coquillier. Sur la formation de la Molasse s'est déposé le calcaire srossier^ comme nous venons de le voir et comme l'on peut encore s'en assurer â Blaye et â Gironde où les marnes argileuses inférieures sont en partie rougeâtres et employées pour des tuiles. Le dépôt calcaire n>a se montre que dans la partie oc- ( '3I ) cidetitale et nord-ouest du bassin ; il abonde surtout entre Blayo, Saint- Emilion , la Réelle, Langon et Bordeaux 5 il y forme des collines escarpées le long de la Garonne, de la Dordogne et de la Gironde, et produit autour de Bordeaux toutes les éî^iinences fertiles qui s'élèvent hors des Laudes à l'ouest, au sud et à l'est de cette ville. A l'est de ce district il paraît se prolonger quelquefois sous les dépôts plus récens , du moins il réparait dans les environs de Condat ou de Fumel. Au sud on ne le trouve plus qu'à un niveau fort inférieur ; ainsi il se montre çàet là dans les Landes, quand le lit des rivières est assez profond , conim'^ à Roquefort , autour de Mont- de-Marsan , le long de la Bouze et du Midou -, il se trouve en assez grande masse à Tartas et ressort souvent sous les sables lertinires des Landes, sur la rive occidentale de l'Adour eutre cette ville et Dax. Au sud de l'Adour il reparait encore au-dessous de Saint-Séver , à l'ouest de Dax à l'Esperon où il occupe assez de place dans un vallon, et au pied des coteaux qui bordent la rive nord du Luy depuis Narrosse jusqu'à Donzac. Cette distribution particulière du Calcaire grossier ne laisse pas que d'être très-intéressante , car il paraîtrait d'après cela que le dépôt ne s'est adossé que sur un côté d'une série de hauteurs de Molasse , qui est encore assez bien indiquée par les collines ou le pays élevé qui part du pied des Pyrénées près de Lannemézan , traverse les Landes environ du sud-est au nord-ouest, forme ainsi le partage des eaux et s'étend ensuite par la Réolle dans la partie nord du département de Lot-et-Garonne. Dans toute la partie orientale du reste du grand bas- sin , le calcaire ne s'est pas déposé et toute cette portion 9" ( >32 ) ft'csl trouvée Irausforraoe après le dépôt de celte roche en un bassin d'eau douce, qui avait une ou peut-être plusieurs issues pour Técoulement de ses eaux dans la mer -, le lit actuel de la Garonne inférieure est probable- ment le reste de l'un de ces canaux de communication. Le Calcaire grossier de cette partie de la Fiance se divise en deux assises distinctes, la première ou l'infé- rieure occupe presque tojle l'épaisseur du dépôt, et n'offre qu'une roche plus ou mois compacte, dont les parties mêmes les plus inférieures ne laissent apercevoir aucune trace de particules vertes, et l'assise supérieure n'a qu'une épaisseur beaucoup moins considérable et est en grande partie sablonneuse , et remplie de fossiles très- souvent bien conservés. Le Calcaire grossier compacte est jaunâtre ou jaune brunâtre (Mont-de-Marsan), ou jaune blanchâtre ou môme blanchâtre , comme sur les hauteurs de Fronsac et de Libourne. Il offre différentes variétés qui dépen- dent de son grain plus ou moins fin ou de sa nature plus ou moins marneuse , ou de la quantité et du genre des restes organiques qu'il renferme 5 ainsi autour de Li- bourne et au Pont de la Malle près de Bordeaux les as- sises , tout-à-fait inférieures, présentent des calcaires compactes très-peu coquilliers, blanchâtres et ressemblant de loin à une craie dure. Ailleurs les Calcaires de certains lits renferment assez de Cérithes ou de Miliolithes et se rapprochent davantage des Calcaires grossiers de Paris, tandis que çà et là ils s'en éloignent, lorsqu'ils sont rendus poreux par un grand nombre de débris fossiles ou de madrépores branchus, et qu'ils sont d'une nature particulière assez friable , comme certaines couches d'entre deux mers au nord de Bordeaux. ( i33 ) Des lits minces de marne calcaire séparent quelque- fois les couches compactes, et dans les couches tout-à-fait inférieures , on observe des cailloux de Quarz de la grosseur d'une noisette ou d'une noix , et des couches qui renferment naturellement ou par suite d'une dé- composition, des rognons irréguliers de Calcaire dur dans une base jaunâtre friable , comme cela se voit bien dans les carrières et les escarpemens aux environs de Blaye. Plus rarement on trouve, parmi les mêmes assises, des Calcaires d'une teinte grisâtre plus ou moins foncée et légèrement bitumineux ou fétides , comme à Bourgneva près de Bordeaux, et à l'Esperon à l'ouest de Dax. Dans ce dernier endroit l'on voit au-dessus des marnes crayeuses et des argiles, reposer avec une inclinaison à l'est nord-est de trente degrés, la série suivante de couches : une marne calcaire grise ten-euse, un calcaire grossier gris, une marne calcaire grise à parties plus foncées, une marne calcaire tachetée de blanc, un calcaire mar- neux blanc et jaunâtre à Miliolithes et Cérithes , une marne calcaire grise, une marne calcaire fort bitumi- neuse , grise noirâtre à Natices et bivalves , un calcaire marneux gris h rognons de calcaire endurci et avec quelques bivalves, un calcaire sablonneux coquillier, jaunâtre et à boules d'argile , un calcaire blanc à rognons de calcaire dur, une marne calcaire grise à petites co- quilles, enfin un calcaire gris-brunàlre à Madrépores, à Echinites , Sabots , Cérithes et Natices . et au-delà il y a encore d'autres couches calcaires semblables. Il est aussi arrivé qu'en exploitant des Calcaires gros- siers de la Dordogne pour la bâtisse , l'on y a trouvé des morceaux de lignite ou de charbon minéral. ( i34 ) Les assises sablonneuses du Cnlcaire grossier jie se voient qu'au sud de la Garonne, aulour de Bordeaux; on les connaît surtout près de Laiigon , de Sauças, de Leognan, de Mérignac et de Saint-Médard, et elles y occupent un niveau beaucoup plus bas que les couches compactes du nord de la Garonne et se cachent sous les sables des Laudes. Dans le département des Landes des dépôts semblables se voient sur le calcaire grossier à Saint-Séver, entre Tartas et Dax et près de Dax. Les affleuremens les plus connus près de cette dernière ville sont au nord de l'A- dourdans la commune de Saint-Paul , savoir le Mainot dans le quartier de Castelci^abe, le moulin de Cabanes, les lieux appelés Labernadère, Tucavu , le Mandillot, x'\bcsse, Vielle et Quillac. On trouve des bancs sembla- Jjles le long du bord noixl du Luy près de Narrosse , de Saugnac , de Sort, de Cambran , de Garrey, de Mim- baste , de Clermont, de Poyartin , de Montfort, d'O- zoust et de Caslelnau; aij sud du Luy il y en a, de même dans les collines de Heugas, de Gaas , de Benesse et de Caignotte. Ces Calcaires sont des espèces de marnes blanches- jaunâtres , jaunâtres ou brunâtres 5 plus exactement ce sont des débris très-alténués de coquilles et de Zoo- phytes , qui sont mêlés de quelques particules argileuses. Certains lits sont agglutinés en un Calcaire qui donne une pierre à bâtir peu durable (Leognan, Langon)ou même «ne espèce de Calcaire grossier à Péctoncles et Peignes, qui se trouve dessus et dessous les faluns , comme cela se voit près de Dax cl de Saint-Séver. Rarement dans certaines localités, comme à Abasse , près de Saint-Paul, la marne calcaire coquillière se ( i35 ) trouve assez imprégnée de fer hydraté jaunc-brim pour mériter d'avoir été exploitée. Il est possible que cet ac- cident provienne du voisinage d'un banc de fer oligiste dans le grès bigarré ou peut-être des sources minérales qui en dérivaient leurs parties ferrugineuses. Ces dépôts atteignent une épaisseur de quelques pieds, à vingt ou vingt-cinq pieds même ; ils sont exploités comme marnes et on y trouve rarement, à ce qu'il parait, des débris do bois bitumineux ou pyriteux , dans le dé- partement des Landes. Les pétrifications de ce terrain n'y sont pas distribuées, du moins en apparence, également; dans les assises in- férieures abondent surtout les Miliolithes , les Clypéastres bombés avec quelques univalves et bivalves, et çà et là beaucoup de madrépores, quelques dents de Squale-, néanmoins ils ne sont pas entassés , comme les fossiles des faluns. Dans ces derniers les genres et les espèces fossiles sont très-nombreux-, comme M. Basterot va publier très-in- cessamment un travail spécial sur ces restes organiques , je me contenterai d'indiquer ici les fossiles que j'y ai observés. On y trouve les genres suivans : Palella (deux espèces), Fissurella , Crepidula , Capulus (quatre es- pèces), Calvptrea (trois espèces), Conus (deux espèces), Cypraea (deux espèces), Ovula, Oliva, Ancilla, Voluta, Mitra, Marginella , Tornatella , INassa , Cancellaria, Buccinum , Terebra ( plusieurs espèces ) , Purpura , Dolium, Harpa, Cassis (deux espèces), Strombus, Ros- tellaria ( trois espèces ) , Murex ( au moins cinq espèces ) , Fusus , Pyrula , Fasciolaria , Pleurotoma (beaucoup d'es- pèces), Ceritliium (plusieurs espèces), Scalaria , Tro- { i36 ) chus, Solarium, Turbo, Moiiodonta , Turritella (plu- sieurs espèces) , Bulla , Phasianella, Pyramidella, Natica, Nerita , Neritina, Melania , Stomatia, Haliolîs, Denla- lium (quatre espèces), Serpula , Siliquaria , Naulilus , Vaginella, Mytilus. (Ces Moules sont analogues à celles des terrains tertiaires du Rhin et du Danube inférieur, et aussi à !a moule d'eau douce de Hongrie. ) Nucula (au moins deux espèces), Peclunculus, Arca, Cardita, Cardium, Crassatella , Lutraria , Mactra, Erycina , Do- nax, Lima (au moins deux espèces), Venus, Cytherea, Cyrena, Venericardia, Lucina (trois espèces), Tellina, Solen, Mya (deux espèces), Pholas , Chama , Osîrca (trois espèces) , Avicula , Perna , Pecten , Corbula (deux espèces), Terebratula, Balanus , Lepas. H y a aussi des Liinulites , des Licophris lenticu!ata(de Denys de Mont- fort), des Alvéolites (Dax), des Madrépores propre- ment dits, des Astrées (au moins trois espèces), des Millepores, des Oursins, des Scutelles à contour angu- leux (Dax), des ossemens de cétacées TMérignac, Na- rosse, Monlfort), des os de Dauphin (Poyartin), des dents de Squale, des os de poissons ( Dax) , et des os de Mastodonte de Poyardin qui se voient dans la collection de Dax. On peut remarquer que ces fossiles sont plus ou moins bien conservés dans différentes localités et que certaines coquiUes, telles que les Néritines, etc., ont encore leurs couleurs naturelles. Quelques-uns sont presque toujours brisés tels que les Pernes , les Avicules , les Nautiles et même les Moules , et d'autres sont fort rares, par exemple l-s Solirium et les Mui'ex qui sont assez communs près de Paris. Les Oni'sins Cuv. y ( ï37 ) sont beaucoup moins fréqucns que dans l'assise inférieure et jamais si grands; il- appartiennent à d'autres espèces que ceux qui gisspnt plus bas. Quoique ces jestes organiques se trouvent généra- lement partout, néanmoins le nombre des mêmes espè- ces varie beaucoup d'un lit à un autre et d'un lieu à un autre, et certaines espèces y sont plutôt par amas ou par bancs-, ainsi autour de Bordeaux à la Coquillière le long du ruisseau de Hos près de Sauças abondent surtout les belles Pyrulcs et les jolies Lucines qui ne sont que fort éparses ailleurs 5 dans le bois près du moulin de l'é- glise à Sauças , il y a des espèces de lits courts de grands peignes que l'on ne revoit pas à Léognan, tandis qu'il y a çà et là dans cette dernière localité des accumulations considérables de grandes Turritelles, d'une grosse espèce de Céritbe, et une assez, grande quantité de Trochus glutinosus ? qu'on ne revoit pas à Sauças ou qui y sont infiniment plus rares. A Léognan dans le cbamp du moulin au bord du ruis- seau et dans le jardin de M. Jordan , les petites coquilles sont beaucoup plus nombreuses que partout ailleurs , vu que le sable marneux y est très-fin ; les Corbules, les Stomatia , les Nucules, les Vaginelles et surtout des oper- cules d'univalvesy abondent, et près du moulin Coquilla se rencontrent surtout les raretés de ce dépôt, savoir les Pernes , les Avicules , les Solen , les Roslellaires , les Murex , les Capulus et les Solarium. A Mérignac dans la vigne de M. Durucu se trouve surtout une immense quantité de Madrépores, d'Astrées, et de Licopbris , qui sont mêlés d'un bon nombre de Moules , de Lucines , de Gyprées , de Cônes , de Cérithes, de Néritines , de Dentales , de Cabochons, de Crépidule s ( ï38) et de Balanes et même d'os de Célacées : tons ces fossiles sont \tm communs ailleurs. Le Falun doSaint-Médard a aussi ses particularités , et autour de Dax l'on remarque la même chose ; ainsi d'a- bord, certains Fossiles communs (Jaus ce dernier lieu, tels que les Rostellaires , sont très-rares à Bordeaux, et les Nautiles, dont des fragmens se voient assez souvent a Léognan, sont assez rarement bien conservés au Man- dillot, près de Dax. De plus, on voit près de cette dernière ville, des Scalaires, des Dolium, des Haliolis, des Lepas , dont ie n'ai pas eu occasion d'observer de traces sur les bords de la Garonne. Autour de Dax , les Fossiles varient encore d'un lieu à un autre assez considérablement:, ainsi les Rostellaires existent surtout au Mainot , les Cyprées et les grandes Huîtres, semblables à celles qui sont supérieures au Cal- caire d'eau douce de la Garonne, au moulin de Cabanes. Les ossemens de Baleine et de Dauphin existent aussi surtout dans cette localité , ainsi qu'à Narosse et dans la commune de Monlfort. Enfin près du moulin de Ca- banes , et au lieu dit le Mantillot, on observe dans le falun des Coquilles d'eau douce , qui ont encore quel- quefois leurs couleurs, et qui se rapportent aux genres Ncritina , Melanopsides ( AL Dufouri Fer. ) , Planor- bis et Hélix. Dans ces dernières localités , le Falun repose sur un banc semblable, endurci et changé en un Calcaii-e bru- nâtre, et il contient aussi des rognons endurcis sembla- bles , dont la forme rappelle , quelquefois , celle des cail- loux roulés. Cette circonstance , jointe aux cailloux de Quarz et d'autres roches des Pyrdnées qui s'y trouvent empâtées, ont fait naître à M. Grateloup l'idée qu'il y avait eu daus ces endroits un remaniement du Falun , au nioyen d'un courant d'eau douce , d'où serait résulté naturellement, ce mélange de Coquillages d'eau douce et de Coquilles marines (i). En réfléchissant sur ce sujet , sur les lieux , je n'ai pu m'empècher de trouver cette explication très-plausible , mais je suis loin de croire que ce remaniement , causé par un courant d'eau douce , soit de date récente; il est au contraire presque de Tàge du Falun , parce qu'on revoit , dans le nord du bassin, des mélanges semblables ( Mérignac, Léognan ), accompagnés même de vérita - blés alternations de couches de Calcaire marin et de Calcaire d'eau douce. C'est au moulin de l'Eglise, près de Sauças (dépar- lement de la Gironde), que j'ai fait, dans l'agréable compagnie de IM. Jouannet , cette cui'ieuse observation. Sur le bord rhéridional du ruisseau de Hos , l'on trouve un petit talus composé de bas en haut des couches sui- vantes : un Calcaire sablonneux formant des rognons irréguliers dans un sable Calcaire composé de Coquil- lages brisés, un Calcaire à Cériihes, Miliolithes et Bi- valves , un Calcaire sablonneux jaunâtre, ou une espèce de Falun à Cérithes , Dentales , Pyrules , Lunulites , Pétoncles , Arches , etc. ; une marne blanche grisâ- tre , à Planorbes et Lymuées ; elle prend un aspect bréchiforme , et est fortement endurcie dans sa portion supérieure, où elle est percée de trous de pholades, (i) Il est à espérer que M. Grateloup nous fera connaître incessam- ment les curieuses observations qu'il a faites sur les, faluos du dé- partement des Landes. ( i4o ) dont les Coquillages sont encore en partie intacts dans les vides ainsi formés. Enfin, an-dessus repose distinc- tement un Falun ou un sable calcaire à Céritlies , Turritelles , Pyrules , Casques , Strombes . Olives , Patelles , Calyptrées , Peignes, Tellines , Mactres , Vagi- nelles, etc. Sur la rive opposée du ruisseau , l'on observe la même chose dans une carrière de Calcaire d'eau douce de quatre pieds et demi de profondeur. Une marne sa- blonneuse calcaire , à Coquilles marines , à Cérithes et à rognons marneux , endurcis , blancs , en occupe le fond , et est recouverte par une marne argileuse , bru- nâtre -, un Calcaire marneux , fétide et noirâtre , à Pla- norbes et Lymnées , un Calcaire d'eau douce bréchi- forme, c'est-à-dire composé de fragmens angulaires du Calcaire précédent noirâtre , et empâtés dans une base semblable, moins foncée. La grosseur de ces morceaux varie de celle d'un pois à celle d'an œuf de poulet ou de dinde. L'on voit au-dessus un ou deux pouces d'un Calcaire compacte, brunâtre, ayant i'air siliceux, et à stra- tification ondulée -, un Calcaire marneux , bréclilforme, à fragmens de la même nature que la pâte , et à Planorbes , Lymnées, Hélices, et çà et là à univalves ressemblant aux Cérithes; une marne argileuse coquillière,avec tous les Fossiles précédens, et dans sa partie supérieure en outre avec des grandes Cyrènes. { 3Iactra? Cyrenade M. Brongniart. ) Enfin , sur la surface très-irrégulière de ce dernier lit, se trouve un sable Calcaire blanc-gri- sàtre, avec les mêmes Fossiles marins que le Falun au- dessous du Calcaire d'eau douce, savoir surtout des Cérithes, des petites Lucines et d'autres bivalves. M. Jouannet a aussi observé, dans la partie inférieure ( i40 du Calcaire d'eau douce de Bazas , un mélange de Co- quilles marines el d'eau douce. Ces derniers exemples indiquent dans ces diflerens lieux des accidens particuliers ; en eiïet , par la distri- bution du Calcaire grossier et du Calcaire d'eau douce de notre bassin, ils se trouvent placés de manière qu'on peut croire, qu'à Dax et à Mérignac , un courant d'eau douce y a amené les Coquillages tluviatiles , tandis qu'à Sauças l'eau douce a pu prédominer quelc[ue temps sur l'eau de la mer , parce que c'était probablement un des points voisins du contact du canal d'écoulement du bas- sin d'eau douce avec l'eau de la mer. Ce qui vient encore corroborer celte idée, c'est que sur les confins assez élevés du Calcaire grossier et du Calcaire d'eau douce, comme à la Héolle , l'on croit apercevoir déjà, dans les assises tout-à-fail supérieures marines, des indices géologiques de l'approclie du ter- rain d'eau douce. On y voit, en eiTet , les rocbes suivantes se succéder de bas en liant. Un Grès calcaire marneux ; une marne argileuse , grisâtre , coqiiillière -, un sable marneux gris 5 une marne grise , à Coquilles marines v un sable mar- neux , à rognons endurcis ; deux alternations d'une marne argileuse et d'un sable jaunâtre -, une marne ar- gileuse grise; un Calcaire d'un aspect brécliiforme ou à fragmens empâtés d'une marne verdàtre , et çà et là avec des huîtres ; un Grès calcaire coquillier ; une marne brunâtre, à huîtres et à rognons marno-calcaires ; un Calcaire grossier sablonneux -, et une marne blanche grossière , à Coquilles marines turbinées. Le Calcaire d'eau douce, qui succède au Calcaire grossier, ne paraît le recouvrir nulle part, si ce n'est ( '4^ ) dans les environs de Sancas ; à l'ordinaire , les deux dé- pôts sont st'parés par nn vallon , dn moins je me suis donné inutilement beaucoup de peines pour trouver de semblables superpositions. Il est possible cependant qu'on soit /tssez lieureux d'en découvrir entre la Réolle et Lauzun. Du reste, les apparences géologiques et la distribution particulière du Calcaire grossier, ne laissent pas de doute que le Calcaire d'eau douce , malgré sa po- sition sur la molasse , ne soit postérieur au Calcaire grossier. Le Calcaire d'eau douce, qui paraît correspondre au dépôt d'eau douce de Paris supérieur au Calcaire gros- sier , occupe dans le bassin un espace assez considérable et limité environ par une ligne irrégulière , passant par la Réolle , Bazas , Condom , Auch , Moissac , à l'ouest de Cahors et près de Lauzun. Tout le reste du sol du fond dn bassin est presque uniquement formé par la molasse, et il me paraît fort peu probable qu'on doive raltaclier à notre bassin d'eau douce les dépôts sembla- bles qui se trouvent en petite quantité autour de Milhau, dans la partie supérieure du Tarn , et ceux qui couvrent une assez grande étendue de pays schisteux, granitique et trachytique autour d'Aurillac. Ces derniers bassins peuvent bien avoir été en communication , au moyen d'un cours d'eau avec le bassin du Lot et de la Ga- ronne ; mais ils formaient , cependant , des lacs d'eau douce tout-à-fait indépendans de celui dont nous allons décrire les dépôts. Le Calcaire d'eau douce couronne les collines de mo- lasse , et suit toutes les irrégularités de la surface de ce dernier terrain. Il s'élève environ entre quatre ou cinq cents pieds an-dessus de la. mer ^ dans les endroits les ( '43 ) plus élevés , comme entre le Lot et la Garonne, il forme sur les coteaux j tantôt des plateaux élevés , assez éten- dus , tantôt des séries de buttes blanches à petits escar- pemens, qu'on reconnait de très-loin, ou bien il ne s'élève qu'en petites collines arrondies dans la plaine. En général, ce terrain de molasse et de Calcaire d'eau douce est très -irrégulier, et entrecoupé d'un grand nomb-e de grandes rivières et de ruisseaux, de vallées ou cie gorges : de-!à vient aussi la grande fertilité et la variété des produits naturels de cette partie de la France. Les pentes et les plaines de molasse sont propres, par leurs marnes ,à des champs et à différentes cultures: les coteaux calcaires donnent d'excellens vins, et procu- rent à la vigne une nourriture et une chaleur qui lui conviennent -, tandis que les petits vallons humides oflrent çà et là quelques pâturages , et les grandes vallées remplies du limon et du gravier des rivières , permettent la culture si avantageuse du tabac. Le Calcaire d'eau douce se trouve divisé, à l'ordi- naire, naturellement en deux assises assez constamment distinctes : l'assise inférieure est u;i Calcaire sans co- quilles , et l'assise supérieure un Calcaire très-coquillier, accouipagné de marnes. Ainsi, par exemple, au Pic- de-Bère , au confluent de la Garonne et du Lot, l'on ob- serve , au-dessus des couches horizontales d'une grande convexité de molasse , un Calcaire compacte blanchâtre, un peu poreux, qui renferme en apparence des frag- mens arrondis ou angulaires d'un Calcaire de la même nature ; puis un Calcaire marneux gris ; un Calcaire marneux blanc verdàtre , à aspect bréchi forme; un Cal- caire blanc marneux , semblable à la première couche. Au-dessus suivent les assises coquillières , consistant en v l '44 ) un Calcaire gris fétide à Planorbes, Lymnées , Hélices , à nids d'Argile jaune , et à tubulures ou porosités iden- tiques avec celles de tous les Calcaires d'eau douce con- nus et en un Calcaire poreux blanchâtre, avec les mêmes coquillages et des débris d'osscmens. Enfin, viennent des lits de Marne argileuse, jaune grisâtre et blanchâtre, sans aucune trace de Fossile. Le haut des collines qui dominent la Garonne, de Tonneins à Moissac , oirre la nicme série de couches ; un Calcaire plus ou moins marneux , à rognons calcaires de même nature , recouvre immédiatement la molasse , et le plateau supérieur est formé par un Calcaire coquil- licr , quelquefois marneux, légèrement fétide, et çà et là à ossemens de quadrupèdes d'espèces maintenant éteintes. Le Calcaire compacte sans Coquilles est souvent as- sez différent des Calcaires d'eau douce ordinaire , car il est quelquefois aussi compacte qu'un Calcaire jurassique, et ses teintes jaunâtres ou blanchâtres le rapprocheraient, minéralogiquement , tout-à-fait de ces Calcaires , si l'on n'y apercevait pas, cà et là, quelques petites cavités ca- ractéristiques. Ces dernières sont tapissées, le plus souvent, de pe- tits cristaux de chaux caibonatée , et plus rarement de baryte sidfatée bleuâtre qui , çà et là , forme même des groupes assez gros de cristaux , comme dans les en- virons de Lagarde , près de Lauzun. De petits filons de chaux carbonatée fibreuse s'y rencontrent aussi. Les autres variétés de ces Calcaires ont presque toutes un aspect oolitique ou bréchiforme, c'est-à-dire que des frai^mons arrondis ou angidaires sont empâtés dans une base qui est de la même nature que les prétendus dé- ( i45 ) bris ; mais quand on vient à examiner avec attention ces derniers , on trouve que très-souvent ce sont des con- crétions calcaires qui ont été endurcies plus tôt que le reste de la masse , et même , çà et là , ces espèces de ro- gnons sont légèrement imprégnées de silice , et laissent apercevoir, conime près d'Agen , une espèce de struc- ture circulaire concentiique : la roche a alors presque l'aspect d'une Craie dure , à rognons de silex pyro- maque. Cette structure concrétionnaire m'a paru , depuis, être assez généralement répandue dans la plupart deâ Calcaires d'eau douce. Ainsi elle existe en partie , dans celui d'Ulm, et dans le Calcaire grossier mélangé de Coquilles d'eau douce de l'rancfort-sin^-le-Mein , mais nulle part elle ne m'a paru si universellement distincte que dans le sud de la France; ailleurs elle est au con- traire le plus souvent masquée. C'est à cette structure et à des retraits que je crois devoir attribuer la formation de presque tous, ou de tous les Calcaires d'eau douce bréchiformes du sud de la France ; car cette apparence particulière , et ces fragmens angulaires empâtés dans une base semblable, ne se laissent guère raisonnablement expliquer par la supposition d'une destruction ou d'un morcellement d'une couche et de sa réagglutination. Les Calcaires d'eau douce coquilliers sont exactement semblables à ceux de Fontainebleau, d'Ulm , de Wal- lerslein , etc. Ils sont grisâtres ou gris noirâtres, tra- versés de tubulures caractéristiques, et çà et là tapissés de cristaux de chaux carbonatée. Les Fossiles ordinaires y sont souvent par paquets , et y offrent plusieurs espèces de Planorbcs, de Lyni- ToME IV. iO ( '/[^^ ) nées, d'Hélices, et peut-être de Cyclostomes (i). Je n'y 'ai pas pu découvrir d'autre coquillage d'eau douce, mais des ossemens de Paléotlierium ( P. médium , Agen , Pic-de-Bère ) et de Tryoriix ( Lauzerte ) (2) , y sont assez fréquens. La seule roche qui m'ait paru subordonnée à ce dé- pôt , c'est un Silex meulière , où une espèce de Silex plus ou moins carié , qui participe tantôt de la nature du silex pyromaque, tantôt de celle du silex corné , ( Hornstein ) , et qui passe même au Calcaire , en se mé- langeant «le parties calcaires. Les couleurs sont d'ailleurs , comme dans le Silex meu- lière de Paris , le gris , le jaune , le jaune brunâtre et le brun foncé , et il présente , çà et là , un aspect bré- chiforme, en paraissant renfermer des morceaux de Cal- caire. On n'y voit jamais de Coquilles fossiles , mais quelquefois on y rencontre beaucoup de bois dicotylé- dons siliciliés et semblables au bois des conifères, comme à Graleloup (département de Lot-et-Garonne). Les bois siliceux de palmiers de Montflanquin appartiennent probablement aussi à ce dépôt. Ce produit siliceux est assez rare dans le sud de la France , et ne se trouve qu'en espèces d'amas dans la partie supérieure du Cal- caire sans coquilles, comme à Damazan et à Grateloup, et peut-être , flit-on , à Gontaud. Les masses de cette meulière sont trop petites et trop peu cariées pour être employées comme meule , néan- moins elles oflViraicnt quelques avantages comme pierre de route. Au-dessus du Calcaire d'eau douce, l'on voit (i) Ployez Annales du Muséuai , vol. 19. (2) f^oyez le dernier volume des Ossemens Fossiles de M. Cuvier. ( ^47 ) ail nord de la Garonne, dans les endroits les plus éle" vés , et au sud de cette même rivière , sur les coteaux , des masses plus ou moins grandes (T Argile marneuse , dessous lesquelles sourdent quelquefois des sources. Ainsi nous en avons déjà cité sur le Pic-de-Bère , près d'Aiguillon , et il s'en trouve de semblables au sud de la Garonne, près de Léognan , près de la Plume, et sur plusieurs autres points du déparlement de Lot-cl- Garonne. Près de la Plume , l'on voit reposer les argiles gri- sâtres ou grises jaunâtres sur le Calcaire d'eau douce compacte et coquillier •, elles y renferment de petits groupes de cristaux de Gypse en crête de coq , et elles sont recouvertes par les graves ou sables des Landes , qui forment le sommet de la butte. Le Gypse a été exploité autrefois , mais il s'est trouvé en trop petite quantité pour pouvoir supporter la con- currence du Gypse amené du nord de la France dans ces contrées. Outre ces argiles sans fossiles, l'on trouve encore en lambeaux, cà et là , des argiles marneuses jaunâtres ou grisâtres, mêlées de parties blanchâtres, et pétries de grandes huîtres ressemblant à VOstrea hippopus et à l'huitre des environs de Berne. Ces espèces de bancs d'huîtres se trouvent le long de la Gironde, de la Garonne , du Lot et de la Dordogne, et il ne me parait pas lout-à-fait sûr qu'il n'y en ait point dans le département des Landes, car les grandes huîtres de cette contrée sont identiques avec celles dont nous parlons , et doivent néanmoins provenir , dit-on , des Fa- luns du Calcaire grossier. Ces amas d'huitres s'élèvent assez haut, puisqu'on les trouve adossés contre les ponte 10* ( • 'j8 ) des plateaux les pins élevés du Cidcnire d'eau douce , comme sur le côté oriental du Pic-de-Bère , tandis qu'ils recouvrent ailleurs de semblables masses qui n'atteignent pas une si grande élévation , comme on le voit dans les vignes de Galapian , au nord du Lot. Les huîtres se trouvent entières Ou brisées , le plus souvent les valves supérieures sont changées en marnes, ou ont à moitié disparu; elles ont de deux à quatre pouces jusqu'à six à sept pouces de long. Les localités de ces bancs sont fort nombreuses , il y en a au-dessus de Blaye, près de Sainte-Croix du Mont, à Bra, à Auros , près de Bazas , à Sestos, près de Saint-Macaire , au Pic- de-Bère , à la voûte au-dessus de Clérac , au sud d'Ai- guillon , dans la campagne de M. de Malprade , à Ga- lapian , dans les environs d'Agen , à Mont-Ségur , etc. Il me paraît probable , d'après la position de ces ar- giles à huîtres , qu'elles correspondent aux marnes ma- rines supérieures au gypse de Montmartre, et aux marnes vertes à huîtres. Une grande alluvion sablonneuse forme le dernier dé- pôt tertiaire du bassin, puisqu'il recouvre tous les ter- rains précédens, et il pourrait donc être analogue aux sables sans coquilles au-dessus des Marnes marines su- périeures de Paris. Cette formation constitue tout le sol des Landes, elle y atteint près de quatre-Vingts mètres de hauteur sur la mer près de Saint-Magne (t), et elle est limitée depuis Bayonnejusqu'àPauenviron parle cours del'Adour et du Gave de Pau ; plus à l'est elle s'étend jusqu'à Tarbe et jusqu'aux rivières de la Baise et de la Garonne. Elle dé- ^i) Jonannft, RiCiiRil araocmique c\r Bordeaux. i823. ( '49) passe néanmoins ces limites , soit dans le département des Basses-Pyrénées et en général sur le pied de ces montagnes, soit au nord de la Gironde, où l'on trouve déjà ces sables à Mirambeau , soit à l'est de la Baise dans le département du Gers. JLlle recouvre dans sa partie orientale les sommités des collines de Calcaire d'eau douce, et ne laisse apercevoir que çà et là dans sa portion occidentale de petites masses de Craie ou de Calcaire grossier , tandis que sur le pied des Pyrénées elle se cache souvent sous des amas énormes d'alluvions modernes accumulées par les an- ciennes rivières de ces montagnes et sous les marnes Uuviatiles. Ce dépôt consiste en un sable fin quartzeux, blanchâtre, grisâtre ou jaunâtre, ou plus rarement brun-rougeàtre ou rouge (Bedat), qui ne renferme que çà et là des parties plus grossières, ou plus argileuses, ou des rognons ag- glutinés par un ciment de fer hydraté (Sauças). Le manque de ciment produit un sol qui cède sous les pieds, et à travers lequel l'eau filtre très-aisément, de manière qu'il ne peut être employé qu'à des planta- tions de pins ou de chênes à liège ; il est même exlrê- memeut nécessaire d'entretenir ces forêts, car leur ex- tirpation exposerait tous les fertiles pays du voisinage à être ensevelis sous des dunes de sables que le vent dé- placerait à volonté, comme cela a déjà eu lieu sur les bords de la mer. Dans la Chalosse (au sud de l'Adour), ces sables sont quelquefois assez marneux ou recouverts de Marne d'eau douce , de manière que la culture des terres devient impossible. Les Minerais de fer hydraté, épars dans ce terrain, n'abondent que dans le déparlement des Landes où le ( '5o) voisinage des couches de fer oligiste du Grès bigarré et des terrains schisteux paraît avoir favorisé tellement ce dépôt, qu'il pourrait devenir çà et là un objet d'exploi- tation. Le Minerai est un fer hydraté brunâtre, oujaune- rougeàtre, ou brun-rouge , qui est plus ou moins mélangé de parties sablonneuses et plus ou moins carié; rarement il forme une espèce d'Hématite compacte , uniforme ou géodique. Les environs de Bastènes , de Brasampoui, de Saint-Séver et de Bayonne, m'ont paru les lieux les plus favorables pour essayer leur exploitation. Les sables des Landes renferment encore çà et là de très-petits blocs de roches intermédiaires dures, et des cailloux de Quarz hyalin, qui sont quelquefois aven- turinés et portent dans le pays le nom de cailloux du Médoc, parce qu'ils abondent surtout dans cette localité. Près de certaines masses de Diabase et de Craie , des cailloux de ces^ roches ou des Silex se trouvent encore dans ces sables comme près de Bastènes et entre Bayonne et Biaritz. Çà et là on y observe des morceaux de bois silicifiés ou changés en une espèce de Grès, comme dans la Chalosse, etc. Dans le département des Landes on y rencontre aussi des amas d'une argile jaunâtre ou grise-jaunâtre comme à Bastènes , et quelquefois des nids irréguliers d'une argile blanche assez smectique , comme à Bastac près de Ganjac , où on a essayé , il y a trente ans, d'employer cette substance à la fabrication de la porcelaine : mais elle est en trop petite quantité, puisqu'elle ne forme que rarement des i-ognons de deux à trois pieds , et qu'à l'ordinaire ils n'ont que quelques pouces. Il est difficile de prononcer sur la nature de cette matière argileuse, qui a quelquefois un aspect singulier et une aggrégation ( i5i ) tout-à-fait particulière: serait-ce peut-être un produit d'une décomposilioa de la Diabase des environs ? Enfin une substance assez semblable par ses caractères extérieurs , et qu'on a nommée Lenzinite , se trouve dis- tribuée de même en rognons dans ces sables. Les loca- lités de cette substance sont entre Condure et Saint-Sé- ver dans la commune de Boulin-la-Grange , Pouillon,. et dans la commune de Balius le lieu dit Lhoutes. Ces sables y présentent à peu près la succession sui- vante de couches assez irrégulières. Au-dessus de proé- minences de Craie grossière quelquefois à Silex, l'on observe une Marne sablonneuse alternant avec des sables 5 viennent quelquefois un Kt de sable à amas de cailloux et des lits de sable noir pénétré d'oxide de Manganèse, et tout-à-fait supérieurement des sables à rognons irré- guliers de fer hydraté brunâtre ou rougeàtre fort impur et renfermant çà et là des masses de Lenzinite de quel- ques pouces à un pied de long. Elle s'y trouve en plusieurs états qui dépendent soit de la décomposition , soit peut-être de son aggrégation ou de ses parties chimiques constituantes ; il y en a qui est terreuse , blanche , et d'autre qui est d'une couleur blanc de lait et même translucide et se brisant en petits éclats à angles aigus. Quelquefois on dirait qu'elle passe au Silex ou qu'elle n'est qu'un rognon de Silex ainsi changé , mais vu le voisinage des rognons de véritable Silex et l'appa- rence semblable de la Craie et de la Lenzinite , il est très-facile de se tromper dans de semblables observations. Les alluvions du grand bassin du sud-ouest de la France consistent en alluvions anciennes et modernes des rivières , et en alluvions qui sont le produit de la ( i55 ) chute et de la réaggrégalion des débris des montagnes. Les alluvions anciennes abondent surtout sur le pied des Pyrénées qu'elles encroûtent sous la forme d'un dépôt fort épais de cailloux plus ou moins mélangés de sables , comme par exemple au sud de Pau et sur le pla- teau de Lannemezan à Montrejean, où l'on remarque même de gros blocs de Granité et de Schistes , quoique ce plateau soit séparé des Pyrénées par une vallée assez profonde. On en trouve aussi le long des grandes rivières, soit dans les Pyrénées, soit jusqu'à une certaine distance de ces montagnes , comme dans la vallée de l'Arriège , de la Garonne, de l'Adour , du Gave de Pau, du Luy (à Po- mares) , du Lot , etc. Ces rivières sont obligées d'y creuser souvent leur lit , comme cela se voit bien entre Saint-Pé et Lourde et près d'Argos dans la vallée de l'Arriège. Au nord de Bayonne ces alluvions enclavent plusieurs étangs ou lacs , et indiquent ainsi l'ancien cours du Gave de Pau et de l'Adour. Les cailloux de ces dépôts varient d'iin lieu à un autre suivant les vallées dont ils sont sortis , et sont quelquefois assez gros , sans atteindi'e cependant le volume des blocs des Alpes ; ils sont en couches fort irrégulières , comme cela se voit bien dans la plaine des bords du Lot entre Aiguillon et Ville-Neuve (i). En général les rivières paraissent s'être éloignées si peu de leurs lits primitifs, que l'on peut tout de suite dire, par les alluvions anciennes ou modernes qui les accom- pagnent, si elles prennent leur source dans les Pyré- nées ou l'Auvergne , ou seulement dans les terrains cal- (i) Voyei ÎVlémoires sur les cailloux de M. Palassou. ( i53 ) caires ou tertiaires 5 ainsi oq observe dans le Luy jusqu'à son confluent dans l'Adour des cailloux de Micaschiste, de Quarz, de Schiste siliceux , etc. Mais si les cours d'eaux paraissent avoir contribué puissamment à la production de ces alluvions anciennes , maintenant fort au-dessus du lit actuel des rivières, les blocs énormes et certains grands amas de cailloux dans des localités particulières des Pyrénées ou à leur pied, semblent indiquer que des débâcles de lacs d'eau douce y ont eu aussi une grande part, et cette idée devient d'au- tant plus probable quand on observe dans presque tou- tes les vallées de cette chaîne les traces d'anciennes di- gues, et qu'on voit, pour ainsi dire encore, cbaque vallée partagée en plusieurs cavités placées , l'une à la suite de l'autre , sur un niveau toujours plus élevé. Ainsi la vallée du Gave de Pau formait probablement huit bassins sem- blables dont le premier s'étendait de Bélarran au défilé qui conduit à Lourdes , tandis que le second allait de- puis là jusqu'à Arguelles, et qu'il y avait plus haut six autres cavités séparées par des canaux étroits, qui çà et là donnent lieu encore à des chutes d'eau. La vallée de Massât , de la Sallat, de la Garonne , etc., présentent des divisions naturelles tout aussi évidentes. Parmi les alluvions anciennes on doit compter les mas- ses de Marnes argileuses à coquillages fluviatiles et terres- tres , qui se voient çà et là, le long des principales rivières, de la même manière qu'au bord du Danube et du Rhin. Elles paraissent reposer sur d'anciens amas.'de cailloux, et s'élèvent quelquefois à quarante pieds au-dessus du niveau des plus hautes eaux, comme près d'Aiguillon, vis-à-vis d'Agen au sud de la Garonne et à Donzat au-dessus des sables des Landes , etc. ( t54 ) Ou peut encore placer ici ce banc d'huîtres qui se trouve, suivant M. Jouannet , à Saint-Vivien à douze pieds au-dessus du niveau de rembouchnre de la Garonne, et qui n'y présente comme un amas semblable des ma- rais de la Rochelle (i) que les huîtres communes de la côte actuelle. Les allumions modernes des rivières sont des cailloux ae la même nature que ceux des dépôts précédens, mais plus petits 5 ce sont des sables fins , souvent argileux , noirâtres ou blanchâtres et des espèces de Marne argi- leuse grise ou noirâtre , comme on le voit le long de la Garonne et des autres grandes rivières. Ces grands courans d'eau sont souvent distinctement encaissés entre des pentes qui présentent de chaque côté plusieurs terrasses et plusieurs talus, ce qui semblerait indiquer plusieurs époques où le lit des rivières s'est trouvé assez comblé de débris pour que ces dernières tâchassent de l'élargir ou de l'approfondir, et lorsque les parois du canal se sont trouvées plus fortement ag- grégées que le fond, le lit a gagné en profondeur, et ainsi se sont formées et se forment encore ces espèces de gradins d'alluvions , qui accompagnent toutes les riviè- res. Au bord de la Garonne , de la Sallat et de l'Arriège, l'on observe surtout trois grandes terrasses et talus sem- blables. Les débris des montagnes qui tombent de leurs flancs par suite de la décomposition , de la pluie , de la neige et de la gelée^ et qui ne sont pas enlevés par les eaux des rivières , restent sur le pied des montagnes où ils (i) y oyez le Mémoire inte'ressant de M. Fleuriau de Bellevue dans' le Journ. de Physique, 1817. ( ^55 ) forment des tas de masses , qui se lient ensemble par leur propre pesanteur ou par les infiltrations d'eau chargées de parties argileuses ou calcaires. Des brèches ou des agglomérats se forment ainsi , ce sont même quelquefois des roches très - compactes à ciment de chaux carbonatée concrétionnée fibreuse ou lamellaire (col de Mende). Elles abondent dans les vallées des Pyrénées comme dans les Alpes , et l'abon- dance des masses calcaires leur fournit amplement le ciment nécessaire à leur consolidation. Rarement ces amas ainsi durcis renferment des osse- mens d'animaux encore exislans et des coquillages ter- restres encore actuellement vivans sur les lieux, comme entre Loucrup et Arguelles. Enfin il n'est peut-être pas hors de propos de citer la caverne de la Combe Grenan à ossemens de bœuf, de chevaux, d'oiseaux, et qui se trouve, suivant M. Jouannet, dans le Calcaire crayeux du Périgord , et de dire que le grand courant de l'Atlantique amène des Ponces jus- que sur les dunes des Landes. Après avoir esquissé la constitution géologique du sud-ouest de la France , si nous jetons les yeux sur le grand bassin secondaire et tertiaire du nord de la France , nous trouvons d'abord dans les dépôts tertiaires des deux contrées quelques différences notables , malgré une analogie assez grande de composition , de groupe- ment et même de distribution géographique des diflérens terrains. Ainsi dans le bassin du nord, le Calcaire grossier est relégué aussi dans certains points , savoir dans la partie nord et sud du bassin ; le Calcaire d'eau douce supérieur y occupe surtout le milieu et le sud-est, tandis que les (•56) aunes dépôls sont priucipaleiiuul distribués dans la por- tion sepleutrionale ou dans celle de la Seine et de la Marne. Mais dans le sud-ouest de la France nous n'avons pas vu de traces de dépôt cfeau douce supérieur , ni ces masses gypseuses à ossemens de Paris 5 le Calcaire sili- ceux n'y est indiqué que par les Meulières, et en général le Calcaii-e d'eau douce du sud-ouest de la France res- semble, par sa nature et sa composition minéralogique , beaucoup plus au second Calcaire d'eau douce supérieur de l'Orléanais qu'au premier dépôt Calcaire d'eau douce de la capitale. Le Calcaire grossier des deux bassins est souvent assez différent; les assises cbloriteuses et sablonneuses, les Grès et les Lignites supérieurs de ce Calcaire (Mont- Rouge ) manquent entièrement dans le sud-ouést de la France , ou n'y sont que faiblement indiqués ,• les couches de sable calcaire coquillier se trouvent dans le nord de la France dessous les parties compactes, et dans le midi au-dessns de ces dernières. Enfin Virgile plastique existe dans la Gascogne sous la forme de Molasse et de Marne i les Lignites ne s'y montrent guère , et les Fossiles des différens étages de la formation marine du sud de la France ne sont pas tou- jours identiques avec ceux des dépôts géologiquement çofrespondans du nord. Si les terrains tertiaires ainsi comparés offrent des dis- semblances, les formations plus anciennes présentent aussi certaines petites différences très-intéressantes pour la géologie. D'abord le dépôt crajeux du nord de la France n'est pas morcelé comme celui du midi , il entoure tout le ( i57 ) l>assîn d'une large ceinture, dont la superficie est seule ravinée et dont les fondemens sout çà et là mis à nu par des rivières , comme dans la plaine rpie la Marne et la Saulx ont formée aux dépens du Grès vert autour de Vitry-sur-Marne jusqu'à Bar-le-Duc. Ensuite la forma- tion de la Craie du sud de la France diffère de celle du nord par ses assises de Craie dure, qui ont un tout autre aspect que les couches analogues de Craie grossière de la Champagne ou de la Sarthe, et qui ne renferment point de Silex, ni de ces Craies plus ou moins silicifiées el fer- rugineuses qu'on appelle dans le Mans Pierre de Cos ou la Cos. De plus la Craie chloritée qui n'existe guère que dans le département des Landes occupe tout autour du bassin septentrional un espace très-considérable (i), et parait même remplacer presqu'entièrement , dans plusieurs points de l'ouest du bassin, le dépôt de Grès vert, tan- dis que cette dernière roche , plus ou moins grossière ou fortement agglutinée, forme sur le côté ouest du bassin en Normandie et dans le Mans ( entre la Ferté , le Mans, la Flèche, la Loire et la Sarthe), un espace presque plus considérable que le même dépôt dans le sud de la France. Dans le premier bassin le Grès vert a peu d'indices ( Vivray ) des abondans dépôts de fer hydraté du même Grès de la Saintonge et du Périgord, et cette roche aré- nacée s'y lie davantage avec la Craie chloritée marneuse avec laquelle elle alterne même , et dont elle conlient les Fossiles, tels que la Gryphœa spirata Schlotheim (G. co- (i) Voyez la carte Géologique de la Fiance, dans la description des environs de Paris, par M. Brongniart. ( i58 ) lumha Brong. , elles grandes huîtres (Ostrea biauricu- lata), comme près de la Flèche, à Saint-Germain, etc. Enfin les traces de Lignite (le Mans) et les impressions de branches et de feuilles d'arbres du Grès vert du nord ( i ) ne peuvent pas se comparer à l'abondance des Lignites et des bois pétrifiés du même dépôt dans le raidi. Le Calcaire jurassique esl plus complètement et géné- ralement développé dans le nord que dans le midi de la France; la Normandie, le long de la Manche, offre abon- damment des Ooliihes inférieures jurassiques , un Calcaire à Polypiers (2) avec les autres couches intéressantes su- périeures et en partie légèrement arénacées de cette formation. Ainsi nous retrouvons sur la côte de la Nor- mandie les Marnes du cap de Chatelaillon qui parais- sent être le Kimme ridgeclay des Anglais, et les descrip- tions nous font soupçonner aussi dans la Normandie l'existeDce des Calcaires supérieurs à la Marne de Cha- telaillon et équivalant au PoHlandstone , tandis que les Lumachelles du Rocher (Rochefort) répondraient au Purbeckstone. Les Ooliihes supérieures, etc., séparentle Grès vert du Mans et la Craie chloritée du département de l'Orne, des terrains plus anciens, tandis que dans l'est de la France elles occupent avec les Calcaires compactes et les Lumachelles (Verdun, Bar-sur-Aube, Auxerre) une (i) Ces impressions se trouvent surtout près d'Angers , à Pelavé près Noirmoulier et au Mans; elles ont quelque ressemblance, en partie, avec des branches et des feuilles d'oranger. (a) Nos excellens observateurs , MM. Prévost et Desnoyers , vont sûrement e'tablir encore d'autres rapprocheniens entre la France et l'Anglfterre ; c'est à eux à décider si le Calcaire à Polypiers de la Normandie n'est pas le même que celui de la Rochelle. ( ï59) étendue de collines et de montagnes arrondies et apla- ties beaucoup plus considérables que dans le sud de la France. Dans cette portion de l'est de la France il est extrêmement probable qu'on retrouvera une grande partie des sous- divisions jurassiques de l'Angleterre ; il me sem- ble déjà reconnaître le Cornhrash Limestone dans les Calcaires , s'étendant des environs de Vermanton à Chau- mont et Toul 5 le Forest Marhle pourrait même aussi y exister, mais les Calcaires de Portland seraient représentés en France par des Calcaires beaucoup plus généralement compactes qu'oolithiques. Je n'y connais pasencore autant de couches arénacées et de Marnes comparables aux Schistes calcaires de Stonesfield 5 mais certaines Marnes de la chaîne du Jura offrent au moins la structure particu- lière de ces Schistes. Enfin dans l'est de la France les Oo- lithesinférieures et ferrugineuses des Anglais, constituent au-dessus des Marnes du Lias des assises puissantes qu'on connaît déjà assez bien près de Mézières , de Thionville , de Metz , de Nanci et à l'est de Langres. Le Calcaire à grjphite forme dans le nord de la France une véritable bande , à l'ouest en Normandie , au sud au- tour de la partie nord du district granitique ou plus an- cien du centre de la Bourgogne, et à l'est tout le long des limites du Calcaire jurassique , près de Bour- bonne-les-Bains , Buignéville, Mirecourt, Nanci , Châ- teau-Salins, Metz et Thionville, et il se revoit encore au pied cies Ardennes entre Sedan et Mézières. Ce Calcaire renferme beaucoup de pétrifications, telles que des Plagiostones (P/. giganlea Sowerby.), des Pei- gnes , des petites et grandes Ammonites, des Nautiles, dont on peut facilement faire une belle collection, soit dans les environs de Sombernon, soit près de Vie en ( i^o ) Lorraine. Près de cette ville on y a trouvé rarement des débris d'écrevisse. Le sud de la France n'offre pas ces alternations fré- quentes de Calcaire à gryphite ou de Lnmachelles ( Cal- caires à encrines, ou à peignes, ou à térébratules , etc. ), et du Lias avec des argiles quelquefois à minerais de fer hydraté exploité, qui abondent dans les environs de Metz , de Longuyon , et dans la partie orientale du dépar- tement de la Haute-Marne (i); Le troisième Grès secondaire ou le Quadersandstein ne forme que dans le Luxembourg des masses aussi consi- dérables que dans les Pyrénées -, ailleurs dans le nord-est de la France, il disparait presque entre le Muschelkalk ou le Grès bigarré et le Calcaire à gryphites , comme cela se voit près de Metz , et entre Vie et Château-Sa- lins, où ce Grès, malgré sa petite épaisseur, est cepen- dant encore bien caractérisé par ses débris de végétaux et ses impressions de bivalves marines , sa nature quar- zeuse et quelquefois à fragmens de Schiste siliceux, et ses teintes jaunâtres ou blanchâtres. Tout récemment M. de Bonnard nous a appris que le plateau granitique du centre de la France était recou- vert , çà et là ( entre Autuu et Saint-Emiland , auprès d'Avallon , à Royat , près de Clermont , à Châteauneuf , à Melle, à Confolens, et près de Non trou ), par un dé- pôt arénacé, quelquefois très-siliceux ou marneux, qui se liait avec le Lias. Il nous a fait connaître que ce ter- rain renfermait des amas de Gypse ( près de Somber- non), et que ces Grès, plus ou moins grossiers et quelquefois granitiques , étaient souvent mélanges de (l) P^nyez le Journal des Mines, n. 102 ( i6r ) Baryte , de Fluor , de Galène et de minerais de zinc et de cuivre. Quelquefois ce dépôt a l'art de remplir des fentes dans le Granité. Comme nous retrouvons d'abord , çà et là, les fossiles du Lias (Gryphites, Moules, Té- rébratules , Peignes, etc.), puis plusieurs des carac- tères du Quadersandstein d'Amberg, à roches siliceuses et à amas plombifères, et enGn les Grès compactes sili- cifiés de Harptreehill , en Angleterre 5 nous n'avons guère de doute que ce ne soit un dépôt de Quader- sandstein qui doit ces caractères particuliers au voisi- nage des terrains qu'il recouvre immédiatement; néan- moins nous devons dire que M. de Bonnard paraît uu peu s'éloigner de cette classification, et que ses curieuses recherches seront bientôt livrées au public. La formation du second Calcaire secondaire ou du Muschelkalk , est bien mieux marquée , et celle du Grès bigarré beaucoup plus étendue dans le nord-est de la France que dans le sud-ouest; le Muschelkalk compacte ou presque marneux forme, comme je l'ai déjà dit dans mon précédent Mémoire , une bande presque continue le long des Vosges , et occupe presque toutes les crêtes des collines de l'espèce de grande vallée, que la Marne bigarrée forme entre les véritables montagnes des Vosges, et la limite déjà indiquée du Calcaire jurassique. Dans sa partie inférieure il alterne à plusieurs reprises, et quel- quefois sous la forme d'une espèce d'Oolithe particulière ( B.oggenstein ) , avec les Marnes bigarrées gypseuses et salifères , comme cela se voit bien à Vie , dans les nou- veaux puits qu'on a creusés pour l'exploitation du sel (i). (i) f^oyez Mémoire de M. Vollz dans les Annales des Mines pour 1S22. Tome IV. 1 1 ( ï^^- ) Dans le grand terrain schisteux intermédiaire du nord de la France et de la Belgique , nous aurions un dépôt assez analogue à la chaîne des Pyrénées, si les masses granitoïdes y abondaient ; mais cette ressemblance de- vient frappante , quand nous lui comparons les terrains anciens du nord-ouest de la France , car en exceptant les lambeaux houillers et les masses de Porphyre et de Grès rouge , nous retrouvons presque toutes les masses principales de la Bretagne , de la Vendée et du Cotent) c dans les Pyrénées , si ce n'est que certains minéraux empâtés sont remplacés par d'autres, et que les masses calcaires sont infiniment moins abondantes dans le nord- ouest que dans le midi de la France. D'un autre côté , la ressemblance des Pyrénées et des Vosges est bien plus éloignée 5 on est même tenté de ne voir que dans la partie méridionale de cette dernière chaîne, des dépôts schisteux et granitoïdes, semblables à ceux des Pyrénées , et il n'y a , dit-on , dans les Vosges, que deux localités de roches serpentineuses ou dialla- giques. Tout le reste de ces montagnes n'existe guère dans les Pyrénées , et l'on se trouve dans un tout autre pays au milieu de ces accumulations de belles Grauwackes très-souvent impressionnées (Viche), qui enclavent, outre des Calcaires quelquefois à débris organiques , ( Millépores , Madrépores), une quantité considérable de masses et d'aggrégats porphyriques à fragmens de Schiste, de Calcaire, de Granité et de Porphyre. Ces dernières roches alternent souvent avec les Grau- wakes, y passent même fréquemment, et très-rarement des aggrégals semblables très-fins renferment des Ma- drépores : car il existe dans la collection de Strasbourg ( i63 ) des échantillons pareils , trouvés dans une carrière de Calcaire , à une demi-lieu au-dessus de Minget. Néanmoins, on ne peut s'empêcher de se rappeler, involontairement , la position des Calcaires grenus des Pyrénées , à côté des Granités , quand on aperçoit , près des masses de Porphyre ferrugineux de Framont , des amas d'un Calcaire blanc saccharoïde ou presque grenu, qu'on cherche vainement ailleurs au milieu des Schistes des Vosges , et rétonnement augmente quand on croit observer que ces masses calcaires , imprégnées de fer oligiste écailleux ou pulvérulent , sont placées soit à côté du Porphyre , soit même sur cette loche 5 tandis que celle-ci rappellerait quelquefois les Porphyres mér tallifères deSchemnitz, si elle n'était pas si défigurée par les imprégnations ferrugineuses brunes rougeàtres , et si elle n'était pas çà et là traversée de mille manières par des réseaux de petits filons , ou de petits nids de Fer oxydé hydraté rouge brunâtre. C'est encore un exemple remarquable de Porphyre métallifère , accompagné aussi des mêmes masses sclxisteuses bizarrement colorées à cause des dilférens degrés d'oxidation de leurs parties ferrugineuses, comme nous l'avons observé ailleurs. Tout le reste des Vosges est un dépôt de Grès rouge plus ou moins fin , sur l'âge duquel on a déjà beau- coup discuté 5 d'après mes lectures , mes intéressantes conversations avec MM. de Beaumont et Voltz de Strasbourg , et mes propres observations , l'incertitude de la place géognos tique de ces Grès me paraît dépendre uniquement du manque de la formation du premier Cal- caire secondaire. En etiet, un grand dépôt de roches houillères, plus ou moins intimement liées aux Grauwackes , occupe sur ^ 11'^ ( '64 ) le pied nord des Vosges le fond d'une espèce de large canal, qui jadis était probablement un détroit de mer. Des petites masses charbonneuses semblables se lais- sent apercevoir dans les Vosges même, et surtout dans la partie sud ( à Roncliamp ) , et immédiatement au-des- sus de ces dépôts viennent des couches qui ne sont que des aggr égat s poTphy tiques , qui appartiennent incon- testablement au Todtliegende des Allemands , ou au nouveau Grès rouge de M. Buckland. La fréquence des Porphyres récens argilolithiques (entre Raon-sur-Plaine et Framont , etc. ) devait d'ailleurs déjà faire soup- çonner ces Grès dans les Vosges , car ces deux dépôts n'existent guère l'un sans l'autre. Sur ces aggrégats ou ces espèces de brèches feldspa- thiques , reposent de puissantes assises de Grès rouge , très-souvent fort grossier -, il est à ciment argileux rouge , et composé de sable quarzeux et de cailloux de Quarz , de roche quarzeuse de transition , et de Schiste sili- ceux , qui atteignent quelquefois la grosseur d'un œuf d'autruche , comme cela se voit soit à Plombières , soit à Kreutznach , soit au-dessus de Saverne , etc. L'on reconnaîtrait aisément , dans ce terrain , les Grès rouges ( Todtliegende ) de la partie nord du Thûrin- gerwald , si le Zechstein venait à le séparer des couches inférieures du Grès bigarré , mais accidentellement ce dépôt manque. Si les faits de gisement ne s'y opposaient pas , on pourrait être tenté de chercher cette dernière formation dans les lits calcaires noirâlres de la forma- tion houillère supérieure du Palatinat du Rhin. Devrait- on peut-être trouver l'équivalent du Zechstein dans quel- ques masses de Poudingues unies à certains amas fort rares d'un Calcaire sublamellaire assez spathique , blan- ( i65 ) chaire , gnsàlre ou gris brunâtre , que M. Voltz a dé- couvert dans certains points des Vosges , dans les parties inférieures de ces Poudingues à cailloux de Quarz , et qu'il a vu se lier intimement aux roclies arénacées. Le Calcaire magnésien d'Angleterre nous oiri-e dans quel- ques localités des anomalies semblables. La seule formation avec laquelle on court risque de confondre le Grès grossier des Vosges, c'est le vieuK Grès rouge des Anglais, mais la position du Grès vos- gien , le manque total des autres caractères accessoires du vieux Grès rouge anglais , empêchent ce rapproche- ment qui serait même minéralogiquement incomplet. Ces Poudingues encroûtent, pour ainsi dire , la Grau- wacke des Vosges 5 ils cachent son prolongement vers le nord , et sont recouverts du Grès bigarré qui est gé- néralement plus fin , et qui devient marneux dans ses lits supérieuis au pied des Vosges. Comme cette dernière roche est aussi rougeâtre, et qu'elle est composée des mêmes élémens que le Grès rouge inférieur plus an- cien , il est tout naturel , vu le manque du premier Cal- caire secondaire , que l'on ne puisse pas véritablement tracer la limite exacte de ces deux dépôts , à moins qu'on ne veuille prendre pour ligne de séparation les lits su- périeurs des Poudingues , ce qui ne serait probablement qu'une limite approximative et sujette à bien des dif- ficultés (1). Le Grès higané {Red Mari) des Fosges s'appuie sur les Grès grossiers précédens , comme sur une es- pèce de toit, de manière que ses couches inclinent à (1) Messieurs de Bonnard cl de Buch ont émis depuis long-temps les mêmes idées. ( ^66) l'ouest sur le versant occidental des Vosges, et à TeSt sur le côté opposé; leur angle d'inclinaison est peu con- sidérable, et diminue à mesure que ces roches s'avan- cent dans la plaine. Le Grès bigarré renferme, comme en Allemagne, des assises supérieures plus marneuses que les infé- rieures , et ces dernières sont , comme en Angleterre , le gisement d'amas gypseux et salifères considérables. Le Grès bigarré se prolonge tout le long du pied occidental des Vosges , et recouvre dans le nord le bord du terrain houiller , et forme une bande étroite dans le fond de la sinuosité profonde que renferment les mon- tagnes schisteuses intermédiaires entre Trêves , Die- kirck et Kilbourg. Il y est accompagné d'une masse étendue de Marnes bigarrées, qui occupent, entre les Vosges et la limite ju- rassique , une grande partie des départemens de la Meur- the et de la Moselle , et se prolonge de là dans le dis- trict de Saarbruck , et môme remonte jusque dans les environs de Trêves. Ces Marnes sont tout-à-fait semblables à celles de l'Allemagne j elles sont plus ou moins schisteuses, en- durcies , et approchent quelquefois de la nature du Muschelkalk •, leurs assises supérieures renferment aussi , comme enWestphalie, des couches subordonnées de Grès à taches pyriteuses jaunâtres , et de Calcaire , comme près de Vie, Ces roches rougcàtres , verdàtres , jaunâtres ou gri- sâtres , sont accompagnées d'amas de Gypse, qui oflVent des Gypses compacte , fibreux ou spathique, grisâtre ou blanchâtre, et qui abondent surtout près de Vie, de Dieuze, de Giiebling, de Petelange, de Bouzonville, etc.; (i67 ) onfin il est maintenant reconnu que ce dépôt de la Lor- raine coulieiîl des couches et des amas salifères très- riches (i). Sur le versant oriental des Vosges ^ le Grès bigarré ne forme pas une bande aussi large, ou plutôt il se cache, très-vite, sous le Muschelkalk, sous les terrains tertiaires ou les alluvions 5 aussi ne voit-on guère , en Alsace , de Marnes bigarrées, quoique l'on y aperçoive, çà et là, des masses, des assises tout -à-fait supérieures du Grès marneux, comme autour de Sultz-les-Bains , entre Sultz et Finkheim , et dans le vallon de Haslaud. Ces Grès extrêmement marneux, et quelquefois à écailles de mica et à rognons de marne, sont rougeâtres , gris-jaunâtres, ou verdàtres ; ils alternent avec de véri- tables Marnes plus ou moins endurcies , verdàtres , gri- sâtres ou rougeâtres , bigarrées de jaune, et ils renfer- ment dans certains lits beaucoup de débris de branches ou de troncs passés à l'état de Lignite, et quelquefois im- prégnés de Fer hydraté. On y trouve aussi des impressions de dicotylédons et de raonocotylédons méconnaissables , et rarement de belles fougères incontestables , dont les échantillons existent dans le Musée de Strasbourg, et seront figurés dans l'ouvrage de M. Ad. Brongniart sur les plantes fossiles. De plus, quelques lits de marne sablonneuse, avec des écailles de Mica , renferment des impressions et des moules de Peignes , de Térébratules , de Nalices et de morceaux d'Isis fossiles , qui se retrouvent tous dans le (i) ^oy-e: Mémoire sur Vie, par M. Woltz, Annales des Mines ( i68 ) second Calcaire secondaire qui couronne quelquefois les collines ainsi composées, comme cela se voit des deux côtés de la vallée de Sultz-les-Bains. Ces Coquillages et ces Ligniles qui , d'après M. "Voltz , existent aussi dans les marnes bigarrées de Vie, et dont on aperçoit des traces en Westplialie, semblent dimi- nuer beaucoup les prétendues anomalies des dépôts sa- lifères de la Pologne , de la Galicie et des parties orientales de la Hongrie , que les Lignites et certains Fossiles marins semblaient isoler, au premier abord, des masses semblables (i). Le Muschelkalk forme , tout le long du pied orien- tal des Vosges , et même jusqu'aux Calcaires tertiaires du pays de Hesse-Darmstadt , une lisière extrêmement mince , d'un quart-d'lieure à une heure de chemin de largeur. On y reconnaît, comme sur le versant opposé des Vosges, toutes les assises ordinaires du Muschelkalk allemand , les Calcaires compactes gris des assises infé- rieures , les Calcaires à Encrines et à Térébratules de celles du milieu et dans le haut du dépôt, les Calcaires brunâtres ou jaunâtres , en partie magnésiens et quel- quefois cellulaires , à druses de Chaux carbonatée , ou à petits filons et à rognons siliceux de Silex corné (Horn- stein ). Dans l'espèce de golfe que les Grès des Vosges for- ment autour de Neuwiller et de Saverne , l'on peut pas- ser en revue , aisément , toutes ces variétés et leur su- perposition , les unes sur les autres , avec une inclinai- son générale à l'est. (0 f^qyez Beudant, sur la Hongrie, et Pusch dans LëonharJ Tas chenbuch , iSsS. ( 1(^9) Dans la grande vallée du Rliin , nous trouvons çà et là , au pied des montagnes , des petits amas de Calcaire jurassique., ^o\^ forment simplement des masses isolées, des espèces de promontoires ou des collines , et qui s'é- tendent au nord jusqu'au-delà de Haguenau. Ils sont plus fréquens sur la rive orientale que sur le bord opposé du Rhin ; ainsi l'on trouve , en descendant depuis la chaîne jurasique de Basle, des Oolithes et des Calcaires compactes de ce dépôt ; d'abord sur le Rhin , vis-à-vis de Grosskembs , puis entre Mulheim et Fri- bourg ( en Brisgau ) , au pied de la Forêt-Noire , et re- posant sur du Grès bigarré particulier, près de Wol- fenweiler. Entre Brisach et Fribourg, se trouvent trois séries de collines calcaires semblables , qui s'élèvent du milieu des marnes fluviatiles ou lacustres-, l'une se trouve entre Rimsingen et Opfingen, et s'étend depuis la grande route de Fribourg à Brisach jusque vis-à-vis de Wasen- weiler \, une seconde se trouve au sud d'Eichstelten , au nord-est de la première j et une troisième éminence ju- rassique est à Riegel, au nord-est de ce dernier village, entre le confluent de deux petits ruisseaux. A Herpols- heim , on en revoit encore un petit amas qui se cache bientôt sous les terrains d'alluvions pour reparaître, à Mahlberg, sous la forme d'un espèce de promontoire. En Alsace, le Calcaire jurassique apparaît çà et là , dit-on , dans la partie sud de cette province ; il y en a au devant de la sinuosité de Saverne et près de Bux- V^^ciler 5 le Calcaire à Gryphites et l'Oolithe inférieure res- sortent des deux côtes du dépôt d'eau douce , avec des traces du Quadersandstein coquillier. Plus au nord, M. Voltz paraît en avoir vu près de SouUz et de Wis- sembourg. ( i7« ) Le reste de la vallée rhénane est occupé par les ter- rains tertiaires , coaime je l'ai déjà dit dans mon précé- dent Mémoire ; leur distiibution y a beaucoup de rap- port avec celle des dépôts semblables des bassins ter- tiaires français 5 ainsi tous les Calcaires grossiers renfer- mant inférieurement beaucoup de Coquilles d'eau douce, sont relégués dans la partie noi'd , et ne paraissent pas dépasser Heidelberg et Landau , tandis que les Calcaires d'eau douce véritables ne se trouvent que plus au sud. Les argiles plastiques ou à Lignites se voient surtout dans la partie au nord de Strasbourg , et paraissent re- couvertes dans le midi par des dépôts d'eau douce plus ou moins récens. Ce terrain renferme, suivant les belles observations de M. Voltz , ça et là des masses considérables de véritable Molasse ou de Grès calcaire , et des espèce^ de JVagel/luh, ou d'agglomérat à frag- mens calcaires comme près de Haguenau et de Soultz. Les Lignites que contiennent ces roclies présentent rarement , suivant le même géologue , des espèces de Li- gnite bacillaire ou divisée en petites baguettes très-min- ces , qui proviennent peut-être de quelques Palmiers 5 le Succin V est assez rare , et des Planorbes s'y rencontrent comme à Buxwejler. La circonstance la plus curieuse est la liaison que ces dépôts paraissent avoir avec un Calcaire d'eau douce , qui , avec des marnes quelquefois à Gypse fibreuse , re- couvre, comme dans le sud-ouest de îa Fi-ance , la Mo- lasse çà et là , comme près de Wissenberg , Haguenau , Soultz et Buxweiler. Ce Calcaire est en partie com- pacte, plus ou moins marneux, percé de trous , et sem- blable à celui qui est coquillier dans le sud-ouest de la France , et en partie à concrétions calcaires ressem- ( 1;^ ) Liant assez à celles de certains Calcaires grossiers de Francfort-sur-le-Mein, comme près de AVissembourg. A Soultz, il renferme un lit d'un Calcaire bréchiforme identique avec celui du sud-ouest de la France, et à Haguenau, il doit être lié, dit-on, à la Molasse ou à l'Argile à Lignite, par une alternation, et des ossemens de Quadrupèdes , peut-être de Tapir , ont été décou- verts dans ce dépôt. Les Fossiles ordinaires sont , comme ailleurs , des Planorbes , des Lymnées , des Hélices , des Cyolades (Buxweiler), et des univalves voisines des Cérithes , ( Haguenau ) , ainsi que des ossemens de Paleotberium ( Buxweiler ) (i). Les dépôts d'eau douce qui recouvrent toute la plaine et la sui'face légèrement ondulée de l'Argile plas- tique au sud de Strasbourg , sont composés surtout de masses puissantes de marne faiblement aggrégée, gri- sâtre , jaunâtre , ou jaune brunâtre. Elle contient , cà et là, des cailloux des roches du voisinage, qui sont plus gros près des montagnes que dans la plaine. H y a aussi beaucoup de petits rognons irréguliers de Marne endur- cie , passant au Calcaire, et fendillée intérieurement. Ce dépôt qui s'élève certainement à deux cents, et même jusqu'à près de trois cents pieds au-dessus du Rhin, encroûte le pays plat et le pied des montagnes, et cache une grande partie de la base du groupe basal-> tique du Kaiserstuhl. . Des Coquillages fluviatiles et terrestres calcinés y (i) Cî'ci n'est qu'un fragment des intéressantes communications <[ue M. Woltz à bien voulu me faire en me montrant la belle collec- tion du Bluse'e de Strasbourg ; il est bien à désirer qu'il nous fasse bientôt connaître tout rcnsemblc de ses belles de'couvertes. sont abondammenl répandus dans certains lits et cer- tains lieux (Lahr); ils m'ont paru se rapporter aux genres Lymnée, Physe, Paludine, Clausilie, Pupe et Hélice. A la sortie de la vallée, derrière Lahr, l'on y observe , dans les petits escarpemens , des os humains épars 5 il serait intéressant de rechercher si ce lieu a été anciennement un cimetière , ou si ces ossemens y ont été enfouis par quelque débâcle postérieure au dépôt marneux. Ce sont les mêmes dépôts que j'ai indiqués dans le sud-ouest de la France; il me semble toujours que c'est le dernier dépôt d'eau douce qui a précédé la plus grande partie des alluvions anciennes et modernes des rivières actuelles , et même, d'après leur position , )e serais plutôt enclin à y voir un dépôt fluvialile qu'un dépôt lacustre. En elTet, ses Fossiles paraissent avoir tous leurs ana- logues vivans dans le pays même, et la fréquence seule de quelques-uns ne cadre accidentellement pas avec l'abondance actuelle des mêmes Mollusques qui y vi- vent maintenant; et enfin ces Marnes n'ont jamais le caractère minéralogique d'ancienneté des Calcaires d'eau douce tertiaire les plus récens. Dans le fond de la vallée du Rhin , ce fleuve a creusé ce dernier dépôt , et en a enseveli de très-grandes por- tions sous des amas énormes de cailloux de roches d'âge très-différent, qui proviennent de la Suisse et des montagnes des bords du Rhin. Le groupe du Kaiserstuhl s'élève entre Alt-Brisach , Burkheim, le Rhin, Endingen , Eichstetten et "Wasen- weiler , comme une île isolée au milieu de la vallée \ il m'a paru être un massif de Dolérile feldspathique , élevé du fond de l'espèce de golfe de mer , que for- ( '73 ) mait cette contrée lors du dépôt de l'Argile plastique. Cette roche feldspathique blanchâtre , grisâtre , noi- râtre ou rougeàtre, et à cristaux de Pyroxène, forme lin groupe de montagnes coniques ou arrondies, et à gradins -, ces proéminences sont placées autour d'un vallon, sous la forme d'une espèce de ceinture ellip- tique ^ elles sont plus élevées sur le côté nord que sur le .côté sud , et près du milieu du cercle se trouve , plus près du dernier que du premier bord , la plus haute de ces montagnes , le Kaiserstuhl , qui atteint une hauteur de mille sept cent trente-quatre pieds sur la mer , ou environ onze cent vingt pieds sur le Rhin , tandis qu'à quelque distance du pied de ces collines est sortie en même temps, d'une fente , la masse pa- rallélipipède et basse de Brisach. Ces montagnes, semblables aux colonnes basaltiques d'Eisenach et d'Eschwège , ne laissent apercevoir au- cune trace de cratères ou de courans -, il semble que l'agent volcanique n'a eu que la fsarce de soulever les masses compactes liquéfiées, et de produire cà et là, et surtout à leurs surfaces , des scorifications ou des porosités qui se trouvent maintenant remplies de Chaux carbonatée et de Mésotype, comme sA' le pied et la cime du Kaiserstuhl, près d'Oberschafhausen , et sur- tout sur le haut et la pointe occidentale de la colline de Brisach. Les roches tufacées y sont très-rares, il y en a cepen- dant quelques niasses à Brisach , le long du Rhin ; le Tuf verdâtre n'y est évidemment pas un agglomérat igné réaggrégé par les eaux, mais sa liaison avec la Do- lente feldspathique montre son identité avec ces masses tufacées, contemporaines des colonnes basaltiques d'Ei- ( '74 ) seuacli. Les porosités de ces Tufs sont infiltrées de Chaux carbonatée , qui a aussi comblé les inlersticcs vides par de petites veines de Chaux carbonatée fibreuse^ çà et là il y a aussi un peu d'Analcime ou de Mésotype. Les roches doléri tiques 5 d'ailleurs les plus intéres- santes , sont, comme on le sait, celles qui renferment la Limbilite ; cette substance jaunâtre , lamelleuse , ne m'a pas paru dériver toujours du Péridot , car quelque- fois des cristaux de Pyroxènc renferment distinctement la Limbilite dans un contour noir d'argile intacte. Des Dolérites à Pyroxène décomposé en une substance jaune brunâtre , ou vert tendre , conservant encore la forme de ce minéral, s'observent près d'illingen et près d'Oberschefhausen , et au pied du mont Eichenspitz , l'on trouve surtout les Dolérites à Feldspath blanc, à petits cristaux circulaires de Pyroxène , à petits filons calcaires et à cristaux de Sphène. Çà et là il y a aussi des drusesetdes petits filons d'Analcime, et des peti'.s cris- taux d'Amphigèue. Quelques observations sur les productions de l'île de Terre-Newa, et sur quelques Algues de la cote de France appartenant au genre Laminaire ; Par m. de La Ptlaie. Les deux voyages que j'ai faits à l'île de Terre-Neuve, à mes frais, en 1816 et 1819, m'ont procuré une ample moisson d'objets d'histoire naturelle et d'observations. La botanique m'a olVert un millier d'espèces-, la zoologie vingt-quatre Mammifères , soixante-dix Oiseaux, trente- C -7^^ ) quatre Poissons, quarante-six Mollusques, quatorze An- nelides , soixante Insectes , trente-quatre Zoophytes et Acalèplies, enfin vingt-un Polypes et Polypiers. J'ai re- trouvé sur cette île le beau Feldspath du Labrador, des ro- ches amygdaloïdes rejetées sur certaines parties de la côte, des rochers de Granit et de Gneiss , des roches siliceu- ses , enfin une Chaux carbonatée contenant des Ammo- nites, vis-à-vis l'embouchure seulement du fleuve Saint- Laurent. J'ai reconnu en outre que l'Ile Saint-Pierre, tout entière , n'était qu'un rocher de ce superbe Por- phyre à pâte d'un rouge vineux , connu sous le nom de Granit oriental , dont se composent certaines carrières de l'Egypte et de la Grèce, et dont les anciens se ser- vaient lorsqu'ils voulaient joindre dans leurs édifices la magnificence à la solidité. Mais obligé de circonscrire mes entreprises dans le cercle d'une certaine économie , je n'ai pu faire au- tant qu'il m'eût été possible , si le gouvernement m'eût secondé dans mes recherches. Cependant j'ai eu la sa- tisfaction d'enrichir les galeries du Muséum d'histoire naturelle , de divers objets nouveaux pour la science ; de divers autres qui manquaient à ses nombreuses collec- tions , et d'un herbier où la série des algues marines et d'eau douce l'emporte , par les soins donnés à leur pré- paration , sur tout ce que l'établissement possédait en ce genre. Comme je tiens à l'antériorité de la publication de mes découvertes , et que je la pourrais perdre en bota- nique , parce qu'une certaine quantité de plantes , sorties de la collection que j'avais formée en 1816, se trouvent répandues dans les herbiers , je prends date de l'indica- tion que je donne ici de plusieurs espèces de ces cou- ( »76) trées , et des noms que je leur ai imposés depuis leur découverte. Ils sont également consignés dans un Mé- moire que j'ai présenté à l'Institut royal de France, le 20 janvier , et dont je n'ai pas encore pu donner lecture. Je citerai d'abord un Mf riophyllum complètement privé de feuilles, et que j'ai nommé, en conséquence, Myr. denudatum ; puis une petite fougère qui appartient au genre Schizea : je l'ai appelée FilifoUa, en raison de ses feuilles filiformes. La même plante a été retrouvée depuis aux iles Malouines , par M. Gaudichaud. Une autre plante , VEmpetrum rubrum , croît également aux deux extrémités de l'Amérique , mais elle n'était encore connue qu'au détroit de Magellan. Cette dernière contrée produit encore des espèces voisines d'une fort belle Ciné- raire que j'ai nommée C. carnosa , en raison de la consis- tance charnue de ses feuilles : elle abonde à l'ile Saint- Pierre et autour de Terre-Neuve , dans certaines anses, au bord de la mer , où elle se tient toujours parmi les galets et les graviers qui se trouvent un peu au-dessus du niveau des plus grandes eaux. Les familles des Joncs et des Graminées m'ont également offert quelques es- pèces nouvelles. Du reste, la masse des végétaux ter- restres'se compose ici, par quatre degrés de latitude, des espèces de la zone glaciale de l'ancien et du nouveau continent, et de celles qui habitent la partie supérieure des Alpes sous la zone tempérée : la géographie de ces plantes m'a fourni divers faits bien curieux sous ce rap- port. J'ai recueilli parmi les grandes Algues pélagiennes , appartenant au genre Laminaria , Lamx. , plusieurs belles espèces nouvelles. Ces plantes aussi curieuses que ( '77 ) Remarquables par leur forme et leurs proportions, mé- ritent de fixer l'attention du marin, de l'armateur qui entreprend la pèche de la morue, et des botanistes. La première est la Laminaire à long Y>'jcd ( Lamina- ria lo/igiciuris). ï\ esl rare que l'on approche de Terre- Neuve, ou des iles Saint-Pierre et Miclon , sans ren- contrer , à la surface de la mer , cette grande plante ma- rine :.elle ressemble à un large baudrier, d'un brun jaunâtre ou olivâtre, élégamment festonné sur ses bords, long de 5 à 8 pieds , et qui termine le pied de la plante, qui est mince, au moins aussi long, et se lient seul flot- tant sui l'Océan à l'aide d'un renflement creux inté- rieurement , qui se trouve situé dans sa partie supé- rieure. Quand les marins, enveloppés par les brumes, si fréquentes dans ces parages , rencontreront cette plante , ils ne doivent s'avancer qu'avec toutes les pré- cautions possibles, n'étant qu'à une ou deux lieues de la côte de Terre-Neuve , qui est bordée de rochers dans toute son étendue. La seconde espère nommée l'Agar (Lar?nnaria ^gci~ mm ) , est un végétal fort bizarre : un pied solide , long de 5 à 9 pouces, se termine par une feuille plus ou moins longue et de largeur également variable , qui est percée de trous conrme un crible sur toute sa surface. Ce végétal croît depuis 25 jusqvi'à 35 brasses d'eau , et passe pour anti-scorbutique dans le nord de l'ancien continent, le long des côtes de la Sibérie, où il est éga- lement très -commun. Uu eautre petite espèce, non moins remarquable par sa couleur rouge carminée très- vive, que par l'élégance de ses formes, vit dans les mêmes parages", l'on en voit presque toujours des débris parmi les racines de la précédente. Cette plante , un peu dif- TOME lY. 12 ( ■7« ) t'érente dvi Vaiec plumeux (^ Fucus pliunosus)^ du l'Eu- rope boréale , est un mets très-friand pour la Morne. Quand les pêcheurs rencontrent , en sondant , l'Agar , qui leur annonce la présence de cette dernière plante , nous sommes , disent-ils , sur un excellent fonds 5 nous allons faiie bonne pèche! Doux autres espèces étaient confondues sous le nom de Laminaire digitée , et cependant sont éminemment distinctes entre elles. J'ai nommé l'une de ces plantes L. stenoloha, Laminaire à courroies étroites , par op- position à l'autre espèce , L. platjloba , Laminaire à larges segmens. Quoique la fronde soit de même na- ture que chez le L. digitata, les caractères déduits de la forme de ces végétaux distinguent trop ces deux Algues , pour qu'on ne les érige pas en espèces particulières. Une forme accidentelle du L. plaljloha constitue le Fucus ( Lanùnaria) bifurcatus de Gunner , relaté par Linné et par Gmelin. Le peu de longueur du stipe , son état menu et d'égale grosseur, distinguent, de suite ces deux plantes du Laniinnria Phycodenilron , qui est le meilleur com- bustible pour les habilans des côtes de la Basse-Breta- gne , qui manquent de bois , et ne font du feu qu'avec du gouémon ou varcc desséché. Je n'oublierai point qu'à noire arrivée en rade, à l'Ile Saint-Pierre, en 1816, je ne quittai, pour ainsi dire, qu'à regret , le canot qui nous conduisait à terre , en voyant tous les rochers sous-marins recouverts d'un su- perbe Laminaria esculenta , plus grand que celui d'Eu- rope : cette plante , qui habite toujours un peu au-des- sous du niveau des plus basses marées, ondoyait au gré des vagues avec autant de souplesse que d'élégance. l>a forme et la largeur que proniicnt ici ses feuilles , me ( '79 ) rappelèrent celles des Bananiers qu'on élève dans les serres. J'ai nommé cette beUe plante Lam. esculenia var. plalyphylla. Une autre variété se dislingue au contraire de celle- ci , par ses frondes qui n'ont environ que la largeur d'un ruban 5 je l'ai appelée en conséquence Lam. esculenta var. tœniata. Une troisième se distingue des deux précédentes , par Técartement des pinnules ou folioles qui croissent à la base de la fronde. Je la désigne par le nom de Lam. esculenta var. remolifolia. L'espèce qui croît sur nos côtes , à l'extrémité de la Basse-Bretagne, est intermédiaire entre ces deux der- nières quant aux proportions de sa fronde : elle s'en dis- tingue surtout par ses folioles plus courtes et fort nom- breuses. Je l'ai distinguée en conséquence , dans mon Prodrome des Algues de France, par le nom de Lam. esculenta var. polrphylla. L'on ne fait à Terre-Neuve, ni en France, aucun usage de cette Algue intéressante , parce que l'on ignore qu'aux iles Féroé elle est recherchée et même estimée parmi les plantes alimentaires. Les habitans la mangent crue ou cuite , et trouvent le goût de la moelle de choux à cette côte qui traverse le milieu de la fronde longitu- dinalement. En Islande elle figure aussi, diversement apprêtée, parmi les mets de la table du riche, ainsi que sur celle du pauvre. Je n'ai point observé , dans la partie du nord de l'île de Terre-Neuve , une autre Laminaire qui est fort com- mune aussi dans le port de l'île Saint-Pierre : celle-ci se rapproche du Lam. bulbosa d'Europe, par son pied comprimé vers sa partie supérieure, par la nature de sa la'^ ( iS" ) fronde, el même par la manière dont ses racines com- mencenl à se développer. Mais cette espèce est beaucoup plus petite, et jamais, en grandissant, elle ne développe à sa base ces sacs radicifères , ni ces plis ondulés de l'autre plante , qui garnissent dans un âge avancé les cô- tés de son stipe dans sa partie inférieure. Je l'ai nommée, d'après réj)aisseur et la consistance de sa fronde , Lami- naire en forme de cuir, Laminaria dermatodea. Cette espèce se i approche encoi^e , par sa texture, du Lam. bulbosa que nous venons de citer , et forme à Terre- Neuve, conime l'autre en Europe , le passage des Algues de la zone froide à celles de la région tempérée. Le Lam. lulbosa est de toutes les plantes marmes , celle qui four- nit le meilleur engrais , et tomnie les chardons se pro- pagent d'une manière extraordinaire dans les champs qu'on fertilise avec cette Algue , connue sous le nom de Baudraie , a l'ile d'Ouessant, les paysans sont persuadés qu'elle les engendre. La dernière se distingue éminemment de toutes celles qui précèdent , par les nombreuses rides dont elle est sillonnée sur ses festons. C'est une feuille simple , lon- gue d'uD à deux mètres, dont le stipe , muni de racines , est un peu renflé, ainsi que dans le Lam. longicrujis / mais la plante se dislingue de colle autre par sa fronde plus étroite et plus épaisse, plus longue, plus rigide, et dont les festons ou les ondulations marginales moins membraneuses se trouvent couvertes de rides tortueuses sur toute leur superlîcie : c'est d'après ce dernier carac- tère que je l'ai nommée Laminaire ridée (Z. caperala). Je me borne à ce précis sur ces végétaux remarqua- bles dont les échantillons , excepté l'Agar, ne sont con- nu* que depuis mes voyages. Ils nous suggèrent cette re- ( »«' ) marque intéressante, par retendue de la famille qu'ils eonslituent, que tandis que nous voyons dans la région équatoriale les plantes terrestres nous présenter les plus grandes dimensions dont les végétaux soient susceptibles, dans le nord du globe , au contraire , où les arbres et les plantes n'offrent que des individus chétifs et à feuilles étroites, les grandes formes végétales habitent sous les eaux de l'Océan , où elles se réfugient pour jouir d'une température plus uniforme , et se trouver ainsi déro- bées à l'àpreté du climat. Je n'omettrai point de consigner encore dans cet ar- ticle , qu'il existe en France, sur les côtes de la Bre- tagne occidentale, trois espèces de Varec également du genre Laminaire , qui ont été confondues , jusqu'à ce jour, par les botanistes. Etant à l'île de Soin, au mois d'août et de septembre 1822, j'ai appris à les distinguer entre elles , et je puis garantir la validité des carac- tères que je leur assigne , d'après l'examen d'une grande quantité d'échantillons que les marées de l'équinoxe re- jetèrent à la côte. Ces plantes ont été toutes publiées sous le nom de Laminaire digitée. 1°. Laminaria phrcodemh'^n. JY. Laminaire arbores- cente. Stipite valida longo tereti , rugoso , apice valdè atte- nuato subconsliico : J'rondis basi cordatœ vel subreniformiter jlahellatœ laciniis lanceolatis , tenacibus , sat crassis sub- corneis ,fusco ubique concolore , sub dio non insignite.r mu- tabili. C'est la plus commune : les habitans la nomment Cal- cogne , et la recherchent particulièrement pour faire du feu • c'est leur bois de chauilairc. ( IB-i ) i". Laminaria ochioleuca. N. Laminaire jaunâtre. Stipite etiam basi sensïm incrassato , non rugoso , lœvi ., ad frondis basin minus constricto ; laciniis ladoribus longioribus miilto tenuioribus , pallatti-lutescentihus suboUvaceis , ad frondis onginem albentibus , stipite œqualibus aut longio- ribus : fronde antice cordata in fuscum mutabili. J'ai rencontré cette espèce abondamment rejetce dans l'anse d'Annotmeur : les habitans de Vile de Sein la distinguent à sa consistance et à sa couleur de l'espèce qui précède , et la nomment en celtique Calcogne- Melen. 3». Laminaria leptopoda. N. Laminaire à pied menu. Stipite gracili , lœvi , cylindrico , undique œquali , ple^ rumque elongalo ; fronde basi cuneata , laciniis prœlongis , lineari-acutis , bi-multi-partitis , sœpe amplis , virenti-fuces- cenlibus sub dio albescentibus. Quand la fronde va se détruire , sa couleur vert- olivâtre devient blanche comme un morceau de parche- min , lorsqu'elle est soumise à l'aclion de la pluie ou de la rosée. C'est la seule espèce de Laminaire qui nous ofFrc ce genre d'altération , et que les vaches re- cherchent pour leur nourriture, le long du rivage, à l'île de Sein : elles vont l'y trouver quand la mer est basse, et la mangent avec avidité lorsqu'elle a bînnchi-, mais elles n'en veulent point dans son etàt naturel. Elle abonde dans l'Océan aux îles de Sein , d'Ones- sant, etc. Elle avait aussi été recueillie à Belle-Isle en mer, par M. Bory de Saint - Vincent -, M. Dorbigni l'a retrouvée aux environs de La Rochelle, à l'île de Ré. A l'île Sein, en Bretagne, elle est connue sous le ( '8;^ ) nom de Fouétrac ou Fouétoutrav, eu laisou de son slîpe flagelliforme , c'est-à-dire qui ressemble assez bien à un fouet. Je crois qu'on doit rapporter au genre Laminaire le Desmarestia Dudresnayi de Lamouroux , plante extrê- mement rare. La forme de celte Hydrophyte , et surtout de sa racine blanche , la classe certainement dans ce genre. J'en ai beaucoup trouvé de fragmens rejetés sur là côte de Biaritz , auprès de Bayonne , au commence- ment de juin i 823. S'il en était des Laminaires comme des végétaux di- cotylédones , l'on pourrait statuer sur leur âge par le nombre des couches concentriques qui s'observent dans la partie inférieure de leur stipe. Un des troncs du Lam. Phycodendron que j'avais sous les yeux, m'en présen- tait huit qui se trouvaient inégalement espacées. La dernière couche, extérieurement, porte l'écorce qui est mince , et la plus interne enveloppe la partie médullaire qui constitue un axe de forme cylindrique. Comme cette moelle et les envir-ons sont le plus imprégnés des sucs propres à la végétation de ces algues dendroïdes , il en résulte sans doute que, malgré l'apparence d'une organi- sation dicotylédone , l'accroissement se fait par le centre , ainsi que chez les palmiers. Au-dessous de l'écorce des Laminaires , l'on remarque une série d'utricules beaucoup plus grandes qui forment le reste de la substance interne , et dans lesquelles se trouve élaboré le mucilage sun-é dont la plupart des Varecs se couvrent quand ils sont retirés de la mer. En séchant , ce mucilage parait à ia superficie de la plante comme une poussière blanche , et c'est à la présence de ce principe, dont les mouches sont si avides , qu'est due ( '84 ) la quantilé de celles-ci que nous observons sur les mon-. ceaux de gouémon , épars le long du rivage. J'aurai l'honneur de présenter successivement divers Mémoires relatifs aux productions et au climat de Terre- Neuve, un précis sur la Flore de ce pays, et sur mon travail concernant les Algues qui se trouvent en France. J'ai recueilli et dessiné soigneusement toutes ces belles espèces sur lesquelles j'ai plusieurs détails imporlans que je réserve pour mon travail général sur les Algues ma- rines : je le publierai bientôt sous le nom de Néréide Française. Explication de la Planche 9. A. Lamiraria longicruris ; B. Laminaria longicruris; Var. jï. tenuior; C. Laminaria c:i|ierata; D. Laminaria esculenta plalyphylla; E. Lam. esculenla lemolil'olia; F. Lam. escultnta tœniala ; G. Laminaria dermatodea; H. Laminaria Agarum , L Laminaria platyloba ; R. Laminaria stenoloba. Observations sur la disposition et le développement des œufs de plusieurs espèces ovipares , appartenant au genre Hirudo : Par m. Rater, D. M. ( Communiquées à l'Acadëmie royale de Médecine , en décembre 1 8240 § I. Depuis long-temps on a distingué les animaux en vivipares el ovipares, suivant que leurs petits naissaient vivans, et sans enveloppe particulière qui les nourrit et les protégeât, ou qu'ils sortaient d'un oeuf fécondé avant ou après la ponle. Outre cette dernière dillennce, qui apporte des modificalions importantes dans la forme et la disposition des organes sexuels, les animaux ovipares, à sexes réunis ou isoles, en présentent une autre moin» ( i85 ) remarquable, mais qui mérite cependant d'être étudiée d'une manière générale. iTantôt , en efl'et , un ou plusieurs œufs fécondés, commejdans les oiseaux, par exemple, sont expulsés isolément au dehors , après que chacun d'eux s'est revêtu d'une enveloppe particulière dans l'o- viducte*, tantôt, au contraire, ce conduit fournit une mem- brane ou capsule commune à plusieurs ovules. C'est en particulier ce qui a lieu dans toutes les espèces de sangsues ovipares dont j'ai pu étudier le mode de repro- duction (i). Quelquefois même ces oeufs sont munis d'une seconde enveloppe commune , disposition fort re- marquable dans les sangsues dites médicinales. § 2. Je m'étais d'abord proposé de soumettre an juge- ment de l'Académie quelques observations sur le dévelop- pement des œufs àeXHirudo'vulgarisàe'MuWeVy apparte- nant au genre Nephelis de M. Savigny^ les capsules qui renferment les ovules de cette espèce présentent quelques phénomènes très-curieux, déjà décrits avec plus ou moins d'exactitude par Bergman (2), M. Johnson (3) et M. Ca- réna (4). Elles offrent surtout cette particularité remar- (1) Plusieurs espèces, telles que VHirudo complanata MvLh-, VHirudo cephalota Carlha , sont vivipares. \JHirado complanata , conservée dans des bocaux pleins d'eau , y fait des petits aux mois de juin et Je juillet : circonstance qui m'a permis de' répéter les observations faites par IM. Duméril sur !a reproduction de cet animal, et qu'il a con- signées dans la Bulletin de la Société Philoiiiatiquc. - (3) Bergman (lob.)» Opuicula physica et chiniici, in-8''. Lipsiae , l'jSS, vol. 5. Dissetlatio de cocco aquatico, sii^e hirudinc oclo-oculatâ. — Disscrtatio de liirudiiùhus. Ibid. (3) Johnson ( J. R. ) , Observations sur la Sangsue rulgaire , novem- bre 1816. (4* Caréna, Mémoires de l'Académie royale de Turin , iSao. Mono-'' graphie du genre hirudo. ( '«^^ ) quable, qu'étanl parraitement transparentes elles per- mettent de suivre, sans interruption , les pliases successives qui amènent la transformation complète de l'œuf en un individu. Mais des circonstances parlioilières , et l'intérêt plus direct qu'offre d'ailleurs l'élude des Sangsues dites médicinales, m'ont déterminé à commencer ces lectures par l'exposé des observations que j'ai faites sur la repro- duction des Sangsues grises et des Sangsues vertes du com- merce , désignées par M. Savîgny sous le nom de Sangui- suga medicinalis et de Sanguisuga officinalis. § 3. M. Le Noble , médecin de l'hospice de Versailles , annonça le premier à la Société d'agriculture du dépar- tement de Seine-et-Oise, dans sa séance du 6 mars 1821 (i), que les Sangsues médicinales se développaient dans de petits cocons ovoïdes et du volume d'un petit cocon de ver à soie, et que leur tissu présentait la même configuration extérieure que celle d'une éponge très-fine ; il annonça également , qu'ayant ouvert un certain nombre de ces cocons , il en avait trouvé plusieurs de vides , et que leur cavité lisse et polie était comme en- duite d'une couche de. vernis \ qu'ils présentaient à chaque extrémité un très-petit trou, et que d'autres plus petits, qui ne paraissaient pas encore achevés à l'extérieur, étaient remplis par une espèce de gelée transparente et homogène; que dans quelques au très enfin , il avait trouvé neuf, dix, douze, et jusqu'à quatorze petites Sangsues, qui lui avaient paru être à diverses périodes d'accroisse- ment qui semblaient correspondre au développement plus ou moins considérable du tissu qui formait le cocon. A peine eus-je connu le travail de M. Le Noble , que je for- Ci) YVotice sur les Sangsues, in-8°. Versailles, i8ai ( iS; ) mai le projet Je répéter ses observations, et j'ai dû à l'o- bligeance de M. Charpentier, pharmacien à Valenciennes, de pouvoir exaon'ner et disséquer, cette année, un grand nombre de ces cocons; aucune des Sangsues vertes ou grir ses, que j'avais conservées dans des bocaux, n'ayant dé- posé de capsules ni fait de cocons , à l'époque de la ponte , c'est-à-dire depuis le commencement du mois de juillet jusqu'au mois de septembre 5 circonstance d'autant plus remarquable que d'autres espèces , que j'avais également conservées dans de l'eau, telles que VHîrudo vulgaris de Muller, et VHirudo bioculata du même auteur, ont pondu plusieurs capsules sur lesquelles j'ai pu suivre le développement des œufs et leur transformation en in- dividus. M. Duméril a bien voulu me diriger dans ces recher- ches, et la plupart des observations que je vais avoir l'hon- neur de soumettre à l'Académie ont été vérifiées par ce savant professeur. §4- Onsaitque le prix des Sangsues, devenu assez élevé, éprouve d'ailleurs des variations considérables dans les diverses saisons de l'année. Celte circonstance a conduit le pharmacien éclairé , dont j'ai eu déjà l'honneur de votjs parler, à acheter une certaine quantité de ces animaux, pendant la belle saison , et à les déposer dans des réser- voirs , ou plutôt dans des espèces de marais artificiels qu'il -a fait établir. Les Sangsues s'y conservent et s'y repiodni- sentdans une assez grande proportion , pour que ce genriç d'industrie soit à la fois lucratif et utile au pays qu'il ha- bite. Vers la fin du mois de inil](^t, et surtout vers le mois d'août, M. Charpentier, en examinant attentive- ment les rives des ruisseaux qu'il a fait établir , s'aperçut que de petits trous de forme conique étaient pratiqués ( iB8 ^ sur les bords de ces ruisseaux. Les parois de ces trous étaient très-lisses , et chacun d'eux contenait un petit cocon à enveloppe spongieuse , dans lecpiel était renfermé du mucus, ou des petites Sangsues, qui , plus tard, de- vaient en sortir. De semblables observations avaient peut- être été déjà faites par d'autres personnes avant M. Le Noble et M. Charpentier. M. Collin de Plancy assure que les paysans de la Bretagne, qui s'occupent habituellement de la pêche des Sangsues connaissent, depuis fort long- temps, l'existence de ces espèces de nids, et qu'ils peuplent même de ces animaux les étangs et les marais qui en sont dépourvus, en y déposant un certain nombre de ces cocons recueillis , en d'autres lieux , au commencement de la ponte des Sangsues. § 5. Chacun de ces cocons représente un ovoï'le , dont le plus grand diamètre varie ordinairement de 6 à 12 lignes, et le plus petit de 5 à 8 lignes. Leur poids s'é- lève de ^4 à 48 grains, suivant leur volume ou leur étal de plénitude ou de vacuité, suivant enfin qu'ils contiennent du mucus ou de petites Sangsues. Leur volume est lui- même en rapport constant avec le nombre d'ovules ou de Sangsues qu'ils renferment et avec l'époque de leur for- mation et leur degré de développement. § 6. Leur structure, quoique plus complexe que celle des capsules qui renferment les ovules des autres Sangsues ovipares, est cependant assez simple. On distingue en effet, dans chaque cocon parvenu à son entier développe- ment , 1° une enveloppe extérieure, spongieuse-, 2° au- dessous de celle-ci une capsule analogue à celle observée autour des œufs des autres espèces de Sangsues ovipares ; 3» enfin du mucus, des œufs , ou des Sangsues, dans la cavité de celle capstile. ( i89 ) § n. Lorsqu'elle est parvenue à sou entier développe- ment, l'enveloppe spongieuse, la plus extérieure de tou- tes, entoure la capsule dans toute son étendue. Jamais je ne l'ai vue manquer à la surface des cocons qui conte- naient ou avaient contenu des Sangsues. Elle forme une couche d'une épaisseur de deux lignes environ, sur tous les points de la surface de la capsule ; elle est seulement un peu plus mince vers l'extrémité du grand diamètre de ces petits ovoïdes. Le tissu qui la forme est fortement organisé, demi-transparent, composé de fibres solide, fines et déliées, très-régulièrement entrelacées, de ma- nière à former des espèces de prismes creux hexagones, à travers lesquels l'eau et l'air peuvent facilement péné- trer. Ce tissu n'est point attaquable par Tean froide. Il avait conservé une grande partie de sa résistance sur des cocons que j'avais conservés dans ce liquide, depuis le commencement du mois d'août jusque dans le mois de novembre. Il a fini cependant, ces jours derniers, par se détacher sous la forme d'une poussièire noirâtre, qui s'est déposée au fond du vase , tandis que la inendjrane cap- sulaire, ainsi mise à nu, surnageait a la surface de l'eau. Suivant M. Boullay, qui a bien voulu l'examiner, il peut être compaié, sous le rapport chimique, à l'épiderme de la peau. A l'analyse, il offre les caractères des matières cornées. Comme elles, ce tissu est insoluble dans l'eau, l'alcool et les acides faibles, si ce n'est à l'aide du diges- teur qui transforme le tout en une sorte de matière géla- tineuse. Je dois encore faire observer , relativement à cette première enveloppe, que les petites Sangsues con- tenues dans la capsule, après avoir percé cette dernière membrane, s'échappent à travers les mailles du tissu spongieux , ordinairement sans y laisser de traces de leur ( ^90 ) passage. Enfin îl est une dernière particularité que je crois devoir faire connaître , c'est qu'on trouve presque toujours dans le tissu spongieux, lorsqu'on observe les cocons au mois d'août , une ou plusieurs larves d'un in- secte diptère, dont, à la vérité, je n'ai pu suivre le'dé- veloppement , ces larves n'ayant vécu ni dans l'eau, ni dans les capsules de verre sur lesquels je les avais placées. J'ai même montré une fois à M. Duméril une de ces ^^rvcs, située dans le mucus contenu dans la cavité de la capsule , et par conséquent renfermée dans l'intérieur de cette membrane : circonstance très-difficile à expli- quer, à moins qu'on ne suppose que la capsule, à la- quelle je ne pus découvrir d'ouverture , avait été acci- dentellement perforée. A cette occasion , je dois encore rappeler qu'on trouve quelquefois un autre insecte dans le tissu spongieux, et qu'il a été reconnu par M. Duméril pour un individu du genre Elopliore. J'essaierai plus loin de faire connaître le mode de formation et les usages de ce tissu spongieux : je passe à la description de la cap- sule placée immédiatement au-dessous de lui, et dans laquelle le mucus est renfermé. § 8. Cette capsule qui , je crois , n'a été encore observée ni décrite par aucun auteur, adhère fortement, par sa surface externe, au tissu spongieux auquel elle corres- pond. Elle se présente sous la forme d'une poche sans ouverture , formée par une membrane mince , blanchâ- tre, transparente et assez résistante. Lorsque l'enveloppe spongieuse en a été détachée , elle ne tarde pas à brunir ou à se ternir par le contact de l'air. Comme les cap- sules do y Hinido vulgnris de MuUer, elle offre aux deux extrémités de son grand diamètre deux petites saillies angulaires , dont la base se confond avec la capsule, et ( ï90 dont la pointe fait saillie dans la cavité de cette membrane lorsqu'elle est vide ou qu'on en a enlevé le mucus ou les Sangsues qu'elle peut contenir. Ces petites saillies sont ordinairement d'un tissu plus ferme que la membrane- elles sont d'un brun jaunâtre et peu transparentes, elles finissent cependantpar être détruites. La capsule présente alors une petite ouverture circulaire d'une demi -ligne de diamètre, vers le point qu'occupait celle de ces saillies qui correspondait à la petite extrémité de la capsule. On remarque plus rarement une semblable ouverture à l'ex- trémité opposée, et il est plus rare encore d'observer à la fois ces deux issues sur un même cocon. C'est par ces ouvertures que sortent les Sangsues lorsqu'elles ont at- teint le terme de leur vie intra-capsulaire. Le petit nombre d'essais que M. Boullay a pu faire sur la composition chimique de celte capsule me portent à croire avec lui qu'elle est de nature albumineuse, car elle se comporte avec les réactifs comme l'albumine coagulée. Cette membrane présente quelques particularités re- marquables , lorsqu'on la compare aux capsules des au- tres espèces de Sangsues ovipares, à celles de VHirudo vulgans ou de VHirudo biocidata, parexenqjle. D'abord les capsules des Sangsues vertes et des Sangsues grises sont-incomparablemcnl plus volumineuses. La surface externe des capsules de VHirudo vulgaris et de VHirudo bioculata esllihre , enduite d'une sorte de vernis gluant, au moyen duquel elles s'attachent aux feuilles des plantes aquatiques, ou aux parois des vases dans lesquels on a ., conservé les espèces qui les produisent. Les capsules des Sangsues vertes et grises n'offrent point cet enduit-, il était inutile , puisqu'elles devaient être déposées dans la C '9* ^ terre ; ou plutôt elles avaient besoin d'être protégées par un tissu élastique plus solide; et c'est là, ce me semble, le principal usage de l'enveloppe spongieuse. § g. La matière que contient la capsule des Sangsues médicinales , et qui la remplit exactement lorsqu'on n'y distingue encore ni œufs ni Sangsues, est blanchâtre, peu transparente, de la consistance d'une gelée tremblante; sa saveur est fade , et ne donne aucun indice d'acidité ou d'alcalinité. Cette matière molle est peu altérable, et se conserve plusieurs jours sans éprouver d'autres chnnge- niens qu'une légère dessiccation, si l'air est sec et chaud. En perdant l'eau à laquelle était due sa consistance molle, elle se transforme en un corps friable et transparent qui ressemble à de la colle de Flandre. Devenue tout-à-fait solide, elle est réduite nu huitième de son poids. Il résulte de l'analyse chiniiqiie faite par M. Boullay, que cette matière est composée d'une très-petite quantité d'albumine, d'environ un douzième, et d'une autre subs- tance qui ofl'ie les caractères du mucus, tel qu'il a été décrit par Fourcroy et M. Vauquelin. On n'a pu analyser comparativement le fluide contenu dans les petites capsules de V Hirudo vulgaris de MuUer, n'en ayant pas recueilli une assez grande quanlité. Je fe- rai remarqiuM- seulement qu'il est jaunâtre, beaucoup plus aqueux et plus transparent que le mucus des capsules des Sangsues grises et vertes, et qu'il permet de distinguer plus facilement les ovules et de suivre leur dévelop- pement. § lo. Deux fois seulement j'ai pu distinguer à la loupe plusieurs ovules rangés symétriquement au milieu du mu- cus qui remplissait la totalité de la capsule. Leur dispo- sition était tout-à fait analogue à celle que j'ai indiquée ( »93) dans la pi. 2 , fig. 2 , pour les ovules de VHirudovulgans. Si mes recherches sur ce point eussent été commencées dès la fin de juin, et si j'avais disséqué un plus grand nombre de cocons dans les premiers jours de juillet, j'au- rais pu, très-probablement, constater un plus grand nombre de fois l'existence et l'arrangement de ces ovules. Ayant examiné plus tard un assez grand nombre de ces capsules, j'en ai trouve quelques-unes incomplètement remplies du mucus et offrant le plus ordinairement une cavité orbiculaire, dans leur centre. Enfin , dans l'inté- rieur de plusieurs autres, il n'existait plus de mucus, soit qu'elles continssent un certain nombre de petites Sang- sues, 8, 10 et même i5, sur le point de sortir, ou que ces animaux se fussent déjà pratiqué une issue. Dans ce dernier cas, on remarquait souvent vers l'extrémité la moins volumineuse des capsules une petite ouverture qui leur avait donné passage. § rr. Ces capsules, revêtues du tissu spongieux, de- venues désormais sans usage, peuvent rester enfouies dans la terre plusieurs mois sans êtres détruites, mais alors on les trouve déprimées, affaissées ou déformées, leurs mem- branes sont plus sales et de couleur brunâtre : le tissu spongieux, moins élastique, ne reprend plus par le la- vage sa couleur première. Dans la cavité de plusieurs d'entre elles j'ai quelquefois trouvé une eau trouble qui y avait pénétré , je pense, par imbibition , ou par la pe- tite ouverture dont j'ai déjà parlé. § 12. Après avoir fait connaître le gissement, la con- formation et la structure des cocons, il me reste à indi- quer leur mode de production , l'époque de leur formation et leurs usages ; à rechercher la durée de la vie intra-cap- TOME IV. i3 ( '94 ) sulaire des Sangsues médicinales 5 à en étudier les phé- nomènes-, enfin à îignalcr quelques différences que pré- sentent, sous ce rapport , les Sangsues vertes et les Sang- sues grises. § i3. V enveloppe spongieuse me paraît être d'une for- mation postérieure à celle de la membrane capsulaire, qui est probablement expulsée du corps de l'animal avec les œufs qu'elle renferme , comme dans les autres espèces de Sangsues ovipares. Cette opinion me semble résulter des observations suivantes : 1° cette enveloppe spon- gieuse n'existe pas autour des capsules des autres espèces de Sangsues ovipares. 2°. Les capsules de ces dernières, comme ie l'ai déjà dit, sont glutineuses à leur surface ex- térieure et s'attachent aux feuilles des plantes aquatiques. 3°. Les Sangsues officinale et médicinale , déposant au con- traire leurs capsules dans la terre , exposées par cela même à des pressions plus violentes, devaient être mu- nies d'une seconde enveloppe plus propre que les capsu- les à les préserver du contact de corps extérieurs plus durs ou plus solides. Celte seconde enveloppe me paraît donc, je le répète, d'une formation postérieure à la première. Ayant examiné, en effet, un très-grand nombre de co< cons, j'en ai trouvé quelques-uns dont la capsule n'était pas entièrement couverte de ce tissu spongieux et dont la surface, dans quelques points , se trouvait immédia- tement à nu, ainsi que je l'ai indiqué dans la figure i3. On ne peut supposer , dans ce cas , que l'absence par- tielle du tissu spongieux ait été le résultat de la pu- tréfaction , ou de toute autre cause qui l'ait détruit-, car j'ai observé cette disposition sur plusieurs cocons remplis de mucus non altéré, de formation récente, et en "énéral peu volumineux , sur lesquels même les fibres ( '95 ) du tissu spongieux présentaient l'arrangement régulier et hexagonal que j'ai précédemment indiqué. Mais en admettant que ce tissu spongieux se développe autour des capsules après qu'elles ont été déposées par l'animal dans le sol des marais ou des ruisseaux , il reste encore à déterminer si cette matière est le produit d'une humeur qui suinte du corps des Sangsues, ainsi que l'a supposé M. Le Noble, ou si, comme le pense M. Duméril , l'animal exposerait la capsule enveloppée d'une matière glaireuse qui en se détachant formerait le tissu spongieux, dont les fibres prendraient une disposition hexagonale régulière par suite du dégagement d'un fluide élastique : c'est ce que j'ignore complètement. Du reste, les usages de ce tissu me paraissent entièrement mécaniques. Il pro- tège la capsule et les germes qu'elle renferme contre les pressions que des corps extérieurs pourraient leur faire éprouver, et les défend peut-être en outre des atteintes que leur porteraient certains animaux. § 14. La capsule commune des œufs des Sangsues grises et vertes , comme toutes les membranes analogues qui enveloppent les œufs des Sangsues ovipares , est sécrétée par l'oviducte. Je puis étayer cette assertion de l'obser- vation suivante. J'ai vu plusieurs espèces, telles que VJFJi- rudo vidgaris et VHirudo biocuhUa de Muller , que j'avais conservées dans des vases transparens , déposer un cer- tain nombre d'œufs fécondés , lenfermés dans une capsule commune. Cette observation e§^t surtout très-facile à faire sur V Hirudo vulgaris , dont les ovules ne sont pas d'abord visibles à l'œil nu, mais qui ne tardent pas à le devenir après 36 ou 48 heures. Or, si les œufs de ces espèces sont expulsés, enveloppés d'une membrane commune, tout porte à penser que la formation des capsules des 13"^ ( 196 ) Sangsues vertes et des S.ingsues grises a lieu dans les corps de ces animaux par un même mécanisme. Rien n'autorise à supposer avec M. Le Noble que l'animal dépose ses œufs dans une masse de mucus qu'il aurait d'abord versé dans les loges qu'il se creuse dans la glaise, qu'il organiserait ensuite deux autros membranes autour de ce mucus, sans qu'aucun corps étranger ne se trouvât mélangé avec ce fluide, enveloppé plus tard par les membranes spongieuse et capsulaire. Cette dernière membrane me parait donc avoir pour usage de renfermer les ovules, de prévenir leur dissémination , leur écrasement , au moment où ils pourraient être le plus facilement détruits, c'est à-dire au moment de leur expulsion du corps de l'animal; de renfermer et très-probablement de produire le mucus qui sert au développement des germes ; enfin de protéger les petites Sangsues dans leur vie intra-capsulaire. Un nouvel abri leur est fourni par la membrane spongieuse dont j'ai parlé. Cet abri est tel , que la nature des divers lieux dans lesquels des cocons bien conformés peuvent être plongés , a moins d'influence qu'on ne pourrait le croire sur le développement des germes cpi'ils renferment. En effet, que des cocons soient placés dans de la glaise, dans de l'eau, ou exposés à l'air libre, les ovules peuvent également se développer dans ces diverses conditions. Ayant oublié par basard plusieurs cocons dans un petit vase de terre, qui contenait aussi un peu de foin , je fus fort étonné, lorsque je les reti'ouvai , environ i5 jours après, de voir dans le foin plusieurs petites sangsues mortes et d'en rencontrer plusieurs autres vivantes et bien développées dans les capsules de ces cocons, dont le mucus était en grande partie absorbé. Aussi suis-je très-disposé à croire parfaitement exacte l'assertion de M. Collin de ( 197 ) Plancy, relativement aux pêcheurs de Sangsues, qui ,- dit-il , repeuplent de ces animaux certains marais , en y déposant nn certain nombre de cocons. § i5. J'ai déjà dit que le nombre des germes renfermés- dans chaque capsule pouvait varier de 6 à i5 au plus , et que je n'avais pu en suivre le développement dans toutes, ses phases , comme j'ai pu le faire pour une autre espèce , VHimdo vuîgaris de Muller. Les petites Sangsues grises sont, en général , plus volumineuses et ont les vaisseaux sanguins plus apparens. Les individus qui appartiennent aux Sangsues vertes sont plus petits et plus bruns. J'ai fait représenter , dans les figures i8 et i8 a, une pe- tite Sangsue grise extraite d'une capsule au moment où, elle était sur le point d'en sortir. L'oeil armé d'une loupe , j'ai pu facilement distinguer sur ce petit animal les bandes, jaunes longitudinales de sa face dorsale , les dix yeux ou points noirs placés sur sa tête et disposés en fer à cheval , ainsi que les peii-tes taches ventrales qui la caractérisent. Craignant de fatiguer l'attention de l'Académie par de trop longs détails sur l'organisation de ces animaux à cet âge , je me bornerai aujourd'hui à quelques remarques gé-^. nérales. 1°. Les petites Sangsues, contenues dans leurscapsu- les, sont d'autant plus rouges et moins allongées , qu'elles sont encore plus éloignées du moment où elles sortiront de la cavité de cette membrane. 2°. Le pigment de la peau se développe de très-bonne heure sur ces Sangsues. Jamais je ne les ai trouvées entiè- rement incolores , circonstance d'autant plus remarquable que V Hirudo vuîgaris de Muller, qui, parvenue à son en- tier développement , offre une couleur très-foncée , est ( 198 ) au contraire parfaitement incolore au moment où elle sort de sa capsule. 3°. Les Sangsues vertes et les Sangsues grises, comme les petits do \Hirudo vulgaris , sortent ordinairement de la capsule par la petite extrémité du cocon, qui présente alors une petite ouverture circulaire, vers le point opa- que qui termine l'extrémité correspondante de son grand diamètre. 4°. Après avoir percé la capsule, les petites Sangsues s'engagent dans le tissu spongieux ; elles serpentent dans son intérieur , sortent par divers points de sa surface et quelquefois se logent de nouveau momentanément dans ce tissa. 5*^. A cette époque, elles nagent déjà avec une très- grande agilité. Elles vivent dans l'eau de Seine filtrée , et s'y développent-, phénomène d'autant plus remarquable que les Sangsues, parvenues à leur entier accroissement, finissent , au bout de quelques mois , par y perdre de leur poids. § i6. En terminant cette première partie de mon Mé- moire, j'avais également formé le projet d'examiner s'il ne conviendrait pas d'interdire la pêche des Sangsues mé- dicinales pendant certaine saison de l'année, c'est-à-dire à Vêpoque de la ponle. Je m'étais aussi proposé de re- chercher si des milliers de Sangsues , consommées dans les hôpitaux de la capitale, et dont on ne tire aucun parti après leur application , ne pourraient pas être uti- lement employées à la reproduction de ces animaux, qu'on déposerait dans des marais artificiels, et si ces ani- maux ne pouiraiont pas eux-mêmes, après un an de se-» jour, être employés à une nouvelle application. Ces di- ( '99 ) verses observations , qui intéressnnl plus spécialement l'art de guérir , seront présentées incessamment à l'A- cadémie de médecine. ( La suite dans un numéro prochain. ) Explication de la Planche lo. Hirudo vulgarls. Fig. I et a. l'oi me et dimensions naturelles des capsules des oauts de VHirudo Tulgaris de MuUer. Fig. 3. Capsule des œufs, vue à la loupe, et dans laquelle les ovules ne sont pas encore visibles. Fig. 4- Autre capsule de VHirucln vu'garis , e'galenunt vue à fa loupe , et dans laquelle trois ovules sont visibles. Fig. 5. Capsule de VHinulo nulgaris , vue à la loupe, et contenant plusieurs ovules transformés en' individus. Fig. G. Semblable capsule, vue à la loupe, dans laquelle les petites Sangsues ont acquis le plus haut degré de développement de leur vie intra-capsulaire. Fig. 7. Aspect de VHirudo vidgaris très-grossie, au moment où elle vient de sortir de la capsule. Hirudo bincuhita. Mullcr. Fig. 8. Capsule brunâtre de ÏHirwh bioculatn de MuDer. Elle est vue à la loupe Le trait au-dessus indi([ue ses dimensions natu- relles. Fig. 9. Hirudo bioculala , vue à la loupe. Elle éfait sortie depuis deux jours de la capsule. Sangiiisiiga njjicinaits et Sanguisuga medicinalis. Savigny. Fig. 10, II , et 12. Cocons de Sangsues grises et vertes, représentés dans leurs dimensions naturelles. — La figure 1 1 montre deux pe- tites Sangsues sortant par chaque extrémité du cocon. Fig. i3. Grosse extréùnité de la capsule non encore recouverte parle tissu spongieux. Fig. 14. Aspect du tissu spongieux vu par la face interne de la mem- bran« capsulaire. ( 200 ) Fig. i5. Tissu sj>oDgieux vu à la loupe. Disposition hexagonale ma- nifeste. Fie. 16 et 17. Larve d'insecte diptère trouvée souvent dans le tissu spongieux, vue par les faces dorsales et abdominales. Fig. 18. Petite Sangsue grise sortie depuis deux jours de la capsule. Elle est vue à Ix loupe. — 18 a indique ses dimensions naturelles. Fig. 19. Petite Sangsue verte sortie depuis trois heures de la capsule. — 19 «indique ses dimensions naturelles. Fig. 20. Section d'un cocon vide, faite dans le sens de son petit dia- mètre; on aperçoit au centre le petit trou par lequel les Sangsues sortent de la cavité, et la disposition hexagonale des fibres du tissu spongieux. Fig. 21. Section d'un autre cocon dans le même sens, mais au centre duquel existait la même cavité centrale beaucoup plus développée. Fig. 22. Section d'un cocon plein de mucus, suivant le même dia- mètre , indiquant l'épaisseur du tissu spongieux ,' de la membrane capsulaire. Observatious sur les Végétaux fossiles renfermés dans les Grès de Hoer en Scanie ,• Par m. Ad. Brongniart. (Lues à la Société Philomatique , janvier 1824.) Lorsque les caractères minéralogiques d'une roche et sa position par rapport, aux terrains voisins ne peuvent servir à fixer son époque de formation, le géologue est obligé de recourir aux caractères que les débris organi- ques qu'elle renlerme lui fournissent, et sans prétendre que ces caractères soient d'une valeur supérieure aux autres et surtout à la position respective lorsqu'on peut l'observer , ils deviennent de première importance pour établir, si ce n'est avec certitude, du moins avec une grande probabilité , l'époque de formation de ces terrains dans les cas où tous les autres caractères manquent^ il est même des circonstances où les restes de ces êtres ( 201 ) organisés se sont présentés avec une telle constance dans les mêmes couches du globe , que le géologue n'hésitera pas, d'après quelques-uns de leurs fragmens, à déter- miner la formation dans laquelle ils ont été trouvés. C'est ainsi que dans le règne animal des ossemens do Palaeo- theriura et d'Anoplotherium sont des caractères propres jusqu'à présent seulement aux Gypses du terrain de sé- diment supérieur, que certaines espèces d'oursins et de coquilles sont des preuves évidentes de l'existence de la Craie , que les Trilohites sont un caractère propre uni- quement aux terrains les plus anciens ; de même dans le règne végétal la présence de Fougères arborescentes, et d'autres végétaux cryptogames qui n'existent plus ac- tuellement sous des formes aussi grandes et aussi majes- tueuses, est un témoignage assuré qu'un dépôt de charbon fossile est d'une formation contemporaine du terrain houillier. Peut-être un jour trouvera-t-on quelques ex- ceptions à ces règles, mais on n'en connaît aucunes jus- qu'à présent, elles doivent donc passer aux yeux des naturalistes pour des règles certaines. Les débris de végétaux renfermés dans le sein de la terre ont paru offrir moins de secours aux géologues que les restes d'animaux , parce que ces débris ont été l'objet d'études moins suivies , et parce qu'en général on ne les trouve que dans un petit nombre de couches. Cependant ils pourraient fouinir des caractères essentiels surtout pour la distinction de ces formations arénacées , connues généralement sous le nom de Grès, qui se représentent à diverses époques dans les terrains secondaires , et que le géologue distingue diflicilement lorsque leur position par rapport aux autres terrains ne peut pas être déter- minée directement. Les fossiles animaux sont en çrénéral ( 202 ) très-rares dans ces sortes de dépôts ; les restes de végé- taux, quoique souvent peu nombreux , s'y présentent ce- pendant plus fréquemment que dans les autres couches de même époque , c'est-à-dire dans les dépôts calcaires qui séparent ces formations arénacées. Jusqu'à présent ces restes de végétaux ayant à peine fixé l'attention des naturalistes, on n'a pu distinguer ceux qui sont propres à telle ou telle de ces formations 5 leur rareté dans la plupart des terrains qui se sont déposés depuis le ter- rain houillier jusqu'aux terrains de sédiment supérieur, c'est-à-dire jusqu'aux lignites de l'argile plastique, a été un obstacle à ce genre de recherches. Il n'est personne qui, ayant étudié même superficiellement les végétaux que renferment les anciennes formations de houille et ceux que contiennent les dépôts récens des lignites ter- tiaires, ne les distingue avec la plus grande facilité; mais il n'en est pas ds même des couches renfermant des dé- bris de végétaux qui se sont formées entre ces deux grands dépôts de charbon; ainsi nous savons maintenant que le Grès bigarré, le Quadersandstein, le Sable ferrugineux ou Iron-Sand. des Anglais , et le Sable vert ou les cou- ches inférieures de la Craie chloritée, contiennent des débris de végétaux assez nombreux dans quelques loca- lités et même quelquefois des couches de Charbon assez puissantes; mais les caraclères organiques propres à dis- tinguer ces terrains , n'ont pas encoie été tracés avec soin. Je ne chercherai pas à indiquer dans ce Mémoire les végétaux qui paraissent caractéristiques de ces diverses formations. Les matériaux propres à établir cette histoire de la végétation pendant la période des terrains secon- daires, sont encore trop peu nombreux; leur dispersion ( 203 ) dans des terrains qu'on n'a en général que peu d'intérêt à exploiter, n'a permis d'en recueillir qu'un petit nombre qui sont répandus dans tant de collections diflérentes qu'il est très-diliicile de consulter ces échantillons. Je me con- tenterai pour le moment de faire connaitr-e les débris remarquables que contient une de ces formations d'é- poque douteuse, qui n'a été visitée que par très-peu de géologues, et je chercherai, d'après les caractères de sa végétation, à indiquer la période à laquelle il est probable qu'elle appartient. On sait que les terrains anciens, c'est-à-dire les ter- rains primitifs et de transition , sont beaucoup plus ré- pandus dans toute la Scandinavie que les formations plus récentes. Cependant l'extrémité méridionale de la Suède, qui forme la province de Scauie , présente plusieurs points de formation secondaire 5 tels sont le terrain de Craie qui se montre dans quelques endroits de cette province, la formation houillière de Hoeganes et les Grès deHoerdont nous allons nous occuper plus particulière- ment. Hoer est un petit village situé vers le centre de la Scanie au nord de Lund. A l'ouest de ce village s'étend une chaîne de collines, composée en grande partie d'un Grès légèrement ferrugineux ou d'une Arkose , c'est-à- dire d'une roche mélangée de Quarz et de Feldspath réunis par voie d'aggrégation. Jusqu'à présent on n'a rien pu fixer sur les rapports de position de ces roches avec celles qui les environnent. Rien ne les recouvre et elles paraissent reposer immédiatement sur un terrain granitique qui se montre dans plusieurs points autour de ces collines. Il est donc impossible d'établir par des observations directes de superposition leur époque de formation. Les ( M ) débris organiques peuvent seuls nous indiquer à peu près à quelle période on doit les rapporter. On n'a trouvé dans celte roche aucune portion d'animal , ni coquilles , ni polypiers, ni ossemens d'animaux vertébrés; les restes de végétaux y sont au contraire assez nombreux. Plu- sieurs carrières ont été creusées dans ces collines pour en extraire des meules ; mais les plantes fossiles n'ont été trouvées abondamment jusqu'à présent que dans un seul endroit , c'est dans le Grès légèrement ferrugineux qui occupe la partie supérieure d'une de ces collines et qui probablement forme en effet les couches ies plus récentes de cette formation. C'est là que M. Nilson , professeur à Lund , a ob- servé pour la première fois ces restes de végétaux , et qu'il a découvert les échantillons qui sont déposés dans la collection de l'Université de Lund, et dont une partie a été figurée dans les Mémoires de l'Académie de Stock- holm (i) pour l'année 1820. Cependant une autre car- rière creusée dans l'Arkose, et, à ce qu'il paraîtrait, dans les couches inférieures de la même formation , nous a offert une impression végétale, unique il est vrai , mais très-remarquable et tout-à-fait différente de celles trou- vées jusqu'alors dans cet endroit. Si nous examinons avec soin tous les fossiles végétaux découverts dans ce lieu, c'est-à-dire ceux recueillis par M. Nilson et conservés dans la collection de Lund, et ceux que nous avons rassemblés avec lui dans ce même endroit, naus n'y verrons pas un seul indice de plantes niarines : tout est terrestre, on n'y voit aucune trace de v'i) Méra. de l'Acad. des Sciences de Stockholm, tome XI, 1820, page a84- ( 205 ) Fucus , d'Ulve , ou de Conferves 5 mais les autres grandes classes du règne végétal s'y trouvent toutes représentées; ainsi les Monocotylédones cryptogames et phanéroga- mes, et les Dicotylédones s'y montrent tous d'une ma- nière bien caractérisée. Ce dernier fait surtout mérite toute notre attention, car dans les terrains de transition et dans les formations secondaires les plus anciennes, tels^ue les terrains houil- liers , on n'a jamais trouvé aucune trace de végétaux di- cotylédons , ou du moins le seul genre qui pourrait ap- partenir à cette grande classe, le genre Astéropliyllile , ne présente pas d'une manière assez évidente les carac- tères des plantes dicotylédoues pour qu'on puisse fixer sa position avec certitude, et en admettant même qu'il appartienne à la division des Dicotylédons , ces plantes seraient réduites dans les terrains houilliers à un seul genre herbacé. Ce n'est que dans les couclies inférieures du Calcaire jnrassique , dans le Lias des géologues anglais , et dans le dépôt de Grès qui est immédiatement au-des- sous , et que les géologues allemands ont nommé Quadersandstein , qu'on commence à trouver des débris appartenant sans aucun doute à des arbres dicotylédons. Il est en eflet encore douteux pour nous si le Grès bi- garré renferme déjà des bois et des feuilles d'arbres di- cotylédons. Si nous ne nous trompons pas dans cette ob- servation la présence des végétaux dicotylédons dans les Grès de Hoer nous paraît établir que cette formation ne peut pas appartenir à un terrain plus ancien qne le Quadersandstein. Parmi les végétaux monocotylédons eux-mêmes, il existe des différences génériques et spécifiques si mar- ( 2o6 ) ffuées entre ceux de Hoer et ceux du terrain liouillier^ qu'on les distingue au premier coup-d'œil 5 ainsi les trois espèces de Fougères découvertes à Hoer diffèrent complètement de celles qu'on a observées dans les ter- rains plus anciens, et les Monocotylédones phanéroga- mes présentent des caractères encore plus distincts. Nous allons examiner successivement ces divers fossiles. Parmi les Fougères on peut distinguer trois espèces bien caractérisées. La première a été trouvée dans les couches d'Arkose probablement inférieures et sans aucun autre fossile; elle offre des frondes d'une taille supérieure à celle de toutes les Fougères fossiles connues, mais que nous ne pouvons qu'évaluer approximativement à 4 ou 5 pieds, aucun des échantillons que nous avons vus n'étant com- plet. Cette fronde une seule fois pinnée a des pinnules de près d'un pied et demi de long , larges d'environ 4 pouces , à bords parallèles, paraissant arrondies et ob- tuses au sommet, et adhérentes par la base au pétiole commun ou même légèrement décurrentes inférieu- rement. Les nervures ont ime disposition tout-à-fait particulière , qu'on n'a encore observée dans aucune Fougère fossile et qui ne se retrouve que dans un pe- tit nombre d'espèces vivantes. La nervure moyenne de ,ces pinnules parcourt toute leur longueur ; elle est droite e, t très-marquéo ; il en nail des nervures secondaires nom- bn^uses, simples, droites, légèrement obliques , qui s'é- tetiiient jusqu'au bord de la fronde et sont éloignées d'em ii'on 4^5 lignes tes unes des autres ; d'autres ner- vures très -nombreuses unissent ces nervures secon- daires i "utre cUos, et donnent à toute la feuille l'aspect d'un gri liage ou d'un réseau à mailles carrées. Ces der- ( 207 ) lîières nervures forment en effet des sortes d'arcs trans- versaux parallèles au bord de la pinnule et qui vont d'une nervure secondaire à l'autre. Cette disposition de nervures , Irès-rare même parmi lesFougères vivantes, existe néanmoins dans tout le genre Meniscium et dans quelques Polypodes. Nous donnerons pour cette raison à l'espèce fossile que nous venons de décrire le nom de Filicites meniscioides. Elle devra for- mer une section tout-à-fait particulière parmi les Filici- tes, section à laquelle on pourrait donner le nom de Dicljopteris. Les deux autres espèces ont été trouvées dans le même endroit que tous les fossiles de Hoer. L'une présente des feuilles distinctes lancéolées, en- tières, qu'on n'a trouvées jusqu'à présent qu'isolées, mais qui ne sont probablement que les folioles d'une feuille pinnée. Une nervure moyenne parcourt cette feuille, mais disparaît à quelque distance de son extrémité 5 il en nait des nervures secondaires très-fines, obliques, légèrement arquées et plusieurs fois dicliotomes surtout près de leur base. L'autre est une feuille pinnatifide dont nous n'avons trouvé que quelques pinnules détachées; ces pinnules , adhérentes par toute leur base au rachis , sont obliques, beaucoup plus élargies vers leur angle inférieur que vers le supérieur. Elles sont oblongues , arrondies au sommet, la nervure moyenne ne paraît pas atteindre jusqu'à l'ex- trémité ; les nervures secondaires ne sont pas visibles. Nous désignerons la première de ces espèces par le nom de Filicites Nilsoniana et la seconde par celui de Filicites Agardhiana. Parmi les autres végétaux cryptogames de ce terrain, il ne reste qu'une seule espèce que nous puissions citer; ( 208 ) c'est une plante qui paraît appartenir à la famille des Lycopodes , mais dont nous n'avons vu que quelques fragmens très-courts. Ses feuilles linéaires, aiguës ou plutôt sétacées , sont inséi'ées tout autour de la tige ; elles sont étalées surtout vers leur extrémité. Cette espèce paraît bien différente de toutes celles qu'on a observées, soit dans le terrain houillier soit dans les terrains tertiaires : on peut lui donner le nom de Lycopodiles patens. Les végétaux cryptogames de Hoer paraissent bornés aux quatres espèces précédentes ; parmi les plantes pha- nérogames dont les débris se trouvent dans le même lieu les rapprochemens seront plus difficiles a établir : nous y voyons en effet trois groupes de plantes bien distincts dont deux cependant semblent avoir plusieurs points d'analogie ; ces trois groupes sont tous bien certainement monocotylédons. Ils ne paraissent pas pouvoir se rap- porter à aucune des familles de Monocotylédones cryp- togames que nous connaissons. Nous devons donc cher- cher leurs analogues parmi les Phanérogames. Un de ces genres, le premier dont nous nous occu- perons, présente un caractère très-remarquable, carac- tère qui jusqu'à' présent n'a été observé que dans deux familles , celle des Fougères et celle des Cycadées^; je veux parler de l'enroulement des feuilles en forme de crosse dans leur jeunesse, disposition que présente très- clairement un des échantillons de la collection de Lund. Les feuilles de ces plantes, dont nous avons distingué quatre espèces , sont pinnées ; le rachis est épais , les pin- iiules sont rieds au-dessus du niveau de la mer. Il y a trois Pics d'une hauteur prodigieuse qui se suivent dans la direction du sud-ouest au nord-est que l'on voit de la plate- forme du temple de Surkandra. Ces Pics sont désignes dans la carte de M. Herbert, par les noms de Jawahir Peaks A n» 1 , A n" 2 et A no 3 oi) P. C'est le Pic intermédiaire qui est le plus élevé de tous. Plus au nord-ouest paraissent les montagnes colossales de Kedarnath et de lamuautri. ( ^-34 ) valions directes ont prouvé que, sous celte zone et à cette hauteur, elles se souliennent assez généralement entre -^ à -^. La hauteur du Dhawalagiri est dépen- dante d'un phis grand nombre d'élémens incertains , de la position astronomique des lieux en longitude et en latitude, des azimulhs et de la réfraction; cepen- dant deux mesures successives des capitaines Webb et Blake dont nous possédons tous les détails, olfrent à peiue une diirérence de i5o mètres. Le Dhawalagiri, appelé aussi par corruption Dhoula- gir ou Gasakoti , donne naissance, sur sa pente méridio- nale, à la rivière Ghandaki (i). C'est sur les bords de cette rivière qu'on recueillit dans un schiste de transition, les fameuses cornes d'Ammon ( salagrana ) que les croyans parmi les Hindous regardent comme des images de l'incarnation de Vishnou pendant le cataclysme des grandes eaux. En plaçant le Puy-de-Dôme sur le Chim- borazo on aura la hauteur du Jawahir; en plaçant le Saint-Gothard sur le Chimborazo on aura la hauteur du Dhaw^alagiri. En contemplant du fond des plaines et des sillons que couvrent nos cultures, les sommets des Alpes et des Cordillères, nous sommes d'abord frappés de la dif- férence prodigieuse qu'oOVe la hauteur des montagnes ; nous oublions qu'une planète voisine dont le nivellement du sol a été entreprise dans toute la surface visible aux habitans de la terre , présente ces mêmes mer- veilles et de plus grandes encore. Fondés sur des ana- (l) Asiat. Res. , 70". 12, p. 2G6. — Jouni. oj iJie Royal Iiut. , vol. II, p. 240. La longitude du Dhawalagiri est de 83" 20' à l'est de Greenwich; sa hauteur est de 28,07'- pi^^^-' anglais = 8556 mètres = 4390 toisc). Les premiers relèvemens avaient donné, dans les hypo- thèses de distance et de réfraction les plus défavorables , un minimum de 26,862 pieds anglais. ( 235 ) logies qui ne sont qu'apparentes, nous nous formons une idée vague du maximum de hauteur que les cimes de notre globe peuvent atteindre , comme s'il nous était donné de mesurer les forces élastiques qui ont soulevé la croûte oxidée de notre planète 5 comme si l'action qui a produit , sur des crevasses , ces murs rocheux que nous appelons les Alpes et les Pyrénées, avait limité les forces qui ont agi sous la chaîne des Andes et de l'Himalaya , sous Mowna-Roa et le Pic de Ténérifïï'. Pourquoi ne découvrirait-on pas un jour, au nord de l'Himalaya, entre cette chaîne et celle du Zungling ou entre la chaîne du Zungling et celle de Thianschan ou Montagnes cé- lestes , des sommets qui seraient supérieurs au Dhawa- lagiri *comme celui-ci l'est au Chimhorazo, et le Cliim- borazo au IMont-BIanc ? Même les êtres organisés nous offrent cette variété prodigieuse de grandeur. Lorsque je fis connaître la fleur de ï Aiistolochia coidiflora de 18 pouces de diamètre , on ne se doutait pas de l'exis- tence du Rajjlesia dont la fleur a 3 pieds d'ouverture. Aux yeux du géologue qui ne perd pas de vue les masses et la configuration générale du sphéroïde terrestre , la hauteur des montagnes est mi phénomène peu impor- tant : il ne voit dans les maxima de fait(;s des Pyrénées, des Alpes, des Cordillères et de l'Himalaya , qu'une série de termes qui croissent comme les nombres i. i -. 2 et 2 -. Je m'arrête aux points culminans de chaque système , car la hauteur mojennc des lignes défaites, déterminée par la hauteur moyenne des cols et des passages, est une idée abstraite, et même assez vague lorsqu'il y a groupement de montagnes et non une chaîne continue. M. Ramond , qui , dans toutes les branches des sciences ( 236 ) physiques qu'il a traitées, s'est toujours élevé à des vues générales, avait déjà observé que le faîte des Pyrénées n'est guère plus bas que la hauteur moyenne des Alpes, et que ce qui caractérise cette dernière chaîne est la grande élévaiion relative de ses sommets , c'est-à-dire le rapport de ces sommets à la hauteur moyenne de la ligne de faîte. D'après mes recherches cette hauteur moyenne égale dans les Andes les points culminans des Pyrénées-, dans l'Himalaya, les points culminans des Alpes. La géognosie a ses élémens Jiumériques comme toutes les sciences qui traitent de la configuration et de l'éten- due des chaînes de montagnes et des bassins, de la dis- tribution des êtres organisés , des causes qui modifient les inflexions des lignes isothermes. Dans un Mémoire géologique, que j'aurai bientôt l'honneur de présenter à l'Académie, j'exposerai quelques propriétés remarqua- bles de ces élémens numériques -, relatives aux points cul- minans et à l'aire de la section horizontale des chaînes. Il suffit d'annoncer ici que le rapport de la hauteur moyenne des crêtes est à celle des cimes les plus élevées dans les Pyrénées comme i : \ \, dans les Alpes = 1:2, dans les Andes et l'Himalaya —i:\-h- K» Amé- rique un seul système de montagnes, celui des An- des, réunit dans une zone étroite et longue de trois raille lieues, tons les sommets qui ont plus de 2700 mètres de hauteur , tandis qu'en Europe, même en con- sidérant (d'après des vues trop systématiques) les Alpes et les Pyrénées comme une seule ligne de faîte , on trouve encore sporadiqueuient bien loin de cette ligne ou arèti; principale ( dans la Sierra-Nevada de Grenade, en Sicile , en Grèce, dans les Apennins, peut-être aussi ( ^'h ) en Portugal) , des cimes de 1900 et 35oo mètres de hau- teur. Cette distribution inégale des points cuhninans , tantôt isolés ou sporadiques au milieu des bassins des mers et des plaines conlinenlales, tantôt réunis en groupes ou alignés par files, a des rapports avec la forme et la masse des terres qui ( en les comparant au fond de l'O- céan) ne sont elles-mêmes que de vastes plateaux. Si la hauteur des pics olTre peu d'intérêt au géologue , il n'en est pas de même des évaluations du volume des arêtes comparé à l'étendue de la surface des basses régions. Cette partie de l'Orographie , sur laquelle mes sections verticales jettent quelque jour, est même de beaucoup d'importance dans les recherches de la Mé- canique céleste. M. de Laplace a fait voir récemment « que l'harmonie qu'offrent les expériences du pendule avec raplatissemént donné par les mesures des degrés ter- restres et les inégalités lunaires, prouve que la surface serait à peu près celle de l'équilibre, si cette surface devenait fluide. Il suit de cette concordance des résultats que la pe- tite profondeur moyenne des mers doitêtredu même ordre que la hauteur moyenne des continens et des îles (i). » Or cette hauteur moyenne dépend bien moins de ces chaî- nons ou arêtes longitudinales de peu de largeur, de ces points culminans ou dômes qui attirent la curiosité du vulgaire, que de la configuration générale des plateaux, de ces plaines doucement ondulées et à pentes alterna- tives, qui influent, par leur étendue et leur masse, sur la position d'une surface moyenne, c'est-à-dire sur la hauteur d'un plan placé de manière que la somme des ordonnées positives soit égale à la somme des ordonnées (ij Mécanique celesie , tom. V., p. i4- ( 238 ) négatives. La géographie physique , de même que la mé- téorologie et la connaissance des climats, ne peuvent faire des progrès qu'à mesure que l'on considère les pliéno-- niènes dans leur ensemble , et que l'on se déshabitue d'attacher trop d'importance soit aux jwints culminans qui se trouvent isolés sur une ligue de faites, soit cà ces extrêmes de température qu'atteint le thermomètre pen- dant un seul jour de l'année. Seconde partie. J'ai exposé dans la première partie de ce Mémoire les avantages que présente la méthode graphique des sec- tions verticales lorsqu'on l'applique à une grande étendue de pays-, j'ai rappelé que ce genre de projection seul, trop long-temps négligé , peut fournir uue connaissance précise de la hauteur moyenne des continens et des îles , élément qui n'est pas sans intérêt pour la IMécanique céleste, et que les observations du pendule semblent lier à la connaissance du maximum de la profondeur de la mer. J'ai fait voir en même temps : i"^. Que cette hauteur moyenne des continens, d'a- près les recherches que j'ai pu faire jusqu'aujourd'hui , a pour nombres limites 120 et 160 mètres; 2°. Que les opérations géodésiques faites sur le pla- teau du Seharanpoor prouvent indubitablement qu'un des sommets de la ligne de faite de l'Himalaya (le pic Ja- wahir), situé à l'ouest du Lac Manassarowar, surpasse de 676 toises le point culminant des Andes ; 30. Qu'il existe dans la même chaîne de l'Himalaya , mais au sud-est du Lac Manassarowar , un autre sommet , appelé par les indigènes la Montagne-Blanche ( Dhawa- lagiii), qui est plus élevé encore que le Javrahir ( 2^9 ) 4**. Que deux mesures de ce Mont-Blanc deTInde , faites en différeijtes stations et à diverses époques, ont donné, à 12 toises près, la même hauteur prodigieuse de 4390 toises-, mais que, malgré cette concordance, sans doute accidentelle , le Dbawalagiri n'est pas mesuré avec la même précision que le Jawahir , la longueur de la base à laquelle s'appuyaient les angles , n'ayant été déter- minée que par des moyens astronomiques j 5°. Que pour croire que le Jawahir ne surpasse pas le ■Chimborazo en hauteur, on est forcé d'admettre un coefficient de réfraction terrestre qu'il serait absurde de supposer même dans le nord de l'Europe ; 6°. Que dans plusieurs parties de l'Inde la valeur du coefficient de réfraction a été déterminée par des observations réciproques; que ce coefficient, dans les basses latitudes et sur les plateaux du Nepaul, est gé- néralement de ~- à -^, et qu'en supposant les li- mites extrêmes de -^ et de -^- , la hauteur du Pic Ja- wahir ne changerait encore que de l'iG mètres, c'est-à- dire de y'- de la hauteur totale, erreur qu'on ne peut considérer comme très-considérable, si l'on se rappelle que les opérations faites par des astronomes justement célèbres à différentes époques et à différentes distances, pour déterminer la hauteur du ÎMom-Rose, varient de ^ de la hauteur (i) mesurée, et s'éloignent par con- séquent de beaucoup, malgré l'habileté des observateurs, de la grande concordance trouvée récemment pour le Mont-Blanc entre les observations de MM. Tralles, Car- lini, Corabceuf et L'Ostende. 7*^. Que toute mesure géodésique d'une chaîne de (i) If^elden, 3Ionographie des Mont- Rosa, T s4 , pag. 20. ( ^4o ) montngncs située dans l'intérieur d'un continent, étant par sa nature en partie géométrique , en partie baromé- trique, il est important de connaître le rapport de ces deux élémens , qui varie généralement avec la petitesse des angles de hauteur ; mais que dans la déterminatiou des sommets de l'Himalaya, la mesure barométrique, fondée sur l'emploi simultané de six baromètres et d'un grand nombre d'observations correspondantes (à Seha- ranpoor et à Calcutta), ne porte que sur une hauteur de 3oo mètres. 8°. Que les points culminans ou les maxima des lignes de faite des principales chaînes de montagnes en Eu- rope, en Amérique et en Asie, sont comme les nombres 10, 14^ 18, 24 1 c'est-à-dire qu'ils suivent à peu près une progression par différences dont la raison est un demi, mais que dans les sept chaînes des Alpes, des Andes, de l'Himalaya , du Caucase , des Alleghanis et de Venezuela , le rapport des crêtes aux sommets, c'est-à-dire le rap- port entre la hauteur moyenne des faîtes et les points culminans, est très-régulièrement comme 1 à i -^ ou comme un à deux. La masse des Hautes-Pyrénées est généralement plus élevée que celle des Hautes-Alpes, quoique la hauteur des pics dont les Pyrénées sont do- minées soit de beaucoup inférieure. En calculant la hau- teur moyenne de vingt-trois passages mesurés avec beau- coup de précision, j'ai trouvé pour les Pyrénées 1217 toises, pour les Alpes seulement 1168 toises ou 49 toises de moins. Les passages ou cols appelés jiorts ou lioiir- . Des échantillons des Granwackes schisteuses à Pro- duclus et du calcaire à cncrines de Carslille. Ces roches sont exactement celles de l'EifTel et du calcaire métal- lifère d'Angleterre -, 3*. Des échantillons du calcaire à cncrines anglais des bords du lac Huron et de Charlotte-Head sur le lac Champlain. Ces calcaires sont gris -noirâtres ou noirs , présentent des Madrépores branchus , dcsProduclus, des Trilobites, etc., et sont minéralogiquement les mêmes ro- ches que celles du calcaire à cncrines d'Angleterre. Il paraît que cette formation intermédiaire récente est très- répandue dans le nord des Etats-Unis , et près de plu- sieurs des grands lacs américains (i). Néanmoins quelques géologues paraissent enclins à y annexer, à tort, quelques parties des calcaires jurassiques du grand bassin du Mississipi. (t) f^oyez à ce sujet les exccllens Mémoires de Bigsby clans le journal Silliman. — 1824' ( ^57 ) Mémoire sur le mode d'action des nerfs pneumo-gas- tïiques dans la production des phénomènes de la Digestion, Par mm. Breschet et H. Milnf. Edw;aiid.s. (Lu à la société Philomatique dans la séance du 19 février i8a5. ) Dans un Mémoire que nous avons pre'senté à la so- ciété, il y a environ un an, nous avons cherclic à dé- terminer quelles pouvaient être les causes des différences d'opinion relativement à l'influence du système nerveux sur la production des phénomènes de la digestion. Cette question nous paraît être maintenant décidée; car d'a- près les résultats que nous avons obtenus , il devient facile d'expliquer comment des physiologistes , dont les talens pour l'observation sont trop bien connus , pour qu'on puisse les soupçonner de s'être trompés sur les faits qu'ils avaient constatés , ont cependant déduit de leurs expériences, des conclusions diamétralement op- posées. En effet , M. de Blainville , à qui nous devons les premières recherches sur ce sujet, pense que la section des nerfs de la huitième paire anéantit les forces di- gestives ; MM. Legallois , Dupuy, Wilson Phihp , Mac- donald , Clarke, Abel , Hastings , etc. , adoptent tons cette opinion, d'après des expériences dans lesquelles chacun de ces physiologistes avait vu la section de ces nerfs être suivie de la cessation des phénomènes de la digestion. La proposition contraire semblait être tout aussi bien établie, car M. Magendie, ainsi que plusieurs autres Tome IV. 17 ( a58 ) expérimentateurs, ont vu les animaux sur lesquels on avait pratiqué celte opération , digérer complètement les alimens qu'on leur avait fait manger immédiatement avant de couper les pneumo-gastriques de l'un et de l'au- tre- côté du cou. Tel était à peu près l'état de la question, lorsque nous fimes, conjointement avec le docteur Vàvasseur , une série d'expériences , qui parait fournir une explication satisfaisante de ces différences. En efl'et nous avons cons- taté que la section des nerfs de la huitième paire avec perte de substance, de même que la destruction d'une certaine portion de la moelle épinière, lenarcotisme, etc., ralentissent considérablement le travail digestif, mais ne l'arrt'tent pas complètement. Ainsi lorsqu'on fait l'ex- périence sans avoir, pour servir de terme de comparai- son , un autre animal de la môme espèce , qu'on fait manger en même temps, et qu'on place autant que pos- sible dans des conditions semblables, mais sans lui cou- per les pneumo-gastriques, il est bien difficile d'appré- cier d'une manière exacte l'influence de cette section sur la digestion; et suivant qu'on tue l'animal sur lequel on l'a pratiquée plus ou moins long-temps après l'opération on trouve les alimens contenus dans son estomac, ou dans leur état naturel , ou ayant déjà subi les modifi- cations qui caractérisent la chymiGcation. Par exemple, si après avoir fait manger de la, viande à un chien, on lui fait la section avec perte de substance des deux nerfs pneumo-gastriques , et que six heures après cette opé- ration on le tue, on trouve les alimens dans son estomac à peu près tels qu'ils étaient avant d'y être ingérés. Il ne faut pas cependant conclure de-là , que la section de ces cordons nerveux arrête tout travail digestif, car si I ( 259 ) on a eu la précaïuion de faire rexpérience comparative dont nous venons de parler , on trouve que dans rani- mai sain, la viande, quoique plus altérée que dans le cas précédent, est loin d'être digérée. Si on répète ces deux expé;*iences, mais seulement en laissant vivre les animaux quelques heures de plus, on trouve des diffé- rences bien plus grandes ; car il est probable que dans l'animal sain l'estomac sera vide et la digestion com- plètement terminée , tandis que dans celui dont on a coupé les nerfs' de la huitième paire, le bol alimentaire sera altéré à la vérité ^ mais c'est principalement à sa surface et vers le pilore qu'il sera converti en une subs- tance pulpeuse et homogène : les morceaux qui se trou- vent au centre de la masse conserveront encore leur aspect fibreux et leur couleur naturelle. Enfin, si on laisse écouler un espace de tetjips plus grand encore en- tre l'opération et la mort des animaux, on pourra trouver que la digestion est complètement achevée dans l'un comme dans l'autre cas. Cette dernière expérience prouve certainement que la section des nerfs pneumo-gastriques avec perte de substance, n'arrête pas complètement la chymification , ainsi que le pense M. Wilson Philip, etc. ; mais d'un autre côté, il ne faut pas en conclure que ces nerfs n'exercent pas une influence très-marquée sur la pro- duction des phénomènes de la digestion. Il est au con- traire évident que cette opération de même que toute autre cause susceptible de diminuer la somme de l'in- fluence nerveuse transmise à l'estomac, ralentit le tra* vail dont cet organe est le siège. Mais les différences sur lesquelles cette proposition est fondée, ne pouvaient être constatées qu au moyen des expériences compara- '7^ ( 'iÔO ) tîves dont nous venons de parler, et que nous avons faites en grand nombre sur des chiens , des lapins, des codions d'Indo, des chevaux, etc. En examinant au contraire la question d'une manière absolue, comme on l'avait fait jusqu'ici , il était presque impossible de les apprécier. On avait cherché à déterminer si la section de ces nerfs dé- truisait la faculté digestive ou ne la détruisait pas. D'après nos expériences nous sommes arrivés à un ré- sultat qui tient le milieu entre ceux déjà obtenus, car, ainsi que nous l'avons dit, ce travail est considérable- ment ralenti , lors de cette opération, sans être complète- ment arrêté. Ce fait une fois bien établi, il devenait nécessaire d'examiner la nature de l'influence qu'exercent les nerfs de la buitième paire sur la digestion 5 dans cette vue nous avons cberché d'abord jusqu'à quel point un cou- rant électrique peut contrebalancer les effets résultans de leur section avec perte de substance. M. Wilson Phi- lip , qui le premier fit ce genre d'expérience, avança que par ce moyen on peut rétablir le travail digestif. Mais comme ce physiologiste pensait que la section de ces nerfs arrêtait complètement les phénomènes qu'elle ne fait réellement que ralentir , nous avons cru devoir revenir sur ces expériences, ayant soin d'avoir toujours , pour servir de terme de comparaison , des animaux dont on avait seulement coupé les nerfs pneumo-gastriques , et d'autres sur lesquels nous n'avions pas pratiqué cette opération, mais qui du reste étaient placés les uns et les autres dans les mêmes circonstances : nous espérions par ce moyen pouvoir mieux apprécier jusqu'à quel point un courant électrique transmis à l'estomac par l'extré- mité inférieure du nerf coupé , pouvait suppléer à l'in- ( -^61 ) fluence nerveuse : question qui se rattache à des consi- dérations d'une trop haute importance en physiologie pour ne pas mériter toute notre attention. La série d'expériences que nous avons faites à cette occasion confirme encore ce que nous avions déjà ob- sei'vé , savoir : que la section des nerfs de la huitième paire avec perte de substance , diminue considérable- ment l'action digeslive de l'estomac. Elle nous a égale- ment démontré qu'au moyen de l'influence électrique on peut rétablir l'activité de cette action, et convertir en chyme les alimens contenus dans l'estomac , avec presqu'autant de rapidité que dans l'état naturel. Enfin nous avons reconnu aussi que la position des pôles de la pile n'influe pas sur le résultat obtenu. Ces expérfences , ainsi que celles faites par plusieurs savans sur la contraction musculaire, semblaient mon- trer une analogie des plus grandes entre les effets pro- duits par l'influence nerveuse et ceux qu'on obtient à l'aide d'une pile galvanique. Et comme on est toujours porté à attribuer la production de phénomènes sembla- bles à la même cause , ces expériences paraissent devoir rendre encore plus probable qu'elle ne l'était déjà , l'o- pinion que l'influence nerveuse est de la nature de l'é- lectricité. Dans l'intention de voir jusqu'à quel point il était pos- sii)le de pousser cette analogie, et tant que cela était du ressort de notre sujet principal , nous avons essayé si après la section avec perte de substance des nerfs pneu- mo-gastriques , ce qui diminue beaucoup l'activité des forces digeslives , on pouvait rétablir dans son état nor- mal ce travail ainsi ralenti, en établissant la communi- avion entre les extrémités supérieures et inférieures. ( .Ga ) des nerfs coupés, à l'aide des corps, bons conducteurs de l'électricité. Après plusieurs essais rendus infructueux par la difficulté de fixer convenablement les conducteurs chez des animaux de la taille des chiens ordinaires, nous sommes parvenus à surmonter ces obstacles dans l'ex- périence suivante, pour laquelle nous avions eu le soin de choisir des chiens de la plus grande taille. Ayant fait jeûner trois de ces animaux pendant vinçt- quatre heures , afin que leur estomac ne pût plus con- tenir des restes de la digestion précédente, nous avons fait manger à chacun une quantité à peu prèrs égale de tripes cuites, coupées en gros morceaux. Sur l'un de ces chiens nous, avons fait seulement la section avec perte de substance des deux nerfs de la huitième paire à la ré- gion du cou. Sur le second nous avons pratiqué la même opération, et ensuite nous avons introduit les deux ex- trémités de chaque nerf dans des cylindres faits avec du fil de cuivre tourné en spirale. Pour empêcher le déplacement de cet appareil , et des extrémités des nerfs, nous avons fixé ces derniers aux conducteurs métalliques en les traversant de part en part à plusieurs reprises avec un fil du même métal, mais plus mince, et ensuite nous avons l'éuni les bords de la plaie à l'aide de quelques points de suture. Enfin le troisième chien fut laissé in- tact pour servir de terme de comparaison. Douze heures après l'opération on tua ces animaux. Celui sur lecpiel on avait pratiqué la section avec perte de substance des deux pneumo-gastriques, sans avoir ensuite rétabli la continuité au moyen de conduc- teurs métalliques, avait dans l'estomac une masse con- sidérable d'alimens , présentant pi'esque le même aspect qu avant d'avoir été mangés, et dont la surface seule- ( 263 ) nieat était couverte d'une couche miuce de substance pulpeuse et grisâtre. Les morceaux de tripes qui se trou- vaient au centre de la masse, quoique ramollis, étaient assez secs et avaient encore leur couleur et leur forme naturelles. Les parois de l'estomac étaient lisses et sans plis. Enfin les vaisseaux chylifères étaient vides. Dans le chien qu'on avait laissé intact, et qui servait de terme de comparaison , l'estomac contenait une pe- tite quantité d'alimens Irès-ramassés , et une grande quantité de chyme mêlé à de la bile. Les parois de ce viscère étaient ridées et contractées. Leg vaisseaux lactés étaient gorgés de chyle. L'animal sur lequel nous avions rétabli la continuité entre les deux extrémités des nerfs coupés à l'aide de fils bons conducteurs de l'électricité , avait dans l'estomac un peu de tripes ramollies et Irès-altérées , et beaucoup d'alimens réduits en une substance pulpeuse et homo- gène. Les parois de ce viscère étaient également ridées, et couvertes d'une couche épaisse de chyme. Enfin les vaisseaux lymphatiques du mésentère étaient remplis de chyle. Nous voyons donc que dans cette expérience la diges- tion n'avait fait que peu de progrès dans le chien dont on avait coupé les nerfs pneumo-gasti'iques , avec perte de substance , sans établir entre les deux extrémités une continuité artificielle -, tandis que dans celui auquel on avait adapté des conducteurs métalliques, qui se por- taient des extrémités supérieures de ces nerfs à leurs bouts inférieurs, la digestion était presque complète, et paraissait être tout aussi avancée que celle du chien qu'on n'avait point opéré, et qui , par conséquent, était l'ans l'état naturel. ( ^64 ) Pour nous assurer que ce phénomène curieux n'élaic point l'effet du hasard , nous avons répété ces expérien- ces un grand nombre de fois , et nous en avons rendu témoins plusieurs personnes accoutumées à ce genre de recherches. MM. Prévost de Genève , Ségalas , Bo- gros , etc., assistèrent à une de ces séries d'expériences , et confirmèrent, par leur assentiment, le jugement que nous avions déjà porté. 11 est dont évident qu'en réunissant, par l'intermé- diaire d'un corps métallique , les deux extrémités cou- pées des nerfs de la huitième paire, on peut activer le travail de la digestion au point de rendre la chymifîca- tion presqu'aussi rapide que dans l'état naturel , tandis que sans cela il aurait été considérablement ralenti par suite de la section : effet semblable à celui qu'on obtient en faisant passer à travers l'extrémité inférieure de ces nerfs un courant électrique. Pour expliquer ce phénomène , il fallait supposer que l'influence nerveuse peut être transmise par des conduc- teurs métalliques, de même qu'un courant électrique -, ou que ces mêmes conducteurs , placés en contact avec les parties de l'animal, agissaient en développant de l'électri- cité -, ou enfin, que l'irritation occasionée par la présence de ces fils métalliques , dans le bout inférieur du nerf, est la cause de ce phénomène , de même qu'un stimulant chimique ou mécanique, agissant sur un nerf qui se rend aux muscles de la locomotion , détermine la con- traction de ces derniers. C'était ce qu'il fallait décider par la voie expérimentale. Pour y parvenir, nous avons comparé dans ime nou- velle série d'expériences les effets qu'on obtient, i" pr la section avec perle de substance des nerfs pneumo- ( 265 ) gastriques ; 2" par le rétablissement de la continuité après cette opération , au moyen de corps bons conduc- teurs de l'électricité ; et 3° par le même procédé , en employant seulement comme corps intermédiaire un des plus mauvais conducteurs de l'électricité , tels que de la baleine ou du verre. Dans toutes ces expériences , nous avons constamment observé des différences très- marquées entre les progrès de la digestion , chez les animaux dont les pneumo -gastriques avaient été seule- ment coupés avec perte de substance, et ceux chez les- quels on avait réuni les extrémités des nerfs coupés à l'aide d'une substance intermédiaire. Mais il n'y avait aucune différence sensible , lorsqu'on employait à cet usage des fils de platine ou de cuivre , des lames d'étain, ou bien des tiges de verre fixées avec des fils de soie. Il paraissait donc probable que les phénomènes que nous avons signalés plus haut , ne dépendaient point de la transmission de l'influence nerveuse à travers ces corps , comparativement bons et mauvais conducteurs de l'é- lectricité. Mais afin de ne laisser aucun doute à cet égard, nous avons répété encore une fois ces expérien- ces , en les modifiant de la manière suivante : après avoir placé les conducteurs métalliques , et y avoir fixé les extrémités des nerfs coupés , nous avons pratiqué de chaque côté une seconde section entre l'extrémité supé- rieure du nerf et le cerveau , de manière à intercepter toute communication entre ce centre nerveux et la pe- tite portion du nerf fixée à l'extrémité supérieure du conducteur. Si dans ce cas la digestion était ralentie , comme lors de la simple section avec perte de substance de ces nerfs, il en résulterait que le rétablissement de ce travail dans toute son activité , ainsi que nous l'avons vu ( 266 ) dans les expériences précédentes, dépendrait de la trans- mission de l'influence nerveuse à travers ces corps étran- gers , tandis que si cette seconde section n'apportait aucune diflérence dans le résultat de l'expérience , cette explication deviendrait aussitôt inadmissible. C'est eu effet ce que nous avons constaté à plusieurs reprises. Ainsi , il ne nous reste qu'à savoir si les phé- nomènes que nous avons observés, et qui ressemblent exactement à ceux qu'on obtient en employant la pile galvanique , dépendent de l'électricité développée par le contact des conducteurs sur le nerf, ou bien de l'excita- tion mécanique de ce dernier. Pour résoudre cette ques- tion , il importait de comparer les effets obtenus par l'é- lectricité et l'application des fils métalliques, avec ceux qu'on obtiendrait en irritant mécaniquement l'extrémité inférieure du nerf coupé. Pour remplir cette dernière condition , nous avons attaché quelques brins de fil au- tour des nerfs au-dessous de la section , et nous les avons fixés par ce moyen aux muscles voisins , de manière à les tirailler un peu , surtout lorsque l'animal faisait quel- que mouvement. Ayant tué les animaux sur lesquels nous avions fait ces expériences comparatives , im certain nombre d'heu- res après l'opération , nous avons trouvé que dans celui dont nous avions simplement coupé les pneumo-gastri- qucs avec perte de substance, les alimens n'étaient ré- duits en pulpe qu'à la surface, les parois de l'estomac étaient llasques et lisses, et les vaisseaux chylifères étaient vides. Dans l'autre, chez lequel les extrémités inférieures des nerfs coupés étaient fixées aux muscles voisins , de manière à les tirailler continuellement, sans cependant changer leurs rapports naturels, la digestion était au ( 267 ) conlraiie aussi avancée que lorsqu'on emploie la pile gal- vanique. En effet, la masse alimentaire était en grande partie réduite en pulpe, et les vaisseaux lactés étaient lemplis de chyle 5 enfin, les parois de l'estomac étaient contractées et froncées. Cette expérience , qui nous paraît concluante , a été répétée plusieurs fois avec le même succès. Toujours l'irritation mécanique du bout inférieur du nerf déter- minait, mais d'une manière moins prononcée , les effets que nous avions déjà obtenus à l'aide de l'électricité. Tels sont les faits que nous nous proposions de corn- niuniquer aujourd'hui à la société, mais avant de ter- miner ce mémoire, nous nous arrêterons un instant sur les conséquences qu'on peut en tirer. Nous voyons que la section des nerfs pneumo-gastri- ques avec perte de substance, raknlit le travail digestif sans l'arrêter complètement 5 et qu'après cette section on peut rétablir l'activité normale de l'estomac et rendre les altérations que subissent les alimens aussi rapides que dans l'état naturel , à l'aide d'un courant électrique. Mais nous voyons aussi que cela ne dépend pas de l'influence chimi- que de cet agent sur les alimens ; car les phénomènes qu'il détermine peuvent également être produits par un stimulant purement mécanique , et les résultats que l'on obtient par l'un et l'autre de ces moyens sont identiques. Il en est de même ici que pour la contraction des mus- cles qui peut être déterminée par l'application de sii- mulans chimiques ou mécaniques sur les nerfs qui se rendent à ces parties, ainsi que par le contact de corps qui produisent un coui'ant électrique. Aussi pouvons - nous conclure que toujours ces divers stimulans agis- sent de la même manière. ( 268 ) Qua% à la nature de l'influence qu'exercent les nerfs pneumo-gastriques sur les phénomènes de la digestion , il me paraît bien probable que leur action détermine la contraction des fibres musculaires de l'estomac, etc., et que les mouvemens ainsi produits activent la cliymifica- tion en renouvelant la surface du bol alimentaire qui se trouve en contact avec les parois de l'estomac. Loi'squ'on fait la section de ces nerfs on paralyse la couche mus- culaire de ce viscère , et par suite du défaut de mouve- mens qui en résulte , les alimens conservent toujours les mêmes rapports , et ne peuvent être transformés en chyme que successivement de la surface de la masse vers son centre. Lorsqu'après cette section on irrite le bout inférieur du nerf soit à l'aide de l'électricité , soit à l'aide d'un sti- mulant mécanique, on détermine la contraction des fibres musculaires de l'estomac, de même qu'on détermine celle des muscles de la locomotion en agissant de la même manière sur les nerfs de ces organes. C'est à ce phéno- mène que l'on doit attribuer l'accélération du travail di- gestif qui résulte de l'emploi de ces divers moyens. Dans ces cas, ainsi que nous l'avons observé plus haut, on trouve , après la mort des animaux , les parois de l'esto- mac contractées et rugueuses, de même que chez les ani- maux sains, tandis que dans ceux à qui on a seulement coupé les nerfs de la huitième paire , ces mêmes parois sont flasques , lisses et sans plis. Une expéi'jence que nous avons faite sur des chevaux el qui est consignée dans notre premier Mémoire , vient encore à l'appui de celte opinion. Ayant fait manger de l'avoine à trois chevaux , nous fîmes sur l'un d'eux la section des nerfs de la huitième paire 5 sur un autre ( -^Gq ) nous pratiquâmes la même opération , et ensuite nous fîmes passer, par l'extrémité inférieure du nerf coupé un courant électrique continu pendant toute la durée de Texpérience 5 le troisième clieval fut laissé intact. Huit heures après l'opération on tua ces trois animaux. Celui a qui on avait seulement fait la section, des pneumo-gas- triques avait l'estomac distendu par des alimens très-peu altérés, et on n'en trouvait point dans les intestins grêles ni dans le coecum. Dans les deux autres, au contraire, il n'y avait presque plus d'avoine dans l'estomac ; mais on en trouva dans le cœcum une grande quantité mêlée avec des débris de la même substance. Si l'on attribuait l'accélération de la digestion pro- duite par le passage d'un courant électrique à travers le bout inférieur du nerf à l'action chimique de cet agent sur les alimens , il serait assez difficile d'expliquer comment la position des pôles de la pile n'influerait pas sur le résultat de l'expérience, fait que nous avons cons- taté , et dont il a été fait mention plus haut. En effet si la séparation des principes qui constituent le chvme dépendait alors de l'action électrique, comment se fe- rait-il que les mêmes phénomènes se produisent lors- qu'on place soit le pôle négatif, soit le pôle positif, en communication avec le nerf, et le pôle opposé en com- munication avec les intestins ou d'autres parties voisines. En attribuant au contraire les effets dont nous venons de parler à l'excitation de la contraction des fibres mus- culaires de l'estomac, cette difficulté n'existe plus. Cette manière d'envisager la question nous explique aussi la cause des vomissemens qui surviennent si fré- quemment après la section des nerfs de la huitième paire , sans qu'il soit nécessaire , pour le faire, d'avoir recours ( 270 ) aux sympathies dont on parle tant en médecine, et qu'on connaît si peu. En efi'et les fibres musculaires de l'œso- phage, de même que celles de l'estomac, reçoivent des filets de ces nerfs ; aussi doivent-elles être également paralysées par suite de l'opération. Or, il est évident qu'a- lors les alimens ye trouvant pas d'obstacle à leur sortie par l'ouverture cardiaque, doivent être rejetés au-dehors, pour peu que l'animal contracte avec force les muscles de l'abdomen : ce qui, d'après les expériences de M. Ma- gendie sur le vomissement, suffit même dans l'état ordi- naire pour vaincre la résistance que l'œsophage oppose à la sortie des matières contenues dans l'estomac. Cette compression peut donc à plus forte raison suffire poui- dé- terminer le vomissement lorsque cet obstacle n'existe plus. Les expériences dans lesquelles nous avons fait passer un courant électrique à travers l'extrémité infé- rieure du nerf coupé , confirment ce que nous venons de dire , car alors nous n'avons jamais observé de vomisse- mens. Du reste la paralysie de l'œsophage, à la suite de cette opération, avait déjà été constatée par M. Dupuy. Nous croyons donc pouvoir conclure : 1°. Que la section des nerfs de la huitième paire re- tarde considérablement la transformation des alimens en cliyme sans l'arrêter. a**. Que ce ralentissement dans le travail digestif dé- pend principalement de la paralysie des fibres muscu- laires de l'estomac. 3°. Que les vomissemens qui surviennent souvent après celte section , dépendent de la paralysie des fibres mus- culaires de l'œsophage. 4°. Que le rétablissement de l'activité de la chymifî- cation après cette section , à l'aide d'un courant éleclri- ( 271 ) que, ne dépend pas de Taclion chimique de cet agent, mais bien de ce qu'il détermine les mouvemens néces- saires pour renouveler la surface du bol alimentaire, et mettre tour à tour toutes les parties qui le composent en contact avec les parois de l'estomac. 5°. Qu'à l'aide de l'irritation mécanique du bout in- férieur du nerf, on obtient des résultats analogues. Nous sommes donc portés à croire qu'une des fonc- tions principales des nerfs pneumo-gastriques, considérés seulement comme faisant partie de l'appareil digestif, est de présider aux mouvemens de l'eslomac, mouvemens qui accélèrent la digestion en facilitant le contact du suc gastrique avec les diverses parties du bol alimen- taire. Sur la formation de V Embryon dans les Graminées ^ Par m. Raspail. (Lu à rAcadémie royale des Sciences , séance du 2 novembre 1824.) En m'occupant spécialement de l'étude des Grami- nées , je n'avais ni le projet de faire un travail sur la germination, ni par conséquent l'ambition de parvenir à une découverte quelconque , sur un sujet tant de fois exploité. Je m'étais imposé la tâche de ne rien préjuger, mais Je prendre note de tout; de ne me tracer aucune roule , mais de m'orienter à chaque instant, et de reve- nir sur mes pas autant de fois que l'exigerait le besoin de vérifier un fait , ou de constater un nouveau rapport. Ne connaissant les savans qui ont illustré cette partie de la science que par leurs ouvrages , c'est-à-dire que par leurs bienfaits, je me trouvais ainsi à l'abri du dan- i1-J1 ) ger de me créer d'avance , soit un adversaire à com- battre , soit une doctrine à professer ; de sorte que je suis d'autant plus en droit de réclamer l'indulgence et la bonne foi de la critique , que les erreurs que l'on pourrait trouver dans ce travail , ne sauraient être au- cunement attribuées ni aux illusions de l'esprit de sys- tème, ni aux écarts de l'une ou l'autre passion. J'aurais pu grossir ce Mémoire en multipliant les ci- tations des auteurs , et en décrivant les faits avec des dé- tails qui étaient inutiles à mon sujet ; je suis persuadé que mes lecteurs me sauront gré de la concision avec laquelle j'ai procédé à l'exposition des faits, et qu'ils ne pèseront que l'importance des preuves. § I. Paillette supérieure de la fleur des Graminées. (Pi. i3, fig. i.a.) On ne s'étonnera pas, je pense, de me voir com- mencer par une bractée , lorsque je dois parler de l'em- bryon. Les savans sont bien persuadés qu'aucune partie d'un être organisé n'est étrangère à une autre de ses parties , et que les organes qui semblent être placés à des distances énormes dans l'échelle des fonctions , sont souvent ceux qui ont entre eux la plus grande analogie, et qui s'expliquent le mieux les uns par les autres. La paillette supérieure des Graminées , c'est-à-dire celle qui alterne avec les écailles ou avec l'appareil des étamines , quand les écailles n'existent pas , est l'organe qui m'a fourni les premiers faits , et qui m'a , pour ainsi dire, tracé la route que j'ai suivie pour arriver à la solution du problème que je soumets à la critique des physiologistes. Cete paillette (pi. i3 , fig. t. «. ) est le plus ordinai- ( ^73 ) renient marquée de deux nervures placées plus près des bords que du centre , ou à une égale distance des uns et de Tautre. Quand ces deux nervures se sont présen- tées sons une forme bien prononcée et d'une couleur verte, la paillette a reçu le nom de bicarinée, dans les Bromiis, Festiica, Tjitïcum, etc. On a cessé de lui donner ce nom toutes les fois que les nervures , moins visibles et moins fortes , n'ont pas imprimé à la paillette (pi. i3, fig. 9.^ ) la forme désignée par la dénomination ; et on a dit qu'alors elle n'était pas bicaiinde , par ex. : dans les Phleum, Phalaris , ^grostt's, Lagurus , etc.-, de soine que le mot bicariné tendait moins à exprimer la cause qui , dans certaines circonstances, pouvait produire celte forme, qu'un efl'et accidentel d'une cause réelle et in- dépendante de ces circonstances. En conséquence , et comme la distinction introduite ne me semblait qu'une distinction du plus au moins ^ j'entrepris d'observer cette paillette dans tous les genres , et même sur toutes les espèces que j'avais sous la main, pour pouvoir mieux peser toute l'importance de ce caractère. (A.) Les Phalaris, les Phleum, les Agrostis , etc., en- fin tous les genres qu'on croyait n'avoir point de paillette bicarinée, furent bien reconnus comme possédant, ainsi que les Bromus et les Fesluca:, une paillette supérieure à deux nervures, qui, quoique non herbacées (pi. i3, f. 2^), n'en occupaient pas moins les deux parties latérales, ainsi qu'on le remarque dans les espèces qu'on appelait auparavant bicarinécs. Il est vrai qu'ayant à subir une pression moindre ou une pression nulle de la part de l'axe destiné à supporter une fleur supérieure ( pi. i j , fig. c),les paillettes de ces genres ne s'étaient pas com- primées ; et c'est là ce qui avait principalement servi à Tome IV. i8 ( ^74) induire en erreur. Je crus donc devoir changer cette dé- nomination comme ne désignant qu'une forme infini- ment variable , et en prendre une qui exprimât une organisation qui ne varie pas. J'ai" nommé cette paillette non pas binerviée , mais parinerviée ^ par opposition avec les autres bractées des Graminées , qui toutes sont munies d'une nervure impaire ou médiane. (B.) J'observai un autre groupe de genres disséminés dans les classifications , dont la paillette supérieure pos- sédait une nervure médiane verte et souvent carinée,soit sans autres nervures latérales, le Crjpsis; soit avec deux nervures latérales, le Cinna, VAsprella, etc. J'appelai ce groupe à paillette supérieure impariner- viée ,• ce qui , dans la classification que je méditais , for- mait deux ordres bien distincts et bien faciles à saisir. (C.) Il me restait à connaître la cause qui , dans une famille aussi homogène que la grande famille des Gra- minées, produisait pourtant dans les enveloppes floi^ales une telle différence d'organisation. A force d'examiner minutieusement la foule des individus que je décrivais , je constatai que toutes les fois que la locuste est multi- flore (pi. i3 , f. I ) , la paillette supérieure (a) de chaque fleur est parinervice; que dans le plus grand nombre des locustes décrites dans les auteurs comme uniflores, on rencontrait , à la base de la paillette supérieure , qui dans ce cas est parinerviée , le pédoncule d'une fleur avortée, par exemple : \ jigroslis spica venti L, , le Deyeuxia montana Palis, etc. Que dans les locustes à paillettes supérieures imparinerviées , on ne trouve ja- mais, à la base de la paillette , ni pédoncule avorté, ni pédoncule florifère : les genres Crypsis , Mibora , Cinna , Oryza, Zoysia, AntJioxanlhum , Asprella. C 275 ) (D.) Il me paraissait naturel de coîiclure de tous ces faits, que le pédoncule , soit avorté , soit florifère, était pris au détriment de la nervure médiane qui , par con- séquent, manquait dans la substance de la paillette pari- nerviée ; que cette nervure , an contraire, ne s'étantpas détachée dans les Crfpsi's , Cinna , de, non-seulement ces espèces étaient restées à paillette supérieure impari- nerviée, mais encore essentiellement uniflores. Ce n'était là qu'un aperçu 5 il fallait le poursuivre pour en faire une démonstration. Or, ces sortes de dé- tachement de nervures ne sont pas un fait inusité dans les autres bractées de Graminées; l'arête en est une preuve convaincante. Dans les espèces du même genre , on la voit se détacher de la substance de la valve ou paillette à des distances plus ou moins grandes. Cette arête est évidemment le prolongement d'une nervure médiane ; car , au-dessous de ce qu'on appelle l'insertion de l'arête , on voit l'existence d'une nervure bien caractérisée; au-dessus de l'insertion , au contraire, on ne voit plus qu'une lacune membraneuse. Or , qu'on examine deux individus de la même espèce , l'un à paillette mutique , et l'autre à paillette aristée ( V^- vena satiua dans ses deux variétés ); la paillette mutique sera partout imparinerviée , elle aura partout sept ner- vures ; la paillette aristée , au contraire , ne sera impa- rinerviée qu'au-dessous de l'insertion de l'arête ; et au- dessus de son insertion elle n'aura plus que six ner- vures. Sur le même individu, qui plus est, il m'a été facile d'observer que cette arête pouvait se détacher de plus en plus , à mesure que la fleur avançait en âge. Cette observation a été faite sur X^iro cœspitosa Lin. ( pi. 18'^ ( ^^7(i ) iS ,ï. i^ ). Sur certaines fltîurs tle cette espèce, l'arête se détachait à peine au sommet, et alors à travers le jour, on coniplait cinq nervures sur tonte la paillette. Dans d'antres fleurs plus avancées (art), l'arête se délacliait depuis le sommet jusqti'au milieu, et dans cet état on ne comptait cinq nervures qu'au-dessous de l'arête ; dans d'autres enfin, encore plus avancées, l'arête était basi- laire (a), et en la coupant, on ne voyait plus dans la paillette que quatre nervures. Cette paillette jouait ici évidemment le rôle d'une paillette supérieure qui aurait Al à sa base un pédoncule avorté. Elle avait la plus grande analogie avec la paillette supérieure de l'^p-ewa suhspicala, qui possède quatre nervures et un pédon- cule avorté. (PI. i3, fig. 17 bis a. ) (ET) Cette première induction me conduisait même un peu au-delà de ce que j'avais prévu ; j'étais en droit de conclure que l'arête elle-même n'était qu'un avor- ternent d'un axe qui aurait été pris aux dépens de la ner- vure médiane , et qu'un jour je pourrais rencontrer des (leurs dont la paillette inférieure, ainsi que la paillette supérieure, fournirait par sa nervure médiane un axe à d'autres fleurs. L'arête de VAira canescens L. ne me parait pas bien éloignée de cet état (pi. i3, f. 16). Vue à une lentille de deux lignes de foyer, sa painie inférieure («) paraît dure et cassante, non tordue, et assez semblable aux pédoncules des fleurs ou balles. L'articulation (b) , que jusqu'à présent on avait regardée comme hérissée de poils, n'est autre chose qu'une collerette de bractées triangulaires , et la partie supérieure à cette collerette (c) est transparente , en massue , assez comparable par sa forme et sa consistante à la plupart des balles restées à l'état rudimentaire. ( ^^77 ) J'avais besoin pouitaiit d'une preuve plus directe. Un Lolium compositum L, vint ni'offrir l'occasion de vé- rifier ma conjecture ; et j'i^vouerai francliemenl qne ce fut un beau jour pour moi que celui où je rencontrai celte variété du Lolium perenne à l'état frais. On sait que les individus de celle variété , sans per- dre les caractères du genre , semblent cependant se rap- procher des genres paniculés; et voici le mécanisme par lequel ils passent à cet état. Tantôt c'est la glume ex- terne qui se change en un axe qui supporte d'autres lo- custes ; tantôt l'axe principal donne naissance à d'autres axes-, et le plus souvent enfin, on voit du fond des lo- custes même partir dfs axçs qui supportent des locus- tes supérieures , du fond desquelles partent encore d'au- tres locustes, et ainsi de suite. Or, si on examine avec soin le point de départ de ces dei^niers axes , on verra facilement que leur base est insérée à la base d'une pail- lette. Si c'est à la base de la paillette inférieure, on p'a qu'à enlever cet axe de surcroit, pour s'apercevoir que la paillette qui le supporte a perdu sa nervure médiane, et que cette nervuie est remplacée par une large lacune membraneuse. Je donne ce fait comme un fait constant sur tous les épis qui se composent , les Lolium , les Tri- licum, les Hordeum , les Rottbœlla , etc., ainsi que je m'en suis convaincu par une foule d'observations qui ne manqueront pas de se représenter aux yeux des bota- nistes qui voudront les vérifier. Toute nervure médiane peut donc devenir axe ou pédoncule florifère. Je ne dois pas laisser sans réponse une objection peu importante , il est vrai , mais pourtant que certaines per- sonnes pourraient peut-être encore me faire. Ils attri- bueront l'absence de la nervure médiane dans la paillette ( --78 ) inférieure dont j'ai déjà parlé, et dans toutes les pail- lettes parinerviées , à la pression exercée par le nouvel axe qui part de leur base (i). Je répondrai premièrement : la pression dans les Vé- gétaux peut produire des empreintes , mais ne détruit jamais un vaisseau. Secondement : dans la supposition de l'objection , il arriverait une chose assez singulière ; c'est que l'organe le plus faible exercerait une plus grande pression que l'organe le plus robuste. Car le pédoncule que l'on voit à la base de la paillette pariner- viée ne se développe jamais que postérieurement à la paillette de la base de laquelle il part , ainsi qu'on peut s'en convaincre à la simple inspection des som- mités des locustes , dans lesquelles on voit des pédon- cules à l'état rudimentaire , quand la paillette qui les supporte a acquis tout son développement. Il serait bien plus naturel'de penser que si une pression devait dé- truire un organe , c'est la pression exercée par la ner- vure médiane de la paillette , qui eût dû détruire le pédoncule avorté. D'ailleurs lorsque la panicule est en- fermée dans la gaîne de la feuille supérieure du chaume, elle éprouve des pressions de tous les genres , et cepen- dant, une fois étalée et parvenue à la floraison , on n'observe aucune anomalie dans le nombre des nervures de ses paillettes. Enfin , et ce qui est péremptoire , vous trouverez des axes qui exercent des pressions fortes et non interrom- pues sur des paillettes , de la base desquelles ils ne par- tent pas ; par exemple : l'axe des Lolium, des Rottbœlla, (i) !M. Cassini;iv.iil adopte une exiilication peu diiléiente (Journ. de Physique); les. r.iisons que jVxposc la réfutent également. i ( 279 ) sur la paillette inférieure qui est adossée contre eux ; l'axe du Pharus contre la glume supérieure de la locuste 5 l'axe du Tragus contre la paillette infé- rieure , etc. Eli bien ! qu'on examine toutes ces pail- lettes ou glumes , et on leur trouvera toujours une nervure médiane. J'ose avouer ici que je n'ai pas en- core rencontré un fait contradictoire à ces preuves. Il est une objection plus plausible , et que j'ai plus à cœur de réfuter. En vérifiant la forme des paillettes des fleurs qu'on avait regardées comme uniflores , on m'opposera sans doute les paillettes supérieures des Agrostis vulgaris , des Phleum , des Panicum , des Pas- palum, Stipa, etc., qui sont parinerviées, et à la base desquelles pourtant on ne trouve point le pédoncule avorté qui se trouve à la base de V Agrostis spica vend Lin, , et qui devient florifère à la base des paillettes des Poa, Bromus, etc. Je répondrai que, d'un côté, il devient prouvé, sans crainte d'être démenti, que dans aucune fleur à paillette supérieure imparinerviée , on ne rencontre un pédon- cule à la base de la paillette. Que d'un autre côté , toutes les fois qu'on trouve un pédoncule soit avorté , soit florifère , la paillette qui le supporte est parinerviée. Qu'il est donc tout naturel de conclure que l'ab- sence du pédoncule sur certaines paillettes parinerviées doit s'attribuer , soit à un avortement complet , soit à la tendance qu'ont les fleurs de ce genre à se développer sur de très-courts pédoncules , et à paraître presque ses- siles. Les preuves de la solidité de cette explication se sont présentées en assez grand nombre dans le cours de l'é- lude que je poursuivais. ( -iSo ) Je citerai : i° un Achnodonton tenue Palis. , pris l'été passé au jardin de l'Ecole de Paris-, cliaque lo- custe renfermait deux fleurs semblables , également sessiles , la supérieure partant de la base de la paillette parinerviée de la fleur inférieure. 2°. Des individus de Panicum viride, pris aux en- virons de Paris, qui, outre la fleur inférieure unipa- léacée et la supérieure bermaphrodite , en possédaient une troisième berraapbrodite exactement semblable à la première, çessile comme elle, et insérée à sa base. 3°. Enfin un Paspalum, qui existe dans VHerb. maùrit. de M. Delessert, sous l'étiquette Panicum, île de France, mil. u. Agrost., LamJ(. Cet individu possède deux fleurs également conformées et également sessiles; la supé- l'ieure n'a d'autre diÛerence que la forme des étamines qui ont avorté. Je ne grossirai pas la liste de mes ci- tations ; et je me crois en droit de réduire mes résul- tats à ces trois tliéorèmes. 1°. Il n'y a de locustes essentiellement uniflores, que celles dont toutes les paillettes sont imparinerviées. 2°. La paillette parinerviée des fleurs de Graminées n'est pas un organe différent des autres enveloppes cali- cinales, et toute paillette peut devenir parinerviée comme elle. 6°. Enfin la paillette parinerviée dans les Graminées , provient du développement de sa nervure médiane, sous la forme d'arête ou d'axe florifère. § II. Des feuilles caulinaires. Il n'est plus possible de révoquer en doute aujour- d'hui l'identité des glumes et des paillettes avec les feuil- \ les qui entourent le chaume. La différence que l'on re- ( ••*«' ) marque entre leurs formes , ne vient que du plus ou moins de développement, et u'a d'autre origine que la plus ou moins grande proximité des organes de la fruc- tification 5 car toutes les fois que la locuste devient vi- vipare, on voit les paillettes s'allonger, multiplier le nombre de leurs nervures , et représenter parfaitement, dans cet état , un chaume quelconque commençant à pousser hors de terre. On voit même ces paillettes se munir d'une lame à l'instar des feuilles caulinaires : ce que j'ai particulièrement observé sur un Dactylis re~ . pens, conservé dans la belle collection que la noble obli- geance de M. Delessert tient ouverte à quiconque s'oc- cupe de botanique. Il est donc évident que les lois qui président à l'or- ganisation des paillettes, doivent présider aussi à l'orga- nisation des feuilles caulinaires : et que toutes les fois que je trouverai une feuille parinerviée, je serai en droit d'expliquer ce phénomène par la transformation de sa nervure médiane en axe (ou , si l'on veut, en chaume qui n'est qu'un axe plus développé ). La première feuille du boui-geon caulinaire , dont MM. Poiteau et Turpin avaient déjà aperçu l'analogie avec la paillette supérieure (pi. i3 , fig. i , «) , cette feuille , dis-je , ne sera parinerviée que parce que sa nervure mé- diane se sera transformée en axe, lequel aura acquis un plus grand développement d'organe , en acquérait un plus grand développement d'action. Celte vérité devient d'une évidence palpable dans les Graminées d'une certaine proportion. Dans le Zea mays, où cette feuille parinerviée acquiert un énorme développement, et reçoit dans ime large rainure le chaume qui s'en est détaché , cette feuille et ce chaume , ainsi adossés l'un contre l'autre, présentent admirable- ( 282 ) ment l'image d'une feuille dont la nervure médiane ne se serait pas détachée, et qui alternerait avec la feuille inférieure. Car il faut bien remarquer que le chaume fa, pi. i3, f. 4) alterne toujours avec la nervure mé- diane de la feuille inférieure (d), et que la gemme (b) se trouve placée entre la nervure médiane de la feuille in* férieure (d) , et l'axe ou chaume qui est inséré à sa base (a), ainsi que la pailleté parinerviée (pi. i3, f. i , a), se trouve toujours placée entre la paillette inférieure (b) et le pédoncule de la fleur suivante (c d). Que serait-il donc arrivé si la nervure médiane de la feuille primordiale de la gemme , au lieu de devenir chaume , était i-estée confondue avec la substance de la feuille même ? Il serait arrivé que le bourgeon se serait développé seul , qu'il n'y aurait pas eu de feuille pari- nerviée , mais bien une feuille imparinerviée alternant avec la feuille inférieure au bourgeon , et qu'enfin l'épi ou la panicule serait sortie du bourgeon seul , au lieu de sortir de la nervure médiane développée en chaume (i). Or , c'est précisément ce que l'on observe sur la por- tion du chaume qui supporte immédiatement l'épi fe- melle du Zea mays. Dans l'aisselle des feuilles nombreuses qui recouvrent l'épi en forme de spathe , on ne trouve aucun bourgeon , toutes ces feuilles se sont conservées dans leur intégrité 5 nulle nervure médiane n'a crû aux dépens de la tige- mère ; et l'épi renfermé dans les feuilles du bourgeon a pu se développer tout entier et sans obstacle. (i) M. Turpin , dans sou Mémoire ingénieux sur les Graminées, avait expliqué la forme de la feuille hicarinée , par la soudure de deux feuilles; l'ordre seul d'alternation , invariable dans cette lauiille, siillit pour détruire cette explication. ( =^83 ) Me voilà arrivé à l'objet principal de ce Mémoire ; car l'organisation des bourgeons caulinaires doit néces- sairement nous amener à Fétude du bourgeon primitif, je veux dire de celui de la graine. §. III. Bourgeon de la graine (pi. i3, f. 5,b d). Entraîné par la force des principes que j'ai dévelop- pés plus haut , je présumai d'avance que la feuille pari- nerviée (b) qui paraît la première hors de la graine dans l'acte de la germination , ne devait être telle que parce que sa nervure médiane était employée ailleurs. Mes soupçons ne pouvaient raisonnablement tomber que sur le cotylédon lui-même (a), et c'est cet organe qu'il fal- lait analyser. (A.) Mes premiers essais furent faits sur des graines à' Avenu sativa. J'attendis , pour les examiner , que la plumule eût poussé plusieurs feuilles , et je dépouillai le cotylédon (a) (extrémité du corps radiculaire , AcA. ) de tout le mucilage périspermatique qui pouvait l'en- tourer encore. Sans trop me fier à la ligne médiane qui saillit sur la face postérieure de cet organe , je l'exami- nai à un faible microscope, et je découvris' sans peine, dans la substance de ce cotylédon ( f . 3 ) , une (a) ner- vure grosse , herbacée , qui aboutissait à la base de la feuille parinei^viée , et exactement entre les deux ner- vures de cette feuille (fig. 5 ). Je découvris la môme ner- vure sur une foule d'autres graines de genres bien diffé- rens, tels que VEchinaria , les Phleum, etc., et je ne ren- contrai pas la moindre exception , toutes les fois pour- tant que j'observai le cotylédon dans un état avancé , état où ses parois sont devenues plus minces et plus transpa- rentes. Pour l'apercevoir sur le Zea , il faut couper ( ^84 ) longitudinaleinent le cotylé.don , et l'on y voit celle ner- vure s'insérer sur rarliculalion elle-même (pi. 14? fig« 9, c). Si l'on fait près de rarliculalion de celte graine une coupe transversale , on aperçoit Tempreinle de troisnier- vures réunies (pi. i4 , fig- 10 , a bb) 1, et on peut , par des coupes transversales successives , s'assurer du point où la nervure médiane se détache des deux autres pour passer la médiane («) dans le cotylédon , et les deux au- tres (bb) dans la feuille parinerviée. (PI. i4, fig- n- ) Le cotylédon Juss. ( hypoblaste ou extrémité du corps radi'culaire, Rich.; camode, Cassini) lientdonc, à l'égard de la première feuille, le même rang que le chaume à l'égard de la première feuille du bourgeon , et que le pé- doncule de la seconde fleur à l'égard de la paillette pari- nerviée- de la fleur inférieure dans une locuste; c'est-à- dire , que le cotylédon étail , dans le principe , une atte- nance de la feuille parinerviée , altenance qui s'en est détachée , tantôt en n'entraînant avec elle que la partie correspondante de la substance de la feuille , comme dans les Avenu, triticum, Bromns, Echinaria , etc. , et tantôt en entraînant, outre la majeure partie de la substance médiane de la feuille , l'épidermede la portion restante, comme dans le Zea, où le cotylédon forme une espèce de gaine à la plumule. (PI. i4î f- 4- ) (B.) Un fait aussi important ne pouvait pas rester isolé, et je le regardais déjà comme le germe d'une vé- rité nouvelle. Cette nervure médiane représentait , au milieu du pé- risperme , le chaume encore renfermé ( pi. i3 , f. 4 > « ) dans la feuille qui lui sert de spathe (e). Mais celte ner- vure était-elle ainsi tronquée avant la maturité de la graine, et n'avait-elle jamais eu d'autre développement? ( !i85 ) L'analogie ne rendait pas à mes yeux ce fait croyable. Si l'on examine l'ovaire encore jeune même à l'état sec, au microscope , on s'apercevra facilement qu'il est tra- versé par une ligne qui part du sommet de (f. 19) l'embryon , et qui se bifurque tantôt à sa sortie , tantôt plus ou moins près du sommet de l'ovaire pour fournir un vaisseau à chaque style , ou enfin qui ne se bifurque pas, mais qui passe tout entier, dans un seul style, dans le Nardus stricta L. (pi. i3, f. 20 ). Celte ligrc mé- diane, me disais-je , ce conducteur du fluide fécondant, doit aboutir au sommet de la nervure médiane du coty- lédon. Le style, ainsi que ses stigmates, ne seront qu'une panicule restée à l'état rudimentairc , à peu près comme elle doit l'être dans les gaines des feuilles encore très- jeunes , et avant que la plante ait acquis son développe- ment intégral. De même que la panicule de la même plante peut varier depuis l'état le plus simple jusqu'à l'état le plus composé ; de même la nervure pourra res- ter simple dans le Nardus ( f. 20 ) , se diviser dans la substance d'un seul style dans le Zea (pi. 14 , f. n ), se diviser en deux styles dans les Bromus et dans le Dactjlis hîspanica (pi. i3 , f. 19 ) , ou bien en cinq et sept styles même , ainsi que je l'ai rencontré sur une foule d'ovaires d'un Daclylis glomerala L. pris dans les prairies du Canal. Ajoutez à cela que les fibrilles stigmaliques hérissées de papilles distinctes (pi. i3, f. 28) et très-souvent alternes , représentent bien des rudimens de rameaux. D'un autre côté , si l'on veut suivre le développement du style dans le Zea, ce qui est très-facile à faire en cherchant dans les feuilles spathiformes des épis encore très-jeunes ( pi. i4 ,, f. 7 ) , on verra que les deux styles ( 286 ) (a) soulèvent peu à peu la substance de lovaire (bb), qu'ils l'entraînent, ou pour mieux dire, qu'ils la dis- tendent en s 'allongeant et en restent enveloppés ; qu'ainsi le style s'est formé par un acci'oissement des conducteurs de bas en haut , ainsi que les axes et pédon- cules ; accroissement qui peut atteindre jusqu'à quinze centimètres de long. (C.) Cependant, quelque satisfaisante que fût à mes yeux cette explication , il était nécessaire de trouver mé- caniquement l'insertion du style sur le sommet de cette nervure médiane du cotylédon , ou bien même sur le sommet de l'embryon lui-même , dans le cas où le co- tylédon ne serait pas encore séparé de la feuille infé- rieure. J'avais, à cet instant, à ma disposition beaucoup d'épis jeunes de 3Iaïs, et je m'occupais à en analyser les ovaires. Sur un ovairi très-jeune , mais fécondé (p!. i4, f. i3 ) , en soulevant le péricarpe, organe qui n'adhère pas au tégument propre (a) , je m'aperçus d'une résis- tance à la base du style lui-même, qui, là, forme une espèce de cône (pi. i4, f. i , a ); cette résistance me parut produite par l'adhérence du péricarpe au sommet d'une protubérance (pi. i4, f. i3, b,) du tégument propre, et sous celte protubérance adhérait le sommet du cotylédon lui-même. Je dois faire observer que les modes de pression exer- cés par les spathes sur l'épi , sont si variés dans le Maïs , que le sommet des ovaires varie aussi beaucoup-, que ce soulèvement produit par le cotylédon varie à son tour , et que l'observateur doit tenir compte de ces variations et régler sur cette donnée la marche de son analyse. En mûrissant, le tégument propre coule contre les conduc- teurs du style , et le sommet de l'embryon est placé à ( ^87 ) l'époque de la maturilé , immédiatement au-dessous du point où ces deux conducteurs se rapprochent pour for- mer le style ; ce n'est donc point à cette époque qu'on doit chercher à vérifier les faits dont je parle. Mais avant la fécondation (pi. i4, f. 2 ), et à l'instant où l'ovaire commence à épaissir , si l'on fait une coupe longitudi- nale entre les deux styles , on voit qu'ils partent du som- met {a) de l'embryon , qui , à cette époque, est adhérent et peu développé; que ces deux conducteurs (pi. 14, f. 3 , 5 ) , après avoir divergé en soulevant le péricarpe , viennent se réunir presque en un point (c) , et que dès- lors ils marchent parallèlement pour former le style. Je ne me suis point contenté de cette observation , et j'ai cherché à la vérifier sur des ovaires d'une moindre consistance : ceux des Bromiis et ceux des Hordeum. Dans les Bromus, ainsi que je l'ai constaté (pi. i3, f.aa), sur une foule d'espèces, les stigmates sont toujours insé- rés au-dessous du sommet de l'ovaire (b) ; en saisissant avec deux pinces , sans intéresser les stigmates , les deux côtés du sommet, on parvient à diviser l'ovaire en deux moitiés , et à mettre à nu les deux moitiés de la cavité (c) où se trouve logé l'embryon (b) , dont on distingue bien, à toutes les époques, le cône radiculaire (b). Or, si l'on observe ces ovaires avant la fécondation, ce que l'on reconnaît à l'agglutination des fibrilles stig- matiques qui n'offrent alors qu'une espèce de stigmate membraneux , on verra que l'embryon lient , par son sommet, au sommet de cette cavité, et que le point d'adhérence correspond exactement au point d'insertion des styles (a) ; l'embryon adhère encore alors à k par- tie antérieure de la cavité par son articulation. Sur V Hordeum , dont les stigmates sont insérés au ( f . 24 ) ( 288 ) sommet , on ne voit pas toujours aussi facilement Fin- serlion des styles au-dessus de l'embryon même. Sur un ovaire de cette espèce , j'ai pourtant mis à nu , par l'effet du déchirement , l'étui de l'un des conducteurs (a) qui aboutissait évidemment au sommet de l'embryon. Après la fécondation, l'adhérence organique de la partie antérieure finit par s'oblitérer , mais elle existe encore quelque temps, ainsi qu'on le remarque bien sur les ovaires de Zea. L'adhérence des conducteurs sur le som- met de l'embryon s'oblitère à mesure que les stigmates se flétrissent , et à une certaine époque , on trouve l'em- bryon entièrement isolé , et n'adhérant à aucune surface ambiante ( pi. i3 , fig. 25 , 26) , quoiqu'il soit pressé de toute part. Lorsque \c présentai ce travail au jugement de l'Aca- démie , je ne m'attendais pas à ce que l'on élevât des doutes sur la nature de ce corps vert (fig. 28) que je nomme l'embryon , corps que depuis M. M/-6e/ jusqu'à M. R. Brown , on a toujours désigné sous ce nom , quoi- qu'on n'ait point cherché à l'extraire de l'ovaire avant la maturité. Je suis donc forcé d'entrer dans quelques détails pour fixer les idées à ce sujet ; et je dois expri- mer, en passant, ma reconnaissance envers mes juges, dont la critique s'étant portée sur ce point, m'a révélé, sinon l'existence d'une erreur, du moins la nécessité d'une preuve. On sait qu'à sa maturité on dislingue , dans la graine des Graminées , un péricarpe , un tégu- ment propre qu'on ne peut séparer du périsperme (or- ganes sur la nature desque^.s je vais m'expliquer plus bas )' et enfin l'embryon. Or , à l'époque de mes obser- vations , l'ovaire présente de même un péricarpe qui alors est vert et se détache facilement du périsperme C 2B9 ) ( pi. i3, f. 22, ^), lin légument fortement ÏDJecté d'une substance saccharine qui doit se changer en péri- sperme , et enfin ce corps vert , qui par conséquent ne peut être que l'embrjon ( f . 22 , b; f. 24, c). Mais ce qui ne laisse plus aucun doute, et ce que les physiologistes pourront vérifier l'été prochain sur les Bronius et les Hordeum , c'est qu'en continuant d'exa- miner l'embryon dans la cavité qui le renferme, on le voit successivement passer à la forme ( f . 28 ), présenter un commencement de cotylédon (a), de plumule (i) et de cône radiculaire (c), et arriver enfin aux formes (fig. 25 , fig. 26 ) qui sont incontestablement celles des em- bryons de Bromus. Pendant ce laps de temps , la cavité ne change point de forme , le périsperme seul prend une plus grande extension. Je n'ai pas besoin , je pense, de preuves plus positives, et le corps (fig. 28) que l'on trouve toujours dans la cavité ( c, pi. i3, f. 22 ), est le véritable embryon. Ces faits sont susceptibles d'une explication différente, il est vrai , mais qui nous conduit à un but semblable , et qtii ne dérange en rien l'état de la question. On peut supposer que le style et les stigmates, au lieu d'être le prolongement de la nervure médiane du coty- lédon, soient celui de la nervure médiane de la feuille inférieure à l'embryon , c'est-à-dire , de la feuille desti- née à devenir tégument propre et périsperme., L'em- bryon adhérerait, par sa face antérieure, à la nervure de cette feuille, de sorte que le cotylédon n'étant pas encore détaché, semblerait alors supporter le style. Dans la suite , la nervure médiane de la première feuille de l'em- bryon' se détacherait de la feuille dès-lors parinerviée, pour se continuer à son tour en axe on chaume. Mais Tome IV. iq ( ago ) elle serait arrêtée dans son développement par la masse du périsperme déjà à demi-formé; et le tissu cellulaire qui entoure cette nervure , emploierait à son accroisse- ment en largeur les fluides qui ne pourraient lui servir pour son accroissement en longueur, et formerait ainsi le cotylédon ou hjpohlaste. Au reste , un fort microscope décidera, je le pense , la question. Replaçons maintenant la graine dans les enveloppes calicinales, afin que l'analogie de sa position achève de nous éclairer sur l'analogie de sa nature. g IV. Ecailles et étamines. Je n'ai pas besoin de rappeler ici qu'à la base des étamines , dans les Graminées , se trouvent deux ou trois écailles ordinairement assez courtes , sur la nature et la forme desquelles les savans ont émis les opinions les plus opposées. J'ai présenté à l'Académie des sciences un tra- vail spécial sur ces organes, je me contenterai ici d'en emprunter les principes les plus indispensables à mon sujet. i". Si les écailles pouvaient être regardées comme des organes à part et indépendans, elles devraient alterner, d'après les lois invariables que la nature suit à l'égard des Graminées , et qu'elle ne contredit pas dans les au- tres monocotylédones , d'une part avec l'organe infé- rieur, et d'une autre part avec l'organe supérieur. Or , il arrive tout le contraire ; car elles alternent bien avec la paillette supérieure (pi. i3 , fîg. i , «) , qui est pour elles l'organe inférieur. Mais elles sont en- tièrement parallèles (pi. i3, fig. 6,9) aux étamines, et insérées au-dessous des filamens. D'un autre côté elles alternent avec la partie postérieure de l'ovaire , au moins ( ?9i ) quand elles sont au nombre de deux -, et si elles sont au nombre de trois , celle qui est adossée sur la partie pos- térieu,i;e de l'ovaire est toujours la plus courte et la moins considérable (pi. i3, fig. lo, d). Mais alors même qu'on ne tomberait pas d'accord avec moi sur le point des écailles, qui doit être considéré comme le point d'alternation, il n'en serait pas moins vrai que les étamines , dont la médiane alterne toujours avec la partie postérieure de l'ovaire, alternent aussi avec la paillette qui leur est inférieure, et que , par con- séquent , l'ordre d'alternation se trouverait interrompu à l'égard des écailles ou à l'égard des étamines. 2°<»iCcs écailles n'existent pas dans tous les genres ; elles manquent entièrement dans les yilopecurus, le Mi~ bora , V Antlioxanthum , le Cenchrus , le Crjpsis , etc.; elles manquent même dans certaines espèces apparte- nant par tous leurs caractères aux genres qui sont mu- nis ordinairement de ces organes. Je puis donner ces faits comme le résultat des disseclions les plus nom- breuses. 3°. On trouve au Jardin du Roi, et dans beaucoup d'iierbiers , sous l'étiquette du Rottbœlla monandraQ&\. un Nardus qui, entre autres formes peu ordinaires aux Nardus , tels que deux styles et deux fleurs dans la même locuste (pi. i3 , f. 8 ) , possède deux écailles (b) et une seule étamine («) , tandis que , dans le JVai'dus à l'état sauvage, on ne trouve jamais d'écaillés, mais trois étamines à fîlamens très-dilatés à la base (pi. i3, fig. 12 , a). 4°. Si l'on fait bien attention au point d'insertion ( pi. i3, Ijg. 9) des îîlamens des étamines 5 dans les espèces à deux écailles et à trois étamines, on s'assurera que ^9' ( «9* ) rétamine impaire (a) part du milieu des deux écailles, et les deux autres étamines {b c) des deux côtés ; dans les espèces à trois écailles et à trois (pi. i3 , f. lo) éta- mines , le point d'insertion de chaque filament corres- pond à chacun des interstices des écailles, ^t, dans tous les cas, ces étamines ne font qu'un seul corps à leur base et se soudent avec les écailles. 5°. En décrivant les formes des écailles , je m'étais aperçu que les unes étaient membraneuses au sommet , et les autres épaisses, tronquées, et comme marquées d'impressions digitales, si je puis m'exprimer ainsi ( pi. i3, f. 1 1 , J ) •, par exemple : celles des Melica, An- dropogon , Pan'wum , etc. Je ne savais à cjuell#*cause attribuer cette différence d'organisation , lorsque la dis- section de quelques fleurs de panicum 'virgatum L. à l'état frais , et fort éloignées de l'instant de la fécon- dation , servit à m'expliquer ce phénomène. Les anthères des étamines serrées l'une contre l'autre et placées sur un seul plan, s'appuyaient , par leur ( pi. i3, f. Il) extrémité inférieui^e , sur le sommet des écailles, et faisaient presque corps avec elles. La ligne médiane des deux lobes de l'anthère {a) du milieu cor- respondait à la ligne qui sépare les deux écailles (à). Chaque lobe de cette anthère (bb) s'appuyait sur chaque côté correspondant de l'écaillé. Chaque lobe interne des deux anthères extrêmes s'appuyait sur chaque côté cor- respondant de l'écaillé placée au-dessous d'eux, et les lobes externes de ces {ce) deux dernières anthères se trouvaient en dehors. En enlevant les trois anthères , on s'apercevait que chaque écaille était marquée de deux m impressions lobaires (rf), ce qui devait être. Ce fait servit plus qu'à m'éclairer sur l'origine de ces ( ^93 ) impressions; à lui seul il m'indiqua les rapports des écailles et des étamines. Je supposai que les anthères qui , dans le fait, s'étaient trouvées et n'étaient pas ve- nues se placer sur ces écailles , fussent restées agglutinées avec elles , et que ne s'injectant pas de pollen , et par conséquent avortant, elles eussent été examinées dans cet état ; elles n'auraient constitué qu'un seul corps qui , se colorant par le progrès de la végétation, eût présenté des nervures au nombre de trois principales : en un mot, c'eût été une véritable valve calicinale. Dans cette ex- plication , l'anthère ne serait autre chose que l'ensemble de deux portions (injectées de pollen) , qui partiraient du sommet d'une nervure, laquelle deviendrait conducteur ou filament-, et les grains de pollen ne seraient que des cellules injectées et isolées. Les écailles ne seraient que des débris en plus ou moins grand nombre , et à qui les anthères auraient laissé plus ou moins de substance en se détachant. Dans les espèces sans écailles , il n'y aurait pas eu de ces sortes de débris •, de-Ià la dilatation de la base des filaraens des étamines dans ces espèces (pi. i3 , f. la ). Dans le Nardus (pi. i3, f. 8) à une seule étamine et à deux écailles , les deux antres étamines seraient res- tées à l'état rudimentaire dans la substance des deux écailles. Enfin les diflerentes formes d'écaillés ne seraient dues qu'à des diOérences de déchirement. Or , quant à l'origine et à la formation de l'anthère , il est facile de voir que l'explication que j'en ai donnée est raisonnable, en examinant une étamine restée à l'é- tat rudimentaire (pi. i3, f. i5). A une forte lentille même , on volt le filament traversé (h) par deux ner-» ( ^94 ) vures qui aboutissent aux points de contact des lobes de l'anthère ( fig. r^cl.) semble avoir percée en se développant ; M. Ri- chard l'a nommée épiblaste, et elle a élé prise pour un second cotylédon par Af3f. Turpin, Poileau et Dutro- chet{Mém. du Muséum). Ce prétendu organe ne se rencontre point sur toutes les graines des Graminées, et en nous rappelant l'organisation de la radiculode, nous nous assurerons que cette membrane n'est rien moins qu'un second eot^'lédon , et qu'elle aurait même pu se passer d'un nom spécial. Car dans les Graines dont la radiculode (pi. i4, fig. 8 ^. ) se prolonge vers le haut de la plumule , ou forme une espèce de fourreau à cette dernière, la pin- mule en se développant rejettera sur la partie antérieure cette sommité inerte d'un organe qui a appartenu à une tige qui n'est plus 5 celte sommité c'est l'épiblaste : on la voit bien snvVAyena, le Mays ,\(i Tr'ïuum (pi. i4, fi «T. i^ d, fia. f] e.). Dans les graines au contraire dont la radiculode sera percée de bonne heuTe par la plu- mule et ne s'élèvera pas au-dessus de l'articulation, on n'apercevra point tVépihlaste à l'époque de ta germina- tion , parce que les bords de la radiculode seront dis- tendus par l'articulation , et comme sondés aiec elle. ( 3ii ) L'épiblaste n'est donc pas un organe mais un simplecîébri. 2°. Au-dessous de la base de la feuille parinerviée, pa- raissent quelquefois deux ou trois tubercules alternes qui fournissent cbacun une radicelle, laquelle sort d'une espèce de radiculode (pi. i4,fig i4 c. ). Ces tubercules sont assez rapprochés les uns des autres pour avoir donné le change sur le point de leur origine. Mais si l'on considère que les articulations inférieures du chaume sdnt très-rapprochées , et que chaque articulation (pi. i3, fig. 4) ^ sa radicule spéciale, on ne verra dans ces tubercules que des radicules des articulations inférieures, qui, ayant apercer une portion de la radiculode, la poussent devant elles , et s'en forment comme luie es- pèce d'étui. E. Pendant que le' cône radiculaire d'un côté et la plumule de l'autre continuent leur végétation, le coty- lédon dont l'élaboration^ fournit à la fois à leur double développement, grossit de toute la longueur du péri- sperme qu'il déplace-, et il s'oblitère quand il n'a plus rien à transmettre à la plante qui peut alors élaborer l'air par ses propres forces. On ne doit pas s'étonner que ce co- tylédon n'ait pas d'autre accroissement, tandis que les co- tylédons des plantes dicotylédones en prennent souvent un si considérable. Le cotylédon dans les Graminées avait déjà eu son développement , il avait porté sa panicule qui a été frappée de mort après ou avant sa naissance (§ VII. A.). Ce cotylédon est comparable à une lige coupée par la main de l'homme, tige qui finit par se dessécher jus- qu'à l'articulation voisine , et par s'oblitérer tout-à -fait; caries organes des Végétaux ne peuvent que se développer et non se reproduire. F. 1°. Si l'on blesse profondémciit ce cotylédon dès les premiers instans de In végétation , la plante meurt. 2°. Si l'on enlève tout le périsperme, la plante ne meurt pas de suite, elle se conserve dans l'eau assez long- temps sans éprouver la moindre modîGcation •, mais elle finit par périr même lorsqu'on la place dans nn milieu capable de produire beaucoup d'acide carbonique; 3° si on n'enlève qu'une portion quoique considérable de périsperme, la plante continue à végéter, mais sous des formes très-grêles , et je ne pense pas qu'elle pousse bien loin son existence-, 4° que l'on coupe au contraire la radicule ou la plumule, pourvu qu'on n'intéresse pas l'articulation qui les réunit, la plante se munira encore de l'un et de l'autre organe et continuera à végéter par ses bourgeons. Je puis donc conclure de tout ce paragraphe que la germination ne tend qu'à confirmer les faits contenus dans mon Mémoire , et que nul organe nouveau ne vient s'y développer. Je dois, avant de finir , su {^plier les savans de ne point employer, pour combattre mes observations, l'analogie des Dicotylédones 5 car pour qu'une telle ana- logie fût une preuve , il faudrait que le point sur lequel elle repose fût évidemment établi , et non sujet à des con- troverses -, autrement ce serait réfuter des faits par une hypothèse. J'ose cependant déclarer que les principes que j'ai établis sont de l'applicatiou la plus facile aux au- tres familles de végétaux, et que je me propose de le démontrer ultérieurement en m'appuyant sur l'observa- tion et l'expérience, sans le secours desquelles on ne doit jamais se permettre de rien avancer. CONCLUSIONS. 1°. L'embryon n'est qu'une sommité de rameau que l'action du iluide des anthères a détaché du poijit de ( 3i3 ) son adhérence, et laissé renfermé dans une feuille in- férieure dont le tissu cellulaire , en s'injectant de fécule amylacée dans les Graminées, doit lui servir de péri- sperme. 2°. Le style et les stigmates ne sont que le prolonge- ment resté à l'état rudimentaire , d'un chaume terminal. 3°. La nervure médiane détachée de la feuille pari- nerviée , et qui reste enfermée dans la feuille inférieure devenue périspei-me , fournira à la plante les produits de la décomposition du périsperme , et remplira ici les fonctions d'un véritable cotylédon (§ VIIL F.), ainsi que l'avait avancé l'illustre auteur du Gênera plantarum. 4°. La fécondation dans les végétaux n'est qu'un iso- lement \ et la mort d'un végétal qui a produit ses fruits, n'est que le retranchement de la portion qui a fourni son développement intégral, de celle qui est restée à l'état rudimentaire. 5». La graine du végétal existe également dans tous les bourgeons qui sont adossés contre une tige capable de fournir à leur développement ultérieur. 6°. En réunissant à la feuille parinerviée la nervure médiane qui s'en est détachée et qui devient cotylédon, on voit que toute la plante peut se réduire à un cône ascendant, qui répond au caudex ascendeas , et que je nomme plumule ascendante i à un cône descendant qui répond au caudex descendens , et que je nomme plumule descendante • enfin à une articulation qui est le foyer et le centre de leur action et de leur existence. C'est là que le végétal doit être désormais étudié : lue lahor est. 7°. Enfin et par forme de corollaire, qu'il peut exister, dans les végétaux , des familles qui , ne portant jamais ni fleurs ni graines, n'en soient pas moins de véritables ( 3i4 ) végétaux, et n'en conservent pas moins les moyens d<; se reproduire , dans le sens que jusqu'ici on a attaché à tous ces mois , contre l'axiome de Linné : Omne vivum ex ovo • pev consequens etvegetabilia. (Pliil. bot. 1763, pas- 92) Nomenclature et synonymie des organes décrits dans ce Mémoire. Embryon. Auteurs, Cotylédon. Juss. llypotlaste ou Extrémité du corps radicu- laire. Rich. Carnode. Caiijni. Vitellus. Gaerl. Cotyle'don. Bic/i. Blastc. nich. — Sommité riidimentaire de rameau Noh. Nervure me'diane détachée de la feuille parinervie'e , en entraînant le tissu cellulaire qui se dislenil et s'e'- paissit, pour fournir à la plante le pro- duit de la décomposition du péri- sperme. Feuille parinerviéc. Nob. | Pluraule. Epiblaste. Rich. second • Cotylé- don. Poitean , Turpin, Du- trochet ( Me'm. du Mus.), Cassini (Journal de Pliys. ) Radiculode. nich. Péricarpe. Aut. -{ Téginiienl propre. Juss Episperme. Rich. Périsperme. Jitss. • Endosperme. Rich. - Débri supérieur de la radiculode plus ou moins saillant dans l'acte de la germination. Radiculode Feuille inférieure à celle qui doit s'injecter de périsperme. Feuille inférieure à l'embryon , la- quelle doit s'injecter de périsperme. Tiaelle. Rich. Style et Sligraales. {hcuiSle mit quelle doit s' ■T La même feuille tout-à-fait injectée I r.idi Articulation de la pliimule et de la le. Fécondalion. Aul. Panicuie à l'état rudimentaire , ou prolongement de la nervure du co- tylédon, ou de celle de la feuille infé- rieure. Action du fluide des anllières qui tend à séparer une sommité rudimcn- t'cc la tige infc- N taire de rameau, d\iv< f rieure. ( 3i5 ) N. B. La graine des Graminées est lonjoiirs un akène, et le péricarpe ne paraît quelquefois adhérer au tégument propre qu'en vertu de la tension exercée par le péri- sperme. A l'état frais on peut toujours le détacher ; et à l'état sec , on n'a besoin que de laisser séjourner la graine plus ou moins long-temps dans l'eau, pour enlever le péricarpe sans aucune trace d'adhérence. Le célèbre au- teur deVy^naljse du finit avait établi au contraire que le fruit des Graminées était presque toujours une ca- ryopse , c'est-à-dire un fruit dont le péricarpe fait tel- lement corps avec le tégument propre, qu'ils semblent ne former entre eux qu'une seule enveloppe. Explication des Planches. IV. B. Toutes les figures sont plus ou moins grossies ùans les deux planches. Flanche i3. i'ig. I. Fleur ou b;1le d'une locuste de Bromus {a) ; paillette parinervie'e ou supe'rieure, (b) paillette imparineiviée ou inférieure, (c) pédon- cule de la fleur avortée {d) , parlant de la base de la paillette pari- nerviée (a). (_/") Ovaire dont l'embryon (h) est représenté longifudinn- lement coupé pour laisser voir les emboîtemens des feuilles qu'il recèle. Fig. '2. Coupe longitudinale d'une graine à'^i'cna satira, L. {a) plu- mule, {!/) péricarpe , (c) cotylédon , Çd) débri de la radiculode que M. Richard a nommé épiblaste , (e) radiculode, ( f) racine première (lui en sort par une fente longiluilinaie et variable (g) , (A) péris- permequi, d'après nos observations, n'est que le tégument propre injecté de substance amylacée , (;') péricarpe. Fig. 3. Cotylédon, («) nerVure médiane et herbacée qui aboutit au sommet (e), {b) tissu cclltdaire du cotylédon. Fig. 4- Coupe longitudinale d'une fraction du chaume traçant sous terre, (a) chaume, (b) bourgeon ou plumule caiilinaire, (t) cône radicnlaire , (d) nervure médiane de la !)ract('e (c) inférieure au bourgeon {b\ ( 3i6) Fig. 5. Disseclioc iJëale d'une graine en germination, destinée à dé- montrer les rapports d'identité des trois espèces de bour"eons " celui de la locuste fig. i , le caulinaire fig. 4 , et celui de la graine. (a; cotjlédon correspond, à (c) fig. i. -à («) fig. 4 ■ (b) feuille pari- nerviée correspond, ù (« fig. 1 ) et à la première feuille du bourgeon (b fig. 4)j (i) tégument propre ou périsperme correspond, à [b fig. i et à ed fig. 4), (c) péricarpe représentant ici une seconde feuille in- férieure qui allernerait avec (/fig. i ) , et avec (e fig. 4) j (rfj feuilles de la plumule emboîtées et qui sont mises à nu par une coupe lon- gitudinale correspond, à l'ovaire, fig. i, et à la plumule {b fig. 4); (e) épiblaste, (/) radiculnde, {h) portion du péricarpe qui s'exfolie sur les deux côtés, {fç) radicelle principale. Fig. 6. Locuste fertile, à une seule fleur. Fig. ;;. Locuste vivipare propre à démontrer le mécanisme par lequel une locuste ordinairement fertile passe à cet état; les mêmes lettres marquent les mêmes organes dans leurs deux états ; (fig. fie) pédon- cule avorté. ou florifère qui, restant sous la forme d'une nervure agglutinée à la paillette parinerviée (J) , forme la bractée (et/ fi", n) dans la locuste vivipare. Fig. 8, 9, 10. Insertion des étamines entre les écailles. Fig. II. Ecailles et autlièrcs agglutinées dans le jeune âge des Paiti- cum, Paspalum et de tous les genres à ëcailles impressionnées au sommet; {d) représente les deux impressions que l'on remarque au sommet de ces écailles , impressions qui peuvent varier de forme. Fig. 12. Etamines des Nardiis, Alopecuius j enfin de tous les genres sans écailles; la base des filamens en est très-dilatée. Fig. i3. Appareil des écailles et élaminés trouvé dans une locuste d'un Oryza salifa à l'état frais. Fig. 14. Écailles adhérentes aux filamens des étamines, trouvées dans le Tripiacum elactyloijes, L., à l'état frais. Fig.. i5. Étaminc avortée, le filament (i) est traversé de deux con- ducteurs qui arrivent aux deux lobes des anthères {aa). Fig. 16. Arête de l'^ira cnnescens , h. Fig. 17. Paillette inférieure de VAira cœspUosa, L. a'a jeune, (a) plus avancée en âge. Fig. z'^ bis. Paillette supérieure de VAi'cna iubspicata à quatre ner- vures , et un pédoncule avorté (a). Fig. t8. Ovaire du Festnca diandra, Mich. , dont le péricarpe est tra- versé de trois nervures saillantes qui se réunissent en un cùne car- tilagineux- au sommet (b). Fig. 19. 0\'j,ïït <\\x Dactjiis hispaiiica , L. (3i7) Fig. 20. Ovaire du JVan/us stricia ; le style en est simple. Fig. ai. Ovaive '^\orlé de rUo/cus spicaiiis , L. (a) Cavité sèche for- mée par le péricarpe, (h) cône des feuilles emboîtées dont la su- périeure n'est pas devenue périsperme, et dont l'inférieure n'a pas fourni par sa nervure médiane un cotylédon. Fig. 22. Ovaire de Bromus ouvert , avant la fécondation , en deux moitiés, pour laisser voir l'embryon qui adhère au point de l'inser- tion des stigmates (a), et que l'on retrouve toujours ensuite, mais sous diflërentes formes dans Ja cavité (c) ; le cône (b) est le cône radiculaire Fig. 23. Embryon plus avancé en ;1ge, (a) rudiment de cotylédon qui commence à se détacher, (b) plumule, (c) cône radiculaire. Fig. 24. Ovaire d'/Iordeum avant la fécondation , l'étui du conducteur y est mis à découvert. Fig. 25. Ovaire pris quelque temps après la fécondation , rembiycn n'adhère plus, (a) cotylédon, (b) plumule, (c) cône radiculaire. Fig. 26. Embryon encore puis avancé , («èc) mêmes organes que dans le précédent. Fig. 27. Puillelte parinervice des ^^roç^'i, etc. Fig. 28. Fibrille stigmat.ique , vue à une assez forte lentille. Tlanche i4. Fig. I. Ovaire de Zea maïs plus avancé que l'ovaire de la fig. 7 , mais pourtant non encore fécondé. Fig. 2. Coupe verticale de cet ovaire ( fig. i ) «à , embryon adhérent fortement à cette époque, {b) deux exfoliations formées par la partie aniéneure du péricarpe et du tégument propre, (c) périsperme commençant à se former, et alléctant une forme aplatie par la pression qu'exercent sur la graine les feuilles spathiformes qui re- couvrent l'épi femelle de Zea; (rf) un des styles qui, après avoir erré dans la substance du péricarpe qu'ils soulèvent, viennent se réunir sur le sommet (h) de lerabryon, (c) péricarpe soulevé et non adhérent au tégument propre. Fig. 3. Fragment antérieur du péricarpe , destiné à laisser voir la marche des deux styles qui , après s'être séparés au sortir du sommet de l'embryon {a) , s'éloignent l'un de Tautre, se rapprochent en [b) , et se reunissent en (c) , pour former un seul style. Fig. 4. Embryon mûr, détaché mécaniquement de la graine du Zea maïs , (a) sommet de l'embryon , {b) base du cylindre formé par la plumule et la radicule , (c) point que la plumule a légèrement per- foré avant la germination , (d) partie postcricuro de l'embryon. , ( 3i8 ) • Fig. 5. Coupe verticale il'utio «graine lie Zca inah non encore satuîee de pe'rjspertne, (o) partie antérieure à laquelle adhérait l'embryon avant la fccoudalion, tt à laquelle il reste agglutiné après cette époque j {b) style , (c) cavité dans laquelle est logé l'enibryoc , et qui est formée par la feuille inférieure qui doit s'injecter de périsperrae , {--- ) remarqué, au moment dt; l'apparition des Encornets sur le banc de Terre-Neuve, que ceux-ci étaient petits et à peine de la moitié de la gi-andeur qu'ils atteignent à la fin de l'automne , où on ne les trouve que çà et là re- jetés à la côte 5 qu'en outre leur couleur Irès-pàle ou blanchâtre devenait d'un rosé purpurescent lorsqu'ils avaient atteint l'âge adulte. Les Encornetsque j'ai observés à l'île Saint-Pierre au moment de leur arrivée , étaient également blanchâtres; seulement longs d'un décimètre et demi en totalité, tandis que ceux qu'on rencontrait en automne, le long de la plage, avaient le double de ces proportions et étaient d'une couleur rosacée plus ou moins grisâtre. Il ne me paraîtrait pas alors invraisem- blable de les assimiler à cette multitude d'animaux d'un autre ordre, dont la vie s'achève à l'époque où leur dé- veloppement complet les a mis en état de se reproduire. Cette présomptiou se trouve appuyée par le phénomène de ces troupes entières ou bancs d'Encornets, languis- sans ou expirés, que la mer amoncelle simultanément au fond des golfes. M. Fuec les a vus entassés jusqu'à la hauteur d'un homme sur les sables qui sont au fond de la baie Sninl-Main , près du havre Saint- Antoine , dans la partie nord de Terre-Neuve ; et il n'y a point d'année que leurs légions ne viennent de même s'échouer sur la côte : ce sont les chasseurs qui les découvrent. Mais l'on ne pourra se faire d'idée de la quantité prodigieuse de ces mollusques , qu'en songeant au nombre qu'il en faut pour joncher le rivage sur une étendue de 2 à 3oo toises de longueur. Cette mortalité simultanée nous prouve, si je ne me trompe, l'existence éphémère de ces animaux. Mœurs et qualités de l'Encornet. Les troupes ou bancs de cet animal nous offrent l'i- mage d'une agitation continuelle , qui fournit le spectacle ^ ^',^ ) le plus curieux pour l'observctteur placé sur un bateau, au milieu de ces mollusques, lorsqu'ils se tiennent à la superficie des eaux : les uns montent, d'autres descen- dent; les autres, immobiles de corps, n'agitent que leurs tentacules, tandis que d'autres courent en tous sens, traversant la masse avec une étonnante vélocité. Quand l'Encornet se divertit, selon le langage des pêcheurs, il se tient étendu horizontalement sur la mer, qu'il bat en la frappant avec les deux côtés de la membrane sagitti- forme qui garnit son extrémité inférieure , ce qu'il opère en se renversant alternativement de droite à gauche , et parfois encore il plonge celle-ci , pour devenir perpen- diculaire, n'ayant plus que la tète seule à fleur d'eau. Il tient alors ses pieds et bras ou tentacules, étalés en roue, et lance à diverses reprises de petits jets d'eau de la grosseur du doigt , à la manière des Souffleurs. Mais les mouvemens rétrogrades de ces animaux sont les plus vifs , en ce qu'ils sont favorisés par la forme du corps ter- miné en pointe : celui-ci représente même assez bien un javelot, dans son ensemble , étant muni à son extrémité de deux membranes latérales qui le font ressembler au fer de la flèche ou d'une lance. L'Encornet au moindre bruit, ou s'il aperçoit son en- nemi, se trouve saisi de frayeur, et c'est un trait qui part comme l'éclair. Ses huit pieds et ses deux bras étalés en roue , selon sa coutume , ont frappé de toute leur force , à la manière d'un ressort qui se débande , la masse d'eau qui était devant lui , et dans l'élan qu'il a pris , il traverse une étendue considérable avec une extrême vitesse , tenant ses pieds et bras réunis derrière lui en un fais- ceau serré , afin d'offrir au liquide déplacé par son volume le moins possible de surface. 21'^ ( M ) Ce mollusque a en outre Tavantage de dérober sa fuite par le voile épais qu'il laisse derrière lui, en troublant l'eau par Téniission de sa liqueur noire; mais quand il ne peut plus se soustraire à de nouveaux dangers, il re- jette tout ce qui lui est jiossible de cette substance , puis reste immobile au milieu de ce nuage protecteur qui le rend invisible, et détermine ainsi ses ennemis à l'aban- donner. L'Encornet n'a donc, pour veiller à sa conservation , que la promptitude de sa fuite et cette liqueur noire, car son bec est trop court pour pouvoir le défendre : son corps , de môme que ses membres tous charnus, ne trou- vent point l'abri d'aucune enveloppe testacée. Aussi , chaque fois qu'il craint pour sa vie , recourt -il de suite à ses armes ordinaires. Quand on prend l'Encornet à la main , il vous l'en- veloppe et la serre avec ses tentacules, cherchant à vous mordre avec son bec qui pourrait pénétrer même assez avant dans la chair ; mais l'on se dégage avec facilité. Si l'on a saisi l'animal sans précaution , il vous inonde aus~ sitôt le visage d'abord avec l'eau qu'il contenait, puis avec sa liqueur noire, qui , si elle atteint les yeux, cause la douleur la plus vive. L'eau de mer qu'il rejette ainsi forme un jet de la grosseur du petit doigt , qui parvient jusqu'à trois pieds de distance, auquel succèdent une ou deux émissions semblables de cette liqueur noire dont nous venons de parler. Ces matières sont alors lan- cées plus vigoureusement que quand l'Encornet s'amuse, et sortent avec le même bruit que s'il les expulsait en soufflant avec force. Étant jetés dans le bateau où on les amoncelle , les Encornets s'agitent encore quelque temps et viennent C 325 ) saisir avec leurs bras et pieds les bottes des pécheurs aux- quelles ils restent adliérens jusqu'à ce qu'ils aient enliè- rejncnt cessé de vivi-e. Mais ils ont bientôt mis en usage et consommé tous leurs moyens de défense, et dès qu'ils ont rejeté toute l'eau qu'ils contenaient, et leur encre ensuite, ils restent anéantis et ne tardent pas d'expirer, comme si cette substance était le principe de leur force vitale- Le noir d'Encornet est très-pénétrant et caustique. Je ne peux mieux faire connaître ses propriétés qu'en rap- portant la réponse de divers pêcheurs que j'ai question- nés à ce sujet : « Quand nous ôtons de nos lignes les Encornets qui viennent s'y prendre , nous évitons le plus possible , en les tournant convenablement, qu'ils puissent jeter sur nous leur encre, car nos habits en seraient ta- chés, et cette matière est si mordante que dans la saiso^ où l'Encornet donne,' c'est-à-dire abonde, étant obligés de le couper par morceaux pour en faire de la bouète (i), nous avons la peau de nos mains mangée jusqu'au vif: la cuisoa qui en résulte est aussi forte que si nous étions brûlés. D'après cette qualité corrosive et la douleur ex- trême que nous éprouvons quand elle nous atteint les yeux, il est certain que nous aurions bientôt perdu la vue, si nous négligions de nous laver aussitôt. » Les troupes d'Encornets ne font .que courir cà et là. Vous en preniez ici tout à l'heure en quantité ; tout-à- coup il vous manque et il faut le poui^suivre avec votre chaloupe ; mais s'il a disparu, en s'enfonçant sous les eaux , vous n'êtes averti de sa direction que par le (i) On appelle ici bouèle toute espèce d'appât avec lequel amorce le poisson. ( 3-26 ) succès continu de la pèche de vos voisins. Ce mollusque aime les journées les plus chaudes et les plus calmes de l'étc ; c'est alors qu'on en prend le plus. Quoique ses bancs se tiennent en général à des profondeurs très-iné- gales, Ton a remarqué qu'il venait davantage à la sur- face de la mer lorsque le temps devait changer 5 et si l'on voit alors les Encornets vivement agiter l'eau dans les lieux où ils se trouvent , et la lancer par jets qui s'élèvent môme à 2 et 3 pieds de hauteur, vous avez la certitude d'avoir de la pluie le lendemain. Les habilans des îles Saint-Pierre et Miclon , ainsi que les pêcheurs , font paraître rEncoruct sur leurs tables 5 mais ce n'est que comme variété ou par caprice de la part des premiers : on l'y présente en friture , ou à la sauce blanche, ou bien coupé par tranches. Il est préférable surtout lorsqu'il est farci. Sa chair , qui est très-blanche, est toujours coriace et ne fournit qu'un mets lourd. C'est elle qui est l'appât le plus estimé pour la pèche de la Mo- rue , parce que c'est de cette espèce d'animal qu'elle se montre le plus avide. Quand l'Encornet manque , l'on y supplée par des tronçons de Hareng ou de Maquereau . selon les circonstances. Arrivée et pèche de V Encornet. L'Encornet arrive tous les ans à Saint-Pierre au mois Je juillet-, on ne le voit qu'en août au port aux Basques et sur quelques autres points de la partie méridionale de Terre-Neuve, que les habitans de nos deux petites co- lonies nomment la Grande-Terre. Mais ce n'est plus qu'en septembre qu'il paraît à la baie Saint-Georges si- tuée à l'extrémité sud de la côte occidentale de Terre- Neuve : l'on en prend encore quelquefois à Bonne-Baie , ( ^^7 ) 3o lieues plus au nord, à peu près à la même époque; puis il manque complètement au-delà , selon les pécheurs. Un phénomène digne de remarque est la fixité des époques auxquelles l'Encornet arrive tous les ans dans les lieux qu'il fréquente : rarement il se trouve en retard de huit à dix jours. Jamais il ne change de parages, se rendant constamment dans les mêmes endroits ; et comme il n'habite point non plus indistinctement toute la côte par légion, il n'y a que certaines localités , certains ha- vres autour de l'île de Terre-Neuve , où l'on puisse le trouver en abondance. Pour peu que l'on franchisse ses limites , à peine peut-on en rencontrer un seul , selon le rapport des marins. Les localités qu'il allec- tionne particulièrement, sont par exemple : sur la côte ouest de Terre-Neuve , le port aux Basques , le Ton et quelquefois ia baie de la Poêle ; l'on n'en trouve plus ensuite que d'isolés et bien rarement sur tout le reste du rivage. Cependant rien n'annonce extérieurement que ces autres localités dussent être choisies d'une ma- nière si particulière par ce Mollusque. L'on eu rencontre également sur le banc de Terre- Neuve , mais il y manque souvent : il en est aiusi de la plage occidentale de l'ile de Miclou , où il n'est jamais fort abondant. Dans la rade de l'ile Saint-Pierre au contraire, il s'a- moncelle presque tous les ans et môme jamais il n'y man- que totalement : aussi l'y vient-on pêcher de Miclon •, puis des baies de Fortune, de Plaisance, de celle des Burins, en un mot de toute la partie orientale de la côte sud de Terre-Neuve, où il ne se porte jamais quoique fort voisine. La pêche de l'Eucornet n'exige , pour toute amorce , ( 3^8 ) qu'un corps brillanl dans l'eau. L'on faîl en conséquence une espèce de petit fuseau en plomb , qu'on suspend par une extrémité à la ligne, cl qui a son extrémité opposée garnie tout autour d'épingles recourbées en crochet de bas en haut. L'on nomme turlut ce petit instrument qui est long d'un décimètre au plus. Les Basques en ont été les inventeurs en 1783, et s'en sont servis les premiers à l'ile Saint-Pierre comme appât pour rEncornet : c'est ce qui leur a donné un grand avantage sur tous \eè autres pêcheurs, auxquels ils ont tenu caché bien soigneusement leur secret, le plus long-temps possible. Quant à l'u- sat^e de rEncornet pour prendre la Morue , c'est une vieille femme française, née à la Baie -de-Plaisance, qui est la première qui l'ait employé comme appât, ayant jugé que la Morue devait en être très-friande puisqu'elle en trouvait dans l'estomac du plus grand nombre. Aucun pêcheur avant elle n'avait tenu compte de celte observa- lion journalière. Pour prendre l'Encornet , il ne suffit que de descendre le turlul'au milieu de ses innombrables légions. L'éclat de ce petit fuseau en plomb qu'on a soin de tenir le mieux poli possible, est aperçu par ces animaux, lesquels af- fluent de toute part pour voir ce corps étrange qui brille au milieu de leur élément. En le retirant un moment après, l'on enlève plusieurs Encornets à la fois, qui se sont accrochés au verticille d'épingles recourbées, soit par le corps ou par leurs tentacules. Comme cet animal parait extrêmement curieux, l'on peut amener ses légions à la surface des eaux par le moyen le plus simple, même lorsqu'elles sont par cinc[ ou six brasses de profondeur. Il suffit de descendre le turlut au milieu d'elles et de l'élever successivement eu ( 3^9) retirant la corde. LcsEncornets poursuivent ce corps bril- lant, remontent et viennent jusque sur l'eau, où il n'y a plus qu'à les prendre avec la main. Quand l'Encornet abonde , un homme peut en prendre i, 200 par heure, mais il faut se borner à la quantité dont on peut avoir besoin pour pécher pen- dant deux à trois jours, car il ne peut se conserver da- vantage. Putréfié, son odeur est insupportable par sa fétidité. Lorsque l'Encornet est rare , il faut recourir à des corps qui brillent plus dans l'eau que le plomb, quelque soin que l'on mette à gratter celui-ci pour le rendre le plus éclatant possible , en enlevant l'oxide qui se forme à sa surface. L'on a substitué quelquefois avantageusement des turluls d'argent à celui de plomb , mais l'on préfère encore à ce moyen une petite bouteille de verre que l'on remplit de mercure. Quelquefois ce mollusque se ren- contre dans diflérens golfes autour de l'île Saint-Pierre mais c'est toujours dans la rade qu'il afflue de préférence , peut-être en raison de ses deux entrées, et sa pèche est négligée sur les autres points. La pèche de ce mollusque se fait toujours dans le plus morne silence , surtout lorsqu'il est à fleur d'eau. J'ai vu la rade de l'Ile Saint-Pierre remplie de chaloupes françaises et anglaises, sans entendre une seule parole des gens d'équi- page. Lesbàtimens anglais seuls se trouvaient au nombre de 3oo ou davantage; les habitans de notre colonie eu avaient au moins un nombre égal, de manière que le port entier n'avait l'aspect que d'une forêt. Comme c'est du succès de cette pêche que dépend celle de la Morue, les navires ne tirent jamais le canon soir et matin, ni même le jour de la fêle du roi, le 25 aoiit, si la pêche ( 33o ) dure encore à cette époque , a(in de ne pas eftVayor l'Encornet et le faire fuir ces parages. C'est avec l'Encornet qu'on complète et termine la pêche de la Morne, à laquelle neuf à dix mille Français sont occupés tous les ans. L'on a fait la remarque que dès que les troupes de Capelans arrivent autour de Terre-Neuve , la Morue, selon l'expression des pécheurs , ne veut plus manger que de ce petit poisson, et refuse entièrement la chair de la Coque , 3Tya Arenaria , avec laquelle on commence la pèche. Il faut par conséquent ne plus lui présenter que du Capclan , lequel vient ordinairement versj le milieu de juin. Cette période delà pêche finit au mois de juillet, où paraissent les Encornets sur lesquels se déchaîne de nouveau toute la voracité de la Morue d'une manière non moins exclusive; et comme ce serait en vain qu'on lui présenterait alors toute autre espèce d'appât , il faut faire la meilleure provision possible d'En- cornets afin de continuer la pêche jusqu'à la fin de sep- tembre , époque où elle se termine. • Description de V Encornet des pêcheurs (Loligo Piscatorum.) Loligo corpore cylindrico subœquali puncds fusco-pufpuras- ccntibus crehris adsperso , inque dorso medio lineam obscu- riorem formantibus : capitis parte occipilali , dorsique cutis extcrnœ in parte média, aciiminata : oculis ellypticis , sii- pernè macula fuscescente instructis : cruribus , corpore et bra~ chiis , dimidio brevioribus : scyphulis adhœrentibus , per am- bitus dimidium tantum denticulatis : pinna gemina basiliari latc cordato-acuta. La longueur totale de l'animal est de 53 centimètres, depuis l'extrémité de ses deux bras jusqu'à celle de la partie inférieure du corps. Celui-ci est cylindrique , gros ( 33i ) transversalement de 6 ceniimètres, et revêtu d'un indn- teaii, en forme d'étui cylindrique qui se resserre en pointe postérieurement, où il se trouve garni de deux nageoires molles, solides, assez épaisses, mais amincies vers leurs bords. Leur ensemble représente assez exac- tement la forme d'un cœur très-évasé latéralement, dont le diamètre est de i 3 centimètres et qui se termine in- férieurement en pointe , ainsi que le corps. Ces nageoires sont de la nature et de la consistance du manteau , éga- lement lisses et parsemées d'une multitude de points arrondis ou comme ocellés , inégaux, d'une couleur pour- prée rembrunie ; mais ils sont plus uniformes sur le dos, où ils deviennent en outre irréguliers et serrés de ma- nière à former une bande très -rembrunie , qui se pro- longe même un peu sur la partie supérieure des nageoires. Le corps constitue une espèce d'étui cylindrique dont la longueur égale celle de la tête depuis sa base jusqu'à l'extrémité de deux grands bras ; il est assez flexible quoi- qu'il renferme un osselet mince, cartilagineux, qui se rend d'un bout à l'autre et se sent, par la pression, dans toute sa longueur. La tête trouve la facilité de se mouvoir à volonté et de s'incliner en avant, en arrière ou de chaque côté, l'extrémité supérieure du manteau n'étant pas exactement remplie par le corps. Le bord du manteau se trouve coupé droit transversalement , excepté du côté qui ré- pond à la région occipitale où il s'avance un peu en pointe. Le col est comme nul ; il se réduit à la contraction par laquelle le haut du tronc se joint à la tète 5 celle-ci est courte, large de 4 centimètres sur 3 et demi de lon- gueur, un peu aplatie en dessus, où elle oflie deux la- C 332 ) ches rembrunies de chaque côté en dessus dos yeux, les- quels sont lin peu allongés , assez grands , à peine saillans. Ils ont leur prunelle noire et entourée d'un petit cordon Llancliàtre qui se trouve en dedans d'un cercle étroit et d'un bleu noirâtre. Le reste de l'orbite, qui est d'un blanc nacré, ne se découvre qu'antérieurement, parce que leur ouverture est transversale, afin de faciliter l'extension des pieds par la dilatation de la paupière supérieure. Le sommet de la tète présente huit pieds et deux bras placés circulairement autour de la bouche; ils sont un peu anguleux étant comprimés latéralement , arrondis en dehors et plats sur leur face interne, laquelle porte seule les suçoirs. Los pieds ainsi que les bras vont en s'amincissant vers leur extrémité supérieure qui se ter- mine en pointe. Il règne toujours un ordre symétrique dans la distribution de ces pieds , par lequel les deux de dessus et ceux du dessous de la tête, qui sont conligus, sont les plus petits 5 le suivant de chaque côté est plus long que ceux-ci et plus épais à sa base. Ces derniers sont séparés des deux bras par un autre pied qui lient le mi- lieu entre les proportions des quatre petits et des deux intermédiaires. Ces huit pieds sont garnis dans toute leur longueur de suçoirs cupuliformes, mais les deux bras n'en offrent que dans leur extrémité supérieure : du reste ils sont plus menus que les huit pieds et même de moitié plus à leur orifice, d'un tiers plus longs que ceux-ci , et d'une grosseur à peu près égale jusqu'à la partie qui porte les suçoirs , laquelle est un peu renflée en forme de massue allongée. Les suçoirs consistent en capsules larges de a à 4 fî^'l- limètres, dont le bord est garni, sur la moitié seulement de la circonférence, de petites dents circulaires d'un as- ( 333 ) pccL argenté dont la pointe est un peu rentrante eu de- dans. Tantôt ces denticidcs se trouvent latéralement, ou tantôt du côté du sommet des pieds ou des bras ; en général elles n'ont point de position fixe. Ces capsules sont d'une nature ferme et cartilagineuse, quoique très- minces, portées sur un pied court , toujours excentrique et placé vers leur partie intérieure. Les pieds et les bras étant tous réunis ensemble inté- rieurement forment l'étoile lorsque l'animal les tient étalés -, ils adhèrent entre eux par une membrane qui se prolonge ordinairement en sept pointes en devant. Les deux bras sont placés un peu plus en arrière , et d'après leur adhérence à la membrane qui se trouve décurrente en dessous de son bord, il est très-facile de reconnaître qu'ils ne peuvent agir pour ainsi dire qu'en avant et fort peu se rapporter en arrière, parallèlement au corps, ainsi que cela se voit dans le Calmar ordinaire. Un bourrelet charnu, circulaire, large de 8 railtimè- tres et couvert de papilles très-obtuses , s'élève au centre de la membrane dont nous venons de parler ; il entoure immédiatement le bec corné qui constitue la bouche, et le recouvre à la volonté de l'animal. Ce bec est fort tran- chant, mince, dans une position inverse de celui des oiseaux, du noir le plus intense, composé de deux man- dibules qui sont d'une consistance très-ferme. La supé- rieure en s'abaissant se trouve reçue dans l'inférieure c[ui se recourbe en crochets de bas eu haut. Dans l'état or- dinaire , la pointe seule excède le niveau du bourrelet qui l'entoure. 11 y a une très-grande analogie dans la forme de ce bec et celui des congénères de cet animal , avec celui du perroquet j il tranche vivement par sa cou- ( 334 ) leur du noir le plus intense , avec la teinte blanchâtre de toutes les parties voisines. Si l'on ne considérait la tête qu'avec tous ses pieds et les deux bras allongés dans la direction du corps , l'on n'hésiterait pas à croire la bouche de l'Encornet située dans le sillon courbé en arc qui se trouve en dessous, à l'endroit môme où la bouche existe dans la conforma- tion ordinaire des animaux. Il serait même d'autant plus naturel de l'y supposer, qu'on rencontre en cet endroit une valvula ou sou})ape qui vient clore une cavité dans laquelle on croirait trouver l'orifice de l'oesophage, mais qui n'aboutit nulle part. Au reste c'est par cette valvule elle-même que l'Encornet vivant lance avec force toute l'eau et la liqueur noire que son corps renferme inté- rieurement. Peut-être sert-elle encore à quelques au- tres évacuations. .T'ai rencontré parmi les Calmars de l'Amérique sep- tentrionale décrits par le Sueur , une espèce qu'il nomme Loligo illecebrosa, qui me parait assez analogue à celle que je viens de décrire *, mais celui-ci dillère du nôtre par la partie postérieure de sa tête qui se coupe trans- versalement en ligne droite , au lieu de former à sa partie moyenne ime pointe correspondante à celle qui est au sommet du manteau. Il en diffère encore par ses nageoi- res dont le bord supérieur est coupé d'une manière plus rectiligne •■, en outre ses deux bras se trouvent plus grêfes. Ce Calmar sert également d'amorce ou d'appât aux pê- cheurs de la baie de Saude (Saudy), pour prendre la Morue. Il reste maintenant à constater , sur nombre d'indivi- du.s, si ce sont deux espèces distinctes, ou plutôt, comme ( 335 ) je le présume, deux modificalions du lype qui conslitue l'espèce proprement dite. Ayant décrit et figuré ce Ln- ligo en 1816 , je suis le premier naturaliste qui s'en soit occupé; le .Sueur ne l'a publié qu'en 1821. EXPLICATION DE LA. PLANCHE l6. Fig. I. Loligo piscntorum vu en dessus. — Fig. 2. Le même vu en des- sous. — Fig. 3. Le sommet de la lête ayant les pieds et les bras ctale's en étoile, afin de découvrir le bec corné qui forme la bouche. Fig. 4. Portion de l'animal vue en des.sous pour faire voir la valvule par le sommet de laquelle sort la liqueur noire, et que l'on a abais- sée pour découvrir une cavité demi-circulaire qui forme un cul-de- sac , et qu'on pourrait prendre pour la bouche au premier abord. — A. Une des ventouses ou suçoirs, vue latéralement. B. La même, vue de face, àtln de découvrir l'orifice par lequel l'air est aspiré. — C. Le cristalin. — D. Le même grossi. Notice sur un Insecte hjviénoptère , de la famille des Diploplères , connu dans quelques parties du Brésil et du Paraguay , sous le nom de Lecheguana , et récoltant du miel; Par m. Latreille. Lue à l'Académie royale des Sciences. D'après nos connaissances sur les habitudes des in- sectes , les abeilles semblaient jusqu'à ce jour posséder exclusivement la faculté de recueillir le miel et de le con- server dans des alvéoles. Cette opinion me paraissait même tellement fondée que quoiqu'un observateur, dont Li vé- racité et l'exactitude ne peuvent être révoquées en doute , don Félix d'Azzara , nous eût dit , dans la relation de ses voyages dans l'Amérique méridionale , que certaines guê- pes de ces contrées faisaient du miel, j'avais pensé avec M. Walckenaer (Traduct. de ces voyages, t. I, pag. i65) que ce voyageur , peu versé en entomologie , s'était nié- ( 33G ) pris à l'égard de ces insectes , et qu'on devait les ranger, soit avec les Mélipones , soit avec les Trigones, hyménop- tères analogues sous ce rapport à nos Abeilles et aux Bourdons. (Voyez le Recueil d'Observations et de Zoo- logie et d'Anat. comparées de MM. Alexandre de Hum- boldt et Aimé Bonpland , et la seconde édition du Dict. d'hist. natur. , article Mélipone. ) Cependant les faits re- cueillis par M. deSainl-HilairPj dans son voyage au Brésil , au sujet de l'une de ces guêpes , celle que d'Azzara nomme Lecheguana ^ prouvent incontestablement que cet auteur avait bien jugé les rapports naturels de cet insecte, et que des espèces de guêpes de l'Amérique méridionale, en employant pour la construction de leurs nids les mê- mes matériaux et essentiellement le même genre d'ar- cliitectureque les nôtres , destinent néanmoins une partie de leurs gâteaux à recevoir un miel excellent , ayant plus de consistance que celui des Abeilles , et dont M. de Saint- Hilaire nous a donné une quantité suffisanlc pour en con- naître la nature. Au premier examen des gâteaux apportés par ce savant botaniste , je n'ai pas hésité à reconnaître mon erreur et à déclarer que l'insecte qui les avait construits devait ap- partenir à ma sous-famille des guêpiaires et se rapprocher des Guêpes cartonnières et autres espèces composant aujourd'hui mon genre Poliste. Cet hyménoptère est aussi désigné sous le nom de Lecheguana dans la belle collec- tion zoologique formée au Brésil par M. de Saiut-Hilaire, collection d'autant plus précieuse pour le Muséum, d'his- toire naturelle , qu'elle offre un très-grand nombre d'es- pèces recueillies dans des provinces qui n'avaient pas été explorées. J'ai eu la facilité d'en étudier les carac- tères. Le résultat de cet examen a été que l'insecte était réellement de ce genre, et qu'il n'était pas indiqué ou ( 337 ) décrit dans les auteurs systématiques. D'autres natura- listes ou voyageurs , antérieurs à d'Azzara , tels que Pison, Marcgrave, Hernandez , etc., en ont-ils fait mention? c'est ce qui est plus problématique. En comparant les descriptions que fait d'Azzara des guêpiers construits par les insectes qu'il appelle Lecheguana et Camuatis, avec ce que le dernier, dans son Histoire naturelle de la Nou- velle-Espagne , liv. 9, page i33, nous dit de deux es- pèces d'Abeilles , dont il figure les nids sous les noms de Micatzonteco, Mimiaoatl et Y zaxalagmitl , figures que j'ai reproduites dans mon Mémoire sur les Abeilles de l'Amérique (Rec. d'Ob'servat. et de Zoolog. et d'Anat» comp. de MM. de Humboldt et Bonpland), j'ai lieu de soupçonner que ces insectes sont identiques ou peu dif- férens. La première de ces ruches serait celle de la guêpe Lecheguana. L'abeille dont, selon Marcgrave, le miel est appelé kitshaara , et dont la ruclie longue d'une demi- aune , et formée d'une espèce de papier grossier , est sus- pendue à des arbrisseaux ou à des petits arbres , pourrait bien encore ne pas différer de l'insecte précédent. Les observations que m'a communiquées , à l'égard de celui- ci , M. de Saint-Hilairc , concordent assez bien avec celles de Marcgrave. Les sociétés de nos Guêpes indigènes finissent aux ap- proches de l'hiver -, mais il est probable qu'il n'en est pas ainsi de celles des Guêpes propres à des pays dont la température atmosphérique est beaucoup plus élevée, et où cette saison n'est tout au plus distincte que par le repos de la végétation ou moins d'activité dans ses dévelop- pemens. C'est peut-être pour mettre à profit ce luxe de végétation qui caractérise les contrées équatoriales ou avoi- sinant les tropiques, et pour se précautiouuer contre Tome IV. 2a .( 3;hk ) itis temps de disettes, que ces (Tiièpes recueillent du miel. Celle que les Brasiliens appellent Lecheguana se rap- proche beaucoup, ainsi que j'en ai prévenu plus haut, de la Guêpe carlonnière de Réaumur , que Fabricius place avec les Guêpes proprement dites , en la désignant sous le nomde IVidulans (S) xtein. piezatorum, pag. 266), et que j'avais d'abord sépaiée dans un genre propre, celui d^Epipoiie (^Epipona). Mais il est évident que l'épis- tome ou le chaperon et les organes masticatoires de cet insecte, sont les mêmes que ceux des Polistes, et qu'il doit être rapporté à cette première division du genre que j'ai caractérisé ainsi : ( Gênera crustaceorum et insecto- rian, T. IV, p. 1 4 1 )• Tnetathorax postice et abdomen antice abrupte truncata ,• lioc bre{^issime pedîculato ,* illius seg- menlo antico in pediculum elongatum non angustato. Les formes de ces parties sont communes tant aux Guêpes proprement dites ou à celles de notre genre F^espa , qu'à plusieurs Guêpes solitaires. Voilà pourquoi Fabricius, ne consultant que ces analogies, a confondu générique- mentces hyménoptères. Ses Guêpes sericea et scutellaris paraissent avoir une grande affinité avec notre Poliste lecheguana ; mais la première s'en éloigne par la couleur de l'écusson, et la seconde par celle des pieds. Les mandibules de ce poliste sont terminées par quatre dents, dont les trois supérieures très-aiguës, diminuant peu à peu de grandeur , et dont la quatrième ou l'infé- rieure comme tronquée est échancrée. Le thorax est plus fortement tronqué à son extrémité postérieure que dans d'autres espèces de la même division , la nidulans no- tamment, de manière que l'écusson , en forme de carré transversal , un peu échancré ou concave au milieu de son bord postérieur, s'avance un peu au-delà du meta- ( 339) ihorax, et qu'une portion supérieure de la base de l'ab- domen peut s'appliquer contre lui. Le second anneau de cette partie du corps étant fort grand et pouvant re- cevoir les suivans, elle se présente sous une forme pres- que globuleuse , mais se terminant en pointe. Ce n'est qu'en entrant dans ces moindres détails de formes , que l'on pourra distinguer rigoureusement et sans équivoque les espèces très-nombreuses du genre Vespa de Linné. En admettant la division exposée ci-dessus, les carac- tères spécifiques du Poliste lecheguana , Polistes leche- guana , deviennent très-simples et peuvent être exprimés ainsi : Corps noir , un peu soyeux , ponctué -, écusson avancé ; tête, thorax et pieds sans taches 5 métathorax unidenté de chaque côté 5 bord postérieur des cinq premiers an- neaux de l'abdomen jaune ; ailes supérieures enfumées à leur base. Corpore nigro , subsericeo , punctato , scutello pro- minulo ; capite , thorace pedibusque immaculatis ; me- ihathorace utrinque unidentato ; abdominis segmentis quinque primis posteriùs Jlavo marginatîs ; alis superîs basi obscuj'o-flavida. L'abdomen est plus luisant et plus finement ponctué que les autres parties du corps. Le jaune qui borde pos- térieurement ses cinq premiers anneaux tire un peu vers l'orangé. Les deux dents du méthatorax sont formées par le prolongement de ses angles postérieurs. Le duvet soyeux est généralement obscur : mais sur les côtés infé- rieurs du mésothorax et près des angles du métathorax, il est un peu luisant et semble y former des espèces de taches. Je n'ai vu que des individus neutres. La longueur du 32* ( Mo ) corps est d'environ huit millimètres. M. Laiigbdoriï m'a- vait envoyé cet insecte, mais sans indication particulière. Relatioin d'un ampoùonnemciil causé par le miel de la guêpe Lccheguanu j ( F.xirait. ) Par m. Adgcste de Saint-Hilaire. Lue à rAcadémic des Sciences. Akistote , Pline et Dioscoride ont assuré qu'en un certain temps de Tannée le miel dos contrées voisines du Caucase rendait insensés ceux (|ui en mangeaient, et Xénoplion raconte qu'aux approches de Trébizoude , des soldats de l'armée des dix mille furent très-incommodés pour avoir goûté à du miel qu'ils trouvèrent dans la campagne. Ces récits ont été confirmés par plusieurs modernes, par le P. Lambert, par Tournefort, surtout par (iuldenstaedt, le conipagjion de Pallas, et ces voya- geurs ont reconnu que c'étaient les fleurs de VAzalea Po«f/oa, et peut-être aussi celles àwRliododendrum. Pon- ticunt^ qui communiquaient nu miel de la Mingrelie des propriétés délétères. Ce n'est pas seulement dans l' Asie-Mineure que l'on a trouvé du miel d'une qualité dangereuse. Seriiige ra- conte l'histoire de deux p."\tres suisses qui forent victimes d'un affreux empoisonnement, causé par du mifl que le Bourdon commun avait sucé sur les jlconituni napcllus et Lrcoctonufn. Celui que les Abeilles de la Pensylvanie, de la Caroline méridionale, de la Géorgie et des deux Florides, recueillent sur les Kalmia angustifolià , lati- folia et hirsula, et sur ï Jlnâronicda mariana , cause souvent, selon Benjamin Smiih Barton , des maux des- ( 34. ) totnac, des verligf-s et du délire. Enfin Azzara lapporie que le miel-de deux espèces d'Abeilles communes au Pa- raguay, occasione l'ivresse la plus complète, des con- vulsions et de violentes douleurs. Malgré tant d'autorités réunies, de nos jours encore plusieurs écrivains ont traité de fabuleux les récits de l'historien des dix niille ^ mais si ces récits avaient besoin d'une confirmation nouvelle, on la trouverait dans un événement qui est arrivé à M. Auguste de Sainl-Hilaire pendant le cours de ses voyages. Après avoir suivi long-temps les bords du Rio-de-!a- Plata et ceux de l'Uruguay, il était arrivé dans un vaste désert , uniquement peuplé par des jaguars et d'immenses troupeaux de jumeus sauvages, de cerfs et d'autruches. Obligé de rester quelques jours sur les bords du Kio- de-Santa-Anna, en attendant im guide qui devait lui être envoyé de fort loin , il profitait de ce séjour pour aller faire de longues herborisations dans la campagne. Dans l'une de ces excursions, il vit un guêpier qui était suspendu, à environ un pied de terre, à l'une des branches d'un petit arbrisseau, et qui avait une forme à peu près ovale , de la grosseur de la tête, une couleur grise, et une consistance cartacée comme les guêpiers d'Europe. Deux hommes qui l'accompagnaient , lui soldat et un chasseur, détruisirent le guêpier, et ils en tirèrent le miel. M. de Saint-Hilaire mangea environ deux cuil- lerées de ce miel-, le soldat et le chasseur en goûtèrent également', et tous s'accordèrent à le trouver d'une dou- ceur agréable, et absolument exempt de cette saveur pharmaceuli([ue cju'a si souvent celui de nos abeilles. M. de Saint-Hilaire éprouvn îiientôi une douleur d'es- tomac plus incommode que vive, il se coucha sous sa charrette et s'endormit, A son réveil il se trouva d'une ( 340 telle faiblesse, qu'il lui fut impossible de faire plus d cinquante pas; il retourna sous la charrette ,^et sentit son visage baigné de larmes, auxquelles succéda un rire convulsif qui se prolongea quelques instans. Sur ces entrefaites arriva son chasseur , qui lui dit d'un air égaré, que depuis une demi-heure il errait dans la campagne, sans savoir où il allait. Cet homme s'assit sous la charrette à côté de son maître , et ce fut alors que commença pour celuiTci l'agonie la plus cruelle. Il ne ressentait point de grandes douleurs , mais il était tombé dans le dernier affaiblissement, et éprouvait toutes les angoisses de la mort -, un nuage épais obscurcit ses yeux, et il ne lui fut plus possible de distinguer que les traits de ses gens et l'azur du ciel. Il demanda de l'eau tiède, et s'étant aperçu que toutes les fois qu'il en avalait le nuage qui lui couvrait les yeux s'élevait pour quelques instans, il se mit à boire presque sans interruption. Cependant le chasseur se leva tout-à-coup , déchira ses vêtemens, les jeta loin de lui, prit un fusil, le fît partir, et se mit à courir dans la campagne-, en criant que tout était en feu autour de lui. Le soldat, qui avait pris sa part du miel vénéneux, avait commencé par être fort malade,* mais comme il avait v )mi très-promptement , il avait bientôt repris des forces. Il s'en faut cependant qu'il fut entièrement ré- tabli ; après avoir donné pendant quelque temps des soins à M. de Saint-Hilaire , il monta tout-à-coup à cheval , se mit à galopper dans la campagne -, mais bientôt il tomba, et quelques heures après on le trouva profondément en- dormi dans l'endroit même où il s'était laissé tomber. Cependant l'eau chaude dont M. de Saint-Hilaire avait bu une quantité prodigieuse, finit par produire l'effet qu'il en avait espéré, el il vomit avec beaucoup de li- ( 343 ) quide une partie des alimens et du miel qu'il avait pris le matin. Alors il commença à se sentir soulagé, il put distinguer sa charrette , les pâturages et les arbres voi- sins ; il indiqua à ses gens où ils trouveraient un vomitif; il le prit en trois portions, et après avoir rendu la troi- sième , il se trouva dans son état naturel. A peu près dans le même moment la raison revint tout-à-coup au chasseur, et il prit de nouveaux vête- mens. Le lendemain M. de Saint-Hilaire était encore un peu faible ; le soldat se plaignait d'être sourd d'une oreille -, le chasseur assura qu'il n'avait point encore recouvré ses forces, et que tout son corps lui paraissait enduit d'une matière gluante. M. de Sainl-Hilaire , s'étant remis en route, dit à ses gens qu'il serait bien aise d'avoir quelques guêpes de l'espèce qui produit le miel dont il avait failli être la vic- time. Bientôt il aperçut un guêpier absolument semblable à celui de la veille, et ce guêpier fut reconnu par lui, et par toutes les personnes de la suite , pour appartenir également à la guêpe appelée dans le pays Lecheguana. Malgré ce qui était arrivé le jour précédent , quelques Indiens qui accompagnaient M. de Saint-Hîlaire eurent l'imprudence de manger le miel de ce dernier guêpier , mais ils furent assez heureux pour n*en point être in- commodés. Aussitôt que M. de Saint-Hilaii'e fut sorti du désert où il était alors, et qu'il entra dans la province des Mis- sions , il interrogea beaucoup de gens sur le miel du Le- chegixana. Tous, Portugais , Guaranis , Espagnols, s'ac- cordèrent à lui dire que le miel de la guêpe Lecheguana n'était pas toujours dangereux , mais que, lorsqu'il in- commodait, il occasionait une sorte d'ivresse et de délire ( 344 ) dont on ne se délivrait que par des vomissemens , et qui allait quelquefois jusqu'à donner la mort. Onlui assura quel'on connaissait parfaitement la plante sur laquelle la guêpe Lecheguana va souvent sucer un miel empoisonné , mais comme on ne la lui montra pas, il se trouva malheureusement l'éduit à foruier de simples conjectures. Sur la nouvelle famille de plantes fondée sur le genre Tamarix; : Par m. Desvadx. D'aprïîs la communication que nous avions faite à la classe des sciences de l'Institut de France, de l'établis- sement d'une famille de plantes sous la dénomination de Tamariscinées , on a cru devoir adopter la création de ce groupe naturel, et bien que ce travail soit fait depuis plus de huit ans (i) , il n'a pas encore été publié , nous croyons donc utile de faire connaître en détail le résultat de nos observations , en y joignant la mono- graphie de cette petite famille de végétaux. Le savant Gœrtner ayant prouvé , par l'analyse , que le genre TamArix avait les graines dépourvues d'albumen, dès-lors , quel que soit le rapport de la capsule de ce genre avec celle du Telephiwn, près duquel il était placé, il n'est plus possible de le ranger parmi 1rs Porlula- cées 5 d'ailleurs le dernier de ces genres, ainsi que nous nous en sommes assurés , offre un albumen très-déve loppé. (i) Cette famille do plantes a étc proposée en i8i5, et le travail lu à l'Institut. ( 345 ) Ayant eu occasion d'étudier une série d'espèces nou- velles ou peu connues , que l'on peut grouper de ma- nière à former deux genres distincts^nous avons cru par- là pouvoir donner encore plus de consistance à la fa- mille des Tamariscinées , dont voici le caractère : « Calice libre , profondément divisé , rarement tubu- » leux à sa base , et à divisions imbriquées ; 5 pétales )) (rarement 4), saillans hors du calice et màrcescens , » fixés à la base du calice; ^,5 ou lo étamines un peu )) réunies à la base ou monadelphes; ovaire simple , tri- » gone; style sessile , h 3 sillons où 3 stylos ; fruit cap- » sulaire , Irigone, Irivalve, uniloculairc , polysperme ; )) graine aigrettée , à aigrette simple ou composée , fixée » au liaut ou au bas des valves ». Dans un Mémoire présenté à l'Institut, M. Auguste de Saint Hilaire propose de placer le Tamarix dans les Lylhraires , en faisant pressentir qu'il peut donner lieu à l'établissement d'une famille particulière , d'après la comparaison qu'il annonce avoir faite des deux espèces généralement connues. Les différences des fleurs de ces deux arbustes nous étaient bien connues, et depuis un grand nombre d'an- nées, nous avions tracé leurs caractères respectifs. Les doutes de M. Auguste de Saint-Hilaire nous engagèrent alors à étudier ce groupe avec un nouveau soin. Quels que soient les rapports que l'on trouve entre le genre Tamarix et les Lytlu'aires, il est certain qu'il en diffère par plusieurs points essentiels. Le calice parait bien un peu tubuleux vers la base , dans le Tamarix d'Alle- magne, ainsi que dans les Lytliraires , mais dans quatre espèces congénères , nous avons observé que les divisions. ( 346 ) du calice se prolongent presque jusque vers la base. L'insertion des étamines, placées au bas du calice, dans le Tamarix , ne ressemblent point à celles des Lythrai- res, qui ont les filets adnés au calice. De plus, il n'y a point, dans le Tamarix, le placentaire (ou placenta) central que l'on trouve dans le Lythrum, et les graines, qui sont appendiculées , sont fixées au milieu ou au bas des valves. Les diflereuces entre les Tamariscinées et les Lylhrai- res sont d'une plus grande importance que les rapports qu'elles peuvent avoir , si l'on en excepte l'absence de l'albumen dans les deux familles. Lorsque l'on ne connaissait que deux espèces de Ta- marix, il eût peut-être été inconvenant de constituer une famille de plantes sur deux espèces*, mais comme, d'après les observations qui suivent, on trouve une réu- nion de quatorze espèces, qui peuvent être divisées en deux genres , il n'est plus aussi extraordinaire d'établir la famille que nous proposons. Nous n'ignorons pas que ces sortes de créations doi- vent être faites avec une prudente circonspection , parce que de fausses considérations entravent les progrès de la science, et d'un autre côté il faut éviter l'établissement d'une famille , sur chaque genre de plantes , qui n'a pu ou ne pourrait être classé, parce que l'on multiplierait, au détriment de la science , le nombre des familles. C'est après nous être bien pénétrés de principes aussi utiles, que nous croyons cependant nécessaire de conserver distincte la famille des Tamariscinées. Ces créations ne sont pas toujours une addition au nombre de celles con- nues, parce qu'il n'y a pas de doute que plusieurs de celles que l'on a proposées , ne sont pas établies sur des i ( 347 ) bases solides , et que même quelques-unes de celles an- ciennement établies doivent être réduites : par exemple ce n'est que par une sorte de préjugé de l'école que l'on a fait trois familles dans les Composées , qui n'en for- ment qu'un seule, très-naturelle, bien loin d'en faire quinze à vingt, comme on le propose aujourd'hui. S'il est une circonstance où l'on puisse proposer l'éta- blissement d'une nouvelle famille de plantes , c'est celle où un genre bien connu dans tous ses détails d'organi- sation , est prouvé cependant n'avoir aucun rapport pro- noncé avec une des familles de plantes déjà établie , et c'est ce qui a lieu, au moins nous le pensons, pour le genre Tamaiix ; surtout lorsque le genre , tel que nous le supposons , est susceptible de former , ainsi que le Tamarix, divers genres. Au surplus c'est aux botanistes à peser la valeur des caractères que nous avons signalés, car c'est l'assentiment général et non l'opinion particu- lière qui fait règle. Dans le genre Tamarix se trouvent réunies neuf es- pèces. Le second genre, qui en est détacbé, n'est composé jusqu'à présent, d'après nos recherches, que de cinq espèces, et nous le désignons par le nom de Myricaria, mot par lequel Camerarius signalait le Tamarix ger- manica. Nous soupçonnons d'après des fragraens incom- plets, vus dans les herbiers , qu'il sera possible d'élever encore le nombre des espèces plus que nous ne l'avons fait. Si ce ne sont pas des espèces telles que l'on peut s'en faire l'idée , ce sont au moins des modifications qui peuvent être énumérées , et dont les caractères sont aussi marqués que dans un grand nombre de végétaux que l'on est convenu d'élever au rang d'espèces, bien ( 34« ) que des observc^tions plus rétléchies piiiss(;iit plus lard les replacer dans l'ordre des variations. TAMARISCINE^. Cali'jC mfevns , profunJè parlitus , rariùs basi tuba losus : laciuiis subimbricaiis. Petala 5 . interdùin ^i, exserta , iiiarcescentia , basi calycisadfixa. Stamina 5-io, rarissime 4 5 monadelpha aut tantum basi coalita. Ot^flt- tium superiim, siiifiplex , triangularei 4S^)'^Z«5sessilis, tri- sulcus , aut styli 3. Fruclus capsuîai'is , trigonus , tri- valvis , uuilocularis ,'polyspermus. iSe/n?Vm apice papposa âut unisetosa , irriis aut sœpiùs mediis valvarum basi aflSxa. £'mè/yderectus absque albumine. Herbœ ^ fra- tices aut aTbusculœ ferè Juniperi facie ; folia alterna quafidoque squamiforinia aut vaginantia. Flores brac- teolati, spicati : spicis simpUcibus aut paniculalis. TAMARIX. Calix 4-5 partitns , persistens : Isciniis subimbrinatis. Petala ^-5: Stamina 4"5'? qufindoquè 10 basi coalita, Styli 3, elorigati, "divarioari. Stiginata subspatluilata , glandulo'sa. i5'?w?nfl basi .Valvarum alÊxa subuuistîtosa. Flores spicalî', spicis paniculàtim dispôsitisj''^^ ■'■•'■] ' 'i. T. Galltca , L. ( Tamarlséus Warbonens'ts \ Lobel. — T.' gatlicùs^ AH: '^'T: pentnndret, , 'Moënrh. .LamJ —^ 'J\ ^àllica , tt W\\\A);iô\'m glaberriçriis amplexicaHlibns, subremotis , mihutis,; adpressis , nciitis j spicis giacilibus, lafcialibus; floribiis sublaxis, S-iindris; pelalis mi-r nutis , pa.teiitibiis. Htihital in (ialliâ , Eiirope:l(|ne australi. (v. v.) a. T. AfricanA, Poir. Voy. (T. gàUlcn y Willd.) Foiiis glaberrimis amplexrcauiibns', ittibHcatisv adi)lressis, minu.tlisfiiinis , subaristiilatis 5 spicis crassis, der^sis- floribus.^-andri? ; petalis magnis palcntissiinis. Crescil in Barbariae arenosis inquo Galliâ. australi. (v. s.) 3. T. Canescens, Nob. (T.' pentàndia, var. Pall. FI. Ross. 2, i). 72 ( 349 ) 79 B. — T. gallica jl Willd. ) Foliis caulilnisqne tomentoso-incanis. Habitat in desertibiis salsuginosis maris Caspici. (v. s.) 4. T. Pallash.NoIi. {T.j)ealitndra, Pall. FI. Ross. 2, p.72-7() A.) T. gallica, Pall. FI. Ross. 2, p. 72. escl. syn. Bieberst. ) Foliis glabris , subcarinalis, acutis , imbricatis ; spicis subciassis; floribus 5-andris ; slylis brevibus. Habitat in saisis Rossiae. ( v. s. ) 5. ï. Chinemsis, Leur. Flor. Cocb. Ramulis nutantibus; foliis minii- tis^imis, aculis, adpressis, distantibus; spicis linearibns clongatis, te- miioribus; pctalis erectis; statniuibns 5. Habitat in provinciâ Can- toniensi Siiiaium. 6. ï. Tetraivdra , Pall. ( T.gallica Habl. Taur. p. io5. ) Foliis im- bricatis, acutis, glabris, lanceolatis; spicis gracilibus, lateralibus , nec paniciilalim dispositisj floribus subsparsis ; calycibus quadripar- titis; petalis staminibusquc quateinalis. Habitat in Persià inque .dé- serte inter Astracha et Kisijar et in Tauriâ. (v. s.) 7. T. SojVGARicA , Pall. Caule humili ; foliis oblongis, carnosis, ob- tusis , triqiietris ; floribus decaadris (8-andrisvc) axillaribus, confertis subspicatis. Habitat in Sibiriâ salsuginosis Songarise. 8. T. Passerinoïdes, Raf. Delile, Flor. Aeg. , p.5S. Caulibus ramis- que cinereis, diffusis; foliis canescentibus , remotis , divaricatis semi- amplexicaulibus, brevibus, latis, subfriangularibus. Habitat in Arabiâ inque Egyptise acidis (v. s. flores non vidi.) 9. T. Oriewtalis, Fors.k ( T. aegrpliaca arbor, G. Bauh. Pina.x 48. Thuya aphflli, L. Sp. pi. excl. syn. — 7'. articul/ita , Vald. VVilld. yJllè ambumS(mnun'Voy.,-vo\. 2, p. 4,^.9, fig. =.) Caule ramisque cine- reis; foliis subovatis, vaginanlibus , apicè subacuminatis; spicis lalcrali- bus, elongatis, gracilibus ; floribus Iaxis 5-andris, Habitat in Aiabi:). MYRTCARIA. . Calix 5-partitus aiit 5-fîdus. Pelala 5. Stamina lo, filamenlis basi coalitis , 5 niajoiibus. 6'/r''"-ï sessilis. Sti-^- mata 3 capitata. iSTAN ( 3o m ?1 Calc oolitico-graveleux Sallenelles, etc ). — Oolite brune (Sanerville , Bavent, C. 1 Glaise calcarifère avec encriuitts, coquilles, polypiers , surtout pol. foraminés et à réseau j éponges. — Sable calc. — Gale, dur, jaunâtre , à lamelles spathiques ( var. dominante ). Oolite blanche unijbrme d'Argentan. — Sables au contact des terrains anciens .CAIRE OE Cae». (aSàSom.) Galets d'Oolitc ( Falaise 1. — Calc. dur finement cristallin. — Strates calc, alternant apec des lits, ou contenant des noyaux de silex corné..— Gale, tufl'acé jaunâtre, à grains fins , ave nœuds plus cohérens (v ' ' " ' .....*-.. . ..^ EK Bessi 1 deux fois : aie de — Calc. poreux.. — Sables de Falaise et d'Écouché, O (5om.) Argiles grises, jaunes ou bleues ,ctal habituel 1; schisteuses ou compactes, alternant l Oolite elakche altéiiée de Mcslav, de Croisilles, elc , Calv. (12 m.) Calc. le plus souvent tendre et crayeux, se brisant aisément; faiblement et irrégulièrement oolitique, sans silex. ferrugineuse, avec prodigieux amas de coquilles \ r mètre 1. Concrétions également ferrugineuses, concentriques plus grosses. — Calc. !S altérés. — Calc. argileux, ochreux, avec Grjphœa cymbium, Plagioslama gigas. — Sables, grès et pouddiugue â ciment calc. ou fcrri i SABLEI..V n^OsMANVILLE (prèsisigny)?? alteruans (le calc dur, aigre, sublamcUaire , dendritique, bleu et jaune. — Sables de même couleur peu cohérens. Coquilles différentes de celles des autres systc : A GnyPHÉBS AnQDÛE.s DE CAHE^TA^■, LoiïOJEAD, etc. (C. , M.l lies d argile et marne bleues, brunes ou jaunes, feuilletées ou endurcies, alternant jusqu'à vingt fois avec des strates minces de cale, compacte, lithographique, c peu cohérent, u qii Quoique présentant la réunion de treize .sy; lent exact, surtout pour les parîies supérieu ette formation, et qvii, paraissant plus nouvi ncerlaine encore avec les Argiles de lloiijlt Ulcaibe OE He>.equev,lle îCnlv. ) . . Calc. grenu blaac jaunâtre , â grains fins, alt( raaques, i U ressemble au Calcaire de Caeii. Je couches bien distinctes , dont six n'avaient point encore été classés, cet essai de tableau n'est probablement ni co ont été omises â dessein. Il existe en effet sur les falaises , entre Trouville et Villerville, un calcaire appartenant, 1 : VOolite de Mortagne , a été rapporté par M de la Bêche au Calcaire de Portland, dont il a toutes les apparcnc. mpêche de l'introduire dans f ensemble. Il peut être ainsi caractérisé : iplet, :omplète- - doute, à Un : IdÉeo, rnés et pyro-Jpor. ( Pisolite. . \ Cortil-rag. t Calcarrciis-grit. j Blue-Cla,. ■ \ Kcllnvay rocl, ■ j Carn-brash. ' \ Sionesjicld oolite ? ÎForest-mnrble . Brad/àrt-daj. Bath oolite. j Dundry fh-rttginoi \ Saïul et Marlstone SYSTEME tout- à-fait SUPERIEUR. < lant avec des strates parallèles , non feuilletés , de Cale, légèrement oolitique et sableux ; de Calc. dur cristallin j de Silex corn Peut-être le Calcaire dÈcouchê i Orne), lire syslème, oolitique encore en p.irlie , et supérieur évidemment .1 tous les autres , est le sable brun et le grés bleu cilcarifêre de Glos, prèsLisieux; du Havre, de Trouville (Calv.l, nny I S. , de liallou , de la Ferté-Bernard (S. ). Lofer qui entre si Abondamment dans sa composition , et sa place évidente, engageraient d'abord â y reconnaître l'un de ««(!■ d'Angleterre; nrais sa structure fréquemment onlitique, ain.si que la ressemblance do quelques coquilles avec eeUes des couches inférieures, laissent des doutes sur \us.si je me boine à en indiquer le niveau par la stratification de l'intéressante colline de Glos , qui montre de grands rapports avec celle de Shotover, près Oxford. (Sable i in , siliceux, blanc, jaune ou rouge, contenant des lits ou blocs ovo'ides de grès calcarifère brun, bleuâtre, avec coquilles et fragracns de lignite. CAIRE siliceux pareillement coloré, souvent oolitique, surtout avecTêr ^en«/c«Zai're co^Mi'Wi'er. — Lits de silex calcédonieux calcarifère CAIRE îiiARVELx BLED, le^ivèiiMlAXii \qs argHes dc Hon/lcitr ITE BLA>ciiE ( Ool. dc Mortaguc et Lisiciix) j au calcaire de Povlland. KiïiMERinr.n-CLAï. Cof. .-Ra. i inutile d'ajouter à l'en? eures, et appartiennent ; arrachés aux mcines roches : ils sont doit noter en outre que plusieurs des couches saliloiiueiiscs qui occupent calcaire de Caen , au calcaire à polypiers et à Xoolilr iiifrneure. Plusi, n . . , [,, ,1,' I , ,,, différons systèmes alternativement formés, comme en Angleterre, dc caliMii, ; (,uh!i,|i„ . ,1, , ,1. i ordre constant et régulier, et n'alterucul ,|„c par quelques couches ;, leurs points di Jnn.desSc. nat., tom. IV, p 3G5. II n'est parties inl vrautdans bic du tableau les corrections suivantes ; La place du calcaire d'Osmanville est 1 grande oolite, qu'ils représentent comme sédimcns litloraux. Ils ont été en effet ii très-peu connus. M Hérault prrpiv, nn,- dpj.ripii ,n rie celui d'Alençon; celui-c '! ■ I ' Il ! I !i|.i II. ; lii'ure de chaque système incertaine; Voolits de Mainers et celle i'Alençon sont entièrement liées; d'un autre côté, celle-ci et le calcaire de Falogne se ressemblent par leurs sur les bords de l'ancienne terre, aux deux extrémités d'une lougue chaîne de terrains dc transition , et contiennent dans leur pâte les mêmes galets ait se diviser en deux systèmes , dont fun , plus ancien , aurait de grands rapporU avec le terrain i'Arkâse, de Bourgogne, déciit par M. de Bonnard. On tent pas lorsque ces différens systèmes sont en contact immédiat; tels paraissent être les sables de Falaise, d'Écouché , de Croisilles, subordoon-'- -■ ,/. Alamers se (ient", par de fortes rcssenilllances miuéralogiqncs, à quelques autres de la grande oolilc, Jbrest-marble et calcaire à polypiers. Sous U réserve de ces c.rrecU ■ ■■ ■ ■ • .^.o-sihceux et d'argiles calcarifères, ne sont point des équivalons l'un de 1 autre; mais sur de grandes surfaces lis se succcdcDl tous eus .irrecUons , les npactcs, de sables , dc gn Abréviatti nployées dans ce tableau. Jl., Jla .- C. , Calvados. — 0. , Orne. — S. , Sar'lie. C 367 ) 1 ? Calcaire et Grès silicéo-ferrugineux , de Glos près Lisieux. 2 Marnes argileuses de Ronfleur ou de Bellesme. 3? Calcaire ooliiique , de IlennequevîUe. 4 Oolite de Mortagne ou de Lisieux. 5 argiles , Calcaires et Sables de Dives , ou de Mamers. 6 Oolite de Mamers. 7 Calcaire harytifère d'Alencon. 8 Calcaire de V^alognes. 9 Calcaire à Polypiers de Caen et d'Argentan. \o Calcaire de Caen. 1 1 Calcaire marneux de Port en Bessin .( N. de Baveux. ) I "î Calcaire oolitique blanc altéré. i3 Oolite et Calcaire argileux ferrifèj'es. i\? Calcaire sableux d'Osmanville. i5 Calcaire à Grjphées arquées de Carentan, etc. l. Marnes argileuses de Ronfleur ou de Bellesme. Je propose ces deux noms , par la crainte que les deux dépôts, quoique dans la même interposition géologique, ne soient pas parfaitement identiques , et que l'un d'eux ne soit un peu plus nouveau. V Oolite de Portland et celle de Purbeck reconnues en Angleîerre comme supé- rieures à des argiles analogues , et représentées peut- être en France par le Calcaire siliceux de Glos et par le Calcaire de Hennequeville , ne paraissant pas exister dans la contrée que nous décrivons, le dernier système de la formation y consisterait en ces argiles scientifique- ment reconnues pour la première fois par les belles ob- sbrvations de M. C, Prévost aux environs de Honflcur , visibles en outre à Blangy et autres lieux voisins de Li- ( 368 ) sienx, à Bellesme , sur les coteaux environnant Monta- gne, à la Feité-Bernard, pt sur beaucoup He points in- termédiaires. Ccs'argiles sont assez calcarifèrespour cire employées à faire de la chaux -, mais elles ne montrent, pas la moindre structure oolitique, et présentent sou- vent au contraire nue pâte marneuse uuilorme, assez soliile, aOeclant une cassure mate et une division irré- gulièrement polyédrique. Elles consistent le plus habi- tuellement en aliernances de lits argileux tendres, ta- chans, et d'auires lits plus durs, sous forme de dalles minces que les ouvriers nomment Jallets , tantôt très- continus, tantôt brisés et fendillés. Une brèche, à pâte et à fragmens de calcaire compacte, les accompagne en quelques endroits. La couleur habituelle de la roche est bleuâtre, ou d'un blanc sale, ou marbrée de gris et de jaune. Les impressions de petites coquilles bivalves striées , et de petites univalves turriculées , peu détermina- bles, mais semblables à celles de Ronfleur, ainsi que des fragmens d'huîtres formant une sortede lumachelle , sont les seuls corps organisés que j'y aie rencontrés, ail- leurs que sur les falaises ; néanmoins l'existence reconnue dans ce terrain , de fossiles bien plus nombreux et plus variés, surtout la présence d'une grande huiire aplatie, très-caractéristique à Honfleur et en Angleterre, doivent faire présumer que de nouvelles recherches dans les départemens de l'Orne et de la Sartlie produiraient le même résultat. Ce dépôt ne parait pas atteindre dans les terres la même épaisseur que sur les côtes; il est plus mince que les systèmes suivans , et sa position au-dessus d'eux tous est presque partout très-visible. Le Kimme- lidge-clay d'Headinglon près Oxford, bien plutôt que ( 3%) l'argile de Kîrameridge même, paraît, suivant M. Cons- tant-Prévost, lui correspondre en Angleterre. L'ensemble des argiles bleues du Cap-la-Hève près le Havre , ne me semble pas le représenter parfaitement; une partie en est plus ancienne. II. — Oolite de Mortagne ou de Lisieux. Les couches inférieures immédiatement aux argiles pré- cédentes, appartiennent à un système principalement Oolitique,non moins important en raison de ses fossiles , de sa structure, de sa puissance, de sa continuité, et cpû n'a pas encore autant fixé l'attention qu'il le mérite. Si- gnalé par M. de la Bèclie(i) sur les falaises entre Touc- ques et Bénerville , et rapporté par lui au Coral-rag , il a été depuis réuni par MM. de Magueville et Hé- rault (2) , pour les bancs de Lisieux , à leur Calcaire à Polj piers ■) qui comprend déjà un assez grand nombre de couches , dont celles-ci sont très-distinctes et théo- riquement séparées par les argiles moyennes de Dives et par les lits subordonnés de Calcaire du pays d'Auge. Dans les départemens de l'Orne et de la Sarthe , sur- tout dans le premier, cette Oolite prend un très-grand développement ; elle se prolonge , en conservant les mêmes caractères , depuis Villers et Trouville sur la côte du Calvados , jusqu'au-delà de la Ferté-Bernard , en passant auprès de Lisieux, Gacé , le Merlerault , Echaulfour, Séez , Mortagne , Bellesme et Igée. Dans cette dernière localité , la réunion des couches calcaires et sableuses présente la plus grande épaisseur que j'en connaisse , quarante mètres environ •, piais le nom d'Op- (1) Trans. Geol. of Lonrl., 2« série, \" vol., p. 77. (2) Mécu. delà Soc. Linnéeune du Calvados, i<='' vol. Tome IV. ^4 ( 370 ) iite de Morlagne peut lui convenir mieux qu'aucun autie ; car nulle part ailleurs les couclies n'en sont plus nombreuses , plus distinctes , et surtout plus évidem- ment intercalées entre les deux argiles. C'est la pierre de taille des environs , comme l'Oolite du Coral-rag à Oxford 5 et la plupart des écliantillons de cette dernière roche que j'ai pu voir , une partie des Coquilles fossiles qu'on y indique , les descriptions de M. Conybeare conviennent si parfaitement à celle de France , qu'hor- mis Findicalion des petites Dicérates très-caractéristi- ques de celle-ci , et le plus grand nombre de ftladrépo- res entiers, plus visiblement en place en Angleterre, il n'y aurait presque rien à changer auK caractères. La couleur habituelle de la roche est jaunâtre, ou rou- geàlre-, les grains oolitiquos en sont généralement plus gros i, plus compactes , que dans aucune des autris for- mations •, ils sont souvent concentriques et plus souvent encore ne sont que des fragmens de coquilles imparfai- tement arrondies. Tantôt incohérens , tantôt grossiè- rement cimentés ainsi que les coquilles et les poly- piers, par une sorte de limon calcaii-e endurci, ou par une pâte spalhique , ils présentent une masse qui ressemble aux Pisolites et concrétiins modernes des eaux incrus- tantes , nom par lequel M. Smith désigna le premier la roche du même âge en Angleterre. Quelques lits plus rares ofl'rent une certaine compacité -, et des phiques ou nodules de Silex corné blanchâtre se voient dans la partie moyenne. Souvent le dépôt calcaire ne présente, dans une épaisseur de plusieurs mètres, aucune strati- fication sensible , et au contraire de nombreuses fissures verticales, tapissées de chaux carbonatée cristallisée. Ailleurs , surtout à Appenay près de Bellesme , ce sont ( 37« ) de longs blocs irrégulièrement ovoïdes , très-denses , et fortement cimentés , à structure presque compacte , que l'on prendrait pour de vériiables strates, si , de tontes parts, ils ne se terminaient à dessables calcaréo-sili- ceux incohérens. Les couches moyennes qui sont souvent brisées et en masses irrégulières, éparses sur les pentes des coteaux, sont comme cariées, spongieuses, et traversées de tubulures sinueuses , produites par la destruction de Polypiers la- mellifères. Ces Polypiers (Madrépores, Astrées, Caryo- pliyllies) forment souvent eux-mêmes (Appenay) d'assez grandes masses , très-altérées , isolées ou réunies par un magmas calcaire, sur les lieux où ils ont vécu, sem- blabiement à ce que M. C. Prévost a signalé dans le même terrain , sur les falaises de Villers et de Henque- ville , et à ce qui se voit en Oxfordshire. Les Ecliini- des sont représentés par quelques débris de Cidaris, et ( Lisieux) par de nombreux piquans de ce lestacé ^ les coquilles , bien plus nombreuses en individus qu'en es- pèces , appartiennent aux genres Nérine ( Defr. ) (i), Mélanie (M. Headdingtomensis ? Sow^. Min. concli. tab. 89), Cérite ? Trochus , Ampullaire, Modiole, Vénus, Moule, Lucine ou Telline , Crassatelle ? Térébratule , Pinnigène , Lime, Huître ( Ostr. miniraa ) , Chame et Dicérate ( petite espèce, singulièrement abondante dans (1) iVe.'ï/ie (Defrance) : Coquille turriculée voisine des Mélanit's , ayant deux plis à la columelle, et un troisième sur la paroi internu de la Coquille, plis qui se continuent jusqu'au dernier tour de spire. (Caractère communiqué.) Cette espèce et la petite Dice'rate parais- sent les plus caractéristiques de l'Oolite de Mortagne. L'existence de Wérines dans rOolite d'Auxerre et de Never», y indiqut; jicul-êtie ce système. ~ 24' ( 372 ) les lils supérieurs, et presque toujours sans son test) (i). Ces corps , presque tous à Tétat de moules intérieurs , sont , pour la plupart , brisés , arrondis , encroûtés de matière calcaire , et grossièrement unis par le même ci- ment , comme s'ils eussent été plongés dans des eaux incrustantes. On peut remarquer cette autre particula- rité que, snr beaucoup de points, ce terrain ne renferme aucune des coquilles multiloculaires ( Ammonite, Bé- lemnite, etc. ), si communes dans d'autres systèmes de la formation •, et, qu'au contraire, il présente plusieurs des genres (|u'on est habitué à considérer comme des coquilles littorales. Quelques circonstances pourraient cependant faire regarder d'autres systèmes également oolitiques , comme plutôt formés à de grandes profondeurs. Les parties inférieures , où les coquilles sont beau- coup plus rares , montrent des concrétions globu- leuses de chaux carbonatée fibreuse , et consistent sur- tout en Oolites plus fines , lenticulaires , un peu ferru- gineuses, et en sables bruns ou verdàtres , moucheté? de noir et de jaune , friables ou à l'état de grès faible- ment cimenté. Des échantillons du Calcareous grit qui occupe la mêi e place aux environs d'Oxford, ressem- (1^ On peut reconnaître, je crois, plusieurs espèces beaucoup plus petites que celles du mont Salève et de Saiul-IVIihiel : la plus commune, la plus ré'iianilue dans les collections, n'a encoie été figurée que dans l'ouvrage de M. Bowdich ( Bowdich : elem. of Conchol. , a* partie , fie. 5o ) sur des r chantillons de Clèvre près la Ferte-Bernard. J'ai tu che7. M. de Rlainrille , de petites Dicél-ates, du p=ed des Ardennes , qui ressemblent beaucoup à celles de TOrne. M. D'Orbigny a figure et nommé : Isocardia diceraia j Is. hrevis, Is. orthoeera; des Coquilles de l'île d'AiX et autres lieux voisins de l'a Rochelle qui en ont tous les caractères, avec la niême re'union d'espèces et de varie'te's, et très-pro- bablement dans le même terrain. Toutefois ce naturaliste les rapporte au genre Isocarde, plutôt qu'à celui des Dice'rates (Mém. du Muse'um, toDD. 8, p. 98, pi. 6et 7). I ( 373 ) blenl beaucoup aux amas irréguliers et niammelonnés de cette dernière roche. III. — Jlrgiles de Dives , ou de Marner s. La place de ce terrain, quoique paraissantbien certaine, n'est pas encore unanimement reconnue, à raison peut- être , comme le présume M. C. Prévost , de sa superposi- tion immédiate à Dives sur d'autres argiles plus anciennes, appartenant an Lias ,• de même qu'au Havre , il semble immédiatement recouvertpar les marnes bleues tout-à-fait supérieures-, mais la stratification que neprésentent point assez clairement les falaises, s'observe parfaitement dans l'intérieur où l'on voit les cou ".lies variées de ce dépôt constituer des plateaux ou des collines au-dessus de plaines oolitiques. C'est ainsi que dans une grande partie du pays d'Auge, entre Troarn et Mézidon , il recouvre à l'état de calcaire marneux , les lits supérieurs du cal- caire de Caen et du calcaire à Polypiers , particulière- ment vers Troarn et à la butte de Moult, entre Caen et Lisieux -, sur ce dernier point , il domine une plaine constituée d'abord par les coucbes schisteuses d'un cal- caire dur à grain très-fin , un peu sablonneux, que M. de la Bèclie a comparé au Corn-Brash d'Angleterre , et que nous verrons ressembler à quelqiies-uns des bancs de YOolite à fougères de Mamers, recouverte par le même dépôt argilo-calcaire. Ce terrain , le plus développé de tous ceux de la for- mation oolitique dans les départemens de l'Orne et de la Sarthe , y est bien moins uniformément argileux que sur les falaises et dans le comté d'Oxford ; il se compose d'argiles plus souvent bleues que jaunâtres , souvent en- durcies , soit isolées , soit entremêlées de sables , ou de bancs minces et nombreux de grès calcaires , de calcaire (374 ) argileux , de lumachelle, d'oolite brune , bigarrée et fer- rugineuse. On y voit fréquemment , surtout dans les ar- giles, des groupes de chaux sulfatée lenticulaire (Troarn (c), Mamers , Bernay , Souligné sous Ballon. S.) , et à la partie supérieure , dans les environs de Mortagne , des galets de calcaire oolitique recouverts de petites huîtres et de serpnles. Les coquilles fossiles très-abondantes , la plupart pé- trifiées ou en moules , varient, plutôt suivant les couches que suivant les localités. Entre Mortagne et le Mesle , entre Bellesme et Mamers , entre Mamers et Saint- Cosme , entre Mamers et le Mans (i), entre le Mans et Alençon , entre le Mans , Sillé - le - Guillaume et Sablé, les fossiles des argiles et surtout du calcaire argileux et des sables de cette formation, en même temps peut-être que quelques espèces de Corn-brash d'Angleterre , sont i-epandus en prodigieuse quantité et distribués irrégulièrement. Ce sont les mêmes en partie qxi'à Dives , dans le pays d'Auge (2) ; et dans le nord du département de l'Orne ; les mêmes pour quelques- uns encore que ceux de VOxford-clay et du Kellowaf- roc , qui sont tout-à-fait correspondans en Angle- terre , le premier dépôt aux argiles, le second aux cou- ches plus calcaires et solides. On v reconnaît , entre beaucoup d'autres fossiles recueillis depuis long-temps par M. Ménard dans le dé- (i) Les Fossiles et les Roches des localités imliqiie'e? (îans le de'par- tenient de la Sartlie, ont été observés et recueillis par M. Mc'nard de la Groye , qui depuis long-temps a réuni de nombreux et intéressans matériaux d'une description géologique de ce département. (a) Communications de M. de Magneville , qui propose pour les couches calcaires de ce terrain dans le Calvados, le nom de Calcaire d,u pays (TAuge. (375 ) paitement de la Sarlhe , et que j'ai retrouvés dans celui de l'Orne, pour les Echinodermes solides : Jnanchites bicordata ; Galerites deprcssaet G. Patella , NucleoUtes scutala, Cidaris.... 5 parmi les Serpulées,la Serpula qua- drangularis et quelques autres très-constantes-, pour les Mollusques, quatre ou cinq espèces de petites Térébra- tules , la Trigonîa inflala (Lamk.) (Pholadomie, Sow.), par milliers et de tous les âges ; les Trîgonia clavellala et costata , formant de* lits entiers : le Cardium tellun's, Plicatula. . . . Peclen lœve P la Perna mytiloides (Lamk.) ; et P. aviculoides ( Gervillie ) ; la Grjphœa dilata , bien plus rare que sur la côte (Sow.); Melania striata (Sow.)^ Troclius , des Ammonites très- particulières, {Jmm. suhlœvis , Sow. et autres), propres également à la roche de Relloway 5 enfin , des ossemens de crocodiles sur plusieurs points du département de la Sarthe. ( Bal- lon, Chauffour et Bernay .? Cuvier : Oss. foss. T. V, 1" part., p. 189.) A ces fossiles on peut ajouter des bcis très-fréquens à l'état charbonneux, ou convertis en chaux carbonatée fétide 5 mais ne rappelant aucune- ment les végétaux si abondans dans le calcaire qui lui est inférieur. Les coquilles diflérentes , spécifiquement pour le plus grand nombre , de celles de l'Oolite supé- rieure , et ne présentant pas un seul individu de la petite Dicérate , ou des coqinllos tuniculées du genre Nénne , si communes dans l'autre terrain , ne contrns- tent pas moins par leur conservation parfaite, el paraî- traient avoir été ensevelies sur les lieux même de leur existence dans des fonds vaseux propres à leur dévelop- pement , tandis que les premières auraient été peut-être en partie déposées durant une certaine agitation des eaux. (376) Une circonstance qui vient confirmer celle tlifrércncc de gisement, et l'appropriation que j'ai précédemment indiquée des Grypliées aux dépôts argileux et marneux , à l'exclusion des couches granulaires, est que le système des Argiles de Dives ( Oxfordclay ) , si développé dans le déparlement de la Sartlie , mais beaucoup moins ar- gileux , plus mélangé de sable et de calcaire , à struc- ture plus grenue , pins lourmenlée que dans le Calva- dos et dans le comté d'Oxford, ne/:outient plus que de rares et petits individus de la famille des Ostracées , surtout du genre Gryphée , si prodigieusement déve- loppée dans les autres localités , ou des fonds presque entièrement vaseux , favorisaient sans doute leur ac- croissement. A Mamers , ce système , qui occupe les sommets des coteaux environnans , y présente , surtout à l'entrée orientale de la ville , dans une épaisseur de quarante à quarante-cinq mètres , une alternance de couches argi- leuses bleues et jaunâtres, de bancs minces d'un cal- caire argilo-fcrrugineux très-cohérent , et d'une Oolite plus ou moins brunâtre -, il repose très-visiblement sur rOolite blanche à fougères, dont il est séparé par plusieurs bancs oolilico-graveleux , loul-à-fait sembla- bles à ceux du Corn-hrash qui séparent l'argile d'Ox- ford , de l'Oolile de Stonesfîeld , sur la pente du pla- teau de Woodstock. IV. ■—Oolite de Mamers ou Oolite à Fégétaux terrestres. Ce terrain qui peut être désigné parle nom du lieu prin- cipal des exploitations, constitue à l'ouest et au nord de la ville, un plateau presque nu et assez ondulé-, il s'appuie à quatre lieues de-là sur les roches anciennes de la forêt de ( 377 ) Pcrceigne, s'étend au-dessus de l'Oolile barytîfère d'Aleu- çon, et se confond pe«t-êlre avec elle, sur quelques points de cette plaine , vers Cuissey, où un calcaire oolitique, semblable à celui de Mamers, a présenté à M. Piegley, une des fougères , et plusieurs coquilles que nous verrons dans cette dernière localité; plus loin, au nord, il se réunit à U grande Oolile , dans la plaine de Séez pi se prolonge ensuite au sud-ouest, entre le Mans et Alen- çon ; et une grande partie des calcaires oolitiques ob- servés par M. Ménard , dans le département de la Sarthe , me semblent par l'uniformité de leur grain et leur alternance avec des couches compactes , se rap- porter à cette section plutôt rp'à TOolite de Mortagne. Le terrain qui nous occupe se compose, aux environs de Mamers, de coucbes alternatives d'Oolite blanche, par- fois assez fine pour ne pas laisser apercevoir les grains; de calcaire compacte rarement schisteux , à cassure mate ou conchoïde, tout-à-fait semblable au calcaire prédominant dans le Jura ; de sables blancs quarzeux et calcaires , friables , ou endurcis en grès très-cohé- rens. Ceux-ci sont les plus anciens •, le calcaire com- pacte , jaune , bleu , ou rosàtre , soit homogène et den- dritifère, soit pénétré de nodules de chaux carbonatée radiée, alterne avec des Oolites fines, uniformes, et occupe la partie moyenne 5 l'Oolite à fougères est la plus nouvelle (i). Leurs rapports s'observent aux pro- fondes carrières de Villaine-la-Careille , où les Ooli- (i) Une composition el une alternance semblables de couches ooli- tiques lI compactes ont etii signalées par M. Roué, dans les systèmes prddominanls de rAllemagne mt lidionale et delà Cliiirentc-lnle'rieure; par M. de Bonnard dans l'Auxois.; par MM. Charbaut, Woltz et autres géologues il:ins le Jura. ■ ( 3.8 ) tes moyennes acquièrent une grande épaisseur, où quelques bancs bruns et bleuâtres oolitico-lainellaires rappellent tout-à-fait le Foroxt. marhle , et où quelques autres durs et grenus ressemblent au Corn-brasli ; à la colline de Chaumiton, où dominent TOolite friable, les sables et les grès calcaréo-sableux -, à Aillièies, au vallon de l'Arcbe , où les bancs compactes isolés couvrent de leurs débris la surface des champs ^ au vallon de Mar- coué , où les mêmes couches montrent une épaisseur de dix mètres entre deux lits oolitiques ; à Mamers enfin , où des puits traversent toute la formation, dans une puissance de trente-cinq ta quarante mètres , et où , jusqu'ici dans la partie supérieure seulen-ent , ont été trouvés les végétaux terrestres. Ces couches à Fougères sont exploitées autour el dans l'intérieur même de la ville, sur une épaisseur de lunt à dix mètres : les lits les plus superficiels se divisent en pla- ques comme presque tous les terrains calcaires , et ont un grain sublamellaire; la couclie inférieure non exploitée est bleuâtrQ, à texture compacte, et contient dans sa pâte un peu marneuse quelques grains et nodules oolitiques , de petites bivalves indéterminables, et quelques petites co- quilles tur ri culées qu'on dirait être la Melania hordea- cea , si les échantillons provenaient d'une carrière des environs de Paris. La masse principale du dépôt n'est ni feuilletée , ni argilifère , ni charbonneuse , au contraire de ce qui arrive souvent dans les terrains avec emprein- tes végétales •, mais, tout-à-fait calcaire, blanche, assez unifoimément oolilique, divisée en une dixaine de bancs pleins et continus, successivement un peu graveleux , à grain fin et serré, ou bien à lamelles spathiques, comme le Forest marble el le calcaire à Polypiers du Calvados. ( 379 ) Des amas lenticulaires et lubuleux d'Oolîle beaucoup pins fine, et de calcaire compacte, y sont disséminés. L'existence de ces concrétions à structure grentie dans une pâte homogène , ainsi que celle des concré- tions de calcaire compacte dans un dépôt entièrement granulaire, ont été remarquées comme très-habituelles dans le terrain de Stonrsficld ; et quoique ce rapport extérieur soit en lui - même peu important , il n'est cependant pas à négliger , car il annoncerait peut-être une similitude d'action, qui , d'ailleurs, semble s'être reproduite jusque . dans les terrains supérieurs à la craie , et presque toujours aux époques où les eaux commençaient à changer la nature de leurs sédimens : c'est ainsi qu'au contact du calcaire grossier et des cal- caires d'eau douce dans le bassin de Paris , au contact de la craie et des terrains d'eaux douces à Dieppe , à Nogent-le-Rotrou et aillenrs, on remarque la réunion et le mélange de ce double mode de structure. Le système qui nous occupe étant précisément celui dont nous cherchons à établir l'analogie avec Stonesfield , il serait bien intéressant de pouvoir comparer d'abord, avant de parler des végétaux, les êtres marins des deux localités; mais en ce moment cette comparaison ne peut être que très-incomplète , à raison du petit nombre d'es- pèces qu'il m'a été possible de recueillir à Mamers : ce ne sont jusqu'ici que des Mollusques et des Znophites, tous marins; et malgré leur rareté et leur mauvaise con- servation , on y reconnaît deux espèces de Pecten, des fragmens de Pinna, de Pinnigena , à'Ostrœa^ une petite Avicule, deux espèces de Térébralules qui se rappro- chent de la T. spathica et de la T. hispUcata si com- munes dans le calcaire à polvpiers du Calvados; de pc- ( 38o ) lites Coquilles bivalves voisines du genre FénusPune lige ronde d'Enctimle; de petites baguettes d'Oursins, et des masses globuleuses de Mlllepore ou de Fai^osùe con- verties en Chaux carbonatée saccaroïde. Ces êtres oirrent , comme on peut le voir et comme je l'ai précédemment indiqué, plus de rapports génériques au moins avec ceux de YOolite de Mortagne, qu'avec ceux des argiles qui les en séparent. Peu abondantes dans les couches mêmes à végétaux, ces corps le sont un peu davantage dc\ns les Sables et Grès inférieurs : on y trouve de plus en effet de nombreux articles de Penlacrinites , des Bélemnites, d'autres Coquilles des genres Isocarde, Tiigonie , Cras- satelle? CuculéeP Lucine? etc. En résultat je n'ai encore reconnu d'analogues avec Stonesfield, dans ce petit nom- bre d'espèces , que deux Térébratules , une Modiole , une petite Trigonie tuberculeuse, une de ces Coquilles tur- riculées du genre iYeW/ze , différentes de celles del'Oolite de Mortagne, et plusieurs moules de Coquilles bivalves, qui, par des traces d'impressions musculaires et de char- nières, annoncent des genres et peut-être des espèces semblables. Ces premières analogies, quoique si incom- plètes , permettraient presque néanmoins d'annoncer q^u'on pourra en reconnaître de bien plus grandes par des recherches ultérieures. Les végétaux qui semblent être bien plus nombreux dans ces couches , se présentent sous la forme d'impres- sions couvertes souvent d'une poussière charbonneuse. La plupart étaient brisés lorsqu'ils ont été enfouis , et de nombreux débris de petites tiges réticulées ont été dis- posés dans tous les sens et dans toutes les parties de la masse-, on en trouve des fragmens jusque dans la pâle oolitique qui remplit l'i-itéricur des Coquilles-, mais les (38i ) grandes feuilles paraissent plutôt avoir été déposées pa- rallèlement aux strates. On reconnaît les débris le? plus abondans dans des impressions creuses de petites tiges cylindriques se ramifiant quelquefois , ayant environ un nous croyons aussi qu'il ne faut accepter aucun fait sans l'examen le plus rigoureux, surtout s'il se trouve être en contradiction avec les conséquences tirées d'un grand nombre d'ob- servations précédentes. Nous avons dé;jà ; exprimé notre manière de voir au sujet de la citation remarqua- ble faite par les géologues anglais , d'ossemens de mam- mifères dans les terrains oolitiques, et cela avant que nous eussions eu l'occasion de visiter la localité devenue célè- bre, qui offrirait une exception bien manifeste aux règles déduites par M. Cuvier, comme résultats de ses nom- breuses recherches ; nous disions, alors (i) que, s'il faut se garder de donner aux fossiles une importance trop exclusive, il semble que d'après la masse des faits con- nus il faut à plus forte raison n'admettre un fait évi- demment en opposition avec un aperçu général qu'il semble contrarier, qu'après s'être bien assuré que cette contradiction n'est pas une anomalie apparente , expli- cable par quelque circonstance particulière. Depuis lors nous avons visité Stonesfield , et malgré l'autorité de tpus les géologues anglais, celle de MM. Conybeare et Buckland, malgré l'adhésion à leur manière de voir de plusieurs géologues français qui ont visité les mêmes lieux avant nous, malgré le travail de M. Desnoyers qui prouve d'une manière incontestable qu'il y a analo- gie parfaite entre les terrains des environs de Mamers (i) Bulletin de la Société Philomatique (mars 1824 , pag. /^i). ( 391 ) en France, et ceux des environs de Slonesfield et d'Ox- ford en Angleterre; il nous reste des doutes que nous ne saurions, dissimuler. Nous devons dt'clarer avec une égale franchise, que ni l'autorité de M. Cuvier ni celle de M. Brongniarl ne sont les motifs de nos doutes. Le respect inaltérable que nous professons avoir pour la personnetde ces savans,!ne s'étend à leurs opinions qu'autant que les faits nous semblent d'accord avec elles. On peinsera peut-jêtre que l'intérêt seul. de la science nous dirige, puisqu'en rompant le silence pour n'émet- tre qu'un doute, nous sacrifions la crainte de nous tromper, à un résultat ordinairement peu envié. Le Mémoire de M. J. Desnoyers a poiu" objet (U; dé- crire et de faire connaître les divers terrains que l'on rencontre successivement en parcourant une ligne qui s'éloigne de Paris à. l'ouest depuis Rellesme jusqu'à Alençon, et notamment d'inliquer d'une manière pré- cise dans quel rapport de position se trouve placée upe couche particulière de Calcaire oolitique qui renferme auprès de Mamers une grande quantité d'empreintes de végétaux dont plusieurs ont appartenu à des Fougères. L'auteur du Mémoire a mis dans" ses descriptions autant de soins que de clarté, il a heureusement lié les ter- rains qu'il décrit, non-seulement à ceux qui composent en général le sol de la Normandie et de la côte, mais en- core à ceux de l'Angleterre. M. Desnoyers nous parait ètce parvenu à établir d'une manière iacontestaLle les- rapports qui existent entre les terrains des environs de Mamers et ceu^des environs d'Oxford: le même ordre relatif de superposition, la na- ture minéralogique , les espèces de fossiles et \e faciès gé- néral ne laissent aucun douie sur ce rapprochement. ( 392 ) Les argiles de Honfleur et de Bellesme sont évidemment celles qui couronnent les hauteurs des environs d'Ox- ford, la pieri^ à bâtir de Mortagne estbieil le Coral-rag et rOolite des environs d'Oxford 5 l'argile de Mamers est Lien la même que celle qui forme le sol de la plaine de cette ville de l'Angleterre-, TOolite de Mamers et celle d'Alençon correspondent parfaitement à fte que les Anglais appellent grande Oolite ouOolitë de Bath.Nous avons essayé de confirmer le rapprochement établi par M. Desnoyers, en ajoutant à la coupe qu'il a'dtininée des tei^rains compris entre Bellesme et Alençon, pi. in, fig. 2, celle des terrains analogues compris entre Oxford et Charlbtivy , pi. 17, fig. 3 , nous avons essayé aussi de faire voir comment les deux coupes prises en France et en Angleterre sur deux points éloignés se lient entre elles par des lignes intermédiaires , et nous avons donné ici un extrait, pi. 17, i^^. i, d'une carie géologique qui se rapporte à notre travail sur les falaises de la Norman- die (i). En considérant dans ce travail les terrains en couches presque horizontales au centre desquelles est situé Paris, comme remplissant un vaste bassin dont les bords seraient formés au nord et à l'est parles ter- rains plus anciens et en couches inclinées des Arden- nes et des Vosges, au midi par ceux du Morvan et du Limousin, à l'ouest par ceux de la Bretagne, et du Co- lentin, nous avons annoncé que pour coî'iipléler l'en- ceinle il fallait passer en Angleterre pour trouver dans (i) Les bandes ^le terrains de la même tialure et colorcsde niêraé , ne se voient pas d'une nianière continue à la surface du sol depuis Oxford jusqu'à la côte d'Angleterre. Les diverses formations que nous avons supposées dénudées sur toute cetle c'tcndue sont , dans un j^rand nombre de points , recouvertes par des lambeaux des formations plus récentes. c 393 ) le Cornouailles et le pays de Galles les bords nord-ouest de ce vaste bassin, coupé accidentellement et postérieu- rement peut-être par le canal de la Manclie. Nous avons dit aussi (jue les terrains hoi'izontaux se relevaient de toutes parts en s'approchant des bords sur lesquels ils s'appuient; les deux coupes faites, l'une de Bellesme à Alençon, l'autre d'Oxford à Charlbury, confirment ce qu'avaient fait voir la coupe des falaises du Calvados , et celles de Paris aux Ardennes et au Jura. Mais si l'identité entre les terrains des environs de Mamers et ceux des environs d'Qxford, considérés d'une manière générale , ne peut être eonlestée , il ne nous semble pas devoir en être de môme du rapprochement que M. J. Desnoyers cherche à établir entre, le banc particulier qui, à Mamers, renferme des Fougères fos- siles , et le banc qui, à Stonesfield , contient avec quel- ques plantes, il est vrai , de même famille , des ôssemens brisés de mammifères, d'oiseaux, de reptiles gigantes- ques, des dents et palais de poissons., des élitres d'insec- tes coléoptères, tous fossiles, qui ne se trouvent pas à Mamers , et qui n'ont jamais été rencontrés réunie qu'à Stonesfield dans des couches auxquelles on puisse assi- gner une aussi haute antiquité. M. J; Desnoyers en pro- posant ce rapprochement l'a fait avec toute là Sagesse, toute la réserve que commande une question semblable, et nous pouvons dire que les présomptions qu'il a fait valoir sont peut-être les plus difficiles à combattre dans une opinion contraire à la sienne. Pour procéder avec ordre sur un sujet qui nous sem- ble devoir mériter le plus grand intérêt, nous ne pou- vons nous dispenser de donner une courte description de la localité de Stonesfield , d'examiner successivement ( ^94) si les ossemens trouvés sont bien ceux d'un mammifère, si ces ossemens appartiennent bien aux schistes calcaires oolitiques de Stonesfield, et enfin s'il est incontestable que ces srhisles eux-mêmes sont enclavés dans la série des terrains oolitiques dont ils semblent faire partie, et auxquels on les a rapportés. «Sur les Schistes calcaires de Stonesfield. Stonesfield est un village situé à environ six lieues au nord-ouest d'Oxford. Cette dernière ville est dans une plaine argileuse basse de laquelle on s'élève graduelle- ment sur un plateau uni et calcaire formé par les cou- ches de la formation oolitiqne que les géologues anglais ont désigné sous le nom de Cornbi-asch ; on exploite cette pierre , pour les constructions , à la nuface du plateau dans des. carrières peu profondes et à ciel ouvert. Après s'être rru long-temps dans une plaine élevée et continue, on arrive au. bord d'un escarpement rapide du haut du- quel on aperçoit une vallée assez profonde , sinueuse, et au-delà on voit se continuer le plateau sur lequel on est placé. C'est dans la vallée intermédiaire qu'est situé le village de Stonesfield; la vallée élargie ou pour mieux dire le bassin au milieu duquel. il est bâti, ne présente pas im fond uni , mais des collines basses et arrondies dont la surface originaire est au surplus masquée par les nojiibreux décombres que produisent les exploitations^ celles-ci se font par des puits verticaux dont la profon- deur varie de trente à quarante pieds. C'est après avoir traversé une roche grossière nommée jRa^ par les ou- vriers , et quelques lits d'argile sablonneuse, que l'on ar- rive aux couches que l'on doit extraire pour les trans- former en plaques minces propres à couvrir les maisons^ ( 395 ) ce-> couches nommées Pendle sont au nombre de deux; leur épaisseur est d'environ deux pieds , et elles sont sé- parées par un banc de pareille épaisseur de f^rès silicéo- calcaire friable {race) , qui n'est pas employé et qui con- tient des espèces d'ellipsoïdes aplatis, plus durs et partiel- lement oolitiq.ies {TVhimStones. on PotUds); la pierre extraite, exposée à la gelée pendant l'hiver, devient fis- sile, et c'est entre ses feuillets que l'on rencontre les nombreux fossiles qui caractérisent cette localité. Si l'on compare les matériaux extraits des puits avec les diffé- rens lits que l'on peut étudier en descendant dans la val- lée , et dont nous avons pris une coupe que nous joi- gnons ici pL i^, fig.4, ils ne présentent aucune analogie avec eux; les bancs qui se voient dans Fescarpement sont homogènes, à grains plus ou moins fins, à ciment cristallin; ils ne diffèrent pas de ceux que l'on rapporte, dans un grand nombre d'autres lieux de l'Angleterre et en France , à la même époque de la série oolitique ; les blocs que l'on extrait des puits offrent au contraire l'as- pect d'un mélange que l'on ne connaît que dans ce seul point; on voit dans le mqrae morceau des grains ooliti- ques blancs, rougeâtres, noirs, de différentesigrosseurs; disséminés inégalement dans un sable calcaire ou mar- neux, blanc ou jaune, micacé par place, avec des frag- rnens roulés ou au moins usés pay le frottement d'une espèce de grès calcaire à grains fins ou de calcaire ooli- liqne dur; tous ces matériaux sont pêle-mêle souvent dans le même échantillon. Avec toutes ces substances différentes, et comme étrangères les unes aux autres quant au mode de leur formation , se trouvent les nom- breux fossiles qui rendent Stonesfield si célèbre pour les géologues. Les fossiles sont aussi des fragmens qui ^ / ( 396 ) avant d'avoir été réunis et enveloppés dans les matières minérales, ont été brisés ^ les ossemens que l'on croit pouvoir rapportera une même espèce d'animal sont iso- lés*, ici on trouve une seule dent, là une écaille , plus loin une seule élitre d'insecte , une seule plaque du palais d'un poisson -, enfin les débris organiques sont entassés sans ordre comme les substances pierreuses qui les en- veloppent; ils ont appartenu à des anîttiaùx marins , à des animaux terrestres, à des plantes marines, à des plantes terrestres , etc. C'est au milieu d'un bloc qui présente tous les caractères de confusion que nous ve- nons d'énoncer, que l'on a dit avoir trouvé une portion de la mâchoire d'un Mammifère ; cette pièce unique était conservée .dans la collection de l'université d'Oxford , lorsque M. Cuvier la vit en 1818. Une inspection ra- pide fit dire à ce savant anatomiste qu'elle avait des rap- ports avec la màclioire de quelque Didelphe , et cette opinion fut adoptée par la plupart des géologues an- glais qui depuis inscrivirent les ossemens de Didelplics dans le catalogue des fossiles des schistes de Stonesfield et dans ceux par conséquent de la formation oolitique; résnltatrqui apportait une importante exception aux ob- servations nie M. Cuvier qui j jusqu'alors, n'avait com- mencé à rencontrer les débris de manirhifèrés qu'au-des- sus de la Craie-, les couséquences déduites par cet ana- tomiste de faits puremen t négatifs pouvaient, il est vrai, être regardés comme hypothétiques, et il ne pouvait pas paraître impossible qu'un fait nouveau vint détruire ces conséquences *, c'est ce que l'on crût être arrivé; On avait iudiquédes ossemens de Rurbinantdans la Craie, en Au- triche; on fut à peine étonné de la rencontre d'un Di- delphe daïis le terrain oolitique d'Angleterre ; cependant I (397 ) les faits négatifs qui avaient servi de base à riiypolhèsc que l'on renversait, étaient nombreux, et bien plus ils se liaient à une considération générale qui semblait leur donner plus de valeur; il avait paru généralement vrai que plus les fossiles se trouvaient dans des couches an- ciennes et moins ils présentaient d'analogie avec les êtres actuellement vivans. Cet aperçu appliqué à l'élude com- parée des reptiles, des poissons, des mollusques fossiles et vivans, semble encore raisonnablement fondé, et sous ce rapport l'existence dans la formation oolilique d'un Didelphe, d'un Opossum, espèce qui habite encore l'A- mérique, aurait dû plus surpendre que celle d'un mam- mifère inconnu. Conduit en Angleterre par le désir de connaître les terrains si bien observés et décrits par les géoloo^ues anglais, et de les comparer à ceux que j'avais étudiés sur le continent, j'étais empressé de visiter Stoncsfield , et de voir le fameux liidelphe ; le professeur Buckland , dont la libérali.té scientifique n'est comparable qu'à son profond savoir et à l'obligeante affabilité de ses maniè- res , me pv-îrmit de dessiner les fragmens précieux qu'il possédait j il m'off'rit même, dans l'intérêt de la science , de me les confier quoique uniques, pour que JVI. Cuvier pût les examiner en détail; je me contentai de faire un dessin exact et quatre fors plus grand que nature, que j'envoyai de suite à l'illustre auteur des recherches sur les ossemeps fossiles , qui alors publiait le dernier vo- lume de la seconde édition de son ouvrage. Voici ce que M. Cuvier disait en parlant des ossemens de reptiles recueillis à Slonesfield. « Parmi ces innombrables fos- » siles marins sont toutefois quelques os longs qui onî: » paru venir d'oiseaux de l'ordre des P^chassiers , et (%8) » iiMMue, à ce qu'où assnro, deux fragmensde mâchoire , » qui , lors d'une inspection rhpide que j'en pris à Ox- » ford, en r8i8, me semblèrent de quelque Didelplie. » Et il ajoute en note ; « M. Prévost , qui voyage dans ce M moment en Angleterre, vient de m'envoyer le dessin 1) d'une de ces mâchoires ; il me conGrme dans l'idée » que la première inspection m'en avait donnée. C'est » celle d'un petit carnassier dont les màchelières res- » semblent beaucoup à celles des Sarigues ; mais il »y a dix dents en série, nombre que ne montre » aucun carnassier connu. Dans tous les cas , si cet ani- » mal est vraiment du schiste de Stonesfield , c'est une » exception bien notable à la règle , d'ailleurs si géné- )) raie , que les couches de cette ancienneté ne recèlent » point de restes de Mammifères. » On voit , d'après cette note , que M. Cuvier regarde positivement la portion de mâchoire dont il est ques- tion , comme ayant été celle d'un Mammifère ; il dit bien qu'elle rappelle celle des Sarigues, mais il fait remarquer en même temps que le nombre de dix dents en série distinguerait l'animal auquel elle a appartenu de tous les carnassiers connus : maintenant le petit car- nassier, probablement insectivore, était-il réellement un Didelphe .f* La forme de la branche montante de sa mâchoire , l'apophyse aiguë que présente l'angle posté- rieur de celle-ci , caractères qui sont , il est vrai , bien prononcés dans les Didelphes , et que présentent aussi quelques Rongeurs et les Paresseux, suffisent-ils pour décider la question d'une manière affirmative, et dans le cas, par exemple, où le gisement dans la formation ooliti- que serait bien constaté , ne pourrait-on pas encore pré- sumer avec autant de m.otifs que le Mammifère de Sto- ( ^99 ) nesfield pouvait êlre aussi différent des Mammifères actuels, que le fameux animal d'Eichslaidt était différent des reptiles connus ? Il faut , à ce qu'il me semble rester ici dans le doute, jusqu'à ce que l'on puisse exa- miner d'autres portions que des fragmens isolés aussi peu décisifs. A ma connaissance , il a été trouvé déjà à Stones- field, trois échantillons de mâchoire inférieure qui paraissent provenir d'animaux de la même espèce ; l'un est dans le Musée de l'université d'Oxford, l'autre est possédé par une personne qui réside à Londres , et le troisième a été rapporté par M. Brochant du dernier voyage qu'il a fait en Angleterre : ce dernier échan- tillon est bien moins parfait que celui d'Oxford , dont je donne ici le dessein de grandeur naturelle, pi. 18 , fig. I, et un autre dessin quadruple, pi. 18, Gg. i. C'est une mâchoire inférieure adhérente par sa face interne au schiste oolitique , dans lequel elle est forte- ment engagée ^ la face extérieure est la seule visible • sa long^ueur totale est de vingt millimètres environ ; ce qui annoncerait , d'après des proportions normales , un ani- mal de la grosseur d'une Taupe au plus. Tout le tissu osseux n'est pas conservé ; la forme de la branche mon- tante n'est indiquée que par une empreinte en creux et il ne reste que quelques portions du tissu spongieux de l'os aux angles moyen et inférieur. La portion pos- térieure de la branche horizontale est la seule qui ait toute son épaisseur 5 quant à la partie antéi ieure de celle- ci , et sur une longeur de plus de sa moitié, la lame os- seuse compacte et externe a été enlevée probablement lorsque l'on a brisé la pierre de manière que l'on voit clairement les racines des dents implantées dans lésai- C 4oo ) véoles. Ces dents sont au nombre de dix sur une ligne continue , les trois plus profondes paraissent avoir eu trois pointes à peu près égales; mais, ainsi que la qua- trième, elles sont brisées verticalement, de sorte qu'on ne voit que leur tissu intérieur qui n'est nullement en saillie sur la pierre , dont il se distingue par sa couleur brune. Les six dents suivantes sont presque entières et encore recouvertes de leur émail ; on dislingue très-bien le collet qui sépare le corps delà dent de ses deux racines, leur coui'onue est Iricuspide , mais surtout dans les quatre antérieures la pointe moyenne est beaucoup plus forte et beaucoup plus aiguë (jue les deuxlatérales qui sont presque rudimenlaires -, il n'y a point de canines propi^ement dites sîiillantes ; et quant aux incisives , la portion toul-à-fait antérieure de la mâchoire n'est pas assez bien conservée pour que l'on puisse y voir autre chose, si ce n'est que cette mâchoire ne se prolongeait pas beaucoup au-delà de ce qu'indique le dessin. Les dents ont bien distinctement de doubles racines qui sont aussi distinc- tement enchâssées dans des alvéoles ; par conséquent , la mâchoire dont elles font partie était bien celle d'un Mammifère. Mais les ossemens ont-ils été trouvés dans le schiste calcaire oolitique de Stonesfîeld , ainsi que M. Cuvier semble le mettre en doute dans la note que nous avons précédemment transcrite? Ce doute n'existe pour personne en Angleterre , et nous ne l'avons eu aucun instant après avoir examiné la pièce -, l'os est engagé dans la pierre, dont les caractères sont bien re- marquables , et dans l'échantillon recueilli par M. Bro- chant , on voit la double empreinte sur deux fragmcns de la môme pierre , qui se réunissent en un seul mor- ceau. Il ne saurait donc y avoir ici aucun sujet de con- ( 4oi ) testatîon. Il ne reste pins qu'à examiner si les schistes calcaires de Stone|fieltl font bien incontestablement par- tie de la grande formation oolitique. A cet égard , les géolognes anglais nous ont paru être d'accord 5 tous le disent d'une manière plus ou niolns affirmative, et contester une opinion professée par MM. Conybeare et Buckland , pourrait paraître té- méraire si nous ne trouvions pas, dans les écrits de ces célèbres géologues même , les moyens d ajouter aux incertitudes que l'inspection des lieux, et si, l'on veut, des préventions fondées sur des faits nombreux et con- traires , ont fait naître dans notre esprit. MM. Conybeare et W. Phillips, dans leur Essai sur la géologie de l'Angleterre (i), indiquent comme bancs subordonnés et associés à la grande Oolite qui serait recou- verte par eux , le Corn-hrash ^ le Stonesjield-slate et le Forest-inarhle. Mais ces auteurs ne décrivent réellement aucune localité dans laquelle ces trois subdivisions se- raient visiblement superposées l'une à l'autre avec des caractères distinctifs •, il semble au contraire résulter des considérations générales qui précèdent l'histoire de ces sous - formations, que le Stonesjield-slate doit plutôt être considéré comme faisant partie du Forest- marble, que comme constituant des assises distinctes , taudis que M. Burkland , dans son Tableau de l'ordre de superposition des strates dont se compose le sol de l'Angleterre , et M. Greenough , dans la Légende de sa belle carte géologique du même pays , placent distinc- tement le schiste de Stonesfield , entre le Forest-marble et la grande Oolite. Il Ontlines of ihr Gpology of England and Wales , etc., page aoo. Tome IV. 26 (402 ) MM. Conybeare et Phillips , page 2o3 , avant de dé- crire en détail les exploitations de la vallée de StoTiesJicld-, disent : On peut douter quelque peu que le calcaire schisteux de Stonesfield , si célèbre, etc. (i), doive être rapporté à la même série que le Forest'marble . Et plus loin encore , pag. 20^ , on retrouve la même expression de doute. « Si , est-il dit (2) , le calcaire schisteux de Sto- » nesfield peut être exactement assigné à cette partie de » la série , ce qui est rendu encore plus probable par la >) rencontre des mêmes dents et palais de poisson dans le » Forest-marhle et dans les schistes, ici se présente le seul » exemple connu de l'existence de débris fossiles d'oi- )) seaux et d'animaux terrestres , dans des bancs d'une )) semblable antiquité. )> Il résulte évidemment , à ce qu'il me semble , des citations que nous ' venons de faire, que MM. Cony- bcare et Phillips n'avaient pas acquis, sur les rapports de position des schistes à fossiles anomaux de Stonesfield, tine conviction parfaite, comme celle que donne une su- perposition évidente observée sur plusieurs points. En effet, nous verrons bientôt que ces auteurs n'indiquent pas , sans quelque défiance , les rapprochemens qui donneraient auxniônies couches une étendue considérable. Je ferai observer, par exemple , dès à présent, que, pat^e 220 , après avoir plusieurs fois fait remarquer com- bien il est diificile de distinguer la grande Colite des sous-formations qui la recouvrent , MM. Conybeare et Phillips citent Cherwell un peu plus au nord du pont (l'iThere can belittle doubt that the calcareous slate of Stonesfield. beloD°s to the same part of the séries with the forcst marble. (1) If the calcareous slate of Stonesfield be correctly assigned to this pa't of t'i*^ séries (4o3) à'Enslow , localité à peine distante d'un mille de Sto- nesfield , comme l'un des points où la ligne de sépara- tion des bancs supérieurs peut être le mieux tracée. Le calcaire exploité dans les environs se rapporte au Corn- brash , disent-ils , et une section très-belle , qui est vi- sible auprès de Blenlwim , fait voir soixante-dix pieds environ de roche calcaire qui reposent sur dix pieds d'une argile quils regardent comme étant l'argile qui ordinairement recouvi^e immédiatement la grande Oolite et qui, par conséquent, serait inférieure au Foiesl- marhle et au Stonesjield-slate. Ils pensent que cette même argile se retrouve, d'une part, le long de la ravine entre Ditchley et le parc de BUnlieim , et de l'autre, dans une ravine analogue qui passe au nord du village de Stonesfield , pour aller s'ouvrir au midi de Charl- buij dans la vallée à'Eyenlode. Dans aucun de ces points, qui circonscrivent, pour ainsi dire, la localité de Stonesfield , on ne paraît pas avoir reconnu entre le Corn-brash et l'argile supérieure à la grande Oolite des couches semblables à celles qui , dans la vallée, sont exploitées depuis si long-temps ^je dis •. il ne paraît pas, puisque, s'il en était autrement, tous les doutes émis par les géologues anglais auraient sûrement été levés. A très-peu de dislance , les montagues au-delà de la ri- vière d'Evenlode sont couronnées par le ForesL-marble qui , dans la forêt de Whichwood, prend la dureté du marbre , d'où lui vient le nom que l'on lui donne : et i_dans ces lieux, ni la structure de la pierre , ni les fos- siles qu'elle renferme , ne rappellent le calcaire schis- teux de Stonesfield, -de môme que, dans les exploitations de ce dernier, on ne voit rien qui puj^sse être compa- rable au Fores t-marble proprement dit. 26* ( 4o4 ) F.xaininons mainlciianl ce ([uc pense M. Buckland sur le gisement des ossemens du Mégalosaure, qui ont été trouvés dans le même lieu que les mâchoires de Mam- mifères, et qu'il vient de décrire dans le dernier numéro des Transactions de la Société géologique de Londrcs(i). Le célèbre professeur s'exprime à ce sujct de la manière suivante : « Pour exploiter les pierres à Stonesfield on descend » par des puits vjerticaux à travers une roche solide de » Corn-brash et des bancs d'argile, qui ont plus de qua- » rante pieds d'épaisseur avant que d'arriver aux cou- » ches feuilletées qui contiennent les fossiles ; il est » imporiant ( ajoute l'auteur anglais ) de noter cette » circonstance, parce qu'il a été supposé, par des per- » sonnes qui ont dernièrement visité les carrières, que )) les fossiles sont logés dans des fissures, dans des ca- » vîtes ou dans un dépôt superficiel et local -, ce n'est » pas ici le cas décidément; ils sont absolument enve- » loppés dans des strates réguliers de la roche même, » laquelle est connue en Angleterre sur une grande )) étendue depuis Colyweston auprès de Stamfort jus- )) qu'à Hinton près Bath, où l'on exploite sur plusieurs » points rOolite schisteuse, pour l'employer à couvrir )) les maisons; ces diverses carrières abondent également » en végétaux marins et terrestres ; mais le Melagosau- » rus , l'Opossum , les Oiseaux et les insectes coléop- » tères n'ont été jusqu'à présent trouvés qu'à Stonesfiild » seulement. » Nous nous permettrons de faire observer à M. Buckland (i) Notice on tlie M'cgalosaurus or gieat fossil lizard of Stonesfield. Trans. of (lie geol. soc. , second stries, vol. i , part. 2. ( 4o5 ) que nous n'avons pas reconnu dans les échantillons de la roche traversée pour arriver au Schiste calcaire , et que nous avons pris nous-mêmes auprès des puits, que nous ne trouvons pas dans ceux rapportés par MM. Bro- chant, Dufrenoy et deBeaumont, que nous ne trouvons pas dans la description des exploitations dont il s'agit, insérée en i^58 dans les Transactions philosophiques, les caractères de la roche dont se compose le sol du pla- teati qui s'étend de Begbruck à Woodstock, et dont nous avons étudié les bancs solides auprès de cette petite ville, et à la descente de Blenheim dans la vallée de Slones- field ; ce dernier Corn-brash est dur, l'Oolite dont se composent ses divers strates est réunie par un ciment cris- tallin brillant; la composition de chaque couche est ho- mogène, à grains quelquefois très-fins. On trouve la même pierre dans un grand nombre de lieux environ- nans , et son analogue se voit aussi en France. Le Corn- brash retiré des puits nous a paru être inégalement dur ou tendre, renfermant des parties de Calcaire compacte dans une espèce de Marne blanche, tendre, générale- ment mêlée d'Argile el de Sable. Cette roche nous a semblé particulière à cette localité. M. Buckland dit que les Calcaires schisteux de Sto- nesfield ne se voient pas dans ce seul lieu , puisaue la même formation s'étend en Angleterre depuis Colr- ■weston jusqu'à Hintori] mais, répondrons-nous, ces der- niers Calc^res schisteux sont-ils bien analogues par leur position géologique à ceux de Stonesfield , ou seulement sont-ils semblables à eux par leur fîssilité .? Il faut faire remarquer d'abord que l'auteur dont nous discutons l'o- pinion , dit positivement lui-même que les fossiles n'ont été trouvés dans aucun autre endroit qu'à Stonesfield, ( 4o6 ) et si nous reprenons l'ouvrage de MM. Conybeare et Phillips nous lirons page 204 : « Les bancs d'Ardoise » calcaire se montrent aussi dans cette portion du sys- )) tème oolitiqiie auprès à'Easton et de Colîyweston ; et il » est probable que ces bancs appartiennent à la même » série que ceux de Stonesfield précédemment décrits 5 )) nous n'avons cependant aucune description particu- )) lière de ces carrières... wEt page 2o5 : « Toute la masse » de ce système oolilique dans le Dorsetshire ( excepté » rOolite inférieure proprement dite et ses sables) pré- ■» sente les caractères fissiles du Forest-marble ; car il » semble plus probable qu'ici la grande Oolite passe à •n cette structure ( comme indubitablement cela arrive » dans d'autres lieux ), qu'il n'est possible de croire que » le Forest-marble, qui généralement n'est qu'un banc » subordonné, acquiert une épaisseur tellement dispro- » portionnée, tandis que la grande Oolite elle-même » manquerait. M Ainsi donc, d'après MM. Conybeare et Phillips, la fis- silité , et par conséquent la propriété d'être réduit en plaques minces propres à couvrir les maisons, devient dans le Dorsetshire un caractère commun à toutes les couches de la grande Oolite, et si ce caractère est le seul qui ait servi pour faire établir un rapprochement entre les Schistes calcaires - de Collyvs^estou et ceux de Stones- field, on voit combien ce caractère perd de sa valeur; il pourra sembler qu'une démonstration plus satisfaisante devient nécessaire pour lever toutes les incertitudes, d'autant plus que MM. Conybeare et Phillips disent en- core page 2ry : « 11 ne parait pas que la ligne de sépa- » ration entre l'Oolite exploitée dans les carrièresà Stam- » fort et Kettcring et les bancs supérieurs de la série, I ( 4o7 ) » puisse être tracée avec précision. Si le Schiste cal- » caire de CoUyweston (au sud de Stamforl) peut être )) avec exactitude rapporté au Forest-Marble , une ligne » tirée par Raunds et Stamvick, indiquera cependant )) ce qui doit être rapporté à la division supérieure. » Nous n'avons trouvé rien de plus positif sur le sujet qui nous occupe dans l'ouvrage des célèbres auteurs de la Géologie de l'Angletei^re. Il nous reste encore à employer dans cette discussion un fiùt très-important et que nous fournit le dernier Mémoire de M. Buckland sur le iMégalosaure de Stones- field. Des os de ce reptile géant, dont la hauteur peut avoir égalé celle du plus grand éléphant, sur une longueur de cinquante à soixante pieds, ont été également ren- contrés par M. Mantell auprès de Tilgate en Sussex; mais dans une formation que l'on regarde comme plus nouvelle que la formation oolitique : c'est dans le Sable ferrugineux qui se voit presque immédiatement sous la Craie, que ces ossemens remarquables ont été trouvés non pas jusqu'à présent avec des débris de Mammifères, mais avec presque tous les autres fossiles que renferment les Schistes de Stonesfield. Ainsi avec des os d'oiseaux, de Plésiosaure-, avec des écailles, des dents, des os de crocodiles 5 avec des humérus, des côtes et des vertèbres de Cétacés -, avec des écailles et des os de Tortues; avec une variété particulière de dents de Squale ; avec des épines de Baliste, avec des dents de poisson, avec du bois , avec des empreintes de Fougères et de Roseau , et enfin avec quelques cailloux roulés de Quarz. Il semble que sons le rapport des restes organiques il y aurait une identité parfaite entre les Schistes cal- caires de Stonesfield et les Sables ferrugineux de Til- ( 4'^8 ) gatej tandis que par letir nature minéralogique et d'a- près l'opinion des géologues anglais, il faudrait placer oi's couches bien loin les unes des autres dans la série générale des terrains, et par une bizarrerie bien étrange, cette parfaite ressemblance anomale entre des dépôts formés à des époques très-différentes , se ferait voir dans deux localités distantes dont chacune serait unique et pour ainsi dire anomale dans la formation à laquelle on la rapporte, 'et dont aucune ne serait évidemmeht re- couverte par les formations que l'on dit être plus ré- centes qu'elle (i). Ce nouveau fait, comme on peut le sentir, ajoule beaucoup à l'importance du premier, car il fournirait l'exemple d'une nouvelle exception à des généralités (T) M. xMantell (Geol. of Susses, pag. 37 et 299) avait émis quel- ques doutes sur la véritable position géologique des couches observées par lui dans la forêt de ïilgate, en disant que les couches corres- pondent, si bien par leur structure et leurs fossiles avec celles du Purbeck stone , qu'on pourrait avec raison les regarder comme dépen- dant de ce dernier terrain dont elles seraient une protubéranc- au milieu du sable ferrugineux et de l'argile de frealds. M. Buckland ne paraît pas avoir partagé cette opinion , puisque dans le dernier Mé- moire que nous avons cité il dit, après avoir donné îa liste des Fossiles communs aux Schistes de StonesfiM et aux Sables ferrugineux de la fordt de Tilgate : « Les analogies ci-dessus démontrées sont tr.'s- » frappantes , et quoiqu'elles montrent que les conditions de la terre n étaient les mêmes à peu près, dans le moment où les deux formations )) ont été déposées, cependant le nombre et l'épaisseur des strates )) d'Oolile interposés entre les ,joriag. 9. ) Tiges de deux à trois centimètres de diamètre ; tuberculfs larges d'environ six millimètres à arêtes assez aiguës, marqués au sommet d'une cicatrice concave circulaire. Var. /S. Minor (lig. 10. ) Tiges d'un centimètre de large au plus; tu- bercules larges de trois millimètres environ; arêtes à peine mar- quées; point de cicatrices distinctes. ^ Si les caractères qui distinguent ces deux variétés ne sont pas dues à l'âge des rameaux , ils suffiraient pour former deux espèces ; mais il nous paraît assez probable que la var. fi n'est que l'âge plus jeune de la var. a. Fig. II. Mamillaria Desnojersii. Var. a, restituée d'après les moules laissés en creux et représentés fig. 9. Essai d'une classification générale des Graminées, fondée sur Télude physiologique des caractères de cette fa- mille ,' Par m. Raspail. C Extrait d'un Mémoire lu à l'Institut , séance du 2^ janvier iSaS. ) Cet Essai est le résultat d'un travail comparatif de deux ans. Six cents espèces de Graminées ont été ana- lysées , décrites et comparées avec le plus grand soin. Les ( 4^4 ) ccailles mêmes , ces organes si généralement négligés par les auteurs, autres que Schreber , Palisot de Beauvois et M.R. Brown, ont été rechercliées avec une opiniâtreté qui tiendrait delà minutie, si l'on n'admettait pas avec moi que les objets les plus petits deviennent importans quand on les groupe et qu'on les compare , et que les plus grands deviennent minutieux quand on les isole. Des résultats heureux ont couronné ma patience , et je vais les ex- poser. Ils se réduiront à peu de pages , mais ils seront clairs et précis. En botanique, d'aillcux's, on commence à s'apercevoir que ce ne sont pas les plus longs travaux qui enfantent les plus gros volumes , et que ce ne sont pas les plus courts qui nous donnent les volumes les moins épais. § I. Racine. Nous avons exposé dans notre premier Mémoire les modifications que pouvait subir la racine des Grami- nées. Nous avons oublié d'y ajouter que les cônes de la radicule restant emboîtés et s'allongeant en racine prin- cipale , peuvent jeter çà et là des radicelles et parfois des chaumes traçans ; ce que l'on observe encore quelque- fois sur la partie inférieure , au premier nœud de la tige. Nous sommes déjà en mesure d'expliquer ces faits dans un prochain Mémoire. Toutes ces modifications se ren- contrent sur les individus de la même espèce , et en général elles ne sauraient pas même fournir de bons caractères spécifiques. Cependant les modifications indiquent presque tou- jours la nature du terrain. Ainsi, les Gramens venus dans l'eau courante prennent en général les racines af- fectées à ce genre d'habitation , c'est-à-dire des racines ( 4^5 ) Llanchàlres, succulentes, longues, aplaties et comme pennées. Dans les eaux stagnantes et les prairies hu- mides , les Gramens ont plutôt des chaumes tracans. Dans les terrains gras et meubles, on les trouve in- différemment , soit avec des chaumes traçans, soit avec un chevelu; il en est de même des décombres. Dans les terrains arides et sablonneux , au contraire, et dans les teirains absolument calcaires, ils ont un riche chevelu , mais à radicelles filiformes et grêles. Enfin, dans les terrains rocailleux, les radicelles semblent devenir un peu fusiformes ; elles sont peu nombreuses, et n'ont point de chaume traçant. Ce que nous établissons à l'égard du cône radiculaire de l'em- bryon , s'observe aussi à l'égard des cônes radiculaires de tous les bourgeons de la tige, c'est-à-dire que ces derniers peuvent devenir ou racine principale, ou chevelu, ou chaume traçant , et prendre toutes les modifications de l'un et de l'autre. Nous pensons que le genre Centro- phorum àe M. Trinius n'est qu'un ^ndropogon, dont le cône radiculaire des locustes s'est développé hors le chaume au lieu de descendre dans son intérieur, et par le contact de l'air a pris la forme d'une arêle descendante. Enfin les racines adoptent la couleur des terrains dans lequel elles croissent. § ÏI. Chaume ou tige. 1°. On a cru que les chaumes d'un genre ou d'une espèce possédaient constamment le même nombre d'ar- ticulations. Cette assertion est loin d'être exacte. L'on voit tel Gramen prolonger dans un climat son chaume d'une manière indéfinie , et étaler sa panicule dans d'autres , après quelques articulations. Il serait du reste assez difficile de compter avec exactitude le nombre des ( 4^6) ai liculations d'un chaume, et de bien déluimiiier son véritable point de départ. Dans YEnodium on n'w sou- vent décrit qu une articulation ; quant à moi, jVn ai trouvé drux et quelquefois trois. 2°. Les entre-noeuds du chaume sont invariablement plus courts vers la base , et plus longs vers le sommet de la plante. Ces proportions sont moins sensibles sur les individus qui n'ont point de bourgeon dans Taisselle des feuilles , c'esl-à-dire , d'apiès nos principes , toutes les fiiis que nulle nervure médiane ne s'est changée en chaume. Dans ces derniers cas, les entre-nœuds sont toujours très-rapprochés. 3°. La partie du chaume renfermée dans une gaine est lisse et peu colorée. Celle qui est en contact avec Tair est verdàtre ou violette , velue , hispide ou lisse. Ces caractères ne sont pas même des caractères véritablement spécifiques, et dépendent du terrain et de l'exposition. § IIL Feuilles. On distingue dans la feuille des Gi-aminées trois portions ; la gaîne (vagina) qui est la partie qui en- toure le chaume et qui est couronnée de la ligule ( li- gula , fig. 8 , 9, û) 5 enfin , la lame ( limbus) qui part de la base de la ligule. 1°. Les feuilles manquent très-souvent de lame à la base du chaume, et ressemblent, pour le port, à la feuille parinerviée qui parait la première dans l'acte de la germination. 2°. A la base du chaume on trouve encore très-sou- vent quelques gaines qui ne sont pas fendues par-de- vant , mais seulement au sommet , et cela s'observe ( 4^7 ) principalement dans les chaiimes simples , et dont les bourgeons ne se sont pas.développés. 3". li en est de la gaîne eomme des entre-nœuds. Elle est toujours plus longue vers le sotrimet de la tige qu'à la base. A la base, elle est quelquefois si courte qu'il est difficile de ta distinguer de la lame. 4°- Le contraire arrive à l'égard de la lame. Elle est en général toujours plus courte sur les gaines supérieu- res que dans les inférieures. On trouve des lames infé- rieures de deux pieds de longueur , quand la supérieure n'a pas un pouce. Je donnerai plus tard la raison de ce phénomène. On ne doit pas tenir compte en c< ci des feuilles qui se sont desséchées avant d'avoir atteint leur entier accroissement. : S**. Les gaines glabres ,fjîispides ou v.elues, sont pro- pres à distinguer les variétt'-è^ mais ne fournissent point de caractères génériques, ^Datis les prairies bumides la gaine velue devient glabre quelquefois: le contraire arrive dans les champs arides. 6°. La lame est ou plan« et lancéolée (Pharus, Olyra), ou pl»;ie et ertsiformé ( JVastus , Penicillaria) , ou ca- naliculée (^ MiboraJ , an roulée {Aira canescens) , ou filiforme , c'est-à-dire ayant si peu de nervures qu'elle semble n'être plus qu'une arête canaliculée (^Festuca hetej'ophjlla). Aucune de ces formes n'est affectée ex- clusivement à un genre. 7°. La ligule (fig. 8, 9«, lo), an contraiie, est un caractère générique , sinon invariable . du moins assez constant pour ne comporter que des exceptions. Il est vrai que nous n'adoptons pour les genres que deux de ses formes : la membraneuse (fig. 8, a), (Li- gula membranacea ) . et la ligule divisée ou en poils ( 4^8 ) Çpilosa , fip. 9 , « ) , ou en lanières {denticulata ) ( fig. lo ). La ligule est tellement exiguë sur certaines es- pèces , qu'elle ne présente plus de traces du caractère générique ; mais , en cet état , elle est un bon caractère spécifique. Cette dernière forme se présente plus sou- vent sur les espèces des genres à ligule divisée en poils que sur les ligules membraneuses. La ligule membra- neuse est ou tronquée (tj^uyicata) , quand sa substance étalée a la forme d'un carré long, ou entière (intégra), toutes les fois que sa substance étalée a le sommet ar- rondi ou en voûte. Je n'admets point de ligule mem- braneuse laciniée , parce que ce caractère est trompeur sur le sec , et variable sur le frais. Cependant , dans les descriptions spécifiques, on ne doit oublier aucune des modifications que la ligule peut présenter. La ligule peut être encore membraneuse et velue sur sa face pos- térieure ,• elle appartient dans cet clat aux ligules divi- sées en poils (pilosa). 8°. Nous insistons sur cette expression divisée en poils; car cette dernière forme (pilosa) n'est que la décomposition de la forme rhembraneuse (niemhrana- cea) ; elles exceptions dans certains genres provien- nent de ce qu'alors il y a eu ou il n'y a pas eu de dé- composition. § IV. Inflorescence. Bien des genres sont fondés par les auteurs sur l'in- florescence , et cependant l'inflorescence n'a pas été définie. Cette anomalie avait conduit des agrostogra- pbes à nier l'importance de ce caractère ; car enfin il existe tant d'espèces auxquelles les uns donnent une pa- nicule , et les autres un épi j et ensuite on rencontre (4^9) dans des génies à panicule tant d'espèces qui prennent les formes de l'épi , qu'en vérité on était en droit de ne voir plus que des différences de mots et non de formes dans cette distinction. Ajoutez à cela que , d'après les définitions , la seule dilïërence qui existât entre l'épi et la panicule , ne consistait que dans le plus ou moins de pro- longement des pédoncules. Or , le même individu, selon les terrains et l'exposition , présente quelquefois des pédoncules beaucoup plus courts qu'à l'ordinaire • le Bromus slejilis, venu à l'ombre , prend des pédoncules fort courts , uniflores 5 et si les locustes se redressaient ce Bromus aurait le port d'un Triticuui. Cependant, à la simple vue, il existe une si grande différence entre le port d'un Trkicum et celui d'un Poa par exemple , qu'il n'était pas probable que celte diffé- rence n'eût pas une expression dans les organes de la floraison -, et il ne s'agissait que de la trouver. Or, voici par quels résultats nous y sommes parvenus. Il est bon de dire que c'est notre principe du détachement des nervures médianes en arête ou axe , qui nous a révélé ce que nous allons établir. 1°. On sait que certains épis , par exemple : les Lo- lium, les RoUbœlla, \es Monerma , etc. , dont les lo- custes inférieures n'ont qu'une glume, portent toujours à leur sommet (fîg. 12, ab') une locuste à deux glumes également conformées entre elles. Or , je prends deux individus de ces genres , l'un dont le rachis est à onze locustes , et l'autre dont le racbis est à douze lo- custes. Il est évident ici que la onzième locuste, qui est biglumée ( ab' ) dans le premier individu , correspond à la onzième locuste du second, locuste qui est uniglu- mée (ab); c'est-à-dire, en d'autres termes, que la on- ( 4?»o ) zième locuste du premier qui est biglumée {a'h') , si elle était surmontée d'une locuste supérieure, ne serait plus qu'uniglnmée , comme la onzième du second individu à douze locustes. Or, comment aurait-elle passé au nom- bre douze, si ce n'est parce que la glume (6) aurait produit la locuste (ab') , et jouerait alors le rôle de racbis. Que pourrait-on opposer à cette explication? Serait- ce que les glumes sont des feuilles, et que les fcuill.'s nç produisent jamais rien ? On serait démenti par Fana- lo'^ie de certaines dicotylédones mêmes. Serait-ce parce que les vaisseaux ou nervures dans le chaume ou axe sont disposées circulairemenl, et que, dans les feuilles, elles le sont sur un seul rang et en croissant. Mais nous avonsle contraire sous la main. Car , enfin , quand même on ne voudrait pas admettre que le rachis des Lolium , Rottbœlla, soit une feuille ou glume, on admettra du moins que c'est un racliis. Or , les nervures ou vaisseaux de ces rachis sont disposés sur un seul rang en croissant, et non circulairement. Serait-ce enfin que le chaume a des organes différens des glumes ? Cela ne saurait se soutenir-, car les glumes comme le chaume n'ont que du parenchyme et des nervures ou vaisseaux de la même nature. D'ailleurs , si nous avons prouvé par les faits que la nervure médiane d'une paillette peut devenir axe , pourquoi refuserait-on cette propriété à la réunion de ses nervures? IL est évident que le Xout est capable de ce dont la partie est capable. M. Trinius (de Graminibus uni et sesquifloiis) a fait représenter une organisation d'épi , qui rend cette ex- plication accessible à la vue. Les locustes supérieures de sena qui n'ont aucun rapport entre eux. On dirait qu'on n'a été économe de genres , que pour les genres qui ne ré- clamaient aucunement une telle économie. La forme de la graine provenant presque toujours de la forme des paillettes qui l'enveloppent, comme nous avons noté la cause, nous nous sommes dispensés dans le tableau de noter l'elfet: mais nous n'oublierons pas ce caractère dans la description générique. Dan-s la division à paillette supérieure imparinerviée ^ la graine n'a point de sillon , parce qu'il n'y a pas eu pression'exercée par un axe vigoureux (0/yia, Leersia). Dans les parinerviées , plus les genres ont été multi- tlores et à fleurs pédonculées (Poa, Festuca, etc. ) , plus ce sillon a été profond. Dans les genres à fleurs sessiles, au lieu du sillon se remarque une large mais légère compression (Panicum). Dans les fleurs où le pédoncule ne s'est pas développé, le sillon est moins profond et (447 ) quelquefois peu visible {Jgrostis , Phalaris , Andro- pogon, Soj'ghum). § X. Stigmates. 1°. Le nombre des stigmates est aussi variable que celui des étamines. Je le note dans la description géné- rique , comme caractère du second ordre. 2°. Les formes en sont un caractère invariable. Je nedis point les formes qu'on désignait par les mots aspergillî- formia, suhaspergilUformia, etc. ; formes qui ne dépen- dent que du plus ou moins de prolongement du pédon- cule ; mais seulement celles que je vais décrire ci-après. 3°. Ou les fibrilles stigmatiques sont rangées sur deux rangs comme les barbes d'une plume. J'appelle alors les stigmates distiques (stigmata disticha) , (fig. i , 2, 3). 4o. Ou bien les fibrilles stigmatiques sont parsemées autour du style comme autour d'un axe; et j'appelle ces stigmates é'ç^^Ts ( stigmata sparsd) , (Çis,. 5, 6, 7). 5°. Ou bien les fibrilles ne sont éparses qu'une fois, et à la base du stigmate , et j'appelle cette forme stigma- tes épars à la base ou setiii-épars (basi tantîim sparsa aut seini-sparsa)^ (ûg- 4)* 6". Les stigmates distiques peuvent avoir des fibrilles très-courtes, sans papilles distinctes; et je nomme ces stigmates qui sont en général très-longs , stigmates tœ- niseformes (tœniœfonnia) , (fig. 1). Ces stigmates peuvent avoir des fibrilles à papilles nombreuses, fibrilles fort longues quoique simples, et je nomme ces stigmates plumeux (plumosa), (fig. î>.). Ces stigmates distiques peuvent posséder des fibrilles ramifiées et couvertes de papilles ; et je nomme ces stig- mates plumoso - rameux (plumoso-ramosa) , (fig. 3). ( 448 ) M. R. Brown a le premier fait usage de ce caractère. Quant à moi , je ne le place que dans les caractères se- condaires , parce qu'il est fort trompeur , et que les stigmates plumeux ofirent très-souvent celte forme , lorsque leiu's fibrilles se superposent sur le porte-objet, n°. Les stigmates épars varient à riufini sous le rap- port du prolongement des styles qui les supportent , et des formes qu'ils prennent eux - mêmes. J'indique dans les lig. 5, 6, 7, leurs types généraux-, mais je n'emploie aucun d'eux comme caractère générique. Ce- pendant on peut dire que la forme 6 convient davan- tage à mes Tripsacum; la forme 7 aux Andropogon ; la forme 5 aw&Paspalum, Panicum, Cynodon. 8". Me voilà arrivé au point où je pourrai réunir d'une manière claire et intelligible trois caractères déjà décrits , et faire voir la sympathie qui existe entre eux. Ces trois caractères sont : la forme des stigmates , celle de la ligule et celle des écailles. Les stigmates distiques, i, 2, 3, 4^ existent tou- jours avec les écailles membraneuses. Les ramoso -plu- meux ■ (3) existent avec les écailles membraneuses et avec les écailles impressionnées (n, o). Le Mais fait exception par son stigmate toeniaîforme et ses écailles impressionnées. Les stigmates épars existent toujours avec les écailles impressionnées , lorsque la paillette supérieure est pari- nerviée. Dans les paillettes imparinerviées ils existent avec les écailles membraneuses. La ligule membraneuse convient aux écailles mem- braneuses, et se trouve par exception avec les écailles impressionnées {Melica , Paspalum). La ligule en poils ou en lanières, au contraire , ne se ( 449 ) trouve jamais qu'avec les écailles impressionnées. La planche jointe à ce Mémoire est disposée de manière h peindre aux yeux ces rapports. Deux ans d'observations non interrompues en constatent la vérité. g". J'ai découvert un autre caractère que peuvent fournir les stigmates : c'est leur insertion. Ou les stigmates sont insérés sous le sommet de l'o- vaire ( Poa , Triticum , Avena^ Festuca , etc. ); ou~bien ils sont insérés sur la face antérieure de l'o- vaire. Ce dernier caractère ne se rencontre que sur les Bromus et les Lolium, mais il est constant. Palisot d»; Beauvois avait aperçu ce caractère sur son Ceratochloa , et il en avait fait un genre; le Ce? atochloa n était qu'un véritable 5romî«, genre sur lequel on n'avait point remar- qué ce caractère , tant il est vrai que les travaux faits en courant, et page par page, ne sauraient jamais être compa- ratifs. Il faut noter encore qu'il n'avait pas retnarqué l'in- sertion des stigmates , mais seulement la forme du som- met de l'ovaire, que la dessiccation avait exagérée, et qui n'est due qu'au genre d'insertion des stigmates. Ce caractère tiré de l'insertion , joint à la forme des écailles et au nombre des nervures , empêchera désor- mais de confondre un Festuca avec un Bromus. § XI. Distinction des sexes. Mes caractères ne doivent être cherchés que dans les locustes fertiles et hermaphrodites , à moins que je ne note le contraire dans le tableau. Je néglige toujours la fleur stérile du sommet , parce que , dans toutes les espè- ces , la dernière fleur, quand elle existe, avorte plus ou moins. Je ne tiens compte, comme fleurs neutres ou mâles, ToMB IV. ag ( 45o ) que fie celles qui sont inférieures à la flenr fertile (^/7o.?- culus Jertilis). Quant à la monœcie , c'est un caractère si variable, qu'il serait impossible, avant d'avoir analysé un individu, d'imliquer le rameau stérile et le rameau femelle. Ces sortes d'avortemens ne sont donc point des caractères , et l'on doit se montrer réservé dans leur emploi. Il n'en est pas de même des ditFérences d'inflorescence qui entraînent avec elles des dilTérences de sexe, par exem- ple , dans le Maïs où les panicules sont ordinairement toutes mâles et les épis tous femelles. J'ai employé ce ca- ractère dans le tableau : je le décrirai plus au long dans le genre. Dans la diœcic je n'emploie que les caractères de l'in- dividu hermaphrodite. L'existence de l'autre est cons- tatée dans la description du genre. Au reste , ce carac- tère ne convenant qu'à deux genres, le Spinifex et le Grncnum, son omission ne jettera aucune obscurité dans les recherches. Observons encore que dans les Spinifex et Gjnerium qu'on plaçait dans la diœcie, ce n'est qu'une rfiœde impropre, puisque l'individu fertile est herma- phrodite, et peut se passer du mâle, et qu'ainsi le mâle est une forme plus ou moins avortée, une véritable sinécure dans l'ordre de cette végétation. C'est donc un accident qu'il faut noter 5 ce n'est pas un caractère générique. Ces notions abrégées qui se composent de résultats longuement constatés, suffisent pour l'intelligence du tableau des genres. Dans un prochain extrait je donne- rai les caractères génériques détaillés avec les caractères secondaires , j'y joindrai la liste des genres modernes, dont les types doivent rentrer comme espèces dans les miens, ainsi que la liste des espèces qui m'ont servi à f.GÏ PAL IMP e flosculis li flosculis !)US. ea inferio: ea inf. pan jcâ cum gli is cum clui PAI Pi TABULA METHODICA GENERUM AGROSTOGRAPHEE. AUCT. RASPAIL. ! glumts. iStigroala sparsa (Si |c fFloscuIusMisunfpalcaccus ' ! olZ^ b"! Sligmala dislicha. ... ( /-c- n ■■ ■ / • -i i-^ \ l Sine flosculis infcrioribus stciihbus (Flosculusfcrlilisbipalcaceus Slcgmata hasi tantum • Cum flosculis infcrioiibus steri- (Flosculi bin '"'"S Iriosculi bii • ■ • ■ Palea ii.f. 3 ncrvin. . . I . i Glumx flosc. majores. ,in.paleacc..jm^„,^ flosc. minoies. Teriorcs bipalcacci Zoysia. yisprclia. Onui. Mibora. Cr)psis. afei- lo iufcriori masculo, neutro aut um'paleaceo. flosculo inferiori ncutro, unipaleaceo aut masculo- . ( Palea iofcrior multinen . paucinerria. l Palea iofcr. ■( Palea inf.i fPal. inferco iPaIca inf. ca I Nervi apîco conflucntcs. j Nci'vi apicc divergentes. - flosculo : flosculo . , .Rachis (fœmincae stirpis scilicct] uniflo PALEA SUPHRIOR y / ^'^''"^ "' ^'"''"^^ '" ''^"" ''''^' *''""*• PAIUKERVIA. . A 1 Sine flosc. infer. unipaleaceo. . * I Cum flosc. iufer. unipaleaceo. . tinvolucra pnrtialia et pilosn. . Invotucrn partialiii ut hcrbaccn. . luvoiucvuiit uuicum et générale. Vttsimlum. Lin. l'iii'ponliorus. Cynoion. Lin. llitli iMziola. Juss Monerma. Palis l'hants. Lin. Trif/sacnm. Lin. jdiitfropaqon Lin. Saccftnrlim. Lin. Spini/h , gbbnin Ovariu Ovariu t pilosuni. . ' Palea iufei I Paira infcrior pau- Stigmala infra apiccm ovarii i Stigmata apice ovarii inserta. ! Palea infcrior concava. Palea infcrior carinata. 1 prementcs. I prcnioutcs. flosculo majo iflo j Rachis prdunculirorn I Hachis glumiformis. |Gln ! Stigmata infra apicem ovarii inserta S.i,n,a.a apice insca | iH™;: ^JS^rmU.' ! ! ! ! ! i i f Palea supcrior multinervia » T» . , ■ ( Nervi latérales basi fosciculali uperiorpaucinervia. . . .[^^ . 1 Palc-n inf. concava. s basi liheri. p^j^^^ j„f_ carinata. \ Nervi t f Palea infcrior 5 — i Nervi apicc div( Ncr\-i apice con gentes. ipice confluentcs. (Stigmata plu Stigmata lœi S"^- lOmn. . 1 .,, Cumln.u>U.lal ciiJata. ■a infcrior 3 — nervia. [ Palea inferîor i — neiTia. superiori et flosculis major. - fPaleœ bir Jnn. des Se. nat,j tom. IV, p, 45j. ■■ glumis iPale; e et infcrior 5 nerviï illaque 2-4 nervia. (Cum binis flosculis inferioribns unipah ( Sine flosculis inferîor. unipalcaceîs. j ^^i Glumœ 3 nervia;. '(">•, (o) (A') 1-4 3 !,.) 1 '•) 3 () 3 <,) 3 ,„) Ifordeum. Lin. 5 . Secale. toUuin. Lin. Lin. Li% Rotâoella. Ilallcr. 3 (n) Lin. -3 W rf ardus. Lin. 3 Bromits. Lin. 7 + (ad) 5-7 (f> Avena. Lin. Seslen'a. Scop. 5 (i) Nastus. Jnss. (C) Bviza. Lin. .5 (m) Ml lica. Lin. 7+(o) Uniola. Lin. 7+(0) 5 (g) 5 (2) Poa. Lin. lichmuna. Dcsf. Dcst-hnniftsia. Palis. 5 (a) Cynomrui. Lin. 5 {h) t^mus. Lin. 5 (A) Diarrbena. Sbmal. 3 (.•) Ktxleri'a. Pcrs. 3 (0 Jrhtida. Lin. 3 («) Aira. Lin. I il) Hoicits. Lin. i (h) Stifia. Lin. 5 (c) Jgroslis. Phalaris. Lin. 5 (a) Lin. 5 (.) Phleum. Lin. 5 (0 Poljrpogon. Dcsf. 5 (0 Irgeum. 3 -*- Ziza/ua. Lia 1-5 (<.) (45i ) vérifier les caractères. J'annonce d'avance que tons les genres connus doivent se réduire à ceux que je publie, parce que le plus grand nombre des genres modernes ne sont fondés que sur des caractères de nulle valeur. On se scandalisera peut-être de ma hardiesse; ce scandale, je l'ai prévu ; il m'eût été facile de l'éviter. On doit du' moins me savoir gré de mon courage. Explication de la Planche 20. Fig. T. Stigmate féniaeforme.-Fig. a. Plnmeux. - Fig. 3. Plumoso- rameux.-Fig. 4. Stigmate épars à la base, cette dernière forme ne convient qu'au genre £Âr/wria, \e M.crolœna s'en rapproche un peu. Ces stigmates distiques existent avec les ecaillns membraneuses et. deux des formes d'écaillés impressionnées, c'est-à-dire avec toutes les formes d'éca.lles enfermées dans le crochet supérieur gauche Fig. 5. St.gmate épars capité. - Fig. 6. Stigmate épars sessile. _ fig. 7- Stigmate épars en panache. Ces formes de stigmates exis- tent avec les écailles impressionnées au sommet, que renferme le crochet inférieur gauche. Fig. 8 Ligule membraneure qui convient en général à toutes les écailles membraneuses renfermées dans le crochet supérieur droit. Fig. 9 , 10. Ugule en poils ou en lanières qui convient à toutes les écailles impressionnées renfermées dans le crochet inférieur droit Fig. 11. Cette figure représente idéalement sur un même axe toutes les modifications de l'inflorescence épi. -Fig. 1,. Axe et glumule du Lolu,7n. — i^. Inflorescence générale de la panicule. — Fig. i&. Figure propre à démontrer comment une locu^e uniflore peut de- venir multiflore par le détachement de la nervure médiane de la paillette supéiieure. Fig. a-u. Formes diverses des écailles. ( f^oyez leur explication détail- lée, page 444. ) Considérations générales sur la monstruosité^ et Des- cription d'un genre nouveau observé dans l'espèce humaine , et nommé Aspalasome 5 Par m. Geoffroy St.-Hilaire. On est redevable de la découverte de cette nouvelle 29* ( 455 ) monstruosité humaine aux recherches ardentes de M. Du- pont , marchand ualurahste et habile modeleur de pré- parations anatoniiques. Cet artiste a eu cpmposé dans une nuit l'exacte copie en cire qu'il s'est empressé de pré- senter à la Société Philomatique. Le sujet que M. Serres a disséqué et dont il a déjà étudié avec soin le système san- guin, fait présentement partie du Muséum anatomique des hôpitaux qu'il dirige, et se trouve ainsi à la dispo- sition des personnes qui souhaiteraient de le consulter. L'enfant nouveau-né avait à droite quelques viscères déplacés : ce n'est pas une chose très-rare , dira-t -on : oui; mais il faut bien qu'on n'ait encore donné à celte monstruosité qu'une attention bien légère. C'est la con- clusion qui me parait découler de l'expression consacrée pour que l'esprit en gardât le souvenir, du terme reçu ^ Eventralion ^ qu'on aura regardée comme une suffi- sante explication de ces singulières anomalies. Cependant une circonstance unique et bien générale, savoir, le souvenir des intestins déplacés , est seule p;ir- là indiquée et retracée. Autant se borner à connaître m\ mammifère dans un point de sa structure et le dire tout simplement un animal à poil. Car d'ailleurs l'esprit ne sait ni ce qui a occasioné le désordre du déplacement des intestins, ni en quelle quantité le type normal eu est aliéré. Toutefois je conviendrai qu'on a fait peut- être un pas de plus dans l'observation qu^iutrefois , que dans le temps où l'on se contentait d'appeler toutes les aberrations organicjues, singuliers jeux de la nature. J'ai déjà donné à plusieurs monstres des noms en har- monie avec ceux des nomenclatures adoptées en histoire naturelle. Ainsi j'ai consacré une teiniiuaison uniforme pour les monstruosités de la têie, kk^uX-^- J'emploie une ( 453 ) lerminaison équivalente et également uniforme pour les nionstriiosilés du caractère des éife/it rat ions ^ rafia-^ et c'est conformément à ces idées toutes rattachées à un même système que j'ai pensé à nommer la nouvelle monstruosité Aspalasome , c'est-à-dire animal dont le corps rappelle dans quelques-unes de ses parties divers points de la conformation de la taupe. En effet, afin de donner la clef des élémens de cette dénomination , nous rappellerons qu'il y a pour tous les êtres trois appareils ventraux , le digestif , Vurînaîre et le généraleur, et que tous trois se prolongent , en se rap- prochant de l'extrémité du tronc, dans autant de canaux convergeant et se réunissant, savoir : tantôt les trois ensemble, comme dans les oiseaux, où ils débouchent par un orifice unique , tantôt les deux derniers ensemble elle première part, comme dans les mammifères, chez lesquels ils aboutissent à deux méats , et nous rappelle- rons enfin que ces canaux se poursuivent séparément tous les trois comme dans la taupe femelle, chacun s'y ter- minant par une ouverture distincte. C'est cette dernière circonstance qui se trouve réalisée dans V A/tpalasonie et qui m'a fourni les élémens de ce nom. Quelques faits de détail encore inconnus, mais bien plus les rapports de ces faits avec d'autres qui sont dans la science, vont, je pense , justifier mon empressement à donner cette communication. Tous les organes de i'hypocondre droit , depuis le dia- phragme jusqu'à l'extrémité du tronc, offraient l'appa- parence de choses tirées du dehors et s'y voyaient flot- tans en-deçà de la cavité abdominale : tels étaient le foie, l'estomac et quelques parties des intestins, dont une partie occupe ordinairement la ligne médiane. I^e rein ( 454 ) droit boursoufflé et son urètre accru singulièrement en largeur existaient par-dessous. Les trois orifices des appareils ventraux, comme s'ils avaient été contraints de faire un quart de conversion vers la droite, s'y trouvaient situés transversalement, l'orifice du canal ayant précédé les autres. Je donne le rapport des trois orifices (voyez pi. 21 , fig. 2 , et j'en montre , fig. 5 , la correspondance chez la taupe femelle (i). Je corrige donc, fig. 2, par un des- sin plus étudié et plus correct , le vague en ce point de l'ensemble représenté fig. i. Il Hdlait, je crois, et j'ai désiré qu'on ne s'écartât en rien de l'imitation faite par M. Dupont. L'ouverture anale fut signalée à l'artiste par un écoulement de matières excrémentitieUes, et qu'il a eu le soin d'indiquer à titre de renseignement, lett. a, fig. I. Quant aux organes sexuels, un boursoufïlement de la peau entre les cuisses simulait un scrotum , o, o, fig. i, et un fort prolongement dermoïque canaliculé u (l'urètre saillant en dehors) avait bien pu être piis pour un pénis. C'est donc sous la prévention qu'il avait un mâle sous les yeux que M. Dupont a fait son modèle en cire. Cepen- dant la dissection a depuis appris que c'était une fille. Le dessin, fig. 2, présente toutes choses dans leurs position et grandeur relatives : a est l'ouverture de l'a- nus, g celle du vagin , u l'urètre saillant en dehors et conduisant dans un petit cœcum que j'ai reconnu pour (1) J'emploie, fig. 5, les mêmes lettres que dans les paragraphes sui- vans, a est l'anus , g le vagin , et u le méat urinaire : supposez une force de tirage qui ait entraîne l'intestin rectum et son orifice «, vers l'aine droite, les autres orifices g et u, y seraient aussi arrivés der- rière et comme à la remorque. ( 455 ) la vessie urinaire 5 enfin i', 'W, sont les signes de onze très-petits orifices qui se perdent dans la peau, et qui sont sans doute terminés dans autant de points glandu- leux. Un repli du derme Z, fîg. i et 2 , vers le haut, semble un commencement de l'enveloppe tégumenlaire (jni s'étend chez les oiseaux au devant des trois issues d'é- limination abdominale, qui y forme bourrelet tout autour, et qui , resserré en sphincter, constitue l'anus externe. Je n'ai point aperçu le rein de gauche , et j'ai déjà fait mention du droit, dont le volume et un entourage de quelques poches membraneuses faisaient tout l'in- térêt. Le rein droit s'ouvrait dans un uretère fort large, et il venait se perdre, non sur la vessie , mais au moyen d'une pointe sans orifice sur le vagin. Je crois d'ailleurs inutile de m'étendre sur l'utérus et ses cornes. La jambe gauche se bornait à être cagneuse, mais la droite (^vojez fîg. i) était simplement plus (ourte et avait très-fortement éprouvé l'effet du tirage exercé de son côté. Les muscles de la cuisse avaient aussi été tirés par le bassin, et étaient ramassés et raccourcis,* aussi la cuisse finissait au point m. Les muscles avaieiit propagé cet effet à la jambe, dont le tibia était tourné en dedans, singulièrement aplati, et coudé de manière à développer vers le milieu de sa tranche extérieure une sorte d'épine; celle-ci est représentée, fig. i, par la lettre n. En même temps le pied , amaigri et allongé , avait son tarse qui posait et oscillait sur le péroné, de telle façon qu'on pouvait lui imprimer un mouvement de pronation comme à la main qui tourne sur le ra- dius : ou plutôt les choses paraissaient presque la répé- tition d'une combinaison particulière au paresseux dit V ( 456 ) Aï ou Bradjpus iridaclylus. Ainsi ce singulier événe- ment de monslruosilé plaçait le pied droit dans des rap- ports identiques avec la main, quant aux mouvemens de pronalion et de supination; en même temps que cette intervention avait encore ramené, ainsi que nous l'avons exposé plus haut, une circonstance nouvelle et propre uniquement à un seul Mammifère, le fait des trois ori- fices distincts de la taupe femelle pour les trois voies in- testinales, urinaires et génitales. Une autre singularité du même ordre et qu'on ne manquera sans doute point d'accueillir avec autant de surprise que d'intérêt, est le fait que je vais exposer. La plus grande partie de l'intestin postérieur (i) avait entièrement disparu, sans doute en conséquence de l'absence de la mésentérique inférieure. Je donne , fig. 3 , toute la fin du canal intestinal, comme elle est établie dans l'Aspalasome. L'extrémité ascendante i, i, est une por- tion de l'intestin antérieur. l^e renflement è,è, me parait correspondre aux premières parties du colon , et la por- tion aveugle cp au segment des suivantes. Dans ce cas, l'inteslin postérieur de l'Aspalasome, étant privé de la dernière partie du colon et de tout l'intestin rectum , n'a pas acquis assez de longueur pour fournir les cir- convolutions de l'état normal et pour aller s'ouvrir en arrière, en dedans de la rainure des fesses. Sous sa nou- velle forme , ce n'est plus qu'un cœcum d'un assez grand volume^ ce qui n'empêche pas que le cœcum normal ca n'existe toujours dans ses dimension et position ordi- (i) Voyez PJiiloiophie Anatoniiqiie , tome 11 , page 270, d'après quel motif j'ai pu et «lu diviser l'inteslin en porlion antérieure et portion postérieure , le cœcum devenant le point de partage de l'appareil entier. ( 45; ) naires. Cependant le canal intestinal a toutefois trouvé à déboucher au dehors, comme on le voit au point a: c'est par une gorge en manière d'anneau, à quoi se ré- duit cette nouvelle espèce de rectum, devenue impos- sible en arrière; l'issue excrémentitielle se voit en avant ou plutôt au-delà et du côté de l'aine droite. L'ayant introduit par cette ouverture ou par l'anus, lett. «, j'ai plongé un stylet qui s'est répandu tant dans le gros et le petit cœcum que dans le renflement i,è,d'où il se poursuivait dans l'intestin antérieur. Celte description faite , il m'a semblé que je venais de rédiger l'histoire aualomique du canal intestinal des oiseaux; car les oiseaux ont aussi deux cœcums : et de même aussi, du milieu de ces canaux aveugles, lett. ca et cp^ Cg. 4 5 ïiftit u'i bout d'inlesiiu r. A cela près de sa plus grande longueur, c'est la partie analogue à l'anneau terminal «, fig. 3, a devenant un sphincter d'anus chez l'Aspalosome. Le coecum cp ne s'est pas non plus assez prolongé pour former toute la circonvolution nécessaire, et pour s'étendre en arrière. Le bassin, muraille osseuse, entièrement close et d'une étendue considérable par derrière, n'y est praticable pour aucune percée ; par con- séquent le bout d'intestin , dit rectum chez les oiseaux, descend tout droit et se dirige en devant pour déboucher dans remplacement le plus voisin et le plus accessible; savoir : dans la vessie urinaire chez l'autruche, et dans la bourse génito-urinaire chez les autres oiseaux. La pré- paration de la fig. 4 s dont j'ai pu distinguer li;s parties par l'emploi de lettres correspondantes à celles de la fig. 3, montre ces rapports. Par conséquent, ce qu'il ne m'était pas venu dans l'es- prit d'aller chercher arrive ici à litre de corollaire : les oiseaux, quant à la terminaison de leur canal intestinal, ( 458 ) sont dans une analogie fondamenlale avec les mamtfli- fères, et, bien mieux, présentent une réelle ressem- blance avec ceux d'entre eux qui sont placés sous de certaines influences pathologiques. Voilà donc, encore un autre fois, difl'érens faits de structure organique ra- menés à Vunité de coinposùion. Je pourrais montrer que cela tient aussi à la métne cause, à l'absence de la mésenlérique inférieure -, mais il faudrait d'abord établir que l'artère qui est censée en remplir les fonctions chez les oiseaux, a été le sujet d'une méprise (^vojez Tiéd. , Anat. des Ois. , page 5o6) , et n'est réellement point cette même deuxième arièie du mésentère. Ce n'est plus identiquement la même dès que l'artère qui se distribue sur l'intestin rectum provient de l'aorte descendante fort au-dessous des iliaques , et sellletnent un peu avant de la sacrée moyenne. Ce fait de circulation sanguine m'a beaucoup occupé en iSaS, et j'ai déjri pour cela disposé un certain nombre de dessins , tout en étudiant la distribution des artères génitales dans toutes les classes d'animaux ver- tébrés. Je ne m'expliquerai donc à cet égard que lors- que je pourrai reprendre ce travail long et difficile. Ainsi voilà une autre partie du système organique de notre nouvelle monstruosité , dans qui l'un des systèmes caractéristiques des oiseaux se trouve jusqu'à un certain point reproduit; de tels faits donnent une idée très-sim- ple, mais toutefois bien admirable du déploiement des forces de la nature. Etî'ectivemeut des déviations dans l'état organique d'un animal sont une répétition plus ou moins exacte des déviations des principaux centres or- ganiques, d'après lesquels sont établis les sous-types réguliers des animaux vertébrés. Depuis que j'ai eu le bonheur de saisir ce point de vue , les applications ar- ( 459 ) rivent en foule ; elles nous montrent la fausseté de cer- tains aperçus prétendus pliilosophiquas , qui portaient à admettre l'existence possible de toutes formes quel- conques, par conséquent imaginaires et capricieuses. Il n'y a au contraire de réalisables que des déviations ren- dues possibles par l'atrophie ou par rhyperthropliie des artères , lesquelles sont , comme l'on sait, formatrices et nourricières des organes où elles se répandent. Or, qu'un tel ordre de variation soit amené par des clian- gemons accidentels , comme dans les faits de la mons- truosité, ou qu'il soit rendu systématique et persévérant, comme dans les faits zoologiques, les procédés (p;i y sont appliqués restent les mêmes : ce qui explique com- ment les faits d'analomie pathologique rentrent néces- sairement, quant à la reproduction des mêmes formes, plus ou moins dans le caractère de l'organisation des animaux réguliers. Mais cette discussion m'a fait perdre de vue le cas particulier de monstruosité décrit dans ce Méhioire. Je vais y revenir, en insistant sur ce qui en forme la cause prédisposante. En effet, une considération plus élevée, parce qu'elle embrasse l'explication de toutes ces déviations organi- ques, et parce qu'elle ramène à la simplicité ce que l'ob- servation porte à trouver si singulièrement compliqué, c'est que l'apparence de tirage, dont j'ai parlé plus haut. est véritablement l'ordonnée qui régit ce! te monstruo- àité : c'est pour moi de toute évidence. Ainsi voilà une production récente jusque-là incon- nue (i), qui est une justification sous tous les rapports (i) Au moment de donner de derniers soins à la composition typo • ( 46o ) de ma nouvelle doctrine dans ces questions importantes. Le tirage présumé existe réellement; il est opéré par une lame intermédiaire allant d'une moitié du placenta sur le fœtus dans toute l'étendue des actions ressenties par les viscères : quatre pouces forment la longueur du cor- graphique de ce Mémoire , on in'a communiqué quelques nouveaux détails que je vais consigner ici. M. le docteur Hauregard, médecin du comité de bienfaisance du douzième arrondissement, a reçu Tenfant : il a bien voulu m'informer que récoulcment des eaux s'était fait en deux temps très-difl'érens; d'a- bord quand i! eut pratiqué une premièi'e ouverture, et beaucoup plus tard, quand le fœtus fut engagé au passage. J'ai aussi vu la mère et son mari, graveur sur cuivre. Cette dame, excitée par un sentiment profond d'intérêt public, a mis une grâce parfaite à re'pondre à mes questions ou plutôt à les pre'vcnir par les informations suivantes. « Elle avait pareillement été frappée du double écoulement des eaux. Wayant jamais senti remuer, sa grossesse lui parut fort extraor- dinaire : seulement quand elle se trouvait couchée, elle ressentait par- fois le mouvement d'nu corps qui oscillait faiblement sur sa îiase. Elle avait entendu parler de masses charnues pouvant se produire au lieu d'un enfant, et elle se croyait appelée à en ofl'rir un nouvel exemple. Vivcmen; impressionnable, fort maigre , assez grande, elle s'affligeait d'un changement dans ses habitudes : elle ne pouvait se défendre, dans ses grossesses, d'émotions vives pour le moindre sujet, principale- ment de frayeurs extrêmes au moindre bruit, » Mariée depuis sept ans, elle fut dernièrement enceinte pour la huitième fois; une fille forte, âgée d'à peu près quatre ans, a seule sur- vécu. La dernière grossesse avait été précédée de trois fa\isses couches. Madame *** ne pouvait assigner de causes à ces événemens, non plus qu'à celui de son dernier enfantement. Toutefois , quant au phénomène d'éveniration, n'aurait-elie pas agi avec trop peu de prudence, lorsque, «'abandonnant à foute la vivar.ité de ses sentimens comme mère, ede excédait ses forces en tenant sa fille dans ses bras presque continuel- lement et toujours de la même manière? C'était sans doute avoir trop fait pour son état habituel de faiblesse. Enfin son dernier enfant au- rait vu le jour vers la fin du huitième mois de gestation ; il a vécu de .'■ix à sept heures, ce qui a permis de suivre, sur les principales artères ( 46i ) don ombilical, lett. jf , fîg. i. Tels senties faits montrés distinctement par la préparation de M. Dupont : or, je n'en puis plus douter , c'est à de telles adhérences du sujet avec ses enveloppes fœtales que l'on doit attribuer chaque sorte de déviations des parties monstrueuses. Le foetus , qui croit par l'influence de sa suspension au placenta , ressent un effet de tirage dans tous les points où les lames de suspension se portent. Mais en grandis- sant , il devient lourd , fortement impressionnable et plus remuant. Il tire donc sur son placenta, ou le placenta du bas-ventre, TefTet des contractions et dilatations des ventricules du cœur. » Je ne commenterai ces i'aits qu'avec la plus grande réserve. i". Le double écoulement des fluides, durant Tenfantement , avait sa cause dans l'existence de deux poches qui ont été percées succes- sivement : la poche principale , générale et normale , lett. s,s , fig. r , se trouvait formée des enveloppes placentaires, et l'autre, particulière et pathologique, lett. t,t, provenait des brides et membranes qui circonvenaient les viscères déplacés. 2°. L'immutabilité du fœtus : ses entraves en donnent une explica- tion très-simi)]e. Attaché aux membranes placentaires qui elles-mêmes adhéraient aux parois de l'utérus, il n'était plus pour lui de bonds et de sauts possibles ; j'ai cité plusieurs cas semblables dans ma disserta- tion de VAnencéphale de Pâture ; voyez Journal Universel des Sciences médicales, i8i4) tome 36, page 129. 3°. L'état nerveux de la mère et ses spasmes habituels, ont pu pro- duire en elle une disposition organique à laquelle on pourrait tout aussi bien rapporter et les fâcheux événemens des trois couches antérieures et celui de monstruosité de la dernière. Il suffit pour cela que les membranes ambiantes et fœtales aient été déchirées. Car que cet étal de choses persévère, l'embryon périt, comme je m'en suis tout ré- cemment assuré par une expérience directe sur des cochons d'Inde • mais qu'au contraire ces plaies se ferment , et que leur guérison laisse toutefois le fœtus adhérent par un ou plusieurs points à ses enve- loppes, il y a retour à la ganté générale, niais non à toutes les con- ditions des individus normalement conformés. ( 46^^ ) sui' lui, clïtit qui est uniquement ressenti par les organes qui sont placés en dedans de ces efforts. Il faut donc reconnaître que les organes atteints par lamoustruosilé, c'est-à-dire par de mutuelles adliérencea et par les tirages qui s'ensuivent, voient leur déforma- tion expliquée par une égale participation de deux ordon- nées qui sont d'une part, le 7n'sus formai iuus, ou la ten- dance à une formation normale; et d'autre part, l'action modificatrice d'une membrane , qui agit comme une toile, laquelle aurait soulevé, dérangé et maniéré tous les ap- pareils. De-là, nous n'avons ni l'effet plein et tout-puis- sant du nisus formatwus , ni le tirage net et direct d'une membrane ; mais nous obienons un résultat mixte, c'est- à-dire le fruit do plusieurs efforts combinés , enfin une monstruosité qui tient de ces diverses causes d'actions. On peut rendre ceci sensible en rappelant quelques propositions de dynamique. Qu'eu premier lieu un corps grave soit entraîné vers sa droite , dans ce cas le mou- vement est simple et la direction suivie non incertaine pour l'esprit. Qu'en second lieu , sous l'ouverture d'un angle de quarante-cinq degrés, ce corps soit entraîné au- tant à droite qu'à gauche par deux forces qui se balan- cent, il obéira à deux ordonnées également puissantes, c'est-à-dire qu'il s'avancera dans la diagonale des lignes des deux puissances. Dans cet exemple , l'unique tirage ou le premier ef- fort correspond à notre nisus formaUvus , dont rien d'a- bord ne contrarie les tendances naturelles ; et Ton sait triSs-positivement ce qu'amènent de résultats composés, mais tous normalement coïncidens, toutes les influences que nous entendons rappeler par ce terme. Un tel ré- sultat, c'est l'animal dans son état parfait. Le double C 463 ) tirage on Ips eilorts de la seconde hypothèse reviennent à TAction combinée du nisus formatwas et des lames d'adhérence, celles-ci devenant modificatrices au prorata de l'étendue de leur contact. Or, voici comme, dans mon ouvrage sur les monstruo- sités humaines (i), j'ai expliqué la formation des lames qui attachent le fœtus avec ses enveloppes ambiantes. Qu'une mère, dans les premiers temps de la gestation, soit très-vivement alfectée de sursauts 5 que cet événe- ment lui fasse ressentir une vive et subite contraction de tout le système musculaire, et que durant cet elfort gé- néral l'utérus agisse consécutivement sur les membranes foetales etles resserre violemment ; ces enveloppes éprou- veront de légères dilacérations , et, ayant en conséquence perdu leurs eaux d'amnios , arriveront au contact sur le fœtus. Un elTet subséquente tout ceci sera encore que les plaies des membranes ambiantes , ainsi que celles des par- ties dans une position correspondante chez le fœtus, se ré- pareront par une soudure mutuelle; voilà un commence- ment de lames d'adhérences que des développemens ulté- rieurs aliermiront et accroîtront. Une membrane inter- médiaire entre le fœtus et ses enveloppes est donc très- facilement produite-, et telle est en eflet la puissante adhérence, qui devient une ordonnée nouvelle capable de troubler l'ordre habituel des développemens. Cependant des monstres formés sous cette raison , sous une influence consécutive, n'ont jamais été malades; au contraire, renfermés dans un milieu aquatique, rien n'en altère la santé générale ; pourvu qu'ils puissent respirer (i) Philosophie anatomique , Monstruosités humaines, in-8° avec planches in-40; chez l'Auteur, au Jardin du Roi. ( 464 ) l'air conienu dans les eaux de l'amnîos , ils y croissent snns difficulté, et ils ne peuvent en eflet que prospérer dans la cavité qui constitue leur monde extérieur : il en est d'eux comme des poissons qui ne sauraient vivre hors de leur milieu respiratoire. Et en effet, dès que l'u- térus s'en débarrasse pour les plonger dans le milieu atmosphérique, ils périssent, mais parce qu'ils n'ont point été rendus propres à un second mode de respira- tion. On exprime alors ce résultat , en recourant à une sorte d'explication que suggèi-ent les idées d'une durée quelconque de notre existence. On dit de pareils êtres , à l'égard de l'espèce humaiiîe , qu'ils ne sont pas nés viables ; cependant ce que les faits nous autorisent à en dire, si nous voulons nous en tenir à un langage exact et physiologique , c'est qu'un tel animal est moins richi-- ment organisé que l'être normal. Celui-ci , avec de dou- bles instrumens respiratoires dans un état parfait, est établi à deux fins pour vivre deux fois et dans deux mondes di (Té rens , quand celui-là, pourvu d'un seul de ces instrumens , ne vit qu'une fois et dans un même lieu. Jusqu'ici je n'ai parlé que d'une seule classe de mons- tres, des monstruosités formées par i?ifluence consécutiue, des monstres qui naissent gras et pleins de santé. Il en est cependant une seconde classe, ceux produits par une in- fluence directe , appartenant essentiellement au domaine de la pathologie ; je veux parler des monstres dont une maladie fait dévier la marche des formations normales. C'est à cette seconde classe qu'appartient la monstruo- sité humaine , que j'ai décrite sous le nom de Tlilipsen- céphale dans un travail fort étendu que j'ai communiqué à le Société médicale d'émulation, et que cette société doit publier dans le prochain volume de ses Mémoires. ( 4(35 ) C'est encore à cette même classe qu'on devra rapporter V Hématoccpliale poulain , dont j'ai dernièrement entre- tenu l'Académie royale des sciences. Vojez ci-après, page 468. Un coup violent porte au ventre dans la région de l'u- térus produit ces accidens , en donnant lieu à la rup- ture de quelques vaisseaux , en dedans des formations foetales. Dans ce cas, des effets morbides s'ensuivent, et amènent nombre de désordres que l'on classe, comme ceux que détermine l'influence consécutive , parmi les faits de la monstruosité. Je terminerai cet article en rappelant qu'un dix-sep- tième à peu près des naissances d'une grande capitale, commede Paris par exemple, est sans résultat pour l'ac- croissement de la population 5 ce dix-septième de fruits utérins se composant d'individus morts-nés. Le nom- bre de ceux-ci fut à Paris en 1821 de i,4i4» ^^ celui des enfans nés viables de 25,i56. On peut estimer que les monstruosités figurent pour beaucoup , au moins pour une centaine, dans le nombre de i,4i4 morts -nés. Quand on songe que, sans l'activité de M. Dupont qui a donné la première information de la naissance du nou- veau monstre , les faits de ce Mémoire auraient été perdus pour la science , et que l'on en enfouit journellement d'aussi importans, on ne peut se défendre d'un certain re- gret. Les avantages dont nous avons été redevables, dans ce cas-ci, au zèle éclairé du magistrat (i) chargé à Paris de veiller au maintien de l'ordre, pourquoi ne nous se- (1) M, le Prél'el de Police, sur la demande que lui en avaient faite MM. les docteurs Serres et Magcndie, a bien voulu ordonner que le monstre dont il est ici question fût remis aux amphithéâtres d'aaa- tomie. Tome IV. 3o ( 466) raient -ils pas prociirés par une mesure générale ? Ces faits de la monstruosité, stériles autrefois, me paraissent les moyens les plus capables aujourd'hui de perfection- ner les études physiologiques et médicales. Si cela est vrai , ne pourrait - on pas concilier les besoins de la science avec*les besoins moraux de la société, à qui il est bien certain qu'un sentiment de pudeur publique doit d'abord inspirer d'être ombrageuse et formaliste ? J'élève ces questions , assuré que je suis , qu'on est parfaitement en voie de tirer en ce moment un parti très-avantageux d'études approfondies sur les monstres; car on ne croit plus aujourd'hui à de singuliers jeux de la nature, à ces productions bizarres comme dénotations accusatrices des familles, et comme imprimant un sceau affligeant de réprobation. On est au contraire persuadé que les formations animales ne sauraient se déranger , se détraquer par l'effet d'un caprice , par une suscepti- bilité purement extravagante. Tout désordre organique qu'on ne traitera bientôt plus de monstre, de produc- tion monstrueuse , sera tout simplement admis pour ce qu'il est, pour un enlacement différent d'organes , pour une autre complication soumise à une influence éven- tuelle , et dans certains cas , pour une lésion morbide •, il ne faut plus qu'y apporter l'œil exercé d'un observa- teur bien pénétré de la nouvelle théorie , pour arriver par l'étude de ces modifications sur de premiers faits et presque sur l'essence des formations organiques. Effectivement, satisfaits autrefois des observations que nous procuraient les êtres réguliers, nous restions, à la vue des animaux imparfaits, dans l'étonnement et sans rien savoir de plus. Mais maintenant que ceux-là ont été interrogés, faisons parler les autres: c'est un tout ( 467 ) autre ordre d'idées à concevoir , à apprendre. Depuis que le voile est soulevé, qui pourrait encore douter qu'on n'arrive sûrement , en suivant ces nouvelles routes, sur de hautes pensées! Qui n'aperçoit déjà que c'est travailler à surprendre toutes les allures des formations dans la série des développemens ! Car enfin si nous avons étudié chez les êtres réguliers des conditions bien ar- rêtées de structure , ne trouvons-nous pas chez les au- tres une foule de cas variables , j'allais dire incertains dans leur tendance, ou dans une hésitation remarquable vers une fin deinière ? En eflet, on voit là des cloisons celluleuses assez fixes, et puis ici des fluides contenus, qui se modifient , et qui se métamorphosent jusqu'à l'infini. Il est donc d'un grand intérêt physiologique et médi- cal que les recherches sur la monstruosité puissent avoir lieu sur un théâtre de quelque étendue. Paris serait déjà de ressource, si l'on admettait pour première mesure que les déclarations des morts-nés y fussent faites avec la distinction de bien ou de mal conformés ^ en second lieu, on verrait quelles facilités compatibles avec la dé- cence et l'ordre publics pourraient être accordées, pour que tout ou partie des mal conformés fussent soumis à une inspection des hommes de l'art ; il n'y a pas de doute que nos connaissances hygiéniques n'y dussent gagner considérablement. On ne sait point encore assez jusqu'à quel degré la société est, dans ses rapports moraux, intéressée dans l'es- prit de ces recherches. La mère de mon Thlipsencéphale, présentement morte des suites de sa couche, avait tenté de se faire avorter ; ses manoeuvres criminelles obtinrent seulement ce demi-succès , qu'elle réussit à opérer une 3o* (4«8) déviation de l'ordre des développemens , à nourrir dans son sein un être dont le cerveau ne pouvait croître au de- gré normal, à mettre enfin au monde un enfant non viable. Il serait peut être convenable de communiquer de tels faits à l'administration publique : celle-ci pourrait exiger de ses* préposés à la rédaction des actes de l'état civil une précaution de plus, leur prescrire un mode de déclaration plus étendue pour l'enregistrement des morts-nés. Cependant comme il faudrait alors attaquer de front des usages consacrés par l'autorité d'un temps immémorial , chercher à renverser des institutions lé- galement instituées 5 c'est une initiative qu'il n'appartient point à un particulier de prendre: sa voix ne serait pas entendue. Je me bornerai à cette insinuation; faife da- vantage serait un empressement contraire à mes habitu- des de discrétion et de réserve. Je m'arrête donc devant la crainte qu'une pareille démarche soit intempestive, que les esprits ne soient pas encore frappés d'évidence , et qu'ils puissent désirer une clarté plus vive et des mo- tifs plus entraînans. Note sur un Hématocéphale observé à t École royale d'Alfort. Ce qui suit est un extrait du procès-verbal de la séance de l'Académie royale des Sciences , à la date du 28 mars iSaS. M. Geoffroy Saint-Hilaire met sous les yeux de l'Aca- démie la tête d'un poulain monstrueux, né d'avant- hier à l'hôpital de l'École-Royale d'Alfort. Il fut prévenu de l'événement .de cette naissance extraordinaire par MM. les professeurs Dupuy et Girard fils , chefs de ceî (469) hôpital et des travaux anatomiques de l'École véléri- rinaire, et il se rendit de suite accompagné de M. le docteur Serres sur les lieux où, de l'agrément et sotis les yeux des deux professeurs de l'Ecole . eut lieu inconti- nent la dissection du poulain iiouvcau-né. Cette obser- vation a fait connaître un cas nouveau de monstruosité , à laquelle M. Serres a cru devoir appliquer le nom générique A' Hématocéphale. Un épanchement du sang en dedans des hémisphères cérébraux , du double plus considérable à gauche que vers la droite, avait causé là d'étranges déformations. Des rwillots de sang, pénétrés de petits vaisseaux san- guins, et, par conséquent, en pariie organisés, exis- taient dans les intervalles de plusieurs déplissemens des hémisphères ; même après que le fluide sanguino- lent, remplissant la capacité singulièrement accrue du cerveau , s'était éc'oulé. Le crâne ouvert par le haut était d'ailleurs recouvert, comme à l'ordinaire, par des té- gumcns communs, pileux extérieurement, de même que tout le reste de la peau. Les os, rejetés de côté , selon ce qu'en avait décidé le déploiement des parties con- tenues , rendaient le volume de la tète du double plus considérable, plus à gauche qu'à droite. Des recherches suivies avec persévérance parM. Serres lui ont fait découvrir une autre singularité tiès-remar- quable. On ne pouvait en effet revenir de sa surprise, en n'apercevant aucune trace ni de trous , ni de nerfs optiques dans l'intérieur du crâne -, et cependant les yeux paraissaient dans un état sain et normal. Ce cé- lèbre anatomisle découvrit enfin caché dans un repli osseux un cordon blanchâtre , lequel se dirigeait du fond de l'œil , de côté et en dedans , se poursuivait dan» ( 470 ) un canal osseux, où il dépassait la ligne mëdiane sans altération de forme , et se rendait comme un ligament contenu dans le centre de l'autre globe oculaire. Quel- que peu avant son point d'arrivée et d'insertion , le cordon rencontrait la branche ophtalmique de la cin- quième paire , et s'anastomosait avec elle. Ce cordon a été ouvert et disséqué très-soigneusement par M. Ser- res , et dans l'intérieur s'est montré très- visiblement un nerf optique , réunissant toutes les conditions pro- pres à rendre ce fait incontestable-, car introduit dans l'œil , il s'y épanouissait en une rétine distincte. Toute- fois il faut reconnaître que le nerf optique , commun aux deux yeux , ainsi que les rétines de cliaque extré- mité, n'avaient que demi-volume ou demi-surface de l'état normal. Dans quelle raison ce nerf optique se conduisait-il à l'égard du cerveau ou de ses ménin^i^es.? s'encastrait-il dans un sinus de la boîte cérébrale ? Ce sont des points qui seront approfondis quand les dissec- tions seront plus avancées , et surtout quand le crâne , par la macération et l'enlèvement de ses enveloppes, sera rendu nettement observable. Il n'y a pas de doute que cette nouvelle monstruosité ne procure de nouveaux faits à la science , et ne donne aussi quelques moyens d'éclaircir certains faits encore douteux à.' Encéphalogénésîe. Explication de la Planche ii. Fig. I. Aspalasome de Dupont et son placenta. Fig. ■». Voies d'ëliminalion abdominale ddns l'Aspalasonae. Fig. 3. Voies d'élim-ination abdominale dans la taupe. Fig. 4- Les deux cœcums de l'Aspalasome. Fig. 5. Les deux cœcums d'un oiseau (470 Monographie du genre PnEBAtinM ; Par m. Ad. de Jussieu. (Lue à la Société Philoraatique dans la séance du 19 feTrier i8a5. ) ( Extrait. ) M. Ad. de Jussieu, occupé depuis long-temps d'un tra- vail étendu surlafamille desRutacées, en a détaché celte Monographie d'un genre peu connu; on n'en avait dé- crit jusqu'à présent que deux espèces : c'étaient les Phebalium squamulosum Vent, et P. anceps De Cand. Prod. M. de Jussieu range en outre parmi les Phebalium VEriostemon squamea Labill. et cinq espèces nouvelles qu'il a trouvées dans les Herbiers de Paris. Toutes ces plantes croissent, comme celles anciennement connues à la Nouvelle - Hollande , au-delà du trente -troisième degré de latitude australe. A ces observations spéciales sur le genre Phebalium M. de Jussieu ajoute quelques considérations générales sur les Rutacées de la Nouvelle-Hollande , qui lui pa- raissent former un groupe très-naturel dans cette fa- mille ; il discute les divers caractères qui distinguent les huit genres de cette tribu-, le genre Phebalium lui- même pourrait , d'après les modifications de structure de sa fleur et la différence de son port , donner lieu à deux genres que l'auteur a préféré regarder comme deux sections. Il résume ainsi les caractères du genre et des espèces. Phebalium. calix subinteger vel 5-6 divisus , brevis. Petala 5-6 longiora. Stamina 10-12 , filamentis glabris, teretibus vel subulatis , antheris emsrginatis. Ovaria 5 ( 47^ ) cam stylis lotisdem in unum coalitis. Fnictus ponta- coccus, coccis monospermis. Emhrjo gracilis, teres in perispermo cnrnoso. -J- Spec. tomentosœ ,Jbliis stib-ovatis. Calix vix conspicuus. Prœjloraiio petaforum valvata. Sligma stylo latius , 5-lobum. I. P. correlère princi- pal un style entièrement ou profondément bifide, et les deux lobes extérieurs du calice beaucoup plus grands que les autres, et enveloppant la fleur avant son épanouis- sement. Prevostka. Calycoholus. Willd. , mss. Dafourca. Kunlh. Char. gen. Calix quinqueparlitus , laciniis duabus exterioribus maximis florem invclucrantibus. Ovarium 2-locu!are , loculis 2-sperniis. Styli duo aut stylus pro- fundè bipartitus. Stigmata globosa. Capsula biloculafis, locnlis i-'î-spermis. — Suffrutices volubiles. I. P. uinhf.lîata. Foliis glabris , oblongo-subcor- dalis , apice obtusis mucronuiatis ; pedunculis axilJari- bus mullifloris ; laciniis calycinis exlerioiibus ovato- orbiculatis , mucronuiatis, viridibus. CatiUs teres virescens gUiber aut raris brevibiis pilis munitus ; ramiili obliqui. ' Folia oblongo-subcordata sinii auriculisque obtusis , apice obtusa, cnucronulata; margine intégra , i -3 pollices loiiga, i-i- i;;f lata, \iiiclia , glabra aut sub lente aJpnssis intricatis brevibiis pilis strigosa, avetiia, petiolata ; petiolus angulatus 3-4 lincas longus villosus. Pe- dunculi axillares patuli tcrett-s g'abri aut subpubesccntes, foliis paulô breviores. Flores bifariam umbellati, pedicellis 3-4 lincas longis villo- sis tenuibus articulatis muniti, bracteisque ad basimacutis sqiianioso- filiformibus minimis. Laciniœ calycis 2 exteriores ovato-orbiculatœ , mucronulatœ, oppositse, patulse, virides , subvillosas , 4 lineas longcK , Tom. IV. 32 ' ( 4î)B ) '3 ly^nataeiiltegrœ ; très interiores luteo-membranaceœ , corollse adpres- sse, convexse , oratae , decidiiOB , acutiusciilœ , margine ciliato-villosae , 3;4 'ineas longae. Corolla lufea infundibulif'orniis, apice intégra , basi tubulosa , supra cal^cein cxtus pilis longis miinita , i5 lineas longa. Stamina 5 aeqiialia ; filamenta glabr^ aniheris adnata elongatis. Stylus stamina paiilo siipcrans apice ^ifidus glaber^ stigmata ciipitala minima. Hab. in Brasilia prope Rio-Janeiro. [\. (V. s. sp. in h. Mus. Par. , à dom. F>candro de Sacrameuto et à dotn. Gaudirhaud repcrtàin.) 2. P. glahra. Foliis glabris , ovatis, basi cordatis , obtusis , miicronalis •, pedunculis axillaribus muitifloris -, laciniis calycinis exterioribus reniformibus , viridibus , poUicem fere lalis. Dufourea glabra, Kunlli. nov. gen. 3,/?. ii^ ,Syn. Calycobolus pulchellus. Willd. mss. ex Rœm. etScli, syst. 5 , p. 4- Crescit prope San-Francisco Solano , ad ripam Cas- siquiares. ( Missiones del Orinocco. ) Floret majo. 3. P. scricea. Foliis subtus sericeis ; paniculis ter- niinalibns •, laciniis calycinis exterioribus coloratis. Dufourea sericea. Kuiilh. , loc. cil. Calycobolus emarginatus. JT illd., mss., loc. cit. Crescit in regno Novœ-Granatse , juxta urbem Mari- quita ; ait. 4oo ^i^x. Floret julio. 4. P. ferruginea. Tola tomentoso-ferruginea , fo- liis ovato-oblongis , basi subcordatis , apice acutis , rau- cronnlntis ; pedunculis axillaribus muitifloris ; laciniis calycinis exterioribus ovato-suborbiculatis, obtusiusculis. Caulis leies crassus ut et tota planta tomentoso-ferriigineus , sim- nU'x. Folia ovato-oblonga, apice acuta, mucronnlata, basi subcordata, margine iolcgra, venis pinnatis munita , 2-4 pollices longa , 2 lata, pcliolata ; petiolus compressus G-12 lineas longus aureo-ferrugineus ; internodia foliis mnlto brevioia. Pedunculi gemini axillares brevissimi teretes , floribus fasciculato-subumbellatis ; pedicelli 3-4 lineas longi, bracteis litieari- filiformibus , ciliato-birsutis , ^-6 lineas longis inter- ( 499 ) mixti. Calycis laciniae a exteriores ovato-suborhiculaffe , obliisius- culœ, 4 lineas lon^ae , 3 latœ, involdcrantes , tomentoso-fernigintic ; 3 inleriores orbiciilata;, a lineas loni;» lataqiie, margine meiHbranacose, glabrse aut medio tantum subferrugineae. Corolla g lineas longa , jn- fundibuliformis extiis villosa , apice intégra. Stamina aequalia -ifi lon- gittidinis corollœ atlingentia ; filamenta tenuia, glabra. Styll a œquales, filiformes j stigmata capitata 5 ovariiim conicimi parvum , apice vil- losum. Capsula ovato-globosa , calyce interiore major, glabra , /j-val- vis , 2-lociilaris , loculis a-spermis. Semina ovato-compressa , i lineam loDga subcano- lomentosa. Hah. in Brasilia. ( V. s. sp, in h. Mus. Par. ) Note sur le sang du fœtus dans les animaux vertébrés. ( Extrait d'une lettre de M. Prévost , D. M. ) .... Les communications sanguines delà mère et du fœ- tus dans les animaux vivipares ont occupé tous les méde- cins et un grand nombrjid'anatomistes. C'est en ttietune des questions piquantes de la physiologie. Les recherches que nous avions faites, M. Dumas et moi, sur la formation du sang dans le poulet , nous avaient appris que pendant les premiers jours de l'incubation , les globules du sang différaient par la forme et le volume de ceux de l'animal adulte. S'il en était de même pour les foetus des animaux vivipares, la question des communications sanguines de- venait facile à résoudre. J'ai tenté cette expérience sur des fœtus de chèvre de quatre à cinq pouces , et j'ai pu m'assurer que les globules de leur sang ont un volume double de celui que nous avions observé dans le temps , pour les globules du sang de la chèvre adulte, il y a donc une diflerence matérielle, incontestable entre le sang du fœtus et celui de la mère, différence qui ne se conçoit bien qu'en supposant que l'embryon opère lui- même , et pour son compte , la sanguification , en em- ployant des matériaux fournis par la mère. Je vous en- verrai prochainement tous les détails de cette intéres- sante observation. ( 5oo ) TABLE DES PLANCHES RELATIVES AUX MÉMOIRES CONTENUS DANS CE VOLUME. PI. I. IcTiDES ALBiFRONs, nouveau genre de Mammifères. PI. II. Végétaux fossiles du terrain Louiller, appartenant au genre Sigillaire. PI. III. Arenaria tetraqcetra, var. a uniflora. PI. IV. Arenaria tetraquetka, var. p aggregata. PI. V. Organes de la digestion de I'Anthribus albinus (fig. i), du LlXDS ANGDSTATUS (fig. 2 , 3 , 4 , 5 et G), du ToMICDS TY- POGRAPHICDS (fig. 7), du BoSTRICHUS CAPDCINUS (fig. 8), de I'Uleiota flavipes (fig. 9). PI. VI. Organes de la digestion du Prionus coriarids (fig. 1), du Prionus faber (fig. 2), du Lamia textor (fig. .3), du Cerambtx moschatcs (fig. 4)) de I'Hamaticherds cerdo PL Vil. Organes de la digestion du Calidium bajdlds (fig. 1), de la Leptura hastata (fig. 2), du Crioceris merdigera (fig. 3, 4) 5, 6), de la Donacia simplex (fig. 7), delà DONACIA DISCOLOR (fig. 8). PI. VIII. Organes delà digestion de la Cassida viridis( fig. i ), de la Ti.MARCiiA tenecbicosa ( fig. 2,3), de la Gallercca LDsiTANiCA (fig. 4 t't 5 ) , de la Gallerdca tanaceti (fig 6), de la Coccinella septem-pdnctata ( fig. 7 et 8 ), de la Coc- CINELLA ABGtS ( fig. 9 ). PI. IX. Laminaires des côtes de France et. de Terre-Neuve. PI. X. Développement des œufs de Sangsues- PI. XI. Végétaux fossiles de Hocr enScanie; Filicites menis- CIOIDES. Pl, XII. Végétaux fossiles de Hoer en Scanie ; fig. i , FiLi- CITES NILSONIANA ; fig. 2 , FiLICITFS AGARDHIANA ; fig. 3 , JViLsoMA ELONGATA ; fig. ^ et 5 , Njlsonia bkevis ; fig. 6 , NiLsoNiA .EQUALis ; fig. 7, Pterophyllum majos ; fig. 8, Pteropjiïllum minus. ( Soi ) PI. XII l. Organisation de la fleur et formation de l'Embryon dans les Graminées. PI. XIV. Formation de l'Embryon dans les Graminées. PI. XV. Coupe idéale représentant les points culminans et les hauleurs moyennes des chaînes principales d'Europe, d'Amérique et d'Asie. PI. XVI. Encornet des pécheurs (Loligo piscatoritm, La Pyl.). PI. XVII. Carte et coupes représentant la disposition des terrains composans la formation Oolitique dans le comté d'Oxford en Angleterre, et dans le nord-ouest de la France entre Bellesmc et Alençon. PI. XVIII. Corps organisés fossiles de Stonesfield, près Oxford. PI. XIX. Végétaux fossiles del'Oolite à Fougères de Mamers. PI. XX. Caractères servant de base à la classification des Graminées; par M. Raspail. PI. XXI. Monstre humain du genre Aspalasome de M. Geof- froy Saint-Hilaire. . TABLE METHODIQUE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALE. pigfs. Mémoire sur le mode d'action des nerfs pneumogastri- ques dans la production des phénomènes de la diges- tion; par MM. Breschet et H. Milne Edwards aSy Note sur la digestion ; par MM. Préi'ost et Le Rojer. 48 1 Note sur le changement de poids que les œufs éprou- vent pendant l'incubation ;^a;.iT/M.iVeVoj^e^Z>a/72ffj. 47 Considérations générales sur la monstruosité , et descrip- tion d'un genre nouveau observé dans l'espèce humaine ( 502 ) et nommé Aspalasome ; par M. Geoffroy Saint-Hi- laire. 45o Note sur un Hématocéphale observé à l'école royale d'Alfort ; par M. Geoffroy Saint-Hilaire. • 468 Note sur le sang du fœtus dans les animaux vertébrés, extraite d'une lettre de M. Prévost , D. M. 499 ZOOLOGIE. Rechercbes sur l'origine et les différences caractérisa tiques des races humaines qui habitent la partie aus- trale de \'K{v\Q^&\j)ar Robert Knox. 33 Mémoire sur le genre Iclides; par M. V alenciennes . 67 Sur le caractère et les habitudes du Lion de l'Afrique australe. 488 Remarques sur quelques oiseaux de la province de Monté- vidéo et sur leur distribution géographique ; par M. Quoy et Gaiinard. 474 Notice sur l'Encornet des pêcheurs -.LoUgo piscatorum ; par M. de La Pylaie. 3 1 9 Note sur l'Argonaute ou l'animal du Nautile; par il/. Po/i'. ZJS^ Observations sur la disposition et le développement des œufs de plusieurs espèces ovipares appartenant au genre HiRUDO ; par 3/. Ze ifajer. i84 Notice sur un insecte hjménoptère , de la famille des Diploptères, connu dans quelques parties du Brésil et du Paraguay sous le nom de Lecheguana et récoltant du miel; par M. Latreille. 335 Relation d'un empoisonnement causé par le miel de la guêpe Lecheguana; par M. Auguste Saint-Hilaire. 34o Observations sur quelques Mollusques et Zoophytes envisagés comme causes de la phosphoresiijnce de la mer; par MM. Quoy et Gaimard. 5 Note sur un nouveau genre de reptiles fossiles; par M. Gideon Manlell. ^fi- BOTAMQUE. Recherches microscopiques sur le Pollen, et considé- pages. ( 5o3 ) rations sur la génération des fiantes; par M. Guille- min. ( Extrait. ) 35o Sur la formation de l'Embryon dans les graminées ; car M. Ras p ail. 271 Essai d'une classification générale des graminées fon- dée sur l'étude physiologique des caractères de cette {a\m\\e; par M. RaspaiL ^23 Quelques observations sur les productions de Terre- Neu?e et sur quelques algues de la côte de France appartenant au genre Laminaire ;^ar M. de La Pr- laie. in^ Observations sur le genre Chava; par M. Agardh. 61 Sur là nouvelle famille de plantes fondée sur le genre TdWMM'ïx; par M. Desi'aux. 3^^ Monographie du genre Phëbalidm; ^ar M. Adrien de Jussieu. (^Extrait.) /-l Notice de quelques genres et espèces nouvelles de Lé- gumineuses, extraite de divers mémoires présentés à la Société d'histoire naturelle de Genève pendant le cours des années iSaS et 1824; par M. De Candolle. 90 Note sur le Trifolium magcllanicum ; par M. De Can. dollc. 2j Extrait d'une lettre adressée aux rédacteurs sur X Are- naria tetraquetra ; par M. Gay. 88 Note sur le genre Pretostea \ par M. Choisy. 4^6 MIKÉKALOGIE tT GÉOLOGIE. Analyse de l'eau du Rio-Vinagre dans les andes de Po- payan ;yjar M. Mariano de Rivero, avec des éclaircis- semens géognostiques et physiques sur quelques phé- nomènes que présentent le soufre, l'hydrogène sulfuré tt l'eau dans ' is volcans; joar M. Alexandre de Hum- holdt. gg De quelques phénomènes physiques etgéologiques qu'of- frent les Cordillières des Andes de Quito et la partie occidentale de l'Himalaya ; par M. Alexandre de Hiimboldt. 225 \V ( 5o4 ) "rf Note sur l'île de Madère ; par M. Léopold de Buch. i4 Mémoire géologique sur le sud-ouest de la France, suivi d'observations comparatives sur le nord du même royaume, et en particulier sur les bords du Rhin; par M. Ami Boue. ( Suite et fin. ) laS Observations sur quelques systèmes de la formation oolitique du nord-ouest de la France et particulière- ment sur une Oolite à fougères de Maniers dans le département de la Sartbe; par M. J. Desnoyers. 353 Observations sur les Schistes calcaires Oolitlques de Stonesfield en Angleterre , dans lesquels ont été trou- vés plusieurs ossemens fossiles de Mammifères ; par M. Constant Prévost. 389 Lettre adressée à M. Boue sur la constitution géologique des environs de Boston ; par M. TV. TVehster. 253 Mémoire géologique sur les environs de Bordeaux. Première partie comprenant les observations généra- les sur les mollusques fossiles, et la description par- ticulière de ceux qu'on rencontre dans ce bassin ;y7ar M. de Basterot. 492 Observations sur les végétaux fossiles du terrain houil- 1er, et sur leurs rapports avec les végétaux vivans , par M. Ad. Brongniart. 23 Observations sur les végétaux fossiles renfermés dans ;, " les Grès de Hoer en S>cAn\e;par M. Ad. Brongniart. 200 Note sur les végétaux fossiles de l'Oolite à Fougères, de Mamers ,/?«r il/. Ad. Brongniart. 4*6 Errata du tome quatrième. Page 1^6, ligne î*! j •''c compose ici par quatre degre's de latitude, lisez : quarante-six. 181 l'^jau lii-ii de : jiar l'ëlendue de la famille qu'ils constituent , lisez : par l'étendue de la feuille qui les constitue. 298 i3 ; ( fig. 4 e ) et c'est du point (e) , Usez : (fig. 4 c) et cejl du point ( c). 3i5 27 effacez (i) péricarpe. 3i6 8 (f lig. 1 ), /(\se2 : (bfig. 1 }. 3i7 i5 ovaire, ^ije; : embryon.